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SANTANA - SANTANA (1969)

Chicano Revue ...
Aujourd’hui, Santana (le Carlos) est aussi chiant que les disques qu’il fait. Vous me direz , c’est pas le seul de sa génération et qu’on peut pas être et avoir été, ce genre de choses … N’empêche, voir ce pépé après des années de mutisme méprisant revenir tout sourire devant des journalistes pour faire vendre sa dernière daube jazz-rock-zen-cool-bouddhiste et les concerts qui vont avec où se rendent tous les hipsters En Marche (les mêmes qui vont voir les « performances » de Souchon et de la Dion et vont nous niquer profond pendant cinq ans avec leur autre façon de faire de la politique participative et diverses couillonnades du même genre), montre que vieillesse et dignité ne sont pas deux mots qu’on peut accoler facilement dès qu’il s’agit de rock ou de quelque chose qui est censé y ressembler.
Vérification faite, le dernier disque en date de Santana sur mes étagères, c’est le très mauvais « Amigos », plus de quarante piges au compteur. Et pourtant, ça avait plus que bien commencé … Flashback …
Santana, le groupe
Quartiers « populaires » de San Francisco, fin des années 60. Deux jeunes passionnés de musique traînent toujours ensemble. L’Américain pur jus Greg Rolie et le Mexicain de naissance Carlos Santana. Ils passent leur temps à écouter les Beatles, les Doors, Hendrix, et toute la scène psyché qui explose en Californie. Rolie a une formation de pianiste et se régale de maltraiter son orgue Hammond. Santana est guitariste. Des groupes sans lendemain sont montés sous l’égide des deux potes. A moment donné, parmi ces orchestres à géométrie variable, une tendance se dessine. Il y a beaucoup de batteurs ou de percussionnistes, beaucoup de métèques pour en jouer, le plus souvent comme Santana ayant leurs racines de l’autre côté du Rio Grande, et les rythmes latinos se mêlent aux rythmes rock.
Sentant qu’ils tiennent un truc, Rolie, Santana et leurs potes réussissent à faire venir à une répète une « star » chicano comme eux, un certain Gianquinto, dont le titre de gloire est d’accompagner parfois l’harmoniciste James Cotton. Le verdict du pro est sans appel : les titres sont trop longs, chacun y allant de son solo égomaniaque. Première baffe (ils ne lui en voudront pas, il sera recruté comme arrangeur lorsqu’ils iront pour de bon en studio). Les basanés ne se découragent pas, tournent inlassablement là où on veut bien d’eux à Frisco. Apothéose, leur réputation scénique finit par parvenir aux oreilles de Bill Graham (le patron du Fillmore et le Parrain de toute la scène musicale psyché, celui qui peut faire ou défaire les stars) qui lui aussi vient écouter les bestiaux. « C’est quoi votre bordel, vous faites que des instrumentaux, mettez des paroles si vous voulez que quelqu’un vous écoute un jour ». Deuxième baffe dans les rêves de gloire.
Santana, le Carlos
Mais les gars s’obstinent, suivent ces deux conseils, raccourcissent leurs compos et chantent (enfin, si on veut, voir plus loin) par-dessus (Rolie avec Santana aux backing vocaux). Fin 68, le groupe baptisé définitivement Santana rentre en studio pour un single qui sort début 69. « Evil ways » va scotcher tous les hippies. Et définir le Santana sound. Un rythme très chaloupé, des percus de partout, le B3 de Rolie et la Gibson SG du Carlos étant obligés de faire des prodiges pour se faire une place dans tout ce bordel tambouriné. Petit succès dans les charts, et le groupe entre-temps signé par la Columbia part en studio enregistrer son premier 33T. Bon, à cette époque-là, il sortait des singles fabuleux tous les jours et des albums de légende toutes les semaines ou quasiment. « Evil ways » et ses auteurs sont plus ou moins oubliés quand début Août paraît « Santana » le disque.
Coup de bol, Santana a été retenu pour ouvrir une journée à Woodstock. Le 16 Août en début d’après-midi, sous un soleil de plomb, les Santana prennent la scène d’assaut. Avec son guitariste qui a envie d’en découdre devant cette foule de festivaliers en train de se réveiller. Faut dire qu’on l’a vu avant le gig discuter avec Jerry Garcia, pape-gourou des hippies, et descendre une quille de Mezcal. Le groupe à l’unisson suit son leader, et le Santana band va livrer un des cinq morceaux de légende du festival, une version cataclysmique de leur pièce de bravoure « Soul sacrifice ». (Pour info, les quatre autres titres historiques de Woodstock sont le « No rain, no rain » du public, « I’m goin’ home » d’Alvin Lee et de ses Ten Years After, « I want to take you higher » de Sly et sa Famille Stone et le « Star spangled banner » concassé par Hendrix à l’aube blême du quatrième jour devant des rescapés hébétés). En tout cas, sur la foi de cette seule prestation enragée, l’histoire de Santana (le groupe et son leader) va prodigieusement s’accélérer.
« Santana » le disque est excellent, voire plus. Aurait-il permis à ses auteurs la gloire qui fut la leur sans leur prestation explosive à Woodstock, the answer my friend is blowin’ in the wind … Assez intelligemment, la réédition de 1998 a la bonne idée de rajouter au 33T studio trois titres joués à Woodstock dont évidemment « Soul sacrifice ». A noter que live, les titres durent le double que leur version studio, chassez le naturel et il revient au galop …
Aujourd’hui ce « Santana » premier du nom reste une des pierres angulaires du groupe (et de son leader), et avec son successeur « Abraxas » un des trucs à avoir absolument sur ses étagères. On y trouve, quarante siècles avant Fishbone, les Red Hot Machin et tous les autres balourds en pantacourt ce que doit être une fusion de genres musicaux réussie. A tel point que le débat fait encore rage (voir les notes de livret de la réédition) : Santana a-t-il inclus des rythmes latinos au rock ou le contraire ? Vous avez deux heures avant que je ramasse les copies, c’est coefficient 6 je vous rappelle…
Santana, Woodstock,16/08/1969
Parce que jusqu’à présent, les sonorités chicanos dans le rock, ça se limitait à « La bamba » de Ritchie Valens et au Farfisa hispanique de Sam « Wooly Bully » the Sham (qui était Texan) ou de Question Mark « 96 Tears » & the Mysterians (qui eux étaient du Michigan). « Santana » n’est pas un disque communautariste (comme en feront plus tard Los Lobos), il participe juste à faire avancer le schmilblick, à ouvrir d’autres portes, d’autres espaces au rock, pour reprendre la terminologie doorsienne de l’époque.
« Santana » est d’une redoutable cohérence. Neuf titres qui explorent ce mix entre culture latino-américaine et rock, les deux qui s’en écartent un peu (« Shades of time » plutôt soul et « Persuasion » heavy rock psyché à la Cream) semblant bien fades et convenus à côté du reste, alors qu’ils ne sont loin d’être indignes. Le reste, c’est emmené par des percussions qui sortent de partout (trois types, Carabello, « Chepito » Areas et Shrieve aux diverses batteries, percus, congas, timbales). Fidèles à leur idée de départ, les Santana couchent sur vinyle quatre instrumentaux (et les textes du restant seront très concis et d’une valeur littéraire proche du zéro absolu, mais on s’en cogne) « Waiting » en intro, le court « Savor », « Treat » comme un avant-goût du Carlos roi du sustain, et évidemment « Soul sacrifice ». On pourrait même y rajouter le single « Jingo » qui se contente de quelques onomatopées, un titre repris au percussionniste nigérian Olatunji (déjà plagié par Gainsbourg avec « Marabout »), voire la jam bordélique soul de « You just don’t care », tant les deux titres se composent du minimum syndical niveau paroles.
La mythique pochette avec sa tête de lion stylisée est signée Lee Conklin, un des illustrateurs (affiches, pochettes de disque) les plus connus du mouvement psychédéliques.
Conclusion : comme pas mal de choses, Santana, c’était vraiment mieux avant …


Des mêmes sur ce blog :
Amigos



JIMMY PAGE & ROBERT PLANT - NO QUARTER JIMMY PAGE & ROBERT PLANT UNLEDDED (1994)

Dead Zeppelin ?
Rarement disque aura été glissé aussi fébrilement dans le lecteur Cd. Putain, Jimmy Page et Robert Plant … Qui plus est ensemble … Les deux frontmen de Led Zep, paraît-il pas vraiment les meilleurs amis du monde. Mais Led Zep, enfin, Led Zep, merde quoi …
Led Zep, la plus sacrée des Vaches Sacrées, LE groupe des années 70. Celui qui les symbolise le mieux. Celui qui a poussé au paroxysme le rock’n’roll circus et tous les excès musicaux et extra-musicaux qui vont avec. Led Zep … le dernier groupe mythique de rock, tout simplement (et si quelqu’un me sort Mumuse ou Radiomachin, putain je lui arrache les yeux avec les doigts de pied …). Led Zep, disparu des écrans de contrôle à la fin des seventies, en pleine gloire et avant d’avoir été ridicule …

Alors pensez-donc tout ce qui peut passer dans la tête d’un mec dont le tout premier disque acheté est justement le 1er de Led Zep (non, pas quand il était sorti, mais trois-quatre ans plus tard, je ne suis pas aussi grabataire que çà, faut pas déconner quand même …) au moment où va commencer la lecture de la rondelle argentée …
Imaginez aussi sa tronche au bout d’une heure vingt … Putain mais c’est quoi ce bidule ? Ils se foutent de la gueule du monde les deux vieux chevelus avec leurs orchestres à cordes égyptiens, marocains, et le London Philarmonic Machin ou un truc de ce genre. Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre, de ces métèques gardiens de troupeaux de chèvres dans le désert et de leurs ouds, bendirs et je sais plus quoi ? ou des concertistes de violoncelle pour noblesse anglaise consanguine ?
Bon, il aurait convenu de raison garder, se méfier, parce que Plant se prenait depuis quelque temps pour le sosie de Peter Gabriel  et de sa world music, et que Page, empâté et embouffi tel un Elvis à Gibson ne faisait plus rêver avec ses derniers skeuds les apprentis branleurs de manche … Mais de là à revisiter le patrimoine sacré en mode bouzouki, y’avait des limites. Ce « No quarter … », c’est un peu un « Songs remains the same » bis, un truc que t’attends comme le Messi, et puis tu te retrouves avec Gignac … « No quarter … », il a été enregistré live … enfin, j’en sais rien, on dirait, en tout cas on entend des gens applaudir et …
Bon, faut quand même préciser avant que les torgnoles tombent de tous les côtés, qu’il est pas si mauvais que ce que ma prose agile pourrait faire croire. Assez digne même, et dans l’ensemble moins risible que ceux des contemporains de Page et Plant (Paulo, Mick, Keith, Roger et Pete, pourquoi vous toussez ?). Mais de là à me joindre à la secte des adorateurs béats qui ont tressé des couronnes à cette rondelle, faut pas pousser …
Plant, il a perdu au moins cinquante octaves, incapable de monter dans les aigus. Même Mylène Farmer ou Daho n’en voudraient pas comme choriste. Et Page, il est où, le guitar hero ultime des années 70 ? Quand il est le meilleur, c’est quand il joue de la mandoline sur « The battle of evermore », comme par hasard aussi le meilleur titre du Cd. Et même s’ils ont remplacé Sandy Denny (bon, ils ont quelques excuses, vu qu’elle était morte depuis bien vingt cinq ans) par une certaine Najma Akhtar qui s’en sort pas si mal que çà, dans cette ambiance nord-africaine qui se superpose et remplace à la fois l’atmosphère celtique originale.
Page & Plant 1994 : ils ne vont même pas saccager cette chambre d'hôtel ...
Evidemment, Page et Plant, c’est que la moitié la plus voyante du Zeppelin. Ils ont oublié d’inviter John Paul Jones, qui aurait quand même pu les aider pour les arrangements (quand on lit que « No quarter … » est produit par Page et Plant, dans une formule qui sent la diplomatie juridique, tant le dernier nommé s’était toujours par le passé prudemment éloigné des consoles). Et puis, fallait pas compter sur Bonzo Bonham, toujours aussi mort, et remplacé ( ??? ) par le dénommé Michael Lee, sessionman certes connu, mais d’un académisme mortifère. Signe ultime du malaise musical, Page est secondé (comme si quand on s’appelle Jimmy Page on a besoin d’un clampin à la guitare rythmique) par le sieur Porl Thompson, dont la seule ligne de gloire sur le CV était d’avoir été un temps dans l’ombre gothique du Cure de Robert Smith … Tout ça pour dire que la moitié de Led Zep, ça peut pas faire Led Zep … alors pourquoi diable sur quatorze titres, en reprendre dix du Dirigeable ? La relecture world ? Ouais, si on veut, même s’il y a des blasphèmes qu’il ne faut pas proférer …
Quand cette pléthorique bande de zicos s’attaque à « Kashmir » (LE titre majeur du Zep, avec un Bonham stratosphérique en VO), ils ont beau l’étirer sur plus de douze minutes, multiplier les arrangements tarabiscotés, rien n’y fait, il manque le drive infernal de Bonzo, et là l’hymne himalayen accouche d’un volcan érodé auvergnat …
Les quatre inédits sont des titres à la gomme (forcément arabique) perclus de sonorités nord-africaines, comme quoi quand tu choisis un fil rouge un peu lourdingue, il te plombe tout un skeud. Parfois ça marche, notamment sur « City don’t cry », où Plant n’essaie pas d’atteindre des aigus de toutes façon maintenant inaccessibles, et où le chœur de voix arabes donne une impression de gospel musulman. Quant aux reprises de quelques classiques (ou pas) zeppeliniens, deux pistes semblent suivies. Soit on se colle au plus près de l’original avec les moyens du bord (exemple type « Since I’ve been loving you », avec un Page quelconque pour un titre totalement dénué de feeling, un comble pour l’épitomé du blues frotti-frotta 70’s), soit un déconstruit « world » (« Nobody’s fault … » avec un Plant à la ramasse vocalement).

Alors, Page et Plant, c’est pas honteux, c’est juste deux (déjà) veilles gloires qui venaient faire le buzz au milieu des mortelles années 90, avec une rondelle certes pas indigne, mais tellement loin de leurs fulgurances passées … Etre et avoir été …


ANANDA SHANKAR - ANANDA SHANKAR (1970)

Hindu loves rock ?

Tous les fans de Beatle George Harrison devaient se pâmer devaient cette rondelle. Tous ces amateurs d’effluves de patchouli, admirateurs de Ravi Shankar, avaient de quoi meubler le fond sonore de leurs soirées macramé en ce début des 70’s…

Ananda Shankar est le neveu de la « star » Ravi Shankar, « héros » exotique du festival de Woodstock. Et donc si je suis bien cette saga familiale compliquée, le cousin de Norah Jones. Le Ananda est considéré, à l’égal de son tonton, comme un sitar-hero, réputation acquise durant trois décennies d’enregistrements. Dont ce « Ananda Shankar » fut le premier. Et si ce disque est son plus connu en Occident, c’est parce qu’il contient en version « indienne » des reprises de « Jumpin’ Jack Flash » et de « Light my fire ». Les Stones et les Doors au sitar ? Ben oui, et ces deux titres par Shankar valent bien toutes les reprises faites par des visages pâles. La version de « Light my fire » est exceptionnelle, c’est le meilleur titre du disque, et ça fait pas du tout karaoké à Bombay. La reprise des Stones, avec une ligne de basse très en avant et des chœurs genre « You can’t always get what you want » sur le refrain ressemble à un remix, des années avant que le mot soit utilisé. Comme l’essentiel du disque, ces deux morceaux sont en version instrumentale, et ce sont bien évidemment ceux qui ont fait connaître Shankar.
Et le reste, s’enquiert le lecteur curieux ? Le reste, justement, est assez curieux. Y’a un mot qui existe, généralement employé à tort et à travers, celui de fusion. Je vais faire comme tout le monde et dire que ce disque est un disque de fusion. Entre deux mondes musicaux, celui du rock et celui de la musique traditionnelle indienne, a priori assez éloignés. Et par la participation de quelques zicos américains venus d’horizons assez divers. Jerry Scheff (le bassiste de Presley … et des Doors de « L.A. Woman »), Michael Bott (batteur des soft-rockeux de Bread), Mark Tulin (bassiste des fracassés au LSD Electric Prunes), Drake Levin (guitariste des garagistes Paul Revere & The Raiders), et quelques autres dont je ne sais rien. Plus évidemment des locaux, qui se taillent la part du lion, Shankar en tête.
La musique des titres restant (six) navigue entre le raga méditatif (pléonasme ?) du très long « Sagar (The ocean) », sonorités plus apaisées, plus relaxantes, plus new age en somme, et des tentatives de mix entre musique traditionnelle et variété anglo-saxonne (« Snow flower » et « Mamata » doivent beaucoup aux mélodies psychédéliques, alors que « Dance Indra » est beaucoup plus « roots », et que le seul titre chanté « Raghupati » est assez mauvais, hormis des scansions rythmiques qui font penser à Magma). En fait, à part les deux reprises, le seul autre titre qui trouve vraiment grâce à mes oreilles occidentales c’est « Metamorphosis ». Rythmique très rock, ambiances et instruments locaux, et ça ressemble finalement aux Moody Blues, c’est-à-dire que le funeste prog n’est pas loin, avant un final en tournerie hindouisante.
« Ananda Shankar » est un disque exotique, amusant, intéressant, et qui pourrait ravir tous les fans du technoïde Talvin Singh, fortement influencé (son Cd « OK ») par ces sonorités-là… ce qui à la réflexion doit pas faire grand-monde. Un disque tout de même pas crucial pour des oreilles occidentales. Mais peut-être qu’en s’asseyant en tailleur et en faisant brûler quelques bâtons d’encens …

ZEBDA - ESSENCE ORDINAIRE (1998)

Toulouse ô Toulouse ...

Zebda, c’est le groupe du coin qui s’est retrouvé célébré à l’échelle du pays. Tout çà grâce (ou à cause) d’un titre festif « Tomber la chemise », devenu point de passage obligé de toutes les soirées beauf. Assez paradoxal. Tellement même que Zebda dans cette affaire y a laissé la sienne de chemise.
Zebda, c’est le groupe formé autour de potes d’un même quartier populaire toulousain, qui vient déjà de loin quand paraît « Essence ordinaire ». Repéré en ayant détourné et brocardé une réflexion malheureuse (pléonasme) de Chirac. « Le bruit et l’odeur » avait fait un petit hit dans le milieu des années 90. Et valu à ses auteurs une réputation de groupe festif et engagé. Entretenue avec toute la faconde de l’accent du Sud-Ouest par les trois chanteurs et porte-paroles du groupe, Magyd Cherfi et les frères Amokrane.
Zebda sera musicalement classé quelque part entre IAM (pour l’accent et la dérision) et les Négresses Vertes (pour le côté melting pot festif), le groupe tissant dans ses titres tout un entrelacs de sons et de rythmes venant du rap, du reggae, du rock, de la musique « world » ou folklorique ibérique, maghrébine, d’Europe centrale ou du Proche-Orient. Une mixture sinon inédite, du moins originale, et une notoriété tout de même assez confidentielle.

Une notoriété qui va devenir quelque peu démesurée avec « Essence ordinaire » (comprendre « d’extraction populaire ») et sa locomotive « Tomber la chemise ». Dans la lignée, on entendra beaucoup aussi « Y’a pas d’arrangement » ou « Oualalaradime », construits sur les mêmes rythmes festifs, entraînants et humoristiques. Sauf que l’humour de Zebda est à prendre plutôt au second degré et a atténué l’essentiel d’un propos qui sans être sinistre, est beaucoup plus réaliste. Et que le disque se partage entre chansons « joyeuses » et ambiances beaucoup plus lentes et tristes. Des titres comme « Tombé des nues » (les rêves brisés des gosses), « Je crois que ça va pas être possible » (sur le racisme au quotidien), « Quinze ans » (l’âge ou tout peut basculer dans les cités), « Le manouche » (la solidarité entre « étrangers »), tant musicalement que par le propos, valent bien les « hits ».
Le cœur du discours de Zebda (musicalement, faut être honnête, ça casse pas vraiment des briques, et ça ressemble beaucoup aux Négresses Vertes, en forçant encore un plus sur le trait world), c’est en gros l’intégration. La plupart des textes font allusions aux problèmes et brimades subis au quotidien quand on vient d’un quartier populaire, et qu’on a le teint un peu basané. La dénonciation énervée est facile, et ça peut rapporter aussi gros, l’immense majorité des rappeurs l’a démontré, NTM en tête. Les Zebda ne vont pas aussi loin dans le discours, mais ouvrent les portes à une attitude « positive », « participative ». Motivés. Pour réussir à s’intégrer. Ou comme la bannière politico-associative dans laquelle le groupe s’impliquera lors des municipales de Toulouse en 2001 pour s’opposer à la dynastie des Baudis qui dirigent la ville depuis des décennies.
Un engagement qui coûtera cher à Zebda. Les sept membres du groupe ne s’impliqueront pas tous sur Toulouse, ou le feront à des degrés divers (Cherfi, sentant le piège de l’embrigadement et de la récup politique sera le seul sur la liste aux municipales, et pas en position éligible). On verra le groupe, profitant d’une soudaine et inattendue popularité (« Essence ordinaire » dépassera le million de ventes), s’investir dans beaucoup de causes plutôt bonnes, on les verra beaucoup aux côtés des alter mondialistes, des écolos et d’un José Bové alors en pleine croisade anti-OGM-malbouffe-MacDo … Plusieurs monteront des projets annexes.
La suite, parce qu’il faudra en donner une, viendra quatre ans plus tard (« Utopie d’occase ») et, selon la formule scélérate, « ne trouvera pas son public ». Le groupe disparaîtra de la circulation, certains membres le quitteront définitivement, avant une récente tentative de come-back elle aussi à peu près ignorée… Il faut croire que par ici, il est difficile de mélanger préoccupations sociales et succès populaires. Zebda l’a appris à ses dépens …

BEIRUT - GULAG ORKESTAR (2006)


Le temps des Gitans ?

Beirut, c’est un sacré truc zarbi. Un concept, ou au choix un faux groupe, derrière lequel se cache un ado américain, Zach Condon. Condon est un minot qui tout seul dans son coin, en utilisant une kyrielle d’instruments dont certains plutôt exotiques (accordéon, trompette, ukulelé, plus toute une panoplie de claviers et synthés), a fait le meilleur disque manouche depuis (qui a dit Thomas Dutronc ? attention, je vais me fâcher, là) … depuis, j’en sais foutre rien (ça y est, j’ai réussi à placer foutre et Condon dans le même paragraphe, j’suis content de moi, là …), parce que c’est pas le genre de trucs que j’écoute (qui a dit Kusturica ? n’aies pas peur, tu dois avoir raison …).
Bon, je reprends, et faudra que pense à arrêter de picoler avant d’écrire des coms, ça va finir par se voir que je suis pas à jeun … Donc, le gamin Condon, qui avait pourtant largement de quoi satisfaire ses goûts pour le folk antique dans son Amérique natale, est parti pendant plusieurs années tracer la route en Europe, et plus particulièrement dans cette région que l’on appelait autrefois Mitteleuropa (l’Autriche-Hongrie, la Prusse), poussant des pointes vers les Balkans et une visite en Irlande. Et c’est la vieille musique de ces endroits-là qu’il nous ressert. Qui n’a rien à voir avec les chansons populaires ( ? ) des teutons à quelque fête de la bière, mais une musique remplie des sonorités les plus plébéiennes, rurales, de ces contrées. En gros, les tziganes, roms, et autres gitans.
Evidemment, personne n’attendait ce disque. A l’origine de onze titres, très rapidement les versions Cd ont rajouté les cinq titres d’un EP (« Lon Gisland ») paru dans la foulée, et qui n’apporte pas grand-chose, si ce n’est un instru celtisant qui semble un peu perdu et hors-sujet dans le contexte.
Dès les premiers titres, on se dit que « Gulag Orkestar » est génial, avec ses ambiances tziganes, ses chœurs lancinants (« The Gulag Orkestar » le titre), ses ambiances bavaroises tristes (« Prenzlauerberg »), et ses mélodies parfois enjouées (« Brandeburg », et surtout « Postcards from Italy », pour moi d’assez loin meilleur morceau de l’album).
Au bout de quelques titres qui ont tendance à furieusement se ressembler (mêmes tempos, mêmes orchestrations, mêmes arrangements, même façon pour Condon de placer sa voix, …) on se dit que c’est quand même un peu toujours pareil, et que ça commence à devenir lassant.
On est finalement soulagé quand ça s’arrête, parce que ce bousin finit par gonfler grave, toutes ces variations infimes sur le même thème …
Un disque finalement révélateur d’une époque, où il semble que tout a déjà été dit et entendu mille fois, et où la moindre idée, la moindre trouvaille, le plus petit gimmick, sont montés en épingle pour qu’ils apparaissent au pékin d’auditeur qui ne sait plus où donner du conduit auditif, comme la trouvaille du siècle émanant d’un génie en devenir de la chose musicale. Et même si le rendu n’a pas grand-chose à voir, je trouve le résultat assez proche dans l’esprit de ce que font quelques autres hâtivement qualifiés de surdoués, comme les surfaits Sufjan Stevens ou Kevin Barnes, le type de Of Montreal … des gars qui semblent avoir tout dit après un enchaînement de quelques bons titres, et qui se répètent jusqu’à l’écœurement…


SUBA - SAO POLO CONFESSIONS (1999)


Techno Bossa

Un parcours musical peu commun. Musicien plutôt catalogué world music et issu de l’ex Yougoslavie, Suba de son surnom, s’exile en France où il se reconvertit à l’electro, puis au Brésil où il tente de dépoussiérer un genre ronronnant depuis des années, la bossa nova.
Et contre toute attente, ce choc de deux cultures musicales très éloignées et dissemblables (la brésilienne traditionnelle et la techno et ses variantes) donne un résultat le plus souvent superbe. Quand les rythmes chauds sud-américains se mêlent avec bonheur à l’ambient, au trip-hop, aux boucles techno, il en résulte une nouvelle donne musicale qui propulse tous les genres abordés vers un futur musical jusque là inexploré.
La participation au chant d’artistes du cru crée de superbes morceaux où la chaleur des vocaux atténue la froideur mécanique des rythmes électroniques.
A noter un titre essentiellement basé sur des percussions ethniques (« Antropofagos »), qui fait penser à la démarche des hardeux de Sepultura (sur leur Cd « Roots ») lorsqu’ils avaient associé des tribus indigènes à leur métal bourrin.
Il me semble que ce « Sao Paulo Confessions » est le dernier album de Suba, artiste quelque peu « confidentiel », qui a péri peu après dans l’incendie de sa maison.

LOS LOBOS - HOW WILL THE WOLF SURVIVE ? (1984)


Danse avec les Loups ...

Logiquement, personne aurait jamais du entendre parler d’eux … Quand ils sortent ce premier disque sur un label indépendant (Slash), mais avec tout de même une major pour la distribution (Warner), les Lobos sont une aberration. Ce qui marche dans leur Los Angeles, c’est le hair metal. Poison, Motley Crue et Billy Idol sont les rois de Sunset Boulevard. Et les Lobos eux, vivent dans un quartier chicano pourri de East LA. Et ils ont rien de glamour. Trentenaires, basanés, gros, et la plupart chargés de famille …
Au mieux, ils auraient dû finir avec une réputation de Gypsy Kings locaux. Seulement voilà, quelconque qui lit un peu les notes de pochettes des disques depuis trente ans, et pour peu que ces disques soient peu ou prou du classic rock, a bien vu à moment donné les noms de Steve Berlin, Cesar Rosas, ou David Hidalgo, les trois leaders des Lobos. Que ce soit chez REM, Faith No More, Sheryl Crow, John Lee Hooker, Suzanne Vega, Tom Waits, Roy Orbison, Bob Dylan, … liste à peu près infinie. Tout en continuant Los Lobos, ou leur super groupe hispanique Los Seven Seven …
En plus d’être des sessionmen plus que recherchés, ils arrivent à marquer une empreinte instantanément reconnaissable aux titres auxquels ils sont associés. Des cadors, beaucoup plus que de simples faire-valoir. Bon, évidemment entre ce « How the wolf will survive ? » et leur florissante carrière, il y a eu le phénomène « La Bamba », et leur version écoulée à des millions d’exemplaires de la reprise du hit de l’étoile filante Ritchie Valens. Et si Hollywood est allé les chercher pour la B.O. du biopic, c’est que le buzz s’était répandu comme une traînée de poudre.
Oui, il y avait dans East LA, cette bande de métèques, qui en plus d’animer les banquets de mariage et de communion pour faire bouillir la marmite, était capable de sortir d’entrée un putain de disque qui mettait tout le monde d’accord. Des fans de rock’n’roll roots y trouveraient leur compte, avec « Don’t worry baby » ou « I got loaded » (la seule reprise du disque, ode aux boissons d’homme), le classic rock très Tom Petty (« Will the wolf survive ? » ), la ballade « A matter of time », le up-tempo rhythm’n’blues de « Evangelina » … Et puis, il y avait cette touche hispanisante qui allait en faire les stars et quelques fois les porte-parole de tous ces parias laissés un peu de côté par l’Oncle Sam.
Et en attendant donc Valens, des hommages plus ou moins évidents sont rendus à ceux qui ont trouvé leur inspiration des deux côtés du Rio Grande, et à ce titre « Our last night » est un clin d’œil appuyé à Doug Sahm et son Sir Douglas Quintet ou au bondissant Joe King Carrasco. Mink DeVille n’est pas très loin (normal, il a intégré beaucoup de sons hispaniques, à travers non pas la musiquee des Mexicains, mais celle des Portoricains new-yorkais) quand arrivent les espagnolades de « The breakdown ».
Et puis, comme Los Lobos n’oublient pas d’où ils viennent (les salles de banquet), il y a toutes ces choses entraînantes, venues du fin fond de la lointaine Espagne des colonisateurs, qui font danser tout le monde au dessert. Par exemple « Corrido #1 », que les Pogues ont dû un peu écouter avant de sortir leur « Fiesta ».
Il y a aussi dans ce « How the wolf will survive » toutes ces sonorités d’accordéon, ces chants parfois en espagnol, cet entrain festif, qui en font un de ces premiers disques oubliés de ce que l’on appellera bientôt « fusion » ou « world music » …

SHARMA, KABRA & CHAURASIA - CALL OF THE VALLEY (1967)


Invitation au voyage

En 1967, trois musiciens Indiens (de l’Inde, pas des Peaux-Rouges) munis de blazes à coucher dehors (je vous fais grâce de leurs prénoms) et à faire froncer les sourcils à Manuel Valls, munis aussi de leurs instruments traditionnels (une flûte, une sorte de guitare et un machin percussif) sortent ce « Call of the Valley » instrumental, censé décrire la journée d’un berger.
Sharma et ses potes ont réalisé un OVNI sonore, lent, calme, contemplatif, majestueux. De l’ambient et du new age bien avant l’heure. Mais pas de cette daube pour ascenseurs que l’on nous sert sous ces vocables. De l’inouï au sens premier du terme.
Il paraît que quand ce disque est sorti, il a eu un grand succès en Inde, ces trois types sont des stars dans leur pays, il y a eu une suite plusieurs années plus tard (« The Valley recalls »). Mais ce disque a sûrement aussi traversé les frontières. On peut être certain que George Harrison (et le reste des Beatles dans la foulée), David Crosby, Donovan et quelques hippies de San Francisco l’ont entendu. Et dès lors, les vols pour Bombay accueilleront bientôt (à partir de février 1968) rock-stars et peoples venant se ressourcer et rechercher auprès des Yogi la Vérité et le Sens de la Vie (moyennant de copieux chéques, hein, Messieurs Lennon et Santana, mais c’est leur problème)…
Cerise sur le gâteau : trois titres bonus du même tonneau que le reste du Cd doublent la durée du 33T original.
Dépaysement sonore garanti.

TITO PUENTE - DANCE MANIA (1958)


Encaustique et parquets cirés ...
Pour arriver à Tito Puente, c’est facile, il suffit d’avoir les premiers disques de Santana et de lire les crédits. « Para los rumberos » sur « Santana III » et surtout « Oye como va » sur son chef-d’œuvre « Abraxas » sont signés Tito Puente.
Et un jour, dans un magasin de disques (vous savez, ce truc qui existait au siècle dernier et qui a pratiquement disparu de la surface de la planète aujourd’hui), j’ai acheté un Cd de Tito Puento, sur les conseils d’un vendeur qui n’y connaissait manifestement rien. Sans écouter le disque avant. J’aurais pas dû…
C’est pas que ce soit mauvais, ce « Dance Mania », c’est que c’est le genre de musique qui ne m’intéresse pas, dont je me contrefous royalement. Une sorte de big band de jazz latino, affreux-cubain ou un truc dans ce goût-là … Un bousin sophistiqué, perclus de percussions en tout genre (Tito Puente joue de tout un tas de trucs dont le fan de Motorhead ignore l'existence, du genre timbales, marimbas, vibraphone ou que sais-je encore). Plein de salsa, de rumba, de cha-cha-cha, cette sorte de choses. Beaucoup de trompettes aussi, c’est rythmé, même les instrumentaux sont entraînants à condition qu’on ait envie de se laisser entraîner. Le premier morceau du disque, « El Cayuco » fait illusion, ça ressemble vraiment à ce que fera Santana ; les suivants n’ont rien à voir.
C’est moins crétin que Gotan Project. Mais c’est totalement ringard, ambiance flonflons de bal des pompiers. Si ça se trouve, il y a peut-être des grabataires dans les unités de long séjour qui aiment encore ça …

YOUSSOU N'DOUR - IMMIGRES (1984)


Afrique adieu ...

Je sais pas si Youssou N’Dour s’est inspiré de la rengaine populacière de Sardou (ça m’étonnerait), mais ce « Immigrés » de 1984 est le premier de ses disques qui aura une résonance extra-africaine, et lui fera quitter son continent d’origine, faisant de lui une des premières stars de ce que l’on appellera « world music ».

Youssou N'Dour & le Super Etoile de Dakar - Concerts WOMAD 1989
Youssou N’Dour est très célèbre depuis tout gosse dans son Sénégal d’origine et un total inconnu partout ailleurs. Un concert à Paris pour la diaspora sénégalaise avec son groupe le Super Etoile de Dakar et quelques heureux concours de circonstances lui donneront les moyens d’enregistrer en France. Le résultat de ces sessions est un disque assez court (une grosse demi-heure) de quatre titres, qui lui permettra d’entamer une carrière internationale et de devenir un des chanteurs, sinon le chanteur africain le plus connu dans le monde.

Pourtant le succès de « Immigrés » est un accident heureux. La pochette (Youssou N’Dour en costume traditionnel) fait très « couleur locale », la langue choisie est le wolof et pas le français ou l’anglais, et aucune concession n’est faite au format radiophonique des titres (tous entre six et douze minutes). La musique elle-même ne cède pas aux sirènes du formatage des studios européens, et même si le son est first class et si on repère quelques synthés high tech, il s’agit bien de « musique africaine ».

Une musique que l’on devine festive, pleine de mélodies entraînantes et de riffs de cuivres qui la soutiennent et la soulignent, des tapis de percussions omniprésentes, des choristes, des instruments traditionnels africains, des synthés, des guitares. Une luxuriance sonore qui s’établit sans répit … Et par-dessus tout ça, la superbe voix couvrant une quantité peu commune d’octaves de Youssou N’Dour, fabuleux chanteur.

Tous les titres sont très rythmés, le tempo étant moins rapide sur « Pitche Mi », qui évoque par certains aspects les ballades anglo-saxonnes des années 60. « Immigrés » récoltera le succès habituel de Youssou N’Dour auprès de son public traditionnel sénégalais, mais fait nouveau, aura une certaine résonance bien au-delà de ce cadre. En France, Higelin le prendra en première partie, Et ailleurs des gens aussi connus que Paul Simon ou Peter Gabriel ne tariront pas d’éloges à son sujet, mettant des collaborations en place. Avec le temps, « Immigrés » sortira dans plusieurs pays européens pour finalement être distribué aux Etas-Unis en 1988, quatre ans après sa parution originelle. On est loin des schémas de rentabilité immédiate du music-business actuel.

Par son engagement « politique » au sens noble du terme, Youssou N’Dour deviendra une des figures de proue des artistes engagés dans les « bonnes causes », participant à des concerts pour la libération de Nelson Mandela, ou à une tournée Amnesty International, en compagnie de tous les centristes du rock (Gabriel, Sting, Springsteen, U2, Tracy Chapman, …). Les succès musicaux internationaux seront ensuite là, duo avec Neneh Cherry (le carton planétaire « 7 seconds »), composition de l’hymne de la Coupe du monde de foot 1998, … Parallèlement, il poursuit un engagement impliqué auprès d’organisations internationales.

BJÖRK - MEDULLA (2004)



Voyage au bout de l'inuit
Björk a sans conteste été l’artiste féminine majeure des années 90 (c’était pas difficile, y’avait pas trop de concurrence), grâce à son triplé « Debut » - « Post » - « Homogenic ». Sa pop explosée, mêlée à toutes les tendances électroniques, ses étranges tenues vestimentaires bariolées, l’hyper charisme soigneusement mis en scène du personnage, ont laissé peu de gens indifférents, et tous les bobos prompts à s’enticher du dernier cataplasme branchouille se sont extasiés devant cette Kate Bush pour malentendants…
Avoir du talent est une chose, s’en servir à bon escient en est une autre. Les choix artistiques de Björk depuis la fin des années 90, montrent une artiste en perte de vitesse. Ce « Medulla » en est l’exemple.
Des morceaux a capella, un accompagnement musical très réduit (quelques boucles rythmiques, quelques lignes de synthé). Le concept est intéressant, se servir de la voix (la Castafjörd ?) comme d’un instrument de musique (voix lead, chœurs, human beat box, …), mais a déjà été entendu à longueur d’interviews de chanteurs. Et de toute façon poussé au zénith par des gens comme Liza Fraser dans les Cocteau Twins.
Alors il est certes facile de crier au génie de ce « Medulla », s’extasier de la précision des arrangements, des chants traditionnels islandais ou inuits. Mais ne subsiste rapidement qu’un sentiment de répétition tout au long du Cd et une impression que ces 45 minutes s’éternisent.

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STAN GETZ / JOAO GILBERTO - GETZ / GILBERTO (1963)



Jazz / Bossa

Un jazzeux américain de renom, deux jeunes révolutionnaires musicaux brésiliens (oui, deux, car Jobim qui n’a droit qu’à un « featuring » sur la pochette, joue et a écrit l’essentiel des titres), une poignée de standards mondiaux (« Girl from Ipanema », « Desafinado », « Corcovado », …)
« Getz / Gilberto » est un classique qui déborde largement les cadres du jazz et de la bossa nova, pour créer une musique atemporelle et intemporelle.
Pourtant, si l’on en croit les livres d’Histoire, tout est à peu près accidentel. Getz n’était pas au début très branché par la musique brésilienne. Quand aux inoubliables prestations vocales d’Astrud Gilberto, c’était la seule personne dans le studio sachant parler anglais. Un essai a été fait avec elle sur un couplet de « Girl from Ipanema ». On connaît la suite …
Précision : je ne suis fan ni de jazz ni de musique brésilienne, mais je recommande cette excellente rondelle.




FELA - ORIGINAL SUFFERHEAD / ITT (1981)




 

Fela, si on aime la musique africaine …


Il est incontournable. La première et pour le moment encore la seule star musicale africaine de reconnaissance mondiale. Peut-être, parce que un peu à l’instar d’un Marley, il a dépassé le stade de la curiosité exotique, en se faisant le chantre et le porte-parole d’idéaux politiques et sociaux.

La musique de Fela est indissociable de l’homme public Fela, chez qui se mêlent traditions locales, études en Angleterre, influences de toutes les musiques noires, particulièrement le blues, le funk et le jazz, et engagement politique total dans son pays, le Nigéria, tout juste émancipé de la tutelle anglaise et dans lequel se succèdent au pouvoir des dictatures militaires.

Fela est un militant, un politique, dont la musique ne constitue qu’un moyen pour faire passer des messages. Mais la démesure qui poursuivra Fela toute sa vie lui fait faire les choses en grand. Il y a sur disque comme sur scène une véritable armée de musiciens, choristes et danseurs. Tout d’abord c’est Africa 70, qui mené par le fabuleux batteur Tony Allen jette les bases de ce que l’on appellera afro-beat, ensuite Egypt 80, à l’ouvrage dans les deux disques « Original Sufferhead » et « ITT » réunis ici. L’équivalent de deux 33 T, pour un total de … trois titres.

Autant dire qu’on n’est pas dans un format radiophonique. Le temps n’a aucune importance, la musique ne sert qu’à aboutir à une transe, après un long cheminement où les séquences rythmiques se succèdent et se chevauchent, entrecoupées de parties chantées répétitives et de quelques solos de sax de Fela …

Les deux premiers titres « Original Sufferhead » et « Power show » sont plutôt jazzy, avec une place prépondérante accordée aux cuivres. « ITT » un des morceaux les plus connus de Fela (son tube ?) est beaucoup plus funk-rock, assez proche parfois de James Brown ou de Herbie Hancock selon les séquences musicales. C’est un des titres les plus engagés de Fela, dans lequel la firme américaine ITT devient International Thief Thief, allusion guère dissimulée aux multinationales qui pillent sans vergogne toutes les richesses africaines, avec la complicité bienveillante de gouvernements fantoches copieusement arrosés de pots-de-vin …

La discographie de Fela étant assez pléthorique, ces deux disques parus à une période charnière pour lui (la prise d’assaut de Kalakuta, sa « république » libertaire, et ses nombreux emprisonnements au début des années 80), font partie de ceux qui reviennent le plus souvent lorsque l’on évoque les sommets de sa carrière.

Une expérience culturelle dans tous les sens du terme …