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DAVID LEAN - LA ROUTE DES INDES (1984)

Sortie de route ?
Même si un film de David Lean, ça reste un film de David Lean, « La Route des Indes » sera son clap de fin. Peut-être parce qu’il en avait ras la casquette des tournages (Lynch a soixante seize ans quand sort « La Route … »), peut-être aussi que les réactions critiques (assez mitigées) sur « La Route … » lui ont fait comprendre que la fin du siècle cinématographique n’était pas pour lui … Un peu de tout ça, vraisemblablement …
Alec Guinness & David Lean
Lean, les films pour lesquels il est le plus connu et reconnu (en gros la triplette « … Kwaï », « Lawrence d’Arabie », «  … Jivago ») sont typiques et d’une époque et d’une certaine forme de cinéma. Une décennie (55-65) marquée par une génération qui trouvait du boulot, avait un peu d’argent dans les poches, et se précipitait en nombre (et en famille) dans les salles de cinéma. Pour y voir des films familiaux à grand spectacle. Et ça, Lean savait faire, torcher de grandes fresques romanesques dans des décors naturels à couper le souffle. Le spectateur en avait pour son pognon, il passait trois heures dans le ciné et en prenait plein les mirettes.
Au début des années 80, le public, ses goûts, et les films qu’il va voir ont changé. La sci-fi à grands renforts d’effets spéciaux triomphe (« Le retour du Jedi », « E.T. », « Blade runner », « Terminator »). Pas vraiment le monde de Lean. Hasard, « La Route des Indes » sort quelques mois après le « Gandhi » d’Attenborough, avec lequel in partage bien des points communs. Et avec lequel il souffre de la comparaison. « Gandhi » était pour son réalisateur le film de sa vie, il avait disposé de moyens colossaux (des centaines de milliers de figurants pour la reconstitution des obsèques). « La Route des Indes », quel que soit le niveau d’implication de Lean, est un film de plus dans sa carrière. Et pour ce qui est des moyens, même si c’est pas un film de fauché, on sent qu’il n’a pas eu une enveloppe illimitée. Les scènes de foule sont filmées en plan serré (avec moins de monde on remplit l’écran) et laissent même apparaître des « trous » (dans la scène de l’arrivée du train au début, il manque du monde en bas à gauche de l’image).
Les décors grandioses : la Lean touch ...
Parce que comme son nom l’indique, « La Route des Indes » se passe en Inde. Vers 1920 dans un comptoir colonial britannique (quand ailleurs dans le pays, Gandhi commence à faire localement parler de lui). Sur fond de domination déconnectée de la réalité des Anglais et en face une prise de conscience que l’Indien mérite mieux que le sort qui lui est réservé. Lean fait se mélanger romance sentimentale et thématique de l’émancipation du peuple Indien.
Côté cœur, on est loin de « …Jivago ». D’ailleurs, une fois le générique final passé, on n’a toujours pas compris de qui Adela était vraiment amoureuse (pas de son fiancé magistrat, c’est évident, peut-être de Fielding, ou passagèrement du Dr Aziz, faites vos jeux …). Côté social, c’est encore plus problématique, on est trop dans la caricature de l’asservissement au début de l’histoire pour que le revirement spectaculaire (Aziz devient hautain et méprisant vis-à-vis des Anglais) des réactions soit crédible.
La Lean touch (suite) : Davis & Ashcroft dans un train ...
Le plus gros reproche, il est à mon sens global. La visite des grottes de Marabar est certes l’articulation de l’histoire et se situe au milieu du film. Mais quid des personnages ? Un de ceux que l’on croyait principaux (Mrs Moore) disparaît, un autre que l’on pensait secondaire (Fielding) devient le personnage central. Etrange, même si le film est l’adaptation (fidèle paraît-il) d’un bouquin réputé (refrain connu) inadaptable à l’écran, ce procédé est curieux. « La Route des Indes » manque pour moi de souffle, de lyrisme, d’une histoire et de personnages forts.
Bon maintenant, si ça passe à la télé, faut pas zapper pour aller regarder « Plus belle la vie », hein… Lean, même en fin de carrière, ça reste un sacré manieur de caméra et un remarquable faiseur d’images. Il est en Inde comme un poisson dans l’eau, parce que l’Inde, c’est le pays du train roi. Et Lean aime le monde du rail, c’est le moins qu’on puisse dire. Depuis son premier gros succès (« Brève rencontre » en … 1945, tout de même), Lean filme des gares, des trains, et en fait un des éléments essentiels de ses films. On a donc droit dans « La Route … » à quelques superbes plans montrant des trains qui semblent minuscules dans des paysages grandioses. Des plans qui n’apportent strictement rien à l’histoire, mais juste pour le plaisir des yeux, c’est déjà beaucoup …
V Benerjee, A Guinness, J Davis
Lean peut aussi s’appuyer sur un casting qui tient la route, avec des personnages crédibles dans leurs rôles. Pas de stéréotypes à la hache pour les rôles principaux, tout ces personnages, au contact de l’Inde ou des situations qu’ils vivent, sonnent vrai, ne surjouent pas. D’autant que le casting est international. Dans le quatuor majeur du film, on trouve deux Anglais, Peggy Ashcroft (Mrs Moore) et James Fox (Fielding), l’Australienne Judy Davis (Adela Quested), et l’Indien Victor Banerjee (Aziz). Tous se mettent au service du film, et évitent d’en faire des brouettes (et à peu près tous se sont affrontés avec plus ou mois de véhémence au dirigisme strict de Lean, les relations en fin de tournage n’étant pas au beau fixe entre le metteur en scène et ses acteurs). Ne pas oublier celui qui est peu l’électron libre du scénario, un méconnaissable Alec Guiness, qui est le Professeur Godbole, un Indien philosophe et lunaire. Guiness, pourtant habitué des plateaux de Lean, que certains critiques ont confondu lors de la sortie du film avec Peter Sellers (malheureusement bien mort à cette époque-là), une méprise qui perdurera (le déguisement de Sellers en prince hindou dans « La Party » y étant certainement pour beaucoup).
Lean montre beaucoup de choses. La cohabitation qui ne pourra que devenir impossible entre une Angleterre victorienne transposée sous les tropiques et une population locale traitée par-dessus la jambe, le psychodrame intime qui concerne les quatre acteurs principaux, le mysticisme et ses lieux étranges de l’Inde… Mais Lean survole tout cela, laissant dans son histoire de nombreux points d’interrogation. Le seul qui se justifie étant de savoir  ce qui s’est passé dans la frotte entre Adela et Aziz. Pour les autres (une fin qui n’en est pas vraiment une, ces revirements d’attitude des personnages majeurs, le procès étrange tant dans son déroulement que dans son verdict de la part d’une institution judiciaire à la botte des Anglais …).
« La Route des Indes » sera le dernier film de Lean. Au vu de ceux des décennies précédentes, on était en droit d’en attendre un peu plus. Lean fait du Lean, c’est bien le moins. Mais en moins bien qu’avant … 


Du même sur ce blog :

SMALL FACES - OGDENS' NUT GONE FLAKE (1968)

Enfumage ?
Bon, c’est une affaire compliquée … Parce qu’on cause là d’un skeud dont l’édition originale d’occase en état mint ou pas loin vaut entre 300 et 400 euros. Cherchez pas à connaître mon adresse pour venir braquer ma turne et me le piquer, j’ai que la réédition Cd de chez Castle Music en 2005, valeur d’occase 3 euros (moins les frais de port, mais je suis pas vendeur, je revends jamais des disques que j’ai un jour achetés).
Faut dire que quand ce disque était paru (début 68) il s’était fait remarquer. Par un packaging hors norme, à une époque où le music business ne regardait pas (trop) à la dépense. Le vinyle était logé dans une boîte métallique représentant (ou parodiant, les avis diffèrent), une antique boîte de tabac anglaise. Très vite, quelque comptable chez Immediate a dû aligner des chiffres et « Ogdens’ … » est ensuite sorti sous une pochette cartonnée classique (et ne parlons pas des rééditions Cd, même si une a repris le boîtier en ferraille, genre « Metal Box » de P.I.L.).
Lane, Marriott, McLagan & Jones, Small Faces 1968
Là où l’affaire se complique encore plus, c’est que « Ogdens’ … » n’est pas une parution anecdotique qui ne vaudrait que pour son packaging d’origine. Le disque, sans rivaliser en unités écoulées avec ceux des Beatles s’est pas mal vendu. Faut dire que les Small Faces, c’est pas rien niveau casting. Steve Marriott, Ronnie Lane, Kenney Jones, Ian McLagan. Si vous avez jamais vu ces noms sur des notes de pochette, c’est soit que vous savez pas lire, soit que vous achetez des disques de Bénabar (ce qui est bien pire que de ne pas savoir lire).
Les Small Faces, c’est plus encore que les Who ou les Kinks des débuts, le groupe mod de référence, celui qui lorgne autant du côté de la soul et du rhythm’n’blues américains que du côté rock’n’roll. Lancé comme un groupe à singles (aux succès commerciaux moyens), les Small Faces sont vite lâchés par leur maison de disques Decca. Un certain Andrew Loog Oldham, qui dispose de quelques moyens (avec l’argent gagné par – ou sur le dos – des Rolling Stones dont il fut manager à leurs débuts) les recrute pour être le fleuron du label qu’il vient de monter, Immediate.
Pour favoriser leur inspiration, il leur offre une croisière, de fait une party ininterrompue sur un bateau. C’est couché sur le pont et passablement aviné que Ronnie Lane (c’est ce que disent les autres, lui a réfuté), contemplant le ciel étoilé et n’apercevant qu’un quartier de lune, a ameuté ses potes pour leur demander ou diable était passé l’autre partie de la Lune. Déclic immédiat de la bande : ah que voilà un puissant fil conducteur d’un album concept … Et non, les Pink Floyd n’étaient pas du voyage, mais certaines mauvaises langues prétendent que cette histoire les aurait aidé à baptiser un de leurs disques à succès des seventies …

Les Small Faces vont pousser jusqu’au bout cette illumination alcoolisée et vont se lancer dans l’écriture de « Ogdens’ … ». Il leur apparaîtra assez vite que la chose va être assez compliquée à mettre en musique, surtout qu’ils rêvent d’acteurs récitant des dialogues, d’orchestrations grandioses et tout le toutim … Prudemment, ils s’en tiendront à une face du vinyle, la seconde. Qui est pas meilleure que « Tommy », mais dure quatre fois moins longtemps, c’est déjà ça … Cette enfilade de six titres est entrecoupée de textes dits par un certain Stanley Unwin, paraît-il très connu en son temps, et qui narre la quête par Happiness Stan (le nom du personnage) de la partie manquante de la Lune …
Un texte paraît-il drôle, à condition d’avoir un plus que bon niveau en anglais. En tout cas la mise en scène (et en sons) d’une galerie de portraits de décalés (ou de dérangés, c’est selon). Parmi lesquels le lunaire Happiness Stan et Mad John (un homme de main de Don Arden, premier manager des Small Faces, avec lequel le groupe semble avoir quelques comptes à régler). Les vignettes musicales issues de cette suite vont du pas très bon au franchement pénible, dans un enrobage sonore plutôt surchargé (piano classique à la Moody Blues pour « Happiness Stan », soul bancale pour « The journey », fanfare-comptine pour « Happy days toy town »). Et quand les titres sont plutôt sobres, ils ressemblent étrangement à des choses plus connues. « Rollin’ over » d’assez loin le meilleur titre de la face, débute par le riff de « Foxy Lady » de Hendrix (d’après le groupe, le Voodoo Chile était fan des Small Faces et ne voyait pas d’inconvénients à ce qu’ils le plagient, une vision peut-être exagérée de la réalité, toujours est-il qu’il n’y a pas eu procédure, Hendrix étant de toute façon assez éloigné des considérations bassement matérielles). A l’inverse, « The hungry intruder » et son folk acoustique énergique ont dû tomber dans l’oreille de Townsend, tant des pans entiers de leur futur « Tommy » en sont voisins.
Pour moi, vous l’aurez compris, cette face lunaire de « Ogdens’ … » constitue un gâchis. Parce que voir un Marriott vocalement appliqué est un non-sens, lui qui a une des plus belles voix soul des sixties anglaises. Sans compter que c’est un excellent guitariste, vif, tranchant, sachant aller à l’essentiel sans être démonstratif. Ronnie Lane, son alter ego dans les compos (même si pour ce disque, McLagan et Jones participent un peu à l’écriture), est un grand auteur et un grand bassiste. Ian McLagan sait se démultiplier sur ses claviers et participera en tant que sessionman aux disques du gotha du rock (Stones, Dylan, Joe Cocker, Rod Stewart, Springsteen, …). Kenney Jones est un quasi clone de Keith Moon (les dérives éthyliques et opiacées en (un peu) moins), à tel point qu’à la mort de Moon, il prendra son tabouret au sein des Who. Et quand ces quatre-là font du rock sans se griller les neurones dans des concepts fumeux, ça dépote. Les Small Faces ont sorti quelques singles mémorables, dont le colossal « All or nothing », une des meilleures chansons des quinze derniers siècles.

Les bonnes chansons de « Ogdens’ … », ils faut donc aller les chercher dans la première partie du disque. « Long agos … » (soul rock) et « Rene » (psyché, jazz et jam finale) sont correctes sans plus. Les quatre restantes sont d’un autre calibre. « Ogdens’ … » le morceau-titre est un instrumental entre soul et space rock et montre qu’on a affaire à de sérieux clients qui jouent compact et savent éviter le solo egomaniaque. « Song of a baker », dans un blind test, tout le monde hurlerait que c’est un grand morceau des Who (l’intro, les riffs, les roulements de toms de Jones). « Afterglow of you love », c’est la perle du skeud. Il faut dépasser l’intro cafouilleuse, se prendre cette mélodie first class dans la poire et s’extasier sur la performance vocale de Marriott. Il reste un titre dans cette face. L’objet de la discorde. Qui s’intitule « Lazy Sunday ». Un pastiche navrant des Kinks, une récréation neuneue à prendre au second degré. Marriott n’en voulait même pas sur le disque. Immediate a choisi de le sortir en single. Marriott est devenu furieux, d’autant plus que la chanson, sans atteindre les sommets des charts, a bien marché, écornant quelque peu la crédibilité du groupe. Résultat des courses : Marriott va quitter le groupe dont il est le leader, les Small Faces vont être remerciés par Immediate. Les trois autres vont continuer, raccourcissant leur nom en Faces.

Pour remplacer l’irremplaçable Marriott, il en faudra deux, un guitariste et un chanteur. Leurs noms : Ron Wood et Rod Stewart … Mais c’est une autre histoire …



ALFRED HITCHCOCK - FRENZY (1972)

London calling ?
A la vue des bonus du film, paru en 1972, dans lesquels on voit un Hitchcock (plus de 70 ans au compteur, strict costard noir, bedaine proéminente), se mettre en scène dans Londres, je ne peux m’empêcher de penser qu’à la même époque la ville dansait sur les rythmes glam (avec l’accoutrement qui allait avec) de T. Rex et Bowie. Raccourci facile, quand paraît « Frenzy », Hitchcock a tout du has been … Non pas musicalement, il a jamais été très rock’n’roll, mais has been tout court.
Le coupable idéal et sa copine
L’apogée de Hitchcock, c’est les années 50 (avec quelques chefs-d’œuvre qui débordent avant ou après). Là, au début des années 70, c’est juste un dinosaure, un vestige d’un autre temps, quasiment d’un autre monde. Non pas que « Frenzy » soit une daube, loin de là, mais c’est juste un film un peu perdu dans son contexte. « Frenzy » se veut parfumé au soufre. Pour la première fois plein cadre, une scène de viol suivie d’un meurtre, quelques fesses, poils pubiens et tétons en gros plans (pas ceux des actrices, ceux de doublures « mannequins »), un ton humoristique très noir au service d’une intrigue sophistiquée (le scénario est dérivé d’un bouquin à succès adapté au théâtre).
« Frenzy » sera un des plus gros succès populaires d’Hitchcock. Soit. Avec deux scènes (seulement deux, on l’a connu plus prolifique de ce côté-là) d’anthologie. Celle qui introduit le film, la Tamise à hauteur du pont de Tower Bridge survolée en hélicoptère, et puis un travelling arrière phénoménal dans une cage d’escalier, un couloir et pour finir la rue.
L'ex qui cherche l'oxygène
Et le reste ? Ben un film à suspense sans suspense (on sait dès le premier tiers du film qui est l’assassin, et qui va ramasser à sa place) qui ne vaut que par ses à-côtés. Offrant une galerie de seconds rôles (casting fait au feeling, Hitchcock « embauchant » la plupart des acteurs sans les avoir mis en situation, juste après une discussion) jubilatoires (la femme du flic et ses recettes de cuisine « branchées », la secrétaire de l’agence matrimoniale). En fait, « Frenzy » est bien mieux si on se désintéresse de l’intrigue.
Hitchcock, après exil et gloire américains, revient à Londres. Et y fait un film so british. « Frenzy » n’est pas transposable. La plupart des scènes ont lieu dans et autour du marché de Covent Garden (retour aux sources à forts relents freudiens, le père d’Hitchcock y tenait un étal de fruits et légumes), et il n’y a pas une scène, pas un plan, qui nous fasse sentir ailleurs qu’à Londres (où ailleurs qu’à Londres, verrait-on un tueur dont l’arme du crime est une cravate ?). Mais en même temps qu’une sorte de déclaration d’amour « patriotique », la vision d’Hitchcock est également caustique. Témoin la première scène parlée du film, dans laquelle on voit un ministre promettre devant une Tamise saumâtre que bientôt on pourra s’y baigner (gag, Chirac fraîchement élu maire de Paris avait dit la même chose de la Seine), avant que l’attention de la foule ne se porte sur un cadavre dénudé y flottant (c’est cette scène qui donne lieu à l’incontournable caméo d’Hitchcock, fugacement à l’image sur deux plans). Il y a dans « Frenzy » tous les clichés d’un Londres très très britannique (le « héros » malchanceux est au départ serveur dans un pub au patron fort en gueule, il renoue avec son ex dans un club cosy, tous les personnages sont guindés juste ce qu’il faut).
Le tueur
« Frenzy », il serait pas d’Hitchcock, on dirait que c’est un film qui se cherche. Hésitant entre romance (le triangle du « héros », son ex, la serveuse), sadisme et voyeurisme bon marché (les crimes de Rusk), humour plus ou moins décalé (le cadavre dans le sac de patates et les contorsions et postures qu’il entraîne, le flic et les petits plats de sa femme). D’ailleurs Hitchcock n’a pas touché à une caméra. Il a porté une attention minutieuse au scénario, a choisi ses acteurs (aucun grand nom au casting, et la plupart avouent dans les bonus du Dvd qu’ils ont été tout surpris de se trouver là) et a supervisé le tournage. Enfin, supervisé, façon de parler. Perpétuellement assis hors champ (avec sa femme toute proche, qui a fait un infarctus ou un truc du genre, mais qui une fois rétablie, est revenue aux côtés de son Alfred), donnant l’impression d’un faux détachement, mais doté d’un sens de la prise de vue stupéfiant, n’hésitant pas à passer des jours sur une scène (celle du viol et du meurtre a pris trois jours, c’est une succession de plans de quelques secondes), ou au contraire laissant ses acteurs improviser attitudes ou dialogues. Chef d’orchestre plutôt que soliste démonstratif …
« Frenzy » est quasiment le dernier tour de piste d’Hitchcock (seul le très dispensable « Complot de famille » suivra). Qui n’a plus rien à prouver et ne prouve plus rien.

En fait le meilleur truc de « Frenzy », c’est sa bande-annonce dans laquelle Hitchcock se met en scène. Oserait-on dire qu’elle est mieux que le film ? Moi j’ose …

Du même sur ce blog :

XTC - ENGLISH SETTLEMENT (1982)

Les Steely Dan de la pop ?
Pour le côté duo de perfectionnistes maniaques … pour le reste, XTC sont aussi Anglais que faire se peut, sont un vrai groupe, n’ont pas vraiment laissé le souvenir de sessions de studio sous des montagnes de coke …
Les XTC sont apparus en même temps que les punks dont le remuant boucan désorganisé a dû les laisser dubitatifs. XTC, c’est tout le contraire des punks, ils ne rêvent que de pop sophistiquée. Le problème de la pop, c’est que par essence, elle se nourrit de succès populaires. De singles, de hits, de titres classés dans les charts. Oh certes des hits, XTC vont en avoir un de balèze, « Making plans for Nigel », issu de leur déjà troisième album. Et les XTC vont s’accrocher, « jouer le jeu », multiplier disques, promos et tournées. « Making plans … », malgré leurs efforts, n’aura pas de suite. Non pas que les XTC n’aient pas été capables d’écrire de bons titres, mais parce qu’aucun ne retrouvera le haut des charts.
XTC 1982
« English settlement » est leur cinquième disque. Celui sur lequel les XTC ont tout donné. Double vinyle, quinze titres, plus de 70 minutes. Le disque du « ça passe ou ça casse ». Ça va casser, mais pour d’étranges et imprévisibles raisons… XTC sont quatre, plus ou moins multi-instrumentistes en studio. Deux seuls écrivent, Colin Moulding et Andy Partridge. Ce dernier commence à prendre une part prépondérante, sur « English settlement », les deux tiers des titres sont de lui. Autrement dit, il a la pression, celle de la maison de disques (Virgin) qui aimerait que le groupe concrétise en terme de succès son potentiel. Et celle qu’il se met tout seul. Maniaque pointilleux en studio, hyper-stressé dès qu’il s’agit de monter sur scène. Andy Partridge va littéralement exploser lors d’un concert à Paris, au Palace, pour la promotion de l’album dont le premier single extrait « Senses working overtime » commence à « frissonner » dans les hit-parades. Partridge, paralysé par le trac, quitte la scène au bout de quelques minutes, fait un malaise, est évacué par le SAMU. La version officielle sera une crise d’hépatite. Toujours est-il que le reste de la tournée est annulé, et plus jamais Partridge et XTC ne se produiront sur scène. Faute de promotion, « English settlement » deviendra un « succès d’estime », dans les faits un quasi bide commercial. Très vite, Virgin lâchera le groupe, qui va errer deux décennies dans un circuit indépendant confidentiel, publiant de loin en loin des disques le plus souvent fantastiques qui passeront inaperçus. XTC deviendra un duo (Moulding – Partridge). Moulding aurait semble t-il jeté l’éponge, en tout cas le dernier disque de XTC date de 2000 …
« English settlement » dans un contexte « normal » aurait-il été le disque de la consécration ? Même pas sûr, ce n’est pas un disque « facile ». Il y a une telle sophistication, un refus de tous les instants de toute forme de simplicité (hormis peut-être « Senses … », le plus évident du lot) qu’on voit mal ce genre de galettes se vendre par millions. « English settlement » s’adresse à la « famille », ceux qui de Buddy Holly à Badfinger, ont disséqué toute la culture pop. Sans pour autant négliger les dernières trouvailles techniques (beaucoup de claviers et synthés) ou les structures rythmiques complexes (Peter Gabriel était à cette époque-là dans la même démarche). Suffisamment doués pour ne pas faire des copier-coller de choses déjà entendues, les XTC innovent à chaque titre. La seule comparaison qui me vienne à l’esprit, c’est le Blur des disques d’après le méga-succès (« Blur », « 13 », « Think Thank ») quand Damon Albarn s’appliquait à détruire méticuleusement cette image de britpop pour minettes dont il ne voulait plus …
Andy Partridge, la tête ailleurs ?
« English settlement » part dans tous les sens tout en restant homogène. Il y a une base commune à tous les titres, la recherche de la mélodie, la construction même sophistiquée en couplet-refrain, un gros son de batterie mis en avant. Ensuite, une ou plusieurs trouvailles, gimmicks, arrangements confèrent à chaque titre son originalité. Les polyrythmies africaines mènent la danse sur le bien nommé « It’s nearly Africa », la guitare classique imprègne « Yacht dance », on distingue des influences celtiques et orientales sur l’introductif « Runaways », des choses chaloupées de la famille reggae sur « Down in the cockpit ». Les singles auraient pu être là ( la fausse pop bubblegum de « Ball and chain », la fabuleuse ritournelle de « Knuckle down »). Bon, faut pas se la jouer non plus, genre je vous cause de la supra-hypra merveille méconnue, il y a dans le lot des morceaux moins réussis. « Melt the guns » ne ravira que les adeptes du King Crimson des 80’s ce qui doit pas faire grand-monde, « Fly on the wall » veut coller au plus près au détestable son tendance du début des 80’s et fait donc aujourd’hui très daté, l’ultime « Snowman » comme du Talking Heads en pilotage automatique me semble le plus faible du disque…

Il n’empêche que « English settlement » qui clôt le premier chapitre de l’histoire de XTC est le meilleur de leurs débuts, et qu’il survole assez facilement la concurrence de l’époque (pas grand-monde de toutes façons, Squeeze, Madness, le tour du proprio pop circa 82 est vite fait …).

Des mêmes sur ce blog :
Apple Venus Volume 1


MORRISSEY - VIVA HATE (1988)

L'héritier ?
Pas laisser les braises refroidir … c’est ce qui devait être le leitmotiv de Steven Patrick Morrissey, dont le nom de famille lui servait de nom de scène en tant que chanteur des Smiths. Les Smiths, par ici, c’est quelque chose de totalement incompréhensible. Un groupe hors-norme en terme de succès entre 1984 et 1988. Un succès colossal mais qui n’a jamais dépassé le cadre de la perfide Albion. Anecdote archi-connue : une bande de fans révoltés par le silence et l’indifférence entourant en France leur groupe favori, se lance dans la publication d’un fanzine étoffé pour chanter ses louanges, et ainsi naîtront Les Inrocks …
Morrissey 1988
La séparation des Smiths en pleine gloire sera pour la jeunesse anglaise  un traumatisme comme celle des Beatles l’avait été pour leurs parents. Le premier à reparaître (six mois après la fin des Smiths) sera leur emblématique chanteur, icône plus ou moins cryptique (bien qu’il ne mâche parfois pas ses mots, voir plus bas) et équivoque (gay ? hétéro ? autre ? le mystère et les supputations iront bon train pendant des années).
Evidemment, la rupture est trop fraîche pour qu’il n’en reste pas des traces un peu partout sur ce « Viva hate ». Dans les paroles, peut-être, mais Morrissey n’a jamais été très « lisible ». Dans la musique aussi, il y a des traits qui ne se gomment pas facilement  (particulièrement flagrant sur les très smithiens « Bangali in platform » et « Late night, Mudlin Street »). Et puis, il y a cette voix, entre détachement et arrogance, brumeuse et claire à la fois, si facilement identifiable …
Pour son « émancipation », Morrissey a choisi une configuration réduite. Il laisse une grande place (des instruments, la co-écriture, et la production, rien que çà …) à Stephen Street, les deux hommes se connaissent, Street a produit les trois derniers disques des Smiths (avant d’être aux manettes de la plupart des galettes de Blur). Une collaboration qui est aussi une façon de marquer la « continuité » de la trademark Smiths. Mais les Smiths, c’était aussi la guitare « ligne claire » de Johnny Marr, et là Morrissey va partir dans une direction sonore très différente, en embauchant Viny Reilly, l’assez strident gratteux des Durutti Column. Assumer l’héritage et marquer sa différence (les bisbilles, les rancœurs et les haines s’avèreront multiples et tenaces entre les anciens Smiths), tel est le challenge de Morrissey.
Stephen Street & Morrissey
En partie réussi, parce que c’est malgré tout dans la continuité. En partie raté pour la même raison. Malgré deux hits (« Suedehead », qui deviendra un des surnoms de Morrissey, son plus connu demeurant quand même Mozz, et le très kinksien « Everyday is like Sunday »), il n’y a pas dans ce « Viva hate » de titres aussi fulgurants que ceux que l’on trouvait chez les Smiths. Les Smiths, difficile de faire plus anglais, et Morrissey en solo est foncièrement dans la même veine. Alors les brouillages de cartes du début du disque laissent une impression mitigée on n’y croit pas trop aux breaks de batterie, aux guitares plaintives et aux ambiances hindouisantes de l’inaugural « Alsatian cousin », pas plus qu’à la rythmique tournoyante et très psyché de « Little mann what now ? » qui a parfois des faux airs du « White rabbit » de l’Airplane.
Par contre, c’est quand Morrissey fait ce qu’on l’on attend de lui, et finalement ce qu’il sait faire le mieux, qu’il est le plus convaincant, toutes ces ballades brumeuses et automnales qui constituent l’ossature du disque et auxquelles son timbre vocal convient parfaitement. Et puis, comme un signe de la direction qu’il va prendre (il va s’acoquiner avec Mick Ronson, oui, oui, celui des Spiders de Bowie, et sortir avec lui une paire de disques de revival glam), un morceau envoie le bois tout en guitares rageuses et up-tempo (« I don’t mind … »). Mais c’est finalement le dernier titre du disque qui fera couler le plus d’encre, le très direct « Margaret on the guillotine ». Rappelons que la funeste Thatcher était encore Premier Ministre en 1988, et que ce titre n’a rien à voir avec le poétique « The Queen is dead » des Smiths. « Margaret … » c’est frontal, brut et sans fioritures sur un fond très dépouillé. Morrissey montre qu’il se souvient de ses origines populaires et que son public, cette jeunesse qui adule le chanteur des Smiths en a aussi pris plein la gueule pendant une décennie. Morrissey paiera cher ce titre, et quelques années plus tard, quand il se perdra dans une syntaxe équivoque (« National Front Disco »), la presse conservatrice le massacrera et brisera quasiment sa carrière …
La pochette de 1988
Il n’empêche que pendant quelques années, Morrissey récupèrera seul une partie de l’ancien succès des Smiths (Marr sera beaucoup plus discret et sa médiatisée collaboration avec Sumner de New Order dans Electronic sera un fiasco artistique et commercial, quand à Rourke et Joyce, ils seront encore plus discrets et oubliés).

Sur la réédition de 1997 (la pochette en haut, l’originale de 1988 est différente) huit morceaux ont été rajoutés en un vaste foutoir (des époques différentes, à dominante de ballades pas toujours transcendantes et malgré une paire de courts titres toutes guitares en avant produits par Ronson) et plutôt que de bonus, on pourrait les qualifier de titres malus …

Du même sur ce blog :


SIMPLE MINDS - NEW GOLD DREAM (81-82-83-84) (1982)

Stars des années 80 ...
Je l’écris en tout petit, mais bon, à l’époque, j’ai écouté les Simple Minds. Je trouvais même ça pas trop mal. Pas aussi bien, loin de là, que les Cramps, le Gun Club, les Fleshtones et d’autres cohortes d’obscurs garage bands. Mais nettement mieux que tout un tas de daubes qui commençaient à pulluler.
Simple Minds 82
Mais voilà, trente après, ça fait quand même mal aux oreilles les Simples d’Esprit. Et encore, là, avec ce « New gold dream », ils faisaient un grand bond qualitatif en avant. Faut dire qu’ils (re)venaient de loin, du trouble marigot où s’ébrouaient des contingents de new-waveux cold-waveux. Mais là, tout d’un coup, avec quelques autres dont leurs potes de U2, ils allaient se retrouver en haut de l’affiche. A coups de grandes chansons conçues comme des hymnes, de messages « positifs », de refrains à reprendre en chœur dans les stades, parce que in fine, c’est de çà qu’ils rêvaient (et les majors derrière eux), ces vastes communions dans des endroits de plus en plus gigantesques, où toutes les stars de la décennie allaient finir. Le retour aux grands raouts sixties, alors que depuis quelques années, grâce au pub-rock et au punk, la musique était revenue dans les petites salles conviviales, seules quelques superstars vieillissantes (les Who, les Stones, Queen, …) se produisaient dans les stades.
Les Simple Minds de « New gold dream », c’est un peu l’avènement du « gros son », ce mirage du message qui passe mieux quand c’est joué plus fort, et dans lequel tous (de Springsteen à Tears for Fears, de Bowie à Cyndi Lauper) allaient se fourvoyer dans cette maudite décennie, toutes grosses caisses de batterie en avant et pléthore d’arrangements pompiers. Simple Minds, ça cogne. Enfin, ça commence, ce sera pire sur le suivant « Once upon a time ». Ici, le groupe hésite encore, le cul entre deux chaises, entre new wave à synthés (y’en a partout, en « nappes », comme on disait à l’époque, ils sont aussi en avant que la batterie et la voix comme il se doit de stentor du chanteur), et rythmiques rentre-dedans beaucoup plus « rock ». Curieux de voir, au vu de l’évolution future du groupe, qui deviendra un duo avec des sessionmen, que l’un des deux leaders en puissance, le guitariste Charlie Burchill, est quasiment inaudible tout au long du disque. Ce sont des accords de synthé et pas des riffs de guitare qui font monter la température dans les morceaux.
Jim Kerr 1982
Lesquels morceaux commencent à s’allonger, comme une répétition ad lib d’un message. Quasi tous dépassent les cinq minutes. Le frontman du groupe, le chanteur Jim Kerr, à grands coups de brailleries « concernées » et de poses christiques, va devenir une des superstars de la décennie. Trois hits, et pas des petits, de ceux qu’on entendait vraiment à la radio, seront extraits du disque, « Someone somewhere in Summertime », « Glittering prize », et le gros carton « Promised you a miracle ». Aujourd’hui, ça me donne l’impression d’hymnes pompiers renforcés par de gros gimmicks vulgaires de synthé ou de batterie, avec des montées tout en puissance vers le refrain braillé comme un slogan. Le problème vient tout autant des autres titres, bâtis sur le même modèle, bien résumé par « Big sleep », on ne peut mieux nommé.
Le genre de skeud tout juste intéressant pour une soirée à thème sur les « fabuleuses » années 80 dont quelques sourds quadra-quinqua se délectent encore.
Enfin, une question essentielle me turlupine. Comment Chrissie Hynde (putain, Chrissie Hynde, quand même) a t-elle pu divorcer de Ray Davies (putain le Ray Davies des Kinks, le meilleur auteur anglais des cinquante dernières années) pour aller épouser ce tocard de Jim Kerr ?
Ouais, Chrissie, pourquoi t’as fait ça ?

MADNESS - COMPLETE MADNESS (1982)

Juste un petit grain de folie ...
Pour quasiment tout le monde, Madness se résume à un titre, « One step beyond ». Rabâché, et même encore de nos jours, jusqu’à l’écœurement. Symbole du ska dit festif, avec en filigrane la vision de ces horribles multitudes de groupes du genre qui squattent les après-midi de festivals provinciaux, aussi vite chiants que les fuckin’ bandas du Sud-Ouest …
Madness, c’est pas que « One step beyond ». Le groupe, après quelques années de mise en sommeil s’est reformé quasiment dans son line-up original et demeure une institution. En Angleterre uniquement. Parce que Madness est un groupe typiquement anglais, autant qu’avait pu l’être à la même époque de leurs débuts le trépassé Ian Dury et ses Blockheads. Madness viennent d’un quartier populaire de Londres (Camden Town), et ont savamment entretenu cet aspect cockney-potache-loufoque inné chez eux.

Madness, c’est en 79 la tête d’affiche commerciale du ska, ceux qui ont fait exploser la reconnaissance commerciale du mouvement (« One step … » donc, leur second 45T). Laissant aux Specials le meilleur disque du genre, mais entamant pour leur part à coups de singles malins la conquête régulière des charts. Au bout de deux ans, le ska revival aura fait long feu, faute de combattants (l’essentiel des groupes de la mouvance, y compris les Specials, ont disparu), et la mode est passée à autre chose (les gothiques, la synth-pop, le post-tout-ce-qu’on-veut, …). Madness vont perdurer, en gros une décennie, grâce à un virage pop. Sans se « vendre ». Le groupe a eu la chance de compter en son sein trois, voire quatre auteurs capables de pondre des rengaines putes juste ce qu’il faut pour avoir du succès, mais sacrément efficaces.
Ce « Complete Madness » est paru en 1982, soit trois ans et trois disques après leurs débuts. Ce qui est un timing rapide, mais il faut battre le fer etc …, n’est-ce pas Messieurs les comptables de chez Warner ? Pas de bol, mais personne pouvait savoir, juste avant leur meilleur disque « The rise and fall ». Pas malin non plus, le tracklisting, qui mêle les titres sans tenir compte de la chronologie, et vu que Madness est un groupe qui a évolué dans le bon sens du terme, c’est vraiment pas une bonne idée. Démago, le sous-titre d’origine « 16 hit tracks » (judicieusement supprimé des rééditions) est bien évidemment plus qu’optimiste par rapport à la réalité, d’ailleurs certains titres sont même pas sortis en single.
On trouve donc du ska. Plus exactement ce qu’on appelait du ska en Angleterre et par extension ailleurs dans le monde civilisé, à savoir des choses s’inspirant certes du ska jamaïcain fin 60’s – début 70’s, mais couplé à du reggae, du dub, du toasting, de l’accélération du tempo liée à l’énergie plus ou moins punk de l’époque, le tout dans un format concis (3 minutes maxi). Sont donc de la revue outre l’incontournable « One step beyond », des choses comme « Baggy trousers », « Night boat to Cairo », « The Prince », « Madness », ce qui permet de noter que les Madness sont vraiment des fans ultimes d’une des grandes figures du ska jamaïcain, Prince Buster, puisqu’un titre lui est dédié (« The Prince ») et qu’ils en reprennent deux autres ( « Madness », qui leur donnera leur nom de scène, et « One step beyond », ben oui, c’est pas d’eux).
Ensuite, c’est un peu tout, et aussi n’importe quoi. Du plus ou moins second degré (« The return of the Las Palmas 7 », improbable hybride instrumental entre merengue et calypso), de l’humour macabre (« Cardiac arrest », un des titres les plus enjoués, parle d’un type en train de claquer d’un infarctus), de la pochade fainéante (« In the city » est extrapolé à partir d’un jingle de pub qu’ils avaient écrit pour une bagnole japonaise), de l’hommage certainement sincère à un méconnu poète et musicien anglais d’origine nigériane Labbi Siffre à travers la reprise de son « It must be love » (bonne cover, truffée d’arrangements intéressants de classique et de big band jazz). Cette compile montre aussi la lucidité de gars qui se sentent enfermés dans un style qu’ils pressentent éphémères et qui se retournent vers les bases de la musique anglaise, la pop de qualité. Même si le propos est parfois encore un peu gauche quand ils créent eux-mêmes (« Embarassment », « Shut up »), les choses sont bien meilleures quand ils « s’inspirent » pour pas dire plus (ils sont honnêtes les gars de Madness, ils le reconnaissent dans les courtes mais intéressantes notes du livret) de choses existantes. Ainsi le meilleur titre du disque, « My girl » doit beaucoup au « Watching the detectives » d’Elvis Costello et « Grey day » au schéma rythmique du « Bogus man » de Roxy Music.

On l’aura compris, cette compile d’époque n’a qu’un intérêt somme toute limité, présentant un bon point de vue de leurs premières années, qui sans être à renier ou à rejeter, ne sont pas forcément leurs meilleures. Leurs masterpieces sont encore à venir, même si leur discographie des années 80 est à envisager avec circonspection, beaucoup de choses étant sacrifiées à l’air sonore du temps pour pérenniser un succès qui ne se démentira pas chez leurs compatriotes …

NEW ORDER - BROTHERHOOD (1986)

Danse et décadence ...
A quoi sert un Cd de New Order ? A rien si on suit le groupe au pied de la lettre. New Order c’est les champions du vinyle maxi 45T. Enfin les champions anglais, le reste du monde, pas con, s’étant prudemment tenu à l’écart des rengaines molles des Mancuniens.
Grosse fatigue ...
New Order, c’est les Doors sans Jim Morrison, plus exactement Joy Division sans le pendu Ian Curtis. Ça boxe pas dans la même catégorie. Bon, ils ont changé le nom, y’a pas matière à procès, même pas d’intention. Et comme je crois pas du tout aux bonnes étoiles et pas trop au hasard, s’ils ont fait partie des plus gros vendeurs de disques des 80’s, ça prouve que des gens les ont achetés (suivez la puissance du raisonnement), et que le groupe a su être au bon endroit au bon moment.
L’endroit et le moment, c’était le milieu des années 80 dans leur club l’Hacienda à Manchester. Une boîte ouverte en investissant l’argent de leurs disques, où se sont succédé aux platines le gotha des DJ’s mondiaux, et dont les clients assidus ont fondé les groupes et sorti les disques les plus intéressants de la fin de la décennie, la fameuse vague Madchester. L’Hacienda était également un repaire de toxicos et de dealers, et de fermetures administratives en amendes, a fini par faire faillite, tout comme le courant électro-dance-machin dont elle était à l’origine.
Grosse fatigue (bis) ...
C’est dans l’Hacienda que les New Order ont trouvé la matière essentielle de leur son, habile recyclage de tous les bruits étranges et novateurs qui sortaient de la sono du lieu. Les maxis de New Order ont engendré bien des vocations, avec des suiveurs qui se sont bien souvent révélés supérieurs à leur modèle.

Tout ça pour en revenir à ce « Brotherhood » qui casse pas des briques. Certes, il y a le petit hit « Bizarre Love Triangle » (joke à multiples niveaux), mais en version courte, radiophonique et « familiale », celle du maxi (sur la compile « Substance ») est meilleure. Pour le reste, « Botherhood » est un disque de synth-pop tout ce qu’il y a de conventionnel, typique des New Order et de leur « âge d’or ». A savoir ces rythmes dansants de constipés, fais pour bouger les bras et pas le bassin, ce qui change tout. Des titres comme « Weirdo » (plus enlevé et mélodique que la moyenne), « Broken promise » et ses gimmicks accrocheurs, l’amusant « All day long » avec sa guitare surf au ralenti, surnagent pour moi du lot. Le reste (une grosse moitié du Cd) se situe dans la moyenne générale des productions du genre à cette époque-là, pas de quoi se relever la nuit. Enfin, une question que je me pose, comment les New Order ont-ils fait pour éviter le procès, tant le dernier titre « Every little counts » est entièrement pompé (ligne de basse, mélodie fredonnée) sur le « Walk on the wild side »  de Lou Reed ?

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Substance


THE RAKES - CAPTURE / RELEASE (2005)


Franz Ferdinand II

Bon, pour une fois je vais faire court (« Ouf ! C’était pas trop tôt ! » entends-je).
Parce que hein, y’a pas grand-chose à dire sur ces gars. The Rakes, groupe anglais, seconde moitié des années 2000, vomi du néant dans lequel il est retourné après trois disques dont ce « Capture / Release », son premier, considéré par les fans ( ? ) comme son meilleur, c’est dire le niveau supposé des deux autres.
Les Rakes, c’est quasiment du copier-coller de Franz Ferdinand, mêmes influences post-punk revendiquées (Magazine, Gang of Four, Buzzcocks, plus ici Talking Heads pour le côté rigide et martial ), mêmes chansons hymnes dansantes, la qualité, l’évidence et les arrangements en moins.
Poussant le vice du décalque jusqu’à partager l’affiche avec leurs modèles, ce qui s’est évidemment retourné contre eux, ils sont juste passés pour des suiveurs sans originalité, ce qui n’est pas faux. Autant Franz Ferdinand sont à peu près supportables sur un album (leur premier au hasard), autant les Rakes deviennent pénibles au bout de deux titres.
Bon, j’exagère … il y a au moins deux différences avec Franz Ferdinand, le chanteur des Rakes n’est pas beau gosse, il a un peu la même gestuelle désossée que Ian Curtis de Joy Division, et ils ont glissé dans la demi-heure que dure ce disque un morceau de ska (même pas mauvais, d’ailleurs).
Ah, et puis, ils sont bien anglais, les paroles de « Strasbourg », leur « hit », me laissent supposer qu’ils croient que l’Alsace est en Allemagne …

THE LAST SHADOW PUPPETS - THE AGE OF UNDERSTATEMENT (2008)


Puppets on the strings ...

Comme quoi, faut se lâcher des fois … ce disque bâclé en deux semaines va se révéler être un de ceux dont il était de bon ton de causer en l’an de grâce 2008. Deux copains se lancent dans une jam plus ou moins informelle, loin des calculs de rentabilité et des schémas du show-business musical, torchent un titre par jour en studio, gardent les douze meilleurs pour le Cd, les autres agrémentant les faces B de singles.
Faut pas rêver non plus, c’est pas exactement un scénario à la Disney. Ce disque n’a été possible que parce que l’un des deux lascars est hautement bankable, c’est Alex Turner, leader des Arctic Monkeys, big thing en terme de ventes dans l’Angleterre des années 2000. L’autre, c’est Miles Kane, leader des plus obscurs Rascals, dont il ne tardera pas d’ailleurs à s’émanciper.
Et là, comme des enfants gâtés enfermés dans le magasin de jouets, les deux potes se laissent aller à des exercices de haute voltige, récitant dans leurs chansons les gammes de quarante et quelques années de pop anglaise. Parce que plus anglais que l’ossature de ces chansons, y’a pas. Mais là où l’affaire prend une tournure curieuse, c’est lorsque les deux gaillards « embauchent » le très sérieux London Metroplitan Orchestra, et font arranger les empilages de cordes par un type (Owen Pallett) venu de la galaxie Arcade Fire. Du coup, rajoutées à une forme de maniérisme ampoulé très Scott Walker dans le chant, beaucoup de choses sonnent comme les productions sixties de Lee Hazlewood, songwriter américain certes, mais un des plus influencés par la musique (surtout classique) européenne.
La boucle est bouclée. Surtout que quand on parle de Scott Walker, son plus fidèle disciple David Bowie n’est pas loin. Un de ses vieux titres pré-Space Oddity (c’est dire si ça ne rajeunit personne, et surtout pas lui) « In the heat of the morning » sera enregistré par Turner et Kane mais ne sera pas retenu dans le tracklisting du Cd.
Bon, j’ai comme l’impression d’être un peu confus là … mais ce disque l’est aussi. Il part un peu dans tous les sens, multipliant clins d’œils et références, comme si Turner et Kane, libérés des contraintes de leurs groupes respectifs, étaient allés fureter vers des sentiers jusqu’alors interdits. « The age of understatement », le morceau, est une cavalcade contry-western, thème d’un film imaginaire. Niveau cinématographique, les génériques des James Bond sont en filigrane derrière « In my room ». « Standing next to me », c’est une plongée nostalgique dans les bluettes pop du Swingin’ London circa 66, « Separate » renvoie aux Smiths des débuts.
Tout n’est pas parfait, quelques titres font un peu « léger », « Only the truth », sorte de « Paint it black » cafardeux et dépouillé, « Meeting place », musique de plage caraïbe dans lequel les deux lads se la jouent un peu trop facilement Harry Belafonte, « Calm like you », exercice quelconque à la Scott Walker.
D’une façon globale, les morceaux avec les cordes sont très bons, en évitant le piège de la grandiloquence et du pompiérisme dans lequel tant de Moody Blues et Procol Harum se sont perdus. « The age of understatement » n’est pas un disque crucial, c’est juste un exercice de style brillant, la réunion dilettante de deux des auteurs anglais les plus intéressants de la dernière décennie…



THE JAM - IN THE CITY (1977)


Les teigneux ...

La France et les Jam, on peut pas vraiment appeler ça une histoire d’amour. Ils ont dû avoir de quoi juste se payer un cappuccino (la boisson favorite de Weller), avec le bénef de leurs ventes de disques par ici. Faut dire que les groupes plus typiquement anglais qu’eux (les Kinks, les Smiths, c’est à peu près tout …), ça court pas les rues et ça restreint forcément l’audience « à l’étranger ». Par contre, pendant un lustre (77 à 82), ils ont mis leur pays à genoux (on parle pas là de chiffres de vente sympathiques, mais de popularité mesurée à l’échelle Beatles-Oasis), leur leader maximo Paul Weller, se voyant même désigné par les lecteurs d’un mag musical de là-bas personnalité préférée de l’année ou quelque chose comme çà…
Paul Weller, ce psycho-rigide maniaque, et qu’il valait mieux ne pas croiser quand il avait autre chose que son cappuccino dans le gosier. Un type quand même respectable et respecté… faut dire qu’il avait été le seul à foutre une branlée à l’autre taré de Sid Vicious, spécialiste de traîtres passages à tabac (surtout quand il avait quelques potes pour assurer ses arrières). Et musicalement, Weller était aussi teigneux que dans la vie. Bien accompagné par les deux bûcherons Bruce Foxton à la basse et Rick Buckler à la batterie. Enfin, bûcherons c’est pas gentil parce que les trois deviendront vite un power trio efficace, concis et compact.
Pour ce « In the City », leur premier disque paru en 77 année punk, l’heure n’est pas (faute de moyens et de technique) aux fanfreluches musicales. C’est énervé et austère, à l’image de la pochette qui n’est pas signée Roger Dean ou Hipgnosis, on s’en rend compte au premier coup d’œil. Et en un peu plus de demi-heure, les Jam lâchent leurs premiers douze titres.
Dont un, l’éponyme « In the City », sera le premier (et seul sur ce disque) titre des Jam à visiter les hit-parades. Un des classiques absolus du groupe et de la vague 77. Weller, qui chante, joue de la guitare et compose tous les titres originaux du trio, laisse transparaître d’évidentes influences, au premier titre desquelles les Who (flagrant sur des morceaux comme « Away from the numbers » (rien que le titre, les High Numbers étant le premier nom des futurs Who), « I’ve changed my adress », la reprise du thème de Batman, qui n’est pas des Who mais qu’ils ont aussi repris). Mais aussi peut-on déceler au passage d’autres influences des sixties anglaises (les Small Faces la légende mod, la pop en général, …), et des classiques du rock’n’roll (la reprise du « Slow down » du très sous-estimé et génial Larry Williams).
C’est cette attirance pour la culture mod, pour l’exposition de ses racines anglaises (dès que le groupe progressera, la northern soul anglaise des sixties se retrouvera au détour de nombre de morceaux), qui donneront aux Jam cette place si particulière de groupe en même temps new wave (les Jam sont partie intégrante de la scène punk londonienne), mais aussi revivaliste (on ne laisse pas planer impunément au détour d’un paquet de titres les ombres de Townsend ou Marriott). Weller et son groupe assumeront pleinement ces deux influences. Ils cultiveront méticuleusement l’imagerie mod, les costards étriqués (Foxton en plus ne se départissant pas tout du long des cinq années que dureront les Jam de son affreuse coupe de cheveux « mulet », et Buckler finissant par s’habiller ridiculement de simili-cuirs et de jeans premier prix de chez Prisu), on les verra sur moultes photos de presse chevauchant des scooters dans le plus pur style mod-plage de Brighton 1963). Weller sera l’archétype même du « working-class hero » lennonien (un titre auquel malgré tous ses efforts ne pouvait prétendre le Beatle binoclard, contaminé arty par la présence à ses côtés de l’insupportable Yoko). Weller sait d’où il vient (son père était maçon, voir le dernier titre du disque « Brick and mortars »), et malgré des ventes de disques considérables, restera au plus près du « peuple » et de ses préoccupations, et sera un militant travailliste acharné (il sera plus tard le co-fondateur du Red Wedge, réunissant les artistes anti-Thatcher, et soutiendra par sa présence et par ses dons nombre de luttes sociales dans son pays).
Paul Weller est assurément un type bien, et ce « In the City » reste un des préférés des Jam-maniacs, même si la triplette « All mod cons » - « Setting sons » - « Sound affects » parue entre 78 et 80, constituera son zénith artistique. Il continue encore aujourd’hui, à plus de cinquante ans, et en ayant dissous des Jam en pleine gloire, une carrière solo inégale mais encore par moments capable de générer de superbes disques …

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BELLE & SEBASTIAN - TIGERMILK (1996)


Comme un conte de fées ...

L’histoire est devenue célèbre, c’est celle de quelques amis écossais qui enregistrent en quelques heures un disque dans le cadre de travaux pratiques d’une école de marketing musical. Un disque pressé (en vinyle) à mille exemplaires. Qui fera l’objet d’un buzz colossal lorsque le suivant, « If you’re feeling sinister » rencontrera le succès. Et sera dès lors bien évidemment réédité …
Hey, t'as vu ? On est sur le blog de Lester ...
Et pour une fois, les rumeurs étaient dans le vrai. Ce « Tigermilk » de 1996 renoue avec des ambiances, des sons, une simplicité que l’on croyait à jamais disparues de la perfide Albion, noyée sous les mille-feuilles de guitares saturées des frères Gallagher. « The state I’m in » qui inaugure, renvoie dès son intro au troubadour neurasthénique Nick Drake, et quand les instruments se mettent en place, surgissent les lointains échos sixties des mélodies de Donovan, Cat Stevens, Fairport Convention … Du folk 60’s donc, mais macéré dans trois décennies d’évolution musicale. Le tout porté par la belle voix grave et voilée de Stuart Murdoch, leader et âme du groupe … La mélodie et la tristesse sont chez Belle & Sebastian au cœur de tous les morceaux, mais par un de ces hasards que seul un réel talent peut provoquer, le résultat est tout à l’opposé d’un disque sinistre. Ces morceaux comme en apesanteur, se voient nimbés parfois de cordes, de synthés discrets et légers, … Voire même de trompettes comme les Pale Fountains les utilisaient dans les 80’s. Parfois, c’est la structure rythmique qui est discrètement originale, « I could be dreaming » débute comme un ska épaulé par de petits riffs de guitare très Mick Jones (le bon, celui des Clash).
Mais c’est surtout la référence évidente aux Smiths, archétype du groupe typiquement anglais, sur de nombreux titres (« Expectations », « You’re just a baby », « I don’t love anymore » …) qui marquera les esprits. La recette de cette pop triste et mélancolique, que l’on croyait disparue avec le split du groupe de Marr et Morrissey, réapparaît conjointement chez Belle & Sebastian et leurs cousins sonores de Tindersticks.
Toute une frange de la presse musicale anglaise, relayée par ici par le fan-club des Smiths (Les Inrocks) va être intarissable de superlatifs et lancer la carrière de ces deux groupes.
Aujourd’hui, le soufflé est quelque peu retombé, on parle davantage de Belle & Sebastian comme de l’ancien groupe de la belle Isobel Campbell (présente mais bien discrète sur ce « Tigermilk »). Reste tout de même ce premier disque, un des debut-albums les plus réussis et les plus marquants des années 90.
A une exception près … Il y a un titre absolument horrible au milieu du Cd (« Electronic Renaissance ») qu’on jurerait échappé de chez les new waveux Orchestral Manœuvres In the Dark et dont on se demande ce qu’il vient faire là …

OASIS - (WHAT'S THE STORY) MORNING GLORY ? (1995)


La consécration

Plus anglais et plus grandes gueules qu’eux, difficile de trouver mieux. Tellement ancrés dans le patrimoine musical de l’île qu’ils sont vite devenus une caricature, d’eux-mêmes d’abord, et du rock à guitares de la seconde moitié des années 90 ensuite.
Oasis, la chose des frères Gallagher. Enfin, surtout de l’aîné, Noel, roadie-guitare des peu inspirés Inspiral Carpets, lui-même guitariste moyen, gras et lourd, mais habile compositeur, qui, quand il aura bien vu et compris ce qui agite le rock’n’roll circus, montera son propre groupe. Avec son cadet, Liam, encore plus tête brûlée que lui, mais grand chanteur, et quelques faire-valoir interchangeables.
Vous êtes sûr que vous en faites un peu trop, les gars ?
Ayant parfaitement compris que faire parler de soi, c’est au moins aussi bien que de sortir de bons disques, les Gallagher vont pousser le bouchon de la communication  plutôt loin. Avant même d’écouter leurs disques, on savait qu’ils étaient de Manchester, supporters  hooliganesques de Manchester City, prolos et fiers de l’être, électeurs du Parti Travailliste. Toute une esthétique savamment entretenue qui en fera le prototype des lads (en gros les mauvais garçons) provinciaux. Les Gallagher sont ambitieux, ils veulent faire d’Oasis le plus « grand » groupe du monde, et ils y arriveront. En s’inspirant de choses qui ont déjà fait leurs preuves, les Beatles de 66-67 et les Stones de 68-69.
Après une première livraison  époustouflante au succès phénoménal (« Definitely maybe »), une guerre médiatique Blur – Oasis savamment (?) entretenue par les frères Gallagher, la pression sur le groupe était énorme. « … Morning glory » était un des disques les plus attendus (au tournant) des années 90.
Le résultat sera à la hauteur de toutes les espérances. Deux énormes hits (« Roll with it », « Wonderwall »), pratiquement tout le reste au même niveau (juste 2 ou 3 titres plus faibles). Avec ce Cd, les Oasis avaient tout pour devenir les maîtres du rock mondial. La suite n’a malheureusement que peu souvent à voir avec la musique : de la cocaïne à la tonne, des disputes et des bagarres fratricides, l’incapacité à faire leur « boulot » (combien de concerts annulés rien qu’en France, avant la débandade finale ?), tout cela allait entraîner un lent mais sûr déclin. Aggravé par des concessions stupides à leur formule de départ, Noel voudra chanter quelques titres (il chante comme une casserole), et Liam composera ce qu’il croit dur comme fer être de bons titres (de grosses daubes en fait). Ils auraient dû s’en tenir à ce qui a fait leur succès.
En 1995, avec « … Morning glory », les Oasis étaient tout en haut, intouchables de talent au-dessus de la mêlée. Dès le disque suivant, le déclin artistique commencerait. La messe était dite …

BABY SHAMBLES - SHOTTER'S NATION (2007)


Piqûre de rappel ...

Finalement, ce qui est le plus étonnant avec Pete Doherty, c’est qu’il soit encore vivant. Tant il a été présenté (en forçant le trait ?), comme un junkie irrécupérable, et un type ingérable humainement. De la chair à fantasmes pour journalistes poursuivant une certaine esthétique de la déglingue rock, ou le sensationnel à mettre en une de leurs tabloïds.
Des emblématiques proto-clashiens Libertines, qui n’arrêtent pas de se séparer et de se reformer depuis plus de dix ans, de ses rapports pour le moins étranges avec son pote Carl Bârat, de ses dérives le faisant voyager de l’obscurité des prisons anglaises aux flash des paparazzi quand il avait Kate Moss à son bras, … Doherty se rêve poète décadent, peaufine inlassablement ses titres pour ensuite les jeter sur des disques bâclés et foutraques, et joue souvent jusqu’à la caricature son personnage de clodo bling-bling.
En principe, la came est planquée dans le chapeau de Doherty ...
Mais ses disques n’en demeurent pas moins attachants, dans lesquels alternent coups de génie et fumisteries totales. Ils sont pleins de rock déglingué, approximatif. Beaucoup de tripes et pas trop de technique. Du rock comme on l’aime.
Et tant qu’à faire, il y a même sur ce « Shotter’s nation » un morceau fantastique. « Delivery » il s’appelle. Plus ou moins démarqué du « All day and all of the night » des Kinks. En tout cas, une merveille pop.
Le reste est pas mal non plus. Meilleur que le « Down in Albion » précédent, qui était sympathique certes, mais aussi furieusement bordélique. « Shotter’s Nation » est un disque à l’ancienne, comme à l’époque du vinyle. 40 minutes, 12 morceaux courts. Ce qui évite le remplissage, et permet d’aller à l’essentiel. Des rock « clashiens » (« Carry on up the morning »), des ballades titubantes (« Unbilotitled », « There she goes »). Et preuve que Doherty a du talent, il reçoit l’adoubement de Bert Jansch (guitariste exceptionnel et légende du folk anglais pour une de ses dernières participations à un disque) qui vient gratouiller sur le très bon titre acoustique final, « Lost art of murder ».
Bonne production claire et limpide  de Stephen Street (producteur « historique » des Smiths et de Blur), ce qui nous change du fouillis sonore de Mick Jones le coup d’avant.
« Shotter’s Nation » n’est pas le disque du siècle, mais un des meilleurs venus de la perfide Albion en l’an de grâce 2007. Ce qui n’est déjà pas si mal.
Ah oui, j’oubliais, ce disque est paru sous l’intitulé Baby Shambles. Personne n’a été dupe. Même si Baby Shambles est un « vrai » groupe, c’est uniquement la chose de Doherty …