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EDDIE COCHRAN - SOMETHIN' ELSE THE FINE LOOKIN' HITS OF EDDIE COCHRAN (1998)

Cette compilation-là, elle est terrible ...
Et c’est pas Jojo H. ou Eddy M. qui me contrediront. Eux qui ont repris (et adapté) « Somethin’ Else » de Cochran.
Eddie Cochran … Un des mythiques crucifiés du rock. Mort à vingt deux ans en Angleterre, la faute à un chauffeur de taxi qui se prenait pour Lewis Hamilton. Gene Vincent, autre passager de ce corbillard improvisé, s’en sortira vivant, mais c’est pas ce carton qui rétablira sa patte folle, ni relancera sa carrière … Comme je vois les fans de Calogero perplexes, et qui se demandent ce que Cochran foutait en Angleterre, je vous explique le truc.
Aujourd’hui, Cochran fait partie des noms qui reviennent systématiquement dès qu’on se met à causer pionniers du rock’n’roll. Pas forcément le premier cité, plutôt après les Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Little Richard, et autres Chuck Berry. Et ce bien qu’en termes strictement mercantiles, sa carrière n’ait rien à voir… seulement huit titres classés dans les charts US (et guère mieux chez les British), et dans le lot, un seul Top 10 (« Summertime Blues »). En clair, Cochran ramait dans son pays. Et son management l’avait envoyé en Europe malgré sa frousse de l’avion explorer de nouveaux territoires et se chercher un nouveau public. Cochran était beaucoup moins connu de son vivant qu’une fois refroidi … Injustice ? Faut voir …
Ecce Homo ...

Bon, attention, je vais pas refaire l’Histoire ou une contorsion révisionniste. Cochran était différent de la plupart de ses contemporains-concurrents. Il chantait (certes comme tous les autres), jouait de la guitare (plutôt bien et généralement sur une Gretsch), composait lui-même nombre de ses titres. Tiens, déjà à ce stade, ne reste plus en course que Chuck Berry. Et Cochran se mêlait du travail sur le son en studio. Et là, y’a plus personne en face …
Cochran fut un précurseur, un des premiers, sinon le premier à vouloir tout gérer de sa production musicale.
Et là on en revient à cette compile. Vingt titres dans un ordre chronologique, quarante minutes, tous les incontournables, avec son très correct. Un début de carrière à dix neuf ans dans le duo des Cochran Brothers (avec un homonyme, Hank Cochran, qui n’avait aucun lien de parenté avec lui). Un premier single (chez Ekko, le reste de ses productions sortiront en très grosse majorité chez Liberty), « Tired & sleepy », proto-rockabilly assez mal foutu, sans aucun succès. La suite en solo, avec l’aide de son manager et co-auteur (pour de vrai, pas seulement pour empocher sans rien faire des royalties) Jerry Capehart, débute par le titre « Skinny Jim », batterie très en avant pour l’époque, et nouveau flop. Bifurcation dès lors vers les reprises. « Long tall Sally » de Petit Richard. Mauvaise idée, on ne se frotte pas impunément à son répertoire si l’on n’a pas un gosier en acier et Cochran, bien que bon chanteur, n’est pas au niveau (de toutes façons, il n’y a que trois personnes au monde capables de reprendre Little Richard sans se couvrir de ridicule, Wanda Jackson, John Fogerty et Paul McCartney). La reprise suivante « Sittin’ in the balcony » (J.D. Loudermilk) tourne le dos au rock’n’roll pour s’engager en territoire doo-wop. Bingo, les charts frémissent comme on dit. Rebelote doo-wop avec « Drive-in show », pourtant meilleure mais qui se vautre …
Période section de cuivres ...
Et puis, alors que Cochran semble se diriger vers les poubelles de l’Histoire, un de ses titres (« Twenty flight rock ») est choisi pour figurer dans la B.O. de « La blonde et moi » (« The girl can’t help it » en V.O. »), nanar désolant mettant en scène ou en musique toute la faune du rock’n’roll de l’époque, et gros succès cinématographique. Et là, plein de gens qui vont devenir le futur du rock flashent sur ce titre. Dont McCartney et les Stones qui le reprendront des lustres plus tard en public … « Twenty flight rock » est l’arcfhétype du rock rageur, brutal et syncopé. Pas plus con qu’un autre, Cochran surfe sur ce petit buzz et va exploiter le filon, engendrant une suite de classiques.
« Jeanie Jeanie Jeanie » rockab énervé figurera en bonne place vingt ans plus tard sur le premier Stray Cats. Le duo de singles successifs « Summertime blues » et « C’mon everybody » font aujourd’hui partie du patrimoine mondial du binaire. Le premier est l’antithèse de ce qui fera le fonds de commerce des Beach Boys, l’histoire de ce mec qui malgré le soleil, les plages et les filles qui rodent, finira la journée seul. Son thème et sa violence rythmique ne laisseront pas les Who live at Leeds indifférents, et Pete Townsend se souviendra pour « Who’s next » qu’à l’instar de « C’mon everybody », on peut sortir des riffs qui déchirent leur race à la guitare acoustique …
Avec ces deux titres, Eddie Cochran se fait un (petit) nom. Il ne résistera pas à la tentation d’exploiter le filon. « Nervous breakdown » est un pâle ersatz de « Summertime blues », mais Cochran voit plus loin, plus ambitieux, plus élaboré. Il rêve en studio d’orchestrations plus fouillées, plus travaillées. Les cuivres arrivent dès « My way » (rien à voir avec the Cloclo song), sont encore plus présents avec un solo de sax sur le doo-wop énervé mais dispensable « Teenage heaven ». Les choristes féminines sont réquisitionnées pour « Weekend » (bof …), avant le « recentrage » et retour au rock de ce qui sera le dernier classique de Cochran de son vivant, l’imputrescible « Somethin’ else ». Un titre qui végète dans les charts et qui signe le début de la fin pour Cochran. Suivront une reprise façon big band du « Hallelujah I love her so » de Ray Charles, un instrumental surf tout aussi quelconque (« Guybo ») malgré un travail sur le son peu commun à l’époque, une sorte de marche militaire ( ?! ) (« Cherished memories ») d’un mauvais goût étonnant. Avant l’équipée anglaise et la D.A.O. qui suivra.
Rock star, un métier de tout repos ...
Le posthume « Three steps to heaven » assez subtil mélange de doo-wop et de Fats Domino style et sa belle mélodie viendront rappeler à ses fans éplorés que Cochran pouvait à l’occasion rivaliser avec les plus grands. Et il semble qu’il ne comptait pas s’arrêter là en matière « d’innovation », témoin l’autre titre posthume qui clôture la compilation (« Cut across Shorty »), mélange détonnant de country (les couplets) et de rockabilly (le refrain), assez proche du « I gotta know » de Wanda Jackson.
Cette notoriété qui lui avait à peu près échappé de son vivant, Cochran allait l’atteindre une fois refroidi. Aujourd’hui, Cochran symbolise le jeune rebelle (les fans de rockab, les plus exigeants des rockies le vénèrent à l’égal du Johnny Burnette Trio, tous les plus grands noms des 60’s l’ont repris), celui qui a « durci » le ton et le  son du rock’n’roll originel. Le traitement sonore de ces chansons (la mise en place de la batterie, l’utilisation jamais répétitive de la guitare) avait bien cinq ans d’avance, ce qui était énorme en ces temps-là très « codifiés ». Et puis, même si cet aspect-là était pudiquement passé sous silence, Cochran était un furieux allumé. La tournée anglaise avec Gene Vincent (autre déglingo notoire) voyait les deux hommes gavés d’amphétamines faire une bringue totale, le visage tartiné de fond de teint, parce qu’ils ne trouvaient pas le temps de se laver, et encore moins de dormir.

Rock’n’roll Eddie Cochran ? Ah que oui …



THE ROLLING STONES - BLUE & LONESOME (2016)

2120 South Michigan Avenue ...
… Qui en plus d’être un titre des Stones des early 60’s, est comme chacun sait (hormis les électeurs de Fillon, les sportifs, les jeunes de moins de soixante-cinq ans, et quelques autres…), l’adresse du label Chess à Chicago. Soit la référence du blues à son âge d’or, ou son apogée, comme on veut. Un label dont les parutions, comme chacun sait (hormis les électeurs etc, etc, …), ont fortement influencé quelques visages pâles anglais au début des 60’s. Y compris ceux au sujet desquels dont il va être question, j’ai nommé Ladies & Gentlemen, Mesdames et Messieurs et Autres, le plus grand groupe de rock de tous les temps (le meilleur étant comme chacun sait, Kyo, voire à la limite les Beatles), les ci-devant Rolling Stones. Cinquante deux ans et des brouettes de carrière. Dont les dernières quarante années, comment dire … passées à capitaliser sur le prestige des douze premières.
Car quel homo sapiens muni d’oreilles en état de fonctionnement, peut trouver intéressants, voire plus, les disques sortis par la Jagger & Co. Inc. depuis au mieux, « Black & Blue », au pire « Exile … ». D’ailleurs, conscients de leurs limites et d’une inspiration en cale sèche, les Vieux Cailloux n’avaient sorti que deux disques studio en 20 ans, « Voodoo Lounge » au milieu des 90’s et « A Bigger Bang » dix ans plus tard. Et que ceux qui ont en mémoire un seul titre de ces deux galettes se fassent connaître, ils gagnent une semaine de backstage pass pour les meetings chamaniques ( ? ) de Sœur Emmanuelle Micron. Par contre, les Stones ont beaucoup tourné, allant même jusqu’à racketter des Cubains ou des Chinois consentants ( ? ), faisant paraître des Cds, Dvds, Blu-Rays live à une cadence que même Pénélope F. n’arrive pas à suivre en matière de faux bulletins de salaire.
Souriez, c'est pour la promo ...
Et les Stones, qui se détestent cordialement (enfin, surtout Jagger et Richards, Ronnie servant d’interprète entre les deux, et Charlie entre deux cancers regardant tout ça d’un œil amusé), n’étaient qu’une multinationale engrangeant des millions de dollars au profit des quatre actionnaires majoritaires. On ne sait par quel miracle ou accident, lors d’un conseil d’administration de la holding Rolling Stones, en présence on s’en doute de dizaines d’avocats des différentes parties en présence, la conception et la mise en marché d’un nouveau disque studio furent mis à l’ordre du jour. Nom du produit : « Blue & Lonesome ».
Evidemment, les notes de la pochette de la chose nous parlent de jam bluesy en studio impromptue et improvisée en présence du producteur Don Was. Lequel aurait suggéré un disque de reprises de vieilleries blues plus ou moins inconnues. Tope là, marché conclu, affaire bâclée en trois jours de studio, tout le monde live, douze titres mis en boîte, zéro overdubs, etc, etc …, veuillez chers amis passer à la caisse avec le dernier skeud des Stones …
Ouais, … Hum … Je veux bien qu’on imprime la légende si elle est mieux que la réalité, mais bon … Pourquoi avoir attendu un an (douze mois), avant de sortir la chose, pourquoi ces titres extraordinairement bien en place ?
L’expérience, la magie de l’instant ? Ou le travail minutieux, milliseconde par milliseconde sur une batterie de Mac, de postproduction, comme on dit en cinéma ? Tout ça pour arriver à faire sonner les cymbales de Charlie Watts comme des casseroles sur lesquelles on cogne (sur « Just like I treat you » notamment) ?
Et vous avez vu ce qu’ils en disent dans la presse (la vraie, celle où on paye des gens pour écrire des phrases avec sujet, verbe, complément et accord du participe passé) ? « Blue & Lonesome » est une bouse terminale, jouée par des vieillards en bout de course. J’ai vu ça dans l’Express ou le Nouvel Obs, vous imaginez le sérieux et la compétence de l’analyse.
Y'a encore du monde pour nous voir ?
Ben moi je vais dire, ce « Blue & Lonesome », il est excellent, voire plus. Le meilleur disque des Stones depuis « Black & Blue », voire « Exile … », et meilleur même que bon nombre de rondelles sorties par le groupe entre 64 et 72 (quelqu’un pour défendre « Satanic Majesties » ?). Parce que peu importe que les prises aient été bidouillées et triturées par Was, Jagger et Richards, « Blue & Lonesome », il envoie le bois. Et signifie à tout un chacun que le blues, c’est pas forcément un truc tristos, monotone et chiant joué par un vieux Noir aveugle et cocu. Les Stones jouent dans ce disque comme si leur carrière en dépendait. Up tempo, le plus souvent. Avec une énergie punk. Oui, j’ai bien écrit punk, ce genre musical dont tous les acteurs se plaisaient à dire en 77 « fuck les vieux Stones » (enfin, pas tous, Strummer et Jones étaient beaucoup plus mesurés, sachant ce que le rock devait à la bande à Jagger et Richards). Quarante ans après les faits, les Stones envoient le bois comme Dr Feelgood. Un seul exemple, frappant au bout de quelques secondes sur n’importe quel titre : Jagger chante en laissant tous ses tics et afféteries vocaux au vestiaire, se fout le gosier minable. Et souffle à s’en faire exploser les carotides dans un harmonica, ce qui lui était pas arrivé depuis … pff, plus que ça, au moins.
Derrière, les deux siamois, le Keith et le Ronnie, riffent, chorussent et solotent comme s’ils voulaient se faire un nom dans le music business, Charlie Watts oublie Gene Krupa et sort des breaks et des roulements dévastateurs. Les larbins habituels, Darryl Jones, Chuck Leavell, Matt Clifford, sont discrètement efficaces. Même un autre vieux de la vieille, Eric Clapton, qui soi-disant par le plus grand des hasards enregistrait dans le studio à côté, qui a vu de la lumière et est rentré triturer sa vieille pelle slide sur « Everybody knows … », et sa Strat sur « I can’t quit you baby », oublie pour une fois de se prendre pour un vieux débris pénible.
Souriez, les mecs, on est censé être potes ...
Oui, vous avez bien lu, les Stones reprennent « I can’t quit you baby » de Willie Dixon certes, mais surtout pierre angulaire du 1er Led Zep. Hasard ? Tu parles, Balthazar … Moi je vois plutôt ça comme régler de façon définitive une vieille histoire de suprématie. Les Stones en 2016 viennent narguer le cadavre du Dirigeable. Leur version, quoique puissante et couillue ne vaut pas celle de Plant et Page, mais semble leur poser la question : « vous êtes où, les mecs aujourd’hui, à vous prendre le chou pour savoir si vous allez vous reformer, venez-y voir, vous êtes cuits, finis, nous on est toujours là et on vous emmerde … ».
Par le ton, le son, et la rage déployées, « Blue & Lonesome » renvoie cul par-dessus tête (ouais, même Neil Young) tous les collègues-concurrents, qui la soixantaine largement entamée, continuent de faire du rock ou du moins quelque chose qui y ressemble. Depuis combien de temps ZZ Top, par exemple, n’a pas sorti un boogie de la trempe de « Ride ‘em down » ? Qui après le lourd, lent et rustique « Hoodoo blues », ou la montée en puissance et en tempo de « Little rain » a envie de se réécouter une rondelle de S. R. Vaughan, ou pire, la dernière pleurnicherie bluesy de Bonamassa, Poppa Chubby, Warren Haynes ou qui sais-je encore. Et ne me parlez pas de Bertignac ou Paul Personne (deux types que j’aime bien, mais dont malgré de louables et répétés efforts, j’ai jamais pu écouter une rondelle jusqu’au bout), ou du groupe de belouze du copain auvergnat du cousin du neveu de votre collègue de bureau. Et j’aurais même une question idoine à poser (non pas aux Canned Heat, ils sont tous morts, Dieu merci), à Brian Setzer : depuis quand il a pas sorti un rockab du niveau de « Just  like I treat you ».
Et encore, j’ai pas cité les deux meilleurs du disque, « Blue & lonesome », le titre, et la tuerie blues-punk « I gotta go », qui va faire se gratter l’occiput au pourtant speedé Reverend Horton Heat soi-même (par charité chrétienne, je ne ferai aucune allusion malveillante au Jon Spencer Blues Explosion, vous savez, le groupe du type qui se prend pour un Elvis énervé de Prisunic …)
Bon, qu’est-ce que je pourrai encore vous dire… Que c’est Little Walter qui se taille la part du lion dans la tracklisting (quatre titres), mais à la limite on s’en fout.

Non, ce qui est essentiel, c’est que là, fin 2016, les Stones ont sorti la suite de « The Rolling Stones » ou « 12 x 5 ». Et qu’ils sont en nets progrès. Retour vers le futur … Va encore falloir passer à la caisse avec un grand disque des Stones sous le bras …

Des mêmes sur ce blog :



IGGY POP - POST POP DEPRESSION (2016)

SFR Blues ?
Question : comment tu fais pour vieillir quand tu t’appelles Iggy Pop, que personne ne te voyait survivre aux 70’s, et que t’es encore là en 2016 ? Et que quand tes voisins d’une célébrissime photo de 73, Lou Reed et Bowie, sont eux définitivement refroidis. En d’autres termes, c’est quoi ta vie quand un des types réputés les plus destroy du rock va entamer sa sixième décennie de carrière ?
J Homme à genoux, Iggy sur un tabouret ...
Carrière, vous avez dit carrière ? Dans le rock ? Quel vilain mot … mais pourtant c’est celui qu’il y a tout lieu d’employer quand il s’agit d’Iggy Pop. Les points retraite qu’il a cramés dans sa jeunesse, depuis disons un quart de siècle (disque-charnière, le pourtant excellent « Brick by brick », qui voit l’Iguane lorgner pour la première fois délibérément vers le jackpot commercial), l’Iggy essaye de les engranger, passant du fantasmatique (les multiples reformations des Stooges de ce siècle) au navrant (des pubs pour SFR, des duos avec qui veut bien, qui veut connaître le frisson de côtoyer un mec présumé dangereux, …). Quoique dangereux, Iggy ne l’est plus depuis longtemps. Il fait comme tous les autres encore en vie de sa génération, il gère sa santé et son art sans prendre de risques …
Iggy Pop, ça reste tout de même un nom bankable, surtout quand on le laisse pas livré à lui-même. Parce que le bougre, s’il n’a pas à ses côtés un type capable de lui fournir un enrobage sonore (au hasard Ron Asheton, James Williamson, David Bowie), ben, il y arrive pas, il a jamais été foutu d’écrire seul une chanson audible. Alors ces temps-ci, grosse affaire, il s’est acoquiné avec Josh Homme, le Jimmy Page du pauvre. Homme, c’est le type qu’aurait bien voulu être une légende de la guitare, mais qui y est pas arrivé. Pas faute d’avoir essayé, depuis Kyuss et Queens of the Stone Age, en passant par Them Crooked Vultures, où il essayait de (re)faire du Led Zep avec John Paul Jones, le bassiste du feu dirigeable. Voire Eagles of Death Metal, orchestre à géométrie variable monté avec son pote Jesse Hughes, et tristement entré dans l’Histoire un soir de Novembre 2015 au Bataclan. Mais voilà, Homme n’était pas sur scène ce soir-là, et c’est le moustachu réac Hugues qu’on a vu partout exorciser le cataclysme sanglant.
Donne-moi ta main, et prends la mienne ...
Mais bon, jamais avare de tentatives de monter un supergroupe à succès (Josh Homme, qui a postillonné sur un Clapton en bout de course, partage maintenant avec l’ex God cette manie du supergroupe, comme quoi y’a des fois où quand t’es jeune, tu sais pas de quoi ton avenir sera fait et tu ferais souvent mieux de fermer ta gueule …), Homme se retrouve donc en compagnie de l’Iguane, et a amené dans ses bagages une section rythmique assez inattendue, le bassiste Dean Fertita (QOTSA, Dead Weather, …) et le jeune batteur Matt Helders (Arctic Monkeys). Cette troupe cosmopolite étant censée accompagner l’Iggy pour la parution d’un chef-d’œuvre incontestable et annoncé comme tel.
Ben je vas vous dire, j’ai écouté ce « Post Pop Depression », et j’ai rien trouvé là de prodigieux. Composé et joué à huit mains, plus quelques backing vocaux, cuivres et cordes additionnels sur quelques titres, produit par Homme, ce « Post Pop Depression » est assez vite prévisible (on n’a certes pas à faire à des expérimentateurs forcenés, mais quand même …) et, plus grave, assez vite pénible. La faute essentiellement à Iggy, qui s’obstine en dépit du bon sens à user et abuser de sa voix grave de crooner. Pas forcément qu’il ait envie de succéder à Sinatra, mais parce que, à 69 ans, les cordes vocales abîmées par les hurlements stoogiens et quelques excès médicamenteux, ben y’a plus que ça qui sort du gosier. Terminés les aigus, basta les modulations. Et Iggy Pop, n’en déplaise au fan-club, n’a jamais été et ne sera jamais un grand chanteur. Sa voix n’a toujours été qu’une partie du personnage, chien fou furieux et destroy qu’il a mis en place au début de son parcours.
Joshua Tree ?
Forcément, les autres doivent faire avec. Tricotant une palanquée de mid-tempos lourds et déclamatoires. Et pour qui connaît un tant soit peu le parcours et surtout l’œuvre d’Iggy, tout cela a déjà été entendu. « Post Pop Depression » est un mix (pas trop mal foutu, faut être honnête, pas renversant non plus) de « The Idiot » (1977, chef-d’œuvre avec Bowie) et de « Avenue B » (album un peu beaucoup foutraque de la fin du siècle dernier, avec Don Was). Vous en voulez des preuves qu’ils se sont pas foulés ? « Gardenia » (un des meilleurs titres du disque pourtant), est introduit par un gimmick très Bowie, quand à la voix, on dirait que c’est Bowie lui-même qui chante. Bon, ils se sont auto-inspirés il fut un temps, mais quand même … Dans « American Valhalla », ce sont les mêmes sonorités asiatiques qui avaient fait le succès intergalactique de « China girl » … Oui, je sais, le titre était coécrit Bowie-Pop, mais quand même … « Chocolate drops », autre bon titre (mais atypique par sa forme – une ballade - , alors que pratiquement tout le reste est construit sur du mid-tempo), reprend une grille d’accords similaire à celle du hit « A girl like you » d’Edwin Collins, morceau moultes fois imité, mais quand même … Dans « Paraguay » (après « Miss Argentina » sur « Avenue B », y aurait-il une sorte de fascination pour l’AmSud chez Iggy ?), seconde ballade sophistiquée et très arrangée, il y a un passage qui rappelle furieusement le refrain de « The memory remains » , le duo Marianne Faithful-Metallica, ça dure pas longtemps mais quand même …
Pop Pop Depression - The band live
Sinon, « Sunday » est un très bon titre, emmené par un drive groovy de Helders, le petit jeunot pas imressionné par les vieux et qui tire très bien son épingle du jeu. Homme nous fait le coup de la guitare sèche flamenco sur « Vulture » (Them Crooked ???) avant de se prendre pour Robert Fripp le temps d’une démonstration de chorus dissonants, ouais, bof … La plupart du temps, c’est d’ailleurs Fertita, mixé très en avant qui ressort plutôt du lot (mais il a du nez, Fertita) … Et il faut attendre le septième titre (sur neuf) pour voir débouler « German days », un bon vieux rock (certes emphatique et un poil grandiloquent, mais un rock tout de même), ce qui prouve bien qu’on est assez loin des Stooges …

En résumé, il y a une éternité qu’Iggy Pop n’a pas sorti de grand disque. Ce n’est pas ce surévalué « Post Pop Depression » qui va modifier la tendance …


HOLLYWOOD VAMPIRES - HOLLYWOOD VAMPIRES (2015)

Le coin des grabataires ?
Si l’on en croit la légende ( ? ), ils se sont retrouvés au bar d’un endroit branchouille chicos de L.A. où ni vous ni moi n’avons aucune chance d’être un jour acceptés à l’entrée. Tous les trois avec une saleté macrobio, colorée, édulcorée, et sans alcool dans le verre. Et ils se sont remémorés les good old times, quand ils étaient moins vieux et qu’ils picolaient plus sévère qu’un Biélorusse déprimé. Et comme ils s’emmerdaient ferme malgré les montagnes de billets verts amassés depuis des décennies, ils se sont dit tiens, pourquoi est-ce qu’on ferait pas un disque ensemble, juste pour le fun. Et comme aucun n’avait été foutu d’écrire un titre audible depuis au moins le siècle dernier, pourquoi est-ce que ce serait-il pas génial de reprendre des titres qui nous éclataient quand on était jeunes, il y a de cela très longtemps. Et puis, comme on est pas vraiment dans le besoin, on filera la thune du disque à une asso qui s’occupe de soigner des musiciens alcoolos dans la dèche (solidarité de piliers de bars repentis oblige), et comme ça on reparlera vachement de nous et ce sera l’occasion de gagner par la suite encore plus de pognon (bon, ça ils l’ont peut-être pas dit, mais ça se voit gros comme un tatouage sur le cul d’une stripteaseuse que c’est aussi le but de la manœuvre, relancer une carrière qui part un peu en sucette, et c’est pas les hexagonaux Enfoirés qui diront le contraire …).
Perry, Depp, et Cooper. Fatigués, les vieux ?
Bon et alors, t’accouches Ducon, c’est qui ces trois types ? Vincent Furnier, plus connu sous le nom d’Alice Cooper, Joe Perry d’Aerosmith, et Johnny Depp, du Pirate des Caraïbes Lonely Hearts Club Band. Un type pour produire ? Facile, ce sera Bob Ezrin, vieux compagnon de route du Coop. Et manière de pousser la vanne jusqu’au bout, on fera venir quelques potes. Ah ça, des potes, vu qu’ils ont sur leur portable une liste de contacts autrement plus glamour que les nôtres, il en est venu de partout. Résultat des courses, le sticker qui les liste couvre la moitié de la pochette du disque. Des convenus qui cachetonnent en studio derrière l’Alice, jusqu’à Sir Paul Macca et Sir Christopher Lee (et que ceux qui ont pas compris pourquoi Cristopher Lee sur « Hollywood Vampires » se fassent connaître, y’a une morsure dans le cou à gagner …). D’ailleurs le Lee, c’est un des derniers trucs qu’il a fait, cette intro de disque avec sa grosse voix sépulcrale, avant d’aller s’allonger cette fois pour de bon dans son cercueil.
Les mêmes, plus Laboriel et McCartney
Des reprises de vieux machins, plutôt connus, pour pas dire célébrissimes. Traités façon hard, c'est-à-dire quand même un peu beaucoup bourrin la plupart du temps. C’est bien là le problème, d’ailleurs. Ces titres, on les a pour la plupart tellement entendus dans leur version d’origine, que là ça fait souvent tout bizarre, de les retrouver dans des versions avec un son kolossal qui fissure l’émail des molaires, avec des chœurs façon hooligan, et des solos de guitare qui à force te font regretter de pas être fan de Mouloudji. En gros, y’a des fois ou trop c’est trop. Par exemple « Instant Karma » de Lennon ou « My generation » des Who, ça m’enchante pas, leur version. Ça marche bien mieux à mon sens sur le « Itchycoo Park » des Small Faces, voire « Come and get it » de Badfinger (sur lequel on retrouve un McCartney qui se multiplie au piano, à la basse, aux vocaux, bon faut dire que c’est lui qui l’a écrit le titre il y a plus de quarante ans).
Autre truc qui me chagrine les oreilles, la voix de Cooper, omniprésent au micro. Oh, certes, il est reconnaissable entre mille, avec ses intonations de maniaque vicieux et pervers, et il s’en sert bien pour ses morceaux, mais ceux des autres, hum … Il est à mon sens totalement à côté de la plaque sur « Whole lotta love », où il manque toute la sexualité développée sur l’originale par Plant (il ont d’ailleurs zappé les râles de la partie centrale) et c’est pas les chœurs du pauvre Brian Johnson qui vont relever le niveau … De même, on s’attaque à un medley Doors, et on passe à côté de l’ambiance chaman en rut de Morrison, malgré le renfort d’un orgue manzarekien plus vrai que nature et de Robbie Krieger à la gratte.
Bob Ezrin au centre (de l'affaire)
Puis, y’a carrément des choses qu’il faudrait pas oser. Reprendre du Hendrix quand on est guitareux et qu’on veut coller à l’original (une version problématique de « Manic depression ») ou à T.Rex quand on swingue comme un régiment d’enclumes (le mauvais choix du lascif « Jeepster » sans le chaloupement érotique de Bolan, ça le fait vraiment pas).
Et comme quand on aime on ne compte pas, on a droit à une paire de titres quelconques écrits pour l’occasion par le Coop et le Depp dont l’hommage final aux hordes de rockers tombés au champ d’honneur verre de vodka orange à la main (« My dead drunk friends »). Ah, et j’allais oublier, ce qui est par beaucoup perçu comme le coup de génie du disque, le medley « School’s out / Another brick on the wall » montre juste qu’un bon morceau d’Alice Cooper n’en vaut pas un bon du Floyd. Si encore ils avaient eu l’idée d’y rajouter « L’école est finie » de Sheila, ça aurait été mieux, et surtout plus drôle. Parce qu’au final, c’est un peu ça qui manque, le fun. Tout le disque empeste la bonne copie appliquée, tout le monde bien concentré sur son sujet avec une mine de carême …
« Hollywood Vampires » n’est pas mauvais, il est juste un peu trop scolaire à mon goût.

Si ça peut permettre aux « jeunes générations » (c’est pas gagné, les djeunes ils doivent s’en taper de ces vioques qui jouent des trucs de vioques pour les vioques), de se cultiver au son de titres mémorables des 60’s -70’s, pourquoi pas …

JOHNNY CASH - AT HIS MIGHTY BEST Vol. 1 (1991)

MIB ...
Johnny Cash … Le Man In Black original… Une carrière longue comme un jour sans amphétamines, et pour celui qui aura passé l’essentiel de sa vie à se comporter comme un redneck pur jus, une reconnaissance sur le final comme un type sommet de coolitude … étrange perception d’un gars qui pourtant n’aura guère perdu de temps à essayer de brouiller les cartes. Cash, c’est (forcément) du direct, sans trop de fioritures.

Cette compile light, premier volet d’un triptyque consacré à ses années Sun Records (58 à 64), est loin d’être cruciale, même si elle recouvre une de ses périodes (avec la dernière sous l’égide de Rick Rubin) où pas grand-chose n’est à jeter. Les compilateurs se sont pas foulés, vingt titres pour un peu plus de quarante minutes, loin de toute considération chronologique, livret squelettique … Parue au début des années 90, quand L’Homme en Noir (et le reste de l’écurie Sun), étaient totalement out, ringards ultimes. On en était aux types en pantacourts qui faisaient du grunge (Nirvana et ses suiveurs), une bouillasse affublée du terme de fusion (les Red Hot Machin, les Rage Against Bidule), ou à l’opposé avec des zozos en survêt orange à capuche qui poussaient des disques accompagnés de montagnes d’ordinateurs … Sun Records était un label ayant cessé toute activité depuis plus de vingt ans, élément d’un puzzle qui à coups de rachats, de reventes, de fusions d’entreprises, allait contribuer à mettre en place le monde merveilleux de la World Company musicale que l’on connaît. La FNAC, qui en plus de vendre des Cds en fabriquait, distribuait sous licence des choses dont pas grand monde voulait, le fonds de catalogue Sun entre autres … A l’époque et hormis Presley (la grosse machine RCA sortait du disque du King à la pelle) quasiment le seul moyen d’avoir sur une rondelle argentée des titres des « pionniers ».
Johnny Cash aux débuts donc. Musicalement, le plus blanc de tous (même Carl Perkins se laissait parfois tenter par des arrangements jazzy ou bluesy). Aussi le moins « and roll » du lot. Cash venait de la country roots et ne perdait pas une occasion de revenir vers son idiome d’origine. Un peu à part au milieu des gloires de Sun. A côté des bigleux (Perkins, Orbison), du grassouillet (Presley), du cinglé (Jerry Lee Lewis), Cash, lui, c’était le Dur. Austère (très vite tout fringué de noir), toujours la mine renfrognée, sa voix traînante de baryton, et son immuable rythme country ralenti et feignasse …

Il a suffi d’un seul titre (« I walk the line ») pour faire de Cash un type qui comptait, et d’un seul autre (« Folsom prison blues ») pour asseoir sa légende. Les deux sont présents ici (ce premier volet de la compile est d’assez loin le meilleur des trois). « I walk … » tout le monde connaît, le morceau qui a défini pour l’éternité le Johnny Cash style. « Folsom prison blues » a fait de Cash le gourou chantant de tous les rednecks qui jouent au dur. A cause d’une phrase : « I shot a man in Reno just for watch him die » (écoutez les acclamations qui la ponctuent sur ses live carcéraux des 60’s). Une phrase prise pour argent comptant, alors que même si Cash n’a jamais eu la réputation d’un type qui se laissait marcher sur les pieds, il semble à peu prés acquis que c’est de la pure fiction.
Cette réputation de type à la redresse, Cash saura l’entretenir et elle ne le quittera plus (son public le plus fidèle, ses « frères », ce sont les taulards Blancs).
Même s’il saura plus tard en jouer, ses débuts ne peuvent pas vraiment être affublés du sticker « explicit lyrics ». Cash fait comme tous les autres, essaye de trouver sa voie originale, son style. Il se cherche. Avant de tourner la page du rock’n’roll lorsqu’il signera chez Columbia, il s’y laisse parfois aller dans ses débuts (« Rock Island line » est un pur et strict rockabilly, « Get rhythm » un bon petit rock’n’roll. Mais on le sent plus naturellement à son aise dans la country. Et là que ce soit ses propres compos (assez rares, Cash n’est pas vraiment un auteur prolixe) ou sur ses nombreuses reprises, sa touche personnelle se remarque assez vite. Tiens, un exemple, allez écouter la scie « I forgot to remember to forget » et comparez sa version à celle du King, Cash tient la route … Il revisite même assez bien les « classiques » du répertoire, notamment ceux de Hank Williams, le premier chanteur de country « moderne » si tant est que les deux mots puissent être accolés. « You win again » ou « Cold cold heart » par Cash valent le détour …

Une compile quand même un peu beaucoup surannée, assez loin d’un vrai Best of, jamais rééditée. On trouve facilement beaucoup plus exhaustif, mieux documenté, avec un meilleur son dans la multitude qui sont dédiées à cette période-là du bonhomme …


Du même sur ce blog :


ALLAH-LAS - WORSHIP THE SUN (2014)

Faits comme l'Oyseau ?
Y’a des fois, malgré ma bonne volonté et mon obstination, que certains trucs me passent vite par-dessus l’occiput. Ce skeud il en fait partie.
Pas qu’il soit mauvais. Non, il est même plutôt pas trop mal. Mais comment dire … le 38975ème groupe de l’année qui donne dans la nostalgia 60’s, à la longue, ça finirait même par rebuter les gonzos qui tapissent leurs murs de compiles Nuggets ou Peebles, et d’affiches de concerts au Fillmore. Alors, pensez, un type comme moi, vieux fan de Madonna (assumé, vous avisez pas de dire du mal de la Ciccone des 80’s, ou ça va chier …).
Des fois, rien qu'à voir une photo, on a entendu le disque ...
Mon malheur, c’est qu’en plus des vieilles bimbos de Detroit, j’ai écouté plein d’autres choses. Et ce « Worship the sun », je l’ai déjà plus ou moins entendu depuis des décennies, même s’il est sorti y’a 2-3 mois. Les Allah-Las (que des cons, avec un nom pareil, ils vont finir par se faire serrer par des keufs texans au prétexte qu’ils doivent être de dangereux terroristes djihadistes … à moins que ce soit fait exprès pour ça, juste pour faire parler d’eux, ce qui est encore moins malin …) font une fixette assez grave sur le Los Angeles psychédélique et pop des mid sixties, et ce disque m’a tout l’air d’être une homélie aux Byrds et aux disques qu’ils sortaient à cette époque-là (« Fifth dimension » et « Younger than yesterday »). Aux moins les deux tiers des titres de ce « Worship the sun » me semblent en découler directement.
Seulement, là, voilà, danger. Les Byrds, s’ils sont à peu près totalement oubliés aujourd’hui, ou alors bêtement réduits à un groupe obnubilé par les reprises en version électrique des titres de Dylan, ont été en ce mitan des années 60 ceux qui ont fait bouger les lignes. Paresseusement mais judicieusement présentés comme des Beatles américains, ils pouvaient en dehors du boulet Crosby (pourvoyeur de folks feignasses qui firent malgré tout leur petit effet en ces temps reculés), s’appuyer (en plus de reprises bien trouvées) sur les redoutables compositeurs qu’étaient Hillman et McGuinn, et sur des harmonies vocales complexes et irréprochables. Le tout avec une mise en place sonore pointue, visant à reproduire les effets de drogues (cannabis puis LSD) sur le cerveau. Les Byrds étaient les précurseurs et au cœur du cyclone musical qui allait ravager la Californie avec les Love, Airplane, Dead, Doors, et tous les autres …
La pochette du premier Floyd ? Non, toujours les Allah-Las ...
Les Allah-Las, c’est les Byrds revus par le Secours Populaire. Y’a de la mélodie, des harmonies vocales savantes, de la musique « sous substances » (ou plus vraisemblablement qui ressemble à de la musique sous substances), mais c’est quand même assez loin de valoir les modèles évidents. Et puis, bien que les compos des Allah-Las soient pas minables, on ne trouve rien du calibre de « Eight miles high » ou « So you want to be a rock’n’roll star ».
Bon, évidemment, faudrait être de sacrés monomaniaques pour s’arrêter aux Byrds. On trouve aussi chez ces jeunes gens des tentatives de décollage spatiaux très Barrett-early Floyd (« Ferrus gallery »), des ballades écroulées comme sur le 3ème Velvet (« Nothing to hide »), trois instrumentaux qu’on jurerait vintage (dont le quasi surf « No werewolf »). Tout le reste, c’est de la chair à compilations Nuggets du futur avec les qualités et les défauts de ce genre d’entreprise (les trucs qu’auraient pu faire de petits hits mais que pas de bol personne a l’époque a écoutés). Ainsi, parce qu’il réunit à peu près tous ces critères, le titre le plus emblématique de ce « Worship the sun » doit être « Had it all », que, pas trop cons, les Allah-Las ont sorti en single. Tiens, et puisqu’on parle de singles, les deux derniers titres du disque sont issus de leurs 45T, avec un amusant (enfin, si on est d’humeur badine) « Every girl », qui lui ressemble plutôt aux titres des Stones circa 64-65.
Ah, et sur leur site y’a une vidéo où ils reprennent façon jam acoustique improvisée le « Alone again or » des Love, le titre qui est à la fois l’aboutissement et la quintessence de cette période qu’ils semblent tant aimer …

Allez, suivant, puisque le filon semble inépuisable …


LOUD, FAST & OUT OF CONTROL - THE WILD SOUNDS OF 50's ROCK (1999)

La compile du siècle ...
Parce que là, mes biens chers frères, mes biens chère sœurs, c’est du lourd. Du très très lourd. Une box de 4 Cds, 104 titres, plus de quatre heures de musique.

Et le tout signé Rhino, le label haut de gamme de la réédition. Ce qui veut dire, un son dantesque à partir des masters d’origine nettoyés et boostés, et quand la compile est parue à la fin du siècle dernier, personne n’avait mis sur le marché quoi que ce soit qui ressemble à çà. Ajoutez un livret épais comme l’annuaire de Mexico City, et un casting où sont présents … ben tous en fait, c’est contenu dans le titre du coffret, tous les pionniers dans leurs titres les plus agités du rock’n’roll des années 50. Le tracklisting est impressionnant et intelligent. Pour la première (et la seule fois) avec un son (rigoureuse mono droit entre les yeux évidemment) pareil, se côtoient toutes les légendes (oui, oui, fait rarissime dans ce genre d’entreprises, les ayants droit de Presley ont donné leur accord pour deux titres, dont le nucléaire « Jailhouse rock »), mais aussi une multitude de seconds couteaux, voire d’anonymes qui un jour d’inspiration ont sorti le titre qui tue, celui que de plus célèbres ont repris, celui qui retrouvé dans une brocante des années après, a donné des idées au nerd qui l’avait acheté. Un exemple : The Phantom ( ? ), pseudo d’un certain Jerry Lott à la discographie plus que rachitique, mais qui, en 1’30 chrono a sorti un titre (« Love me »), qui contient toute la carrière des Cramps. Un autre ? Kid Thomas avec son « Rockin’ this joint tonight » a fait dix ans plus tôt aussi fort qu’Alvin Lee à Woodstock, la rythmique de son titre étant la même que celle de « I’m goin’ home », et la guitare supersonique étant ici remplacé par une … trompette ultra-speed. Encore un ? Pas de problème, écoutez le « Stagger Lee » de Lloyd Price, c’est lui qui a créé en musique ce personnage de souteneur filou, que l’on retrouvera dans multitudes de reprises (Wilson Pickett, Dr John, Clash, …).

Cette compile c’est la revanche des sans-grades, des oubliés de l’Histoire. Traités ici avec tous les honneurs qu’ils n’ont pas eus à l’époque. Le coffret a la lumineuse idée de ne pas être une juxtaposition de mini-compiles des grands noms. Même les plus illustres, les Presley, Chuck Berry, Little Richard, Jerry Lee Lewis, Gene Vincent, Eddie Cochran, Buddy Holly, Carl Perkins, …, n’ont droit qu’à deux ou trois titres. Ce qui permet de réévaluer la carrière de quelques-uns. Des noms ? Allez, OK, c’est jour de fête. Le Johnny Burnette Trio est essentiel, ils ont créé le premier sous-genre répertorié du rock’n’roll des origines, à savoir le rockabilly et leur « Train kept-a-rollin’ » a été repris des millions de fois. Fats Domino, cet encombrant (par la corpulence) pianiste de La Nouvelle-Orléans a eu par son sens du swing et du groove inné, une influence énorme. Et last but not least, l’égal des très plus grands (trois de ses titres ont été repris par les Beatles sur leurs premiers 33T, personne n’a eu droit à autant d’honneur il me semble), le sieur Larry Williams, seul concurrent valable de Little Richard (le cureton est pour moi LE plus grand chanteur de rock’n’roll des tente derniers siècles), qui a eu le malheur d’être signé sur le même label que lui (Ace / Specialty) et qui a été plus ou moins maintenu au second plan pour ne pas faire de l’ombre à la diva embagouzée …
Cette compile maousse aurait pu avoir un côté pensum anthropologique. Les types derrière tout çà ont évité cet écueil. En construisant un tracklisting thématique plutôt que chronologique. On a des suites d’une poignée de titres entrecoupés de quelques méga-classiques, explorant tantôt des gens ayant les mêmes influences et produisant le même genre de titres, d’autres fois c’est le thème des chansons (des morceaux parlant du diable, d’autres des animaux de la jungle, des titres rigolos, d’autres salaces, …).

L’ensemble permet de s’apercevoir de plusieurs choses, qui vont plus loin que le résumé à la hache souvent de mise pour la musique de ces roaring fifties. La première, c’est que si « That’s alright, Mama » de l’Elvis a tout déclenché, bien des choses depuis des années lui ressemblaient. Certes, le rock’n’roll est né du mélange du blues et du rhythm’n’blues noir avec la country et le hillbilly blanc, les exemples après Presley sont innombrables, mais d’autres avant lui avaient effleuré le genre (Jackie Brenston et son guitariste un certain Ike Turner avec « Rocket 88 », « Big Joe Turner avec « Shake, ratlle & roll », …) la liste est longue et ces titres sont présents en nombre dans le coffret. Curieusement, et un paquet de titres le démontrent, certains venus du jazz façon big bands festifs et jovials arrivaient à peu près au même résultat (Louis Prima, Amos Milburn,…). Plus curieux encore, un gars comme Thurston Harris était parti du gospel pour arriver à quelque chose de très très proche du rock’n’roll.
Tiens, le rock’nroll, puisqu’on en parle, qu’on le met à toutes les sauces, et qu’on a un peu trop tendance à le réduire et le confondre à des chevelus énergiques à guitares électriques s’appuyant sur des batteries éléphantesques, et ben aux origines, la guitare et la batterie, elles étaient tout au fond du mix, le son reposait sur la basse (ou la contrebasse) et plus encore sur le piano omniprésent ou le sax, plus rarement sur l’harmonica. L’heure de la guitare électrique viendra au tournant de la décennie, avec les premiers guitar-heroes et leurs instrumentaux (Link Wray, Duane Eddy).
Et puis, le rock’n’roll est encore à ce jour le seul genre musical répertorié dont les plus grandes vedettes étaient indifféremment blanches ou noires.

Pas chiens, les gars de Rhino ont ouvert (enfin un peu entrouvert) la porte aux Rosbifs (Vince Taylor, Johnny Kidd), l’ont heureusement refermée aux honteux français fournis en textes réacs par Vian (Jean Yanne, Henri Salvador, et leurs pastiches crétins qui nous vaudront un retard musical pas encore rattrappé à ce jour). Les femmes, peu nombreuses à rocker et roller, même si au centre de bien des préoccupations des textes, n’ont pas été oubliées (Janis Martin, LaVern Baker et l’immense Wanda Jackson).
Un seul regret, mais vu la somme affichée, on va pas faire la fine bouche, il manque Hank Williams (si « Move it on over » en – mais oui – 1947, c’est pas du rock’n’roll je veux bien changer d’oreilles) et aussi Johnny Cash (‘tain, Johnny Cash quand même, l’écurie Sun, le Million Dollar Quartet, …).

Y’a juste un problème, ceux qui étaient passés à côté de la parution de ce mausolée du binaire, peuvent pleurer toutes les larmes de leur corps. Fidèle à sa stratégie d’alors (avant le rachat par Warner), Rhino sortait des rééditions mirifiques, mais en assez petites quantités, et ne les repressait pas. Donc aujourd’hui, à moins de cent euros d’occase, vous le trouverez pas ce « Loud, fast & out of control ». Logiquement, vu la qualité de ce pavé, le juge devrait vous acquitter si vous avez piqué le sac à une vieille pour vous l’offrir …


BUDDY HOLLY AND THE CRICKETS - THE VERY BEST OF (1999)

La meilleure compilation ?
Et évidemment, Universal l’ont pas rééditée depuis sa parution en 1999. Ils préfèrent sortir des machins re-remastérisés qui sonnent comme Metallica plutôt que de remettre celle-ci sur le marché …
Parce que Buddy Holly, qui en tout et pour tout, n’aura enregistré que pendant un an et demi, il n’y a pas de quoi remplir des coffrets de quinze Cds. Même si pendant ce court laps de temps, il a laissé un certain nombre de pépites inusables.
Buddy Holly
Toutes sont présentes ici, que ce soit sous son nom, ou au sein des Crickets … pas dans un ordre chronologique, ce qui au vu de la brièveté de la carrière, n’a cependant pas grande importance.
Buddy Holly, pour faire simple, on va dire qu’on s’en fout un peu aujourd’hui, qu’il fait partie de cette longue litanie d’anciennes gloires quelque peu oubliées. Et pourtant, il connut un succès phénoménal, bien aidé par Elvis parti se faire lobotomiser à l’armée, devint l’idole d’une jeunesse (blanche) américaine, et de pas mal de leurs parents…
Tout en faisant du rock’n’roll ce qu’il y a de plus irréprochable, mais en ayant soin de rechercher une profondeur mélodique restée à cette époque-là sans équivalent. Qui d’autre peut se prévaloir de (ré)concilier fans des Beatles (Lennon était son plus grand admirateur et baptisa ainsi son groupe à cause des Crickets) et des Stones (« Not fade away » était la face A de leur 1er 45T américain) ?
Il faut toujours avoir à portée d’oreille des merveilles d’insouciance pop comme « That’ll be the day », « Peggy Sue », « Rave on », « Look at me », « Everyday », « Wishing » (plus Beatles que ces deux-là, on peut pas), « It’s so easy » et « Maybe baby » (la quintessence du style Buddy Holly), l’incroyable « Fools paradise ». S’il faut être roots, Buddy Holly sait piocher dans le catalogue des classiques (« Blue suede shoes », « Shake, rattle & roll »), faire du rockabilly (« I’m gonna love you too »), du Diddley beat (« la reprise de « Bo Diddley », « Not fade away »). Il peut parfois, même s’il est beaucoup plus limité vocalement, donner dans le pathos romantique orbisonien (« Raining in my heart », « Valley of tears »)…
Buddy Holly & The Crickets
Comme Elvis, Buddy Holly a eu son Colonel Parker. Et son mentor, Norman Pettty, n’était pas un vulgaire escroc hollandais, mais un musicien, arrangeur et producteur, et co-auteur de la plupart des titres de son protégé. La mort dans un crash d’avion de Holly fut vécue comme un traumatisme par toute une génération de jeunes américains (voir la chanson, gros succès en son temps de Don McLean « American  pie » où la funeste date du 3 Février 1959 devient « the day the music died ») …
C’est bien connu, l’Histoire ne repasse jamais les plats, surtout quand la mort est au bout du chemin… mais Buddy Holly, s’il avait vécu, avait tous les atouts pour être au moins aussi grand qu’Elvis …
A perpétuellement redécouvrir …

Du même sur ce blog :
Buddy Holly


THE BEACH BOYS - SUMMER DAYS (AND SUMMER NIGHTS !!) (1965)

... And summer girls ...
Les Beach Boys, c’est une trentaine de disques studio et dix fois plus de compilations. Mais c’est pas très difficile de s’y retrouver dans ce labyrinthe. Les compiles, elles reprennent les hits, car les Beach Boys en ont eu un gros paquet, et c’est assez compliqué de mal tomber. Les albums studio, hormis l’incontournable « Pet sounds », on peut quasiment tous les oublier. D’ailleurs, pour un groupe ayant vendu des dizaines de millions de disques, il a fallu attendre des années (2001 pour être précis) avant que la plupart soient réédités en Cd.
Des premiers communiants ? Non, les Beach Boys 
Si après cette intro à faire fuir le chaland, il reste encore quelqu’un, le skeud dont au sujet de lui que je vais causer « Summer days … », il est paru un an avant « Pet sounds », et fait donc partie de ces 33T qui sortaient à un rythme effréné (deux à trois par an, sans compter les compiles) depuis les débuts du groupe. Un disque fidèle aux canons de l’époque et à l’exploitation tous azimuts qui était faite des groupes bankables. Deux-trois hits, quelques titres corrects, et du remplissage à base de fonds de tiroir. « Summer days … » ne déroge pas à la règle. Ça sent le truc assemblé vite fait, l’ensemble des douze titres dure 26 minutes. Et malgré tout, faut faire le tri.
Le final du disque est calamiteux. Un instrumental (rappelons quand même que ce qui a contribué à la légende des Boys, ce sont leurs harmonies vocales, les meilleures du bon côté ( ? ) du Rideau de Fer), un titre de doo-wop (« I’m bugged at my ol’ man ») qui n’est vraiment pas le genre de prédilection du groupe, et pour finir un court machin a capella totalement sans intérêt.
Le cœur du disque est construit autour d’une thématique plus que prévisible (la plage, l’été, les meufs), toute la philosophie un peu simplette des Beach Boys depuis toujours (maintenant, à 70 balais, ça le fait encore moins pour eux). Et bizarrement, comme un signe prémonitoire de ce que seront les dix premières années du groupe (après, vaut mieux laisser tomber), on trouve tout ce qui a caractérisé le groupe dans les années 60.
Alors forcément, y’a des trucs qui ressemblent à Chuck Berry (toute première source d’inspiration de Brian Wilson), et ils sont placés au début (« The girl from New York City » et « Amusement Parks USA »). Ensuite le travail sur les harmonies vocales, symbolisé à l’époque par tous les girl-groups, qu’ils soient chez Spector ou la Tamla. Le « Then I kissed her » des Crystals de Spector est la reprise qui s’imposait. Ensuite les Beatles, qui ont traumatisé à jamais Brian Wilson. La compétition se met en place avec « Girl don’t tell me » qu’on pourrait prendre pour un inédit des Fab Four. A noter pour l’anecdote que c’est le seul titre du disque entièrement joué par les Beach Boys, sans doute pour présenter le côté « groupe » et imiter au mieux la technique précaire des Beatles des débuts (en principe, ce sont des requins de studio à la manœuvre, en particulier les habitués des sessions de Spector, Hal Blaine, Carol Kaye, Leon Russell et toute la clique …). Au tournant des 60’s, un regain d’inspiration du groupe (et surtout le retour en son sein de Brian Wilson) donneront quelques disques intéressants (le superbe « Surf’s up » notamment) et seront marqués par une certaine tristesse des mélodies. On en a les prémisses sur ce « Summer days … », avec la quelque peu désabusée et traînante « Let him run wild ».
Séance photo avec Al Jardine
Et puis et surtout, les Beach Boys sont dans cette première moitié des 60’s un groupe à singles. Issus de ce disque, deux ont grimpé en haut des charts. « Help me Rhonda », déjà présent dans le précédent album (« Beach Boys today ! ») l’est ici dans sa version « radiophonique ». Pas grand-chose à dire, c’est un Beach Boys classic, qui reprend toutes les formules (le gentil rock’n’roll, les changements de rythme, les chœurs, le refrain en pièce montée) ayant déjà fait leurs preuves. D’un tout autre calibre est « California girls ». Brian Wilson a dit qu’il s’agissait là du meilleur titre qu’il ait écrit. Bon, il est peu cinglé, le Brian, il doit plus se souvenir qu’il a écrit « Good vibrations » … N’empêche, il a pas tout à fait tort, « California girls » est un des meilleurs titres du groupe, et peut-être celui qui le symbolise le mieux à ses débuts. Musicalement, il domine sans peine cet album, et son thème contenu dans le titre (ça vole pas très haut les textes des Beach Boys), il est récurent dans ce disque et lui aussi contenu dans le titre, les « summer days », c’est fait pour draguer, en espérant que ça débouche sur des « summer nights » torrides. Le tout très fleur bleue, dicté par l’époque et l’image romantique que tient à cultiver le groupe.

Le groupe … il serait temps d’en parler. Les Beach Boys sont une affaire familiale (les trois frangins Wilson, le cousin Love, le pote Jardine, et l’autre pote Johnston, dont on sait pas trop s’il en fait vraiment partie). Affaire chapeauté par papa Wilson, qui en bon Thénardier du rock, envoie ses enfants au turbin et prend la monnaie. Ce qui n’empêche pas certaines curiosités « stratégiques ». Pourquoi Jardine (Johnston, il y est jamais) ne figure pas sur la pochette (il est sur des photos de la séance, et « signe » comme les quatre autres, un texte sur la pochette du 33T ?). la réponse est selon moi à chercher dans le fait que les Beach Boys ne sont pas vraiment un « groupe » au sens rock du terme, mais plutôt une trademark au son immédiatement reconnaissable, et les accompagnateurs du plus doué du lot, Brian Wilson, qui signe toute la partie musicale de l’affaire, ne laissant que les paroles à cousin Mike Love … Déjà le germe de tout un tas de rancunes tenaces, qui donneront lieu à partir des 70’s à des pitreries procédurières tout du long de l’interminable saga du groupe …

Des mêmes sur ce blog :


DUKE ELLINGTON - AT NEWPORT (1956)

Bis repetita ...
Le genre de skeud qui me passe par-dessus la tête. Et le type qui l’a fait tout autant …
Pourtant, les Stones (putain les Stones quoi !) rentraient sur scène lors du « Still Life Tour » en 81-82 au son de « Take the A Train » de Duke Ellington (ce devait être Charlie Watts qui avait fait du chantage). Et il y avait cette tuerie sur « Songs in the key of life » de Stevie Wonder qui s’appelait « Sir Duke », en hommage à … comment ça, vous aviez deviné ?
Le jazz, c’est un peu comme la techno (non, vous avez pas deviné que j’allais dire aussi chiant, d’ailleurs je l’ai pas dit), y’a cinquante genres et sous-genres qui me parlent à peu près autant qu’une notice de montage de chez Ikea, les ébénistes du pauvre.
Ellington, pour moi, c’est le jazz à papa, les big bands menés par les faux aristos (lui, Basie, …). Les centristes, quoi, comme Dick Rivers et Bruce Springsteen dans un autre genre … D’un autre côté, ça permettait à Ellington d’avoir dans son band les meilleurs zicos du pays, comme Springsteen et Dick … euh, non, ça marche pas avec ceux-là …
Duke Ellington 1956
Bon, faut être honnête (si, si, ça m’arrive quelques fois, même quand je cause musique) et dire que « Ellington at Newport » c’est bien foutu, ça joue, ça swingue. Assez vite gonflant quand même, mais quoi, faut pas espérer que je me pâme devant ce genre de rondelles, ces groupes à l’organisation militaire où toutes les improvisations sont minutieusement répétées. D’ailleurs, y’a tout un tas d’infos (ou de rumeurs, je m’en cogne un peu) sur cette prestation (public « surmixé », bandes a priori inutilisables, titres refaits en studio, puis bandes originales finalement utilisées, …) ce qui nous vaut sur l’édition 2 Cds l’intégralité du concert (en deux parties, à cause de la pluie qui a contraint le groupe à arrêter après deux titres, avant de revenir, puis en bonus les fausses présentations et quelques titres refaits en studio) ;
Les types assurent, c’est sûr, c’est même pas lourdingue, Ellington c’est une pointure, il a écrit plein de titres devenus des standards, pas un hasard si tout un tas de maltraiteurs de gamme le citent comme un des musiciens les plus importants du siècle, et c’est festif, plein de bonne humeur enjouée, comme on dit dans la presse provinciale pour causer de Marcel et son Orchestre, de Manau, des Têtes Raides, ou des sept ou huit zigotos qui faisaient du ska à l’occasion d’un festival dans un trou perdu de l’Auvergne …
Ellington & Band - Newport 1956
Tandis que Ellington, c’est à Newport, La Mecque de la musique live pour bourges friqués de la East Coast qui ont l’impression de s’encanailler en écoutant les fanfare de niggaz entre deux drinks dans les vertes pelouses du site … Eh ben tous ces dégénérés fin de race d’un capitalisme déjà triomphant, le Duke et sa troupe les ont fait bouger, crier, hurler (oui, je sais les réactions du public sont exagérément amplifiées au mixage, mais quand même …), alors que d’habitude chez ces gens-là, on dodeline mollement du chef pour marquer son contentement … Paraît même que sur le solo « historique » (pourquoi historique, hein, moi ça aurait plutôt tendance à me bassiner ce genre de démonstration, mais bon, chacun son truc …) du sax Gonsalves unissant les deux parties du « Diminuendo in blue and crescendo in blue », y’avait une nana qui était montée danser suggestivement sur scène, et cette vision inhabituelle jointe aux encouragements du Duke et du restant du Band avaient poussé le basané à cracher toutes ses tripes dans son sax … D’ailleurs, pour ceux qui aiment le sax, c’est ce truc-là qu’il doit falloir, tellement il y en a des saxeux (cinq s’ils ont tous recensés dans le livret), plus des trompetteux et des tromboneux. Et comme grand seigneur, le Duke (qui au passage se fait pas mousser, c’est pas son piano qui est en avant, il se contente d’être le chef d’orchestre) laisse chacun y aller de son petit numéro, ça solote surtout cuivré sur ce « Ellington at Newport », mais même le batteur a droit à son « espace ».
En fait, y’a qu’un truc qui m’interpelle vraiment. C’est que ça commence par une version pli sur la couture du pantalon de « Star spangled banner ». Pas le genre de titre neutre, et encore moins son interprétation (voir Hendrix à Woodstock). Ellington et son Band n’auraient-ils pas voulu montrer que malgré leur couleur de peau, ils sont bel et bien Américains (rappelons qu’à cette époque-là la ségrégation était officielle, notamment dans les lieux publics et les transports en commun), et en plus fiers de l’être ? Une autre façon de dire « I’m black and I’m proud » …

Sinon, n’étant point spécialiste de ce genre d’objet sonore, je ne sais point trop où il se situe dans le mouvement et l’évolution du fuckin’ jazz, même s’il me semble qu’à cette époque c’était déjà un peu suranné (comme aller voir Metallica aujourd’hui, quoi), et qu’à la même époque et dans d’autres genres des types comme Presley ou Petit Richard avaient entamé une révolution qui me parle beaucoup plus …