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ALFRED HITCHCOCK - FRENZY (1972)

London calling ?
A la vue des bonus du film, paru en 1972, dans lesquels on voit un Hitchcock (plus de 70 ans au compteur, strict costard noir, bedaine proéminente), se mettre en scène dans Londres, je ne peux m’empêcher de penser qu’à la même époque la ville dansait sur les rythmes glam (avec l’accoutrement qui allait avec) de T. Rex et Bowie. Raccourci facile, quand paraît « Frenzy », Hitchcock a tout du has been … Non pas musicalement, il a jamais été très rock’n’roll, mais has been tout court.
Le coupable idéal et sa copine
L’apogée de Hitchcock, c’est les années 50 (avec quelques chefs-d’œuvre qui débordent avant ou après). Là, au début des années 70, c’est juste un dinosaure, un vestige d’un autre temps, quasiment d’un autre monde. Non pas que « Frenzy » soit une daube, loin de là, mais c’est juste un film un peu perdu dans son contexte. « Frenzy » se veut parfumé au soufre. Pour la première fois plein cadre, une scène de viol suivie d’un meurtre, quelques fesses, poils pubiens et tétons en gros plans (pas ceux des actrices, ceux de doublures « mannequins »), un ton humoristique très noir au service d’une intrigue sophistiquée (le scénario est dérivé d’un bouquin à succès adapté au théâtre).
« Frenzy » sera un des plus gros succès populaires d’Hitchcock. Soit. Avec deux scènes (seulement deux, on l’a connu plus prolifique de ce côté-là) d’anthologie. Celle qui introduit le film, la Tamise à hauteur du pont de Tower Bridge survolée en hélicoptère, et puis un travelling arrière phénoménal dans une cage d’escalier, un couloir et pour finir la rue.
L'ex qui cherche l'oxygène
Et le reste ? Ben un film à suspense sans suspense (on sait dès le premier tiers du film qui est l’assassin, et qui va ramasser à sa place) qui ne vaut que par ses à-côtés. Offrant une galerie de seconds rôles (casting fait au feeling, Hitchcock « embauchant » la plupart des acteurs sans les avoir mis en situation, juste après une discussion) jubilatoires (la femme du flic et ses recettes de cuisine « branchées », la secrétaire de l’agence matrimoniale). En fait, « Frenzy » est bien mieux si on se désintéresse de l’intrigue.
Hitchcock, après exil et gloire américains, revient à Londres. Et y fait un film so british. « Frenzy » n’est pas transposable. La plupart des scènes ont lieu dans et autour du marché de Covent Garden (retour aux sources à forts relents freudiens, le père d’Hitchcock y tenait un étal de fruits et légumes), et il n’y a pas une scène, pas un plan, qui nous fasse sentir ailleurs qu’à Londres (où ailleurs qu’à Londres, verrait-on un tueur dont l’arme du crime est une cravate ?). Mais en même temps qu’une sorte de déclaration d’amour « patriotique », la vision d’Hitchcock est également caustique. Témoin la première scène parlée du film, dans laquelle on voit un ministre promettre devant une Tamise saumâtre que bientôt on pourra s’y baigner (gag, Chirac fraîchement élu maire de Paris avait dit la même chose de la Seine), avant que l’attention de la foule ne se porte sur un cadavre dénudé y flottant (c’est cette scène qui donne lieu à l’incontournable caméo d’Hitchcock, fugacement à l’image sur deux plans). Il y a dans « Frenzy » tous les clichés d’un Londres très très britannique (le « héros » malchanceux est au départ serveur dans un pub au patron fort en gueule, il renoue avec son ex dans un club cosy, tous les personnages sont guindés juste ce qu’il faut).
Le tueur
« Frenzy », il serait pas d’Hitchcock, on dirait que c’est un film qui se cherche. Hésitant entre romance (le triangle du « héros », son ex, la serveuse), sadisme et voyeurisme bon marché (les crimes de Rusk), humour plus ou moins décalé (le cadavre dans le sac de patates et les contorsions et postures qu’il entraîne, le flic et les petits plats de sa femme). D’ailleurs Hitchcock n’a pas touché à une caméra. Il a porté une attention minutieuse au scénario, a choisi ses acteurs (aucun grand nom au casting, et la plupart avouent dans les bonus du Dvd qu’ils ont été tout surpris de se trouver là) et a supervisé le tournage. Enfin, supervisé, façon de parler. Perpétuellement assis hors champ (avec sa femme toute proche, qui a fait un infarctus ou un truc du genre, mais qui une fois rétablie, est revenue aux côtés de son Alfred), donnant l’impression d’un faux détachement, mais doté d’un sens de la prise de vue stupéfiant, n’hésitant pas à passer des jours sur une scène (celle du viol et du meurtre a pris trois jours, c’est une succession de plans de quelques secondes), ou au contraire laissant ses acteurs improviser attitudes ou dialogues. Chef d’orchestre plutôt que soliste démonstratif …
« Frenzy » est quasiment le dernier tour de piste d’Hitchcock (seul le très dispensable « Complot de famille » suivra). Qui n’a plus rien à prouver et ne prouve plus rien.

En fait le meilleur truc de « Frenzy », c’est sa bande-annonce dans laquelle Hitchcock se met en scène. Oserait-on dire qu’elle est mieux que le film ? Moi j’ose …

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XTC - ENGLISH SETTLEMENT (1982)

Les Steely Dan de la pop ?
Pour le côté duo de perfectionnistes maniaques … pour le reste, XTC sont aussi Anglais que faire se peut, sont un vrai groupe, n’ont pas vraiment laissé le souvenir de sessions de studio sous des montagnes de coke …
Les XTC sont apparus en même temps que les punks dont le remuant boucan désorganisé a dû les laisser dubitatifs. XTC, c’est tout le contraire des punks, ils ne rêvent que de pop sophistiquée. Le problème de la pop, c’est que par essence, elle se nourrit de succès populaires. De singles, de hits, de titres classés dans les charts. Oh certes des hits, XTC vont en avoir un de balèze, « Making plans for Nigel », issu de leur déjà troisième album. Et les XTC vont s’accrocher, « jouer le jeu », multiplier disques, promos et tournées. « Making plans … », malgré leurs efforts, n’aura pas de suite. Non pas que les XTC n’aient pas été capables d’écrire de bons titres, mais parce qu’aucun ne retrouvera le haut des charts.
XTC 1982
« English settlement » est leur cinquième disque. Celui sur lequel les XTC ont tout donné. Double vinyle, quinze titres, plus de 70 minutes. Le disque du « ça passe ou ça casse ». Ça va casser, mais pour d’étranges et imprévisibles raisons… XTC sont quatre, plus ou moins multi-instrumentistes en studio. Deux seuls écrivent, Colin Moulding et Andy Partridge. Ce dernier commence à prendre une part prépondérante, sur « English settlement », les deux tiers des titres sont de lui. Autrement dit, il a la pression, celle de la maison de disques (Virgin) qui aimerait que le groupe concrétise en terme de succès son potentiel. Et celle qu’il se met tout seul. Maniaque pointilleux en studio, hyper-stressé dès qu’il s’agit de monter sur scène. Andy Partridge va littéralement exploser lors d’un concert à Paris, au Palace, pour la promotion de l’album dont le premier single extrait « Senses working overtime » commence à « frissonner » dans les hit-parades. Partridge, paralysé par le trac, quitte la scène au bout de quelques minutes, fait un malaise, est évacué par le SAMU. La version officielle sera une crise d’hépatite. Toujours est-il que le reste de la tournée est annulé, et plus jamais Partridge et XTC ne se produiront sur scène. Faute de promotion, « English settlement » deviendra un « succès d’estime », dans les faits un quasi bide commercial. Très vite, Virgin lâchera le groupe, qui va errer deux décennies dans un circuit indépendant confidentiel, publiant de loin en loin des disques le plus souvent fantastiques qui passeront inaperçus. XTC deviendra un duo (Moulding – Partridge). Moulding aurait semble t-il jeté l’éponge, en tout cas le dernier disque de XTC date de 2000 …
« English settlement » dans un contexte « normal » aurait-il été le disque de la consécration ? Même pas sûr, ce n’est pas un disque « facile ». Il y a une telle sophistication, un refus de tous les instants de toute forme de simplicité (hormis peut-être « Senses … », le plus évident du lot) qu’on voit mal ce genre de galettes se vendre par millions. « English settlement » s’adresse à la « famille », ceux qui de Buddy Holly à Badfinger, ont disséqué toute la culture pop. Sans pour autant négliger les dernières trouvailles techniques (beaucoup de claviers et synthés) ou les structures rythmiques complexes (Peter Gabriel était à cette époque-là dans la même démarche). Suffisamment doués pour ne pas faire des copier-coller de choses déjà entendues, les XTC innovent à chaque titre. La seule comparaison qui me vienne à l’esprit, c’est le Blur des disques d’après le méga-succès (« Blur », « 13 », « Think Thank ») quand Damon Albarn s’appliquait à détruire méticuleusement cette image de britpop pour minettes dont il ne voulait plus …
Andy Partridge, la tête ailleurs ?
« English settlement » part dans tous les sens tout en restant homogène. Il y a une base commune à tous les titres, la recherche de la mélodie, la construction même sophistiquée en couplet-refrain, un gros son de batterie mis en avant. Ensuite, une ou plusieurs trouvailles, gimmicks, arrangements confèrent à chaque titre son originalité. Les polyrythmies africaines mènent la danse sur le bien nommé « It’s nearly Africa », la guitare classique imprègne « Yacht dance », on distingue des influences celtiques et orientales sur l’introductif « Runaways », des choses chaloupées de la famille reggae sur « Down in the cockpit ». Les singles auraient pu être là ( la fausse pop bubblegum de « Ball and chain », la fabuleuse ritournelle de « Knuckle down »). Bon, faut pas se la jouer non plus, genre je vous cause de la supra-hypra merveille méconnue, il y a dans le lot des morceaux moins réussis. « Melt the guns » ne ravira que les adeptes du King Crimson des 80’s ce qui doit pas faire grand-monde, « Fly on the wall » veut coller au plus près au détestable son tendance du début des 80’s et fait donc aujourd’hui très daté, l’ultime « Snowman » comme du Talking Heads en pilotage automatique me semble le plus faible du disque…

Il n’empêche que « English settlement » qui clôt le premier chapitre de l’histoire de XTC est le meilleur de leurs débuts, et qu’il survole assez facilement la concurrence de l’époque (pas grand-monde de toutes façons, Squeeze, Madness, le tour du proprio pop circa 82 est vite fait …).

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Apple Venus Volume 1


MORRISSEY - VIVA HATE (1988)

L'héritier ?
Pas laisser les braises refroidir … c’est ce qui devait être le leitmotiv de Steven Patrick Morrissey, dont le nom de famille lui servait de nom de scène en tant que chanteur des Smiths. Les Smiths, par ici, c’est quelque chose de totalement incompréhensible. Un groupe hors-norme en terme de succès entre 1984 et 1988. Un succès colossal mais qui n’a jamais dépassé le cadre de la perfide Albion. Anecdote archi-connue : une bande de fans révoltés par le silence et l’indifférence entourant en France leur groupe favori, se lance dans la publication d’un fanzine étoffé pour chanter ses louanges, et ainsi naîtront Les Inrocks …
Morrissey 1988
La séparation des Smiths en pleine gloire sera pour la jeunesse anglaise  un traumatisme comme celle des Beatles l’avait été pour leurs parents. Le premier à reparaître (six mois après la fin des Smiths) sera leur emblématique chanteur, icône plus ou moins cryptique (bien qu’il ne mâche parfois pas ses mots, voir plus bas) et équivoque (gay ? hétéro ? autre ? le mystère et les supputations iront bon train pendant des années).
Evidemment, la rupture est trop fraîche pour qu’il n’en reste pas des traces un peu partout sur ce « Viva hate ». Dans les paroles, peut-être, mais Morrissey n’a jamais été très « lisible ». Dans la musique aussi, il y a des traits qui ne se gomment pas facilement  (particulièrement flagrant sur les très smithiens « Bangali in platform » et « Late night, Mudlin Street »). Et puis, il y a cette voix, entre détachement et arrogance, brumeuse et claire à la fois, si facilement identifiable …
Pour son « émancipation », Morrissey a choisi une configuration réduite. Il laisse une grande place (des instruments, la co-écriture, et la production, rien que çà …) à Stephen Street, les deux hommes se connaissent, Street a produit les trois derniers disques des Smiths (avant d’être aux manettes de la plupart des galettes de Blur). Une collaboration qui est aussi une façon de marquer la « continuité » de la trademark Smiths. Mais les Smiths, c’était aussi la guitare « ligne claire » de Johnny Marr, et là Morrissey va partir dans une direction sonore très différente, en embauchant Viny Reilly, l’assez strident gratteux des Durutti Column. Assumer l’héritage et marquer sa différence (les bisbilles, les rancœurs et les haines s’avèreront multiples et tenaces entre les anciens Smiths), tel est le challenge de Morrissey.
Stephen Street & Morrissey
En partie réussi, parce que c’est malgré tout dans la continuité. En partie raté pour la même raison. Malgré deux hits (« Suedehead », qui deviendra un des surnoms de Morrissey, son plus connu demeurant quand même Mozz, et le très kinksien « Everyday is like Sunday »), il n’y a pas dans ce « Viva hate » de titres aussi fulgurants que ceux que l’on trouvait chez les Smiths. Les Smiths, difficile de faire plus anglais, et Morrissey en solo est foncièrement dans la même veine. Alors les brouillages de cartes du début du disque laissent une impression mitigée on n’y croit pas trop aux breaks de batterie, aux guitares plaintives et aux ambiances hindouisantes de l’inaugural « Alsatian cousin », pas plus qu’à la rythmique tournoyante et très psyché de « Little mann what now ? » qui a parfois des faux airs du « White rabbit » de l’Airplane.
Par contre, c’est quand Morrissey fait ce qu’on l’on attend de lui, et finalement ce qu’il sait faire le mieux, qu’il est le plus convaincant, toutes ces ballades brumeuses et automnales qui constituent l’ossature du disque et auxquelles son timbre vocal convient parfaitement. Et puis, comme un signe de la direction qu’il va prendre (il va s’acoquiner avec Mick Ronson, oui, oui, celui des Spiders de Bowie, et sortir avec lui une paire de disques de revival glam), un morceau envoie le bois tout en guitares rageuses et up-tempo (« I don’t mind … »). Mais c’est finalement le dernier titre du disque qui fera couler le plus d’encre, le très direct « Margaret on the guillotine ». Rappelons que la funeste Thatcher était encore Premier Ministre en 1988, et que ce titre n’a rien à voir avec le poétique « The Queen is dead » des Smiths. « Margaret … » c’est frontal, brut et sans fioritures sur un fond très dépouillé. Morrissey montre qu’il se souvient de ses origines populaires et que son public, cette jeunesse qui adule le chanteur des Smiths en a aussi pris plein la gueule pendant une décennie. Morrissey paiera cher ce titre, et quelques années plus tard, quand il se perdra dans une syntaxe équivoque (« National Front Disco »), la presse conservatrice le massacrera et brisera quasiment sa carrière …
La pochette de 1988
Il n’empêche que pendant quelques années, Morrissey récupèrera seul une partie de l’ancien succès des Smiths (Marr sera beaucoup plus discret et sa médiatisée collaboration avec Sumner de New Order dans Electronic sera un fiasco artistique et commercial, quand à Rourke et Joyce, ils seront encore plus discrets et oubliés).

Sur la réédition de 1997 (la pochette en haut, l’originale de 1988 est différente) huit morceaux ont été rajoutés en un vaste foutoir (des époques différentes, à dominante de ballades pas toujours transcendantes et malgré une paire de courts titres toutes guitares en avant produits par Ronson) et plutôt que de bonus, on pourrait les qualifier de titres malus …

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SIMPLE MINDS - NEW GOLD DREAM (81-82-83-84) (1982)

Stars des années 80 ...
Je l’écris en tout petit, mais bon, à l’époque, j’ai écouté les Simple Minds. Je trouvais même ça pas trop mal. Pas aussi bien, loin de là, que les Cramps, le Gun Club, les Fleshtones et d’autres cohortes d’obscurs garage bands. Mais nettement mieux que tout un tas de daubes qui commençaient à pulluler.
Simple Minds 82
Mais voilà, trente après, ça fait quand même mal aux oreilles les Simples d’Esprit. Et encore, là, avec ce « New gold dream », ils faisaient un grand bond qualitatif en avant. Faut dire qu’ils (re)venaient de loin, du trouble marigot où s’ébrouaient des contingents de new-waveux cold-waveux. Mais là, tout d’un coup, avec quelques autres dont leurs potes de U2, ils allaient se retrouver en haut de l’affiche. A coups de grandes chansons conçues comme des hymnes, de messages « positifs », de refrains à reprendre en chœur dans les stades, parce que in fine, c’est de çà qu’ils rêvaient (et les majors derrière eux), ces vastes communions dans des endroits de plus en plus gigantesques, où toutes les stars de la décennie allaient finir. Le retour aux grands raouts sixties, alors que depuis quelques années, grâce au pub-rock et au punk, la musique était revenue dans les petites salles conviviales, seules quelques superstars vieillissantes (les Who, les Stones, Queen, …) se produisaient dans les stades.
Les Simple Minds de « New gold dream », c’est un peu l’avènement du « gros son », ce mirage du message qui passe mieux quand c’est joué plus fort, et dans lequel tous (de Springsteen à Tears for Fears, de Bowie à Cyndi Lauper) allaient se fourvoyer dans cette maudite décennie, toutes grosses caisses de batterie en avant et pléthore d’arrangements pompiers. Simple Minds, ça cogne. Enfin, ça commence, ce sera pire sur le suivant « Once upon a time ». Ici, le groupe hésite encore, le cul entre deux chaises, entre new wave à synthés (y’en a partout, en « nappes », comme on disait à l’époque, ils sont aussi en avant que la batterie et la voix comme il se doit de stentor du chanteur), et rythmiques rentre-dedans beaucoup plus « rock ». Curieux de voir, au vu de l’évolution future du groupe, qui deviendra un duo avec des sessionmen, que l’un des deux leaders en puissance, le guitariste Charlie Burchill, est quasiment inaudible tout au long du disque. Ce sont des accords de synthé et pas des riffs de guitare qui font monter la température dans les morceaux.
Jim Kerr 1982
Lesquels morceaux commencent à s’allonger, comme une répétition ad lib d’un message. Quasi tous dépassent les cinq minutes. Le frontman du groupe, le chanteur Jim Kerr, à grands coups de brailleries « concernées » et de poses christiques, va devenir une des superstars de la décennie. Trois hits, et pas des petits, de ceux qu’on entendait vraiment à la radio, seront extraits du disque, « Someone somewhere in Summertime », « Glittering prize », et le gros carton « Promised you a miracle ». Aujourd’hui, ça me donne l’impression d’hymnes pompiers renforcés par de gros gimmicks vulgaires de synthé ou de batterie, avec des montées tout en puissance vers le refrain braillé comme un slogan. Le problème vient tout autant des autres titres, bâtis sur le même modèle, bien résumé par « Big sleep », on ne peut mieux nommé.
Le genre de skeud tout juste intéressant pour une soirée à thème sur les « fabuleuses » années 80 dont quelques sourds quadra-quinqua se délectent encore.
Enfin, une question essentielle me turlupine. Comment Chrissie Hynde (putain, Chrissie Hynde, quand même) a t-elle pu divorcer de Ray Davies (putain le Ray Davies des Kinks, le meilleur auteur anglais des cinquante dernières années) pour aller épouser ce tocard de Jim Kerr ?
Ouais, Chrissie, pourquoi t’as fait ça ?

MADNESS - COMPLETE MADNESS (1982)

Juste un petit grain de folie ...
Pour quasiment tout le monde, Madness se résume à un titre, « One step beyond ». Rabâché, et même encore de nos jours, jusqu’à l’écœurement. Symbole du ska dit festif, avec en filigrane la vision de ces horribles multitudes de groupes du genre qui squattent les après-midi de festivals provinciaux, aussi vite chiants que les fuckin’ bandas du Sud-Ouest …
Madness, c’est pas que « One step beyond ». Le groupe, après quelques années de mise en sommeil s’est reformé quasiment dans son line-up original et demeure une institution. En Angleterre uniquement. Parce que Madness est un groupe typiquement anglais, autant qu’avait pu l’être à la même époque de leurs débuts le trépassé Ian Dury et ses Blockheads. Madness viennent d’un quartier populaire de Londres (Camden Town), et ont savamment entretenu cet aspect cockney-potache-loufoque inné chez eux.

Madness, c’est en 79 la tête d’affiche commerciale du ska, ceux qui ont fait exploser la reconnaissance commerciale du mouvement (« One step … » donc, leur second 45T). Laissant aux Specials le meilleur disque du genre, mais entamant pour leur part à coups de singles malins la conquête régulière des charts. Au bout de deux ans, le ska revival aura fait long feu, faute de combattants (l’essentiel des groupes de la mouvance, y compris les Specials, ont disparu), et la mode est passée à autre chose (les gothiques, la synth-pop, le post-tout-ce-qu’on-veut, …). Madness vont perdurer, en gros une décennie, grâce à un virage pop. Sans se « vendre ». Le groupe a eu la chance de compter en son sein trois, voire quatre auteurs capables de pondre des rengaines putes juste ce qu’il faut pour avoir du succès, mais sacrément efficaces.
Ce « Complete Madness » est paru en 1982, soit trois ans et trois disques après leurs débuts. Ce qui est un timing rapide, mais il faut battre le fer etc …, n’est-ce pas Messieurs les comptables de chez Warner ? Pas de bol, mais personne pouvait savoir, juste avant leur meilleur disque « The rise and fall ». Pas malin non plus, le tracklisting, qui mêle les titres sans tenir compte de la chronologie, et vu que Madness est un groupe qui a évolué dans le bon sens du terme, c’est vraiment pas une bonne idée. Démago, le sous-titre d’origine « 16 hit tracks » (judicieusement supprimé des rééditions) est bien évidemment plus qu’optimiste par rapport à la réalité, d’ailleurs certains titres sont même pas sortis en single.
On trouve donc du ska. Plus exactement ce qu’on appelait du ska en Angleterre et par extension ailleurs dans le monde civilisé, à savoir des choses s’inspirant certes du ska jamaïcain fin 60’s – début 70’s, mais couplé à du reggae, du dub, du toasting, de l’accélération du tempo liée à l’énergie plus ou moins punk de l’époque, le tout dans un format concis (3 minutes maxi). Sont donc de la revue outre l’incontournable « One step beyond », des choses comme « Baggy trousers », « Night boat to Cairo », « The Prince », « Madness », ce qui permet de noter que les Madness sont vraiment des fans ultimes d’une des grandes figures du ska jamaïcain, Prince Buster, puisqu’un titre lui est dédié (« The Prince ») et qu’ils en reprennent deux autres ( « Madness », qui leur donnera leur nom de scène, et « One step beyond », ben oui, c’est pas d’eux).
Ensuite, c’est un peu tout, et aussi n’importe quoi. Du plus ou moins second degré (« The return of the Las Palmas 7 », improbable hybride instrumental entre merengue et calypso), de l’humour macabre (« Cardiac arrest », un des titres les plus enjoués, parle d’un type en train de claquer d’un infarctus), de la pochade fainéante (« In the city » est extrapolé à partir d’un jingle de pub qu’ils avaient écrit pour une bagnole japonaise), de l’hommage certainement sincère à un méconnu poète et musicien anglais d’origine nigériane Labbi Siffre à travers la reprise de son « It must be love » (bonne cover, truffée d’arrangements intéressants de classique et de big band jazz). Cette compile montre aussi la lucidité de gars qui se sentent enfermés dans un style qu’ils pressentent éphémères et qui se retournent vers les bases de la musique anglaise, la pop de qualité. Même si le propos est parfois encore un peu gauche quand ils créent eux-mêmes (« Embarassment », « Shut up »), les choses sont bien meilleures quand ils « s’inspirent » pour pas dire plus (ils sont honnêtes les gars de Madness, ils le reconnaissent dans les courtes mais intéressantes notes du livret) de choses existantes. Ainsi le meilleur titre du disque, « My girl » doit beaucoup au « Watching the detectives » d’Elvis Costello et « Grey day » au schéma rythmique du « Bogus man » de Roxy Music.

On l’aura compris, cette compile d’époque n’a qu’un intérêt somme toute limité, présentant un bon point de vue de leurs premières années, qui sans être à renier ou à rejeter, ne sont pas forcément leurs meilleures. Leurs masterpieces sont encore à venir, même si leur discographie des années 80 est à envisager avec circonspection, beaucoup de choses étant sacrifiées à l’air sonore du temps pour pérenniser un succès qui ne se démentira pas chez leurs compatriotes …

NEW ORDER - BROTHERHOOD (1986)

Danse et décadence ...
A quoi sert un Cd de New Order ? A rien si on suit le groupe au pied de la lettre. New Order c’est les champions du vinyle maxi 45T. Enfin les champions anglais, le reste du monde, pas con, s’étant prudemment tenu à l’écart des rengaines molles des Mancuniens.
Grosse fatigue ...
New Order, c’est les Doors sans Jim Morrison, plus exactement Joy Division sans le pendu Ian Curtis. Ça boxe pas dans la même catégorie. Bon, ils ont changé le nom, y’a pas matière à procès, même pas d’intention. Et comme je crois pas du tout aux bonnes étoiles et pas trop au hasard, s’ils ont fait partie des plus gros vendeurs de disques des 80’s, ça prouve que des gens les ont achetés (suivez la puissance du raisonnement), et que le groupe a su être au bon endroit au bon moment.
L’endroit et le moment, c’était le milieu des années 80 dans leur club l’Hacienda à Manchester. Une boîte ouverte en investissant l’argent de leurs disques, où se sont succédé aux platines le gotha des DJ’s mondiaux, et dont les clients assidus ont fondé les groupes et sorti les disques les plus intéressants de la fin de la décennie, la fameuse vague Madchester. L’Hacienda était également un repaire de toxicos et de dealers, et de fermetures administratives en amendes, a fini par faire faillite, tout comme le courant électro-dance-machin dont elle était à l’origine.
Grosse fatigue (bis) ...
C’est dans l’Hacienda que les New Order ont trouvé la matière essentielle de leur son, habile recyclage de tous les bruits étranges et novateurs qui sortaient de la sono du lieu. Les maxis de New Order ont engendré bien des vocations, avec des suiveurs qui se sont bien souvent révélés supérieurs à leur modèle.

Tout ça pour en revenir à ce « Brotherhood » qui casse pas des briques. Certes, il y a le petit hit « Bizarre Love Triangle » (joke à multiples niveaux), mais en version courte, radiophonique et « familiale », celle du maxi (sur la compile « Substance ») est meilleure. Pour le reste, « Botherhood » est un disque de synth-pop tout ce qu’il y a de conventionnel, typique des New Order et de leur « âge d’or ». A savoir ces rythmes dansants de constipés, fais pour bouger les bras et pas le bassin, ce qui change tout. Des titres comme « Weirdo » (plus enlevé et mélodique que la moyenne), « Broken promise » et ses gimmicks accrocheurs, l’amusant « All day long » avec sa guitare surf au ralenti, surnagent pour moi du lot. Le reste (une grosse moitié du Cd) se situe dans la moyenne générale des productions du genre à cette époque-là, pas de quoi se relever la nuit. Enfin, une question que je me pose, comment les New Order ont-ils fait pour éviter le procès, tant le dernier titre « Every little counts » est entièrement pompé (ligne de basse, mélodie fredonnée) sur le « Walk on the wild side »  de Lou Reed ?

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Substance


THE RAKES - CAPTURE / RELEASE (2005)


Franz Ferdinand II

Bon, pour une fois je vais faire court (« Ouf ! C’était pas trop tôt ! » entends-je).
Parce que hein, y’a pas grand-chose à dire sur ces gars. The Rakes, groupe anglais, seconde moitié des années 2000, vomi du néant dans lequel il est retourné après trois disques dont ce « Capture / Release », son premier, considéré par les fans ( ? ) comme son meilleur, c’est dire le niveau supposé des deux autres.
Les Rakes, c’est quasiment du copier-coller de Franz Ferdinand, mêmes influences post-punk revendiquées (Magazine, Gang of Four, Buzzcocks, plus ici Talking Heads pour le côté rigide et martial ), mêmes chansons hymnes dansantes, la qualité, l’évidence et les arrangements en moins.
Poussant le vice du décalque jusqu’à partager l’affiche avec leurs modèles, ce qui s’est évidemment retourné contre eux, ils sont juste passés pour des suiveurs sans originalité, ce qui n’est pas faux. Autant Franz Ferdinand sont à peu près supportables sur un album (leur premier au hasard), autant les Rakes deviennent pénibles au bout de deux titres.
Bon, j’exagère … il y a au moins deux différences avec Franz Ferdinand, le chanteur des Rakes n’est pas beau gosse, il a un peu la même gestuelle désossée que Ian Curtis de Joy Division, et ils ont glissé dans la demi-heure que dure ce disque un morceau de ska (même pas mauvais, d’ailleurs).
Ah, et puis, ils sont bien anglais, les paroles de « Strasbourg », leur « hit », me laissent supposer qu’ils croient que l’Alsace est en Allemagne …

THE LAST SHADOW PUPPETS - THE AGE OF UNDERSTATEMENT (2008)


Puppets on the strings ...

Comme quoi, faut se lâcher des fois … ce disque bâclé en deux semaines va se révéler être un de ceux dont il était de bon ton de causer en l’an de grâce 2008. Deux copains se lancent dans une jam plus ou moins informelle, loin des calculs de rentabilité et des schémas du show-business musical, torchent un titre par jour en studio, gardent les douze meilleurs pour le Cd, les autres agrémentant les faces B de singles.
Faut pas rêver non plus, c’est pas exactement un scénario à la Disney. Ce disque n’a été possible que parce que l’un des deux lascars est hautement bankable, c’est Alex Turner, leader des Arctic Monkeys, big thing en terme de ventes dans l’Angleterre des années 2000. L’autre, c’est Miles Kane, leader des plus obscurs Rascals, dont il ne tardera pas d’ailleurs à s’émanciper.
Et là, comme des enfants gâtés enfermés dans le magasin de jouets, les deux potes se laissent aller à des exercices de haute voltige, récitant dans leurs chansons les gammes de quarante et quelques années de pop anglaise. Parce que plus anglais que l’ossature de ces chansons, y’a pas. Mais là où l’affaire prend une tournure curieuse, c’est lorsque les deux gaillards « embauchent » le très sérieux London Metroplitan Orchestra, et font arranger les empilages de cordes par un type (Owen Pallett) venu de la galaxie Arcade Fire. Du coup, rajoutées à une forme de maniérisme ampoulé très Scott Walker dans le chant, beaucoup de choses sonnent comme les productions sixties de Lee Hazlewood, songwriter américain certes, mais un des plus influencés par la musique (surtout classique) européenne.
La boucle est bouclée. Surtout que quand on parle de Scott Walker, son plus fidèle disciple David Bowie n’est pas loin. Un de ses vieux titres pré-Space Oddity (c’est dire si ça ne rajeunit personne, et surtout pas lui) « In the heat of the morning » sera enregistré par Turner et Kane mais ne sera pas retenu dans le tracklisting du Cd.
Bon, j’ai comme l’impression d’être un peu confus là … mais ce disque l’est aussi. Il part un peu dans tous les sens, multipliant clins d’œils et références, comme si Turner et Kane, libérés des contraintes de leurs groupes respectifs, étaient allés fureter vers des sentiers jusqu’alors interdits. « The age of understatement », le morceau, est une cavalcade contry-western, thème d’un film imaginaire. Niveau cinématographique, les génériques des James Bond sont en filigrane derrière « In my room ». « Standing next to me », c’est une plongée nostalgique dans les bluettes pop du Swingin’ London circa 66, « Separate » renvoie aux Smiths des débuts.
Tout n’est pas parfait, quelques titres font un peu « léger », « Only the truth », sorte de « Paint it black » cafardeux et dépouillé, « Meeting place », musique de plage caraïbe dans lequel les deux lads se la jouent un peu trop facilement Harry Belafonte, « Calm like you », exercice quelconque à la Scott Walker.
D’une façon globale, les morceaux avec les cordes sont très bons, en évitant le piège de la grandiloquence et du pompiérisme dans lequel tant de Moody Blues et Procol Harum se sont perdus. « The age of understatement » n’est pas un disque crucial, c’est juste un exercice de style brillant, la réunion dilettante de deux des auteurs anglais les plus intéressants de la dernière décennie…



THE JAM - IN THE CITY (1977)


Les teigneux ...

La France et les Jam, on peut pas vraiment appeler ça une histoire d’amour. Ils ont dû avoir de quoi juste se payer un cappuccino (la boisson favorite de Weller), avec le bénef de leurs ventes de disques par ici. Faut dire que les groupes plus typiquement anglais qu’eux (les Kinks, les Smiths, c’est à peu près tout …), ça court pas les rues et ça restreint forcément l’audience « à l’étranger ». Par contre, pendant un lustre (77 à 82), ils ont mis leur pays à genoux (on parle pas là de chiffres de vente sympathiques, mais de popularité mesurée à l’échelle Beatles-Oasis), leur leader maximo Paul Weller, se voyant même désigné par les lecteurs d’un mag musical de là-bas personnalité préférée de l’année ou quelque chose comme çà…
Paul Weller, ce psycho-rigide maniaque, et qu’il valait mieux ne pas croiser quand il avait autre chose que son cappuccino dans le gosier. Un type quand même respectable et respecté… faut dire qu’il avait été le seul à foutre une branlée à l’autre taré de Sid Vicious, spécialiste de traîtres passages à tabac (surtout quand il avait quelques potes pour assurer ses arrières). Et musicalement, Weller était aussi teigneux que dans la vie. Bien accompagné par les deux bûcherons Bruce Foxton à la basse et Rick Buckler à la batterie. Enfin, bûcherons c’est pas gentil parce que les trois deviendront vite un power trio efficace, concis et compact.
Pour ce « In the City », leur premier disque paru en 77 année punk, l’heure n’est pas (faute de moyens et de technique) aux fanfreluches musicales. C’est énervé et austère, à l’image de la pochette qui n’est pas signée Roger Dean ou Hipgnosis, on s’en rend compte au premier coup d’œil. Et en un peu plus de demi-heure, les Jam lâchent leurs premiers douze titres.
Dont un, l’éponyme « In the City », sera le premier (et seul sur ce disque) titre des Jam à visiter les hit-parades. Un des classiques absolus du groupe et de la vague 77. Weller, qui chante, joue de la guitare et compose tous les titres originaux du trio, laisse transparaître d’évidentes influences, au premier titre desquelles les Who (flagrant sur des morceaux comme « Away from the numbers » (rien que le titre, les High Numbers étant le premier nom des futurs Who), « I’ve changed my adress », la reprise du thème de Batman, qui n’est pas des Who mais qu’ils ont aussi repris). Mais aussi peut-on déceler au passage d’autres influences des sixties anglaises (les Small Faces la légende mod, la pop en général, …), et des classiques du rock’n’roll (la reprise du « Slow down » du très sous-estimé et génial Larry Williams).
C’est cette attirance pour la culture mod, pour l’exposition de ses racines anglaises (dès que le groupe progressera, la northern soul anglaise des sixties se retrouvera au détour de nombre de morceaux), qui donneront aux Jam cette place si particulière de groupe en même temps new wave (les Jam sont partie intégrante de la scène punk londonienne), mais aussi revivaliste (on ne laisse pas planer impunément au détour d’un paquet de titres les ombres de Townsend ou Marriott). Weller et son groupe assumeront pleinement ces deux influences. Ils cultiveront méticuleusement l’imagerie mod, les costards étriqués (Foxton en plus ne se départissant pas tout du long des cinq années que dureront les Jam de son affreuse coupe de cheveux « mulet », et Buckler finissant par s’habiller ridiculement de simili-cuirs et de jeans premier prix de chez Prisu), on les verra sur moultes photos de presse chevauchant des scooters dans le plus pur style mod-plage de Brighton 1963). Weller sera l’archétype même du « working-class hero » lennonien (un titre auquel malgré tous ses efforts ne pouvait prétendre le Beatle binoclard, contaminé arty par la présence à ses côtés de l’insupportable Yoko). Weller sait d’où il vient (son père était maçon, voir le dernier titre du disque « Brick and mortars »), et malgré des ventes de disques considérables, restera au plus près du « peuple » et de ses préoccupations, et sera un militant travailliste acharné (il sera plus tard le co-fondateur du Red Wedge, réunissant les artistes anti-Thatcher, et soutiendra par sa présence et par ses dons nombre de luttes sociales dans son pays).
Paul Weller est assurément un type bien, et ce « In the City » reste un des préférés des Jam-maniacs, même si la triplette « All mod cons » - « Setting sons » - « Sound affects » parue entre 78 et 80, constituera son zénith artistique. Il continue encore aujourd’hui, à plus de cinquante ans, et en ayant dissous des Jam en pleine gloire, une carrière solo inégale mais encore par moments capable de générer de superbes disques …

Des mêmes dans ce blog : 

BELLE & SEBASTIAN - TIGERMILK (1996)


Comme un conte de fées ...

L’histoire est devenue célèbre, c’est celle de quelques amis écossais qui enregistrent en quelques heures un disque dans le cadre de travaux pratiques d’une école de marketing musical. Un disque pressé (en vinyle) à mille exemplaires. Qui fera l’objet d’un buzz colossal lorsque le suivant, « If you’re feeling sinister » rencontrera le succès. Et sera dès lors bien évidemment réédité …
Hey, t'as vu ? On est sur le blog de Lester ...
Et pour une fois, les rumeurs étaient dans le vrai. Ce « Tigermilk » de 1996 renoue avec des ambiances, des sons, une simplicité que l’on croyait à jamais disparues de la perfide Albion, noyée sous les mille-feuilles de guitares saturées des frères Gallagher. « The state I’m in » qui inaugure, renvoie dès son intro au troubadour neurasthénique Nick Drake, et quand les instruments se mettent en place, surgissent les lointains échos sixties des mélodies de Donovan, Cat Stevens, Fairport Convention … Du folk 60’s donc, mais macéré dans trois décennies d’évolution musicale. Le tout porté par la belle voix grave et voilée de Stuart Murdoch, leader et âme du groupe … La mélodie et la tristesse sont chez Belle & Sebastian au cœur de tous les morceaux, mais par un de ces hasards que seul un réel talent peut provoquer, le résultat est tout à l’opposé d’un disque sinistre. Ces morceaux comme en apesanteur, se voient nimbés parfois de cordes, de synthés discrets et légers, … Voire même de trompettes comme les Pale Fountains les utilisaient dans les 80’s. Parfois, c’est la structure rythmique qui est discrètement originale, « I could be dreaming » débute comme un ska épaulé par de petits riffs de guitare très Mick Jones (le bon, celui des Clash).
Mais c’est surtout la référence évidente aux Smiths, archétype du groupe typiquement anglais, sur de nombreux titres (« Expectations », « You’re just a baby », « I don’t love anymore » …) qui marquera les esprits. La recette de cette pop triste et mélancolique, que l’on croyait disparue avec le split du groupe de Marr et Morrissey, réapparaît conjointement chez Belle & Sebastian et leurs cousins sonores de Tindersticks.
Toute une frange de la presse musicale anglaise, relayée par ici par le fan-club des Smiths (Les Inrocks) va être intarissable de superlatifs et lancer la carrière de ces deux groupes.
Aujourd’hui, le soufflé est quelque peu retombé, on parle davantage de Belle & Sebastian comme de l’ancien groupe de la belle Isobel Campbell (présente mais bien discrète sur ce « Tigermilk »). Reste tout de même ce premier disque, un des debut-albums les plus réussis et les plus marquants des années 90.
A une exception près … Il y a un titre absolument horrible au milieu du Cd (« Electronic Renaissance ») qu’on jurerait échappé de chez les new waveux Orchestral Manœuvres In the Dark et dont on se demande ce qu’il vient faire là …

OASIS - (WHAT'S THE STORY) MORNING GLORY ? (1995)


La consécration

Plus anglais et plus grandes gueules qu’eux, difficile de trouver mieux. Tellement ancrés dans le patrimoine musical de l’île qu’ils sont vite devenus une caricature, d’eux-mêmes d’abord, et du rock à guitares de la seconde moitié des années 90 ensuite.
Oasis, la chose des frères Gallagher. Enfin, surtout de l’aîné, Noel, roadie-guitare des peu inspirés Inspiral Carpets, lui-même guitariste moyen, gras et lourd, mais habile compositeur, qui, quand il aura bien vu et compris ce qui agite le rock’n’roll circus, montera son propre groupe. Avec son cadet, Liam, encore plus tête brûlée que lui, mais grand chanteur, et quelques faire-valoir interchangeables.
Vous êtes sûr que vous en faites un peu trop, les gars ?
Ayant parfaitement compris que faire parler de soi, c’est au moins aussi bien que de sortir de bons disques, les Gallagher vont pousser le bouchon de la communication  plutôt loin. Avant même d’écouter leurs disques, on savait qu’ils étaient de Manchester, supporters  hooliganesques de Manchester City, prolos et fiers de l’être, électeurs du Parti Travailliste. Toute une esthétique savamment entretenue qui en fera le prototype des lads (en gros les mauvais garçons) provinciaux. Les Gallagher sont ambitieux, ils veulent faire d’Oasis le plus « grand » groupe du monde, et ils y arriveront. En s’inspirant de choses qui ont déjà fait leurs preuves, les Beatles de 66-67 et les Stones de 68-69.
Après une première livraison  époustouflante au succès phénoménal (« Definitely maybe »), une guerre médiatique Blur – Oasis savamment (?) entretenue par les frères Gallagher, la pression sur le groupe était énorme. « … Morning glory » était un des disques les plus attendus (au tournant) des années 90.
Le résultat sera à la hauteur de toutes les espérances. Deux énormes hits (« Roll with it », « Wonderwall »), pratiquement tout le reste au même niveau (juste 2 ou 3 titres plus faibles). Avec ce Cd, les Oasis avaient tout pour devenir les maîtres du rock mondial. La suite n’a malheureusement que peu souvent à voir avec la musique : de la cocaïne à la tonne, des disputes et des bagarres fratricides, l’incapacité à faire leur « boulot » (combien de concerts annulés rien qu’en France, avant la débandade finale ?), tout cela allait entraîner un lent mais sûr déclin. Aggravé par des concessions stupides à leur formule de départ, Noel voudra chanter quelques titres (il chante comme une casserole), et Liam composera ce qu’il croit dur comme fer être de bons titres (de grosses daubes en fait). Ils auraient dû s’en tenir à ce qui a fait leur succès.
En 1995, avec « … Morning glory », les Oasis étaient tout en haut, intouchables de talent au-dessus de la mêlée. Dès le disque suivant, le déclin artistique commencerait. La messe était dite …

BABY SHAMBLES - SHOTTER'S NATION (2007)


Piqûre de rappel ...

Finalement, ce qui est le plus étonnant avec Pete Doherty, c’est qu’il soit encore vivant. Tant il a été présenté (en forçant le trait ?), comme un junkie irrécupérable, et un type ingérable humainement. De la chair à fantasmes pour journalistes poursuivant une certaine esthétique de la déglingue rock, ou le sensationnel à mettre en une de leurs tabloïds.
Des emblématiques proto-clashiens Libertines, qui n’arrêtent pas de se séparer et de se reformer depuis plus de dix ans, de ses rapports pour le moins étranges avec son pote Carl Bârat, de ses dérives le faisant voyager de l’obscurité des prisons anglaises aux flash des paparazzi quand il avait Kate Moss à son bras, … Doherty se rêve poète décadent, peaufine inlassablement ses titres pour ensuite les jeter sur des disques bâclés et foutraques, et joue souvent jusqu’à la caricature son personnage de clodo bling-bling.
En principe, la came est planquée dans le chapeau de Doherty ...
Mais ses disques n’en demeurent pas moins attachants, dans lesquels alternent coups de génie et fumisteries totales. Ils sont pleins de rock déglingué, approximatif. Beaucoup de tripes et pas trop de technique. Du rock comme on l’aime.
Et tant qu’à faire, il y a même sur ce « Shotter’s nation » un morceau fantastique. « Delivery » il s’appelle. Plus ou moins démarqué du « All day and all of the night » des Kinks. En tout cas, une merveille pop.
Le reste est pas mal non plus. Meilleur que le « Down in Albion » précédent, qui était sympathique certes, mais aussi furieusement bordélique. « Shotter’s Nation » est un disque à l’ancienne, comme à l’époque du vinyle. 40 minutes, 12 morceaux courts. Ce qui évite le remplissage, et permet d’aller à l’essentiel. Des rock « clashiens » (« Carry on up the morning »), des ballades titubantes (« Unbilotitled », « There she goes »). Et preuve que Doherty a du talent, il reçoit l’adoubement de Bert Jansch (guitariste exceptionnel et légende du folk anglais pour une de ses dernières participations à un disque) qui vient gratouiller sur le très bon titre acoustique final, « Lost art of murder ».
Bonne production claire et limpide  de Stephen Street (producteur « historique » des Smiths et de Blur), ce qui nous change du fouillis sonore de Mick Jones le coup d’avant.
« Shotter’s Nation » n’est pas le disque du siècle, mais un des meilleurs venus de la perfide Albion en l’an de grâce 2007. Ce qui n’est déjà pas si mal.
Ah oui, j’oubliais, ce disque est paru sous l’intitulé Baby Shambles. Personne n’a été dupe. Même si Baby Shambles est un « vrai » groupe, c’est uniquement la chose de Doherty …

ROXY MUSIC - SIREN (1975)


Glamour centriste
J’en connais pour qui les rapports avec Roxy Music se limitent à la seule contemplation des pochettes … Aaah, Amanda Lear et sa panthère en laisse sur « For your pleasure », les deux campeuses allemandes sur « Country Life » … Donc, si on envisage ce « Siren » par l’image, on y voit une Jerry Hall (petite amie de Ferry à l’époque, il va se la faire piquer par Jagger qui va même l’épouser), allongée et alanguie sur un littoral dans une lumière très bleutée.
Certains, dont je fais partie, ont même écouté les disques à l’intérieur des pochettes. Et même si Roxy ne fait pas partie de mes groupes préférés, il y avait quelques trucs pas dégueus à se glisser dans les oreilles. « For your pleasure », notamment. Qui en plus d’Amanda Lear, présentait un Roxy dans sa formation de légende (Ferry, Manzanera, McKay, et un Brian Eno, certes sur le départ mais qui avait participé à l’enregistrement). Et même si Eno m’a plus souvent gonflé que passionné, il faut reconnaître que Roxy, c’était quand même mieux quand il y était, le grand échalas dégarni et ses bricolages sonores étant pour beaucoup dans la qualité des morceaux.
On a qualifié Roxy Music, d’après cette manie de tout classer et tout étiqueter de groupe glam (euh, vous avez déjà vu des photos des paysans à platform shoes de Slade ?), de groupe prog (sérieux ? vous vous êtes enquillé du Yes de la « grande époque » ?), de groupe aristocratique (Ferry, figure de proue de Roxy, vient du lumpenprolétariat anglais), de groupe arty (tout ça parce que les journalistes ne comprenaient rien à ce que racontait Eno en interview). En fait, même si Roxy n’a pas été totalement hermétique à l’environnement sonore de l’époque, il reste avant tout un groupe à peu près unique et original.
Qu’on n’est pas obligé d’aimer, sa quête perpétuelle du joli ou du beau en musique, cette sophistication parfois assez froide (comme dans un autre genre Steely Dan), ont fini par hérisser le simple amateur de binaire. Et lentement mais sûrement, Roxy s’est perdu, préférant la forme au fond, l’enrobage à la matière première, les heures passées en studio à lisser et à peaufiner un son très radiophonique, favorisant (on peut comprendre, mais pas excuser) une rente de situation à la recherche de l’originalité. Il faut dire que les rapports à l’intérieur du groupe ont changé, Roxy est passée d’une entité collective, à un backing-band au service de Bryan Ferry, qui parallèlement a entamé une carrière solo. La dissolution du groupe s’approche en filigrane, à l'époque de ce « Siren ».
Lequel Bryan Ferry est sur ce disque au sommet de son art, il n’a jamais aussi bien chanté, c’est sa voix de velours de crooner élégant qui est au centre des titres, même s’il a parfois tendance à exagérer dans les aigus. Quand les compositions et les arrangements sont bons, on a encore de grands morceaux de Roxy (l’inaugural « Love is the drug », un des classiques du groupe, le très pop et léger « Could it happen to me ? », le mid-tempo rock de « Both ends burning »). A l’opposé, des choses plus convenues (la ballade « End of the line », « Whirlwind », resucée de « Do the strand », la conclusion épique avec ses arrangements tarabiscotés limite pompiers « Just another high ») marquent moins les esprits. « Siren » est pour moi un disque moyen, en parfait équilibre entre grands titres et morceaux assez insignifiants.
Un disque pour tester les chaînes hi-fi de l’époque, avec tout le côté sophistiqué que sous-entendait la formulation, mais aussi un certain aspect péjoratif …

ELVIS COSTELLO & THE ATTRACTIONS - IMPERIAL BEDROOM (1982)


Impérial

« Imperial bedroom » est le meilleur disque de Costello. C’est mon avis et je le partage, quitte à choquer les spécialistes maniaques du bonhomme (il y en a).
Une pub Afflelou ? Non, Costello & The Attractions
Artistiquement, ce disque vient clore la période la plus créative de l’ancien petit employé en informatique. Un Costello qui lâche à des cadences infernales des disques qui montrent son envie d’aborder plusieurs genres musicaux. Costello est un boulimique, tant pour la consommation de musique que pour l’écriture de chansons, et quand il a un peu de temps libre (mais où le trouve t-il ?), il produit les disques des autres (le premier Specials).
Et là, avec « Imperial bedroom », jamais auparavant le revêche binoclard n’avait aligné dans une même œuvre autant de bonnes chansons. Car il s’agit ici de chansons comme seuls les Beach Boys ou les Beatles savaient en écrire dans les sixties. Et n’ayons pas peur des comparaisons, c’est à « Pet Sounds » ou « Abbey Road », que ce Cd peut être comparé.
D’ailleurs ce n’est pas un hasard si le producteur d’ « Imperial bedroom » est Geoff Emerick, ingénieur du son des studios Abbey Road et second de George Martin lors de l’enregistrement … d’ « Abbey Road » (entre autres disques des Beatles).
Les arrangements (sous influence de gens comme Burt Bacharach et d’une façon générale tous ces auteurs du Brill Building des sixties), dans lequel l’organiste Steve Nieve tient un grand rôle, traduisent une frénésie créatrice, que Costello avait parfois approchée précédemment, mais qu’il ne retrouvera plus jamais par la suite. Toutes les chansons (il n’est ici jamais question de punk, de reggae, de rock’n’roll,…) sont somptueuses, tour à tour jazzy, pop, crooner, soul, easy-listening, …, les textes toujours aussi caustiques.
Un seul (minuscule) reproche : Costello n’est pas Frank Sinatra et sa voix a parfois du mal à être à la hauteur des orchestrations grandioses présentes ici.
Et comme si l’état de grâce de cet autre Elvis avait vraiment pris fin avec cet « Imperial bedroom », les deux disques suivants (« Punch the clock » et surtout « Goodbye cruel world ») seront mauvais. La suite, cette sorte de fuite en avant dans l’écriture et les collaborations (les Pogues, McCartney, T-Bone Burnett, mais aussi Sofie Von Otter, sa centriste de femme de chanteuse jazz Diana Krall, …), verra toujours encore des disques sortir à une cadence effrénée …  Le problème, c’est que l’on n’en trouvera plus que très épisodiquement quelques uns de corrects …

Du même sur ce blog :
My Aim Is True
This Year's Model
Punch The Clock






PREFAB SPROUT - STEVE McQUEEN (1985)


Grande Evasion pop ...
Prefab Sprout 1985
D’entrée le superbe « Faron Young » (un hommage au très mélodique countryman des années 50-60) donne le ton : une magnifique chanson pop aux arrangements fins et subtils vous saisit dès l’intro et ne vous lâche plus. Et pendant les trois quarts d’heure que dure ce Cd tout est du même niveau. Paddy McAloon et son groupe ont produit là un des plus beaux, des plus élégants disques de pop des années 80.
Autour du (petit) hit « When love breaks down », s’entassent les joyaux dont ressortent le « Faron Young » déjà cité et le merveilleux « Goodbye Lucille # 1 » aux époustouflantes harmonies vocales. C’est toute une certaine école anglaise de la construction des chansons qui est mise à l’honneur (copyright le McCartney des Beatles, le Ray Davies de la seconde moitié des sixties, …), avec un sens qu’on pourrait qualifier d’artisanal du travail bien fait, du titre bien écrit, sans le bling-bling sonore dont s’entouraient ceux qui dominaient les charts, éphémères faiseurs de ritournelles d’un jour. Hors du temps et des modes, Paddy McAloon est un grand auteur, disparu depuis de longues années de la circulation (maladie, il me semble) …
Ce « Steve McQueen » (avec sa pochette hommage à la fameuse scène de moto de « La grande évasion »)  commence avec des morceaux relativement sobres et dépouillés, et on assiste au fil des plages à une montée progressive vers des atmosphères plus élaborées, plus baroques, qui seront l’essentiel de l’un des autres chefs-d’œuvre du groupe « Jordan : The Comeback ».



PET SHOP BOYS - VERY (1993)


Too much ?

En fait, c’est surtout ça qui me plaît chez ces Boys-là … ce côté absolument ringard et kitsch, cette apparente nullité assumée … cette (fausse, bien entendu) impression que ces deux types n’ont pas bougé d’un iota depuis leurs débuts, qu’ils refont le même disque depuis la nuit des temps… le genre de choses qu’on ne pourrait pas reprocher (éclats de rire) … aux Cramps ou à Canned Heat …

Les deux types, absolument indéfendables selon l’Evangile de Saint Johnny Thunders, savent cependant trouver des mélodies simples, simplettes et simplistes, qui devraient retenir l’attention de tout fan des Beatles et de Paul McCartney normalement constitué, enjolivées de textes au énième degré qui sont loin d’être aussi niais que ce que l’on pourrait croire de prime abord.

Pet Shop Boys live : les cubistes du disco ?
Les Pet Shop Boys ont trouvé une formule et s’y tiennent. Leurs disques, de loin, sonnent rigoureusement tous de la même façon, électro-pop synthétique et dansante copyright début des années 80. Même si avec leurs dizaines de millions de disques vendus, ils pourraient se payer les meilleurs sessionmen et les orchestres symphoniques, Tennant et Lowe continuent de donner dans le tout synthétique cheap. Cheap seulement en apparence, les dernières bécanes numériques qu’ils s’efforcent de faire sonner comme de vieux synthés analogiques sont là et bien là, les couches sonores sont innombrables, et les emprunts ou clins d’œil aux dernières « tendances » électroniques sont présentes (« Theatre », « Yesterday when I was mad »).

Leur truc de base, aux Pet Shop Boys, c’est donc la danse-disco des années 80 qui les a vu naître artistiquement, et enchaîner, mais pas à des fréquences de bagnards, des disques invariablement parsemés de singles qui se vendent par camions. Ces deux zigotos ont, mine de rien, toujours plusieurs mélodies imparables en réserve, et en inondent leurs galettes. Qu’est-ce que vous pouvez trouver à redire à des choses comme « Can you forgive her ? », « Liberation » ou « Yesterday, when I was mad » ? Rien, y’a rien à dire. Ce sont des choses qui se retiennent à la première écoute, même si les arrangements et les mélodies à tiroir de « Yesterday … » ont du laisser songeurs tous ceux qui s’escriment à l’écriture, leur montrant la différence entre une  chansonnette sympa et un morceau bien écrit…

Et puis, parce que les Pet Shop Boys savent flirter avec toutes les limites, même celles du ridicule, mais sans y sombrer toutefois, ils font un sort au « Go West », hymne disco-pedzouille des funestes Village People, rendant ce titre écoutable et encore plus dansant que l’original. Et comme rien n’est neutre chez les Pet Shop Boys, c’est évidemment un moyen pour eux de mettre, comme souvent dans leurs disques, la cause homosexuelle en avant, comme ils l’avaient fait quelques années auparavant, lorsqu’ils avaient fait chanter une Dusty Springfield en plein coming-out sur leur « What have I done to deserve this ? ».

De plus, contrairement à leurs collègues only synthés (tous ceux qui ont eu à endurer live les sinistres Portishead, Massive Attack et consorts comprendront), les Pet Shop Boys donnent des concerts absolument déments par le kitsch déployé, à faire passer Elvis à Las Vegas (tiens, et « Always on my mind », c’est pas géant comme reprise ?) pour un concile de franciscains, et inscrivant le duo anglais dans la droite lignée de gens comme les Sparks ou Queen…