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THE POLICE - SYNCHRONICITY (1983)

Sting & The Police ...
Police était né, avait vécu et prospéré sur un malentendu. En gros, celui du punk et de la new wave. Le groupe ne faisait partie d’aucun de ces deux genres. La preuve : il vendait des disques par camions alors que les « vrais » (au hasard le Clash et Cure) se contentaient de « succès d’estime » comme on dit pudiquement.
Police, c’est en 1983, un attelage de trois techniciens (au sens prog du terme, des types capables de t’en foutre plein les oreilles très vainement) qui se détestent cordialement. Avec en trame de fond de cette discorde les obligatoires histoires de pognon, traduites dans les communiqués de presse par les évidentes « divergences musicales ». En gros, Sting qui écrit quasiment tout, et surtout tous les hits, s’en fout plein les poches, beaucoup plus que les deux autres. Et puis Sting, qui s’est vu un peu trop vite qualifié de génie mélodiste, a fini par le croire, qu’il était un génie. Il prend le melon, se rêve superstar bien au-delà du format qu’il trouve étriqué et réducteur de la musique de jeunes. Il rêve de jazz, et de concepts « intelligents » et « concernés », comme ses contemporains, Geldof, Bono, Kerr, …
Summers, Sting & Copeland
« Synchronicity » est le dernier disque du trio The Police. En fait plutôt un disque solo de Sting maquillé comme une bagnole volée pour faire croire qu’il est encore question d’un groupe. Rondelle vaguement conceptuelle (la synchronicité est une théorie prise de casque du philosophe Jung, dont l’ancien instit Sting a lu les bouquins, à la manière d’un Lennon s’entichant après les Beatles du cri primal de Janov), réalisée avec le concours d’avocats (Copeland et Summers auront droit à un seul et unique titre chacun), de conseillers fiscaux (on enregistre aux studios Air dans les Caraïbes pour échapper aux impôts anglais, toujours avec le producteur attitré Hugh Pagdham), et de tous ces parasites en costard-cravate qui commencent à sérieusement pourrir par le fric le milieu musical en ce début des 80’s.
« Synchronicity » donc. Last et bizarrement vu les conflits et tiraillements but not least. Pas une merveille non plus, très loin des deux premiers, pas plus moche que « Zenyatta … » et meilleur que « Ghost in the machine ». Malgré un début de rondelle assez calamiteux. La première face du vinyle, ce qui n’est quand même pas rien. Succession de titres … euh étranges pour être gentils. Le premier éponyme faisait se relever tout le monde, persuadé que le phono était en vitesse 45T. Tonalité hyperrapide et suraigüe aggravée par des intonations lyriques voire pompières. « Walking in your footsteps » ou quand la musique pop s’intéresse au darwinisme. Ce qui à l’époque pouvait passer pour une preuve de culture, voire d’intelligence fait aujourd’hui très prétentieux. Par charité, on ne dira rien du très con « O my God ». Ensuite les deux morceaux « diplomatiques » laissés à Summers (« Mother » braillé façon post punk et totalement hors propos par rapport à tout le reste) et Copeland (« Miss Gradenko », insignifiant, comme si le batteur essayait d’imiter l’écriture de Sting). « Synchronicity II » qui terminait cette face vinyle sonne comme du U2 des mauvais jours (ou de toujours, diront les mauvais esprits).
Les mêmes dans le désordre. Sauras-tu les retrouver ?
Le final du disque est heureusement bien meilleur. « Every breath you take » est un hit colossal, le titre très travaillé qui surclasse tous les autres. C’est évidemment une scie qui a ses détracteurs, mais des scies de ce genre, beaucoup seraient prêts à bouffer les varices de leur grand-mère pour en écrire ne serait-ce qu’une dans leur vie. « King of Pain » à l’écriture sophistiquée (au piano ?) est également excellente. Le soufflé retombe un peu avec la mélodie terne et le refrain un brin trop emphatique de « Wrapped around your finger ». Sur le 33T, le dernier titre était « Tea in the Sahara » (basse dub, seule allusion au reggae de ce disque, on est loin des « Regatta de Blancs »), lent, calme, méditatif, contemplatif, limite new age. Une belle composition qui contient en filigrane bon nombre de recettes de la carrière solo de Sting. La major A&M a cru bon d’ajouter sur les rééditions Cd « Murder by numbers » qui aurait gagné à rester dans ses tiroirs.
Le résultat global est logiquement assez moyen, mais relevé par une production first class (les mecs ont les moyens, ça s’entend). A noter que la technique très largement au-dessus de la moyenne des trois policemen leur permet des sons, des arrangements, des petits grigris dans les coins inaccessibles au commun des mortels. Car Police est un trio, le genre de configuration qui ne laisse rien passer et ne supporte pas la médiocrité. Sting sait faire ronfler sa basse en avant, Summers se contente la plupart du temps de striures avant-gardistes de guitare (les collaborations avec le génie perturbé de la six-cordes Robert Fripp sont à venir), et Copeland sait mélanger les influences du jazz rock de son ancien Curved Air avec une frappe sèche et rapide. A noter que tous les trois utilisent avec plus ou moins de bonheur mais jamais de façon honteuse tout ce qu’ils ont trouvé dans le studio susceptible de faire de la musique (piano, synthés , …)
Le succès de « Synchronicity » sera énorme, un des disques de chevet des bobos de l’époque, à côté du « Brothers in arms » de Dire Straits. La nouvelle de la dissolution du groupe quelque mois après sa parution fera la une des JT, laissant le champ libre à Sting pour sa vilaine carrière solo …

Les vrais fans de Police se repasseront encore une fois « Oulandos … » et « Regatta … »


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GRANDADDY - LAST PLACE (2017)

Un dernier pour la route ?
Grandaddy s’est séparé au milieu des années 2000. Ah bon, vous saviez pas ? Ben vous devez pas être les seuls.
Comment, vous avez jamais entendu parler de Grandaddy ? Ben, ça c’est un peu con, vous êtes passés à côté d’un grand groupe. Qui a fait de grands disques invendus. Voire invendables. Et c’est ça finalement qui les a conduits à mettre la clé sous la porte, parce que le choix s’est posé pour les types du groupe : soit continuer de faire de la musique, soit trouver un job pour faire bouffer Bobonne et les marmots. Le gâchis habituel quand tu donnes pas dans le mainstream formaté…
Avec un look pareil, c'est pas gagné ...

Bon, les esprits chagrins argueront aussi que quand tu cultives un goût aberrant pour les chemises à carreaux (qui portées amples cachent la bedaine), les casquettes floquées au nom de ton équipe de baseball ou de basket favorite, et les barbes en broussaille, en fait quand tu te trimbales avec un look de blaireau total, t’as peu de chance de ratisser large auprès du public, même du Midwest. Bon, y’en a bien un dans le lot qui s’était un peu mis à l’abri du besoin, le dénommé Jason Lytle. Parce que c’était lui le songwriter unique du groupe. En fait de groupe, quasi ses accompagnateurs. Mais aussi ses potes.
Ce qui explique ce « Last place ». Un disque conçu pour les fans qui arrêtaient pas de pleurnicher sur la disparition du groupe. Et comme Lytle avait quelques trucs en réserve, et qu’il voulait les jouer et enregistrer avec ses potes … « Thanks everyone It was good to be gone » est-il écrit dans un coin du digipack.
Alors pour ce qui doit être promis-juré le dernier tour de piste de Grandaddy, pas question de changer quoi que ce soit. On est en terrain connu, on retrouve tout ce qui a fait Grandaddy. En premier lieu, ces mélodies à la pureté stupéfiante qui chassent sur les terres du meilleur des Beatles et des Beach Boys. Ce goût pour les synthés vintages du début des 80’s. Cette nonchalance vocale et instrumentale (laid pop ?). « Last place » est un bloc homogène. Ecouté distraitement, il peut paraître monotone. Les variations sont infinitésimales, un peu plus de ci, un peu moins de çà …
Tirer des plan sur la comète ...
Curieusement, les deux titres censés ressortir du lot en tant que singles (« What’s we won’t » et « Evermore ») sont ceux qui mettent le plus les sons de synthés antédiluviens en avant. De façon quelque peu exagérée à mon goût mais bon, c’est l’ADN du groupe. Même si ça finit par sonner comme les Cars sous Lexomil, ce qui n’est ni une insulte ni un reproche. Mais ce qui saute surtout aux oreilles, c’est le soin méticuleux, voire maniaque apporté aux gimmicks et arrangements, jamais lourdingues et hors propos (« The boat is in the barn », « This is the part » et leurs fabuleux arrangements de cordes). On se régale de ces madeleines proustiennes que sont « Jed the 4th », titre folk psychédélique avec sa boucle centrale à la « A day in the life ». Ou de « A lost machine », débuté avec une mélodie qui évoque Pierre Bachelet ( ?! ) avant de virer comme un inédit du Floyd période « The wall ».
C’est quand Lytle et ses boys s’éloignent de leur ordinaire qu’on accroche moins, sur le court instrumental synthétique « Oh she shelter :( » ou le rock bizarroïde et répétitif « Check Injin ».

Ce disque pour les fans devrait les ravir. Les autres passeront une fois de plus à côté. Tant pis pour eux … 

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THE LEMON TWIGS - DO HOLLYWOOD (2016)

Rain Men ?
Ou plutôt Rain Childs tant ces deux frères (Michael et Brian d’Addario, from N.Y.) semblent surdoués. Un peu trop pour être honnêtes ? J’en sais rien et je m’en cogne … Même si on m’empêchera pas de penser (fuck you Marine) que faire des trucs comme ça quand on a dix sept ans et dix neuf ans pour le plus « vieux » des deux, c’est quand même suspect. Y a t-il un Gepetto, habile marionnettiste qui tire les ficelles de ces deux ados, un papa Jackson (pour les cinq minots du même nom) ou un Kim Fowley (pour les Runaways) des années 2010 ? Apparemment non, et c’est le plus étonnant de cette affaire.
Mal habillés, les Lemon Twigs ?
Pourtant c’était pas gagné. Habillés avec un mauvais goût qui donnerait des sueurs froides à Gilbert Bécaud et Aznavour s’ils étaient pas morts, coiffé « mulet » pour un des deux (putain, qui à part l’ancien bassiste des Jam s’il est encore de ce monde se peigne de la sorte aujourd’hui ?), on imagine les cauchemars des attachés de presse pour vendre les Lemon Twigs …
Par contre, dès qu’on appuie sur « Play », il se passe un truc avec ce Cd. Le même genre d’émoi qu’à l’écoute du premier MGMT (des nouvelles de ces éphèbes disco-pop, quelqu’un ?), les bonnes références en plus. Faut bien sûr être fan des Beatles, des Beach Boys, des Kinks, du Band, des Bee Gees des débuts, des Zombies, ce qui devrait être le cas de tout humain normalement constitué et doté d’une paire d’oreilles en état de marche. En gros de la pop 60’s tarabiscotée de très haut niveau, faite à l’époque par des types aussi géniaux qu’inégalés. C’est dire si les Lemon Machin placent la barre très haut. Et le plus étonnant c’est qu’ils arrivent à la franchir souvent, en tout cas beaucoup plus souvent que les myriades de zozos qui s’y essayent depuis cinquante ans …
Pas besoin d’aller chercher loin. Dès le premier titre (« I wanna prove to you »), on se retrouve en plein trip McCartney-Beatles circa 68-69 plus vrai que nature. Le suivant (« Those days is comin’ soon ») c’est Ray Davies et les Kinks qui te sautent à la gueule, dans ce vaudeville suranné, cette mini comédie musicale, conclue par une fanfare New Orleans, le genre de titre que personne avait osé depuis – au hasard – les Reines de « Bohemian Rhapsody ». Bien sûr, on dira qu’il n’y a pas l’évidence indiscutable et instantanée de ces grands hits marmoréens de l’époque, mais qui aujourd’hui, à part Maître Gims, est capable de torcher des machins pareils ? Répondez pas tous en même temps …
Ben oui, mal habillés ...
Il y a dans tous les titres de ce « Do Hollywood » une exubérance instrumentale (ce sont les deux nourrissons qui jouent de tous les instruments, en plus d’harmoniser ou de chanter lead à tour de rôle), qui aurait même tendance, et c’est le plus gros défaut (enfin, défaut est dans ce cas un bien vilain mot) à quelquefois devenir trop démonstrative. Qui à part les derniers fans chauves des rouflaquettes géantes de Mungo Jerry, à envie de se fader un solo de kazoo sur le final de « As long as we’re together », titre par ailleurs pas rebutant notamment grâce à son début qui me fait furieusement penser au Bowie de « Memory of a free festival » (cherchez pas, c’est un titre assez quelconque de « Space oddity »).
Les Lemon Twigs flirtent avec toutes les limites, dans un spectre assez varié, taquinant le sublime ou manquant de se dissoudre dans le mauvais goût (exemple du titre foiré, « Frank », lyrique, pompier, quasi prog et son final symphonique boursouflé). Et puis pour marquer leur temps et leur terrain, ils nous font leur « Good vibrations » (à l’attention des fans de Slayer, je rappelle que « Good vibrations » est le meilleur morceau du siècle dernier et de ceux à venir). Ça s’appelle « A great snake », ça commence façon « All I wanna do » de Sheryl Crow, c’est un titre à tiroirs, sautant du coq à l’âne mélodique, et forcément et logiquement, ça ne vaut pas la merveille de Brian Wilson. Faut parfois avoir conscience de ses limites, les petits…

Surprenant, parfois excellent, « Do Hollywood » est à ranger pas très loin du « Vampiric way » des frenchies but chic Bewitched Hands sur l’étagère « c’était mieux avant, mais on va essayer de faire aussi bien » …


THE LIMIÑANAS - MALAMORE (2016)

Route du 66 ...
Déjà moi j’suis au Sud (ouais, je sais, et parfois à l’Ouest). Ben les Limiñanas, ils sont encore plus au Sud que moi. Cabestany, banlieue de Perpignan. Et encore plus à l’Ouest que moi aussi…
Et assez bizarrement, parce qu’on s’est (enfin, on c’est les ceusses et ceux qui font les tendances, les modes, le buzz …) pendant des lustres gargarisés de jeunots parisiens se prenant pour les Libertines, les Limiñanas semblent avoir le vent médiatique en poupe. Et pourtant les Limiñanas n’ont rien de glamour ni de sexy. Ils sont deux, Lionel et Marie, la quarantaine, lui sorte de Chabal catalan, elle rousse timide. Circonstance aggravante, ils se situent hors du temps et des modes. N’envisagent pas un morceau en commun avec Louane. Ni avec Kanye West. Et pourtant, ils sont connus et cités sur la planète entière.

Le poète musical Comelade est évidemment de la partie sur ce disque (catalanité mais surtout atomes crochus musicaux obligent), de même que Peter Hook, le bassiste star des feu ( ? ) New Order, et l’azimuté Anton Newcombe (Brian Jonestown Massacre) ne tarit pas d’éloges sur eux (et quand on a lu des interviews de lui, il ferait passer les frères Gallagher ou Mark E Smith pour des types zen et adorables pour leurs congénères).
Lentement, et peut-être sûrement, les Limiñanas sortent de l’ombre. Et quand on écoute ce disque, on se dit qu’il ne serait guère étonnant qu’ils finissent vraiment par faire parler d’eux. Et tout ça sans compromis ni concessions. Leur aventure a commencé par la gestion d’un magasin de disques (à l’heure où même dans la cambrousse la plus reculée d’Hexagonie tu télécharges gratos un cd en trois clics et trente secondes, c’est dire leur sens des affaires et du commerce, mais leur démarche ne se situait pas à ce niveau-là) évidemment voué à la banqueroute, et ce couple à la ville comme à la scène est resté fidèle quand il s’est agi de faire paraître ses disques aux labels indépendants microscopiques (même si maintenant ils sont chez Because, chaînon manquant entre les petits et les majors).
Limiñanas & Comelade
Leurs premiers disques étaient pour la « famille », comprendre les amateurs de rock garage, de rock psychédélique, de guitares couplées à des pédales fuzz, et d’une façon générale à tous les vieux fans des Cramps. Mais de ce genre de machins, y’en a plein les pages de ton putain de blog, entends-je. Certes, mais les Limiñanas sont capables de s’extraire du carcan, aller voir ailleurs. Même si, faut pas déconner quand même, on reste quelque part entre 66 (non, pas le département) et … 66. Mais là où le restant du troupeau s’abreuve jusqu’à plus soif aux compiles Nuggets (garage américain donc), là où les plus téméraires citent « … Satanic Majesties …» ou le Floyd de Barrett, les Limiñanas revendiquent et assument les sixties françaises. Gainsbourg et ses muses, mais aussi la vague yéyé (plutôt côté Ronnie Bird que Cloclo évidemment).
Résultat « Malamore » est un disque qui ratisse large sans faire aucun calcul mercantile. D’ailleurs, les Limiñanas ont l’idée saugrenue de raisonner en termes d’art, d’œuvre et font commencer leurs skeud par un court instrumental, avant que le Lionel déclame d’une voix grave parlée (les deux se revendiquent non-chanteurs, et quand il y a un truc à vraiment chanter, c’est systématiquement Marie qui s’y colle), qui tant par le débit que par le texte (chiadé, riche) évoque irrémédiablement Gainsbourg.

C’est pas la seule fois dans « Malamore » qu’on pensera à l’amateur de pastaga. « Dalhia rouge », tuerie mélodique et pour moi masterpiece du machin, c’est du Bardot (ou Jane) – Gainsbourg là aujourd’hui en 2016. Sans qu’une seule seconde on pense au plagiat. C’est l’esprit du truc qui est capturé, et c’est pas la chose la plus facile à réaliser, beaucoup ont essayé, nombreux ont été ceux qui s’y sont cassé les dents. Les Limiñanas réussissent, comme Burgalat auquel on pense aussi quelquefois dans les titres les plus « naïfs », les plus pop, ou la comète Vanessa & the O’s (quelqu’un sait-il ce qu’elle est devenue, y’a rien à gagner).
« Malamore » réussit à être varié. Deux voix qui se relaient au fil des morceaux, des titres instrumentaux, de la mélodie ou des trucs envoyés en écrabouillant la pédale fuzz, des pyramides sonores avec final hypnotique qui doivent tout arracher en live (« Zippo » ou la référence au énième degré « The train creep a-loopin’ »), des morceaux qu’on devrait entendre à la radio toutes les heures (« Prisunic », « Garden of love » le truc avec Hook et sa basse éléphantesque, ou la quasi instrumentale « Paradise now » plus 60’s yéyé que nature).
Conclusion : et si le meilleur groupe français d’aujourd’hui était un couple de plus tout jeunes perpignanais ? Si on tenait avec eux nos White Stripes (d’ailleurs ça m’étonnerait pas qu’ils finissent par sortir un vinyle chez Third Man, le label de Jack White) ? Possible …

Faudra juste que certains « connoisseurs » arrêtent de dire que non, vous avez rien compris, les Limiñanas c’était bien mieux avant … Non, les Limiñanas, ils sont bons maintenant …


KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD - PAPER MACHE DREAM BALLOON (2015)

Etonnant ...
Cette bande pléthorique d’Australiens azimutés s’était signalée à l’attention de ses semblables l’année dernière avec le déglingué « I’m in your mind fuzz », tout un programme en soi et ode à la saturation répétitive (mais pas que). Arrivés à un tel point de non-retour sonore, on voyait pas très bien où le leader Stu McKenzie pourrait amener sa troupe (en HP ? au cimetière ?).
King Gizzard & The Lizard Wizard 2015
Bon, apparemment, ils doivent moins se défoncer que ce que ce disque laissait supposer, parce qu’ils sont encore là, et en état de marche … les plus ronchons diront qu’ils ont mis de l’eau dans leur shilom et ils auront raison. Ceci étant, on a également vite fait le tour des gimmicks à gratte saturée version psyché. Non, là, les King Machin ont fait un truc pour le moins inattendu. Un disque entier plein de chanson(nette)s de folk peinturluré (tendance late 60’s, parce que chez ces gens-là, Monsieur, on ne change pas de période de référence comme on change d’avis sur une vague question de déchéance de nationalité, y’a des principes dans la vie, et les Magiciens Bidule en ont).
Curieusement (enfin, pas tant que ça, y’a du talent chez ces types ou du moins chez leur leader), le résultat ne sonne pas aussi pénible que Devendra Chose ou le Tyrannosaurus Rex du Bolan des débuts. Pas non plus aussi casse-burnes que du Jethro Tull … Eh, pourquoi il cite Jethro Tull, ce con, se demandent mes légions de lecteurs assidus. Ben figurez-vous mes agneaux que le Stuart McKenzie dont au sujet duquel j’ai causé plus haut a appris à jouer de la putain de flûte et même s’il en fout partout, l’utilise d’une façon moins gavante que le héron éleveur de saumons Ian Anderson … pourquoi le héron se demandent etc etc …oh putain, faites chier, z’avez qu’à mater un Dvd des Jette-Rotules et vous comprendrez. Et n’allez pas croire que j’ai quelque chose contre Jethro Tull, non, pas du tout, c’est juste nul, mais je m’en tape, faut bien que les tocards aussi vivent, hein …
Quatre guitares, deux batteries, qui dit mieux ?
Bon, revenons à nos kangourous. Qui avec ce « Paper … » ont sorti un disque totalement bordélique. Et aussi totalement bien propre sur lui. Me demandez pas comment ils ont fait, le tout est qu’ils y sont arrivés. Tu t’attends à les voir se ramasser, et puis, tous leurs trucs brinquebalants, entre j’menfoutisme potache et traits de génie, tiennent étonnamment bien la route. Vous savez à qui ils me font penser ? Vous vous en foutez mais je vous le dis quand même. Ben à son Altesse Sérénissime, le nabot de Minneapolis, Prince himself dans les années 80 (ses meilleures), où il gambadait en toute nonchalance et décontraction de styles en styles au gré d’une poignée d’albums totalement différents et réussis (et pas seulement « Around the world … » son disque psyché à lui).
Et comme Prince, y’en a un (McKenzie ?) qui chante (sont plusieurs à se relayer au micro chez les King Machin) avec une voix de fausset, à laquelle il faut se faire, je veux bien vous l’accorder. Mais je m’égare. Non, en fait, je sais pas trop quoi raconter sur ce skeud.
Il est excellent, c’est tout. Avec des trucs très forts comme « Bone » (pop sous substances), « Paper Mache … » le titre (on dirait un inédit des Zombies), la gigue sautillante de « Cold cadaver » ( ? ) avec ses faux airs de rengaine à la Robert Palmer (« Everyday kinda people » ce genre), une sorte de rhythm’n’blues avec un jeu de piano très Jerry Lee lewis (« NGRI Bloodstain »), une ballade éternelle (« Most of what I like ») qui met les deux (oui, deux et pas dans le même genre que chez les foutus frangins Allman) batteurs en évidence. Jusqu’à un boogie (« The bitter boogie »), avec son riff dérivé de celui de « La Grange » donc quelque part de John Lee Hooker et sa séquence d’harmonica qui font penser à un bon titre de Canned Heat (si, ils en ont faits, faut pas s’arrêter à leurs statusquonneries de vingt minutes).

Evidemment, « Paper … » est pas en tête de gondole dans le Leclerc du coin. C’est pas non plus le disque du siècle. Mais c’est beaucoup mieux que … beaucoup de choses en fait …

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EURYTHMICS - TOUCH (1983)

Europop ...
Y’a des fois faut remettre les pendules à leur place et les choses à l’heure. Flashback donc …
1983. Les débuts de MTV et des « émissions » de clips. Y’en a un qui tourne en boucle en Angleterre et par extension en Europe. « Sweet dreams (are made of this) » qu’il s’appelle. On y voit au milieu d’allusions à deux balles à Kubrick, le Floyd et les Beatles, un type à lunettes noires coiffé comme un caniche pianoter un ordi d’époque et une rouquine androgyne fixer façon dominatrice glaciale la caméra. La chanson, portée par une mélodie tellement évidente que beaucoup ont regretté de ne pas l’avoir trouvée, fera un hit colossal, de ceux qui traversent les décennies. Le binoclard, c’est Dave Stewart. La meuf à poil ras, Annie Lennox. Anglais, ancien couple à la ville, ayant formé leur premier groupe à l’époque du punk, The Tourists, ça s’appelait. Coupables d’une reprise ratée de la scie « I only want to be with you », popularisée en son temps par Dusty Springfield. Parenthèse : allez voir cette dernière vidéo et comparez l’évolution de la Lennox, tant du point de vue vocal que de l’attitude (Stewart n’est pas encore dans le groupe). A cause de la troublante et équivoque Annie, Eurythmics intrigue, se détache d’un lot de poseurs et de figurines de mode qui encombraient le paysage musical. « Sweet dreams » le titre était quelque peu perdu au milieu d’un album du même nom sans grand intérêt. Ce qui faisait penser que ces deux zozos avaient tout dit avec un titre, et qu’on n’en entendrait plus parler.

1983 toujours. Dix mois après « Sweet dreams » paraît déjà son successeur. « Touch ». RCA qui distribue le duo veut enfoncer le clou, capitaliser sur le phénomène. Soyons clair, les Eurythmics se font fait bouffer par la machine. « Touch », même s’il est meilleur que « Sweet dreams », c’est quand même un torchon sonore pas très net. D’abord, c’est Lennox qui est mise en avant. Photo de pochette genre dominatrice de partouze, « on » lui confectionne sur mesure un look hautain, glacial et distant pour en faire une sorte de Greta Garbo new wave. Soit. En faisant disparaître Dave Stewart, qui, l’histoire le montrera, est bien plus que la moitié d’Eurythmics. Le son de « Touch », qui se voulait à la pointe lors de sa parution, est atroce aujourd’hui. Farci de ces premiers synthés cheap, de ces batteries électroniques monolithiques, de ces infâmes basses slappées mises en avant (c’est un type dont par charité on taira le nom qui en joue, seul élément extérieur greffé au duo), noyant sous leur raffut cordes (plus ou moins vraies) et cuivres (faux). Avec tous les clichés et maniérismes inhérents à l’époque. Un disque bien de sa triste époque quoi.

Faut faire du travail d’archéologue, gratter sous le vernis pour trouver des choses intéressantes. Un don certain (Stewart, puisque c’est lui qui signe toutes les musiques) pour la mélodie qui sauve quelques titres, que RCA n’a pas oublié de mettre en avant. « Here comes the rain again » cold wave à donf), « Right by your side » (improbable salsa-calypso électronique qui fonctionne) et « Who’s that girl » (soul rigide et martiale sauvée par le chant de Lennox) essaieront de se frayer un chemin vers le haut des charts, sans toutefois égaler le parcours de « Sweet dreams ». Comme par hasard les trois titres les plus « sobres » dans le contexte. Et puis la Lennox, derrière ses atours fashion, se livre à un gros boulot sur les voix, les doublant, rajoutant les chœurs. Derrière le morne cliquetis des synthés, transparaissent d’évidents clins d’œil au gospel, à la soul, au rhythm’n’blues. Ce que pas grand-monde avait relevé à l’époque, les Eurythmics semblant se diriger à grande vitesse direct vers les poubelles de la variété neuneu.
La suite serait totalement imprévisible. Deux ans plus tard, Stewart reprendra tout en main, le duo signera un des meilleurs disques (« Be yourself tonight ») de rhythm’n’blues de la décennie (non, je déconne pas), épaulé par un gang de super requins de studio, avec des participations plus que remarquées d’Aretha Franklin, Stevie Wonder (certes pas au mieux de leur carrière) et Elvis Costello (celui-ci à cette époque là très tatillon sur ses collaborations). Mieux encore, Dave Stewart, catalogué au départ archétype du joueur de synthés anglais, allait être courtisé comme producteur par les figures de proue du classic-rock ricain, Tom Petty en tête …

« Sweet dreams » are vraiment made of this …


BRIAN ENO - BEFORE AND AFTER SCIENCE (1977)

Les bécanes à Eno ...
Brian Eno, comme il l’a répété pendant des siècles, c’est un non-musicien… qui a quand même sorti des milliards de disques, que ce soit sous son nom propre ou avec plein d’autres. Eno, c’est un cérébral, limite gourou, un type qui a élaboré des théories tellement compliquées sur la musique que si t’as pas fait Sciences Po, l’ENA et HEC à la suite, tu peux rien comprendre. En d’autres termes, si t’es fan de Status Quo et que tu vois le nom d’Eno sur une pochette de disques, tu passes ton chemin …
Ceci posé, il n’en reste pas moins que cette grande asperge au crâne dégarni (à vingt cinq ans, en pleine vague glam-rock, ça jette un froid, … comment ça, c’est mesquin de flinguer sur le physique, et alors je fais ce que je veux, non mais …) a eu par moments quelques inspirations assez étonnantes et que dans l’ensemble de son œuvre, y’a tout de même quelques trucs pas dégueu … dont ce « Before and after science ».
Brian Eno, adepte du bodybuilding ?
Un disque paru en 1977, et on s’en doute, personne a songé à lui coller un sticker « punk music ». Brian Eno fait tout son possible pour ne pas être à la mode, ce qui ne l’empêchera pas d’être cité comme le gourou sonore de plein d’avant-gardistes, allez comprendre.
Avec son nom qui fleure bon l’aristocratie consanguine (il est né le divin enfant affublé du patronyme de – on ne rit pas et on prend bien son souffle – Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle Eno), il a commencé à se faire remarquer avec Roxy Music (vu sa calvitie, c’était lui le plus exubérant niveau fringues dans un groupe où personne n’essayait de passer inaperçu), bidouillant force synthés. Très vite (à partir du second album) il a commencé à faire son Clapton (what ? nous avons du succès ? je me casse …) et a quitté le monde du glam pour s’acoquiner avec quelques types chelous réputés pour leurs théories musicales absconses (pote-type de Eno, Robert Fripp, le mathématicien de la guitare furieuse). Curieusement, les premiers disques de Eno sont assez faciles d’accès, et perso je les trouve moins aventureux, moins « bizarres » que ceux de Roxy auquel il a participé.
Plus gros coup de Eno dans la seconde moitié des 70’s : la collaboration avec Bowie pour ce que l’on appellera la trilogie berlinoise de l’ex Ziggy. En étant en studio aux côtés de Bowie, Eno voit sa « célébrité » et sa reconnaissance faire un bond prodigieux vers l’avant. Et ce « Before and after science » devient de fait un disque « attendu » et écouté, disséqué. Les spécialistes de Brian Peter George etc … affirment même qu’il fait partie de ses meilleurs, voire que c’est sa masterpiece. C’est en tout cas dans sa discographie personnelle la fin de sa période dite « pop », avant celle dite « ambient ».
« Before and after science » est aussi un disque très people. Manque juste Bowie, occupé à sortir Iggy Pop des hôpitaux psychiatres où a pris l’habitude de séjourner l’ancien Stooge, pour le traîner dans les studios Hansa et lui faire enregistrer des disques. Parce y’a du beau monde (enfin, quelques relous aussi) aux crédits de « Before … ». Dans le désordre, on y trouve Jaki Liebezeit, le métronome tambourineur de Can, Manzanera de Roxy, Fripp pour un solo évidemment déstructuré (sur « King’s lead hat »), les deux types aux blazes de légionnaires romains du groupe de krautrock Cluster (Roedelius et Moebius). Aussi quelques boulets, genre l’inénarrable Phil Collins ou le guitareux jazz d’avant-garde Fred Frith (qui finira par échouer avec John Zorn, no comment …). Eno se réservant les parties chantées de sa voix douce, et tout ce que la création a pu accoucher de synthés, claviers et autres pianos.
Brian Eno, adepte du body painting ?
Evidemment, le résultat est notablement différent des classiques d’Howlin’ Wolf. Malgré le casting pléthorique, c’est une certaine forme d’économie qui prévaut dans tous les titres qui peuvent se partager dans deux grandes familles : d’une part des morceaux de format très pop, très mélodiques, et un peu à l’opposé des plages plus « compliquées » aux sonorités aventureuses, expérimentales. Assez curieusement, alors que Eno est perçu comme un type dont on s’inspire, c’est l’influence du premier disque des Talking Heads qui apparaît parfois (dans les schémas rythmiques, la façon d’aborder le chant), flagrant sur « No one receiving ». D’ailleurs, Eno deviendra vite la Yoko Ono de David Byrne, avec pour les Talking Heads le même résultat que pour les Beatles (le split).
Bon, comme moi j’suis pas un avant-gardiste, ma préférence va largement aux belles mélodies déprimées (« Here he comes », « Backwater » et son clone « By this river »), même si des choses comme le rock’n’roll pour trisomiques de « King’s lead hat », « Julie with … » et son atmosphère la tête dans le sac au fond du puits, ou « Spider and I » (qui permet de comprendre où les U2 – produits par Eno – sont allés chercher les ambiances d’hymnes funèbres de certaines plages de « Joshua tree ») valent aussi le détour.

Un disque somme toute bien accessible, pas forcément réservé à « l’élite » …


FOALS - TOTAL LIFE FOREVER (2010)

Foals on the hill ?
C’est la putain de misère, j’vous dis moi … Je plains les mecs qui écrivent dans des canards musicaux et qui doivent se fader tous les trucs qui sortent … ce qu’ils prennent par les oreilles, les pôvres … Doivent se bousculer pour prendre la place du préposé aux rééditions, ou alors se partager les vieux skeuds qui ressortent, sinon y’a de quoi déprimer sévère …
Bon, vous me connaissez, vous me voyez venir avec mes grosses savates, un disque des Foals (des qui ? bougez pas, on y arrive …) sous le bras. Les Foals, un sac sur la tête, les mains attachées derrière le dos, et tu demandes au premier djihadiste qui passe de les décapiter au yatagan rouillé sans autre forme de procès. Je devrais pas écrire ça, je vais encore me faire repérer par un cyber-keuf et voir arriver chez moi au petit matin blême une escouade de pandores qui vont tenter de me faire avouer où se planque le mollah Omar … Déjà que ces types, les Foals, existent encore sans s’être endettés en frais de justice jusqu’à la trentième génération relève du prodige. Parce qu’avec une pochette comme ça, si Courtney Love-Cobain y tombe dessus après avoir pris une poignée de coke et un énième râteau de Billy Corgan (faut être sacrément raide déf, pour essayer de se faire cette grande asperge chauve, mais bon, chacun son truc …), donc si la Yoko Ono grunge a pas lâché ses avocats pour plagiat de la pochette de « Nevermind », putain le cul bordé de nouilles qu’ils ont, les Foals …
Y'a pourtant vraiment pas de quoi être fiers ...
Oh et puis … comme c’est Noël, le bon Dieu, le petit Jésus, la Miséricorde, et tout ce bordel religieux qui te pousse au pèlerinage au supermarché du coin rayon cholestérol, ou bouts de plastoc cancérigènes pour petits nenfants (imaginez, les moutards, ils ont, à peine venus dans ce bas monde, le choix entre les métastases sponsorisées par Ken, Barbie et Nestlé, ou s’ils en réchappent 212 trimestres à pointer à Pole-Emploi … y’aurait des façons plus drôles de démarrer dans la vie, hein, bon … remarquez je m’en fous…), je vais faire ma Mère Teresa et pas en dire de mal… Bon, si un peu, quand même, sinon je perds le peu de crédibilité et de lecteurs qui me restent.
Les Foals sont Anglais et ont sorti leur première rondelle en 2007 ou dans ces eaux-là… ça y est, vous les voyez venir, les boulets (quoique, ça aurait pu être pire, ils auraient pu être de Brooklyn) ? Les Foals n’ont que peu d’arguments en leur faveur, mais il doit bien se trouver quelque part sur le web trois clampins qui ont fondé leur fan-club et qui vont diront, au risque de se claquer les quelques neurones valides qu’il leur reste, que les Foals, c’est grandiôôôse … faut pas déconner …
En voilà de belles baudruches ...
Les Foals, c’est pas plus mauvais que nombre de leurs congénères, mais c’est guère meilleur non plus. Pour se donner bonne conscience et enfumer quelque puceau musical qui passerait par là, ils se proclament fans de Joy Division et de Portishead. Que celui qui entend dans cette rondelle la moindre chose qui rappelle l’épileptique pendu ou les tristos de Bristol me le fasse savoir, y’a mon mépris et l’intégrale de Yes (putain, y’avait longtemps, ça fait du bien) à gagner… Les plus malins ou les moins bourrés auront remarqué que Joy Div et Portimachin ça renvoie aux années 80 et 90. Le NME, Pitchfork et les Inrocks en ont évidemment fait des génies, s’esbaudissant à qui mieux mieux sur le talent des Foals. Pensez, ils étaient signés chez Sub Pop, label d’habitude gage de sérieux et de rock’n’roll dans ta face, même si les Foals c’est pas sérieux et encore moins rock’n’roll. Il faut reconnaître à ces cinq gugusses au moins une bonne idée. Celle d’avoir mis leur meilleur titre d’entrée sur le skeud … parce que s’ils l’avaient foutu à la fin, je sais pas qui de normalement constitué aurait poussé le vice à écouter la onzième plage de ce genre de rondelles. Tandis que là, après avoir entendu ce « Blue blood » sorte de new wave madchestérisée chantée par le mec de TV On The Radio (ça, c’est du descriptif, hein, avouez ...), on se dit qu’ils ont peut-être été capables de faire aussi bien quelque part sur ce skeud … Ben non, y’a deux-trois trucs qui se laissent écouter et les autres uniquement si on a envie de se faire le trip nostalgique Top 50 – Desireless – Luna Parker (gaffe à l’atterrissage, c’est du violent …).
Ma magnanimité sera  cependant accordée à « Spanish Sahara », malgré un final à la U2 des mauvais jours et à « Alabaster », même s’il me semble totalement pompé sur un truc dont j’arrive pas à me souvenir. Le reste, vaste soupe à la grimace sonore, renvoie dans les meilleurs des cas à de fades imitations des Talking Heads, Peter Gabriel ou Bowie dans leurs périodes eighties, ce qui de quelque part qu’on l’envisage n’est pas vraiment une bonne idée, avec quelques fois pour achever de gâter la sauce, des effets radioheadiens …
C’était pas forcément mieux avant, mais c’était moins chiant …

Et que sont les Foals devenus ? Aucune idée …


En écoute et plus si affinités ici


BLACK LIPS - UNDERNEATH THE RAINBOW (2014)

De toutes les couleurs ...
« Underneath the rainbow » dure trente quatre minutes. Et quand le skeud est terminé, tout être normalement constitué doit se poser une question, un peu saugrenue mais inévitable : les Black Lips sont-ils là, aujourd’hui, en ce printemps ripou de 2014, le meilleur groupe du monde ?
J’en vois déjà qui manquent de s’étouffer, ‘tain le Lester depuis le temps qu’on l’avait pas vu, qu’on se demandait s’il avait péri en mer, avait été pris en otage par des muslims vendeurs de pavot, ou pire, nommé ministre par Manu militari Valls, voilà t-il pas qu’il nous assène des énormités à propos d’un groupe qui a même pas fait la une des Inrocks. D’autant que si on s’en va googleliser « Black Lips », on va trouver des montagnes de pages où plein de gens qui s’affichent musicalement incontestables vont vous raconter que ce « Underneath … » c’est quasi de la daube … Les écoutez pas ces pantins, c’est moi qui ai raison, comme d’habitude, quand bien même ma légendaire modestie dusse-t-elle en souffrir …
Les Black Lips 2014, comme une pochette des Byrds, on dirait ...
Parce que les Black Lips y’a des années que skeud après skeud, ils se sont forgé une crédibilité en plutonium enrichi dans le milieu du punk-garage-sixties-bidule (eux se qualifient de flower-punk, ce qui ne veut rien dire, mais fallait y penser…), le genre de réputation après laquelle courent des milliards de groupes. Objectif avoué de l’opération : ravir les quatre pantins rances serviteurs rigoristes de la chapelle et surtout à ce moment-là ne plus bouger d’un iota. Et arrivés à ce stade, qu’est-ce qu’ils ont fait les Black Lips ? Sont allés chercher Mark Ronson, producteur-DJ branchouille et variéteux (Lily Allen, Robbie Williams, Aguilera, …) et dans un grand éclat de rire sonore, ont consciencieusement « saboté » leur carrière (leur précédent et déjà excellent selon moi « Arabia Mountain »). Là, avec « Underneath the rainbow », ils font le contraire, vont chercher un type « crédible » (Carney des Black Keys) pour produire quelques morceaux, mais en contrepartie se lâchent encore plus tout au long des douze titres.
Qu’il n’y ait pas de malentendus. C’est sérieux, les Black Lips, on n’est pas chez les Ludwig Von 88 ou Sha Na Na. Mais les quatre d’Atlanta ne s’interdisent rien. Même pas de se payer Mick Rock himself pour la photo de pochette (qui au passage a de faux airs de celle de l’antique 33T éponyme du Band avec sa dominante sépia). Même pas de citer des choses très éloignées du garage sixties (« Justice after all » ou « Drive-by Buddy », c’est du classic rock comme Petty ou Springsteen ne savent plus en faire depuis des décennies), de faire des références appuyées aux crétineries punk californiennes des 90’s comme Green Day ou Offspring (« Smiling »), de rendre hommage aux Ramones (enfin, c’est ce qu’il me semble) avec « I don’t wanna go home », de rendre obsolète le disque de « reformation » des Pixies (parenthèse : mais qu’est-ce qui lui prend à ce gros patapouf de Frank Black, arriérés d’impôts ? notes en retard chez le traiteur ? et tout çà en virant Kim Deal, faut pas déconner, gros lard …) avec un morceau comme « Funny », savants entrelacs de mélodies pur sucre et de grosses guitares fuzz …

Et puis, manière de faire un doigt aux garagistes 60’s intégristes, ils jettent en milieu de disque une sorte de truc yé-yé bubblegum très pop (« Make you mine »), un peu plus loin revisitent à leur façon le riff du « Lucifer Sam » du Floyd de Barrett, ça s’appelle « Do the vibrate », et ils le font suivre d’une bouillasse psyché (« Dandelion dust »), peut-être une référence au énième degré aux Stones (« Dandelion » est la face B de « We love you » sortie au milieu de l’an de grâce 1967, quand les Cailloux s’essayaient – de façon assez risible – au psychédélisme).
« Underneath the rainbow » est une rondelle qu’on ne sait à quel degré il faut l’appréhender. Jetée en pâture sur ce qu’il reste du « marché du disque » et démerdez-vous avec. Les Black Lips semblent comme tous les idiots savants n’en faire qu’à leur tête. Sortent un disque a priori joli, consensuel mais qu’on peut aussi percevoir comme une vaste joke j’menfoutiste. Bande de zigotos totalement ingérables qui balancent une rondelle « grand public » sur le label indépendant (mais balèze, on y trouve aussi Bloc Party, les Streets, Justice et … Charlotte Gainsbarre) Vice Records, les Blacks Lips peuvent compter sur leur leader azimuté Cole Alexander (adepte entre autres « facéties » de terminer ses morceaux live futal sur les chevilles, signe d’extrême satisfaction chez lui) pour fracasser consciencieusement et méticuleusement tout plan de « carrière » …

Des mecs bien qui font de bons disques … Le meilleur groupe du monde de la Terre d’aujourd’hui ...

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TEMPLES - SUN STRUCTURES (2014)

Le retour des babas ?
A force de revivals, il y en a qui vont finir par se frotter à de vieux trucs un peu chelous qu’on préfèrerait voir oubliés à jamais (à quand le retour au jazz-rock et au prog emersonien ? ça fout les jetons, hein ?). Et bizarrement, la plupart de ceux qui sont censés savoir dans les médias, s’entichent régulièrement de ces passéistes, alors qu’il y a des fois où l’on aimerait bien avoir des nouveaux noms, certes, mais qui proposent quelque chose de frais, d’original … quoique, y a-t’il encore quelque chose de nouveau, d’original, à découvrir ? Tout n’aurait-il pas été déjà entendu ?
La hype du moment, ça risque d’être les Temples. Anglais comme il se doit, qui après quelques singles accrocheurs, catchy comme on disait avant qu’ils naissent, livrent avec ce « Sun structures » un premier disque censé marquer son temps. Il paraît que Johnny Marr et Noel Gallagher adôôôôrent les Temples. Oh putain, le Marr et le Gallagher, deux ringards de chez ringard, qui ont pas sorti quelque chose d’audible depuis … et qui de toute façon n’ont jamais brillé par leur esprit musical aventureux (les Smiths et Oasis, c’était déjà du revival).

Les Temples, donc. Il me semblait avoir compris tout leur truc avant d’écouter les skeud. De la pochette, où on voit quatre types éparpillés dans la nature façon « Who’s next », avec son château pour prince charmant de manga, avec son leader-chanteur James Edward Bagshaw qui s’est fait un look Marc Bolan 71, avec ses titres de morceaux qui fleurent bon le retour de la revanche du rêve hippy. Le binôme central du disque s’énonce « Move with the seasons » - «  Colours to life » et on entend déjà les clochettes, les guitares fuzz, on sent l’encens et le patchouli au milieu de ces communautés du retour aux sources qui font l’amour aux arbres entre deux prières à l’alma mater.
Bon, ben, bingo ! C’est exactement de ça dont il retourne. Dans un impressionnant numéro de singes savants les quatre zozos des Temples ressuscitent le cauchemar hippy, sans vraiment prendre la peine de le mettre au goût du jour. Ce « Sun structures » (« Nous sommes du Soleil » ?) est un exercice de style. Parfois brillant. Témoins le titre d’ouverture (« Shelter song ») amusante pop pour hippies, « The golden throne », qui pourrait faire un single un peu pute avec ses synthés vulgaires et ses trompettes à la Love, « The guesser » bossa nova détournée sur une mélodie qui doit beaucoup au « Walk on by » de Dionne Warwick. Et puis le gros truc de ce skeud, c’est pour moi « Sand dance », plus de six minutes, motifs arabisants, comme si ces minots avaient voulu sur leur premier disque sortir leur « Kashmir ».
Tout n’est pas de ce bon niveau. L’essentiel, c’est quand même ripolinées avec les plug-ins à la mode, des recettes, des tics d’écriture, des harmonies vocales, des incantations qu’on a entendu des milliards de fois ailleurs il ya longtemps. Sur les compiles Nuggets (« Sun structures » le titre, « Test of time », ces pop-rocks psychédéliques des 60’s). Chez le gourou new age Devendra Machin (« Move with the season »), chez gloups … Yes (« Mesmerise », on croirait entendre le maléfique Wakeman). Aussi des mélodies tristes remplies d’harmonies vocales («Keep in the dark ») comme les Beach Boys après « Pet sounds » quand ils étaient gavés de LSD. Globalement, les Temples, on dirait le résultat d’une improbable fornication entre The Coral (le côté pop de foncedé) et l’Incredible String Band (la fanfare buissonnière hippie des 60’s) …

Tiens, à ce sujet, y’a deux questions qui me turlupinent : les Temples ont-ils déjà pris du LSD ? Vivent-ils encore chez papa-maman ? Tout ça pour dire que si c’est pas vraiment mauvais, c’est pas non plus renversant, on sent la recherche du truc dans l’air du temps, du marché de niche, … Pas l’impression d’avoir perdu mon temps à écouter cette rondelle, mais pas l’impression d’avoir eu affaire à de futurs cadors du rock …

DOUG TUTTLE - DOUG TUTTLE (2014)

Encore un ?
Encore un quoi ? Ben voyons, encore un type qui fait de la musique en regardant dans le rétroviseur. Direction années 60 psychédéliques. Pas le premier, oh certes non, sûrement pas le dernier non plus, tant on redécouvre régulièrement monts et merveilles de cette période, une des plus foisonnantes en matière de production, et aussi de qualité musicale.
Et alors, qu’est-ce qu’il a de plus ce Doug Tuttle que les autres ? Et qui c’est, d’abord ce zigoto, il sort d’où ? Euh, j’en sais foutre rien, il est américain, chevelu ( ? ),  son dernier groupe s’appelait Mmoss ( ?? ), il y jouait avec sa gonzesse qui s’est barrée, il s’en est trouvé fort marri (ce qui a donné l’inspiration et les textes de ce disque), et est parti vivre son aventure tout seul comme un grand. Echoué sur le label de Chicago Trouble In Mind, où sévit le jeune prodige Jacco Gardner, le Batave planant responsable l’an dernier d’un somptueux « Cabinet of curiosities », tout parfumé au … pop-rock psychédélique 60’s. Voilà voilà, la boucle est bouclée …

Ce « Doug Tuttle », donc, il empeste le cœur du centre du milieu du monde psychédélique américain, la Californie des années 65-66-67. Le Tuttle, il a du écouter les Byrds de 65-67, et aussi tous les groupes de San Francisco de l’époque. Ça sonne donc rigoureusement vintage, avec notamment un batteur nerveux qui pulse, loin des coups de pompe sur des doubles grosses caisses mixées en avant à la mode depuis plus de trente ans. Le Tuttle, lui, il a tout composé, chante et joue de la guitare. Les compos, c’est de l’exercice de style, classique, bien fait, mais ça a un peu tendance à tourner en rond dans des climats brumeux et cotonneux, notamment dans la seconde partie du disque, avant une bienvenue éclaircie finale. Le chanteur Tuttle, c’est pas une des grandes voix du rock c’est sûr, mais c’est fait simplement, proprement, en ajoutant plein d’effets et de filtres pour un rendu gris, opaque, souvent bien secondé par des harmonies vocales de comparses bien en place (le côté Byrds évident). Là où il est le plus impressionnant, c’est à la guitare. A l’opposé du m’a-tu-vu bling bling oyez oyez comme je joue vite et que je suis technique de mise chez tous ceux qui se prennent pour Clapton, Beck, Page, Hendrix ou qui on voudra au Panthéon, Doug Tuttle est d’une sobriété, d’un bon goût et d’une efficacité jamais démenties. C’est pourtant un sacré client, écoutez dans l’exercice de style archi-rebattu du long solo ce qu’il fait sur la ballade lysergique « Turn this love », il n’a rien à envier à ces maîtres de la six-cordes discrets du rock psyché que furent Jorma Kaukonen ou John Cippolina. Ce « Turn this love » est le titre de loin le plus long (6 minutes) du disque. Les dix autres sont expédiés aux alentours des deux-trois minutes réglementaires.

Ça commence par un hybride entre les Byrds et le Floyd de Barrett (« With us soon »), ça donne sans équivoque la ligne de ce qui va suivre, et ma foi, c’est assez accrocheur d’entrée. On s’aperçoit que Tuttle met souvent au début ou à la fin, voire au début et à la fin de ses titres des effets de bande accélérées ou ralenties et ça devient un gimmick assez agaçant tant c’est finalement prévisible. Les mélodies sont pour la plupart simples et bien trouvées (mention particulière à « Forget the day » et sa tentative plutôt réussie de boucle cosmique à la « A day in the life »), avec toujours cet effet madeleine proustienne qui renvoie à sa période chérie. Ça pique un peu du nez sur les tempos médiums et embrumés, et on en vient parfois à penser au shoegazing de My Bloody Valentine (flagrant sur « Where you plant … » avec là aussi une jolie partie de guitare). Une (légère) poussée d’adrénaline, un rythme plus enlevé (« Lasting away »), on se retrouve en présence de pop bubblegum (ou yéyé), c’est amusant mais quelque peu anecdotique. Après deux-trois titres qui font redite, le tempo se fait plus enjoué vers la fin du disque (« I will leave », c’est exactement comme les Byrds pop, les titres que composait Gene Clark sur « Mr Tambourine Man »). Le final (« Better days »), comme son nom l’indique, signe la fin de l’ambiance mélancolique et ouvre une fenêtre vers un futur qui pourrait plus gai …

Faudra pour ça en dépoter quelques-uns de ce « Doug Tuttle ». C’est pas gagné, même s’il surnage assez facilement du lot des productions rétro de ces jours-ci …


THE CARS - THE CARS (1978)

En voiture (et en roue libre) ...
Sur la highway musicale des 70’s, les Cars sont au bord de la route. En mini-jupes, talons aiguilles, décolleté profond et maquillage pétard. Les Cars sont des putes. Pas des escorts aux tarifs prohibitifs réservées à l’élite, non, des putes de base d’aires de repos, maquées par des proxos russes, qui se donnent à tout le monde …
Il y a cinq putes dans les Cars. Avec une pute en chef, Ric Ocasek. Plus moche du lot, mais c’est lui qui fait tout le taf, tapine, attire le chaland. En écrivant l’essentiel de titres tellement aguicheurs que fatalement, tu te laisses embringuer. Sans débander, cette pute d’Ocasek et ses potes alignent des sucettes à l’anis sonores. Bien aidés pour le coup par Roy Thomas Baker, l’homme attitré aux manettes derrière la folle Freddie Mercury et son gang de michetonneurs.

Faut dire que ces salopes de Cars préfèrent les Anglais aux Américains. Mais pas n’importe quels Anglais. Une nette prédisposition pour Roxy Music, groupe de dandys décadents et fin de race. Comme eux, les Cars, mettent des pin-ups aguicheuses sur leurs pochettes de disques. Et vont même jusqu’à pomper, y’a pas d’autres mots, la bande à Ferry sur des choses comme « I’m in touch with your world » (la même rythmique que celle de « Bogus man ») ou « Moving in stereo » qui recrache tous les plans de Roxy.
Le problème ( ? ) des putes, c’est que ça baise avec n’importe qui. Alors ces catins de Cars font même des clins d’œil aux pompiers et aux progueux (le doigté de Baker ?) avec quelques ponts tarabiscotés et des synthés baveux. Ce sont ces synthés qui datent irrémédiablement les Cars, sonnant parfois pénibles ou risibles. Mais on est prêt à tout leur pardonner …
Parce que d’entrée, ces biatches t’allument salement. Qui ne dresse pas l’oreille et le reste à l’écoute des trois premiers titres doit être un putain de pervers. S’ils avaient entendu « Good times roll », « My best friend’s girl » et « Just what I need » , les Sept Nains auraient fini par gangbanger Blanche-Neige. Ouais, même Simplet … on touche avec ces trois morceaux au plus profond de la matrice de la power-pop, du rock FM, ces genres musicaux un peu … putes qui vont faire jouir tous les hit-parades de la fin des 70’s … Forcément, après de tels préliminaires, le reste ça fait un peu coitus interruptus. Tu croyais que t’allais te taper Clara Morgane et tu t’aperçois que la meuf qui est là, elle est juste bien maquillée et toute chirurgée esthétiquement, « Don’t cha stop », c’est faiblard, ça bande mou …

T’as l’impression que finalement c’est toi qui t’es fait baiser. Mais tu t’en fous un peu. T’en redemandes de ces ribaudes, parce que finalement elles t’ont fait monter au plafond. De vraies salopes, mais t’aimes ça … Et t’as bien raison …

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LIVING COLOUR - VIVID (1988)

Du symbole au cliché ?
Living Colour, ils avaient toutes les chances de leurs côtés pour être un des groupes phares des années 90. Susceptibles de rassembler sur leur le nom le public de tous les courants, de toutes les chapelles. Avec clignotant bien fort au-dessus de leur nom, le mot qui allait devenir incontournable : fusion. Living Colour mélangeaient tout, le rock, le rap, le funk, tentaient la synthèse de ces genres bien cloisonnés … Et en plus, ils étaient Noirs.
On mit tous les atouts de leur côté, la major (Epic), le plan com (des Noirs qui rockent dur, rendez-vous compte …), des noms ronflants en guest (les leader de Public Enemy, posse majeur du rap, mais aussi un certain Mick Jagger). Et l’affaire a pourtant capoté …
Living Colour
Sans remonter jusqu’à Hendrix ou Phil Lynott, des Blacks mélangeant les genres, il y en avait déjà eu. Les Bad Brains avaient tenté l’aventure au début de la décennie avec leur punk-reggae-hardcore. Sans faire s’affoler les chiffres de vente. Les Living Colour ne réussiront guère mieux commercialement, « Vivid » marchera un peu aux States, les autres nulle part. Avec peu ou prou les mêmes recettes, Red Hot Chili Peppers ou Rage Against The Machine feront fortune. Parce qu’ils étaient meilleurs ? Bof, pas vraiment … Parce qu’ils avaient la peau plus claire ? Hum, peut-être bien …
Living Colour, ça en devenait presque embarrassant leurs symboles alignés et leur carnet d’adresses. L’affaire reposait sur Vernon Reid, guitar-hero déjà reconnu alors qu’il jouait dans les pénibles Defunkt (dispensable groupe de jazz-fusion-machin), et leader de fait de Living Colour (guitare ultra-technique en avant, pléthore de solos, seul compositeur de la moitié des titres). A la production, Ed Stasium, le spécialiste du rock pour arenas, pas mal pour un premier skeud. Ça sonne du feu de Dieu, des énormes batteries compressées au cœur de l’espace sonore, des arrangements bling-bling, le truc qui t’en fout plein les oreilles. Manque juste deux choses, un peu essentielles quand même : des titres bien construits (ça se veut compliqué, élaboré, plein de breaks et de changements de rythme, en fait c’est assez pauvre mélodiquement et déjà entendu des milliards de fois), et un bon chanteur (le préposé au micro, Corey Glover, est d’une quelconquitude assez affligeante). Last but not least, Living Colour pouvait compter sur un attaché de presse enthousiaste, le dénommé Mick Jagger. Qui, Stones moribonds oblige (Jagger et Richards étaient sérieusement fâchés, ils en venaient aux mains en studio, et les disques des Stones des années 80 sont misérables), tentait par tous les moyens de se maintenir sous les sunlights, à grands coups de disques solo risibles et de name dropping effréné, clamant à qui voulait l’entendre, que cette fois c’était sûr, il avait découvert the next big thing. Avec Living Colour, il produit même deux titres, fait les chœurs sur un (« Glamour boys »), et joue de l’harmonica sur l’autre (« Which way to America »). A peu de chose près les deux plus mauvais de « Vivid ».
Vernon Reid
Living Colour est un concept. Qui ne vole pas bien haut, mais qui à l’époque pouvait paraître quelque peu original. Du rock pour Blancs joué par des Noirs,  « militant » comme leurs voisins rappers new-yorkais (ils sont potes avec Public Enemy, d’où le petit featuring de Chuck D et Flavor Flav), une approche musicale somme toute conventionnelle et commerciale. Le titre introductif « Cult of personality » fera son petit bonhomme de chemin dans les charts et sur MTV, « Glamour boy » et « Open letter (to a Landlord) » auront moins de succès. La base du disque, c’est de passer à la sauce hardos du funk, du rap, des ballades, de la pop … Quelquefois ça fonctionne assez bien (« I want to know », « Broken hearts »), le plus souvent, ça ne ravira que les fans de solos de gratte, où là, faut le reconnaître, le Reid assure (m’étonnerait pas qu’il figure en bonne place dans ces classements stupides des best guitar heroes). A noter une reprise qui se veut déstructurée (mais pas tant que çà, on reconnaît quand même) du « Memories can’t wait » des Talking Heads.
« Vivid » n’est pas un disque abominable. Juste dans le ventre mou de ces œuvres « de fusion » qui vont se multiplier pour quelquefois le meilleur et le plus souvent le pire au tournant des années 80.

Par contre, faudrait songer à empaler le responsable de la réédition de 2002, qui ajoute une minable reprise du « Should I stay … » du Clash, une paire de remix aussi tristes qu’un réveillon sans bûche, et une paire de titres live qui n’ont pas dû donner à grand-monde l’idée d’aller voir Living Colour en concert lors des tournées de reformation … Ah ouais, je vous ai pas dit, ils ont sorti trois disques avant de se séparer, le plus connu de la bande, Vernon Reid, s’est lancé par la suite dans le jazz-metal ou une saleté de ce genre …