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ANTHONY MANN - WINCHESTER 73 (1950)

Deux frères ...
Si un quidam vient à vous causer western, pour montrer que vous savez de quoi de quoi il retourne, c’est simple, faut balancer au débotté, avec une docte nonchalance, les deux noms accouplés de John Ford et John Wayne. Et affirmer d’un ton péremptoire, que personne n’a jamais fait mieux, mis à part peut-être, James Huth et Jean Dujardin dans « Lucky Luke » …
James Stewart et Anthony Mann sur le tournage
Quoique, à la place de Ford-Wayne, vous pouvez aussi citer la doublette Mann-Stewart. Parce que là aussi, y’a du répondant. Une collaboration qui donnera huit films, dont quelques merveilles comme « The naked spur » (« L’appât ») et « The man from Laramie » (« L’Homme de la Plaine »). Et pour commencer la série, peut-être le plus fameux de tous, « Winchester 73 ».
Qui fait entrer Anthony Mann et James Stewart dans une autre dimension. Le premier est un yesman des studios américains, tâcheron salarié qui tourne à grosses cadences des séries B plus ou moins anecdotiques. Et qui vient juste de terminer son premier western, « La porte du Diable ». Le second n’a plus grand-chose à prouver, star et acteur polyvalent, mais à qui beaucoup commencent à reprocher son jeu stéréotypé et ses rôles sans prise de risque. Dans ses films, James Stewart est toujours un mec bien, un héros hyper positif (« La vie est belle » de Capra, « La tempête qui tue » de Borzage). Sous la houlette d’Anthony Mann, il va commencer à développer des traits de caractère plus ambigus, jouer des personnages qui ont un côté sombre, voire malsain (avec une forme d’aboutissement dans « Fenêtre sur cour » d’Hitchcock quelques années plus tard).
« Winchester 73 » est d’abord un film sur l’Amérique et son histoire. Vue dans le petit prisme de la lorgnette d’une haine fratricide qui nous est révélée à la fin. « Winchester 73 », c’est le règlement de comptes biblique à la Abel-Cain. Stewart (Lin McAdam) parcourt le Kansas, accompagné d’un ami fidèle (Frankie / Millar Mitchell) à la recherche d’un certain Dutch Henry Brown (Stephen McNally). Les deux hommes vont se retrouver dès le début du film dans des circonstances assez particulières, lors d’un concours de tir à Dodge City, dont le premier prix est une Winchester (modèle) 73.
Le concours de tir à Dodge City
Et d’emblée, le film entre dans une autre dimension, colle à l’Histoire, la vraie. L’action débute le 4 Juillet 1876 (jour anniversaire du centenaire de la naissance des Etats-Unis), le shériff de Dodge City est le mythique Wyatt Earp (Wyatt Earp, Doc Holliday, le règlement de comptes à OK Coral, ça en fait de trame à westerns tout ça…). Et la Winchester 73 à gagner est la carabine qui a fait l’histoire des Etas-Unis. Première arme à répétition fiable, c’est elle qui va permettre aux Blancs la colonisation du pays (avec son corollaire, l’extermination des peuplades indiennes autochtones). Fabriquée en série depuis 1873, avec un soin particulier accordé à quelques exemplaires qui deviennent des objets-œuvres d’art à l’aura magique qui font rêver et fantasmer la population. Il n’est qu’à voir les yeux brillants des enfants qui la contemplent et la convoitise dans le regard des participants au concours. On comprend dès lors (le film a presque 70 ans) que cette fascination des américains pour les armes ne date pas d’aujourd’hui et que  les sinistres connards de la NRA ont encore de beaux jours armés jusqu’aux dents devant eux.
Mitchell, Stewart & Winters
Les deux tireurs diaboliques Lin et Dutch se retrouvent en finale du concours et la carabine revient à Lin. Pour quelques minutes seulement, il est agressé par Dutch et ses amis patibulaires qui la lui dérobent. S’ensuit dès lors ce qui donne le cœur du film, cette double quête de l’arme d’exception et de son possesseur.
Le flingue va changer plusieurs fois de mains, se retrouver dans celles d’un trafiquant d’armes et accessoirement joueur de cartes professionnel, dans celles d’un chef de tribu Sioux (Rock Hudson dans un de ses premiers rôles), dans celles de l’amoureux couard d’une entraîneuse de bar (la remarquable Shelley Winters, quasiment la seule femme d’un casting macho), dans celles d’un truand prompt à dégainer (Dan Duryea), avant de terminer à nouveau dans celles de Dutch. Pas pour longtemps, Lin est sur ses traces (on a appris entre-temps qu’ils sont frères, et que Dutch a abattu leur père) et finit par récupérer son « bien » au cours d’un duel à mort fratricide dans une colline rocheuse. Un scénario cousu de fil blanc.
Le duel final
Mais l’essentiel n’est pas là. C’est le portrait des personnages et notamment celui de Lin / Stewart qui est fascinant. Ce type  dans la tradition des lonesome cowboys (même s’il est toujours accompagné de son pote), est prêt à tout (y compris des trucs pas très réglos) pour mener à bien sa quête-mission-vengeance. Tout juste se laisse t-il quelque peu distraire et séduire par Shelley Winters, mais le film ne laisse pas entrevoir que Lin puisse se « ranger » à ses côtés. Tous les personnages traversent et nous exposent des pans de l’Histoire des USA (non, pas exactement à la façon de Forrest Gump), Mann nous raconte à travers ses personnages la fin de Custer à Little Big Horn, comment la Winchester 73 servira à l’extermination des Indiens (l’attaque du campement des soldats, avec parmi eux un autre débutant à l’écran, Tony Curtis), et comment les stigmates de la Guerre de Sécession sont encore bien présents (Lin et les soldats ont participé à la même bataille, mais Lin et son pote étaient du côté des Sudistes). On voit aussi se mettre en place toute la dichotomie de cette époque-là, soit l’on se positionne du côté de la loi et de l’ordre (Wyatt Earp qui confisque les armes de tout type pénétrant dans Dodge City), soit on bascule du côté obscur de la force (tous les « méchants » du casting).
Il ne faut cependant pas s’imaginer que « Winchester 73 » est seulement un film instructif, pédagogique, un truc d’intello qui te file mal au casque si t’es fâché avec l’Histoire. C’est aussi et surtout un western d’exception, un des meilleurs de cette période qui constitue l’apogée du genre.

On en a la preuve dès le premier plan, d’une beauté hallucinante, qui nous montre les deux silhouettes à cheval de Stewart et Mitchell en contre-jour au sommet d’une colline. Le genre de plan à rendre jaloux John Wayne et John Ford …

Du même sur ce blog :
L'Appât / The Naked Spur



ANTHONY MANN - L'APPÂT (1953)

Et à la fin coule une rivière ...
« L’Appât » en VO il s’appelle « The Naked Spur ». Pour deux raisons. C’est le (vrai) nom du lieu, un piton rocheux au bord d’une rivière en crue sur lequel a lieu le règlement de comptes final. C’est aussi une allusion à l’éperon de James Stewart, filmé en gros plan lors de la première scène du film et qui aura son importance dans la bagarre finale. Mais « L’Appât » n’est pas vraiment un film axé sur un accessoire d’équitation.
James Stewart & Anthony Mann
C’est avant tout un western, une des références du genre. Tout en étant un western atypique. Quasi un huis clos à cinq personnages, mai un huis clos qui a pour cadre les somptueux décors naturels des Rocheuses du Colorado. « L’Appât » est la troisième collaboration (cinq autres suivront) entre deux monstres sacrés du cinéma hollywoodien, le réalisateur Anthony Mann et l’acteur James Stewart. Et l’association de ces deux vaut bien celle de John Ford et John Wayne.
Parce que Mann sait assurer et pas qu’un peu le minimum syndical en matière de western hollywoodien. Il y a dans « L’Appât » des bons (quoique), un méchant, des cavalcades, des coups de flingue, de la baston, des rebondissements de l’intrigue. Et même une attaque de Cheyennes. Et puis, avec James Stewart, Mann peut compter sur un des plus fantastiques acteurs qu’on puisse souhaiter devant l’objectif. Stewart sait tout jouer, son jeu est quand même un peu plus subtil et moins carré que celui d’un Wayne par exemple. Ce qui permet de donner à ses personnages une profondeur, une complexité qui rajoutent une dimension psychologique à l’intrigue.
Millard Mitchell,  Robert Ryan, Janet Leigh & Ralph Meeker
Psychologique, le mot qui fait fuir les fans de Vin Diesel et de Frank Dubosc est lâché. La trame de base est vite connue. Un homme se faisant d’abord passer pour un shériff (James Stewart / Howard Kemp) capture un assassin recherché (Robert Ryan / Ben Vandergroat) accompagné de sa jeune maîtresse (Janet Leigh / Lina Patch). Un concours de circonstances a fait que cette capture n’a été possible qu’avec l’aide d’un vieux chercheur d’or malchanceux (Millard Mitchell / Jesse Tate) et d’un ancien sous-officier (Ralph Meeker / Roy Anderson) tout juste viré de l’armée. Un long périple commence pour ramener l’assassin. Dès lors, dans cette cohabitation forcée des cinq personnes, les vérités et les secrets de chacun vont peu à peu se dévoiler. Kemp a besoin de l’argent de la prime pour racheter son ranch, Mitchell veut sa part, Anderson voudrait bien toute la récompense pour lui, Lina veut refaire sa vie, et Ryan cherche à sauver la sienne. C’est ce dernier qui petit à petit, va avancer les pions de cette partie d’échecs dont il est l’enjeu. En se servant de Lina, et surtout d’un autre moteur lui aussi vieux comme le monde, la cupidité. Par cet aspect-là, « L’Appât » s’apparente beaucoup à un autre fameux western de John Huston avec Humphrey Bogart, « Le trésor de la Sierra Madre ».
Ce jeu du chat et de la souris autour des 5000 dollars de prime va révéler toute la part sombre qui est dans chacun des protagonistes. Personne n’en sort grandi, personne n’a le beau rôle de Chevalier Blanc. Les deux personnages « forts », ceux qui par leurs actes font le plus évoluer la situation sont James Stewart et Robert Ryan. Entre eux, le rôle de l’appât est tenu tant par l’argent que par Janet Leigh, que Ryan pousse dans les pattes, sinon dans les bras des trois autres.
James Stewart
Le grand mérite du film, c’est de ne pas sombrer  dans l’étude de caractère avec interminables dialogues autour du feu de camp. L’action est toujours présente, chaque coup porté au moral ou à l’intégrité physique des adversaires est conçu comme décisif. Il y a du suspens, une happy end pas si prévisible que ça (surtout par la façon dont se prépare le dénouement), l’essentiel est filmé en extérieurs dans de grandioses décors naturels en couleurs et en Technicolor, et le rythme est soutenu (pas de redondances du scénario, l’affaire est bâclée en une heure et demie).
Mann et Stewart ont tourné cinq westerns ensemble. Celui-ci est le troisième, et leur second chef-d’œuvre, entre les deux autres classiques que sont « Winchester 73 » et « The man from Laramie » (« L’homme de la plaine » en VF). « L’appât » est aussi un des premiers rôles majeurs de Janet Leigh, (c’est elle qui sera l’inoubliable Marion Crane poignardée dans la douche  dans « Psychose »), la future femme de Tony Curtis et donc la mère de la Jamie Lee du même nom …

« L’Appât », pourtant unanimement salué comme un classique de premier ordre, n’est semble t-il disponible que dans une version Dvd tout juste passable, sans aucun bonus.


Du même sur ce blog :



JOHN FORD - LA PRISONNIERE DU DESERT (1956)


L'apogée d'un genre ?

C’est quoi un bon western ?
Il doit être des années 50 ? Il est signé John Ford ? John Wayne a le rôle principal ? Il y a des bons et des méchants ? Des Indiens ? Des fusillades ? De grandes cavalcades ? Des paysages grandioses ? Des grands sentiments éternels ? Quelques touches d’humour ?
Changez rien, vous êtes sur la bonne page, j’ai ce qu’il vous faut. « La prisonnière du désert » ça s’appelle. Traduction française idiote, comme parfois. Le titre original, c’est « The searchers », et c’est beaucoup plus parlant. Ça va même plus loin que de la recherche, il s’agit d’une quête à tout prix.
John Wayne & John Ford
Au départ pour retrouver une fillette, Debbie, la nièce d’Ethan Edwards (John Wayne), enlevée de la ferme familiale lors d’un raid de Comanches, qui ont massacré l’essentiel de la famille. Cette traque va durer des années et ses objectifs vont changer. Plus que de retrouver celle qui est devenue adolescente, Edwards entend se venger de son ravisseur.
Le personnage d’Ethan Edwards est un des plus ambigus joués par Wayne. C’est ce rôle qui est toujours cité par ceux qui veulent démontrer qu’il était un grand acteur. Fini le héros au cœur pur, bien droit sur ses éperons, redresseur de torts, défenseur de la veuve, de l’orphelin, du faible et de l’opprimé … Fini aussi le massacreur d’Indiens « pour la bonne cause », qui lui donnera pour l’éternité une image de héros un tantinet réac (descendant le plus évident, malheureusement davantage premier degré : Clint Eastwood). Dans « La prisonnière … », Wayne est un égoïste, en proie à une idée fixe, sans aucune humanité : il tire dans le dos des gens qui s’enfuient (des pillards, des Comanches), révolvérise des Comanches morts (une balle dans chaque oeil, pour que selon leurs croyances, ils ne puissent pas trouver le chemin de leur Paradis),  massacre des bisons (« au moins ceux-là les Comanches ne les mangeront pas »), scalpe des Indiens, traite le demi-frère adoptif de Debbie (Martin, joué par Jeffrey Hunter) qui l’accompagne tout au long de sa recherche comme un larbin (parce qu’il a un huitième de sang indien) et les années passant, veut retrouver sa nièce, non plus pour la libérer mais pour la tuer, car elle est pour lui devenue une Comanche …
Jeffrey Hunter & John Wayne
Tout l’art du scénario consistant à ne pas expliquer le pourquoi de ce comportement, mais à donner des pistes. L’action débute au Texas en 1868, trois ans après la fin de la Guerre de Sécession, lorsque Ethan revient à la ferme de son beau-frère. Ethan, pas le genre de type auquel on pose des questions. On devine en observant et écoutant bien qu’il était un petit gradé, a été décoré, ne s’est pas rendu à la fin de la guerre, a un petit capital en or acquis certainement peu légalement, a peut-être eu une relation avec sa belle-sœur (une idée défendue par John Milius dans les bonus du BluRay), a fréquenté les Comanches (et peut-être même leur chef ravisseur) dont il parle la langue, … C’est cet aspect tout en non-dits qui rend fascinant le personnage, certainement le plus complexe, le plus « noir » joué par Wayne.
Et pourtant ce n’est pas Ethan Edwards qui écrase le film. C’est l’environnement. Certainement parmi les plus beaux extérieurs jamais mis en scène, les décors grandioses et lunaires de Monument Valley, dans l’Utah. « La prisonnière … » est un projet pharaonique, inconcevable de nos jours. John Ford, qui a quand même ce qu’il est convenu d’appeler une solide réputation et les moyens qui vont avec, a transporté un studio hollywoodien au cœur de Monument Valley. Des bulldozers ont tracé des routes, creusé des retenues d’eau, des lignes électriques ont été tirées, un campement-baraquement construit pour toute l’équipe du film (plus de trois cent personnes). Bonjour le bilan carbone et la préservation du patrimoine naturel… Le résultat coupe le souffle, les plan très larges de Ford sont un ravissement pour l’œil. Même si à ce stade il convient de parler technique. « La prisonnière … » est sorti à l’origine en Technicolor, et VistaVision (le plus beau format cinématographique, dixit Scorsese - qui doit s’y connaître un peu - dans les bonus). Un format qui a disparu des salles de cinéma, et à plus forte raison des écrans de télévision. Il faut quand même saluer la qualité visuelle remarquable de la version BluRay (image remastérisée au format 16/9, d’une précision diabolique, on voit bien que les intérieurs sont des décors, mais dès que les protagonistes enfourchent leurs chevaux et qu’on a droit aux grands espaces, c’est un régal), mais dire aussi que la partie son est ignoble (mono, souffles, sifflements et craquements divers, une honte ... ). « La prisonnière … » est aussi une ode à la beauté de l’Amérique au sens large (des scènes ont été tournées au Mexique, et d’autres dans les neiges du Canada, notamment une superbe traversée de rivière glacée par un détachement de soldats à cheval …).
John Wayner, dernière scène du film

Ford se sublime, se dépasse sur ce film. Lui qui se contentait le plus souvent de laisser l’action traverser le champ d’une caméra fixe joue superbement des contrastes (le premier plan, caméra à l’intérieur de la ferme,  porte qui s’ouvre, silhouette de la femme qui se découpe sur la lumière aveuglante du désert, et son pendant symétrique sur la dernière scène, où là, c’est John Wayne qui est devant l’encadrement, fait demi-tour, et s’en retourne  vers le désert, mais aussi à deux reprises l’action filmée depuis l’intérieur d’une grotte vers l’extérieur). Et puis, surtout, et c’est la clé du film, le plan qui permet de saisir le personnage d’Ethan Edwards, ce travelling avant (Ford est très économe de ce genre de mouvements de caméra) sur son visage et son regard, alors qu’il vient de voir dans le camp militaire si sa nièce ne se trouve pas parmi des prisonnières blanches longtemps captives des Comanches et libérées par la troupe. Il y a dans ce plan et ce regard tout le mépris et le racisme d’Edwards envers ces femmes qui ont fini par perdre leurs racines « américaines » et ont été « gangrenées » par la culture Comanche (à comparer avec les pitoyables grimaces d’Eastwood dans le faussement humaniste mais très con « Gran Torino »).
Natalie Wood
Dans « La prisonnière … », Ford et Wayne (copains comme cochons, c’est leur treizième film commun, on les voit toujours ensemble en train de descendre des bières entre les scènes et pendant les jours off,) dépassent pour le personnage central d’Ethan Edwards leurs stéréotypes habituels. Que l’on ne me dise pas que cette haine raciale du personnage principal n’a rien à voir avec le maccarthysme et ses corollaires réactionnaires qui viennent tout juste de s’achever dans l’Amérique des années 50, y compris dans leurs épilogues respectifs. Le final du film, assez imprévisible et inattendu, ce brusque retour à l’humanité, est le pendant de la déchéance finalement rapide de McCarthy et du revirement aussi rapide de la société américaine dans la seconde moitié des 50’s.
Les personnages secondaires peuvent aussi être perçus comme des visions allégoriques d’une tradition typiquement américaine. Le personnage joué par War Bond, curé et militaire à la fois, tenant à la main soit la Bible soit un Colt pour tirer dans le tas des cavaliers Comanches, traduit bien tous les paradoxes de la mythique conquête du Far West. Il y a aussi les héros de l’absurde (le fiancé de Lucy la sœur de Debbie, également enlevée) qui se lance dans une attaque suicide du camp Comanche après la découverte du cadavre de sa promise. « La prisonnière … » est un film comme l’époque qu’il décrit, très violent. Alors qu’un Peckinpah traduira une décennie plus tard cette violence par des gunfights interminables dans des geysers de sang, Ford ne la montre jamais. Tout se passe hors champ, est évoqué (la découverte par Edwards du cadavre de Lucy, violée puis abattue par les Comanches).
« La prisonnière … » n’est pas pour autant un film oppressant. Ford aère cette chasse à l’homme très noire par des scènes beaucoup plus légères (un War Bond aux apparitions toujours truculentes, le « mariage » de Martin avec une Comanche qu'il a achetée, le propre fils de Wayne dans un petit rôle de jeune soldat « bizuté » par son père et War Bond qui improvisent la plupart de leurs répliques et le forcent à suivre, …). De même le personnage de Moïse, simplet lunaire, accompagnateur occasionnel de Martin et Ethan, et qui finalement sera celui qui découvrira le camp Comanche.
Vera Miles
Un mot sur les femmes. Un peu des faire-valoir dans les westerns, et celui-ci n’échappe pas à la règle. Le rôle féminin principal (Laurie, la fiancée de Martin) est tenue sobrement par Vera Miles. Celui de la prisonnière Debbie est joué par les deux sœurs Wood (Lana lorsque c’est une fillette, ensuite par Natalie). Même si elle figure en bonne place sur l’affiche du film, Natalie Wood n’apparaît que quelques minutes dans le dernier quart d’heure, et la célébrité toute personnelle qu’elle obtiendra à cette époque-là vient de son interprétation un peu plus consistante dans « Rebel without a cause » aux côtés de James Dean.
« La prisonnière … » est par beaucoup considéré comme le sommet du western « classique », avant que ce genre disparaisse quasiment pendant une décennie des salles de projection et ne renaisse vers la fin des sixties avec des noms nouveaux et un traitement totalement différent (Peckinpah, Penn, Leone,…). « La prisonnière … » est aussi un peu le chant du cygne de John Ford (« L’homme qui tua Liberty Valance » avec … John Wayne sera quatre ans plus tard son dernier classique, son testament pourrait-on dire). John Wayne s’en sortira un peu mieux (« Rio Bravo », western à huis-clos, un peu l’antithèse de « La prisonnière … », « Le jour le plus long »), mais pour ces deux monstres sacrés les années 60 allaient s’avérer n’être pas faites pour eux … 


GEORGE ROY HILL - BUTCH CASSIDY AND THE SUNDANCE KID (1969)


Nouveau western ...

C’est un peu comme cela que le film avait été présenté, comme si un western ne pouvait être qu’un film de John Ford avec John Wayne … sauf que Sergio Leone avait déjà bouleversé pas mal de codes avec « Le bon, la brute et le truand » notamment, et que Peckinpah, alors que le tournage de « Butch Casssidy … » n’était pas terminé, traumatisait les spectateurs avec les gunfights et les jets d’hémoglobine au ralenti de « La Horde sauvage » …
« La Horde sauvage » (the wild bunch dans la langue de Lady Gaga), hasard ou pas, étant justement le nom de la bande qui accompagnait le légendaire braqueur Butch Cassidy au tournant du siècle dans le Sud américain. Le scénariste William Goldman dut trouver un autre nom pour les complices de Cassidy (ce sera la bande du Hole in the Wall). Lequel Goldman avait déjà eu pas mal de soucis avec son scénario, un des plus chers payés par un studio.
Le film doit être construit autour d’un Paul Newman en pleine gloire (« Luke Cool Hand »), et réalisé par un pote à lui, George Roy Hill. Pour partager l’affiche avec Newman, la production est prête à mettre le paquet, les noms de Brando, Jack Lemmon, Warren Beatty et surtout celui de Steve McQueen, l’autre star masculine de l’époque circulent. Finalement, Hill et Newman réussiront à imposer un quasi-inconnu, Robert Redford, venu du théâtre comique new-yorkais, et qui sera le Sundance Kid.
Le scénario repose sur l’histoire plus ou moins authentique de Cassidy et du Kid, largement réaménagée. Cassidy et le Kid n’étaient en fait pas des Robin des Bois américains (juste des truands n’hésitant pas à dégainer les premiers), n’étaient pas copains comme cochons (le Kid venait de rejoindre la bande, c’est un peu par hasard que les deux hommes et la maîtresse du Kid ont fui ensemble), la Bolivie n’a été que la fin supposée de leur périple sud-américain, … D’un autre côté, « Butch Cassidy … » n’a jamais prétendu vouloir être un film historique.
Il reprend (avec un budget conséquent) la trame du western classique, les hors-la-loi sympathiques, les grandes poursuites, les grands espaces sauvages, … Mais c’est avant tout une comédie, et d’ailleurs Newman dont ce n’était pas la spécialité, avait des doutes sur le résultat final, trouvant souvent que c’était too much de ce côté-là … Mais là où le film peut être perçu comme vraiment original, c’est surtout au niveau du découpage et du montage. Le générique du début façon film muet (clin d’œil au « Great train robbery », court-métrage de 1903 considéré comme le premier western ?), la longue  poursuite (une demi-heure), la fuite de Cassidy et du Kid vers l’Amérique du Sud résumée par une succession de photos sépia, le final sur une image arrêtée… A noter aussi deux scènes peu utiles dans le déroulement du film, mais qui ont alimenté des discussions sans fin entre les « spécialistes », la plus controversée étant celle de la reddition à un shérif au milieu de la poursuite (non-sens, casse la tension, etc, … tels ont été les reproches). Mais surtout la scène dite de la « bicyclette », qui laisse planer un doute sur la relation ambiguë entre Cassidy et Etta Place (la maîtresse du Kid jouée par Katharine Ross), avec en fond sonore le fameux morceau de Burt Bacharah et Hal David chanté par B.J. Wilson (« Teardrops keeps falling in my head »), que Hill a maintenu contre vents et marées, et surtout la bronca des producteurs qui voulaient le remplacer par un machin country ou hillbilly traditionnel …
A sa sortie, le film a été éreinté par la critique (c’est pas vraiment un western, c’est pas vraiment une comédie, c’est qui ce Robert Redford, ce genre …). L’accueil du public a été lui enthousiaste, et logiquement, l’industrie du cinéma prête à tous les revirements pourvu que ça remplisse les caisses, a multi-nominé et multi-récompensé « Butch Cassidy … » aux Oscars …
« Butch Cassidy and the Sundance Kid » est une merveille de film sympa, avec pour cadre des paysages parmi les plus somptueux jamais mis en images (tournage dans une multitude de parcs nationaux américains, mais aussi au Mexique), des scènes devenues mythiques, comme la partie de poker du Kid au début, celle du strip-tease de Katharine Ross, celle de la bicyclette, celle de la poursuite avec son questionnement obsessionnel (« Who are those guys ? »), un trio d’acteurs majeurs Newman – Redford – Ross (même si cette dernière est moins présente à l’écran que les deux hommes).
Et surtout, des gens qui se sont bien amusé sur le tournage, et une complicité qui se voit entre Newman, Redford, et George Roy Hill. Et ce n’est certainement pas un hasard si les trois hommes se retrouveront au générique quelques années plus tard d’un film au succès encore plus colossal, « L’arnaque » …

PS. Assez bizarrement, il me semble que le film « passe » mieux en version DVD qu’en version Blu-Ray dans lequel une image trop flashy et brillante dessert notamment les scènes filmées en nuit américaine, une version Blu-Ray dotée en bonus d’un commentaire du film d’un ennui total … Par chance, sur de nombreux packages Blu-Ray, le DVD figure aussi dans le boîtier …