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KELLEY STOLTZ - QUE AURA (2017)

Un petit tour dans les années 80 ?
Quand elle passe à la télé, Chimène Badi porte un tee-shirt Led Zeppelin. Qu’en pensent Jimmy Page et Robert Plant ? Quand elle chante ( ? ), Carla Sarkozy reprend « Highway to hell ». Qu’en pensent Bon Scott et son petit Nicolas de mari ? Et le rapport avec Kelley Stoltz ?
Il n’y en a aucun … quoique … lui, il s’habille comme un Clapton qui aurait pas trouvé la boutique Armani, et il a autrefois repris un disque entier de Echo & the Bunnymen. Assez bizarrement, il est signé chez Castle Face Records, plutôt spécialiste des groupes revivalistes tendance sixties heavy psychédélique. Et ça, on peut pas vraiment dire que ce soit son truc, au Stoltz. Avec « Que aura », il a signé un des meilleurs disques des années 80 … sorti trente ans trop tard.
Kelley Stoltz
Y’a deux trucs, qui mieux que le carbone 14, permettent de reconnaître le « fameux son » des 80’s : les grosses batteries en avant (Steve Lillywhite chez U2 ou Simple Minds, Springsteen dans « Born in the USA », et les autres ont suivi …), et ces synthés stupides dont absolument tout le monde tartinait ses disques. Stoltz, s’il a laissé de côté les kicks pachydermiques, par contre, les synthés vintage, il s’en donne à cœur joie. Mais comme on a affaire à un type cultivé et qui traîne depuis plus de vingt ans dans l’indie rock, il les emploie plutôt à bon escient. Enfin, pas toujours, témoins « Feather falling » et « Same pattern », où ses pianos électroniques sont beaucoup trop en avant. Et pas de bol, c’est « Same pattern » que le label a choisi pour promouvoir la rondelle … ça risque d’en rebuter plus d’un, et comme a priori y’a pas des milliards de types qui attendaient cette rondelle, tout ça sent le bac à soldes.
Ce qui est con, parce que « Que aura » est un bon disque, voire mieux. Figurez-vous que ce clampin, il a pas fait comme la plupart de ses congénères, il a pas mis onze morceaux sur son disque, il a mis onze chansons. Et ça change tout, tellement on a perdu l’habitude d’entendre une intro, des couplets, un refrain, un pont, une mélodie, un solo au bon endroit au bon moment, toutes sortes de choses qu’avant plein de gens savaient faire et dont les générations plus ou moins actuelles semblent avoir perdu à jamais la recette (Radiohead – ou Kanye West -  quelqu’un ?)
Kelley Stoltz, lucidement, la joue low profile, même si on sent le type déterminé à rien lâcher. Il fait son truc, dans son coin, et on le sent pas vraiment très concerné par tout ce qui est charts et chiffres de vente… Et pourtant, celui qui achètera sa galette regrettera pas d’avoir lâché quelques euros Macron-Merkel. Stoltz est un guitar hero inconnu, mais que ses potes vont chercher quand il y a une partie de gratte à jouer (il a d’ailleurs fait une tournée avec les Echo & the Bunnymen devenus vieux, ce qui pour lui doit être la panacée). Et en plus de la guitare, il joue aussi de tout le reste (basse, batterie, synthés), fait ses disques tout seul dans son studio perso et les produit … Just like Macca, Prince, Stevie Wonder, Rundgren … le genre d’exercice qui  ne pardonne pas. Parce qu’on ne peut pas être un virtuose de tout ce qu’on touche. Ici, ce sont les parties de batterie qui sont plutôt simples, voire simplettes, très certainement clickées. Pour le reste, le type se débrouille plutôt bien. Et si le son est bien celui des 80’s, c’est pas du côté de Jeanne Mas ou Début de Soirée qu’il faut aller les similitudes.
Va bientôt falloir rajouter des doigts et des mains ...
Un exemple : la ballade brumeuse et arpégée « Get over » me fait penser à celles que miaulait l’immense Chrissie Hynde dans ses Pretenders. Un autre ? La mélodie parfaite et la facilité nonchalante de « No pepper for the dustman » devraient battre le rappel des fans d’Edwyn Collins (Edwyn Qui ? pff, laissez tomber, en plus il est moitié mort le pauvre …). Encore ? « Tranquilo », ballade pop mid-tempo, avec sa basse bien ronde et bien élastique, qui permet également de se rendre compte que si on risque pas de confondre Kelley Stoltz avec Otis Redding, il n’en demeure pas moins qu’il a une voix assurée et une présence intéressante au chant.
Et le reste de « Que aura » est à l’avenant, présentant derrière une base sonore commune, des variantes bien sympa. On a droit a du rock FM mid tempo (« Empty kicks »), qui fait clignoter le nom du vieil artisan de la chose Chris Rea, on trouve du classic rock qui louche qui vers la power pop (l’inaugural « I’m here for now »), un autre morceau réchauffe la mixture sonore brumeuse gothique des disparus et oubliés Lords of the New Church (« Looking for a spark » est dans la lignée d’un « Live for today »). Les titres restants, peut-être moins marquants, oscillent entre rock indie (« For you » et son riff alerte), et arpèges vaporeuses (« Possessor », titre le plus faible selon moi, gâché par une voix forcée dans les aigus).
Ce qui surnage comme impression de cette rondelle, c’est une certaine décontraction nonchalante, le type se la pète pas, prend manifestement plaisir à jouer ses titres, et espère en donner à ses auditeurs. Du rock peinard, envisagé façon laid back, la même démarche qu’avaient en leur temps des types comme JJ Cale ou Tony Joe White … Et je vais vous dire, même les fuckin synthés 80’s, ils ont rarement sonné aussi bien …

Kelley Stoltz est un type cool qui sort un bon disque. Que demande le peuple ?


Du même sur ce blog :
In Triangle Time



MGMT - ORACULAR SPECTACULAR

Des ans l’irréparable outrage ...
Quand il est sorti ce disque, je l’avais trouvé excellent. Aujourd’hui, dans un moment d’égarement, de désœuvrement, il a fini sur la platine. Et là, hum, soupe à la grimace…
Même s’il y a des trucs qui n’ont pas changé. Et surtout la qualité étonnante des trois titres phares : « Time to pretend », « Electric feel », « Kids ». Trois singles, comme on disait il y a des décennies lorsque les gens qui faisaient des disques savaient aussi écrire des chansons. Trois insubmersibles bombes electro-rock-indie-disco-machin… Le genre de morceaux sur lesquels les traders qui achetaient à prix d’or et à crédit des dettes immobilières à des types qui pouvaient pas les rembourser devaient danser, les naseaux blanchis par la coke, un verre de mojito dans une main, une top model dans l’autre, dans les boîtes chicos de Manhattan … Et puis la crise des subprimes est venue, et maintenant les nouveaux traders dansent sur d’autres titres les naseaux blanchis par la coke, un verre de mojito dans une main, une top model dans l’autre, dans les boîtes chicos de Manhattan … le cynisme du fric-roi et de ceux qui s’évertuent à piquer le peu qu’ils ont aux pauvres pour le refiler à ceux qui sont pleins aux as …
Plutôt voyants ...
Les MGMT se sont fait salement allumer pour leur côté désinvolte, hédoniste, branleurs bobos (j’en ai rien à foutre de rien, je te fais un disque dans l’air du temps, j’en vends des camions, et comme les traders je m’en vais danser les naseaux blanchis par la coke, un verre de mojito dans une main, une top model dans l’autre, dans les boîtes chicos de Manhattan …). Faut dire qu’ils l’avaient cherché… rien que leur nom déjà, MGMT pour ManaGeMenT, ça empestait les grandes écoles de commerce et toute la méprisable faune qui les fréquentent. Et puis ils étaient jeunes, beaux gosses bronzés, et la Columbia mettait le paquet pour soutenir leur carrière. Pas exactement une naissance artistique sur les mêmes fonds baptismaux que les Ramones …
Avec leur look de surfeurs Comanches fluo sur le sentier la discothèque branchée, leurs bonnets péruviens commerce équitable-bobo, les susnommés Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser sortent un disque dans l’air du temps (tous ces groupes plus ou moins dansants de Brooklyn, les MGMT sont du Connecticut, c’est pas très loin, juste de l’autre côté de la Baie de Long Island). Vraisemblablement, si les deux chérubins avaient été livrés à eux-mêmes, on n’en aurait jamais entendu parler. Une bonne fée s’est penchée sur leur berceau sonore, et croyez-moi, ça s’entend. La bonne fée, elle s’appelle Dave Fridman. Le type du son de Mercury Rev et des Flaming Lips, entre autres. Expérimentateur pop forcené et créateur de gimmicks d’une putasserie sans nom mais qui te remplissent les oreilles de guimauve dont il est difficile de se débarrasser.
Là, sur ce « Oracular spectacular », il s’en donne à cœur-joie. Quand en plus il a des bonnes compos au départ (les trois citées quelque part plus haut), ça fait mouche. « Time to pretend », c’est du niveau de Prince (la rondelle « Around the worls in a day » plus précisément) quand il se prenait pour les Beatles de 67. « Electric feel », c’est comme les Bee Gees de la B.O. de « Saturday Night Fever », ça réveille le côté disco ringard qui sommeille chez tout un chacun. « Kids », c’est en gros le meilleur titre d’ABBA que les Suédois ont pas écrit.
Ou pas vraiment discrets, comme on veut ...
C’est ensuite, pour les sept titres restant (ah ouais, sept, quand même, ça fait beaucoup), que ça se complique. Des machins informes, inconsistants, écrits avec les pieds, qui essayent de tirer sur quelques grosses ficelles sonores, tellement grosses que ça en devient gênant. Derrière ces artefacts branchouilles, rien, que dalle, et tout le génie de Fridman aux manettes n’y peut rien …
Et là, ressortent de façon exacerbée les machins qui coincent. La voix du chanteur lead (VanMachin), insupportable quand elle ne s’appuie pas sur un grand morceau. Voix de tête maniérée avec falsetto à la Prince (un modèle évident, mais Prince avait d’autres arguments, enfin, quand il délayait pas son génie dans des saletés innommables). Ces sons qui veulent tellement coller à l’air du temps qu’ils sonnent une décennie plus tard totalement ringards et suffisants. Cette manie à vouloir en foutre plein la vue et les oreilles à grand coups de changements de tempo sur des mélodies tellement tarabiscotées que t’y comprends plus rien, les (trop) grosses ficelles de Fridman que l’on a connu sinon plus discret, du moins plus efficace … Un seul exemple, « 4th Dimension transition » (rien que le titre …), c’est une sorte de musique indienne (esprit de Ravi Shankar, m’entends-tu ?) sur une rythmique épileptique, avec le gars qui essaie d’imiter la voix de baryton du Bowie des mauvais jours … qu’est-ce vous voulez faire d’un machin pareil, à quoi ça peut bien servir pareille bouillabaisse sonore ?
Malgré une litanie de critiques élogieuses, « Oracular spectacular » n’a pas vraiment eu le succès que beaucoup prédisaient. MGMT est devenu assez rapidement un « vrai » groupe avec trois ou quatre types rajoutés au casting initial. Ils ont sorti une paire de disques en dix ans, dans une relative indifférence. Et à peu près tout le monde se fout de savoir ce qu’ils deviennent.

N’empêche, ils auront sorti trois très bons titres. Combien de sensations du moment peuvent en dire autant ?


DREAM MACHINE - THE ILLUSION (2017)

Juste une illusion ?
Sur la pochette dans un exercice de lévitation, un moustachu et sa greluche. Lee Hazlewood et Nancy Sinatra ? Euh, non … John & Michelle Phillips ? Non plus, mais à la réflexion, il pourrait y avoir un peu de ça … Et la couleur de pochette est d’un profond … pourpre (on y reviendra). Les Dream Machine (y’en a deux autres, chevelus genre roadies de Hawkwind dans les 70’s, tellement moches qu’ils sont pas sur le recto de la pochette, d’ailleurs c’est pas sûr qu’ils fassent de vieux os dans cette histoire), comme des milliards d’autres, regardent en arrière, seconde moitié des années 60. Bâillements … Sauf qu’ils ont deux trucs pour se faire remarquer.
Mr & Mrs Melton
Premièrement, ils suscitent la controverse et la polémique. En s’affichant ouvertement réacs, tenant des propos aussi cons que ceux de Ted Nugent et Donald Ier réunis. A tel point qu’ils se sont fait lourder par leur label, ce qui est peu commun. Un brin pervers aussi parce que Castle Face, label en question, continue de vendre le disque. Qui se vent pas trop mal aux States. Business is still business. D’où un déchaînement assez peu  commun sur les pages pourtant consensuelles d’Amazon US, entre défenseurs et contempteurs de Dream Machine, appels au boycott de Castle Face et au soutien via Bandcamp du groupe. (Mini) évènement dans le Landernau du rock indé, une polémique verrait-elle le jour ?
Faut dire que maintenant tout est bien huilé. L’immense majorité des gugusses qui ont des chances de vendre plus de quatre rondelles se voient illico briefés par des conseillers en communication, leurs propos et leurs moindres faits et gestes sont surveillés par des multitudes d’attachés de presse qui n’hésitent pas à faire connaître aux journalistes les listes de questions qu’il ne faut surtout pas poser à leurs poulains. Alors quand arrivent deux crétins qui livrent leurs réflexions simplistes cash, une agitation s’empare du « milieu ». A l’attention de tous les anciens étudiants d’école de commerce qui « gèrent » le rock aujourd’hui, il convient de signaler que depuis les déhanchements censurés d’Elvis à la télé, le rock n’a prospéré que sur des polémiques et des querelles d’Hernani sur fond de trois accords. Et niveau déclarations plus ou moins imbéciles, les rockers ou prétendus tels ont depuis six décennies placé la barre très haut (à quand une anthologie des citations des frères Gallagher, Ozzy Osbourne ou du chanteur des Eagles of Death Metal ?)
Dream Machine
Et donc, quel crédit ou quel intérêt accorder au (on y revient) couple leader de Dream Machine, Matthew et Doris Melton, quand ils se lancent dans des tirades anti-immigration ? Surtout quand on sait que Doris Melton est d’origine bosniaque, émigrée durant la guerre en ex-Yougoslavie, passée par les pays scandinaves avant d’immigrer aux USA. Les Dream Machine se revendiquent anti Facebook, ce qui au jour des réseaux sociaux rois est un crime sans conteste abominable. Quel crédit (ou quel sérieux) leur accorder quand ils se prétendent (sur la page d’accueil de leur site internet officiel !!) opposés aux médias sociaux qui font ressortir le pire de la nature humaine ? Et à la limite, même si les Melton pensent vraiment ce qu’ils disent, combien de stars qu’on s’efforce de nous présenter bien sous tous rapports sont capables (parfois sans l’aide d’alcool ou de poudres blanches) de déclarations bien pires ? Maintenant, et dans l’autre sens, faut pas aller crier à la conspiration, à la censure, où à je ne sais quel complot destiné à empêcher l’humanité de profiter de leur musique … Parce qu’on pourrait en causer des heures et regarder ce qu’on nous sert par ici au nom d’une « droite décomplexée » ou d’une « extrême-droite dédiabolisée ». A côté de ça, les raisonnements à la con d’un couple de rednecks pas très fufutes dans un groupe de rock indé, hein …
Et la musique de ces guignols, tu vas en causer un jour ? Voilà, voilà, ça vient…
Leur musique, figurez-vous, elle me plaît bien. Mais avis, y’a au moins un pré-requis. Figurez-vous que j’ai mis leur Cd dans le lecteur, et que je l’ai arrêté au second titre pour aller écouter les morceaux sur le Net, tant ce que j’entendais au niveau son me paraissait provenir d’un Cd foireux, d’une erreur de pressage. Non, pas du tout, ce qui était sur mon Cd était bien ce qu’ils avaient voulu faire. Le son des Dream Machin(e) est plutôt déstabilisant. Une rythmique de bourrin (les deux chevelus), des claviers et de l’orgue qui dégueulent de partout, des voix tellement chargées d’échos et saturées qu’elles deviennent incompréhensibles et qu’on a parfois du mal à distinguer si c’est le mec ou la nana qui chante (ils se partagent à peu près les titres). Un son qui ferait passer les Sonics pour Pink Floyd (ou Rihanna). Est-ce que ça vient du fait que la fréquence d’enregistrement (c’est écrit en gros sur la pochette du skeud) est de 432 hz au lieu des 440 habituels ? J’y entrave que dalle à cette histoire, mais pour les curieux que ça intéresse, le couple s’en explique dans une (longue) vidéo. En tout cas, à l’heure du sonore agréable à l’oreille triomphant, les Dream Machine dépotent. Et on finit par s’y faire à leur son caverneux …
Surtout parce que ces couillons ont écrit de grands morceaux. Notez bien que j’ai dit grands et pas longs (y’en a la moitié des douze qui dure moins de deux minutes et aucun qui arrive à quatre), ce qui est assez paradoxal parce qu’on les sent très inspirés par le prog et les longs titres psyché des sixties seventies. A la fin du disque, y’a deux noms qui clignotent très fort : les Doors et Deep Purple. A cause de la Doris, de son Vox et de son B3, qui sont utilisés de la même façon que lorsque Manzarek et Lord les martyrisaient. Ajoutez-y quelques riffs sinueux à la King Crimson, une rythmique échevelée et vous obtenez une sorte de garage – power pop – prog relativement inédite, curieuse et le plus souvent très intéressante et réussie.
La Belle et les Bêtes ...
L’aspect garage, c’est ce son brut de décoffrage, ces méchants riffs fuzzy sixties (« Eye for an eye » et « Back to you » se distinguent dans cette catégorie). Le côté power pop, c’est cette urgence mélodique derrière la carapace hardos (on pense à un esprit Cheap Trick, comme sur « Torn from the hands … »). Mais ce qui domine, ce sont ces emprunts au prog (les mini breaks tarabiscotés un peu partout, les riffs crimsoniens du morceau-titre) et surtout ces claviers Doors-Purple (y’en a qui citent aussi Electric Prunes, dont j’ai un skeud qui traîne sur une étagère mais que j’ai pas écouté depuis des siècles, donc je m’avancerais pas sur ce terrain-là). C’est joué par la nénette Melton (mignonne bien que facho, comme quoi moi aussi je suis capable d’écrire des trucs réacs) qui s’avère assez douée et bluffante pour ces exercices « à la manière de … » (flagrant sur « Lose my place on time », « Nothing left » ou l’instrumental « Diamond on the rough »). Les deux tourtereaux qui se partagent aussi l’écriture étant capables de grands titres qui ne doivent leur réussite qu’à leur talent (« Buried alive »), même s’ils sonnent comme une chanson yé-yé « All for a chance », ou citent des bribes du « Sud » de Nino Ferrer (le refrain de « Caught in a trap »).

Conclusion : on peut dire plein de conneries et faire un bon disque …



THE POLICE - SYNCHRONICITY (1983)

Sting & The Police ...
Police était né, avait vécu et prospéré sur un malentendu. En gros, celui du punk et de la new wave. Le groupe ne faisait partie d’aucun de ces deux genres. La preuve : il vendait des disques par camions alors que les « vrais » (au hasard le Clash et Cure) se contentaient de « succès d’estime » comme on dit pudiquement.
Police, c’est en 1983, un attelage de trois techniciens (au sens prog du terme, des types capables de t’en foutre plein les oreilles très vainement) qui se détestent cordialement. Avec en trame de fond de cette discorde les obligatoires histoires de pognon, traduites dans les communiqués de presse par les évidentes « divergences musicales ». En gros, Sting qui écrit quasiment tout, et surtout tous les hits, s’en fout plein les poches, beaucoup plus que les deux autres. Et puis Sting, qui s’est vu un peu trop vite qualifié de génie mélodiste, a fini par le croire, qu’il était un génie. Il prend le melon, se rêve superstar bien au-delà du format qu’il trouve étriqué et réducteur de la musique de jeunes. Il rêve de jazz, et de concepts « intelligents » et « concernés », comme ses contemporains, Geldof, Bono, Kerr, …
Summers, Sting & Copeland
« Synchronicity » est le dernier disque du trio The Police. En fait plutôt un disque solo de Sting maquillé comme une bagnole volée pour faire croire qu’il est encore question d’un groupe. Rondelle vaguement conceptuelle (la synchronicité est une théorie prise de casque du philosophe Jung, dont l’ancien instit Sting a lu les bouquins, à la manière d’un Lennon s’entichant après les Beatles du cri primal de Janov), réalisée avec le concours d’avocats (Copeland et Summers auront droit à un seul et unique titre chacun), de conseillers fiscaux (on enregistre aux studios Air dans les Caraïbes pour échapper aux impôts anglais, toujours avec le producteur attitré Hugh Pagdham), et de tous ces parasites en costard-cravate qui commencent à sérieusement pourrir par le fric le milieu musical en ce début des 80’s.
« Synchronicity » donc. Last et bizarrement vu les conflits et tiraillements but not least. Pas une merveille non plus, très loin des deux premiers, pas plus moche que « Zenyatta … » et meilleur que « Ghost in the machine ». Malgré un début de rondelle assez calamiteux. La première face du vinyle, ce qui n’est quand même pas rien. Succession de titres … euh étranges pour être gentils. Le premier éponyme faisait se relever tout le monde, persuadé que le phono était en vitesse 45T. Tonalité hyperrapide et suraigüe aggravée par des intonations lyriques voire pompières. « Walking in your footsteps » ou quand la musique pop s’intéresse au darwinisme. Ce qui à l’époque pouvait passer pour une preuve de culture, voire d’intelligence fait aujourd’hui très prétentieux. Par charité, on ne dira rien du très con « O my God ». Ensuite les deux morceaux « diplomatiques » laissés à Summers (« Mother » braillé façon post punk et totalement hors propos par rapport à tout le reste) et Copeland (« Miss Gradenko », insignifiant, comme si le batteur essayait d’imiter l’écriture de Sting). « Synchronicity II » qui terminait cette face vinyle sonne comme du U2 des mauvais jours (ou de toujours, diront les mauvais esprits).
Les mêmes dans le désordre. Sauras-tu les retrouver ?
Le final du disque est heureusement bien meilleur. « Every breath you take » est un hit colossal, le titre très travaillé qui surclasse tous les autres. C’est évidemment une scie qui a ses détracteurs, mais des scies de ce genre, beaucoup seraient prêts à bouffer les varices de leur grand-mère pour en écrire ne serait-ce qu’une dans leur vie. « King of Pain » à l’écriture sophistiquée (au piano ?) est également excellente. Le soufflé retombe un peu avec la mélodie terne et le refrain un brin trop emphatique de « Wrapped around your finger ». Sur le 33T, le dernier titre était « Tea in the Sahara » (basse dub, seule allusion au reggae de ce disque, on est loin des « Regatta de Blancs »), lent, calme, méditatif, contemplatif, limite new age. Une belle composition qui contient en filigrane bon nombre de recettes de la carrière solo de Sting. La major A&M a cru bon d’ajouter sur les rééditions Cd « Murder by numbers » qui aurait gagné à rester dans ses tiroirs.
Le résultat global est logiquement assez moyen, mais relevé par une production first class (les mecs ont les moyens, ça s’entend). A noter que la technique très largement au-dessus de la moyenne des trois policemen leur permet des sons, des arrangements, des petits grigris dans les coins inaccessibles au commun des mortels. Car Police est un trio, le genre de configuration qui ne laisse rien passer et ne supporte pas la médiocrité. Sting sait faire ronfler sa basse en avant, Summers se contente la plupart du temps de striures avant-gardistes de guitare (les collaborations avec le génie perturbé de la six-cordes Robert Fripp sont à venir), et Copeland sait mélanger les influences du jazz rock de son ancien Curved Air avec une frappe sèche et rapide. A noter que tous les trois utilisent avec plus ou moins de bonheur mais jamais de façon honteuse tout ce qu’ils ont trouvé dans le studio susceptible de faire de la musique (piano, synthés , …)
Le succès de « Synchronicity » sera énorme, un des disques de chevet des bobos de l’époque, à côté du « Brothers in arms » de Dire Straits. La nouvelle de la dissolution du groupe quelque mois après sa parution fera la une des JT, laissant le champ libre à Sting pour sa vilaine carrière solo …

Les vrais fans de Police se repasseront encore une fois « Oulandos … » et « Regatta … »


Des mêmes sur ce blog :

GRANDADDY - LAST PLACE (2017)

Un dernier pour la route ?
Grandaddy s’est séparé au milieu des années 2000. Ah bon, vous saviez pas ? Ben vous devez pas être les seuls.
Comment, vous avez jamais entendu parler de Grandaddy ? Ben, ça c’est un peu con, vous êtes passés à côté d’un grand groupe. Qui a fait de grands disques invendus. Voire invendables. Et c’est ça finalement qui les a conduits à mettre la clé sous la porte, parce que le choix s’est posé pour les types du groupe : soit continuer de faire de la musique, soit trouver un job pour faire bouffer Bobonne et les marmots. Le gâchis habituel quand tu donnes pas dans le mainstream formaté…
Avec un look pareil, c'est pas gagné ...

Bon, les esprits chagrins argueront aussi que quand tu cultives un goût aberrant pour les chemises à carreaux (qui portées amples cachent la bedaine), les casquettes floquées au nom de ton équipe de baseball ou de basket favorite, et les barbes en broussaille, en fait quand tu te trimbales avec un look de blaireau total, t’as peu de chance de ratisser large auprès du public, même du Midwest. Bon, y’en a bien un dans le lot qui s’était un peu mis à l’abri du besoin, le dénommé Jason Lytle. Parce que c’était lui le songwriter unique du groupe. En fait de groupe, quasi ses accompagnateurs. Mais aussi ses potes.
Ce qui explique ce « Last place ». Un disque conçu pour les fans qui arrêtaient pas de pleurnicher sur la disparition du groupe. Et comme Lytle avait quelques trucs en réserve, et qu’il voulait les jouer et enregistrer avec ses potes … « Thanks everyone It was good to be gone » est-il écrit dans un coin du digipack.
Alors pour ce qui doit être promis-juré le dernier tour de piste de Grandaddy, pas question de changer quoi que ce soit. On est en terrain connu, on retrouve tout ce qui a fait Grandaddy. En premier lieu, ces mélodies à la pureté stupéfiante qui chassent sur les terres du meilleur des Beatles et des Beach Boys. Ce goût pour les synthés vintages du début des 80’s. Cette nonchalance vocale et instrumentale (laid pop ?). « Last place » est un bloc homogène. Ecouté distraitement, il peut paraître monotone. Les variations sont infinitésimales, un peu plus de ci, un peu moins de çà …
Tirer des plan sur la comète ...
Curieusement, les deux titres censés ressortir du lot en tant que singles (« What’s we won’t » et « Evermore ») sont ceux qui mettent le plus les sons de synthés antédiluviens en avant. De façon quelque peu exagérée à mon goût mais bon, c’est l’ADN du groupe. Même si ça finit par sonner comme les Cars sous Lexomil, ce qui n’est ni une insulte ni un reproche. Mais ce qui saute surtout aux oreilles, c’est le soin méticuleux, voire maniaque apporté aux gimmicks et arrangements, jamais lourdingues et hors propos (« The boat is in the barn », « This is the part » et leurs fabuleux arrangements de cordes). On se régale de ces madeleines proustiennes que sont « Jed the 4th », titre folk psychédélique avec sa boucle centrale à la « A day in the life ». Ou de « A lost machine », débuté avec une mélodie qui évoque Pierre Bachelet ( ?! ) avant de virer comme un inédit du Floyd période « The wall ».
C’est quand Lytle et ses boys s’éloignent de leur ordinaire qu’on accroche moins, sur le court instrumental synthétique « Oh she shelter :( » ou le rock bizarroïde et répétitif « Check Injin ».

Ce disque pour les fans devrait les ravir. Les autres passeront une fois de plus à côté. Tant pis pour eux … 

Des mêmes sur ce blog :


THE LEMON TWIGS - DO HOLLYWOOD (2016)

Rain Men ?
Ou plutôt Rain Childs tant ces deux frères (Michael et Brian d’Addario, from N.Y.) semblent surdoués. Un peu trop pour être honnêtes ? J’en sais rien et je m’en cogne … Même si on m’empêchera pas de penser (fuck you Marine) que faire des trucs comme ça quand on a dix sept ans et dix neuf ans pour le plus « vieux » des deux, c’est quand même suspect. Y a t-il un Gepetto, habile marionnettiste qui tire les ficelles de ces deux ados, un papa Jackson (pour les cinq minots du même nom) ou un Kim Fowley (pour les Runaways) des années 2010 ? Apparemment non, et c’est le plus étonnant de cette affaire.
Mal habillés, les Lemon Twigs ?
Pourtant c’était pas gagné. Habillés avec un mauvais goût qui donnerait des sueurs froides à Gilbert Bécaud et Aznavour s’ils étaient pas morts, coiffé « mulet » pour un des deux (putain, qui à part l’ancien bassiste des Jam s’il est encore de ce monde se peigne de la sorte aujourd’hui ?), on imagine les cauchemars des attachés de presse pour vendre les Lemon Twigs …
Par contre, dès qu’on appuie sur « Play », il se passe un truc avec ce Cd. Le même genre d’émoi qu’à l’écoute du premier MGMT (des nouvelles de ces éphèbes disco-pop, quelqu’un ?), les bonnes références en plus. Faut bien sûr être fan des Beatles, des Beach Boys, des Kinks, du Band, des Bee Gees des débuts, des Zombies, ce qui devrait être le cas de tout humain normalement constitué et doté d’une paire d’oreilles en état de marche. En gros de la pop 60’s tarabiscotée de très haut niveau, faite à l’époque par des types aussi géniaux qu’inégalés. C’est dire si les Lemon Machin placent la barre très haut. Et le plus étonnant c’est qu’ils arrivent à la franchir souvent, en tout cas beaucoup plus souvent que les myriades de zozos qui s’y essayent depuis cinquante ans …
Pas besoin d’aller chercher loin. Dès le premier titre (« I wanna prove to you »), on se retrouve en plein trip McCartney-Beatles circa 68-69 plus vrai que nature. Le suivant (« Those days is comin’ soon ») c’est Ray Davies et les Kinks qui te sautent à la gueule, dans ce vaudeville suranné, cette mini comédie musicale, conclue par une fanfare New Orleans, le genre de titre que personne avait osé depuis – au hasard – les Reines de « Bohemian Rhapsody ». Bien sûr, on dira qu’il n’y a pas l’évidence indiscutable et instantanée de ces grands hits marmoréens de l’époque, mais qui aujourd’hui, à part Maître Gims, est capable de torcher des machins pareils ? Répondez pas tous en même temps …
Ben oui, mal habillés ...
Il y a dans tous les titres de ce « Do Hollywood » une exubérance instrumentale (ce sont les deux nourrissons qui jouent de tous les instruments, en plus d’harmoniser ou de chanter lead à tour de rôle), qui aurait même tendance, et c’est le plus gros défaut (enfin, défaut est dans ce cas un bien vilain mot) à quelquefois devenir trop démonstrative. Qui à part les derniers fans chauves des rouflaquettes géantes de Mungo Jerry, à envie de se fader un solo de kazoo sur le final de « As long as we’re together », titre par ailleurs pas rebutant notamment grâce à son début qui me fait furieusement penser au Bowie de « Memory of a free festival » (cherchez pas, c’est un titre assez quelconque de « Space oddity »).
Les Lemon Twigs flirtent avec toutes les limites, dans un spectre assez varié, taquinant le sublime ou manquant de se dissoudre dans le mauvais goût (exemple du titre foiré, « Frank », lyrique, pompier, quasi prog et son final symphonique boursouflé). Et puis pour marquer leur temps et leur terrain, ils nous font leur « Good vibrations » (à l’attention des fans de Slayer, je rappelle que « Good vibrations » est le meilleur morceau du siècle dernier et de ceux à venir). Ça s’appelle « A great snake », ça commence façon « All I wanna do » de Sheryl Crow, c’est un titre à tiroirs, sautant du coq à l’âne mélodique, et forcément et logiquement, ça ne vaut pas la merveille de Brian Wilson. Faut parfois avoir conscience de ses limites, les petits…

Surprenant, parfois excellent, « Do Hollywood » est à ranger pas très loin du « Vampiric way » des frenchies but chic Bewitched Hands sur l’étagère « c’était mieux avant, mais on va essayer de faire aussi bien » …


THE LIMIÑANAS - MALAMORE (2016)

Route du 66 ...
Déjà moi j’suis au Sud (ouais, je sais, et parfois à l’Ouest). Ben les Limiñanas, ils sont encore plus au Sud que moi. Cabestany, banlieue de Perpignan. Et encore plus à l’Ouest que moi aussi…
Et assez bizarrement, parce qu’on s’est (enfin, on c’est les ceusses et ceux qui font les tendances, les modes, le buzz …) pendant des lustres gargarisés de jeunots parisiens se prenant pour les Libertines, les Limiñanas semblent avoir le vent médiatique en poupe. Et pourtant les Limiñanas n’ont rien de glamour ni de sexy. Ils sont deux, Lionel et Marie, la quarantaine, lui sorte de Chabal catalan, elle rousse timide. Circonstance aggravante, ils se situent hors du temps et des modes. N’envisagent pas un morceau en commun avec Louane. Ni avec Kanye West. Et pourtant, ils sont connus et cités sur la planète entière.

Le poète musical Comelade est évidemment de la partie sur ce disque (catalanité mais surtout atomes crochus musicaux obligent), de même que Peter Hook, le bassiste star des feu ( ? ) New Order, et l’azimuté Anton Newcombe (Brian Jonestown Massacre) ne tarit pas d’éloges sur eux (et quand on a lu des interviews de lui, il ferait passer les frères Gallagher ou Mark E Smith pour des types zen et adorables pour leurs congénères).
Lentement, et peut-être sûrement, les Limiñanas sortent de l’ombre. Et quand on écoute ce disque, on se dit qu’il ne serait guère étonnant qu’ils finissent vraiment par faire parler d’eux. Et tout ça sans compromis ni concessions. Leur aventure a commencé par la gestion d’un magasin de disques (à l’heure où même dans la cambrousse la plus reculée d’Hexagonie tu télécharges gratos un cd en trois clics et trente secondes, c’est dire leur sens des affaires et du commerce, mais leur démarche ne se situait pas à ce niveau-là) évidemment voué à la banqueroute, et ce couple à la ville comme à la scène est resté fidèle quand il s’est agi de faire paraître ses disques aux labels indépendants microscopiques (même si maintenant ils sont chez Because, chaînon manquant entre les petits et les majors).
Limiñanas & Comelade
Leurs premiers disques étaient pour la « famille », comprendre les amateurs de rock garage, de rock psychédélique, de guitares couplées à des pédales fuzz, et d’une façon générale à tous les vieux fans des Cramps. Mais de ce genre de machins, y’en a plein les pages de ton putain de blog, entends-je. Certes, mais les Limiñanas sont capables de s’extraire du carcan, aller voir ailleurs. Même si, faut pas déconner quand même, on reste quelque part entre 66 (non, pas le département) et … 66. Mais là où le restant du troupeau s’abreuve jusqu’à plus soif aux compiles Nuggets (garage américain donc), là où les plus téméraires citent « … Satanic Majesties …» ou le Floyd de Barrett, les Limiñanas revendiquent et assument les sixties françaises. Gainsbourg et ses muses, mais aussi la vague yéyé (plutôt côté Ronnie Bird que Cloclo évidemment).
Résultat « Malamore » est un disque qui ratisse large sans faire aucun calcul mercantile. D’ailleurs, les Limiñanas ont l’idée saugrenue de raisonner en termes d’art, d’œuvre et font commencer leurs skeud par un court instrumental, avant que le Lionel déclame d’une voix grave parlée (les deux se revendiquent non-chanteurs, et quand il y a un truc à vraiment chanter, c’est systématiquement Marie qui s’y colle), qui tant par le débit que par le texte (chiadé, riche) évoque irrémédiablement Gainsbourg.

C’est pas la seule fois dans « Malamore » qu’on pensera à l’amateur de pastaga. « Dalhia rouge », tuerie mélodique et pour moi masterpiece du machin, c’est du Bardot (ou Jane) – Gainsbourg là aujourd’hui en 2016. Sans qu’une seule seconde on pense au plagiat. C’est l’esprit du truc qui est capturé, et c’est pas la chose la plus facile à réaliser, beaucoup ont essayé, nombreux ont été ceux qui s’y sont cassé les dents. Les Limiñanas réussissent, comme Burgalat auquel on pense aussi quelquefois dans les titres les plus « naïfs », les plus pop, ou la comète Vanessa & the O’s (quelqu’un sait-il ce qu’elle est devenue, y’a rien à gagner).
« Malamore » réussit à être varié. Deux voix qui se relaient au fil des morceaux, des titres instrumentaux, de la mélodie ou des trucs envoyés en écrabouillant la pédale fuzz, des pyramides sonores avec final hypnotique qui doivent tout arracher en live (« Zippo » ou la référence au énième degré « The train creep a-loopin’ »), des morceaux qu’on devrait entendre à la radio toutes les heures (« Prisunic », « Garden of love » le truc avec Hook et sa basse éléphantesque, ou la quasi instrumentale « Paradise now » plus 60’s yéyé que nature).
Conclusion : et si le meilleur groupe français d’aujourd’hui était un couple de plus tout jeunes perpignanais ? Si on tenait avec eux nos White Stripes (d’ailleurs ça m’étonnerait pas qu’ils finissent par sortir un vinyle chez Third Man, le label de Jack White) ? Possible …

Faudra juste que certains « connoisseurs » arrêtent de dire que non, vous avez rien compris, les Limiñanas c’était bien mieux avant … Non, les Limiñanas, ils sont bons maintenant …


KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD - PAPER MACHE DREAM BALLOON (2015)

Etonnant ...
Cette bande pléthorique d’Australiens azimutés s’était signalée à l’attention de ses semblables l’année dernière avec le déglingué « I’m in your mind fuzz », tout un programme en soi et ode à la saturation répétitive (mais pas que). Arrivés à un tel point de non-retour sonore, on voyait pas très bien où le leader Stu McKenzie pourrait amener sa troupe (en HP ? au cimetière ?).
King Gizzard & The Lizard Wizard 2015
Bon, apparemment, ils doivent moins se défoncer que ce que ce disque laissait supposer, parce qu’ils sont encore là, et en état de marche … les plus ronchons diront qu’ils ont mis de l’eau dans leur shilom et ils auront raison. Ceci étant, on a également vite fait le tour des gimmicks à gratte saturée version psyché. Non, là, les King Machin ont fait un truc pour le moins inattendu. Un disque entier plein de chanson(nette)s de folk peinturluré (tendance late 60’s, parce que chez ces gens-là, Monsieur, on ne change pas de période de référence comme on change d’avis sur une vague question de déchéance de nationalité, y’a des principes dans la vie, et les Magiciens Bidule en ont).
Curieusement (enfin, pas tant que ça, y’a du talent chez ces types ou du moins chez leur leader), le résultat ne sonne pas aussi pénible que Devendra Chose ou le Tyrannosaurus Rex du Bolan des débuts. Pas non plus aussi casse-burnes que du Jethro Tull … Eh, pourquoi il cite Jethro Tull, ce con, se demandent mes légions de lecteurs assidus. Ben figurez-vous mes agneaux que le Stuart McKenzie dont au sujet duquel j’ai causé plus haut a appris à jouer de la putain de flûte et même s’il en fout partout, l’utilise d’une façon moins gavante que le héron éleveur de saumons Ian Anderson … pourquoi le héron se demandent etc etc …oh putain, faites chier, z’avez qu’à mater un Dvd des Jette-Rotules et vous comprendrez. Et n’allez pas croire que j’ai quelque chose contre Jethro Tull, non, pas du tout, c’est juste nul, mais je m’en tape, faut bien que les tocards aussi vivent, hein …
Quatre guitares, deux batteries, qui dit mieux ?
Bon, revenons à nos kangourous. Qui avec ce « Paper … » ont sorti un disque totalement bordélique. Et aussi totalement bien propre sur lui. Me demandez pas comment ils ont fait, le tout est qu’ils y sont arrivés. Tu t’attends à les voir se ramasser, et puis, tous leurs trucs brinquebalants, entre j’menfoutisme potache et traits de génie, tiennent étonnamment bien la route. Vous savez à qui ils me font penser ? Vous vous en foutez mais je vous le dis quand même. Ben à son Altesse Sérénissime, le nabot de Minneapolis, Prince himself dans les années 80 (ses meilleures), où il gambadait en toute nonchalance et décontraction de styles en styles au gré d’une poignée d’albums totalement différents et réussis (et pas seulement « Around the world … » son disque psyché à lui).
Et comme Prince, y’en a un (McKenzie ?) qui chante (sont plusieurs à se relayer au micro chez les King Machin) avec une voix de fausset, à laquelle il faut se faire, je veux bien vous l’accorder. Mais je m’égare. Non, en fait, je sais pas trop quoi raconter sur ce skeud.
Il est excellent, c’est tout. Avec des trucs très forts comme « Bone » (pop sous substances), « Paper Mache … » le titre (on dirait un inédit des Zombies), la gigue sautillante de « Cold cadaver » ( ? ) avec ses faux airs de rengaine à la Robert Palmer (« Everyday kinda people » ce genre), une sorte de rhythm’n’blues avec un jeu de piano très Jerry Lee lewis (« NGRI Bloodstain »), une ballade éternelle (« Most of what I like ») qui met les deux (oui, deux et pas dans le même genre que chez les foutus frangins Allman) batteurs en évidence. Jusqu’à un boogie (« The bitter boogie »), avec son riff dérivé de celui de « La Grange » donc quelque part de John Lee Hooker et sa séquence d’harmonica qui font penser à un bon titre de Canned Heat (si, ils en ont faits, faut pas s’arrêter à leurs statusquonneries de vingt minutes).

Evidemment, « Paper … » est pas en tête de gondole dans le Leclerc du coin. C’est pas non plus le disque du siècle. Mais c’est beaucoup mieux que … beaucoup de choses en fait …

Des mêmes sur ce blog :

EURYTHMICS - TOUCH (1983)

Europop ...
Y’a des fois faut remettre les pendules à leur place et les choses à l’heure. Flashback donc …
1983. Les débuts de MTV et des « émissions » de clips. Y’en a un qui tourne en boucle en Angleterre et par extension en Europe. « Sweet dreams (are made of this) » qu’il s’appelle. On y voit au milieu d’allusions à deux balles à Kubrick, le Floyd et les Beatles, un type à lunettes noires coiffé comme un caniche pianoter un ordi d’époque et une rouquine androgyne fixer façon dominatrice glaciale la caméra. La chanson, portée par une mélodie tellement évidente que beaucoup ont regretté de ne pas l’avoir trouvée, fera un hit colossal, de ceux qui traversent les décennies. Le binoclard, c’est Dave Stewart. La meuf à poil ras, Annie Lennox. Anglais, ancien couple à la ville, ayant formé leur premier groupe à l’époque du punk, The Tourists, ça s’appelait. Coupables d’une reprise ratée de la scie « I only want to be with you », popularisée en son temps par Dusty Springfield. Parenthèse : allez voir cette dernière vidéo et comparez l’évolution de la Lennox, tant du point de vue vocal que de l’attitude (Stewart n’est pas encore dans le groupe). A cause de la troublante et équivoque Annie, Eurythmics intrigue, se détache d’un lot de poseurs et de figurines de mode qui encombraient le paysage musical. « Sweet dreams » le titre était quelque peu perdu au milieu d’un album du même nom sans grand intérêt. Ce qui faisait penser que ces deux zozos avaient tout dit avec un titre, et qu’on n’en entendrait plus parler.

1983 toujours. Dix mois après « Sweet dreams » paraît déjà son successeur. « Touch ». RCA qui distribue le duo veut enfoncer le clou, capitaliser sur le phénomène. Soyons clair, les Eurythmics se font fait bouffer par la machine. « Touch », même s’il est meilleur que « Sweet dreams », c’est quand même un torchon sonore pas très net. D’abord, c’est Lennox qui est mise en avant. Photo de pochette genre dominatrice de partouze, « on » lui confectionne sur mesure un look hautain, glacial et distant pour en faire une sorte de Greta Garbo new wave. Soit. En faisant disparaître Dave Stewart, qui, l’histoire le montrera, est bien plus que la moitié d’Eurythmics. Le son de « Touch », qui se voulait à la pointe lors de sa parution, est atroce aujourd’hui. Farci de ces premiers synthés cheap, de ces batteries électroniques monolithiques, de ces infâmes basses slappées mises en avant (c’est un type dont par charité on taira le nom qui en joue, seul élément extérieur greffé au duo), noyant sous leur raffut cordes (plus ou moins vraies) et cuivres (faux). Avec tous les clichés et maniérismes inhérents à l’époque. Un disque bien de sa triste époque quoi.

Faut faire du travail d’archéologue, gratter sous le vernis pour trouver des choses intéressantes. Un don certain (Stewart, puisque c’est lui qui signe toutes les musiques) pour la mélodie qui sauve quelques titres, que RCA n’a pas oublié de mettre en avant. « Here comes the rain again » cold wave à donf), « Right by your side » (improbable salsa-calypso électronique qui fonctionne) et « Who’s that girl » (soul rigide et martiale sauvée par le chant de Lennox) essaieront de se frayer un chemin vers le haut des charts, sans toutefois égaler le parcours de « Sweet dreams ». Comme par hasard les trois titres les plus « sobres » dans le contexte. Et puis la Lennox, derrière ses atours fashion, se livre à un gros boulot sur les voix, les doublant, rajoutant les chœurs. Derrière le morne cliquetis des synthés, transparaissent d’évidents clins d’œil au gospel, à la soul, au rhythm’n’blues. Ce que pas grand-monde avait relevé à l’époque, les Eurythmics semblant se diriger à grande vitesse direct vers les poubelles de la variété neuneu.
La suite serait totalement imprévisible. Deux ans plus tard, Stewart reprendra tout en main, le duo signera un des meilleurs disques (« Be yourself tonight ») de rhythm’n’blues de la décennie (non, je déconne pas), épaulé par un gang de super requins de studio, avec des participations plus que remarquées d’Aretha Franklin, Stevie Wonder (certes pas au mieux de leur carrière) et Elvis Costello (celui-ci à cette époque là très tatillon sur ses collaborations). Mieux encore, Dave Stewart, catalogué au départ archétype du joueur de synthés anglais, allait être courtisé comme producteur par les figures de proue du classic-rock ricain, Tom Petty en tête …

« Sweet dreams » are vraiment made of this …


BRIAN ENO - BEFORE AND AFTER SCIENCE (1977)

Les bécanes à Eno ...
Brian Eno, comme il l’a répété pendant des siècles, c’est un non-musicien… qui a quand même sorti des milliards de disques, que ce soit sous son nom propre ou avec plein d’autres. Eno, c’est un cérébral, limite gourou, un type qui a élaboré des théories tellement compliquées sur la musique que si t’as pas fait Sciences Po, l’ENA et HEC à la suite, tu peux rien comprendre. En d’autres termes, si t’es fan de Status Quo et que tu vois le nom d’Eno sur une pochette de disques, tu passes ton chemin …
Ceci posé, il n’en reste pas moins que cette grande asperge au crâne dégarni (à vingt cinq ans, en pleine vague glam-rock, ça jette un froid, … comment ça, c’est mesquin de flinguer sur le physique, et alors je fais ce que je veux, non mais …) a eu par moments quelques inspirations assez étonnantes et que dans l’ensemble de son œuvre, y’a tout de même quelques trucs pas dégueu … dont ce « Before and after science ».
Brian Eno, adepte du bodybuilding ?
Un disque paru en 1977, et on s’en doute, personne a songé à lui coller un sticker « punk music ». Brian Eno fait tout son possible pour ne pas être à la mode, ce qui ne l’empêchera pas d’être cité comme le gourou sonore de plein d’avant-gardistes, allez comprendre.
Avec son nom qui fleure bon l’aristocratie consanguine (il est né le divin enfant affublé du patronyme de – on ne rit pas et on prend bien son souffle – Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle Eno), il a commencé à se faire remarquer avec Roxy Music (vu sa calvitie, c’était lui le plus exubérant niveau fringues dans un groupe où personne n’essayait de passer inaperçu), bidouillant force synthés. Très vite (à partir du second album) il a commencé à faire son Clapton (what ? nous avons du succès ? je me casse …) et a quitté le monde du glam pour s’acoquiner avec quelques types chelous réputés pour leurs théories musicales absconses (pote-type de Eno, Robert Fripp, le mathématicien de la guitare furieuse). Curieusement, les premiers disques de Eno sont assez faciles d’accès, et perso je les trouve moins aventureux, moins « bizarres » que ceux de Roxy auquel il a participé.
Plus gros coup de Eno dans la seconde moitié des 70’s : la collaboration avec Bowie pour ce que l’on appellera la trilogie berlinoise de l’ex Ziggy. En étant en studio aux côtés de Bowie, Eno voit sa « célébrité » et sa reconnaissance faire un bond prodigieux vers l’avant. Et ce « Before and after science » devient de fait un disque « attendu » et écouté, disséqué. Les spécialistes de Brian Peter George etc … affirment même qu’il fait partie de ses meilleurs, voire que c’est sa masterpiece. C’est en tout cas dans sa discographie personnelle la fin de sa période dite « pop », avant celle dite « ambient ».
« Before and after science » est aussi un disque très people. Manque juste Bowie, occupé à sortir Iggy Pop des hôpitaux psychiatres où a pris l’habitude de séjourner l’ancien Stooge, pour le traîner dans les studios Hansa et lui faire enregistrer des disques. Parce y’a du beau monde (enfin, quelques relous aussi) aux crédits de « Before … ». Dans le désordre, on y trouve Jaki Liebezeit, le métronome tambourineur de Can, Manzanera de Roxy, Fripp pour un solo évidemment déstructuré (sur « King’s lead hat »), les deux types aux blazes de légionnaires romains du groupe de krautrock Cluster (Roedelius et Moebius). Aussi quelques boulets, genre l’inénarrable Phil Collins ou le guitareux jazz d’avant-garde Fred Frith (qui finira par échouer avec John Zorn, no comment …). Eno se réservant les parties chantées de sa voix douce, et tout ce que la création a pu accoucher de synthés, claviers et autres pianos.
Brian Eno, adepte du body painting ?
Evidemment, le résultat est notablement différent des classiques d’Howlin’ Wolf. Malgré le casting pléthorique, c’est une certaine forme d’économie qui prévaut dans tous les titres qui peuvent se partager dans deux grandes familles : d’une part des morceaux de format très pop, très mélodiques, et un peu à l’opposé des plages plus « compliquées » aux sonorités aventureuses, expérimentales. Assez curieusement, alors que Eno est perçu comme un type dont on s’inspire, c’est l’influence du premier disque des Talking Heads qui apparaît parfois (dans les schémas rythmiques, la façon d’aborder le chant), flagrant sur « No one receiving ». D’ailleurs, Eno deviendra vite la Yoko Ono de David Byrne, avec pour les Talking Heads le même résultat que pour les Beatles (le split).
Bon, comme moi j’suis pas un avant-gardiste, ma préférence va largement aux belles mélodies déprimées (« Here he comes », « Backwater » et son clone « By this river »), même si des choses comme le rock’n’roll pour trisomiques de « King’s lead hat », « Julie with … » et son atmosphère la tête dans le sac au fond du puits, ou « Spider and I » (qui permet de comprendre où les U2 – produits par Eno – sont allés chercher les ambiances d’hymnes funèbres de certaines plages de « Joshua tree ») valent aussi le détour.

Un disque somme toute bien accessible, pas forcément réservé à « l’élite » …


FOALS - TOTAL LIFE FOREVER (2010)

Foals on the hill ?
C’est la putain de misère, j’vous dis moi … Je plains les mecs qui écrivent dans des canards musicaux et qui doivent se fader tous les trucs qui sortent … ce qu’ils prennent par les oreilles, les pôvres … Doivent se bousculer pour prendre la place du préposé aux rééditions, ou alors se partager les vieux skeuds qui ressortent, sinon y’a de quoi déprimer sévère …
Bon, vous me connaissez, vous me voyez venir avec mes grosses savates, un disque des Foals (des qui ? bougez pas, on y arrive …) sous le bras. Les Foals, un sac sur la tête, les mains attachées derrière le dos, et tu demandes au premier djihadiste qui passe de les décapiter au yatagan rouillé sans autre forme de procès. Je devrais pas écrire ça, je vais encore me faire repérer par un cyber-keuf et voir arriver chez moi au petit matin blême une escouade de pandores qui vont tenter de me faire avouer où se planque le mollah Omar … Déjà que ces types, les Foals, existent encore sans s’être endettés en frais de justice jusqu’à la trentième génération relève du prodige. Parce qu’avec une pochette comme ça, si Courtney Love-Cobain y tombe dessus après avoir pris une poignée de coke et un énième râteau de Billy Corgan (faut être sacrément raide déf, pour essayer de se faire cette grande asperge chauve, mais bon, chacun son truc …), donc si la Yoko Ono grunge a pas lâché ses avocats pour plagiat de la pochette de « Nevermind », putain le cul bordé de nouilles qu’ils ont, les Foals …
Y'a pourtant vraiment pas de quoi être fiers ...
Oh et puis … comme c’est Noël, le bon Dieu, le petit Jésus, la Miséricorde, et tout ce bordel religieux qui te pousse au pèlerinage au supermarché du coin rayon cholestérol, ou bouts de plastoc cancérigènes pour petits nenfants (imaginez, les moutards, ils ont, à peine venus dans ce bas monde, le choix entre les métastases sponsorisées par Ken, Barbie et Nestlé, ou s’ils en réchappent 212 trimestres à pointer à Pole-Emploi … y’aurait des façons plus drôles de démarrer dans la vie, hein, bon … remarquez je m’en fous…), je vais faire ma Mère Teresa et pas en dire de mal… Bon, si un peu, quand même, sinon je perds le peu de crédibilité et de lecteurs qui me restent.
Les Foals sont Anglais et ont sorti leur première rondelle en 2007 ou dans ces eaux-là… ça y est, vous les voyez venir, les boulets (quoique, ça aurait pu être pire, ils auraient pu être de Brooklyn) ? Les Foals n’ont que peu d’arguments en leur faveur, mais il doit bien se trouver quelque part sur le web trois clampins qui ont fondé leur fan-club et qui vont diront, au risque de se claquer les quelques neurones valides qu’il leur reste, que les Foals, c’est grandiôôôse … faut pas déconner …
En voilà de belles baudruches ...
Les Foals, c’est pas plus mauvais que nombre de leurs congénères, mais c’est guère meilleur non plus. Pour se donner bonne conscience et enfumer quelque puceau musical qui passerait par là, ils se proclament fans de Joy Division et de Portishead. Que celui qui entend dans cette rondelle la moindre chose qui rappelle l’épileptique pendu ou les tristos de Bristol me le fasse savoir, y’a mon mépris et l’intégrale de Yes (putain, y’avait longtemps, ça fait du bien) à gagner… Les plus malins ou les moins bourrés auront remarqué que Joy Div et Portimachin ça renvoie aux années 80 et 90. Le NME, Pitchfork et les Inrocks en ont évidemment fait des génies, s’esbaudissant à qui mieux mieux sur le talent des Foals. Pensez, ils étaient signés chez Sub Pop, label d’habitude gage de sérieux et de rock’n’roll dans ta face, même si les Foals c’est pas sérieux et encore moins rock’n’roll. Il faut reconnaître à ces cinq gugusses au moins une bonne idée. Celle d’avoir mis leur meilleur titre d’entrée sur le skeud … parce que s’ils l’avaient foutu à la fin, je sais pas qui de normalement constitué aurait poussé le vice à écouter la onzième plage de ce genre de rondelles. Tandis que là, après avoir entendu ce « Blue blood » sorte de new wave madchestérisée chantée par le mec de TV On The Radio (ça, c’est du descriptif, hein, avouez ...), on se dit qu’ils ont peut-être été capables de faire aussi bien quelque part sur ce skeud … Ben non, y’a deux-trois trucs qui se laissent écouter et les autres uniquement si on a envie de se faire le trip nostalgique Top 50 – Desireless – Luna Parker (gaffe à l’atterrissage, c’est du violent …).
Ma magnanimité sera  cependant accordée à « Spanish Sahara », malgré un final à la U2 des mauvais jours et à « Alabaster », même s’il me semble totalement pompé sur un truc dont j’arrive pas à me souvenir. Le reste, vaste soupe à la grimace sonore, renvoie dans les meilleurs des cas à de fades imitations des Talking Heads, Peter Gabriel ou Bowie dans leurs périodes eighties, ce qui de quelque part qu’on l’envisage n’est pas vraiment une bonne idée, avec quelques fois pour achever de gâter la sauce, des effets radioheadiens …
C’était pas forcément mieux avant, mais c’était moins chiant …

Et que sont les Foals devenus ? Aucune idée …


En écoute et plus si affinités ici


BLACK LIPS - UNDERNEATH THE RAINBOW (2014)

De toutes les couleurs ...
« Underneath the rainbow » dure trente quatre minutes. Et quand le skeud est terminé, tout être normalement constitué doit se poser une question, un peu saugrenue mais inévitable : les Black Lips sont-ils là, aujourd’hui, en ce printemps ripou de 2014, le meilleur groupe du monde ?
J’en vois déjà qui manquent de s’étouffer, ‘tain le Lester depuis le temps qu’on l’avait pas vu, qu’on se demandait s’il avait péri en mer, avait été pris en otage par des muslims vendeurs de pavot, ou pire, nommé ministre par Manu militari Valls, voilà t-il pas qu’il nous assène des énormités à propos d’un groupe qui a même pas fait la une des Inrocks. D’autant que si on s’en va googleliser « Black Lips », on va trouver des montagnes de pages où plein de gens qui s’affichent musicalement incontestables vont vous raconter que ce « Underneath … » c’est quasi de la daube … Les écoutez pas ces pantins, c’est moi qui ai raison, comme d’habitude, quand bien même ma légendaire modestie dusse-t-elle en souffrir …
Les Black Lips 2014, comme une pochette des Byrds, on dirait ...
Parce que les Black Lips y’a des années que skeud après skeud, ils se sont forgé une crédibilité en plutonium enrichi dans le milieu du punk-garage-sixties-bidule (eux se qualifient de flower-punk, ce qui ne veut rien dire, mais fallait y penser…), le genre de réputation après laquelle courent des milliards de groupes. Objectif avoué de l’opération : ravir les quatre pantins rances serviteurs rigoristes de la chapelle et surtout à ce moment-là ne plus bouger d’un iota. Et arrivés à ce stade, qu’est-ce qu’ils ont fait les Black Lips ? Sont allés chercher Mark Ronson, producteur-DJ branchouille et variéteux (Lily Allen, Robbie Williams, Aguilera, …) et dans un grand éclat de rire sonore, ont consciencieusement « saboté » leur carrière (leur précédent et déjà excellent selon moi « Arabia Mountain »). Là, avec « Underneath the rainbow », ils font le contraire, vont chercher un type « crédible » (Carney des Black Keys) pour produire quelques morceaux, mais en contrepartie se lâchent encore plus tout au long des douze titres.
Qu’il n’y ait pas de malentendus. C’est sérieux, les Black Lips, on n’est pas chez les Ludwig Von 88 ou Sha Na Na. Mais les quatre d’Atlanta ne s’interdisent rien. Même pas de se payer Mick Rock himself pour la photo de pochette (qui au passage a de faux airs de celle de l’antique 33T éponyme du Band avec sa dominante sépia). Même pas de citer des choses très éloignées du garage sixties (« Justice after all » ou « Drive-by Buddy », c’est du classic rock comme Petty ou Springsteen ne savent plus en faire depuis des décennies), de faire des références appuyées aux crétineries punk californiennes des 90’s comme Green Day ou Offspring (« Smiling »), de rendre hommage aux Ramones (enfin, c’est ce qu’il me semble) avec « I don’t wanna go home », de rendre obsolète le disque de « reformation » des Pixies (parenthèse : mais qu’est-ce qui lui prend à ce gros patapouf de Frank Black, arriérés d’impôts ? notes en retard chez le traiteur ? et tout çà en virant Kim Deal, faut pas déconner, gros lard …) avec un morceau comme « Funny », savants entrelacs de mélodies pur sucre et de grosses guitares fuzz …

Et puis, manière de faire un doigt aux garagistes 60’s intégristes, ils jettent en milieu de disque une sorte de truc yé-yé bubblegum très pop (« Make you mine »), un peu plus loin revisitent à leur façon le riff du « Lucifer Sam » du Floyd de Barrett, ça s’appelle « Do the vibrate », et ils le font suivre d’une bouillasse psyché (« Dandelion dust »), peut-être une référence au énième degré aux Stones (« Dandelion » est la face B de « We love you » sortie au milieu de l’an de grâce 1967, quand les Cailloux s’essayaient – de façon assez risible – au psychédélisme).
« Underneath the rainbow » est une rondelle qu’on ne sait à quel degré il faut l’appréhender. Jetée en pâture sur ce qu’il reste du « marché du disque » et démerdez-vous avec. Les Black Lips semblent comme tous les idiots savants n’en faire qu’à leur tête. Sortent un disque a priori joli, consensuel mais qu’on peut aussi percevoir comme une vaste joke j’menfoutiste. Bande de zigotos totalement ingérables qui balancent une rondelle « grand public » sur le label indépendant (mais balèze, on y trouve aussi Bloc Party, les Streets, Justice et … Charlotte Gainsbarre) Vice Records, les Blacks Lips peuvent compter sur leur leader azimuté Cole Alexander (adepte entre autres « facéties » de terminer ses morceaux live futal sur les chevilles, signe d’extrême satisfaction chez lui) pour fracasser consciencieusement et méticuleusement tout plan de « carrière » …

Des mecs bien qui font de bons disques … Le meilleur groupe du monde de la Terre d’aujourd’hui ...

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