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DREAM MACHINE - THE ILLUSION (2017)

Juste une illusion ?
Sur la pochette dans un exercice de lévitation, un moustachu et sa greluche. Lee Hazlewood et Nancy Sinatra ? Euh, non … John & Michelle Phillips ? Non plus, mais à la réflexion, il pourrait y avoir un peu de ça … Et la couleur de pochette est d’un profond … pourpre (on y reviendra). Les Dream Machine (y’en a deux autres, chevelus genre roadies de Hawkwind dans les 70’s, tellement moches qu’ils sont pas sur le recto de la pochette, d’ailleurs c’est pas sûr qu’ils fassent de vieux os dans cette histoire), comme des milliards d’autres, regardent en arrière, seconde moitié des années 60. Bâillements … Sauf qu’ils ont deux trucs pour se faire remarquer.
Mr & Mrs Melton
Premièrement, ils suscitent la controverse et la polémique. En s’affichant ouvertement réacs, tenant des propos aussi cons que ceux de Ted Nugent et Donald Ier réunis. A tel point qu’ils se sont fait lourder par leur label, ce qui est peu commun. Un brin pervers aussi parce que Castle Face, label en question, continue de vendre le disque. Qui se vent pas trop mal aux States. Business is still business. D’où un déchaînement assez peu  commun sur les pages pourtant consensuelles d’Amazon US, entre défenseurs et contempteurs de Dream Machine, appels au boycott de Castle Face et au soutien via Bandcamp du groupe. (Mini) évènement dans le Landernau du rock indé, une polémique verrait-elle le jour ?
Faut dire que maintenant tout est bien huilé. L’immense majorité des gugusses qui ont des chances de vendre plus de quatre rondelles se voient illico briefés par des conseillers en communication, leurs propos et leurs moindres faits et gestes sont surveillés par des multitudes d’attachés de presse qui n’hésitent pas à faire connaître aux journalistes les listes de questions qu’il ne faut surtout pas poser à leurs poulains. Alors quand arrivent deux crétins qui livrent leurs réflexions simplistes cash, une agitation s’empare du « milieu ». A l’attention de tous les anciens étudiants d’école de commerce qui « gèrent » le rock aujourd’hui, il convient de signaler que depuis les déhanchements censurés d’Elvis à la télé, le rock n’a prospéré que sur des polémiques et des querelles d’Hernani sur fond de trois accords. Et niveau déclarations plus ou moins imbéciles, les rockers ou prétendus tels ont depuis six décennies placé la barre très haut (à quand une anthologie des citations des frères Gallagher, Ozzy Osbourne ou du chanteur des Eagles of Death Metal ?)
Dream Machine
Et donc, quel crédit ou quel intérêt accorder au (on y revient) couple leader de Dream Machine, Matthew et Doris Melton, quand ils se lancent dans des tirades anti-immigration ? Surtout quand on sait que Doris Melton est d’origine bosniaque, émigrée durant la guerre en ex-Yougoslavie, passée par les pays scandinaves avant d’immigrer aux USA. Les Dream Machine se revendiquent anti Facebook, ce qui au jour des réseaux sociaux rois est un crime sans conteste abominable. Quel crédit (ou quel sérieux) leur accorder quand ils se prétendent (sur la page d’accueil de leur site internet officiel !!) opposés aux médias sociaux qui font ressortir le pire de la nature humaine ? Et à la limite, même si les Melton pensent vraiment ce qu’ils disent, combien de stars qu’on s’efforce de nous présenter bien sous tous rapports sont capables (parfois sans l’aide d’alcool ou de poudres blanches) de déclarations bien pires ? Maintenant, et dans l’autre sens, faut pas aller crier à la conspiration, à la censure, où à je ne sais quel complot destiné à empêcher l’humanité de profiter de leur musique … Parce qu’on pourrait en causer des heures et regarder ce qu’on nous sert par ici au nom d’une « droite décomplexée » ou d’une « extrême-droite dédiabolisée ». A côté de ça, les raisonnements à la con d’un couple de rednecks pas très fufutes dans un groupe de rock indé, hein …
Et la musique de ces guignols, tu vas en causer un jour ? Voilà, voilà, ça vient…
Leur musique, figurez-vous, elle me plaît bien. Mais avis, y’a au moins un pré-requis. Figurez-vous que j’ai mis leur Cd dans le lecteur, et que je l’ai arrêté au second titre pour aller écouter les morceaux sur le Net, tant ce que j’entendais au niveau son me paraissait provenir d’un Cd foireux, d’une erreur de pressage. Non, pas du tout, ce qui était sur mon Cd était bien ce qu’ils avaient voulu faire. Le son des Dream Machin(e) est plutôt déstabilisant. Une rythmique de bourrin (les deux chevelus), des claviers et de l’orgue qui dégueulent de partout, des voix tellement chargées d’échos et saturées qu’elles deviennent incompréhensibles et qu’on a parfois du mal à distinguer si c’est le mec ou la nana qui chante (ils se partagent à peu près les titres). Un son qui ferait passer les Sonics pour Pink Floyd (ou Rihanna). Est-ce que ça vient du fait que la fréquence d’enregistrement (c’est écrit en gros sur la pochette du skeud) est de 432 hz au lieu des 440 habituels ? J’y entrave que dalle à cette histoire, mais pour les curieux que ça intéresse, le couple s’en explique dans une (longue) vidéo. En tout cas, à l’heure du sonore agréable à l’oreille triomphant, les Dream Machine dépotent. Et on finit par s’y faire à leur son caverneux …
Surtout parce que ces couillons ont écrit de grands morceaux. Notez bien que j’ai dit grands et pas longs (y’en a la moitié des douze qui dure moins de deux minutes et aucun qui arrive à quatre), ce qui est assez paradoxal parce qu’on les sent très inspirés par le prog et les longs titres psyché des sixties seventies. A la fin du disque, y’a deux noms qui clignotent très fort : les Doors et Deep Purple. A cause de la Doris, de son Vox et de son B3, qui sont utilisés de la même façon que lorsque Manzarek et Lord les martyrisaient. Ajoutez-y quelques riffs sinueux à la King Crimson, une rythmique échevelée et vous obtenez une sorte de garage – power pop – prog relativement inédite, curieuse et le plus souvent très intéressante et réussie.
La Belle et les Bêtes ...
L’aspect garage, c’est ce son brut de décoffrage, ces méchants riffs fuzzy sixties (« Eye for an eye » et « Back to you » se distinguent dans cette catégorie). Le côté power pop, c’est cette urgence mélodique derrière la carapace hardos (on pense à un esprit Cheap Trick, comme sur « Torn from the hands … »). Mais ce qui domine, ce sont ces emprunts au prog (les mini breaks tarabiscotés un peu partout, les riffs crimsoniens du morceau-titre) et surtout ces claviers Doors-Purple (y’en a qui citent aussi Electric Prunes, dont j’ai un skeud qui traîne sur une étagère mais que j’ai pas écouté depuis des siècles, donc je m’avancerais pas sur ce terrain-là). C’est joué par la nénette Melton (mignonne bien que facho, comme quoi moi aussi je suis capable d’écrire des trucs réacs) qui s’avère assez douée et bluffante pour ces exercices « à la manière de … » (flagrant sur « Lose my place on time », « Nothing left » ou l’instrumental « Diamond on the rough »). Les deux tourtereaux qui se partagent aussi l’écriture étant capables de grands titres qui ne doivent leur réussite qu’à leur talent (« Buried alive »), même s’ils sonnent comme une chanson yé-yé « All for a chance », ou citent des bribes du « Sud » de Nino Ferrer (le refrain de « Caught in a trap »).

Conclusion : on peut dire plein de conneries et faire un bon disque …



THE MYSTERY LIGHTS - THE MYSTERY LIGHTS (2016)

Children of Nuggets ...
Et la lumière fut avec les Mystery Lights … Ouais, je sais, c’est pas rien de commencer une chroniquette en paraphrasant Dieu, mais pour une fois y’a de quoi sortir la brouette à superlatifs.
Et d’abord, c’est qui, les Mystery Machins, se demandent mes armées de lecteurs. Euh, à vrai dire, j’en sais rien, et là, à brûle-pourpoint, sans copier sur le livret, je suis bien incapable de vous dire comment ils s’appellent ces gugusses et de quel bled des Zétazunis ils viennent.
Ce que je sais, c’est qu’ils sont tout jeunes, que cette rondelle est leur première et qu’ils l’ont enregistrée au studio Daptone, du label du même nom. Bon, pour ceux qui ont tout juste le niveau maternelle supérieure en classic soul, Tonton Lester vous explique, et ouvrez grand vos orifices (mais non, pas tous, rien que les oreilles, z’êtes pénibles, les filles …), y’aura interro là-dessus un de ces quatre. Daptone, c’est une bande d’azimutés revivalistes qui entendent balancer aujourd’hui des disques de soul comme on faisait chez, au hasard, Stax, y’a cinquante ans. Entendre par là, qu’il y a des chanteurs ou chanteuses dignes de ce nom au micro, des vrais types qui les accompagnent en jouant de vrais instruments, le tout enregistré avec un soin maniaque sur des consoles analogiques d’époque. Autrement dit, les artistes Daptone (figure de proue Sharon Jones, bien 70 balais), ils ont le putain de son qui te fait frissonner, on n’est pas exactement dans le registre de la pétasse ondulant du croupion, avec Cubase, Bandcamp, ProTools et AutoTune qui moulinent les octets derrière…

Ceci posé, les Mystery Lights sont une erreur de casting totale, une aberration au pays des revivalistes soul maison. Ces cinq corniauds, ils sont à peu près aussi soul que Bruno Lemaire (vous savez, le mec à tronche de bedeau premier de la classe, qui pense avoir des idées jeunes parce qu’il fait du Sarko light ou du Juppé version ado, et qui s’imagine être le Obama ou le Kennedy normand que nous attendons tous, si tu savais la gamelle que tu vas prendre face au vieux briscards, tu retournerais sous les jupes de ta cousine pour avoir une idée de l’origine du monde, mais bon, je pars en vrille là, on va se calmer …). J’en étais où là ? Ah ouais, la soul et les Mystery Truc.
Ben hormis par moments la voix du chanteur (ils ont pas dû le laisser partir comme çà, deux prises et c’est bon c’est dans la boîte, ils ont du le torturer longtemps) qui fait « passer des choses » dans son gosier, même s’il se cantonne au registre du shouter un peu limité, les Mystery Chose, ils sont pas soul pour deux sous.
Je vous parie la vertu d’une congrégation de bénédictines que leur disque de chevet, c’est la compile Nuggets assemblée par Lenny Kaye en … 1972, et qui repiquait tous ses morceaux entre 65 et 67, dans un genre devenu plus tard dans les livres le rock garage. Entendez par là tous ces boutonneux américains, traumatisés par tout ce qui venait d’Angleterre (les Beatles d’abord, ensuite tous les Stones, Who, Kinks, Pretty Things, Them and so on …) et qui s’escrimaient à les imiter, le plus souvent assez gauchement (suffit de fouiller un peu dans les multiples compilations parues depuis pour s’apercevoir qu’il n’y avait pas que des cadors du binaire énervé) tous ces crazy rhythms britons. Quelques-uns avaient des hits locaux (les Seeds avec « Pushin’ too hard », d’autres ont écrit un de ces titres devenus mythiques des lustres plus tard (le « Psychotic reaction » du Count Five), d’autres n’ont été célébrés que plus tard (les meilleurs de tous, les Sonics, ne sont pas sur le double vinyle original), et constante pour tous, aucun de ces groupes n’est devenu riche et célèbre.

C’est un peu ce qui pend au nez des Mystery Lights. Parce que parmi tous ceux qui donnent dans le « Nuggets style », j’ai rarement entendu un truc aussi cohérent, méticuleux, maniaque. Du travail d’orfèvre, à mon avis nettement mieux que tout ce que les groupes originaux ont sorti en vinyle. Un peu comme ces moines copistes du début du Moyen-âge qui retranscrivaient des bouquins religieux en les enjolivant, faisant de récits plan plan des œuvres d’art. Les Mystery Lights livrent quelque chose d’entendu trois milliards de fois et pourtant avec ce petit plus qui fait la différence, les fait sortir du troupeau (merci Daptone …). En à peine plus de demi-heure et onze titres, la messe sixties est dite. De la courte intro instrumentale fuzzy en accélération permanente à la rave-up finale de « What happens … », y’a pour moi rien à jeter. Avec même peut-être bien un futur classique des compiles garage des années (20)50. Ça s’appelle « Melt », ça dure deux minutes et trente neuf secondes, c’est un dragster sonore surpuissant, basé sur un riff copié-décalqué sur celui de « The witch » des Sonics, ça s’achève avec des faux grésillements de vinyle en bout de piste et ça sonne instantanément comme un classique … que vous entendrez certainement jamais sur les ondes de radio, trop occupées à passer en boucle les derniers remugles sonores de … pff, y’en a tellement de ces tocards insupportables qu’on entend partout …
Les Mystery Lights revisitent avec un talent, une grâce et une énergie peu communs tout le catéchisme des sixties underground. Pas de baisse de régime, même pas un titre juste quelconque. Ils ont décidé d’être excellents, et ma foi, pourvu que ça dure. Du « classique » « Follow me home » et sa pédale fuzz sur onze, à la pop (très rock) de « Whitout me », à l’hymne pour les stades dans lesquels ils ne joueront très certainement jamais (« 21 and counting »), au Iron Butterfly style (le côté crétin balourd ravi en moins) « Too tough to bear », on se surprend à taper du pied pour battre la mesure et avoir envie après chaque titre d’appuyer sur « replay »…

Bon, allez, je vous laisse, je vais me le remettre ce Mystery Lights …


THE LIMIÑANAS - MALAMORE (2016)

Route du 66 ...
Déjà moi j’suis au Sud (ouais, je sais, et parfois à l’Ouest). Ben les Limiñanas, ils sont encore plus au Sud que moi. Cabestany, banlieue de Perpignan. Et encore plus à l’Ouest que moi aussi…
Et assez bizarrement, parce qu’on s’est (enfin, on c’est les ceusses et ceux qui font les tendances, les modes, le buzz …) pendant des lustres gargarisés de jeunots parisiens se prenant pour les Libertines, les Limiñanas semblent avoir le vent médiatique en poupe. Et pourtant les Limiñanas n’ont rien de glamour ni de sexy. Ils sont deux, Lionel et Marie, la quarantaine, lui sorte de Chabal catalan, elle rousse timide. Circonstance aggravante, ils se situent hors du temps et des modes. N’envisagent pas un morceau en commun avec Louane. Ni avec Kanye West. Et pourtant, ils sont connus et cités sur la planète entière.

Le poète musical Comelade est évidemment de la partie sur ce disque (catalanité mais surtout atomes crochus musicaux obligent), de même que Peter Hook, le bassiste star des feu ( ? ) New Order, et l’azimuté Anton Newcombe (Brian Jonestown Massacre) ne tarit pas d’éloges sur eux (et quand on a lu des interviews de lui, il ferait passer les frères Gallagher ou Mark E Smith pour des types zen et adorables pour leurs congénères).
Lentement, et peut-être sûrement, les Limiñanas sortent de l’ombre. Et quand on écoute ce disque, on se dit qu’il ne serait guère étonnant qu’ils finissent vraiment par faire parler d’eux. Et tout ça sans compromis ni concessions. Leur aventure a commencé par la gestion d’un magasin de disques (à l’heure où même dans la cambrousse la plus reculée d’Hexagonie tu télécharges gratos un cd en trois clics et trente secondes, c’est dire leur sens des affaires et du commerce, mais leur démarche ne se situait pas à ce niveau-là) évidemment voué à la banqueroute, et ce couple à la ville comme à la scène est resté fidèle quand il s’est agi de faire paraître ses disques aux labels indépendants microscopiques (même si maintenant ils sont chez Because, chaînon manquant entre les petits et les majors).
Limiñanas & Comelade
Leurs premiers disques étaient pour la « famille », comprendre les amateurs de rock garage, de rock psychédélique, de guitares couplées à des pédales fuzz, et d’une façon générale à tous les vieux fans des Cramps. Mais de ce genre de machins, y’en a plein les pages de ton putain de blog, entends-je. Certes, mais les Limiñanas sont capables de s’extraire du carcan, aller voir ailleurs. Même si, faut pas déconner quand même, on reste quelque part entre 66 (non, pas le département) et … 66. Mais là où le restant du troupeau s’abreuve jusqu’à plus soif aux compiles Nuggets (garage américain donc), là où les plus téméraires citent « … Satanic Majesties …» ou le Floyd de Barrett, les Limiñanas revendiquent et assument les sixties françaises. Gainsbourg et ses muses, mais aussi la vague yéyé (plutôt côté Ronnie Bird que Cloclo évidemment).
Résultat « Malamore » est un disque qui ratisse large sans faire aucun calcul mercantile. D’ailleurs, les Limiñanas ont l’idée saugrenue de raisonner en termes d’art, d’œuvre et font commencer leurs skeud par un court instrumental, avant que le Lionel déclame d’une voix grave parlée (les deux se revendiquent non-chanteurs, et quand il y a un truc à vraiment chanter, c’est systématiquement Marie qui s’y colle), qui tant par le débit que par le texte (chiadé, riche) évoque irrémédiablement Gainsbourg.

C’est pas la seule fois dans « Malamore » qu’on pensera à l’amateur de pastaga. « Dalhia rouge », tuerie mélodique et pour moi masterpiece du machin, c’est du Bardot (ou Jane) – Gainsbourg là aujourd’hui en 2016. Sans qu’une seule seconde on pense au plagiat. C’est l’esprit du truc qui est capturé, et c’est pas la chose la plus facile à réaliser, beaucoup ont essayé, nombreux ont été ceux qui s’y sont cassé les dents. Les Limiñanas réussissent, comme Burgalat auquel on pense aussi quelquefois dans les titres les plus « naïfs », les plus pop, ou la comète Vanessa & the O’s (quelqu’un sait-il ce qu’elle est devenue, y’a rien à gagner).
« Malamore » réussit à être varié. Deux voix qui se relaient au fil des morceaux, des titres instrumentaux, de la mélodie ou des trucs envoyés en écrabouillant la pédale fuzz, des pyramides sonores avec final hypnotique qui doivent tout arracher en live (« Zippo » ou la référence au énième degré « The train creep a-loopin’ »), des morceaux qu’on devrait entendre à la radio toutes les heures (« Prisunic », « Garden of love » le truc avec Hook et sa basse éléphantesque, ou la quasi instrumentale « Paradise now » plus 60’s yéyé que nature).
Conclusion : et si le meilleur groupe français d’aujourd’hui était un couple de plus tout jeunes perpignanais ? Si on tenait avec eux nos White Stripes (d’ailleurs ça m’étonnerait pas qu’ils finissent par sortir un vinyle chez Third Man, le label de Jack White) ? Possible …

Faudra juste que certains « connoisseurs » arrêtent de dire que non, vous avez rien compris, les Limiñanas c’était bien mieux avant … Non, les Limiñanas, ils sont bons maintenant …


PARQUET COURTS - SUNBATHING ANIMAL (2014)

Un peu Courts ?
Parquet Courts ? Des génies … Et pour une fois tout le monde est d’accord, des vieux « classiques » (Rock & Machin) aux branchouilles toujours à l’affût du dernier cataplasme tendance (les soi-disant Inrockuptibles, le mag-site web qui s’auto-buzze Pitchfork). Tout le monde ? Non. Du fond de son village gaulois, Lester Gangbangs, qui en a vu et surtout entendu d’autres, compte bien mettre ses milliers de lecteurs en garde. Méfiance, braves gens, rien de neuf et encore moins d’original dans cette rondelle.
Vous avais-je dit qu'ils étaient de Brooklyn?
Parquet Courts, c’est une bande de jeunots autoproclamés punk ou post-punk, ou garage-punk, enfin tout ce que vous voulez du moment qu’il y a punk dans la dénomination. Les Parquet Courts viennent de Brooklyn, l’endroit in, arty, branché de la planète rock, qui malheureusement pour des Yeah Yeah Yeahs ou Liars passables, a livré depuis une dizaine d’années beaucoup de machins plus ou moins dispensables (TV On The Radio, Animal Collective, LCD Soundsystem, Yeasayer, MGMT, Rapture et !!!, ces deux derniers bien que venant d’ailleurs s’y étant installés).
Les Parquet Courts sont pas vraiment des finauds, bon, quand on se réclame punk-quelque-chose, c’est bien le moins, mais quand même. Faut les entendre se pointer avec leurs Doc Martens à semelles en plomb, leurs références tellement évidentes qu’elles en deviennent gênantes (manqueraient-ils d’imagination, parce qu’une fois sorti de limites plagiats, reste plus grand-chose). On les trouve originaux par rapport aux autres suscités. Certes, alors que la plupart de cette scène de Brooklyn citait comme un mantra les rythmes saccadés de Gang of Four (Anglais, post-punks, ayant vendu des nèfles), les Parquet Courts concentrent leur tir sur des choses empruntées à des groupes uniquement new-yorkais, le Velvet, Television et Sonic Youth … sans en avoir le talent… Apparemment, plein de gens ( ? ) se contentent de ce son pavlovien, mettant de côté le manque de consistance évident de ce « Sunbathing animal ».
C’est finalement quand ils semblent se lâcher, ne pas vouloir (ré)citer à tout prix que les Parquet Courts sont à mon sens les meilleurs. Même si ça vole pas à un niveau stratosphérique (« Duckin’ & dodgin », simpliste, crétin, répétitif, mais efficace ; l’intéressante, une fois n’est pas coutume, et assez longue tournerie post-punk « She’s rollin’ », voire « What color is blood », pour une fois pastiche réussi de la famille Velvet).
Les Parquet Courts, ou l'art d'avoir la bière triste ...
Par contre rayon débit, l’addition pourrait être salée. Par charité, on ne retiendra que la voix pénible du chanteur (oui, oui, au moins autant que celle du type de TV On The Radio), parce que n’est pas le muezzin psychotique Lydon qui veut, pour situer le registre … et notez que c’est pas mieux quand il se prend pour Byrne des Talking Heads (« Black & white »). Les compos, c’est aux deux-tiers sans trop d’intérêt. Paraît que sur scène c’est bien, mais enfin, comment dire, je demande pas à voir et à entendre.
En fait sur ce « Sunbathing animal », y’a qu’un truc qui m’intrigue. Les trois premiers titres s’énoncent « Bodies », « Black & white » et « Dear Ramona ». Hasard ? « Bodies », c’est aussi un titre des Pistols, « Black & white », un disque des Stranglers (ou un titre de Michou Jackson), et « Dear Ramona », ça rappelle quand même les Ramones, qui n’étaient pas de Brooklyn, mais pas loin (le Queens), à moins que ce soit pour le « I heard Ramona sing » de Frank Black …

Voilà à quoi on est réduit, avec ce second disque des Parquet Courts (le premier, je l’ai aussi avec sa pochette country – cow-boy - « Happy trails », mais je me rappelle même pas à quoi il ressemble, tellement ça m’avait marqué), on s’invente des Trivial Pursuit version rock … Mais qui joue encore au Trivial Pursuit ? Et qui écoutera encore les Parquet Machin dans trois ans ?


En écoute (et plus si affinités) ici



BLACK LIPS - UNDERNEATH THE RAINBOW (2014)

De toutes les couleurs ...
« Underneath the rainbow » dure trente quatre minutes. Et quand le skeud est terminé, tout être normalement constitué doit se poser une question, un peu saugrenue mais inévitable : les Black Lips sont-ils là, aujourd’hui, en ce printemps ripou de 2014, le meilleur groupe du monde ?
J’en vois déjà qui manquent de s’étouffer, ‘tain le Lester depuis le temps qu’on l’avait pas vu, qu’on se demandait s’il avait péri en mer, avait été pris en otage par des muslims vendeurs de pavot, ou pire, nommé ministre par Manu militari Valls, voilà t-il pas qu’il nous assène des énormités à propos d’un groupe qui a même pas fait la une des Inrocks. D’autant que si on s’en va googleliser « Black Lips », on va trouver des montagnes de pages où plein de gens qui s’affichent musicalement incontestables vont vous raconter que ce « Underneath … » c’est quasi de la daube … Les écoutez pas ces pantins, c’est moi qui ai raison, comme d’habitude, quand bien même ma légendaire modestie dusse-t-elle en souffrir …
Les Black Lips 2014, comme une pochette des Byrds, on dirait ...
Parce que les Black Lips y’a des années que skeud après skeud, ils se sont forgé une crédibilité en plutonium enrichi dans le milieu du punk-garage-sixties-bidule (eux se qualifient de flower-punk, ce qui ne veut rien dire, mais fallait y penser…), le genre de réputation après laquelle courent des milliards de groupes. Objectif avoué de l’opération : ravir les quatre pantins rances serviteurs rigoristes de la chapelle et surtout à ce moment-là ne plus bouger d’un iota. Et arrivés à ce stade, qu’est-ce qu’ils ont fait les Black Lips ? Sont allés chercher Mark Ronson, producteur-DJ branchouille et variéteux (Lily Allen, Robbie Williams, Aguilera, …) et dans un grand éclat de rire sonore, ont consciencieusement « saboté » leur carrière (leur précédent et déjà excellent selon moi « Arabia Mountain »). Là, avec « Underneath the rainbow », ils font le contraire, vont chercher un type « crédible » (Carney des Black Keys) pour produire quelques morceaux, mais en contrepartie se lâchent encore plus tout au long des douze titres.
Qu’il n’y ait pas de malentendus. C’est sérieux, les Black Lips, on n’est pas chez les Ludwig Von 88 ou Sha Na Na. Mais les quatre d’Atlanta ne s’interdisent rien. Même pas de se payer Mick Rock himself pour la photo de pochette (qui au passage a de faux airs de celle de l’antique 33T éponyme du Band avec sa dominante sépia). Même pas de citer des choses très éloignées du garage sixties (« Justice after all » ou « Drive-by Buddy », c’est du classic rock comme Petty ou Springsteen ne savent plus en faire depuis des décennies), de faire des références appuyées aux crétineries punk californiennes des 90’s comme Green Day ou Offspring (« Smiling »), de rendre hommage aux Ramones (enfin, c’est ce qu’il me semble) avec « I don’t wanna go home », de rendre obsolète le disque de « reformation » des Pixies (parenthèse : mais qu’est-ce qui lui prend à ce gros patapouf de Frank Black, arriérés d’impôts ? notes en retard chez le traiteur ? et tout çà en virant Kim Deal, faut pas déconner, gros lard …) avec un morceau comme « Funny », savants entrelacs de mélodies pur sucre et de grosses guitares fuzz …

Et puis, manière de faire un doigt aux garagistes 60’s intégristes, ils jettent en milieu de disque une sorte de truc yé-yé bubblegum très pop (« Make you mine »), un peu plus loin revisitent à leur façon le riff du « Lucifer Sam » du Floyd de Barrett, ça s’appelle « Do the vibrate », et ils le font suivre d’une bouillasse psyché (« Dandelion dust »), peut-être une référence au énième degré aux Stones (« Dandelion » est la face B de « We love you » sortie au milieu de l’an de grâce 1967, quand les Cailloux s’essayaient – de façon assez risible – au psychédélisme).
« Underneath the rainbow » est une rondelle qu’on ne sait à quel degré il faut l’appréhender. Jetée en pâture sur ce qu’il reste du « marché du disque » et démerdez-vous avec. Les Black Lips semblent comme tous les idiots savants n’en faire qu’à leur tête. Sortent un disque a priori joli, consensuel mais qu’on peut aussi percevoir comme une vaste joke j’menfoutiste. Bande de zigotos totalement ingérables qui balancent une rondelle « grand public » sur le label indépendant (mais balèze, on y trouve aussi Bloc Party, les Streets, Justice et … Charlotte Gainsbarre) Vice Records, les Blacks Lips peuvent compter sur leur leader azimuté Cole Alexander (adepte entre autres « facéties » de terminer ses morceaux live futal sur les chevilles, signe d’extrême satisfaction chez lui) pour fracasser consciencieusement et méticuleusement tout plan de « carrière » …

Des mecs bien qui font de bons disques … Le meilleur groupe du monde de la Terre d’aujourd’hui ...

Des mêmes sur ce blog :


ENDLESS BOOGIE - LONG ISLAND (2013)


Spinal Tap boogie ?
Non, sérieux, y’a des gens qui font encore ce genre de trucs, là, aujourd’hui ? Ce genre de trucs, c’est (facile à deviner, tout est dit dans le nom du groupe) un boogie rustique à faire passer Canned Heat pour Beyoncé (ou Culture Club, on n’en est plus à çà près …).
Endless Boogie donc. Baptisés ainsi en hommage à un titre de John Lee Hooker. Pour moi un des trois plus grands du blues (pour ceux que ça intéresse, comment ça, personne ? les deux autres sont Robert Johnson et Muddy Waters) et une source d’inspiration dont il peut sortir des merveilles (« L.A. Woman » des Doors). Un Hooker qui a plus ou moins inventé le boogie aussi, certes. Bon, le boogie, c’est pas le truc le plus captivant et original qui soit, mais là, avec Endless Boogie, on touche le fond … ou le sublime, ce qui revient au même.
Les types (quatre ? cinq ? c’est assez fluctuant) de Endless Boogie doivent considérer Status Quo comme des hérétiques (Status Quo, c’est pas difficile, je vous explique, faut être deux guitaristes, les cheveux longs, des jeans pattes d’eph, écarter les jambes à 60-70°, se serrer l’un contre l’autre, secouer la tête d’avant en arrière, mouliner le même accord pendant cinq minutes en répétant ad lib « whatever you want, whatever you want, whatever you want … »). Endless Boogie, j’y mets ma main à couper, leur morceau de référence c’est le « Refried boogie » de Canned Heat. Onze minutes et des brouettes en version studio, quarante en public (sur « Living the blues ») et vingt-huit à Woodstock (rebaptisé pour l’occasion « Woodstock boogie »). Mais le Heat, à côté de Endless Machin, c’est du fuckin’ rock progressif. Endless Boogie, ils sont vomis d’une faille spatio-temporelle, horloges bloquées en 1968. Ça fait foutrement penser aux furieux répétitifs de l’époque, les Iron Butterfly de « In-A-Gadda-Da-Vida », les Vanilla Fudge de « You keep me hangin’ on », les Blue Cheer pour l’ensemble de leur œuvre, tous les ancêtres du hard-rock et du stoner en somme…
Vous avez dit rustiques ?
Endless Boogie, on imagine une bande de rustiques venus d’un coin paumé d’Arizona, Nouveau-Mexique ou Texas et se prenant pour les ZZ Top de leur trou du cul du monde. Sauf qu’ils sont de New York (Long Island ?) qui est bien un des derniers endroits où l’on imaginerait des ploucs, le museau dans le buvard d’acide, jouer leurs machins primitifs. Parce que les Endless Boogie, ils doivent jamais avoir vu un Cd. Ils raisonnent encore en terme de 33T. Sur ce « Long Island », huit titres (entre 6 et 14 minutes), groupés par deux en tranches de 20 minutes pour faire une face de vinyle. J’en vois un qui suit et qui me fait remarquer que donc, « Long Island » est l’équivalent d’un double 33T… c’est bien petit, si les gorets te prennent pas pour un topinambour, t’as de l’avenir.
Ce disque serait excellent si … la pochette était belle. Elle est horrible.
Ce disque serait excellent si … il y avait un bon chanteur. Y’en a bien un qui de temps en temps grogne ou parle. Mais chante jamais. Un éclair de lucidité lui fait apercevoir ses carences et y’a une paire de titres instrumentaux (« Occult banker » et « On cryology »).
Ce disque serait excellent si … y’avait des musiciens techniques qui t’en foutent plein les oreilles. La section rythmique swingue comme un super tanker par calme plat, les fans (t’imagines, un fan de Endless Boogie, moi j’y arrive pas) vous diront qu’elle est sobre mais efficace. Les guitaristes, quand ils partent en solo (ben à peu près tout le temps, qu’est-ce que vous voulez foutre pendant dix minutes sur un titre, à part un solo ?), entre deux notes, t’as le temps d’aller pisser, boire un café et fumer une clope. Autant dire que c’est pas des virtuoses, découvreurs de talents à la recherche du prochain Hendrix, vous êtes pas à la bonne adresse. Les types tartinent des trucs psyché-baveux plein de distorsion sur une rythmique imperturbable. Du boogie de chez boogie quoi. Plutôt niveau maternelle que Sciences Po …
En pleine réflexion : je tire ou je pointe ?
Quand c’est très mal joué (à moins qu’ils aient de l’humour et qu’ils fassent semblant de jouer encore plus mal que ce dont ils sont capables), cette bouillasse sonore s’apparente un peu aux Stooges de « Funhouse » (le premier titre « The savageist »). D’autres fois, on a l’impression qu’ils essayent d’imiter ZZ Top (« Taking out the trash »), voire AC/DC période Bon Scott (pourquoi, y’en a une autre ?) (« General admission »). Toutes ces similitudes fonctionnent jusqu’à ce qu’ils se mettent à « jouer », en gros le temps de l’intro, qui vu la durée des titres, peut durer pas mal …
Soyons fous et optimistes, ce genre de rondelle absurde pourrait plaire aux fans de tous les soporifiques jam bands dont le Sud des USA se délecte, des Allman Brothers à Gov’t et sa Mule. « Long Island », c’est tellement mauvais que ça en devient génial, l’idée fixe stupide qu’on pousse dans ses derniers retranchements, le jeu de mots pourri qu’on place toutes les cinq minutes. Il faut donc l’acheter. En plusieurs exemplaires. Pas pour les écouter, surtout pas malheureux, mais c’est le genre de crétinerie qu’on trouvera originale dans vingt ans, et que des nigauds s’arracheront à coups d’enchères délirantes sur eBay.

Du coup, je le fous pas à la poubelle ce « Long Island ». Je le garde et commence ma carrière de futur rentier rock’n’roll, tendance boogie … Mise à prix : trente euros … Faire offre …

JACK MEATBEAT & THE UNDERGROUND SOCIETY - BACK FROM WORLD WAR III (2001)

L'Apocalypse ...

On ne sait pas qui avait commencé. Lequel dans son bunker avait validé le premier l’algorithme de mise à feu des missiles. Tous l’avaient suivi. Guerre nucléaire totale…
Et contrairement aux prévisions, ce ne furent pas les scarabées, les rats ou les scorpions qui survécurent. Non, juste des chevelus en train d’écouter les Stooges au moment du Big Bang terminal. Juste une poignée de types. Des Finlandais, la plupart faisant autrefois partie d’un groupe nommé Flaming Sideburns. Et aussi un Argentin bizarre. Au doux surnom de Speedo Martinez.
C’est lui qui retrouvera les Finlandais, calfeutrés dans un studio d’enregistrement. Et qui leur dit que puisqu’ils avaient survécu en écoutant les Stooges, peut-être la vie renaîtrait-elle si on jouait du rock’n’roll. Comme les Stooges, évidemment … Tous ensemble, ils prendraient le nom de code et de guerre de Jack Meatbeat & the Underground Society.

Il fallait faire vite, les générateurs menaçaient de lâcher définitivement… Moins d’une heure d’autonomie. Ça suffirait… on ferait ça sous forme de jam, on enchaînerait tous les titres …
Et on commencerait par une courte incantation en espagnol sur un fond de free-jazz. Et puis on continuerait par un blues mutant, menaçant, très lent, avec plein d’orgue Hammond (« Back in the Delta ») parce que le blues, y’avait de quoi l’avoir devant la folie des hommes et que le Delta, c’est là dans le Mississippi que tout avait commencé. Mais bon, le seul truc capable de faire tenir, de faire oublier tout ce bazar, d’espérer en une régénération, c’était du rock métallique et violent. Y’avait qu’à faire un shoot électrique et meurtrier (« Stay and dance »), d’ailleurs y’avait un gratteux au surnom prédestiné, il se faisait appeler Sky Williamson, et à temps perdu, mais il y en avait plus beaucoup à perdre, il se prenait pour Hendrix (à moins que ce soit l’autre guitariste, Mr. Hellstone),  les titres étaient pleins de ces notes sales, distordues, cosmiques, si caractéristiques du Voodoo Chile.
De toutes façons, y’avait pas le choix, fallait jouer, compact, dru, méchant, dresser des murs de larsens et de feedback, parce que là, dehors, quelques silhouettes, qui avaient peut-être été des hommes avant, rendus aveugles et brûlés par les radiations, traînaient près du studio, et menaçaient de contaminer les survivants (« We are the zombies »). L’électricité n’allait pas tarder à manquer, les bécanes d’enregistrement recrachaient des bruits bizarres au gré des micro-coupures, y’avait tout un bourdonnement, tout un parasitage, des interférences à rendre jaloux Ministry, Trent Reznor et Marylin Manson s’ils avaient encore été de ce monde (« Cosmic power », comme une jam entre les Stooges et le MC5 en 1970). Le matos déconnait de plus en plus, « Granada smokin’ gypsy », on aurait un Cd d’Aphex Twin passé à l’envers, avec l’Argentin qui venait se lamenter sur le Mur des larsens …
Tout manquait, les meufs, l’alcool, la came … ils en étaient réduits à invoquer le nom d’un narco colombien (« Hotel Escobar »), dans une complainte de junkie en manque, sale et dangereuse comme une aiguille rouillée avec laquelle on va se faire un shoot. Et puis, avant que la vision devienne mirage (« Sun eclipse 1999 »), un dernier hommage au Maître Iggy et à sa bande (« Magnetic KO ») allusion transparente à un live semi-officiel (« Metallic KO »).
Le compresseur du studio rendait l’âme, la fourniture d’électricité devenait de plus en plus aléatoire, il y avait sur les bandes des échos stéréo bizarres, on avait l’impression qu’un type tapait le blues pendaient que les autres jouaient du métal indus (« Space mountain blues ») … Bon, là, ça y est, c’est la fin, la lumière clignote, l’oxygène se fait rare, y’en a qui bougent plus, peut-être qu’eux aussi ils sont morts, alors les derniers valides balancent un rock’n’roll ultime avant la fin (« Jack’s ink gone red »).
L’espace-temps était en pleine déconnade, Speedo Martinez, dernier encore en vie, vient de s’apercevoir que ça a pris trois ans pour enregistrer ces treize titres, mais de toutes façons on s’en fout, le jour où quelqu’un écoutera cette musique, Jack Meatbeat lui aussi sera mort depuis au moins deux ans …
Voilà, c’était quelque part près du cercle polaire, c’était la fin de la fin du monde, et l’orchestre jouait du rock’n’roll …

THEE OH SEES - FLOATING COFFIN (2013)

Strawberry fields ...

Putain cette pochette … qui peut raisonnablement avoir envie d’écouter une galette avec pareil visuel, foireux mélange d’un du Floyd (« A saucerful of secrets »), d’un des Pixies (« Trompe le Monde »), et d’un d’Animal Collective (« Strawberry Jam ») … et qu’on vienne pas me dire que les gens consomment du mp3 en téléchargement légal, personne va les télécharger les titres de ce skeud.
Parce que les Thee Oh Sees (et ne me demandez pas pourquoi ce blaze improbable, même les journaleux ayant pignon sur rue et salaire à la fin du mois ils en savent rien), c’est une niche musicale, comme diraient les commerciaux. Du garage-rock-psyché-psycho-punk et autres balivernes. D’aujourd’hui et de San Francisco. Dont la figure de proue, le dénommé John Dwyer, est un peu le pape-gourou-leader-référence d’une scène locale paraît-il foisonnante et pleine d’avenir (en langage clair, des groupes qui s’ils sortent un chef-d’œuvre, en écouleront 2000 copies/monde).
D’ailleurs le dénommé Dwyer, même ses fans arrivent pas à le suivre, il publie deux-trois disques par an, sous autant de noms, et dans autant de genres différents (paraît-il du folk au heavy metal, le genre de gonzo qui n’a peur de rien ni de personne …), produit les siens et ceux des autres, et a son propre label … Thee Oh Sees serait la formation-phare du bonhomme, celle des « grands disques ». On me la fait pas, j’y crois pas une seconde à ce genre de plan marketing … Sauf que ce « Floating coffin », c’est tout simplement un grand disque, et que ça m’étonnerait qu’il en sorte des wagons comme ça cette année.

D’abord les Thee Oh Sees sont un groupe à guitares. Et moi les guitares, c’est comme l’odeur du napalm le soir au fond de la jungle vietnamienne, j’aime bien ça. Et puis, les Thee Oh Sees ont un super son de basse qui devrait rendre jaloux Flea des laborieux Red Hot Machin. Et aussi un son de batterie agréable, aux antipodes des kicks de quadruples doubles grosses caisses mixées en avant. Et aussi une claviériste mimi, Brigid Dawson, qui fait plein de chœurs mais est aussi capable de chanter lead. Et surtout, un truc tout con, mais que peu qui sortent des disques savent faire, ils ont mis des chansons sur leur disque. Dix. Avec pas grand-chose à jeter. Pourtant, Dwyer et sa troupe sont partis dans un délire très seventies, genre disque sous substance, plein d’échos, d’effets spatiaux tournoyants. Y’a bien un truc qui me vient, je dépose la dénomination, c’est du krautrock garage. Autrement dit plutôt le versant Neu !, Faust et Can que le Tangerine Dream lorgnant vers le new age…
« Floating coffin » est plein de riffs bien sales, bien distordus, jouant toute la gamme des tempos. On peut passer de la méchanceté de l’inaugural « I came from the mountain », flirter avec le hardcore sur le titre éponyme, la bastonnade limite punk de « Tunnel time ». Et puis des trucs, la majorité, lourds, aplatissants, mid-tempo tournoyants. Y’a un nom qui clignote, Hawkwind, du temps du bassiste à verrues Lemmy Kilmister. Ce côté obstiné et répétitif, ce space-rock velu et mélodique à la fois. Quand c’est vraiment « apaisé », comme sur « No spell », on pense aux nouveaux minots psyché comme Tame Impala ou Jacco Gardner.
Les Thee Oh Sees, ce qui fait leur intérêt avec ce disque, c’est qu’ils ont trouvé une formule, et qu’ils ne s’y tiennent pas. Grâce aux synthés et à la voix de la miss Dawson, ça leur offre une palette sonore mouvante. On peut passer sur « Strawberries 1 + 2 » d’un début à la Hüsker Dü époque « Warehouse … » à un final adossé sur un mur de feedback et là c’est le Neil Young de « Weld » qui vient à l’esprit. Sur le bizarroïde single sorti en éclaireur (« Minotaur »), on hésite entre pop sixties endormie ou Pixies au ralenti (les chœurs, les accords de guitare). « Floating coffin », c’est un disque qu’on croirait primaire et qui dévoile à chaque écoute de plus en plus de subtilités, de digressions sonores, des bribes de guitares orientalisantes très « Kashmir » (« Sweets Helicopter », « Maze Fancier »),  des mélodies compliquées à la Randy Newman (« Toe Cutter / Thumb Buster »), des synthés lugubres comme ceux d’Orange Goblin sur les BO des films d’Argento (« Night crawler », ce titre finissant carrément dans une ambiance gothique).
Un disque un peu fou, faits par des types qui doivent être bien barrés. Un peu à l’Ouest aussi. Mais sûrement pas aux fraises …

Des mêmes sur ce blog :



THE REVEREND HORTON HEAT - THE FULL-CUSTOM GOSPEL SOUNDS OF (1993)


Du boogie woogie avant vos prières du soir ...

A une époque où l’on nous a gavé grave avec les prédictions apocalyptiques de zozos cannibales qui avaient même pas été foutus de prévoir la fin de leur monde à eux, il serait maintenant temps de s’intéresser à quelques cultes païens autrement plus cools. Et pourquoi ne pas réhabiliter la Sainte Eglise rockabilly du Reverend Horton Heat ? Après tout, on en connaît qui s’extasient devant l’Elvis de pacotille Jon Spencer (le type qui se prend pour le King et donc pour forcément quelqu’un qui compte dans le rock, et qui interdit aux gens de fumer dans ses concerts, rock’n’roll attitude quand tu nous tiens pas …) ou les braillards de la Jim Jones Revue, … ou qui vous voudrez qui se réclame de la musique vintage des 50’s, ce genre qui revient épisodiquement à la mode, et dans lequel les Sray Cats avaient au début des années 80 touché le jackpot. C’était pas les premiers, Sha Na Na dans les sixties (les ancêtres de Au Bonheur Des Dames), Crazy Cavan et Robert Gordon dans les seventies, les Cats donc, et puis après … que dalle (qui a dit les Forbans, tu dégages, et vite …), jusqu’au bon Reverend.
Qui n’est pas plus curé que moi, et qui ne s’appelle pas Horton Heat. Mais on s’en cogne, il joue à merveille le rôle du prêcheur électrocuté, traumatisé à jamais par les Cramps. D’où parfois quelques libertés avec les stricts codes du rock’n’roll originel, ni vraiment un puriste, pas franchement un revivaliste. Souvent étiqueté psychobilly (psycho quoi ? on s’en fout aussi, l’essentiel c’est que ça dépote …).
Et pour dépoter ça dépote. La seule limite à la vitesse que ce trio semble connaître, c’est la rapidité des bras du batteur, au taquet tout le temps. D’ailleurs le Reverend est signé chez Sub Pop, label méticuleux qui n’avait pas l’habitude d’engager des poseurs. Fallait des types concernés, et les curetons y vont à fond. Tiens, s’ils ont une drôle de bobine sur la photo de la pochette, c’est qu’elle est pas retouchée par Photoshop, ils se sont immergés dans une rivière glacée pour cette mise en scène de cérémonie baptismale. Des furieux, je vous dis …
Suffit d’écouter le dragster rockab « Livin’ on the edge (of Houston) », la tuerie garage punk « 400 bucks » ou la country épileptique de « Bales of cocaïne » pour s’apercevoir que l’on n’a pas affaire à des enfants de chœur, mais à des types qui jouent comme si le sort du monde dépendait de la conviction qu’ils mettent dans leurs morceaux. Des fois, on a même l’impression qu’ils se mélangent les accords, « The devil’s chasing me » tourne à la jam furieuse, et ce titre peut passer pour le « I’m going home » des années grunge (ceux qui étaient à Woodstock lors du passage de Ten Years After comprendront, même si ici il y a moins de technique et plus de burnes …). Il y a même du strict rock’n’roll (« You can’t get away from me »), du foutage de gueule de l’auditeur qui pense qu’il va avoir un répit quand se pointe « Lonesome train whistle » avec son titre qui empeste la ballade country, mais tu parles Charles, la ballade elle se fait au sprint.
En fait il faut attendre les trois derniers titres pour reprendre sa respiration. « Loaded gin » est un boogie-blues au ralenti qui revisite intelligemment le genre, « Nurture my pig » (une reprise des Locos Gringos, fallait aller la chercher celle-là, et ne me demandez pas qui sont les Locos Gringos) qui a des espèces d’atours jazzy, mais du jazz revisité par un chœur de hooligans, et l’ultime « Gin & tonic blues » qui laisse quand même perplexe (electro-blues spatialisé ? on dirait du Zappa c’est dire si c’est zarbi) et est pour moi la seule bêtise du disque.
Les Reverend Horton Heat évoluent dans un trio strictement basique (guitare, contrebasse, batterie), se passent de tout musicien additionnel en studio, et au fil des ans le personnel a varié autour de l’inamovible Jim Heath.
Le genre de disque quand même, mes biens chers frères, mes bien chères sœurs, autrement plus sympa en ce jour que la fuckin’ messe de minuit avec les mioches et la belle-famille …

CORONADOS - UN LUSTRE (1989)


Epitaphe

Ils auraient pu être … le groupe français d’une génération, ou quelque chose comme ça. Ils ont été les Coronados, pour deux tours de piste, « N’importe quoi » en 1984 et ce « Un lustre », forcément cinq ans plus tard.
Les Coronados avaient tout pour eux. Une crédibilité sans faille, eux les provinciaux de Limoges montés à Paris pour matraquer d’abord, puis peaufiner ensuite leur rock garage. Ils pouvaient compter sur le soutien indéfectible des fanzines, de la presse rock, avaient des fans chez les chroniqueurs de la presse dite sérieuse, tout un buzz patiemment fomenté.
Parce que si leurs prestations étaient violentes et chaotiques, c’étaient des bosseurs. Acharnés, même, d’après ceux qui les ont côtoyé, remettant inlassablement sur l’ouvrage leurs morceaux, fignolant avec un soin maniaque leurs compositions.
Les Coronados, début des années 80
« Un lustre », dans sa version originale, comporte dix titres dont deux reprises et dure demi-heure. Mais chaque seconde compte, on n’est pas dans une configuration d’enregistrement où l’on passe deux heures à régler le matos, et puis on balance les morceaux sans rien toucher et on garde la première prise. Il y a un qualificatif à manier avec précaution que j’ose lâcher, c’est spectorien. Non pas dans le résultat, c’est pas le Wall of Sound ici, mais il y a mille trouvailles, mille gris-gris sonores dans ce disque. Responsables, le groupe et l’ingé-son Didier Le  Marchand, au pedigree impressionnant, qui a traîné en studio avec foultitude de gens, de la scène rock et alterno française (Little Bob, Road Runners, Stinky Toys, Pigalle, …), jusqu’au gotha du rock mondial (Prince, Dylan, Michael Jackson, Miles Davis, Patti Smith, Peter Tosh, Kraftwerk, …). Chaque titre est conçu indépendamment des autres, il n’y a pas d’unité sonore dans le mix, les arrangements très nombreux sont chaque fois différents, les textes alternent français (le plus souvent) et anglais, la voix n’est jamais utilisée de la même façon. Et miracle, ce disque ne sonne pas comme un patchwork, un collage contre nature de bric et de broc, il y a derrière tout cela une impression d’homogénéité qui se dégage.
Il y a un choix délibéré de mettre les mélodies en avant, au détriment du mur de guitares crasseuses qu’on serait en droit d’attendre, certains titres n’évoquent en rien le rock garage, c’est de la pop first class (« Un lustre », « Encore », « Inutile de dire », « Pas de raison de se plaindre », …). Il y a aussi cette envie d’afficher des racines, de montrer d’où l’on vient musicalement (le tex-mex de « Collectionneur maniaque », le rock hardcore de « Chienne de retour », le garage psyché de « Comment croire … »). Les reprises, on sent aussi qu’elles ne sont pas là par hasard, soigneusement choisies, un titre de Muddy Waters – Willie Dixon (« I live the life I love ») traité façon Cramps, un shot de rock’n’roll brut et sauvage signé Gerry Roslie, le furieux chanteur des Sonics (« I’m gonna dance ») …
Dès la sortie du disque, tout le « réseau » se mit en branle, les articles dithyrambiques fleurirent et … le disque se ramassa. La « faute » à une parution sur un tout petit label indépendant, qui n’avait pas les moyens d’affronter la concurrence des majors derrière des Rita Mitsouko ou des Mano Negra alors au sommet de leur popularité, en attendant le raz-de-marée imminent des « Sombres héros de la mer » de Noir Désir. Les jours des Coronados étaient dès lors comptés, le groupe se sépara l’année suivante.
« Un lustre » a été réédité avec un bonus (« Un lustre … et plus »), tout comme leur premier (« N’importe quoi », plus rock, plus garage, plus basique), et les deux Cds présentent à peu près l’intégrale des enregistrements des Coronados. En bonus sur « Un lustre », on trouve notamment une superbe ballade (« La disparition des possibles ») et deux versions live ultra sauvages et destroy de classiques de la Tamla (« Money ») et Screamin’ Jay Hawkins (« I put un spell on you »), avec le renfort au chant (enfin, façon de parler, c’est chanté atrocement faux comme d’hab) de Patrick Eudeline.

THE 13th FLOOR ELEVATORS - THE PSYCHEDELIC SOUNDS OF THE 13th FLOOR ELEVATORS (1966)


Vous reprendrez bien un peu d'acide ?

Les 13th Floor Elevators étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Trop en avance et trop ingérables.
Les 13th Floor Elevators se sont formés à Austin, Texas, le Lone Star State des rednecks. Ils ont commencé par du rock’n’roll garage, et ils n’étaient pas les seuls, que ce soit au Texas ou dans l’Amérique des mid-sixties. Ils ont pris du LSD (alors en vente libre). Beaucoup. Beaucoup trop. Et alors que tous ceux qui en prenaient, et notamment à San Francisco, viraient pop, clochettes, encens, et country mollassonne, et n’avaient pas encore sorti de disques (le Dead, l’Airplane), les 13th Floor Elevators sortaient dès 1966 ce « Psychedelic sounds ». Pour la 1ère fois dans l’histoire de la musique plus ou moins populaire était mentionné le terme psychédélique, pour un disque qui se démarque totalement de tous ceux que l’on rangera ensuite sous cette dénomination.
Les 13th Floor Elevators sont un groupe de rock, de rock violent, même, chez lequel la ballade et la rengaine mièvre n’ont pas leur place. Le groupe joue fort, vite, méchant, les guitares sont saturées à l’extrême (fuzz), flirtant dangereusement avec une sorte de bourdon perce-tympans. Le groupe est une entité unie, soudée, tous sont totalement rétamés à l’acide.
Roky Erickson 1966
Très vite, dès qu’une petite notoriété se dessinera, deux choses capteront plus particulièrement l’attention. La cruche électrique de Tommy Hall, supposé leader et gourou. What, cruche électrique ? Ben oui, une cruche en terre cuite contre laquelle est collée un micro, une cruche qui peut contenir de l’eau dans laquelle Tommy Hall souffle, siffle, crache, chantonne, ou alors qu’il tapote au gré de l’ « inspiration ». Et qui produit ce lancinant bruit bizarre glougloutant de fond que l’on entend sur la plupart des titres. Mais très vite, celui qui deviendra le point de convergence de tous les regards, c’est le chanteur (et aussi guitariste) Roky Erickson. A la base un bon et grand chanteur, braillard quand il faut, technique quand ça s’impose, et qui « habite » tous les titres … Il se murmure qu’il aurait fortement impressionné Jim Morrison. C’est lui le frontman, c’est lui qui deviendra l’image qui symbolisera les 13th Floor Elevators. Mais comme Syd Barrett ou Brian Wilson, le LSD qu’il consomme en quantités industrielles causera vite chez lui des dégâts irréversibles, et il partira dans un trip très spatial et spécial, encombré de visions de Martiens chelous, de vrais séjours en hôpital psychiatrique avec séances d’électrochocs, et de disques solos (le groupe ne fera pas de vieux os, Tommy Hall partira le premier, les rescapés sortiront un insignifiant « Easter everywhere » en 1968 avant la débandade finale) erratiques. C’est Roky Erickson qui inaugurera à partir de 1967 le célèbre look de gourou psychopathe (barbe et cheveux en bataille et à la longueur démesurée, regard de fou), repris par Sky Saxon des Seeds et tristement rendu célèbre par Charles Manson.
Roky Erickson plus tard ...
Coup de bol pour les 13th Floor Elevators, leur premier 45T « You’re gonna miss me » sera un petit succès sur tout le territoire américain, avant de devenir ensuite un classique du rock garage US, et un des piliers de la fameuse compilation « Nuggets » de Lenny Kaye qui a réhabilité dès le début des 70’s tous ces groupes américains quelque peu délaissés par l’histoire officielle durant la seconde moitié des années soixante.
Mais « Psychedelic sounds » ne se résume pas à ce seul titre, loin de là. On est là avec un disque de rock dur, qui plus est sans la faute de goût datée ou le titre neuneu qui encombreront la plupart des disques psychédéliques de l’époque, y compris ceux des stars célébrées. Ici pas de mantras, de comptine stupide, de titres planants interminables … Onze titres en un peu plus de demi-heure.
Derrière une pochette devenue emblématique du genre (le troisième œil, la fascination pour les pyramides, les taches huileuses mouvantes, les couleurs flashy, …), ça bastonne plus souvent que ça s’écroule. Des titres sans ambiguïté, « Roller coaster », voix planante et riff fuzzy mouliné sans fin, « Reverberation », mur de guitares crasseuses sur lequel on devine l’ombre à venir de la fraction dure du krautrock (Amon Düül II, Faust), ou du space rock d’Hawkwind … « Fire engine », intro de twang guitar comme si les Shadows avaient gobé des acides, un morceau qui très vite devient moite, caverneux, et qui réveillera le fan des Cramps qui devrait sommeiller en chacun. Rayon lourd, également « Thru the rhythm » et l’ultime « Tried to hide ». Psychédélisme oblige, la ritournelle pop affleure (« Splash 1 »), l’animalerie hallucinée se pointe (ici « Monkey island », à mettre en parallèle avec le « White rabbit » du Jefferson Airplane, les analogies sonores à venir avec les Californiens sont évidentes), « You don’t know » annonce l’univers barré de Barrett dans le Floyd …
Le rayonnement du disque ira beaucoup plus loin que ce que perdurera la vague psyché, et de temps à autre, des gens bien esquintés par la dope citeront les 13th Floor Elevators, le plus représentatif des dernières décennies étant sans doute Jason Pierce (Spacemen 3, Spiritualized), dont l’œuvre se trouve déjà en filigrane dans le gospel violent de « Don’t fall down », ou le titre écroulé, tête lourde dans le buvard de « Kingdom of heaven » …
La dernière ( ? ) réédition du disque propose en bonus des titres live (ils ont bien fait de le préciser, c’est totalement inaudible, niveau qualité sonore, une des pires choses que j’ai jamais entendues) du groupe reprenant sauvagement des classiques (« You really got me », « Roll over Beethoven », « Everybody needs somebody to love », « Gloria », …), plus le 45T des Spades (1er groupe de Roky Erickson) avec la version originale cuivrée de « You’re gonna miss me », complètement dispensable …

FLESHTONES - ROMAN GODS (1982)


Grands Dieux

Ceux qui les ont vus live depuis bientôt trente cinq ans vous en parleront avec des trémolos dans la voix. Ceux qui n’ont qu’écouté leurs disques ne comprendront rien à cet engouement. Les Fleshtones, c’est le groupe de scène par excellence, qui passe sa vie sur la route à prêcher la bonne parole rock-rhythm’n’blues dans de petites salles devant leurs éternels fidèles.
Les Fleshtones ont commencé dans le New York qui rocke de la fin des 70’s, mais ne seront jamais vraiment rattachés à la scène punk-CBGB, dont ils n’ont d’ailleurs retenu que l’énergie live. Ils commencent sur les mythiques petits labels habituels (ROIR, Red Star), leur réputation grandit, et Miles Copeland, frère de Stewart, batteur blond peroxydé, les signe au tournant des 80’s, sur son label IRS Records, un des « gros » indépendants des années 80. Au passage, il est assez réjouissant de constater que ce sont les thunes rapportées par Police (Miles Copeland gravite dans le management du groupe), qui serviront à financer les premiers pas de gens comme R.E.M., Go-Go’s, Wall of Voodoo, Concrete Blonde …
Ce « Roman Gods » est souvent considéré comme le meilleur en studio des Fleshtones, et correspond au casting majeur du groupe, les deux leaders Peter Zaremba (chant, harmonica) et Keith Streng (guitare), le batteur Bill Millhizer, les frangins Spaeth aux cuivres, le producteur Richard Mazda (spécialiste du rock et du son garage) … C’est à peu près la seule époque où les Fleshtones auront quelques moyens pour enregistrer un disque.
Ce « Roman Gods » à la pochette cheap (inspirée d’une du Butterfield Blues Band on dirait, et une compile de Mitch Ryder lui ressemblera étrangement 10 ans plus tard) n’était pas à l’époque pour les fans de Dire Straits. Amateurs de muzak d’ascenseur ou de supermarché (un ange passe, avec l’intégrale de Coldplay dans son iPod), circulez, c’est pas pour vous.
Comme si tout s’était arrêté depuis quinze ans, les Fleshtones sortaient en 1982 un super disque comme on en faisait en 1967. Des choses à base de rock garage (l’instrumental d’ouverture « The dreg », leur vision à eux de la surf music je suppose), d’antique rhythm’n’blues (pas un hasard si la seule reprise du disque est le « Ride your pony » de Naomi Neville popularisé par Lee Dorsey, l’antique figure du genre à la Nouvelle-Orléans), de compositions qui sans être transcendantes traduisent bien l’énergie dont on toujours fait preuve les Fleshtones. Un titre à toute blinde (« R.I.G.H.T.S. ») permet d’avoir une idée de ce que peut être un concert du groupe.
D’autres de leurs contemporains, et dans des genres parfois pas très éloignés, ne feront certes pas fortune, mais acquerront une très grosse renommée (Cramps et Gun Club notamment). Les Fleshtones n’auront aucune reconnaissance commerciale, et même pas d’estime … Et pourtant, ils le mériteraient au moins autant que les autres …
Mais bon, plutôt que de traquer leurs disques (pas facile, une production assez labyrinthique dispatchée sur quantité de petits labels), s’ils passent dans une petit rade près de chez vous, c’est là qu’il faut aller …

THE BISHOPS - THE BISHOPS (2007)


Prometteur

Rien à voir (quoique) avec les pub-rockers des 70’s Count Bishops. Ceux-ci (deux jumeaux qui ont donné leur nom de famille au groupe et un pote batteur) n’ont pas encore de titre de noblesse.
Ce trio avec ses costards-cravate et ce look petite frappe mod, fait irrémédiablement penser aux Jam. Mais si le trio de Paul Weller s’inspirait des Who et surtout des Kinks, les Bishops avec leur pop énervée et leurs harmonies vocales bien en place renvoient plutôt vers l’axe Beatles – Hollies. Pour un 1er Cd, on peut trouver pire comme références.
Les morceaux (quinze en à peine plus d’une demi-heure) sont excellents et témoignent d’une maîtrise déjà impressionnante (les Bishops ont tout juste vingt ans). Se détachent du lot : « Breakaway », « The only place … », « I can’t stand it anymore », « So high », « Higher now ».
Seul problème: le marché du disque étant ce qu’il est, les majors n’investissent plus dans les groupes de rock, préférant les nigauds formatés des radio-crochets télévisés. Les Bishops sont signés sur un minuscule label (1-2-3-4 Records) et « bénéficient » d’une distribution quasi-confidentielle. Pourtant ils n’ont pas moins de talent que (au hasard) les sur-médiatisés Arctic Monkeys. Pour un tas de bonnes et de mauvaises raisons liées au « marché du disque », ce disque qui a pourtant reçu un accueil favorable dans la plupart des médias spécialisés, n’a pas touché le « grand public ». Les Bishops n’ont pas capitulé pour autant, ils en ont publié un autre récemment, aussi bien acueilli par la critique et aussi bien ignoré par le public …
Question : les Bishops ne vont-ils pas finir par se lasser ?