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KING CRIMSON - LARKS' TONGUES IN ASPIC (1973)

Robert Free ?
King Crimson est un groupe souvent porté au pinacle par les progueux. Soit. Grand bien leur fasse. Moi, le prog, j’aime pas (du tout). Mais King Crimson, je suis preneur. Oh, pas de tout. Du premier, de « Red », dans une moindre mesure de la « renaissance  disciplinaire » des 80’s (que les progueux, bien évidemment détestent). Et tout le reste ? Ben je m’en tape un peu (beaucoup).
A commencer par ce « Larks’ tongues in aspic », souvent considéré comme l’œuvre majuscule (entendez progressive majeure) par ceux qui n’écoutent que de mauvais disques. Perso, je comprends de tout ce qu’il va retourner rien qu’en lisant le casting. Autour de l’inamovible Robert Fripp, mathématicien de la guitare, on trouve dans ce « Langues d’alouettes en gelée » (rien que ce titre, t’as envie de détaler, même si j’en ai à peu près saisi la signification ésotérico-mystique) des noms qui filent les jetons. Un ancien de Supertramp (Palmer-Jones), un transfuge de gloups … Yes (Bruford), un type venu de Family, le truc du rouquemoute braillard Chapman (Wetton), Cross, un fuckin’ violoniste (ouais, je sais, des crin-crins, y’en avait dans la country ou le Velvet, mais bon, pas utilisés de la même façon), et un percussionniste dont j’ai oublié le nom, comme si ça ne suffisait pas avec le Bruford, un batteur virtuose de chez virtuose.

Tous ces joyeux (rires) lurons lâchés dans un studio en vue de rédiger un truc qui t’en foute tellement dans les esgourdes que comme t’y comprendras rien, c’est que forcément ce doit être génial. Evidemment, moi j’ai rien compris. Mais c’est pas pour autant poubelle direct. On trouve de ci de là, de bons passages. Faut les chercher, quand même, au milieu de titres plutôt longs et bien évidemment alambiqués. « Lark’s tongues … », c’est d’abord ce riff et ce (trop court) passage hallucinant dans le morceau titre, Pt 1. Là, carrément, Fripp nous sort un truc de metal machin (désolé, les sous-genres du boucan, c’est pas trop mon truc non plus) qui te fissure les tympans et les reste, et ce d’autant plus que ce passage arrive après des interminables tintements de clochettes et bruissements de cymbales. Ce riff d’anthologie est repris à la fin du disque (« Larks’ Tongue … Pt 2 » donc), en version édulcorée et ambiance progressive à fond les ballons, pour ce que les fans de cette rondelle considèrent comme de bien entendu ( ? ) comme le sommet du disque, alors que c’en est juste le morceau le plus pénible (repris comme il se doit par des gugusses qui squattent les affiches de festivals genre Hellfest).
Ailleurs, King Crimson nous refait le coup de la ballade baba toute en douceur (remember « I talk to the wind » sur « In the court … »), ici ça s’appelle « Book of Saturday », c’est sans prétention, assez mal chanté par Wetton, et ça se laisse écouter … La gentille planerie également douceureuse de « Exiles », c’était un peu le passage obligé pour faire plaisir au hippies, on en trouvait dans tous les skeuds « intelligents » de l’époque, pas de quoi se relever la nuit … « Easy money », c’est un peu le titre funky du disque, même si a priori Fripp et funky, ça rime pas du tout, mais bon, ces cocottes de guitare algébriques déroulées avec une rythmique qui pour une fois swingue un peu, moi je trouve ça pas trop mal … Ah, et puis y’a aussi une bizarrerie, sorte de world music arabisante avec dialogue de percussions, ça s’appelle logiquement « The talking drum » et ne présente guère d’intérêt. On saura toutefois gré à Fripp et ses nouveaux employés d’éviter les rodomontades prévisibles, les titres ne « progressent » pas, on passe à l’intérieur des morceaux à des choses différentes assez vite. Avec plus ou moins de bonheur, chacun ne pouvant s’empêcher d’y aller de son petit numéro démonstratif … Tout ça, écrit pourtant minutieusement, finit par ressembler à une sorte de free-rock (enfin, rock, faut pas charrier non plus) …

A la même époque, des groupes allemands assez barrés faisaient sous l’étique méprisante de krautrock des choses bien plus intéressantes …


MEAT LOAF - BAT OUT OF HELL (1977)

Rock and (cholesté)roll ...
Alors là, attention, best seller. Les Ricains en ont acheté des dizaines de millions de « Bat out of hell ». Il doit être dans le Top 10 (et vu l’état du « marché » du disque y restera jusqu’à la fin des temps) des ventes US toutes époques et tous genres confondus. Le coup d’éclat de deux inconnus, qu’évidemment ils ne renouvelleront pas, même s’ils s’y sont péniblement essayés.
Meat Loaf, c’est le pseudo d’un gars dont j’ai oublié le nom, ventripotent gueulard de quinzième zone, coupable d’un disque au début des seventies que personne a jamais acheté, et second rôle dans le film culte déjanté « The Rocky horror picture show ». C’est lui le chanteur et l’attraction de tout ce cirque. Mais de là à ce qu’un inconnu s’attaque aux records de vente de « Saturday Night Fever » … Le « cerveau » de l’affaire « Bat out of hell », c’est le dénommé Jim Steinman, un type qui se prenait modestement pour Berlioz et Wagner, mais dont la réputation n’avait jamais dépassé sa cage d’escalier. C’est Steinman qui est responsable, même carrément coupable, du « concept », des musiques et des textes. Meat Loaf se contentera de chanter et de « jouer » un personnage grotesque inspiré par Falstaff, Batman, La Bête, Rahan et Obélix … La musique, on y reviendra vite fait, est un croisement-plagiat des pires choses entendues chez les progueux, les hard-rockeux, Queen (on y reviendra aussi) et … Springsteen.
Les coupables : Meat Loaf & Jim Steinman
Dont les deux mercenaires habituels du E Street Band (Bittan et Weinberg) se retrouvent au casting de ce « Bat out … ». Ce qui suscite une interrogation, comment ces types réputés ont-ils pu aller traîner leurs guêtres sur le projet de deux inconnus azimutés ? La réponse elle est chez les banquiers, ceux qui ont payé ce disque, Epic, filiale de Columbia, label de … oui, Springsteen, je vois que vous commencez à comprendre.
« Bat out of hell » c’est un peu un coup de poker insensé financé par la multinationale, sinon, comment voulez-vous vous payer Bittan, Weinberg, … et les autres. Parce que le casting du disque, ça file le tournis, Rundgren (pas un tendre quand il s’agit de causer pognon) produit et joue de la guitare, Edgar Winter (oui, l’albinos à saxo, frère de l’albinos à guitare), des types d’Utopia (le groupe à Rundgren), pas moins de deux orchestres symphoniques… Tout ce monde trimbalé dans quantité de studios plus high-tech les uns que les autres … Du pognon dépensé sans compter mais qui a rapporté très très gros. Tellement gros, que le Gros et le Steinman se sont brouillés à mort pour of course des histoires de pourcentages, de droits, lorsqu’il a fallu passer à un second disque, qui aurait du sortir dans la foulée (suivant le puissant précepte du on presse le citron tant qu’il sort du jus) mais qui ne sortira que des lustres plus tard, fatalement dans une indifférence à peu près générale.
« Bat out of hell », ça fait passer Yes pour du folk acoustique. Exemple type du morceau crétin « Paradise … », où l’on passe en dépit de tout bon sens du rock’n’roll, au rythm’n’blues, à la pop, au disco, au hard, … Comme Queen, me direz vous … en quelque sorte, sauf que Queen est un groupe totalement second degré, qui dans sa carrière n’a pas écrit des morceaux, mais juste des pastiches forçant sur la caricature, le ridicule. Tandis que Steinman, lui, est totalement prétentieux et dénué d’humour, tout est au navrant premier degré … Heureusement qu’il avait Bittan et Weinberg, sinon leur patron aurait porté plainte, le premier titre, l’éponyme « Bat out of hell » est entièrement pompé sur des passages de « Born to run », et plus particulièrement de « Jungleland ». Mais jamais Springsteen, pas toujours le type le plus sobre musicalement de la planète, n’avait sorti de loukoums de ce style.
Lester, fais gaffe si tu dis encore du mal de mes disques ...
On n’évite pas non plus l’interminable ballade (quasi neuf minutes, comme les deux titres cités plus haut) gluante avec les deux (comme si un seul ne suffisait pas) orchestres symphoniques qui empilent les couches de violons. Les quatre titres restant sont heureusement plus courts. Pas forcément meilleurs. L’un d’eux (« You took the words … ») s’engage même par une discussion genre la Belle et la Bête (la Bête, vous aviez deviné, c’est Meat Loaf, la Belle c’est Ellen Foley, choriste et faire-valoir féminine qui délaissera vite le balourd pour fréquenter de près le Clash, et plus particulièrement Mick Jones), avant un classic rock pompier comme ça devrait pas être permis … La moins insupportable du lot, c’est pour moi « Heaven can wait » …
Ce genre d’objet sonore prétentieux, chez moi, ça finit poubelle direct … mais là, ce « Bat out of hell », il est tellement con au premier degré que ça me fait pitié … j’en écoute parfois des morceaux avec le sourire …


EMERSON, LAKE & PALMER - TARKUS (1971)

(H)ELP !
Il paraît, c’est écrit par un gazier en extase dans le livret de la réédition, que ce machin est le disque fondateur du rock progressif, grâce (à cause ?) de son morceau-titre de plus de vingt minutes. Qu’est-ce que vous voulez dire après ça ? Un poubelle direct et on passe au suivant …
Les coupables
Ben non, quand même pas, tant qu’à y être, faut se moquer un peu de ces trois pantins. Qui avaient pas si mal commencé que ça dans la vie. Keith Emerson s’était fait remarquer en jouant de l’orgue Hammond avec des couteaux (si, si) chez les Nice, groupe d’accros au LSD pas loin de la première division du Swingin’ London psychédélique. Greg Lake, c’était le bassiste-chanteur du fabuleux « In the court … » de King Crimson (il était aussi guitariste, mais bon , Robert Fripp n’était pas exactement un partageux). Carl Palmer avait fait ses armes chez le braillard Arthur Brown et son Band, et chez les néo-progueux d’Atomic Rooster. Sous la houlette d’Emerson, les trois vont se réunir genre super-groupe (la tarte à la crème obligatoire des musiciens « techniques » de l’époque), décréter que le rock c’est so ringard et faire autre chose.
Résultat des courses, une litanie de pensums prétentieux dans les seventies (et comme ils sont tous vivants, la menace de la reformation est bien réelle, même s’ils ont pas donné de nouvelles depuis vingt ans), qui fera de ces trois benêts des poids lourds (dans tous les sens du terme) du rock progressif. Certains amateurs ( ? ) du genre prétendent même que ELP, c’est encore plus alambiqué que Yes. Assertion que je réfute totalement, y’a rien de pire que Yes.
Bon, alors ce « Tarkus » ? Déjà, ça commence avec le sus-cité morceau-titre et ses sept « mouvements » (tu parles de mouvement, t’as plutôt envie de piquer un roupillon au milieu de cet enchevêtrement de jazz et classique pompiers entrelardé de rengaines molles). Une face du 33T original. La seconde face, le préposé aux notes de réédition, il en parle tout juste, tout tourneboulé ce mal entendant par l’encombrante suite. Je vais en causer, non pas qu’elle soit captivante, mais parce qu’elle est quand même bien moins moche.
Il est pas beau, le livret intérieur ?
Ça commence plutôt bien (« Jeremy Bender »), sur une base de piano honky tonk (avant de faire son petit Mozart, Emerson avait passé 215 ans au conservatoire, il faut reconnaître qu’il est assez doué dès qu’il y a un engin avec des touches blanches et noires qui lui passe entre les pattes). Las, l’embellie ne dure pas, le titre suivant (« Bitches crystal » ??), sous ses atours jazzy méthode Marcel Zanini, on dirait les embarrassants débuts de Sting en solo, quand il était entouré des requins de studio genre Hakim ou Marsalis. Les deux titres suivants, sortez costards queue-de-pie et hauts-de-forme, Emerson nous emmène salle Pleyel pour une extrapolation risible à partir de machins de Bach. Les fans du lourdaud Jon Lord, période solos live sur « Lazy » ou « Space truckin » ne seront pas dépaysés avec « A time and a place », ça sonne exactement comme du Deep Purple qui jouerait sans Blackmore et Gillan, mais on partait de tellement bas, que dans ce skeud ça relève (un peu) le niveau. Le plus inattendu, c’est le dernier titre. Un rock’n’roll (oui, oui, surprenant, isn’t it ?) à la Jerry Lee Lewis. Destiné à l’ingé-son du disque, Eddie Offord, coupable par la suite d’être le producteur des « albums historiques » (on ne rit pas, suffit de les écouter ces skeuds, c’est vraiment pas drôle) de Yes.

Signalons pour les malentendants qui seraient tentés que « Tarkus » (pourquoi « Tarkus », c’est quoi un « Tarkus », hein, bon remarque on s’en cogne) a été remastérisé en 2007. Sans bonus. Donc pour les remix techno et les versions dub il faudra encore patienter.


TANGERINE DREAM - PHAEDRA (1974)

Un classique ...
Pas seulement de la littérature française. Aussi de la musique … Et là ça se complique, pour coller une étiquette. Musique planante ? Oui, mais pas que … Musique électronique ? Oui, certes, mais réducteur … Krautrock ? Why not, mais le terme regroupe tellement de choses …
Et pourtant, quand ce disque est sorti au milieu des seventies, ceux qui écoutaient de la musique se posaient moins de questions. Il n’était pas incongru de sortir du disquaire avec un vinyle des Stones et un du Floyd, ou bien un Led Zep et un Tangerine Dream… En ce temps-là, les minarets n’étaient pas encore construits et les ayatollahs du bon goût (enfin, du leur) prompts à trier le bon grain de l’ivraie étaient encore rares …
Tangerine Dream, qui tirent leur nom d’une chanson des Beatles fleurant bon le buvard d’acide, se sont rapidement orientés vers une musique toute électronique. Quelques tonnes de matériel, des kilomètres de câbles, du bricolage maison, le tout pour un résultat sonore quelquefois imprévisible, ouvrage qu’il fallait sans cesse remettre sur le métier …

Contrairement aux pompiers progressifs anglais, eux n’ont pas cherché leur salut dans les œuvres de Bach, ou pire, Wagner … Froese, le leader du groupe, faisait souvent état de Stockhausen, donc la musique expérimentale et avant-gardiste. La construction des morceaux de Tangerine Dream est totalement labyrinthique, rien qui ne ressemble à intro-couplet-refrain-pont …Des séquences souvent à base de Moog (leur synthé de prédilection) s’enchaînent, des thèmes sont développés, évoluent, disparaissent pour ne jamais revenir, puis on passe à un autre …
Musique planante, des grands espaces disait-on, et Tangerine Dream fut un des groupes fétiches de la queue de comète hippie, tous ces baba-cool écroulés, très en « avance » dans leur tête et qui partaient réinventer le Moyen-Age dans leur communauté ardéchoise … Fraîchement signés par Branson chez Virgin grâce à l’argent du « Tubular bells » d’Oldfield, les Tangerine Dream allaient devenir le groupe phare de la musique électronique « cérébrale » des 70’s, et leur influence sur l’ambient et le new age dont ils allaient finir par tartiner leurs disques dans les 80’s est considérable.
Avec leurs disques dont « Phaedra » est un des tout meilleurs, Tangerine Dream réussissent à créer une atmosphère musicale légère et sophistiquée, idéale pour conserver la zen attitude … ou pour aider à faire passer une gueule de bois carabinée …
Mais je vais quand même reprendre une aspirine …
Et le rapport avec Phèdre ? Aucune idée …

Des mêmes sur ce blog :
Atem

ANGE - EMILE JACOTEY (1975)

Un Ange passe ... 

J’ai dû vérifier, mais curieusement, il doit bien rester des gens qui écoutent encore Ange, puisque le groupe existe toujours, tourne, sort des disques, des Dvd, comme les premiers BB Brunes venus …
Ange ils sont dans les grimoires traitant de vieux rock français (quoique si Ange c’est du rock, Nabila c’est Marie Curie), rayon seventies, chapitre prog … Autant dire pas exactement ma tasse de thé … Ange, c’était the big thing du milieu des années septante. En France uniquement. Et surtout en province, la revanche des ploucs sur les Parisiens, cet antagonisme séculaire. Et Ange était vraiment un groupe campagnard (Belfort, la Franche-Comté, ces endroits où même les pauvres ne vont pas passer leurs vacances) cultivant même à l’excès ce côté rustique et paysan. Ange est une affaire de famille, celle de la famille Décamps. Deux frangins, Christian et Francis, et quand le second quittera le groupe, c’est le fils du premier qui le remplacera.
Ils sont velus, ils sont tous là : voilà les Ange
Ange, comme tous les progueux, cultive le paradoxe du progrès(sif) et la fixette pour les temps passés, thème récurent de ses « grands disques », qui s’enchaînent  vers le milieu des seventies (« Le cimetière des Arlequins », « Au-delà du délire », « Emile Jacotey », « Par les fils de Mandrin »). Bien révélateur de toutes les obsessions de l’époque pour un retour vers la campagne, la « vraie vie », et toutes ces balivernes hippies.
« Emile Jacotey », c’est un peu la quintessence de tout çà. Le disque est construit à partir de rencontres, conversations et discussions de Décamps (Christian, le chanteur et leader) avec un ancien maréchal-ferrant de village (Emile Jacotey, comment ça, vous aviez deviné ?). On entend même à une paire de reprises la voix de l’auguste vieillard sur le disque. Même si ce n’est qu’un prétexte, le disque ne raconte pas sa vie, c’est une extrapolation des légendes, contes et histoires racontées par le vieux.  Et encore, juste la première face du vinyle original la seconde étant encombrée par une fuckin’ suite, « Ego et Deus » en quatre « mouvements » (no comment).
Les textes se veulent chiadés, rehaussés par un chant maniéré, changeant, théâtral, inspiré par Brel (que le groupe avait repris sur un disque précédent). La zique, c’est du prog, parfois inspiré par Jethro Machin et les funestes Yes, sur l’intro de « Bêle, bêle, petite chèvre » (amis des titres crétins, bonjour) ou sur « Les noces ». Y’a de la ballade médiévalisante (« Jour après jour »), de la ballade épico-pompiéro-lyrico-campagnarde (« Sur la trace des fées »), du co(s)mique bon marché (« Le marchand de planètes », tournerie entre mauvais krautrock et falsification floydienne). Un titre « Ode à Emile », ritournelle assez réussie avec parties de guitare (du « mythique » Brézovar) plus ou moins intéressantes, deviendra un des classiques du groupe et le point d’orgue de leurs concerts (bâillements) …
Peut-être parce que le « rock français » de l’époque était quasiment inexistant (les Variations finis, Magma assez « branché », les deux ne vendaient de toute façon guère), Ange écoulait des centaines de milliers de ses disques … c’était le bon temps (ricanements lugubres …).

YES - THE YES ALBUM (1971)


Prometheus ...

C’est bien connu, quand une série a un grand succès, tout le monde veut remonter aux débuts, veut le prequel. Yes ne déroge pas à la règle. Vous avez adoré « Fragile », « Yessongs », « Tales from topographic oceans », « Relayer », « 90125 » et tous les autres épisodes de cette fantastique série, voici maintenant « The Yes album » justement sous-titré « The first thrills », car des frissons il va y en avoir.
Efrrayants, isn't it ?
Evidemment, les générations entières traumatisées à jamais par les best-sellers de la saga légendaire vont se précipiter, dans l’espoir de comprendre enfin pourquoi tant d’horreurs se sont abattues sur les innocentes peuplades terrestres au début des années 70. Et bien, sans rien dévoiler de la conclusion de cet épisode, on peut dire que le public en aura pour son argent. Les tueurs fous sont de retour, laissant comme d’habitude les instruments du crime traditionnels (flingues, couteaux, voitures, tronçonneuses, roulette de dentiste, coton-tige empoisonné, …) aux scénaristes sans imagination. Les Yes réussissent à faire des carnages totaux avec des instruments de musique, tout ce qu’il y a de plus conventionnels (une guitare, une basse, une batterie, des claviers, et un possédé qui chante, à faire passer la Linda Blair de « L’Exorciste » pour Chantal Goya). Dès le générique d’intro, le bien nommé « Yours is no disgrace », l’angoisse va vous étreindre, les gouttes de sueur froide commencer à perler sous les aisselles, les fesses se serrer. Ça fout vraiment les jetons, et on se rend compte que ce n’est pas un spectacle familial, mais très vivement conseillé à un public averti. Gros temps fort ensuite, quand le héros Steve Howe dépèce à grands coups de guitare acoustique (« The clap ») toutes les oreilles qui passent à sa portée. Mais pourquoi diable tant de démonstration technique gore se demande t-on ? Le scénario ne fournit aucune explication, c’est comme ça et pis c’est tout, les fans sont aux anges et en redemandent, on entend même des applaudissements dans la salle. Et les bobines, plus effrayantes les unes que les autres s’enchaînent. La séquence des « Starship troopers » renvoie aux oubliettes le Carpenter de « Ghosts of Mars », et le mantra sanglant « I’ve seen all good people » fait ressembler l’intégrale de Romero à un court-métrage des Marx Brothers. Quand à la conclusion de la pellicule, que les fans nomment « Perpetual change » (les fans de Yes ont parfois de l’humour), et bien y’a rien qui change, le vaisseau fantôme continue de voguer dans le vide intersidéral, c’est pareil qu’au début, mais en pire.
Devant le succès rencontré et les foules enthousiasmées par tant de mauvais goût, les studios Atlantic travaillent déjà sur un pre-prequel en deux volets (« Yes » et « Time in a word »). Nom de code du projet : « Les origines du Mal »…

Des mêmes sur ce blog : 
Fragile
Yessongs


TANGERINE DREAM - ATEM (1973)


 Ahem ...

Tangerine Dream est un groupe respectable et généralement respecté. Reconnu pour ses talents d’innovation expérimentale, et un des incontournables de cette vague de groupes allemands du début des années 70 qui a tant influencé la musique électronique des décennies suivantes.
Tangerine Dream a fait de beaux disques réussis. D’autres beaucoup moins. « Atem » fait pour moi partie de la seconde catégorie.
Pas vraiment rebutant (Tangerine Dream sait créer des « ambiances ») mais bâillements tout de même assurés. Pour un peu plus de « matière », allez plutôt voir du côté de « Rubycon » ou « Phaedra » …
Qui a dit Led Zeppelin ?
Il a bien raison …


SUPERTRAMP - CRIME OF THE CENTURY (1974)


Pas vraiment super ...

Jeu à dix mains, jeu de vilains ?
Le début de ce Cd renvoie à  « Il était une fois dans l’Ouest » avec son harmonica à la Ennio Morricone, jusqu’à ce qu’une insupportable voix bêlante vienne tout gâcher. Et tout au long du disque on va ainsi être tiraillé entre moments intéressants et passages insipides.

Commençons par ce qui m’énerve : cette voix aiguë chevrotante donc, heureusement pas aussi présente qu’elle le sera quelques années plus tard ; ces pianos omniprésents aux influences classiques mais plus proches d’Elton John que de Chopin;  quelques horreurs progressives (« Rudy ») rappelant les peu glorieuses années précédentes du groupe.

Au crédit de « Crime … », une mise en place impeccable avec un superbe travail de Ken Scott (le producteur notamment de « Ziggy Stardust » de Bowie), une aisance mélodique incontestable (l’intro de « Hide in your shell »), et aussi (surtout ?) « Dreamer », un des meilleurs si ce n’est le meilleur morceau de la carrière de Supertramp et qui à lui seul préfigure et définit tout « Breakfast in America ».

Au final, presque quarante ans après sa sortie, « Crime of the century » est encore à peu près écoutable. Un des rares disques de Supertramp dans ce cas.



MIKE OLDFIELD - TUBULAR BELLS (1973)


Un génie, pas d'associé, et des cloches (tubulaires)

Les gens qui très jeunes (Oldfield n’a pas vingt ans quand paraît « Tubular Bells ») enregistrent seuls des disques sont peu nombreux, ceux dans le lot qui ont du succès (critique et commercial) se comptent sur les doigts d’une main (Stevie Wonder, McCartney, Prince, Todd Rundgren). Mais seul Oldfield a réussi le carton planétaire d’entrée.

Mike Oldfield : The Man Machine ?
Faire paraître un disque composé de deux longues suites instrumentales en 1973 pouvait sembler dans l’air (progressif) du temps. Mais que plus de trente cinq ans plus tard, ces deux titres soient encore écoutables avec plaisir montre la qualité de la chose. A des lieues des sottises progressives des Yes, Genesis, ELP et consorts, « Tubular Bells » avec ses climats changeants, tantôt apaisés et bucoliques puis violemment électriques et bruyants quelques mesures plus tard va engendrer toute une cohorte de suiveurs, plus souvent pour le pire (JM Jarre) que pour le meilleur.

Et pour que le conte de fées soit complet, c’est un copain d’Oldfield, qui va créer sa propre compagnie de disques pour distribuer une œuvre dont les autres labels ne voulaient pas. Les disques Virgin étaient nés et Richard Branson en route pour sa « carrière » de milliardaire hippy.

Oldfield, lui, ne se remettra jamais du succès de « Tubular Bells », dont un passage sera utilisé par Friedkin dans « L’Exorciste », et sa carrière déclinera entre tentatives de donner une suite du même niveau à son chef-d’œuvre, et tentations de hit-parades avec des morceaux pop quelquefois réussis, mais qui ne s’approcheront jamais de la beauté inégalée de « Tubular Bells ».


YES - FRAGILE (1971)


 L'Effet Papillon

Un soir que j’étais à me morfondre dans mon manoir du Nord de Londres, il me prit tout à coup l’envie d’écouter « Fragile » de Yes. Sans rien changer à mes habitudes musicales, volume sonore motorheadien sur mon ampli 2X300 W, et aux premières notes, les enceintes, pourtant copieusement lestées de plomb, qui commencent à exécuter la danse de saint Guy …

Je me laissais distraire par l’observation de la croupe rebondie de ma nouvelle camériste, en train de desservir la table basse du salon, laissant vagabonder dans mon esprit de strausskhaniennes pulsions. Un détail alentour attira mon attention. Pourquoi diable, dans mon aquarium de 5000 litres, tous mes onéreux poissons japonais, flottaient-ils en surface ventre à l’air ? Noyade ? Suicide collectif ? Curieux …

Quelques minutes plus tard, un étrange cortège fit irruption dans la pièce. A la queue leu leu, se succédaient l’ensemble de ma valetaille (majordome, cuisiniers, jardiniers, femmes de chambre, valets de pied, hallebardiers, …) précédant mon épouse et ma demi-douzaine d’enfants. Les gueux avaient avec eux leur baluchon, les autres leurs valises Vuitton. J’appuyais sur « Pause », et malgré mon agacement, consentis à écouter les doléances de cet étrange cortège. Les premiers me dirent qu’ils quittaient mon service et m’abandonnaient les gages dus, ma moitié que cette fois c’en était trop et qu’elle demandait le divorce et retournait chez sa duchesse de mère, et ma progéniture m’annonça qu’ils suivaient leur génitrice … Ma foi, qu’à cela ne tienne, nul, hormis un bon conseiller financier, n’est irremplaçable en ce bas monde. Je les congédiai tous sans autre forme de procès, et repris l’écoute de mon disque de Yes …

Mais que diable se passait-il donc aujourd’hui ? Par les grandes baies vitrées donnant sur mon parc de 300 hectares, je vis ma meute de dogues allemands, habituellement destinée à dissuader les marauds de passage de venir fouler mes greens, en train de dévorer tout vif un yearling pourtant promis par tous mes palefreniers et gens d’écurie à de grands succès à Epsom ou Enghien … Or çà, c’en était trop et de plus totalement incompréhensible. Quelle mouche les piquait à tous ?

Levant les yeux de ce spectacle désolant, j’aperçus au-dessus des hautes frondaisons des chênes centenaires du parc, arriver une escadrille d’hélicoptères en formation de combat. Lorsqu’ils furent à l’aplomb de ma terrasse grande comme un terrain de polo (les gens de mon rang ne s’intéressent pas au football), toute une nuée d’hommes des troupes d’élite de notre Gracieuse Majesté, armés jusqu’aux dents se laissèrent glissèr le long de filins. Qu’était-ce que tout ce déploiement de force ? Les Sarrazins menaceraient-ils, que nos braves soldats viennent me protéger ? Ces hommes se ruèrent à travers les fenêtres, leurs armes pointées sur moi, et celui qui semblait être leur chef voulut se saisir de la télécommande de la chaîne hi-fi. Je résistai vaillamment, et devant mon acharnement, ce soudard braqua une arme de dimensions scharzeneggerienne vers l’ampli Harman Kardon à 3500 euros, et fit feu, désintégrant l’appareil …

Avant même que j’ai pu formuler une demande d’explications à cet enragé et ses sbires, ils avaient déjà tourné les talons et étaient remontés dans leurs appareils …

Bien qu’ayant du mal à distinguer le lien de cause à effet, je me promis de ne plus jamais écouter de disque de Yes …
Même de nos jours, Yes peut compter sur des fans fidèles et attentifs ...

Des mêmes sur ce blog :





FAUST - SO FAR (1973)



Pacte de velours

Ce n’est certes pas très original quand on se retrouve face à un disque bruitiste et bruyant à la pochette entièrement noire de le comparer au second du Velvet Underground. Et pour une fois, miracle, la comparaison tient à peu près la route. Pourtant un monde semble à priori séparer le groupe urbain new-yorkais de la communauté de babas allemands. Le point commun s’appelle Stockhausen, influence principale de John Cale et de la plupart des membres de Faust.

Enfer et damnation, Faust 1973
Et de fait, le premier titre de ce Cd, « It’s a rainy day … » démarré avec sa batterie simplissime martelée, sa guitare loureedienne, sa voix plus parlée que chantée, et qui évolue vite vers un magma sonore qui vrille les tympans, constitue une version acceptable de « Sister Ray ». La comparaison s’arrête à ce seul titre, mais ce genre de démarche musicale suicidaire était à l’époque (le début des 70’s) assez peu courant pour être signalé.

Même si du « bruit », les Faust aiment bien ça, témoin « Mamie is blue » (rien à voir avec Nicoletta), avec ses percussions industrielles, claviers stridents et sax free, le titre le plus barré du Cd. Toujours au rayon bricolage, « No harm » évoque (la voix, les nappes électroniques, le côté noisy) les compatriotes de Can époque « Tago Mago ». Le morceau-titre « So far », débuté par des fréquences aiguës de bandes magnétiques accélérées puis par une rythmique country-rock, se voit parasité par des bruitages sinistres genre films d’horreur et fait penser aux Italiens de Goblin, auteurs des bandes-son de Argento …

Le reste part dans tous les sens, les types de Faust étant, comme d’ailleurs la plupart de leurs contemporains  teutons (Can, Neu, Amon Düül, …) peu préoccupés par une quelconque homogénéité sonore ou une réussite commerciale. D’ailleurs quand on a commencé à parler d’eux après la parution d’une poignée d’albums, ils n’ont rien trouvé de mieux à faire que de dissoudre le groupe.

Ce « Faust so far » empeste aussi le buvard d’acide avec ses titres psychédéliques barrés, comme « I’ve got my car and my TV » qui lui semble surgi des comptines pop des Mothers de Zappa période « Freak out ! », une finale « In the picnic » genre fanfare jazz New-Orleans, un intermède dispensable à la guitare sèche (« On the way to Abamae »), entre « Jeux interdits » et un pensum démonstratif de Steve Howe (de mon groupe favori Yes).

« Faust so far » est un disque qui accumule les références pour les passer dans son shaker musical et livrer in fine quelque chose d’inédit, aussi loin des diktats sonores d’aujourd’hui qu’il l’était il y a presque quarante ans …



PETER GABRIEL - PETER GABRIEL I (1977)


Faux départ

Scoop : Peter Gabriel a eu des cheveux
Premier disque solo de Peter Gabriel après son départ de Genesis, où il se sentait bridé et à l'étroit. D’entrée c’est pas très bon avec le pompeux et théâtral « Moribund the Burgmeister » qui rappelle … Genesis. Et ainsi, au fil des plages, c’est plus de la moitié du Cd qui est de la sorte, enchaînant les morceaux pompiers et grandiloquents, si bien que l’on peut se demander pourquoi quitter un groupe pour faire en solo à peu près la même chose ?

Palme du morceau foiré : « Down the Dolce Vita », sorte de hard-disco-funk genre « I was made for lovin’ you » des clowns de Kiss. Dans l’autre plateau de la balance, car Peter Gabriel n’est pas le premier venu et le temps le montrera, deux morceaux merveilleux : « Solsbury Hill » et ses sautillantes sonorités celtiques, et le très beau « Here comes the flood ».

Débuts solo en demi-teinte et pas franchement enthousiasmants.

Du même sur ce blog :






PENGUIN CAFE ORCHESTRA - MUSIC FROM THE PENGUIN CAFE (1976)


Classique et punk ?

Penguin Café Orchestra, avec son nom zarbi et ses pochettes surréalistes a de quoi intriguer, voire inquiéter de prime abord. Projet-concept emmené par Simon Jeffes, musicien venant du classique avec tout le background qui va avec. Un type qui se retrouve au milieu des années 70 en rupture avec les codes rigidifiés du classique, et consterné par la vacuité prétentieuse de ceux qui s’en inspirent dans le rock, à savoir les besogneux du prog …

Penguin Cafe Orchestra veut autant proposer une forme musicale que se moquer des existantes. Adoubé par Brian Eno (référence lourde à supporter tant l’ex Roxy Music est capable du meilleur comme du pire), qui signe Jeffes sur son label Obscura, le groupe publie en 1976 ce premier disque.

Qui tient autant de la musique de chambre, que du baroque ou de la pop. Piano, clavecin, cordes, dominent tous les titres. Mais plutôt que de se livrer à une démonstration virtuose, Jeffes place la simplicité au centre de sa musique. Des mélodies très belles, d’une évidence désarmante, montrent que le gars sait composer. Par principe résolument loin de tout effet ou considération commerciale, ce disque est infiniment accessible.

Assez déconcertant cependant si on l’écoute en faisant abstraction du contexte de sa réalisation. Essentiellement instrumental, tendant quelquefois vers l’expérimental pur et dur (« Pigtail » et sa guitare folle), ne fonctionnant pas toujours au premier degré (le seul court titre chanté l’est faux, on suppose volontairement), ce « Music … » s’articule autour d’une longue pièce centrale « The sound of someone … », à la force mélodique qui a dû rendre jaloux Vangelis et faire pleurer de dépit Jarre ou Wakeman …

Ce grand coup de pied dans tout un tas de fourmilières musicales s’apparente d’évidence à ce qu’allaient faire à la même époque les punks, avec des arguments de base diamétralement opposés. Les uns revendiquant leur non-technique pour s’exprimer, les autres se servant d’une technique très au-dessus de la moyenne pour dénoncer les tenants d’un certain conformisme musical …

Le reproche que l’on peut faire à Jeffes et son Penguin Cafe Orchestra, c’est de parfois ressembler d’assez près à ce dont il tient à se démarquer. Le « groupe » existera avec une audience très confidentielle jusqu’à la mort de Jeffes au début des années 2000. Groupe culte par excellence …



THE MOODY BLUES - DAYS OF FUTURE PASSED (1967)


Pour Nights in white satin ...

Qu’en serait-il advenu de ce second disque (tout le monde a oublié le premier) des Moody Blues s’il ne contenait pas le fabuleux « Nights in White Satin » ?

Vraisemblablement un de ces disques « cultes » inaudibles que quelques maniaques fans de prog-rock s’arracheraient à coup d’enchères surréalistes sur eBay.

Moody Blues 1967
Car « Days … » n’est rien d’autre dans son concept qu’une de ces sottises musicales comme en ont produit quelques uns dans les 60’s, où, sous l’effet de divers puissants psychotropes et de mégalomanie galopante, des musiciens pop se prenaient pour de grands compositeurs « classiques ». C’est écrit sur la pochette, ce disque est la collaboration du groupe et du London Festival Orchestra (?). Autour d’ambiances censées évoquer le déroulement d’une journée, il aligne pendant plus de trente minutes mélodies simplistes genre comptine enfantine enrobées de moult cordes et violons.

C’est bien connu, quand le rocker s’attaque à la « Grande Musique », le résultat est soit très moyen (« Tommy » des Who, quelques trucs du Floyd, « Boulez conducts Zappa », …), soit ridicule (Deep Purple « Concerto for group and orchestra », Joe Jackson « Will power », McCartney « Liverpool oratorio », …). Sans même parler des guignols du prog-rock, les pires de tous.

« Days of Future Passed » est un Cd à avoir. Mais juste pour écouter « Nights in White Satin » en boucle.


YES - YESSONGS (1973)



Pour un usage unique

Triple 33 Tours (!) sorti en 1973 et retraçant la tournée mondiale effectuée en 1972, « Yessongs » prouve au moins une chose : les Yes sont capables de jouer sur scène les indigestes pièces montées de leur « répertoire ».
Insupportable en version studio, l’ « œuvre » de Yes, sommet de prétention vaniteuse, passe à peine mieux l’épreuve de la scène. Morceaux à rallonges et solos (inter)minables, il n’y a rien à sauver de ce kougloff sonore.
« Yessongs », c’est un peu comme le « Metal Machine Music » de Lou Reed, un truc à écouter une fois dans sa vie, et à oublier ensuite pour le restant de ses jours.


Des mêmes sur ce blog :



 

PINK FLOYD - THE DARK SIDE OF THE MOON (1973)


Une musique venue d'ailleurs ?

« Gini … Pink Floyd … un goût et une musique venus d’ailleurs ». Le « partenariat », signé pour la tournée européenne du Floyd en 1974, avec l’espèce d’eau de Javel aromatisée pour ados des années Giscard, fut moyennement (doux euphémisme) apprécié par les fans, et le groupe s’empressa de résilier le contrat publicitaire …
De ce côté-là aussi, le Floyd faisait tomber toutes les barrières, repoussait toutes les limites. Oh, certes, il n’y avait plus que quelques maniaques auditeurs du Grateful Dead pour croire que la musique devait être gratuite et éloignée de toute contingence matérielle, mais Pink Floyd allait enfoncer une porte (bien entrouverte, et depuis longtemps) où tous les autres groupes allaient s’engouffrer, ou du moins essayer… Le morceau-phare de « Dark side … », « Money », et ses bruits de tiroirs-caisse en intro était en quelque sorte prémonitoire. 
« Dark side … » est un disque hors-norme, résultant d’un travail en studio jamais effectué auparavant. Relégués aux oubliettes les quatre mois d’enregistrement sur huit pistes de « Sgt Pepper’s … », les semaines à capter ce qui sortait de la cave de Nellcote pour « Exile … ». Les possibilités infinies de la stéréo sont poussées dans leurs derniers retranchements par Alan Parsons, une console seize pistes est pour la première fois utilisée. Tout cela pour un disque dont tous les titres sont déjà joués depuis des mois en public. Le résultat dépassera tout ce qui était connu, et pendant dix ans, pas un vendeur de hi-fi digne de ce nom, ne fera une démonstration de matériel sans faire tourner « Dark side … » sur la platine … Il y aurait largement de quoi remplir d'interminables feuillets, rien qu’en énumérant les bruitages, battements cardiaques, bribes de conversations, effets stéréo tourbillonnants sur la musique, de phasing sur les parties chantées. Un sujet de discussion à laisser aux maniaques du high-tech qui remplissent les forums de ratiocinations audiophiles au gré des rééditions et remastérisations du disque.
Non, « Dark side .. », c’est autre chose, beaucoup plus que du joli son … Le Floyd place la barre très haut, trop haut en tout cas pour tous les besogneux qui croupissent dans le marigot du rock progressif , genre dans lequel le groupe se retrouvait plus ou moins étiqueté. Les rôles dans Pink Floyd sont pour la dernière fois bien définis : Waters s’occupera du concept et des textes (la paranoïa, le repli sur soi, l’incommunicabilité, thèmes que dès lors il ne cessera de développer jusqu’à plus soif), Gilmour et les autres peaufineront la musique. Chacun apporte sa pierre à l’édifice, « Dark side … » est un disque collectif. Par la suite, les trois autres, le doigt sur la couture du pantalon, ne seront plus là que pour mettre en sons ce que leur imposera Waters …
Le Floyd réussit en 1973 à faire une musique d’avant-garde (disque d’ambient ? de new age ? easy listening ? d’electronica ? de french touch ? …) accessible à tous, cultivant au passage nombre de paradoxes. Sophistication extrême ? La plupart de ceux qui l’ont acheté dans les 70’s l’écoutaient sur des électrophones au mieux dotés d’une paire de cubes en bois à une voie tenant lieu d’enceintes hi-fi … Pas « facile »,  pas commercial, « Dark side … » va se vendre par millions pendant des décennies. Européen, poussant au paroxysme des formes musicales typiques de l’Angleterre ou de l’Allemagne (prog et krautrock), le disque va rester douze ans dans le top 50 des ventes aux Etats-Unis … 
Hormis quelques glouglous de Moog aujourd’hui un peu datés, ce disque est toujours aussi neuf près de quarante ans après sa sortie. Il a marqué au fer rouge tous ceux qui étaient là pour l’entendre dans les années 70, c’était le disque des fins de nuit, quand on avait quinze ans, qu’on voulait faire et défaire le monde, mais qu’il fallait bien rentrer, et espérer pas croiser le vieux qui allait trimer dans les escaliers. Et ceux que le premier décollage stratosphérique de la gratte de Gilmour sur « Time » a laissés de marbre, ceux qui n’ont pas été scotchés à la première écoute de « Big gig in the sky », rythme de baise, voix de braise de Clare Torry, et bien ces gens-là ne  doivent pas avoir d’oreilles, ou pire, de cœur …


Des mêmes sur ce blog :
The Piper At The Gates Of Dawn