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SLAVES - ARE YOU SATISFIED ? (2015)

I wanna be your dog ?
Il y a dans cette rondelle comme des airs de déjà vu (ou entendu). Comme toujours depuis … ouais, au moins.
Les Slaves sont deux. Un batteur et un guitariste (liste interminable de prédécesseurs dans cette formule minimaliste, furieusement tendance pendant les années 2000, un peu moins maintenant que les White Stripes sont débandés et les Black Keys mainstream). Les Slaves sont jeunes (la vingtaine) et Anglais. Ma foi, nobody’s perfect. Rasés et tatoués comme tout prétendu rebelle en recherche de respectabilité (faudra un jour expliquer à tous ces chérubins en colère que c’est pas le poil ras et l’encre sur les biceps qui feront d’eux les prochains Che, ça suffira pas, ou quand la rébellion a ses normes, ses codes, ses repères visuels et esthétiques, c’en est plus vraiment de la rebellion, c’est plutôt du panurgisme, mais bon, on va pas débattre là-dessus …).
Qui foutent deux bichons ou pas loin (le clebs des mémères réacs à breloques et permanentes) sur leur pochette. Qui baptisent leur skeud en hommage – réponse désabusée – doigt d’honneur (à vous de choisir) au premier Hendrix. Qui l’enrobent d’un rose fluo comme un clin d’œil subliminal aux couleurs fluo du seul disque des Pistols (parce que les Slaves sont des punks, je vas vous l’expliquer …). Qui reprennent quasiment le lettrage et le logo des crétins de Slayer (ou de Twisted Sister, ce qui niveau crétinerie, revient à peu près au même)… comme une litanie sans fin de toute une symbolique vue et entendue des milliards de fois dans tous les groupes « sérieux ».
Les Slaves (diminutif de « you are all slaves » leur slogan et accessoirement nom de leur pages web) ne font pas dans la dentelle, reprenant la mise du slogan en musique là où des gens comme Clash ou Specials avaient lâché l’affaire il y a trente cinq ans (d’autres s’y étaient essayés entre-temps, avec plus ou moins de bonheur, et le premier qui dit Rage Against Bidule se ramasse un glaviot dans la face). Les Slaves c’est du véner sans fioritures, avec un batteur-chanteur (enfin, plutôt batteur-rappeur, il chante pas vraiment, du moins pas au sens Otis Redding du terme) minimaliste et martial, et un gratteux adepte des gros riffs qui tachent et qui dégueulent de distorsion. Un peu comme les Royal Blood, diront ceux qui veulent avoir l’air malin et montrer qu’ils connaissent des disques sortis après 1953.

Ici, on en arrive au moment crucial où il faut prendre position, lever ou baisser le pouce pour ces Spartacus du riff. Bon, moi, avec toutes les réserves d’usage (voir plus haut) et toute ma mauvaise foi (je m’en tape des Slaves), je les défends ces deux minots. Ils ont aligné treize titres plutôt bien foutus, c'est-à-dire bien crétins et gueulards, dans une parfaite rigidité madmaxienne (on fonce, puis on regarde combien on en a écrasés en passant), ont l’air, comme tout imbécile heureux qui se respecte, très fiers d’eux et seraient même prêts à continuer sur la lancée pourvu qu’on se souvienne d’eux dans six mois.
Face aux calibrages, aux « cœurs de cible », aux « niches » (ouah, elle est subtile, celle-là, putain le talent que j’ai), ces deux merdeux adressent un fuck-off électrique à tous les centristes musicaux de la galaxie. « Are you satisfied » est un bloc, qui sent certes la redite vers la fin, alternant punkeries pistoliennes, heavy metalleries judaspriestiennes, voire grungeries nirvanesques avec une naïveté et un aplomb réconfortants. Preuve qu’ils ont peut-être vraiment du talent, ils osent même une ballade acoustique éraillée (le morceau-titre, genre de « On a plain » de Nirvana ) et un final « atmosphérique » qui ne convaincra absolument pas les ceusses qui trouvent captivant le dernier Pink Floyd (ou le dernier Gilmour).

Allez vous faire foutre les Slaves. Vous avez ma bénédiction ….


BAD BRAINS - BAD BRAINS (THE ROIR SESSIONS) (1982)

Aux armes et caetera ...
Les Bad Brains sont un des groupes les plus singuliers qui soient. Déjà ceux qui ont des lettres savent qu’ils tirent leur nom d’un morceau des Ramones (album « Road to ruin »). Donc les Bad Brains sont des punks. Soit. Mais ça se complique très vite. Parce que les Bad Brains sont tous les quatre Blacks. Ce qui limite la concurrence. Mais c’est pas tout. Les Bad Brains jouent encore plus vite (si, si) que des punks. Et en plus ils jouent bien parce qu’ils ont tous débuté dans le jazz-fusion. Il reste plus grand-monde, surtout au début des années 80 dans ce registre-là.

Tant qu’à faire ils sont très politisés (des effluves Black Panthers), vouent un culte au reggae, au dub, au rastafarisme. Et donc logiquement fumeurs compulsifs d’herbe qui fait rire. Et comme on ne rigole pas (surtout quand t’as pas la bonne couleur de peau) avec ces choses-là au pays de Reagan, y’a même leur chanteur qui se retrouvera au pénitencier pour quelques joints.
Tout ça fait quand même un peu compliqué dans le milieu du rock où il est de bon ton de choisir sa case, d’y rester bien sagement et d’essayer de faire carrière. On a donc affublé les Bad Brains du titre ronflant de précurseurs du hardcore. Ce qui n’est pas totalement stupide, mais quand même un tantinet réducteur. Seul le positionnement géographique (Washington DC) les rapproche des « vrais » premiers groupes hardcore (la galaxie Minor Threat – Ian McKaye) bien blancs et bien propres sur eux (le fumeux Straight Edge, mode de vie curieux, mélange de radicalisme politique et de new age cérébral).
Bon, revenons à nos moutons (noirs). Avec pareilles bases de départ, les attachés de presse des majors se sont pas bousculés pour les signer. Ils ne trouveront asile que chez les azimutés de ROIR (à tel point que ce premier disque éponyme est souvent appelé « The ROIR Sessions »). La particularité du label ROIR (rappelons que nous sommes au début des années 80) étant de ne sortir de l’audio que sous forme de K7 (de K quoi ? s’exclame le fan de Kenji Girac. Demande à ton grand père, connard …), et avec un catalogue de gens euh … bizarres (Suicide et Lydia Lunch font partie de leurs premières signatures).
Bad Brains : renversant, isn't it ?
« Bad Brains » le disque est un truc qui défile à mille à l’heure. Les cinq premiers titres, dont le plus long culmine à 1’55 constituent un tir de barrage sonique inédit à l’époque. Et ma foi, avec ses tempos frénétiques ses guitares-mitraillettes, ses vocaux-slogans hurlés à toute berzingue, on peut sans déclencher les froncements de sourcils parler de hardcore. La suite des quinze titres (l’ensemble du disque est expédié dans ta face en à peine plus de trente minutes) est globalement moins brutale, moins épileptique, même si des choses peuvent apparaître comme les lointains ancêtres du grindcore (« Supertouch / Shitlift »), ou comme du speed à la Motörhead (« I »). En fait, ce qui atténue l’impression de rouleau compresseur très heavy, ce sont trois morceaux plus ou moins reggae, grosso modo les trois plus longs du disque. Même si de véritable reggae au sens Marley du terme, il n’y a point, « Jah calling » et « Leaving Babylon » étant résolument orientés dub avec leurs basses grondantes en avant et leur structures décharnées, et le dernier, le très long (dans le contexte général, puisqu’il dure plus de six minutes) « I luv Jah », havre de quiétude final, cousin des lovers-rock de Gregary Isaacs, mais quelque peu redondant sur la durée.
Les textes sont paraît-il engagés, voire enragés sur les brûlots rapides, mais là, franchement, ça tchatche trop vite pour moi. De toute façon, rien qu’à voir la pochette (un éclair foudroyant la Maison-Blanche), on se doute bien que les quatre olibrius n’ont pas leur carte au Parti Républicain. Ni chez les Démocrates d’ailleurs.
Même si les Bad Brains s’en foutent un peu beaucoup, on leur a attribué toute une descendance hétéroclite au vu de déclarations énamourées à leur musique émanant des Beastie Boys ou de Living Colour, ce qui ratisse tout de même assez large comme spectre sonore d’héritiers.
Bon an mal an, les Bad Brains continuent encore de sortir des disques au succès très confidentiel, avec quelques changements de personnel. C’est néanmoins la formation des années 80, avec le chanteur « dangereux » H.R. et le guitariste virtuose (si, si, même dans des morceaux d’une minute on s’en rend compte, y’a de la technique) Dr. Know qui est considérée comme la meilleure et « historique ».

Evidemment, avec des disques et des blazes pareils c’était pas gagné d’avance …Z’auraient dû s’appeler Michael Jackson comme tout le monde …


PARQUET COURTS - SUNBATHING ANIMAL (2014)

Un peu Courts ?
Parquet Courts ? Des génies … Et pour une fois tout le monde est d’accord, des vieux « classiques » (Rock & Machin) aux branchouilles toujours à l’affût du dernier cataplasme tendance (les soi-disant Inrockuptibles, le mag-site web qui s’auto-buzze Pitchfork). Tout le monde ? Non. Du fond de son village gaulois, Lester Gangbangs, qui en a vu et surtout entendu d’autres, compte bien mettre ses milliers de lecteurs en garde. Méfiance, braves gens, rien de neuf et encore moins d’original dans cette rondelle.
Vous avais-je dit qu'ils étaient de Brooklyn?
Parquet Courts, c’est une bande de jeunots autoproclamés punk ou post-punk, ou garage-punk, enfin tout ce que vous voulez du moment qu’il y a punk dans la dénomination. Les Parquet Courts viennent de Brooklyn, l’endroit in, arty, branché de la planète rock, qui malheureusement pour des Yeah Yeah Yeahs ou Liars passables, a livré depuis une dizaine d’années beaucoup de machins plus ou moins dispensables (TV On The Radio, Animal Collective, LCD Soundsystem, Yeasayer, MGMT, Rapture et !!!, ces deux derniers bien que venant d’ailleurs s’y étant installés).
Les Parquet Courts sont pas vraiment des finauds, bon, quand on se réclame punk-quelque-chose, c’est bien le moins, mais quand même. Faut les entendre se pointer avec leurs Doc Martens à semelles en plomb, leurs références tellement évidentes qu’elles en deviennent gênantes (manqueraient-ils d’imagination, parce qu’une fois sorti de limites plagiats, reste plus grand-chose). On les trouve originaux par rapport aux autres suscités. Certes, alors que la plupart de cette scène de Brooklyn citait comme un mantra les rythmes saccadés de Gang of Four (Anglais, post-punks, ayant vendu des nèfles), les Parquet Courts concentrent leur tir sur des choses empruntées à des groupes uniquement new-yorkais, le Velvet, Television et Sonic Youth … sans en avoir le talent… Apparemment, plein de gens ( ? ) se contentent de ce son pavlovien, mettant de côté le manque de consistance évident de ce « Sunbathing animal ».
C’est finalement quand ils semblent se lâcher, ne pas vouloir (ré)citer à tout prix que les Parquet Courts sont à mon sens les meilleurs. Même si ça vole pas à un niveau stratosphérique (« Duckin’ & dodgin », simpliste, crétin, répétitif, mais efficace ; l’intéressante, une fois n’est pas coutume, et assez longue tournerie post-punk « She’s rollin’ », voire « What color is blood », pour une fois pastiche réussi de la famille Velvet).
Les Parquet Courts, ou l'art d'avoir la bière triste ...
Par contre rayon débit, l’addition pourrait être salée. Par charité, on ne retiendra que la voix pénible du chanteur (oui, oui, au moins autant que celle du type de TV On The Radio), parce que n’est pas le muezzin psychotique Lydon qui veut, pour situer le registre … et notez que c’est pas mieux quand il se prend pour Byrne des Talking Heads (« Black & white »). Les compos, c’est aux deux-tiers sans trop d’intérêt. Paraît que sur scène c’est bien, mais enfin, comment dire, je demande pas à voir et à entendre.
En fait sur ce « Sunbathing animal », y’a qu’un truc qui m’intrigue. Les trois premiers titres s’énoncent « Bodies », « Black & white » et « Dear Ramona ». Hasard ? « Bodies », c’est aussi un titre des Pistols, « Black & white », un disque des Stranglers (ou un titre de Michou Jackson), et « Dear Ramona », ça rappelle quand même les Ramones, qui n’étaient pas de Brooklyn, mais pas loin (le Queens), à moins que ce soit pour le « I heard Ramona sing » de Frank Black …

Voilà à quoi on est réduit, avec ce second disque des Parquet Courts (le premier, je l’ai aussi avec sa pochette country – cow-boy - « Happy trails », mais je me rappelle même pas à quoi il ressemble, tellement ça m’avait marqué), on s’invente des Trivial Pursuit version rock … Mais qui joue encore au Trivial Pursuit ? Et qui écoutera encore les Parquet Machin dans trois ans ?


En écoute (et plus si affinités) ici



BLACK LIPS - UNDERNEATH THE RAINBOW (2014)

De toutes les couleurs ...
« Underneath the rainbow » dure trente quatre minutes. Et quand le skeud est terminé, tout être normalement constitué doit se poser une question, un peu saugrenue mais inévitable : les Black Lips sont-ils là, aujourd’hui, en ce printemps ripou de 2014, le meilleur groupe du monde ?
J’en vois déjà qui manquent de s’étouffer, ‘tain le Lester depuis le temps qu’on l’avait pas vu, qu’on se demandait s’il avait péri en mer, avait été pris en otage par des muslims vendeurs de pavot, ou pire, nommé ministre par Manu militari Valls, voilà t-il pas qu’il nous assène des énormités à propos d’un groupe qui a même pas fait la une des Inrocks. D’autant que si on s’en va googleliser « Black Lips », on va trouver des montagnes de pages où plein de gens qui s’affichent musicalement incontestables vont vous raconter que ce « Underneath … » c’est quasi de la daube … Les écoutez pas ces pantins, c’est moi qui ai raison, comme d’habitude, quand bien même ma légendaire modestie dusse-t-elle en souffrir …
Les Black Lips 2014, comme une pochette des Byrds, on dirait ...
Parce que les Black Lips y’a des années que skeud après skeud, ils se sont forgé une crédibilité en plutonium enrichi dans le milieu du punk-garage-sixties-bidule (eux se qualifient de flower-punk, ce qui ne veut rien dire, mais fallait y penser…), le genre de réputation après laquelle courent des milliards de groupes. Objectif avoué de l’opération : ravir les quatre pantins rances serviteurs rigoristes de la chapelle et surtout à ce moment-là ne plus bouger d’un iota. Et arrivés à ce stade, qu’est-ce qu’ils ont fait les Black Lips ? Sont allés chercher Mark Ronson, producteur-DJ branchouille et variéteux (Lily Allen, Robbie Williams, Aguilera, …) et dans un grand éclat de rire sonore, ont consciencieusement « saboté » leur carrière (leur précédent et déjà excellent selon moi « Arabia Mountain »). Là, avec « Underneath the rainbow », ils font le contraire, vont chercher un type « crédible » (Carney des Black Keys) pour produire quelques morceaux, mais en contrepartie se lâchent encore plus tout au long des douze titres.
Qu’il n’y ait pas de malentendus. C’est sérieux, les Black Lips, on n’est pas chez les Ludwig Von 88 ou Sha Na Na. Mais les quatre d’Atlanta ne s’interdisent rien. Même pas de se payer Mick Rock himself pour la photo de pochette (qui au passage a de faux airs de celle de l’antique 33T éponyme du Band avec sa dominante sépia). Même pas de citer des choses très éloignées du garage sixties (« Justice after all » ou « Drive-by Buddy », c’est du classic rock comme Petty ou Springsteen ne savent plus en faire depuis des décennies), de faire des références appuyées aux crétineries punk californiennes des 90’s comme Green Day ou Offspring (« Smiling »), de rendre hommage aux Ramones (enfin, c’est ce qu’il me semble) avec « I don’t wanna go home », de rendre obsolète le disque de « reformation » des Pixies (parenthèse : mais qu’est-ce qui lui prend à ce gros patapouf de Frank Black, arriérés d’impôts ? notes en retard chez le traiteur ? et tout çà en virant Kim Deal, faut pas déconner, gros lard …) avec un morceau comme « Funny », savants entrelacs de mélodies pur sucre et de grosses guitares fuzz …

Et puis, manière de faire un doigt aux garagistes 60’s intégristes, ils jettent en milieu de disque une sorte de truc yé-yé bubblegum très pop (« Make you mine »), un peu plus loin revisitent à leur façon le riff du « Lucifer Sam » du Floyd de Barrett, ça s’appelle « Do the vibrate », et ils le font suivre d’une bouillasse psyché (« Dandelion dust »), peut-être une référence au énième degré aux Stones (« Dandelion » est la face B de « We love you » sortie au milieu de l’an de grâce 1967, quand les Cailloux s’essayaient – de façon assez risible – au psychédélisme).
« Underneath the rainbow » est une rondelle qu’on ne sait à quel degré il faut l’appréhender. Jetée en pâture sur ce qu’il reste du « marché du disque » et démerdez-vous avec. Les Black Lips semblent comme tous les idiots savants n’en faire qu’à leur tête. Sortent un disque a priori joli, consensuel mais qu’on peut aussi percevoir comme une vaste joke j’menfoutiste. Bande de zigotos totalement ingérables qui balancent une rondelle « grand public » sur le label indépendant (mais balèze, on y trouve aussi Bloc Party, les Streets, Justice et … Charlotte Gainsbarre) Vice Records, les Blacks Lips peuvent compter sur leur leader azimuté Cole Alexander (adepte entre autres « facéties » de terminer ses morceaux live futal sur les chevilles, signe d’extrême satisfaction chez lui) pour fracasser consciencieusement et méticuleusement tout plan de « carrière » …

Des mecs bien qui font de bons disques … Le meilleur groupe du monde de la Terre d’aujourd’hui ...

Des mêmes sur ce blog :


RAMONES - RAMONES (1976)


Brothers in arms ...
Les Ramones, c’est un peu les Dalton du punk. Sauf que contrairement aux faire-valoir de Lucky Luke, les Ramones ne sont pas frères et pas aussi cons que ce qu’ils ont l’air.
Même si dans le trio fondateur (Dee-Dee, Johnny et Joey), ils sont quand même un peu cinglés à le base, en tout cas pas dans la « norme », que ce soit dans leurs goûts musicaux ou dans leur façon de s’habiller. Rassemblés par ce qu’ils détestent (le style west-coast, les hippies, le prog), plutôt que par ce qu’ils aiment (seuls les Beatles font l’unanimité, leur nom vient d’un pseudo – Paul Ramon – que McCartney utilisait lors de l’épisode Hambourg de la saga des futurs Fab Four), ils vont instaurer un look (cheveux longs, lunettes noires, Perfecto, tee-shirt, jeans troués, Converse) recopié jusqu’à l’écœurement depuis par tous ceux qui se sont cherchés une crédibilité « rock ».
Ces trois-là n’auraient certainement jamais fait parler d’eux s’ils n’avaient pas croisé la route du quatrième larron, Tommy, un ingénieur du son, qui deviendra le batteur, le producteur et un peu la tête pensante du groupe. Pas envie et pas les moyens techniques de rivaliser avec Genesis ? Et bien, les Ramones vont faire dans la simplicité, dans le dénuement. Intro, couplet, refrain, deux minutes (voire moins) chrono, avec en point de mire l’évidence des ritournelles sixties en général, et celles produites par Spector en particulier. Les Ramones n’ont pas lu Tolkien ou Huxley ? Pour les textes (une centaine de mots, des fois moins), ils parleront de leur quotidien, de sniffer de la colle, de glander, de se sentir un peu paumé, de pas savoir comment s’y prendre pour draguer les filles. Contrairement aux punks anglais, les Ramones n’ont pas vraiment de message social ou politique (de ce côté-là il vaut mieux, Johnny et Dee-Dee ont plus tard confirmé par quelques déclarations « malheureuses » qu’ils étaient de gros réacs).
Les Ramones vont se retrouver avec une crédibilité en béton, parce qu’ils sont « vrais », ce ne sont pas des fils de bonne famille (ils viennent du quartier populaire du Queens) qui jouent les prolos, ils ont tâté de la petite délinquance, du gnouf, de l’hôpital psy, ne font pas de la musique pour se payer une villa sur les collines de L.A.
Les Ramones sont new-yorkais, et tous les endroits, tous les rades minables où ils vont être parmi les premiers de tous ceux qui deviendront la « vague punk » à se produire, feront dès lors partie de la légende urbaine et musicale de la ville (le CBGB, le Max’s Kansas City, …).
Ramones Live CBGB 1976
Les Ramones seront bizarrement signés sur une major (Sire) et vont sortir dès 1976 ce premier disque éponyme. Un disque au moins aussi important que le 1er Velvet, pour les vocations qu’il va engendrer de part et d’autre de l’Atlantique. Ignorés par les « musiciens », méprisés par la presse (par ici, ce disque avait été descendu en flammes par Philippe Manœuvre), les Ramones vont devenir au même titre que les New York Dolls ou les Heartbreakers de Johnny Thunders les références incontournables de la vague punk anglaise de 77.
S’il ne fallait retenir qu’un seul disque des Ramones (bien que jusqu’à et y compris « Pleasant dreams » ils soient tous indispensables), ce serait forcément celui-là. Le plus primaire, le plus j’menfoutiste … Celui qui contient le plus de leurs hymnes minimalistes définitifs (« Blitzkrieg bop », « Beat on the brat », « I wanna be your boyfriend », « Now I wana sniff some glue », « Let’s dance », « Today your love, tomorrow the world », … en fait tous les quatorze titres méritent la citation). Des titres rapides, à la limite de leurs capacités, basés sur des accords simplistes, des mélodies de quatre notes, … « Ramones » est une profession de foi, un manifeste. Indépassable, car contrairement à tous ceux qui enregistrent des disques, les Ramones ont placé la barre le plus bas possible. La preuve ? Dans la réédition Cd de 2001, on a droit en bonus à quelques démos et maquettes des titres. Et là, surprise, ces démos et maquettes sont beaucoup plus en place, beaucoup plus « finis » (enfin, tout est relatif, on parle des Ramones) que les titres officiels. Délibérément, sciemment, les Ramones ont choisi de sortir le disque le plus « mauvais » possible. Vous avez dit punk ?

L7 - HUNGRY FOR STINK (1994)


Le bruit de l'odeur ...

L7 … Les Squares, les Ringardes, les Boloss … L’autodérision comme nom de baptême … Mais bon, valait mieux pas aller les chatouiller… Parce que les L7 font pas vraiment dans la dentelle, que ce soit au niveau vestimentaire, des textes, de la musique, ou dans la vie de tous les jours. De rudes soudardes, pas adeptes de la langue de bois ou de l’attitude équivoque.
Les quatre filles ont commencé à sortir des disques chez elles aux USA au début des années 90. Et comme c’était quand même assez euh … pour le moins violent, on a dit que c’était un groupe grunge. Et puis, comme elles ouvraient grand leur gueule, on a dit qu’elles faisaient partie du mouvement riot grrrl (avant que la chose soit récupérée par des folkeuses molles poilauxpatteuses). Ouais, ma foi, si on y tient … même si c’est pas aussi simple.
Par l’attitude, les L7 ont beaucoup plus à voir avec le punk. Et c’est forcément déstabilisant pour les mâles dominants de la musique. Faut dire qu’elles y sont pas allées avec le dos de la cuillère, et notamment Donita Sparks, une des guitariste-chanteuses, tête pensante ou en tout cas celle qui est la première à l’ouvrir. A son crédit ( ? )  quelques spectaculaires pétages de plombs, le plus connu consistant en un jet de son Tampax sur le public du festival de Reading qui lui suggérait avec vocabulaire approprié un strip-tease. Mais les autres ne sont pas en reste, il doit bien traîner sur Google quelques photos où elles exhibent leurs touffes pubiennes teintes en bleu, et elles avaient organisé une tombola à un concert dont le gagnant (ou la gagnante) recevait comme prix une nuit avec la batteuse Dee Plakas. Et c’était pas un bon coup (désolé) de pub, ça a vraiment fini au plumard …
Musicalement (faudrait y venir, quand même, hein …), ça casse pas des briques, pourrait-on dire en référence à un de leurs disques précédents. C’est un gros raffut pas très finaud qui ressemble à du doom préhistorique (le Sab, Blue Cheer, ce genre), du Husker Dü au ralenti, du Dinosaur Jr en encore moins mélodique … le genre de trucs qui donne pas envie de faire la danse des canards mais qui décolle bien le cérumen. Chez les L7, point de Ginger Baker, de Jimi Hendrix ou de Robert Plant, c’est martial, linéaire, les guitares sont accordées (enfin, je me demande) très bas, les solos sont faits sur deux cordes, c’est plus gueulé que chanté (surtout quand c’est Sparks). Le genre de disques qui fait fuir tous les fans de prog et de jazz-rock. Et donc que j’apprécie, autant par pathologie personnelle que par dégoût des deux genres suscités …
Ici, pas de conceptualisation de la musique. Le premier titre donne le ton : un mur de guitares, un peu de mélodie (si, si) juste ce qu’il faut, un solo rachitique de gratte, et une voix d’éviscérée. Ça s’appelle « Andres », et on le sait pas encore, c’est quasiment le plus « joli » du disque, leur vision à elles de la chanson pop sans doute. Parce que le reste, ça envoie. Du metal mid-tempo (parce que plus vite, elles y arrivent pas), des hurlements de louves en rut. Se remarquent dans ce magma radical un titre quasi rappé (« The Bomb ») qui fait penser à Body Count, quelques claviers (très discrets, qu’on se rassure) sur un morceau surf-rockabilly (« Riding with a movie star »), un carnage sonique très Stooges période « Fun house », ça s’appelle « She has eyes ». Les nanas ressortent de l’oubli la talk box (le gadget de Jeff Beck qui a fait la fortune de Peter Frampton) sur le titre du même nom qui s’achève dans un magma de distorsion boueuse.
Et puis, la grosse affaire du disque, c’est devenu a posteriori « Fuel my fire », déjà une reprise-adaptation par les L7 d’un titre d’un obscur groupe punk australien me semble t-il et dont le nom m’échappe, mais qui retrouvera une seconde jeunesse quand il figurera sur le multi-platiné « Fat of the land » de Prodigy. Quitte à en décevoir certains, la version des bigbeateux techno est la meilleure.
Et parce qu’il faut bien conclure, devant pareille rondelle sale, primitive, méchante, et à la repoussante pochette, que faire : décréter que c’est putain de sublimement génial alors que bon, faut quand même raison garder, ça vole pas très haut … ou alors un poubelle direct et retour aux valeurs sûres des temps de crise (Knopfler, Sting, Collins, …). Bon, après tout, faites ce que vous voulez, moi je me remets un Little Richard …

FIDLAR - FIDLAR (2013)


American Idiots ...

FIDLAR, ça veut dire « Fuck it, dogs ! Life’s a risk ! », expression paraît-il venue des milieux du skate-board. Le genre d’acronyme de jeunesse dont les gars auront bien honte dans quelques années. Mais bon, c’est des punks, ils ont donc pas peur du ridicule.
La Corona, bière punk ? Faudra en causer avec Jacques Chirac ...
Ces quatre minots seraient l’avenir et, on ne rit pas, le nec plus ultra d’une soi-disant nouvelle scène punk californienne de L.A. et San Francisco. Pour situer ce disque, leur premier, on dira que comparé à ça, Offspring c’est Wagner et Green Day c’est Mozart. Ce « FIDLAR » n’est pas mauvais, il est très mauvais. Faut dire qu’au départ, deux frangins du groupe ont de qui tenir. Leur papa se nomme Greg Kuehn, il jouait des claviers dans les affreux TSOL (déjà un acronyme, c’est une manie familiale), groupe évidemment punk qui malgré son total manque d’intérêt a cependant réussi à vendre dans les 80’s quelques galettes à des sourds qui passaient par là …
FIDLAR, c’est donc les fils à papa qui se la jouent destroy generation. Ils disent sans rire que leur credo c’est le « do it yourself », et que la preuve, c’est que leur disque a été enregistré dans leur studio personnel (enfin, celui payé et construit par papa).
Ces rebelles en carton ont rempli leur minable disque de titres à la gloire ( ? ) des mauvaises bières, d’hallucinogènes divers, des putes, et de skaters. C’est vaguement bordélique, avec de gros riffs simplets, des chœurs hooliganesques, joué ( ? ) très vite, très fort et très mal. Ces punks d’opérette se lancent dans une imitation risible et pitoyable des Pixies (le consternant « Max can’t surf »), baptisent un titre « Waiting for the man » (genre, hey, vous avez saisi l’allusion au Velvet, parce qu’on a fait un disque qui parle de défonce ? oui, ça va, connard, on avait compris …).
Ces quatre crétins ont placé la barre très haut, ils tentent aujourd’hui d’être rien de moins que les Good Charlotte de la décennie. Si ça marche pas ils pourront toujours revenir faire du skate (activité punk par excellence, isn’t it ?). Ou jouer à la PlayStation, c’est moins dangereux …

THE GUN CLUB - MIAMI (1982)


Racines hantées ...

Le Gun Club, c’est tellement invraisemblable, toute l’histoire, et surtout les débuts du groupe, ça tient de la mythologie du binaire. Au départ c’est une histoire de fans, et même de fan-clubs. Le Gun Club fut fondé par le président du fan-club des Ramones, Kid Congo (Powers),  et par celui du fan-club de Blondie, Jeffrey Lee Pierce. Bizarrement, le Gun Club (nom choisi parce que lors de son arrivée à Los Angeles, Pierce avait été surpris du foisonnement de ces clubs d’entraînement au maniement des armes, vivier intarissable de sympathisants de la sinistre NRA, d’électeurs républicains, et d’apprentis serial-killers dans les centres commerciaux, les églises ou les écoles – fin de la parenthèse), n’a que peu à voir avec Blondie ou les Ramones.
The Gun Club 1982
C’est avant tout un groupe nostalgique, composé d’éboueurs sonores, passant leur vie à fouiller dans les poubelles du blues, de la country, du rock’n’roll, … afin d’y dénicher quelques pépites un peu bizarres, faites par des gens un peu cinglés, tout cela constituant les alluvions qui vont servir à sédimenter le son du Gun Club.
En se focalisant sur l’aspect sordide, noirâtre, de cette musique. Ceux qui suivent sont en train de hurler le nom des Cramps. Oui, mes petits chéris, mais les Cramps s’arrêtaient au côté rockab et ’n’roll et pour Lux et Ivy tout disque paru après 1960 était suspect de modernité trop mise en avant. Et dans leur genre, les Cramps étaient les meilleurs. Le Gun Club lui ratisse plus large au niveau palette sonore, les deux groupes étant à leurs débuts rigoureusement indispensables.
« Miami » est un des meilleurs disques des 30 derniers siècles. Et pour accoucher d’un Cd comme ça, il faut être « différent ». Or Jeffrey Lee Pierce, le leader du Gun Club est « différent ». Il est hanté, possédé, envoûté par sa musique et cela s’entend. Et désormais, même si « Miami » n’est que le second disque du Gun Club, seul maître à bord (Kid Congo a quitté le groupe avant la parution de « Fire of love », l’également incontournable premier disque, pour aller rejoindre les « rivaux » des Cramps). Pierce est un auteur assez étonnant, remplissant ses titres d’un minimalisme épique. Pour faire simple, c’est de l’ultra basique, mais la puissance conférée à ces titres leur donne des allures de super production. Une super production pas en Technicolor scintillant, ici la palette explorée serait dans un nuancier de gris sombre et de noir. Tiens, puisqu’on parle de production, elle est signée Chris Stein, guiatariste et co-leader de Blondie (Debbie Harry apparaît dans les chœurs sur un titre), et c’est le couple Stein-Harry qui a permis au Gun Club d’être distribué par Chrysalis, et qui a mis quelques dollars dans la marmite pour que ce disque puisse voir le jour.
Jeffrey Lee Pierce
Ce disque, plus encore que le précédent du Club, a fait l’effet d’une bombe. Avec un Jeffey Lee Pierce en Adonis peroxydé et déglinguo, encore beau et tout juste un peu enveloppé, multipliant attitudes chamaniques et poses langoureuses sur scène. Récoltant au passage des comparaisons avec Jim Morrison et le Brando d’« Un tramway nommé Désir ». Des comparaisons qui seront longtemps valables, avant que les quantités industrielles de boissons pour hommes et de poudres blanches consommées par Pierce le fassent également s’épaissir physiquement. Et puisqu’on parlait de Désir (elle est pas grosse, la ficelle ?), on rappellera aux plus jeunes que Noir Désir a à peu près tout pompé sur le Gun Club, ce qu’ils ont d’ailleurs toujours reconnu, allant même jusqu’à faire un « Song for JLP » qui se passe de commentaires …
Il est question avec « Miami » d’exploration des racines de la musique populaire américaine : blues, country et leur progéniture illégitime, le rock’n’roll. Et dans sa démarche, ce disque se rapproche du « L.A. Woman » des Doors (vous ai-je déjà dit le parallèle qui avait été fait entre Pierce et Jimbo ? … c’était pour voir si tout le monde suivait). Jeffrey Lee Pierce part des des transes épileptiques au moindre prétexte, atteignant en intensité certaines prestations bien allumées d’Iggy Pop.
La reprise de « Run through the jungle » de Creedence (peut-être le plus grand groupe de rock’n’roll américain) est à la hauteur de l’original et le transcende par sa noirceur tragique et désespérée. Le lancinant « Texas serenade » et le « crampsien » « The fire of love », se détachent à peine d’un disque dense et compact qui est à aborder dans son intégralité, c’est une œuvre homogène, épaisse, lourde, parfois tragique et désespérée, et pas un assortiment de bric et de broc de titres mis les uns à la suite des autres pour arriver à garnir 40 minutes de plastique noir …
Les fans (peu nombreux, de quelque côté de l’Atlantique qu’on se situe) s’entêteront à trouver des œuvres majeures dans les disques qui suivront (pas beaucoup du Gun Club, quelques-uns de Pierce en solo, le compte est pas facile à faire, beaucoup de matériel étant plus ou moins « non officiel »). Les fans (par définition) ne sont pas lucides. La quintessence du Gun Club, le seul incontournable du groupe, c’est « Miami » …

PARABELLUM - IN VIVO VERITAS (1991)


Vous avez dit punk ?

Touchez à rien, vous êtes à la bonne adresse … Parce que plus « dans l’esprit » que ceux-là, y’a pas grand-monde par ici … en tous les cas jusqu’à ce disque, censé être leur dernier. Après, on peut ergoter sans fin sur le fait qu’il se soient réunis au tournant des années 2000, qu’ils tournent encore, que Géant Vert ne soit plus là pour les textes, …
La première décennie du groupe ressemble à un fantasme de purisme alternatif. Les Parabellum ne transigent sur rien, du label bordélique indépendant, en passant par un propos musical sans aucune concession (en gros, punk un jour, punk toujours), un engagement pour des causes qui risquaient pas de faire l’actu des JT, des textes rentre-dedans,... Durant les premières années du groupe, beaucoup de titres sortis sur des compilations plus ou moins underground, quelques 45T permettront de diffuser leurs premiers morceaux mythiques, « Saturnin », « Anarchie en Chiraquie ». Ce « In vivo veritas » n’est que leur troisième Cd, après une décennie de galères diverses.
Un groupe punk qui dure est un groupe qui finit par savoir jouer, et les Parabellum sont au fil des ans devenus une machine de guerre redoutable sur scène, capable de murs de boucan, mais aussi d’éclaircies sonores toutes en tension. Celui qui focalise l’attention, c’est Schultz, massif guitariste-chanteur du genre que s’il dit quelque chose, t’as envie d’être d’accord, mais à côté Sven sculpte des riffs infernaux dans le mur du son que dresse une rythmique aguerrie. Pas d’esbroufe, puissant et velu, musique d’homme quoi …
Avec une influence rockab-rock’n’roll (« Zig zag rock », le « You can catch me » de Chuck Berry) qui vient s’ajouter à la puissance punky brute et sans fioritures de base. Les Parabellum sont aussi à l’aise sur le mid-tempo viril (« La belle », « La blonde et moa ») que sur l’accélération limite hardcore (« Hommes torpilles »), donnent dans la chanson à boire hooliganesque (« Le dernier trocson »), revisitent la vieille chanson engagée (« Cayenne », chant traditionnel de bagnards avec son refrain « Mort aux vaches, mort aux condés »), et font un sort à un classique de Jacques Brel (« Amsterdam ») grâce à une adaptation iconoclaste de leur parolier Géant Vert.
Et on peut regretter que les textes soient le plus souvent incompréhensibles à cause d’un chant guttural et speedé de  Schultz, mais aussi d’un son qui n’a pas grand-chose à voir avec du Dire Straits live, ce qui n’est pas plus mal … Le concert est enregistré dans une petite salle parisienne (l’Espace Ornano), la moitié des titres retenus concernent les rappels, et les deux « classiques» historiques » (« Saturnin » et « Anarchie … ») sont absents. Malgré tout, ce live brut et sauvage tient plutôt bien la route, les Parabellum ne s’économisent pas.
Un témoignage pas forcément crucial, mais que l’on déconseillera toutefois aux auto-proclamés mélomanes … Bienvenue aux autres … Un, deux, un-deux-trois-quatre …

THE BIRTHDAY PARTY - JUNKYARD (1982)


Fine party ...

Birthday Party, c’est le groupe de Nick Cave. Et de la plupart des futurs Bad Seeds. Un groupe de jeunesse donc. Assez hors-norme et terrifiant. En un mot extrémiste.
Avec ses potes, l’indéfectible Mick Harvey, Phil Calvert, Howard S. Howard, Tracy Pew, Nick Cave végète en Australie, pays-continent où succès d’AC/DC oblige, le hard-rock bluesy et sauvage écrase tout. Un genre qui n’est pas exactement la tasse de thé des Birthday Party, troupe punky d’amateurs de ce rock qu’on appelait « décadent » (le glam pour faire simple), et de leurs pères à tous, Lou Reed et Iggy Pop. Du premier, Cave retiendra l’aspect littéraire sombre et torturé des lyrics, du second un jeu de scène outrancier et apocalyptique.
Birthday Party 1982
Les Birthday Party (et la copine-muse de Cave Anita Lane) quitteront l’Australie pour l’Angleterre. Une Angleterre quelque peu fantasmée, qu’ils imaginent tout entière sous la coupe de groupes punks ou post-punk. Quand ils arrivent fin 80 à Londres, c’est pour s’apercevoir que Spandau Ballet, Human League et Orchestral Manœuvres sont en haut des charts, que leurs groupes punks fétiches ont pris du plomb dans l’aile ou n’existent plus et que la scène post-tout ce qu’on veut (rock, punk, …), a une audience famélique. Gros coup de blues pour les Birthday Party, qui vont se jeter à corps perdu dans la dope, et pousser au paroxysme un genre qui commence à sortir de l’underground, le rock dit « gothique », issu de la scène batcave. Un genre musical à la base austère et tourmenté, servi par des officiants tout de noir vêtus.
Birthday Party pousseront les curseurs nettement plus loin que la plupart des poseurs issus de ce mouvement. Les messes noires deviendront avec Birthday Party des cérémonies sabbatiques. S’appuyant sur une batterie plus percussive que rythmique, des guitares qui découpent la masse sonore façon scalpel, et un Cave possédé, hurlant, grondant, menaçant, jurant, … au chant. Des prestations dangereuses, voire choquantes, en tout cas très agressives…
Birthday Party est plus ou moins une démocratie dirigée par Cave, chacun apporte sa contribution. A l’écoute de ce disque, on a l’impression que c’est souvent en ordre dispersé, que les gens jouent leur truc sans trop s’occuper de ce que joue le voisin. D’où un son assez unique, hyper sauvage et déstructuré, sur lequel Cave vient déclamer et hurler ses histoires malsaines, glauques et tordues. Une performance d’allumé intégral, bien loin des ballades de crooner déglingo qui feront son succès, voire sa fortune, à partir du milieu des années 80. En d’autres termes, on ne risquait pas d’entendre dans un disque de Birthday Party des duos avec Kylie Kylie Minogue ou PJ Harvey …
Nick Cave dans une imitation d'Iggy Pop
Le disque, enrobé dans une pochette comics madmaxienne (que perso je trouve à chier), œuvre d’un dessinateur underground pote de Cave, renfermait à l’origine 10 titres. Dans l’édition Cd qui maintenant fait foi, on en trouve trois de supplémentaires, l’inaugural « Blast off » (qui porte bien son nom, et évoque effectivement un blast sonore, tout en syncope et hurlements), et nichés en fin de Cd, une version notablement différente de « Dead Joe » et le 45 T sorti en éclaireur « Release the bats », encore plus sauvage que les titres « officiels » et qui on s’en doute, n’a pas grimpé à la cime des hit-parades.
Le disque original est un gros pavé d’agression sonore, manifeste de déglingue rock’n’roll, textes noirs, musique crissante et crispante. Guère de nuances, tout au plus peut-on distinguer deux familles de titres, ceux à base d’incantations lancinantes (« She’s hit »,  « The dim locator », « Hamlet … », « 6’’ gold blade », « Junkyard »,…), et quelques agressions soniques citant des racines rockabilly ou rock’n’roll (« Dead Joe », « Big Jesus trash can », « Kiss me black », …). Le reste oscillant entre noir et sombre, boucan et bruit blanc au service de la prestation vocale théâtralisée de Nick Cave.
« Junkyard » n’est pas un disque « facile », cherche à marquer les esprits par son extrémisme, tente de définir une nouvelle frontière jusqu’auboutiste à la manière d’un « Fun house » ou d’un « Raw power », modèles évidents. L’accueil en Angleterre (et ailleurs) fut tellement enthousiaste (sourire) que des dissensions entre les musiciens entraînèrent la fin du groupe, et le départ de Nick Cave et de celui qui lui resta fidèle (Mick Harvey) vers Berlin, où là les choses seraient claires, exit le « groupe » et place à Nick Cave & The Bad Seeds …

GOGOL - LE RETOUR DE LA HORDE (1986)


Un peu de poésie ...

S’il y a bien un retour que pas grand-monde attendait, ou au choix, dont tout le monde se foutait, c’est bien celui du Sire Gogol Ier et de sa Horde. Gogol (Jacques Dezandre pour l’état-civil) n’a jamais vraiment mobilisé les foules derrière son auguste personne et sa musique. La musique, c’est du primaire, peu ou prou un gros bordel punky. Le personnage suscitait au début des années 80 des réactions diverses, entretenues par des shows destroy, porno-scato et provocateurs. Gogol Ier ne laissait pas indifférent, mais était loin de faire l’unanimité, surtout si l’on ne dépassait pas l’approche au premier degré… Auto-proclamé gourou-pape de son propre culte, Gogol se présentait sur scène en soutane, portée comme les Ecossais portent le kilt, offrant donc à ses fidèles ouailles la contemplation de sa virilité…
Gogol et la Horde, c’est pas vraiment l’imagination élégante au pouvoir, c’est violent, vulgaire, bête et méchant. Dans le style Hara-Kiri – Charlie Hebdo, version binaire. Farouchement indépendant, forcément loin de tout « pacte » avec une major, à tel point que les disques de Gogol ne sont aujourd’hui trouvables (tout de même au prix fort) que sur le site du groupe, et témoignent d’une « carrière » en pointillés mais qui semble t-il perdure encore.
Ce « Retour de la Horde » comme son nom l’indique succédait à une période plutôt silencieuse au début des années 80. Le titre éponyme est une introduction martiale à grosses guitares tendance Hendrix (à la place du « Star spangled banner », il y a quelques notes saturées de « La Marseillaise »). On « pénètre » dans le vif du sujet (hum …) avec « Voilà des paroles faciles à comprendre », porte d'entrée sur fond de punk-rock primaire à chœurs hooliganesques, à l’univers tout en rimes riches de Gogol.
Ensuite, ça part un peu dans tous les sens, on quitte souvent le domaine musical pour de courts spoken words tout en délicatesse, « Je pisse » et son bruit de bidet final, « Dernière prière du soir » imprécation de prêtre pédophile, le confus règlement de compte « Vengeance anonyme ». Musicalement, ça casse pas toujours des briques (« Je bois et je suis le Roi » rock lent et lourd plutôt commun, « Moi » pénible electro-punk comme en faisait le B.A.D. de Mick Jones ), il y a vers le final un parti pris de punk crétin, « On se calme », ou « Mais qui va nous faire marrer » en hommage à Coluche fraîchement encamionné. En gros, Gogol délire bien, et se fout totalement de ce qu’on peut bien en penser.
Parfois ce délire égomaniaque frappe juste et fort, comme le rageur « J’encule » sur fond de piano-bar Rive Gauche ou encore le disco-punk pétainiste « Travail Famille Patrie » qui aurait été encore plus amusant s’il avait réussi à faire un hit.
Evidemment, tous les moralisateurs (ou les mélomanes) qui prennent tout çà au premier degré vont être offusqués par tant de vulgarité. Les autres souriront souvent devant cette rabelaisienne crétinerie, qui s’avèrera sans limite quand Gogol, à l’instar de Coluche annoncera sa candidature à une élection présidentielle (en 1988 il me semble). Il n’ira pas plus loin que la déclaration d’intention …
Bonne vanne pour la pochette qui pastiche la première page du Libé de l’époque avec édito de « Philippe Grandes Manœuvres » que Gogol n’a pas vraiment l’air d’apprécier …

LE ROCK D'ICI A L'OLYMPIA - LA NUIT PUNK DE L'OLYMPIA (1978)


216 fauteuils cassés pendant les 3 nuits ...

C’est ce qu’il y a écrit sur la pochette, preuve photographique à l’appui … et ça en dit long, bien long, sur l’état du rock français à l’époque… être « obligé » de saccager l’Olympia pour faire parler de soi.
Parce que sinon, les punks français … hum, on peut pas dire que le monde entier nous les ait enviés et qu’ils sont souvent cités de nos jours (sauf quelques fois Metal Urbain, par des groupes noisy ou hardcore américains). D’ailleurs même si la légende savamment entretenue par quelques-uns fait état d’un vaste mouvement punk hexagonal, elle englobe des gens qui n’ont rien ou pas grand-chose à voir entre eux, contrairement à la scène punk londonienne ou new-yorkaise.
Stinky Toys
Il y a d’ailleurs dans le livret une déclaration assez édifiante, honnête et réaliste de Jacno, sur ces soirées à l’Olympia, qui met l’accent sur le fait que les différents groupes « ne s’aiment pas », et que jalousies mesquines et attitudes méprisantes entre Parisiens et provinciaux, entre groupes signés sur un label ou non, sont monnaie courante. En fait sous le terme « punk » sont répertoriés des gens qui n’ont comme seul point commun que de se lancer dans la musique circa 77, avec leurs propres moyens et à l’arrache. L’esprit « do it yourself » doit être le seul dénominateur commun  aux groupes présents ici, au moins à leurs débuts, aucun n’étant né avec une cuillère d’argent gentiment tendue par les majors ou le show-biz.
A leur décharge, les groupes « made in 77 » arrivent dans un pays où le rock n’existe pas, ou sinon représenté par le prog champêtre de Ange, ce qui revient au même … 
Asphalt Jungle
Les hostilités sont ouvertes, en tout cas sur le Cd, par les Lyonnais de Marie et les Garçons (Marie est la batteuse du groupe), sous forte influence américaine Televison – Talking Heads, et qui recueillent les sifflets du public (le public punk parisien de l’époque manquerait-il d’humour ?) lorsqu’à la fin de leur titre, ils embrayent sur une reprise de « Macho man » des Village People. Les Stinky Toys sont eux totalement dans « l’esprit », autour de Jacno et d’une Elli (pas encore Medeiros) qui chante faux comme ça devrait pas être permis. Mais c’est très bien … Un autre qui chante aussi très faux c’est Patrick Eudeline, et son « classique » « Asphalt Jungle » avec le groupe du même nom qui n’oublie pas de se prendre pour Johnny Thunders et ses Heartbreakers. Punk attitude irréprochable, intérêt musical très anecdotique … C’est pas les seuls à avoir un intérêt musical anecdotique … Diesel auraient été rouges de honte si on leur avait dit que leur truc, c’est juste du classic rock tendance heavy blues ; les Lou’s, rien que des filles, difficile d’en dire du mal sans se faire traiter de sexisme ou de machisme, donc motus et bouche cousue ; Starshooter, qui ne vaut que pour quelques 45T rigolos, confirme avec un de ses classiques dispensables (« 35 Tonnes ») que s’ils savent à peu près jouer correctement, ce n’est que du rock très mainstream.
En fait, en plus des Stinky Toys, les trois autres vrais bons de cette compilation sont pour moi Bijou (pas exactement des punks), précis, carrés et très énergiques qui boostent « OK Carole », et réussissent même à se faire ovationner avec un instrumental pourtant technique bien que très énergique. Les banlieusards parisiens sont très nettement au-dessus du lot, et pas par hasard, ils feront aussi un triomphe aux deux festivals punks de Mont-de-Marsan en 77 et 78. Les Lyonnais d’Electric Callas s’en sortent plutôt bien avec une version ralentie et originale du classique des Stooges « I wanna be your dog ». Egalement sur le podium les Parisiens de Guilty Razors, avec son chanteur au phrasé arrogant et méprisant, pour un titre titubant mais au moins parfaitement dans l’esprit …
Cette compilation est parue en 1978, et rééditée en Cd en 1999 sur le label Jurassic Punk (bonne vanne !). Totalement fidèle au 33T initial, c’est-à-dire sans bonus et en conservant le son pourri (on dirait que c’est enregistré avec un dictaphone dans la rue devant l’Olympia). En fait c’est pas un disque pour les amateurs de musique, c’est un disque pour les amateurs de rock, ce qui n’est pas exactement la même chose …

THE JAM - IN THE CITY (1977)


Les teigneux ...

La France et les Jam, on peut pas vraiment appeler ça une histoire d’amour. Ils ont dû avoir de quoi juste se payer un cappuccino (la boisson favorite de Weller), avec le bénef de leurs ventes de disques par ici. Faut dire que les groupes plus typiquement anglais qu’eux (les Kinks, les Smiths, c’est à peu près tout …), ça court pas les rues et ça restreint forcément l’audience « à l’étranger ». Par contre, pendant un lustre (77 à 82), ils ont mis leur pays à genoux (on parle pas là de chiffres de vente sympathiques, mais de popularité mesurée à l’échelle Beatles-Oasis), leur leader maximo Paul Weller, se voyant même désigné par les lecteurs d’un mag musical de là-bas personnalité préférée de l’année ou quelque chose comme çà…
Paul Weller, ce psycho-rigide maniaque, et qu’il valait mieux ne pas croiser quand il avait autre chose que son cappuccino dans le gosier. Un type quand même respectable et respecté… faut dire qu’il avait été le seul à foutre une branlée à l’autre taré de Sid Vicious, spécialiste de traîtres passages à tabac (surtout quand il avait quelques potes pour assurer ses arrières). Et musicalement, Weller était aussi teigneux que dans la vie. Bien accompagné par les deux bûcherons Bruce Foxton à la basse et Rick Buckler à la batterie. Enfin, bûcherons c’est pas gentil parce que les trois deviendront vite un power trio efficace, concis et compact.
Pour ce « In the City », leur premier disque paru en 77 année punk, l’heure n’est pas (faute de moyens et de technique) aux fanfreluches musicales. C’est énervé et austère, à l’image de la pochette qui n’est pas signée Roger Dean ou Hipgnosis, on s’en rend compte au premier coup d’œil. Et en un peu plus de demi-heure, les Jam lâchent leurs premiers douze titres.
Dont un, l’éponyme « In the City », sera le premier (et seul sur ce disque) titre des Jam à visiter les hit-parades. Un des classiques absolus du groupe et de la vague 77. Weller, qui chante, joue de la guitare et compose tous les titres originaux du trio, laisse transparaître d’évidentes influences, au premier titre desquelles les Who (flagrant sur des morceaux comme « Away from the numbers » (rien que le titre, les High Numbers étant le premier nom des futurs Who), « I’ve changed my adress », la reprise du thème de Batman, qui n’est pas des Who mais qu’ils ont aussi repris). Mais aussi peut-on déceler au passage d’autres influences des sixties anglaises (les Small Faces la légende mod, la pop en général, …), et des classiques du rock’n’roll (la reprise du « Slow down » du très sous-estimé et génial Larry Williams).
C’est cette attirance pour la culture mod, pour l’exposition de ses racines anglaises (dès que le groupe progressera, la northern soul anglaise des sixties se retrouvera au détour de nombre de morceaux), qui donneront aux Jam cette place si particulière de groupe en même temps new wave (les Jam sont partie intégrante de la scène punk londonienne), mais aussi revivaliste (on ne laisse pas planer impunément au détour d’un paquet de titres les ombres de Townsend ou Marriott). Weller et son groupe assumeront pleinement ces deux influences. Ils cultiveront méticuleusement l’imagerie mod, les costards étriqués (Foxton en plus ne se départissant pas tout du long des cinq années que dureront les Jam de son affreuse coupe de cheveux « mulet », et Buckler finissant par s’habiller ridiculement de simili-cuirs et de jeans premier prix de chez Prisu), on les verra sur moultes photos de presse chevauchant des scooters dans le plus pur style mod-plage de Brighton 1963). Weller sera l’archétype même du « working-class hero » lennonien (un titre auquel malgré tous ses efforts ne pouvait prétendre le Beatle binoclard, contaminé arty par la présence à ses côtés de l’insupportable Yoko). Weller sait d’où il vient (son père était maçon, voir le dernier titre du disque « Brick and mortars »), et malgré des ventes de disques considérables, restera au plus près du « peuple » et de ses préoccupations, et sera un militant travailliste acharné (il sera plus tard le co-fondateur du Red Wedge, réunissant les artistes anti-Thatcher, et soutiendra par sa présence et par ses dons nombre de luttes sociales dans son pays).
Paul Weller est assurément un type bien, et ce « In the City » reste un des préférés des Jam-maniacs, même si la triplette « All mod cons » - « Setting sons » - « Sound affects » parue entre 78 et 80, constituera son zénith artistique. Il continue encore aujourd’hui, à plus de cinquante ans, et en ayant dissous des Jam en pleine gloire, une carrière solo inégale mais encore par moments capable de générer de superbes disques …

Des mêmes dans ce blog : 

THE HIVES - LEX HIVES (2012)


Fin de l'hibernation ?

Finalement, ils ont choisi le bon moment pour réapparaître après cinq ans de silence discographique. Faut dire que de cette vague de groupes en « The » apparus conjointement au début du siècle, et par un raccourci aussi facile qu’approximatif englobés sous la même bannière de « renouveau du rock », la situation s’est singulièrement décantée. La plupart n’existent plus (White Stripes, Libertines), s’accrochent malgré des dissensions internes (Strokes), sont devenus mainstream (Kills, Black Keys), n’ont jamais percé (des nouvelles des Vines, quelqu’un ?).
Et plus par défaut que par génie, les Hives sont encore là, parcimonieux de leurs enregistrements. Bon, sur scène, les Hives ça décoiffe. Sur disque aussi … au moins à leurs débuts. Ils ont (depuis « Tyrannosaurus Hives ») joué la carte du gros son radiophonique, et en choisissant de se mettre en scène sous des accoutrements saugrenus (ce coup-ci genre banquier en haut-de-forme du XIXème siècle). Tout ça pour dire que ce disque, il m’étonnerait que ce soit celui que l’on retiendra d’eux. Pas un mauvais disque, juste un disque intéressant sans plus. Et qui semble se déliter à mesure que défilent les pistes. Comme il ne dure qu’une demi-heure, reste juste à peu près un quart d’heure à la hauteur de la réputation de ses auteurs.
Ce « Lex Hives » commence très fort, genre version ultra-punk des Ramones, ce qui n’est pas rien. Un titre d’une minute et quelques secondes (« Come on ») qui tourne sur un riff simplet mais efficace, et des paroles qui tiennent en deux mots, ceux du titre … Le single (« Go right ahead ») suit; là non plus rien à dire, c’est du pop-punk’n’roll, ça dépote, du gros son, c’est frais, énergique, bien foutu … et c’est honnête, y’a un machin piqué à l’Electric Light Orchestra de Jeff Lynne, et les Suédois, fair-play, ont crédité ce titre à l’Anglais. Le frénétique « 1000 answers » assure la transition correcte avec « I want more » et là on cherche le nom de Joan Jett dans les crédits … qui n’y est pas, pourtant s’il n’y a pas dans ce titre des pans entiers piqués à « I love rock’n’roll », je veux bien consentir à me faire greffer les oreilles du Capitaine Spock … Et pour moi, le dernier bon titre du Cd, c’est le suivant, piste 5, « Wait a minute », joviale crétinerie punk qui rappelle les bons moments (si, si, il y en a eu) de Offspring.
Le reste, soit la bagatelle de sept titres sur douze, c’est pas que ce soit mauvais, mais on s’en cogne un peu, ça sent la redite (« Take back the toys », très punk 90’s américain), la mauvaise copie du Clash circa 77 (« These spectacles … »), l’auto-citation « If I had a cent » tellement Hives que ça en devient gênant, un essai peu concluant de rhythm’n’blues speedé avec cuivres et tout et tout à la fin (« Midnight shifter ») … en gros toute une litanie de titres nettement en retrait par rapport à ceux du début.
Les fans seront ravis, mais enfin cinq ans pour sortir ce truc, c’est un peu too much …
Conclusion, les Hives sont un excellent groupe de scène qui perd son temps en studio …

Des mêmes sur ce blog :
Your New Favourite Band 


LES WAMPAS - ROCK'N'ROLL PART 9 (2006)



A Marine Guéant,
Ministre de la Sécurité Publique et de la Délation Intérieure,
Je vous écris cette lettre anonyme, pour vous avertir du danger que représente « Rock’n’roll part 9 », Cd des ci-devant Wampas. En effet, cet objet musical est toujours en vente libre dans nos échoppes musicales et ses auteurs sont toujours en liberté, ce qui est terriblement pernicieux pour notre jeunesse.

Non content de ne pas y trouver le moindre duo avec Gérard Depardieu ou Mireille Mathieu (Dieu lui prête longue vie et une nombreuse descendance, à notre chère pucelle avignonnaise), pas plus que la moindre chanson signée de notre G.P.S. (Grand Poète Surdoué) Barbelivien, un des titres propose, ô sacrilège, qu’un de nos anciens et vénérés Chef d’Etat (le grand, l’incomparable, l’incommensurable Jacques Chirac) s’en aille croupir dans quelque cul de basse fosse. A son âge ! Et dans son état ! Il ne fait pas de doute que les hordes de punks à chien buvant de la bière tiède et pas chère susceptibles d’écouter cette chose font partie des cohortes hirsutes et dépenaillées qui s’apprêtent à bouter notre bien-aimé monarque le grand Nicolas de son trône, profitant d’un droit de vote scandaleusement obtenu lors de quelque période insurrectionnelle dans les siècles passés. A ce titre, j’en connais quelques uns (liste jointe), qu’il serait bon de jeter dans quelque charter que vous n’auriez pas réussi à remplir de métèques roumains, maliens ou assimilés. Dehors les gauchos, la France aux Français, d’abord. Quand aux Wampas qui sont l’objet de ma courageuse missive anonyme, s’ils sont Français, ce dont je doute, il convient d’embastiller cette bande d’agitateurs braillards. Sinon, où allons-nous, hein, je vous le demande ?
J’ai mené ma petite enquête, et je suis en mesure d’affirmer que le chef de cette bande d’agitateurs mène une double vie. Pis, c’est un fonctionnaire qui travaille à la RATP, ce repaire de grévistes nourri par nos impôts, (enfin, pas les miens, je me suis domicilié fiscalement aux Bermudes), capable de se muer à la nuit tombée, tel un loup-garou musical, en un meneur de bande binaire avec ses autres complices. Il se prétend chanteur, mais il chante faux, voire très faux. Il se prétend auteur de chansons, tout ça juste pour pouvoir brailler des choses incompréhensibles, allant même jusqu’à faire l’apologie de cyclistes italiens dopés (double pléonasme). Et il ose se présenter, méprisant notre oriflamme national, ceint d’un drapeau américain (même si les Américains sont nos amis, enfin, ceux qui votaient pour la famille Bush). Certains de nos jeunes compatriotes, malheureusement de plus en plus nombreux, trouvent un certain intérêt à ces inepties sonores, qu’ils vont célébrer lors de messes noires, mensongèrement appelées concerts, que donnent les scélérats Wampas. Certains disent même que dans ce domaine-là, ils sont les meilleurs dans notre pays. Juste Ciel, mais où va t-on, mais que fait la police ? Il faut que cela cesse, il les faut tous embastiller.
Sachez, Monsieur Marine Guéant, Ministre de la Sécurité Publique et de la Délation Intérieure que vous pouvez compter sur moi à cet effet. Avec toutes mes respectueuses salutations…