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BERTRAND BURGALAT - LES CHOSES QU'ON NE PEUT DIRE A PERSONNE (2017)

Un secret qui sera certainement bien gardé ...
Quoique … Va savoir … C’est peut-être avec un de ces machins théoriquement invendables que Burgalat finira par se faire connaître au-delà du petit cercle de bobos qui constitue l’essentiel de son public. Parce qu’il mériterait non pas de devenir riche et célèbre (on s’en fout et lui aussi certainement), mais juste de pouvoir continuer son boulot d’artisan et de petit épicier (au sens noble du terme et à l’opposé des gros machins qui sortent du truc convenu au kilomètre) du disque sans flipper à chaque facture qui arrive. Pour qu’il continue d’en sortir sous son nom (j’aime pas trop – pour être gentil – et c’est de çà dont au sujet de la chose que je vais causer), mais surtout de son label Tricatel qu’il porte à bout de bras depuis des décennies. Et qui a fait paraître des choses fabuleuses : la fantastique April March (l’américaine qui réinvente les sixties yéyé françaises), les faramineux AS Dragon (le meilleur groupe de rock d’ici à avoir sévi en pré-Macronie), jusqu’aux très improbables – du moins sur disque – Valérie Lemercier et Michel Houellebecq. Fin de la page de pub …
BB
Burgalat donc. Artiste rare (par ses parutions) et précieux (par son approche). Qui, ironie du sort est maintenant plus connu pour son diabète (il mène un combat d’activiste sur cette maladie envahissante, a écrit des bouquins sur le sujet, et on le voit parfois en causer sur les chaînes d’info en continu) que pour ses disques. Qu’en gros j’aime pas trop, et celui-là ne faillit pas à la règle.
L’univers musical de Burgalat, sédimentation d’une multitude de choses empruntées à six décennies de rock (pas toujours and roll, c’est surtout ce qui me gêne) et régurgitées sur ses disques. Mais attention, Burgalat n’est pas un laborieux copiste, ses influences ressortent plutôt madeleine de Proust que vous sautant en la gueule. Circonstance aggravante, Burgalat n’est absolument pas un chanteur. Au mieux un interprète de ses morceaux. Entendez par là qu’il a pas de voix, et qu’il peut dire merci à Auto Tune pour chanter juste. A côté de lui, Daho passerait pour Pavarotti.
Si la musique de Burgalat souvent me laisse indifférent (j’ai décidé d’être gentil et poli) et fera fuir tout fan d’AC/DC normalement constitué, ses textes me laissent perplexe. Pourtant sur ce disque, il est allé chercher des auteurs, des vrais, de ceux qui donnent dans la littérature, pas Barbelivien quoi. J’en connais presque aucun, mais ça vaut pas, je suis un inculte de ce côté-là. Ça sonne bien, juste, c’est travaillé, mais j’y entrave que dalle la plupart du temps (mais putain de quoi ils parlent ?).
L’ensemble sonne très cinétique, normal pour un type qui a l’habitude de composer des musiques de film. D’ailleurs il y a pas mal d’instrumentaux dans ce pavé. Ouais, je vous ai pas dit, « Les choses … » c’est un double vinyle (une heure dix, dix-neuf morceaux), faut vraiment être accro à l’univers de Burgalat pour pas trouver le temps long. Analogie facile et réductrice, on pense souvent à la french touch (les atmosphères languides, les synthés très présents, même s’ils bouffent pas tout l’espace sonore), parfois à Gainsbourg (les rimes riches, le « chant » parlé), même s’il y a une « patte » Burgalat évidente, qu’on retrouve dans tous ses disques.
Elton John not dead ?
Il y a quelques titres qui me plaisent bien, que je ressors du lot. Le morceau titre (paroles Laurent Chalumeau, un des rares auteurs que je connais) est rythmé, mélodique, avec des cuivres, des violons, et cette allure kitsch qui est la Burgalat trademark. Versant pop, il y a le superbe « Cœur Défense », qui avec sa boîte à rythmes très début des eighties, n’est pas sans présenter certaines analogies avec ce que faisaient à cette époque-là Elli & Jacno. « Tombeau pour David Bowie » est comme l’indique son intitulé un hommage. Plutôt qu’une reprise qui pourrait sonner pathétique (voir le convenu « Rebel rebel » par Springsteen et Madonna, le ridicule n’étant pas du côté de la Detroit girl), Burgalat signe un instrumental qui convoque les plages synthétiques de « Heroes » et un piano qui semble vouloir aller voir s’il y a de la vie sur Mars. Beau morceau.
La perle du disque est pour moi « Son et lumière » (paroles et musiques Burgalat, comme quoi tout seul il y arrive plus que bien), une des réflexions les plus fines et intelligentes sur ce que sont devenus le rock et le music business que l’on a jamais entendues.
Ah, j’en vois qui comptent sur leurs doigts et qui disent que ça fait quinze titres dont je dis pas du bien. Notez que j’en dis pas du mal non plus. C’est pas mon truc, mais force est de reconnaître que c’est pas putassier, c’est digne et cohérent.

Euh sinon, M’sieur Burgalat, des nouvelles d’April March bientôt ?



THE LIMIÑANAS - MALAMORE (2016)

Route du 66 ...
Déjà moi j’suis au Sud (ouais, je sais, et parfois à l’Ouest). Ben les Limiñanas, ils sont encore plus au Sud que moi. Cabestany, banlieue de Perpignan. Et encore plus à l’Ouest que moi aussi…
Et assez bizarrement, parce qu’on s’est (enfin, on c’est les ceusses et ceux qui font les tendances, les modes, le buzz …) pendant des lustres gargarisés de jeunots parisiens se prenant pour les Libertines, les Limiñanas semblent avoir le vent médiatique en poupe. Et pourtant les Limiñanas n’ont rien de glamour ni de sexy. Ils sont deux, Lionel et Marie, la quarantaine, lui sorte de Chabal catalan, elle rousse timide. Circonstance aggravante, ils se situent hors du temps et des modes. N’envisagent pas un morceau en commun avec Louane. Ni avec Kanye West. Et pourtant, ils sont connus et cités sur la planète entière.

Le poète musical Comelade est évidemment de la partie sur ce disque (catalanité mais surtout atomes crochus musicaux obligent), de même que Peter Hook, le bassiste star des feu ( ? ) New Order, et l’azimuté Anton Newcombe (Brian Jonestown Massacre) ne tarit pas d’éloges sur eux (et quand on a lu des interviews de lui, il ferait passer les frères Gallagher ou Mark E Smith pour des types zen et adorables pour leurs congénères).
Lentement, et peut-être sûrement, les Limiñanas sortent de l’ombre. Et quand on écoute ce disque, on se dit qu’il ne serait guère étonnant qu’ils finissent vraiment par faire parler d’eux. Et tout ça sans compromis ni concessions. Leur aventure a commencé par la gestion d’un magasin de disques (à l’heure où même dans la cambrousse la plus reculée d’Hexagonie tu télécharges gratos un cd en trois clics et trente secondes, c’est dire leur sens des affaires et du commerce, mais leur démarche ne se situait pas à ce niveau-là) évidemment voué à la banqueroute, et ce couple à la ville comme à la scène est resté fidèle quand il s’est agi de faire paraître ses disques aux labels indépendants microscopiques (même si maintenant ils sont chez Because, chaînon manquant entre les petits et les majors).
Limiñanas & Comelade
Leurs premiers disques étaient pour la « famille », comprendre les amateurs de rock garage, de rock psychédélique, de guitares couplées à des pédales fuzz, et d’une façon générale à tous les vieux fans des Cramps. Mais de ce genre de machins, y’en a plein les pages de ton putain de blog, entends-je. Certes, mais les Limiñanas sont capables de s’extraire du carcan, aller voir ailleurs. Même si, faut pas déconner quand même, on reste quelque part entre 66 (non, pas le département) et … 66. Mais là où le restant du troupeau s’abreuve jusqu’à plus soif aux compiles Nuggets (garage américain donc), là où les plus téméraires citent « … Satanic Majesties …» ou le Floyd de Barrett, les Limiñanas revendiquent et assument les sixties françaises. Gainsbourg et ses muses, mais aussi la vague yéyé (plutôt côté Ronnie Bird que Cloclo évidemment).
Résultat « Malamore » est un disque qui ratisse large sans faire aucun calcul mercantile. D’ailleurs, les Limiñanas ont l’idée saugrenue de raisonner en termes d’art, d’œuvre et font commencer leurs skeud par un court instrumental, avant que le Lionel déclame d’une voix grave parlée (les deux se revendiquent non-chanteurs, et quand il y a un truc à vraiment chanter, c’est systématiquement Marie qui s’y colle), qui tant par le débit que par le texte (chiadé, riche) évoque irrémédiablement Gainsbourg.

C’est pas la seule fois dans « Malamore » qu’on pensera à l’amateur de pastaga. « Dalhia rouge », tuerie mélodique et pour moi masterpiece du machin, c’est du Bardot (ou Jane) – Gainsbourg là aujourd’hui en 2016. Sans qu’une seule seconde on pense au plagiat. C’est l’esprit du truc qui est capturé, et c’est pas la chose la plus facile à réaliser, beaucoup ont essayé, nombreux ont été ceux qui s’y sont cassé les dents. Les Limiñanas réussissent, comme Burgalat auquel on pense aussi quelquefois dans les titres les plus « naïfs », les plus pop, ou la comète Vanessa & the O’s (quelqu’un sait-il ce qu’elle est devenue, y’a rien à gagner).
« Malamore » réussit à être varié. Deux voix qui se relaient au fil des morceaux, des titres instrumentaux, de la mélodie ou des trucs envoyés en écrabouillant la pédale fuzz, des pyramides sonores avec final hypnotique qui doivent tout arracher en live (« Zippo » ou la référence au énième degré « The train creep a-loopin’ »), des morceaux qu’on devrait entendre à la radio toutes les heures (« Prisunic », « Garden of love » le truc avec Hook et sa basse éléphantesque, ou la quasi instrumentale « Paradise now » plus 60’s yéyé que nature).
Conclusion : et si le meilleur groupe français d’aujourd’hui était un couple de plus tout jeunes perpignanais ? Si on tenait avec eux nos White Stripes (d’ailleurs ça m’étonnerait pas qu’ils finissent par sortir un vinyle chez Third Man, le label de Jack White) ? Possible …

Faudra juste que certains « connoisseurs » arrêtent de dire que non, vous avez rien compris, les Limiñanas c’était bien mieux avant … Non, les Limiñanas, ils sont bons maintenant …


JAD WIO - FLEUR DE METAL (1992)

Fleur du Mâle ?
Jad Wio est un groupe à part dans l’assez triste panorama du rock français. En même temps nostalgique et avant-gardiste, ne se rattachant à l’Hexagone que par un méticuleux travail sur les textes. Mais là, on est très loin du slogan chanté. Plus proche en fait des poètes symbolistes (Mallarmé, Apollinaire, Lautréamont, …), les paroles de Jad Wio, mixées « à l’anglaise » (c’est-à-dire pas mises en avant, on n’est pas chez Renaud ou Aznavour, thanks God), sont chiadées, ciselées, abordant parfois des thématiques chères à Gainsbourg comme l’addiction sexuelle mise en rimes. Pas un hasard si le premier titre (« Bienvenue ») fait beaucoup penser par sa diction et son rythme musical à « Melody Nelson » ou « L’Homme à tête de chou ». Pas de hasard non plus s’ils reprennent dans une version quasi méconnaissable le « Contact » composé par Gainsbourg pour Bardot. Faut aussi préciser que la production est assurée par Bertrand Burgalat, autre esthète sonore et littéraire, qui signe pratiquement là ses débuts derrière les consoles. Et ceux qui trouvent que pas mal de choses ressemblent des années avant au premier disque de Air n’ont pas tout à fait tort.
Bortek & K-Bye
Mais Jad Wio ont un terrain de jeux beaucoup plus vaste. Les deux piliers de l’édifice, le chanteur Denis Bortek et le guitariste K-Bye font aussi une petite fixette sur le glam-rock, ou plus exactement sur sa frange dite « décadente », représentée en des temps immémoriaux par des gens comme Bowie Stardust ou Ferry Music. Les Jad Wio poussant le bouchon aussi loin qu’il se peut (ou qu’ils peuvent financièrement se le permettre) lors de concerts-évènements où ils apparaissent fortement grimés dans une mise en scène théâtralisée parfois jusqu’à l’outrance.
Jad Wio, ce qui saute aux oreilles, c’est la voix et la guitare. La voix exsude tour à tour comme très peu y sont arrivés, sensualité, stupre, perversion. Jamais démonstrative (Bortek est pourtant un grand chanteur), parfois s’alanguissant dans le talk-over, ailleurs entraînant les titres dans une sarabande lubrique. La guitare n’écrase pas tout, des pans entiers de morceaux s’en passent mais quand elle surgit, elle se fait remarquer par son originalité et son inventivité, et ses apparitions parfois fugaces mais qui s’incrustent grave dans les oreilles ne sont pas sans rappeler les interventions de Robert Fripp dans le « Scary Monsters » de Bowie.
Le seul reproche qu’on puisse faire à « Fleur de métal » est de partir dans tellement de directions qu’on finit par ne plus très bien s’y retrouver, on vadrouille de classic glam T-Rexien (« Fleur de métal » le morceau), à une reprise plutôt funky de la légende mod française des 60’s Ronnie Bird (« SOS Mesdemoiselles »), à de la pop synthétique sous forte influence Taxi Girl – Elli & Jacno (« Automate » qui évoque un étrange jeu de séduction entre un homme et une machine, texte assez proche dans l’esprit de celui de « In every dream home a heartache » de Roxy Music, dans lequel Ferry faisait une déclaration d’amour à une poupée gonflable), à des mini-jams funky (« Le beatnik de l’espace ») qui rendent vaines l’écoute du piteux Sinclair, voire à des choses qui s’apparentent à ce qu’on l’on appellera bientôt le trip-hop (« Tsé-tsé », chanson d’amour à – forcément – une mouche), pour finir carrément jazzy (« Mystère »). Et les textes ne donnent guère de pistes, les mots ne sont parfois là que pour leur sonorité, d’autres fois on nage dans des concepts ésotériques relativement fumeux (le trip Bowie-Ziggy du « Beatnik … », l’imaginaire du Ridley Scott de « Blade runner », …)

« Fleur de métal », comme à peu prés tout ce qu’a produit Jad Wio est assez déroutant, mais d’une beauté formelle assez peu atteinte par des groupes de par ici …

Des mêmes sur ce blog :

MICHEL POLNAREFF - POLNAREFF'S (1971)

La folie des grandeurs ?
C’est quelquefois tout le malheur de ceux qui font de la « petite musique » ou de la musique pour « grand public » et que, par facilité sémantique, on qualifie trop vite de génies. Ils ont tendance à vouloir la prouver, cette qualification de génie.
Polnareff, avec son premier prix de Conservatoire, se balade littéralement pour écrire des chansons aux mélodies tuantes de simplicité et d’efficacité. Ses deux plus gros succès populaires, « Y’a qu’un cheveu » et « Tous les bateaux », il les déteste, trop de facilité vulgaire genre comique troupier pour le premier, trop fleur bleue pour le second. Lui veut faire mieux, marquer les esprits des « musiciens ».
Il va faire comme tous ses plus ou moins contemporains dans le même état d’esprit, rêver de concept albums, de couches innombrables d’instruments, d’écriture tarabiscotée et de sur-production. Avec en point de mire les évidents modèles américains (Chicago, Blood Sweat & Tears) ou anglais (Moody Blues, Procol Harum) de cette démarche, et le funeste prog qui commence à pointer le bout de son vilain museau.
Polnareff 1971
Direction Londres, les studios légendaires et high-tech d’Abbey Road, quelques requins de séance cotés (non mentionnés dans les crédits, à l’instar du disque quasi jumeau de Gainsbourg paru la même année, le plus réussi « Melody Nelson »), et un projet de concept album instrumental avec grand orchestre, sections de cordes et de cuivres, et armada des derniers joujoux synthétiques et électroniques (Moog, mellotron, …). Sauf qu’à moment donné, quelqu’un dans son entourage, son management ou sa maison de disques a dû lui dire, que certes, c’était bien joli tout ça, mais qu’il fallait aussi songer in fine à vendre du disque.
On se retrouve donc avec un skeud bancal, où subsistent des bribes du grand-œuvre avorté, quelques concessions à l’air du temps et du Polnareff que l’on aime (enfin que moi j’aime).
Trois instrumentaux chargés comme des coureurs cycliste avant une étape de montagne constituent les reliques du projet initial avorté. Le premier (« Voyages ») qui ouvre le disque est juste risible, empilage à prétention « classique » m’as-tu-vu de tous les instruments disponibles dans le studio. Les autres ne valent guère mieux, entre bouillasse psyché-jazzy-prog (« Computer’s dream ») ou pseudo rhythm’n’blues entre « Twist & shout » et … « La salsa du démon » (« Mais encore »).
1971 : Polnareff et un rocker belge
Le Polnareff des chansons et mélodies tuantes est quand même là, heureusement. On trouve deux de ses classiques, « Né dans un ice-cream » (pas mon préféré, avec son côté très jazzy bon marché, c’est la matrice du très pénible Jonaz), et la nostalgique ballade « Qui a tué Grand Maman » avec sa mélodie parfaite. Les moins connues « Nos mots d’amour » (Obispo tuerait père et mère pour l’avoir écrite) et le rhythm’n’blues gospélisant de « Hey you woman » sont les deux pépites oubliées du disque.
Le reste, c’est assez anodin, ce qui est un comble pour un disque censé en mettre plein les oreilles et dont se délectent les rockeurs mélomanes (oxymore). Il plane sur ce « Polnareff’s » un fort parfum des Moody Blues, le groupe tarte à la crème de l’intelligentsia musicale française des années Pompidou (ils seront cités dans des textes de Ferré et Gainsbourg vers cette époque-là). Moi, les Moody Blues, hormis l’extraordinaire accident « Nights in white satin », ils m’ont toujours gavé, mais gavé, vous pouvez pas savoir (enfin si, vous avez qu’à les écouter, et on en reparle), alors tous ces machins où Polnareff mélange orchestrations classiques, arrangements tarabiscotés, fait en gros de la musique « sérieuse », et bien ils me gavent aussi.
Et même les clins d’œil iconoclastes (les paroles sont signées Dabadie ou Delanoë, tu parles d’iconoclastes), rêve du mariage des prêtres (« Monsieur l’abbé », bonjour le « sujet de société »), où Polnareff s’auto-cite (« Petite, petite »), voire (c’est pas mieux) cite les Moody Blues et Aphrodite’s Child (« A minuit, à midi » emprunte autant à « Nights … » qu’à « Rain & tears », … et bien tout ça finit par lasser, fait exercice de style prétentieux …

Le malheur pour Polnareff, ce qu’il ne sait pas, c’est que ce « Polnareff’s » très nettement surcoté, sera quand même très supérieur à tout ce qu’il fera par la suite… Il y en a qui appellent ça le complexe d’Icare …

LITTLE BOB STORY - RINGOLEVIO (1987)

Little Boss ...
Bon, comment dire …déjà que les disques de Little Bob, c’est matière assez rare (non pas qu’il en ait pas sorti beaucoup, mais c’est pas le genre de « catalogue » qu’on réédite) et à un prix délirant (généralement d’occase qui plus est), y’a comme chez tous du déchet. Dont ce « Ringolevio ». Sachant tout de même que les déchets de Little Bob (avec ou sans la Story), ça vaut bien les Best of de la plupart.
« Ringolevio », c’est d’abord un bouquin de l’écrivain américain « culte » Emmett Grogan. Bouquin que j’ai pas lu, donc ça m’évitera de m’embourber dans un parallèle avec le disque. Ce que je sais, c’est que Little Bob et sa Story, on peut pas les accuser de faire du rock intello, c’est pas le côté littéraire de leur truc qui passe en priorité. Little Bob, de toutes façons le studio et ses disques il s’en fout un peu, ce qui compte c’est la scène, où là, franchement, y’a rien à dire, depuis presque quarante ans il donne tout, que ce soit devant une centaine de personnes ou … une centaine de personnes. Tout son problème, ce petit bonhomme est connu, apprécié et respecté (c’est pas une curiosité rock’n’rollante exotique à la Johnny), par tout un tas de zicos anglais ou américains qui vendent infiniment plus de disques que lui, tandis que lui, Little Bob, il n’a eu au mieux que des « succès d’estime », et encore je suis gentil.
Little Bob Story 1987
Ce petit bout de rocker haut comme trois boots Anello & Davide, fut et demeure respecté par les scènes pub-rock et punk anglaises, et quand il va enregistrer aux Etats-Unis, jouent sur son disque (« Rendez-vous in Angel City » 1989) des gens comme Steve Hunter (Mott The Hoople), Kenny Margolis (Mink/Willy DeVille), Dave Alvin (Blasters), Charlie Sexton (Bob Dylan Band), Eddie Munoz (Plimsouls), … Pas mal pour un type quasi inconnu en France … Et sur ce « Ringolevio » en intro du premier titre éponyme (qui par ailleurs casse pas des briques), y’a la douce voix de castrat de Lemmy qui éructe un tonitruant « Listen up, sons of bitches, Little Bob is gonna to tell you a story ». Parce que quand Little Bob est en ville, Le Moteur en Chef vient lui serrer la paluche.
« Ringolevio », le dernier disque de l’historique Story a donc été enregistré à Londres. Et inconsciemment ou pas, il sonne comme un baroud d’honneur. Little Bob et sa bande vont laisser de côté cet éminemment sympathique côté crasseux, bordélique, tout aux tripes et au feeling qui caractérisait ses disques pour se « payer » le gros son de l’époque. Celui de la fin des années 80, grosses batteries sophistiquées en avant, riffs hardos, potards sur onze, son FM, … Résultat, c’est bien joué, putain de bien chanté, mais ça va aussi bien à Little Bob qu’une sonnerie « Helter Skelter » sur le portable de Christine Boutin… « Shadow lane », on dirait du Foreigner, « Life goes on », c’est juste bourrin, « Crosses on the hill », on dirait un slow des Scorpions, et la reprise du classique « Hush » ne fera pas partie de celles qui resteront dans les annales. Et mine de rien, on en est déjà à la moitié du skeud.
LBS et le producteur Hervé Deplasse (1er à gauche) 
Heureusement, ça s’arrange dans la seconde moitié, on laisse tomber le côté hard à deux balles pour revenir vers des choses beaucoup plus classic rock, soul, rhythm’n’blues. On n’est pas loin de l’axe Springsteen – Seger avec des titres comme « Sad song » et « Roads of freedom » (ce dernier, on jurerait vraiment du Springsteen d’entre les deux « Born .. »). D’autres fois, ça ressemble aux Cars (sans les tonnes de synthés) le temps d’un « Tell everybody the truth », « Motorcycle song » démarre comme un rock épique, mais dure moins de trois minutes et laisse sur notre faim, et les bonnes idées de « Green back dollar » sont gâchées par ce maudit son hardos FM.
On l’aura compris, « Ringolevio » n’est pas le disque que les livres d’Histoire retiendront comme l’œuvre essentielle de Little Bob (avec ou sans la Story). Il colle à son époque comme un vieux chewing-gum, et malgré cet effort « d’ouverture » n’aura pas plus de succès que ses prédécesseurs.
« Ringolevio » a été réédité avec en bonus les quatre titres d’un EP précédent (« Cover girl »), titres sympathiques très orientés soul-rhythm’n’blues (cuivres, chœurs féminins en plus de la Story), mais qui eux non plus ne font pas partie des choses essentielles à retenir de Little Bob.

Alors plutôt que de chercher cette rondelle ou les autres à des prix plus que prohibitifs, allez le voir en concert (faudra quand même pas trop tarder, il va avoir 70 balais), et là vous allez vous prendre une heure et demie de rock’n’soul  total par un des plus grands shouters blancs de sa génération …

FRANCOISE HARDY - COMMENT TE DIRE ADIEU (1968)

Ex-fan des sixties ...

Le problème de la Hardy, comme de tous les autres, c’est qu’à force de durer, on finit par devenir vieux. Et con, les deux vont généralement ensemble. J’ai déjà dit ailleurs tout le bien que je pensais de la mémère cartomancienne, je vais pas continuer de tirer sur l’ambulance (joke …).

Pourtant, dans les sixties, Françoise Hardy, c’était quelque chose. La jeune fille moderne, qui faisait encore plus craquer parce qu’elle avait l’air timide et triste. L’icône féminine made in France, encore plus que Bardot (laquelle avant d’être relookée par Gainsbourg n’était qu’un copier-coller des bimbos blondes décervelées de l’Hollywood des années 40-50, genre Lana Turner, Jayne Mansfield, Monroe …). Brian Jones et Paul McCartney en pinçaient pour elle, Dylan venait la voir à son hôtel, on la voyait en boîte à Londres avec Jagger et Richards, elle accueillera et recueillera Nick Drake au début des seventies … Françoise Hardy était là où ça se passait, fréquentait tous les top musiciens de l’époque. On ne peut pas dire qu’elle s’en soit vraiment inspirée lorsqu’il s’agissait de sortir des disques …
En France, Hardy est juste un produit de sa maison de disques Vogue. Qui bon an mal an lui fait enregistrer quelque rengaine radiophonique avec comme point de mire le succès de son premier titre « Tous les garçons et les filles » (1962). Un 33T sortira à peu près chaque année. « Comment te dire adieu » est paru fin 1968. Année particulière en France. Mais c’est pas le genre de la dame de faire dans le commentaire social, inutile d’y chercher la moindre allusion aux « événements ».
Françoise Hardy, c’est de la variété française, même pas du yéyé, l’avatar local du rock. Les limites vocales de Hardy la cantonnent et l’ont toujours réduite à un registre vaguement folk, vaguement chanté. Un style certes pas original (n’est-ce pas Carla B-S ?).
Françoise Hardy, c’est quand même un nom porteur, bankable. Et Vogue ne lésine pas. Un orchestre très violoneux est présent (souvent un peu trop) sur tous les titres, et sont repris-adaptés des titres de Leonard Cohen (« Suzanne »), Joan Baez (« There but for fortune » / « Où va la chance ? »), Jobim / Buarque (« Sabia » / « La mésange »). Versions parfois sympathiques (« Suzanne »), mais qui ne font guère de l’ombre aux originaux. Deux morceaux très passe-partout sont signés Hardy : « La mer, les étoiles et le vent », bof, et « A quoi ça sert ? » qui porte bien son nom. « Il vaut mieux une petite maison dans la main qu’un grand château dans les nuages », rien que le titre se passe de commentaire, c’est totalement crétin. Un peu à part musicalement, avec un texte de l’écrivain Patrick Modiano sur un tempo très jazz années 20-30 un « Etonnez-moi Benoît » qui sera un petit succès en single.

Quelques morceaux ressortent sans peine du lot. Le poème d’Aragon « Il n’y a pas d’amour heureux », déjà mis en musique par Brassens, ambiance triste et désabusée convient parfaitement à Hardy. « Où va la chance ? » évite l’écueil de la comparaison avec Joan Baez, c’est une jolie ballade menée par une harpe avec l’orchestre qui pour une fois reste discret. Mais surtout, la bonne pioche de ce disque, c’est d’avoir mis à contribution un mercenaire de la chanson qui commence vraiment à se faire un nom, Serge Gainsbourg. Qui livre une compo originale, « L’anamour » appelée à devenir au fil des reprises un classique du répertoire gainsbourgien, et aussi une adaptation d’un titre anglais peu connu (« It hurts to say goodbye ») qui sera la locomotive de cet album, et un des meilleurs et plus connus de Françoise Hardy (« Comment te dire adieu ? »). Indubitablement un des grands textes de Gainsbourg, à tel point que la reprise la plus connue, celle des Communards, reprendra les paroles françaises et pas celles de la version originale …
La pochette de « Comment te dire adieu » est signée d’un quasi-débutant, Jean-Paul Goude, la réédition Cd de 1995 est assez cheap (aucun bonus, son pas terrible, juste trois photos de Jean-Marie Périer). Plutôt un disque pour les fans, une compile fera l’affaire pour le commun des mortels …

ANGE - EMILE JACOTEY (1975)

Un Ange passe ... 

J’ai dû vérifier, mais curieusement, il doit bien rester des gens qui écoutent encore Ange, puisque le groupe existe toujours, tourne, sort des disques, des Dvd, comme les premiers BB Brunes venus …
Ange ils sont dans les grimoires traitant de vieux rock français (quoique si Ange c’est du rock, Nabila c’est Marie Curie), rayon seventies, chapitre prog … Autant dire pas exactement ma tasse de thé … Ange, c’était the big thing du milieu des années septante. En France uniquement. Et surtout en province, la revanche des ploucs sur les Parisiens, cet antagonisme séculaire. Et Ange était vraiment un groupe campagnard (Belfort, la Franche-Comté, ces endroits où même les pauvres ne vont pas passer leurs vacances) cultivant même à l’excès ce côté rustique et paysan. Ange est une affaire de famille, celle de la famille Décamps. Deux frangins, Christian et Francis, et quand le second quittera le groupe, c’est le fils du premier qui le remplacera.
Ils sont velus, ils sont tous là : voilà les Ange
Ange, comme tous les progueux, cultive le paradoxe du progrès(sif) et la fixette pour les temps passés, thème récurent de ses « grands disques », qui s’enchaînent  vers le milieu des seventies (« Le cimetière des Arlequins », « Au-delà du délire », « Emile Jacotey », « Par les fils de Mandrin »). Bien révélateur de toutes les obsessions de l’époque pour un retour vers la campagne, la « vraie vie », et toutes ces balivernes hippies.
« Emile Jacotey », c’est un peu la quintessence de tout çà. Le disque est construit à partir de rencontres, conversations et discussions de Décamps (Christian, le chanteur et leader) avec un ancien maréchal-ferrant de village (Emile Jacotey, comment ça, vous aviez deviné ?). On entend même à une paire de reprises la voix de l’auguste vieillard sur le disque. Même si ce n’est qu’un prétexte, le disque ne raconte pas sa vie, c’est une extrapolation des légendes, contes et histoires racontées par le vieux.  Et encore, juste la première face du vinyle original la seconde étant encombrée par une fuckin’ suite, « Ego et Deus » en quatre « mouvements » (no comment).
Les textes se veulent chiadés, rehaussés par un chant maniéré, changeant, théâtral, inspiré par Brel (que le groupe avait repris sur un disque précédent). La zique, c’est du prog, parfois inspiré par Jethro Machin et les funestes Yes, sur l’intro de « Bêle, bêle, petite chèvre » (amis des titres crétins, bonjour) ou sur « Les noces ». Y’a de la ballade médiévalisante (« Jour après jour »), de la ballade épico-pompiéro-lyrico-campagnarde (« Sur la trace des fées »), du co(s)mique bon marché (« Le marchand de planètes », tournerie entre mauvais krautrock et falsification floydienne). Un titre « Ode à Emile », ritournelle assez réussie avec parties de guitare (du « mythique » Brézovar) plus ou moins intéressantes, deviendra un des classiques du groupe et le point d’orgue de leurs concerts (bâillements) …
Peut-être parce que le « rock français » de l’époque était quasiment inexistant (les Variations finis, Magma assez « branché », les deux ne vendaient de toute façon guère), Ange écoulait des centaines de milliers de ses disques … c’était le bon temps (ricanements lugubres …).

ZEBDA - ESSENCE ORDINAIRE (1998)

Toulouse ô Toulouse ...

Zebda, c’est le groupe du coin qui s’est retrouvé célébré à l’échelle du pays. Tout çà grâce (ou à cause) d’un titre festif « Tomber la chemise », devenu point de passage obligé de toutes les soirées beauf. Assez paradoxal. Tellement même que Zebda dans cette affaire y a laissé la sienne de chemise.
Zebda, c’est le groupe formé autour de potes d’un même quartier populaire toulousain, qui vient déjà de loin quand paraît « Essence ordinaire ». Repéré en ayant détourné et brocardé une réflexion malheureuse (pléonasme) de Chirac. « Le bruit et l’odeur » avait fait un petit hit dans le milieu des années 90. Et valu à ses auteurs une réputation de groupe festif et engagé. Entretenue avec toute la faconde de l’accent du Sud-Ouest par les trois chanteurs et porte-paroles du groupe, Magyd Cherfi et les frères Amokrane.
Zebda sera musicalement classé quelque part entre IAM (pour l’accent et la dérision) et les Négresses Vertes (pour le côté melting pot festif), le groupe tissant dans ses titres tout un entrelacs de sons et de rythmes venant du rap, du reggae, du rock, de la musique « world » ou folklorique ibérique, maghrébine, d’Europe centrale ou du Proche-Orient. Une mixture sinon inédite, du moins originale, et une notoriété tout de même assez confidentielle.

Une notoriété qui va devenir quelque peu démesurée avec « Essence ordinaire » (comprendre « d’extraction populaire ») et sa locomotive « Tomber la chemise ». Dans la lignée, on entendra beaucoup aussi « Y’a pas d’arrangement » ou « Oualalaradime », construits sur les mêmes rythmes festifs, entraînants et humoristiques. Sauf que l’humour de Zebda est à prendre plutôt au second degré et a atténué l’essentiel d’un propos qui sans être sinistre, est beaucoup plus réaliste. Et que le disque se partage entre chansons « joyeuses » et ambiances beaucoup plus lentes et tristes. Des titres comme « Tombé des nues » (les rêves brisés des gosses), « Je crois que ça va pas être possible » (sur le racisme au quotidien), « Quinze ans » (l’âge ou tout peut basculer dans les cités), « Le manouche » (la solidarité entre « étrangers »), tant musicalement que par le propos, valent bien les « hits ».
Le cœur du discours de Zebda (musicalement, faut être honnête, ça casse pas vraiment des briques, et ça ressemble beaucoup aux Négresses Vertes, en forçant encore un plus sur le trait world), c’est en gros l’intégration. La plupart des textes font allusions aux problèmes et brimades subis au quotidien quand on vient d’un quartier populaire, et qu’on a le teint un peu basané. La dénonciation énervée est facile, et ça peut rapporter aussi gros, l’immense majorité des rappeurs l’a démontré, NTM en tête. Les Zebda ne vont pas aussi loin dans le discours, mais ouvrent les portes à une attitude « positive », « participative ». Motivés. Pour réussir à s’intégrer. Ou comme la bannière politico-associative dans laquelle le groupe s’impliquera lors des municipales de Toulouse en 2001 pour s’opposer à la dynastie des Baudis qui dirigent la ville depuis des décennies.
Un engagement qui coûtera cher à Zebda. Les sept membres du groupe ne s’impliqueront pas tous sur Toulouse, ou le feront à des degrés divers (Cherfi, sentant le piège de l’embrigadement et de la récup politique sera le seul sur la liste aux municipales, et pas en position éligible). On verra le groupe, profitant d’une soudaine et inattendue popularité (« Essence ordinaire » dépassera le million de ventes), s’investir dans beaucoup de causes plutôt bonnes, on les verra beaucoup aux côtés des alter mondialistes, des écolos et d’un José Bové alors en pleine croisade anti-OGM-malbouffe-MacDo … Plusieurs monteront des projets annexes.
La suite, parce qu’il faudra en donner une, viendra quatre ans plus tard (« Utopie d’occase ») et, selon la formule scélérate, « ne trouvera pas son public ». Le groupe disparaîtra de la circulation, certains membres le quitteront définitivement, avant une récente tentative de come-back elle aussi à peu près ignorée… Il faut croire que par ici, il est difficile de mélanger préoccupations sociales et succès populaires. Zebda l’a appris à ses dépens …

DAFT PUNK - RANDOM ACCESS MEMORIES (2013)

Frenchy but so Chic ...
J’ai l’air de quoi moi, de me pointer avec ma chroniquette sur ce skeud moins d’une semaine après sa sortie, alors qu’il y a des gens qui depuis fort longtemps ont exprimé un avis définitif sur ce « Random … ». Au mieux en ayant écouté quelques extraits en streaming de chez Deezer (bouchers-charcutiers sonores du Net) sur leur smartphone dans le brouhaha d’un quai de métro. Même les ceusses qui de peur de se transformer en statue de sel n’en ont pas ouï la moindre note ont aussi leur opinion. Faut dire que la sortie ne s’est pas vraiment faite dans la discrétion, une campagne de pub, de presse, à faire passer le battage autour de la parution du dernier Bowie (toujours aussi mauvais, j’ai pas changé d’avis) pour un entrefilet dans un fanzine … « Random … » est un disque-événement, à ma connaissance le premier disque français (ouais, bon, presque, y’a pas que des frenchies dessus) à être numéro un mondial des ventes la semaine de sa sortie, comme n’importe quel Michael Jackson.
« Random access memories » je l’ai écouté plusieurs fois. Sur une chaîne hi-fi ou du moins vendue comme telle. Et je suis en mesure d’affirmer que c’est un disque qui va marquer l’époque, qui va compter. Peut-être parce qu’il va continuer à s’en vendre des camions, ça j’en sais rien et je m’en fous. Mais ce que je sais, c’est qu’en matière de son, il risque d’y avoir un avant et un après « Random … ». Comme il y a eu il y a quarante ans un avant et un après « Dark side of the Moon » de Pink Floyd. A côté de « Random … » toutes les productions high tech du moment font figure de lo-fi enregistré dans une cave-trou à rats … C’est d’une limpidité irréelle, d’une précision hallucinante.
Daft Punk, Pharell Williams & Nile Rodgers ... Alors, get lucky ?
Ça suffit pas, du bon son. Faut encore que toute cette matière de base formidable débouche sur des titres, des morceaux qui tiennent la route. Là, je subodore un gros malentendu. A force de campagne de pub martelée, on a essayé de faire croire que ce disque allait être une sorte de révolution, d’apogée, de référence insurpassable. Comme si tout n’avait pas été fait et refait des milliards de fois. D’autant plus que Homem-Christo et Bangalter ont essayé de calmer cette folie furieuse promotionnelle en disant que ce « Random … » était un disque-hommage. Ce qui est vrai, et Daft Punk sur le coup, loin d’être l’innovateur sensationnel qu’on essaye de nous refourguer, est plutôt un tribute-band. C’est même pas un disque du duo comme avait pu l’être en son temps « Homework », c’est un projet avec une liste d’invités et de participants longue comme le bras, dont les deux frenchies sont les instigateurs et les chefs d’orchestre.
Hommages multiples et annoncés à Chic, Giorgio Moroder et Paul Williams (le moins connu des trois, auteur notamment de la BO de « Phantom of paradise » de De Palma). Et donc, forcément, il y a beaucoup de choses qui ressemblent à ce que faisaient ces trois-là, d’autant plus qu’à des degrés divers, ils ont collaboré à ce disque, le plus présent étant Nile Rodgers de Chic, à la guitare sur plusieurs titres. Tiens, et en passant comme ça, pour donner un peu plus de grain de moudre à ceux qui ne voient que plagiat, la pochette est exactement identique, y compris le lettrage, à celle de « Legendary hearts », mauvais disque de Lou Reed des années 80.
Il y a aussi dans ce disque une trademark Daft Punk. La plus évidente, et pas la plus heureuse selon moi, est cette manie de passer toutes les voix dans un vocoder, et de façon encore plus marquée quand ce n’est pas un invité plus ou moins prestigieux au micro. Parce que niveau featuring, il y a du monde, Casablancas des Strokes, Pharell Williams des Neptunes, le Panda Bear des Animal Collective, … On espère que ces trois-là auront pris quelques leçons, parce que franchement, y’a pas photo, entre leurs disques à eux à synthés et ce qu’on entend ici …
Daft Punk. Brillants ?
La seule chose réellement connue avant la sortie de ce « RAM » (tiens, c’est aussi le titre d’un disque surestimé de McCartney des 70’s, « RAM », mais si c’est fait exprès cette similitude, là ça m’échappe totalement), c’était le single « Get lucky » avec le Pharell. Pas mal, même si relativement convenu et centriste, plus long et un peu différent sur l’album. Et le reste, qu’est-ce qu’il faut-il en penser, ma bonne dame ? Ben, avec les ingrédients de la recette, il y a des choses prévisibles, des titres qui sonnent comme du Chic 78-80, ou du Sister Sledge de cette époque, ce qui revient un peu au même (« Give life back to the music », « Lose yourself to dance »), c’est bien fait, même si on ne remplace pas facilement une rythmique comme Bernard Edwards et Tony Thompson par des requins de studio.
Le long titre (plus de 9 minutes) avec Moroder, met évidemment à l’honneur le « tchac-poum » enrobé de synthés du Giorgio qui est sa marque de fabrique et a fait le succès de ses « choses » comme Donna Summer, et le discours de Moroder (« prendre le meilleur du son des années 50-60-70 pour créer le son du futur ») en toile de fond du morceau résume bien la philosophie de ce « Random … ». Le titre avec Paul Williams (« Touch »), avec grand orchestre et grand(iloquent)s synthés, multiples changements de rythme, pourrait être qualifié d’electro-prog, et perso, ça me laisse assez froid, alors que certains y voient la pièce maîtresse du disque. Logiquement, dans les titres très typés fin des 70’s, on retrouve aussi des allusions plus ou moins fines à Kraftwerk (le traitement des voix, le son des machines), voire à Stevie Wonder (des passages de « Fragments of time », titre qui en plus cite en intro un gimmick entendu chez Prefab Sprout). « Instant crush » chanté par Casblancas doit être la meilleur titre auquel il a participé depuis des années, y compris son détestable album solo à synthés (« Phrazes for the young »).
Tout n’est pas à se pâmer de bonheur sur ce « Random … ». Qui n’évite pas le piège de la longueur (une heure et quart, des choses auraient gagné à être élaguées) et donc de la redondance et de la répétition. La fin du disque est plus « expérimentale », plus strictement « techno », mais ne convaincra certainement pas les puristes de la chose (« les Daft Punk ? juste des vendus »), et se termine par « Contact » qui me fait penser à du Jean-Michel Jarre (toujours cette obsession fin 70’s) en version big beat …
Certainement un disque quelque peu « facile », « grand public ». Mais Daft Punk, si on peut dire, avançaient à visage découvert, c’était le but recherché et donc l’objectif est atteint. Et pour une fois, ceux qui n’achètent qu’un disque par an, vont se retrouver avec sur leurs étagères une galette pas honteuse, et qui je pense pourra encore se réécouter dans les années qui viennent, tellement au point de vue sonore le « groupe » a pris une sérieuse avance sur toute la concurrence …

TÉLÉPHONE - CRACHE TON VENIN (1979)

My generation ...

Téléphone, faut avoir été lycéen quand ils sortaient leurs disques. Sinon, c’est un truc un peu surréaliste, incompréhensible, un phénomène que les moins de … peuvent pas saisir.
Avant Téléphone, le rock français, c’était … la misère. Pour situer l’ampleur des dégâts, il faut savoir qu’au milieu des seventies, la grosse affaire par ici, c’était le prog champêtre de Ange. Et puis, à partir de 76-77, des groupes jaillissent de partout, sous influence des vagues punks anglaises ou américaines. Peu franchiront l’étape du 33T. Quelques-uns (Little Bob Story, les Dogs) récupèreront un noyau de fans fidèles, s’installeront durablement, mais vendront des nèfles. Téléphone, c’est deux paires qui se rejoignent. Aubert et Kolinka d’un côté et à l’origine du groupe, Bertignac et Corine de l’autre, plus expérimentés (ils viennent tous les deux de Shakin’ Street, et Bertignac commence à être reconnu grâce à de multiples sessions, notamment pour Higelin, comme un des bons guitaristes locaux). Téléphone n’ont rien de punk (leurs détracteurs ont eu beau jeu de se gausser d’Aubert, fils de haut fonctionnaire) et vont d’entrée avec leur premier disque rencontrer un public jeune et nombreux, et aligner des chiffres de vente « intéressants ».

Leur label EMI France, met le paquet, subodore une possibilité de carrière internationale, et envoie le groupe enregistrer son second disque à Londres, sous la houlette de Martin Rushent (au long passé d’ingénieur du son et producteur du premier Stranglers). Et à la réécoute de ce « Crache ton venin » des décennies plus tard, c’est peut-être bien le disque de Téléphone qui a le mieux vieilli.
Téléphone, c’est du classic rock. sous grosse influence Stones et Who. Et très vite, quels que soient les disques, on distingue deux points forts. La technique très au-dessus de la moyenne de Bertignac à la guitare et de Kolinka à la batterie. « Crache ton venin » est un festival des deux, Bertignac y aligne riffs sauvages, chorus musclés et solos efficaces et pas démonstratifs. Kolinka booste sa troupe, et se hisse au niveau de pousse-au-cul de gens comme Ian Paice ou Keith Moon (il est tellement impressionnant qu’il signe même un titre, « Regarde moi »). Pour être honnête, il faut dire que Téléphone a deux points faibles, la voix d’Aubert, assez limitée et souvent à la limite de la justesse, pour ne pas dire fausse tout le temps ; et un jeu de basse assez transparent de Corine. Et puis, il faut quand même dire un mot des textes, lesquels feront la joie d’un public d’ados (alors qu’il n’y en a pas dans le groupe) mais qui, avec le recul, sont quand même très moyens, développant thèmes de société traités de façon quelque peu infantile, et allitérations et rimes assez moyennes, pour être gentil …
Mais avec « Crache ton venin », ce sont les compos qui tiennent la route. Du classic rock, certes, mais balancé avec une énergie alors inédite par ici. Des boogies stoniens qui valent bien à cette époque-là ceux de la bande à Jagger et Richards (« Je sais pas quoi faire », « Facile », « Crache ton venin » le morceau, « Je suis parti de chez mes parents », le plus speed du lot). Et à la fin du disque, les deux derniers titres tentent une percée vers des sonorités plus funky (« Un peu de ton amour », « Tu vas me manquer »), et s’ils sont pas vraiment à jeter, peuvent malgré tout laisser assez dubitatif.
Sous le calque ...
Si Téléphone a eu autant de succès (les ventes de ce disque vont quasiment décupler par rapport au premier, et atteindre des chiffres qui doivent laisser songeurs les rockeurs ou prétendus tels d’aujourd’hui), c’est parce que le groupe était excellent sur scène, ne s’économisant jamais pour un public de plus en plus nombreux au fil des tournées. Et qu’il pouvait s’appuyer sur des titres que faute de mieux on qualifiera d’hymnes générationnels. Ici, il y en a trois, « Crache ton venin », « Faits divers » (un des meilleurs riffs du groupe), et l’emblématique scie désenchantée « La bombe humaine », tellement entendu qu’on ne sait plus quoi en penser.
La plupart des titres sont signés Aubert, Bertignac collabore sur quelques-uns (signature Aubertignac), on entend Corine Marienneau chanter lead un couplet de « Ne me regarde pas », « Je sais pas quoi faire » est un hommage à Godard (le titre est dédié à Pierrot le Fou et Marianne), la pochette avec son calque transparent est signée d’un jeune qui va monter (Jean-Baptiste Mondino),…
Et comme tous les autres skeuds du groupe, celui-ci n’aura aucun impact hors de France. C’est d’ailleurs cette quête de la reconnaissance internationale (et plus encore quand Branson les signera sur Virgin), qui ne sera pas pour rien dans les tensions internes (euh, et la fouteuse de merde Corine aussi, un peu beaucoup) qui finiront par avoir la peau du groupe au sommet de sa gloire cinq ans plus tard …

DASHIELL HEDAYAT - OBSOLETE (1971)


Culte ...
«  Obsolète » est un objet sonore à peu près unique par chez nous. Peut-être bien le seul disque culte de France et de Navarre. Bonne question et merci de me l’avoir posée, c’est quoi un disque culte ? En gros un machin enregistré il y a très longtemps par des inconnus et qui fait le bonheur d’une poignée de maniaques qui le vénèrent, persuadés de tenir là l’œuvre géniale ignorée de tous. Sauf que nous on fait rien comme tout le monde avec le rock …
Dashiell Hedayat
« Obsolète », même s’il en traîne pas un exemplaire dans chaque grenier, s’est assez bien vendu à sa sortie, a été réédité à maintes reprises, et il continue bon an mal an, à s’en écouler des copies. Des inconnus derrière ce disque ? Pas vraiment. Dashiell Hedayat, c’est un pseudo (composé à partir des noms et prénoms de Dashiell Hammett, auteur américain de polars, et de Sadegh Hedayat, écrivain iranien) derrière lequel se cache une seule personne, mais hydre à plusieurs têtes essentiellement connu pour ses bouquins (Jack-Alain Léger, Melmoth, Paul Smail, Eve Saint-Roch sont ses autres pseudos). Et derrière Hedayat, également planqués sous des pseudos étranges, Gong au grand complet. Largement de quoi détaler ventre à terre pour tout être muni de raison et d’oreilles en état de marche… Pensez, la troupe de babas progressifs anglais accompagnant les délires littéraires d’un schizophrène. On peut difficilement imaginer pire …
Et pourtant il y a de bonnes, voire de très bonnes choses dans ce « Obsolète ». Et des trucs beaucoup plus pénibles aussi. En fait une œuvre typique de tous ces disques faits par des foncedés. Des fulgurances géniales qui se mélangent à un gloubiboulga psychédélique avachi, des délires écrits qui côtoient des impros datées. La balance penche du bon côté, essentiellement grâce au titre d’ouverture, le génial « Chrysler », hit underground de son temps, où sur un rock psyché, Hedayat décrit me semble t-il une sorte de déliquescence et d’effondrement du mythe américain, à travers la vision d’une épave de Chrysler dans le fond de son jardin.
Evidemment, il y a des efforts requis pour saisir les paroles. D’abord parce qu’elles sont un peu plus élaborées que chez Barbelivien, et ensuite parce que le disque est produit « à l’anglo-saxonne », et ne met pas, comme dans les productions françaises, la voix très en avant. Et puis, faut reconnaître aussi que Hedayat c’est pas Otis Redding, d’ailleurs il parle (ou aboie !) plus qu’il ne chante. Beaucoup de similitudes dans l’esprit avec le disque de Houellebecq accompagné par AS Dragon …
Gong 1971
« Fille de l’ombre » est un titre heureusement court qui n’intéressera que ceux qui ont trouvé géniaux les bruits domestiques d’« Alan’s psychedelic breakfast » du Floyd. « Long song for Zelda » commence très mélodique, évoque Polnareff, avant de tourner psyché sous l’influence d’un solo « cosmique » d’Allen et de se conclure par un talk-over et des aboiements d’Hedayat. Si j’ai bien saisi, il fantasme sur une fille (Zelda) qui a un chien, mais les interprétations de ce titre assez barré peuvent être différentes …
Dernier morceau (il n’y en a que quatre) qui occupait toute une face de vinyle, une tournerie entre prog et impro en roue libre (c’est l’impression que ça me fait, mais la conception du disque a pris une paire d’années, c’est pas si improvisé que ça …), commencée avec des accords de basse qui tournent en boucle, avant de finir en ballade planante.
En résumé, un disque qui mérite mieux que sa relative confidentialité (ça vaut bien les Triangle ou Zoo de l’époque, les Variations étant hors concours), un super titre (« Chrysler »), les autres assez loin voire très loin derrière … Certainement beaucoup plus efficace dans le contexte de l’époque, disque sous substances (y’a Burroughs qui vient marmonner sur un titre, c’est tout dire) à l’attention de gens sous substances … Un space cake, quelqu’un ?

DOMINIQUE A - LA MUSIQUE (2009)


A part ?

Dominique A, je connais juste de nom … et un vieux hit mineur de ses débuts au siècle dernier (« Le Twenty-Two Bar »). Et comme la plupart de ses congénères (les ceusses qui chantent en français, qui font pas vraiment du rock mais plus tout à fait de la variété, les Bretons et les chauves), il m’inspire pas vraiment confiance a priori …
« La musique », se présente sous plusieurs formes (un Cd simple auquel je me suis prudemment tenu, un double dont le titre de l’autre volet est « La matière », un double avec un livre, …), comme souvent maintenant, dernier stratagème des maisons de disques pour faire acheter aux fans plusieurs fois la même chose … Un disque enregistré tout seul dans son home studio, comme l’avait paraît-il été son premier (« La fossette »). Le A tout seul avec des machines, c’est une occasion de voir ce qu’il a dans le ventre ce garçon …
Résultat des courses, je suis plutôt preneur, même s’il n’y a pas de quoi se relever la nuit pour se le passer en boucle. Il y a indéniablement un type qui sait écrire, de la musique (des mélodies bien foutues, assez variées), mais aussi des textes, personnels donc assez hermétiques, jouant bien sur la sonorité et la musicalité des mots, évitant les slogans et les effets de tribun … Le tout voguant la plupart du temps sur un registre mélancolique, désabusé. Dominique A sur ce disque en tout cas, n’est pas un joyeux, mais n’est pas non plus sinistre.
Il sait varier les effets de ses disquettes, quelques fois pas très loin du trip-hop (« Qui est-tu ? »), taquinant ailleurs l’indus-noisy (« Je suis parti avec toi »). Jouant aussi sur sa voix (c’est pas un grand chanteur, c’est le moins que l’on puisse dire, mais il passe du quasi talk-over au chant « normal ») pour multiplier les ambiances. Bon, perso, il y a des choses qui me gavent (« Le bruit blanc de l’été » naïf et franchement commercial bas de gamme, l’assez expérimental « Hotel Congress », « La fin d’un monde » chanson triste ringarde j’espère à prendre au second degré). D’autres m’accrochent beaucoup plus, « Nanortalik » qui a un je-ne-sais-quoi de Manset (compliment), « Des étendues », planante et funèbre, « Les garçons perdus » avec ses riffs ( ? ) de synthé, la chanson-titre, belle ballade triste. Et le reste, une bonne moitié du Cd, qui se laisse écouter …
Un disque forcément intimiste, assez consensuel, allez, un peu centriste, y’a longtemps que l’avais pas placé. Qui me donne pas forcément envie d’acquérir sur-le-champ l’intégrale, mais ne me dégoûtera pas d’en écouter d’autres si l’occasion se présente… ce qui est pas si mal …

PARABELLUM - IN VIVO VERITAS (1991)


Vous avez dit punk ?

Touchez à rien, vous êtes à la bonne adresse … Parce que plus « dans l’esprit » que ceux-là, y’a pas grand-monde par ici … en tous les cas jusqu’à ce disque, censé être leur dernier. Après, on peut ergoter sans fin sur le fait qu’il se soient réunis au tournant des années 2000, qu’ils tournent encore, que Géant Vert ne soit plus là pour les textes, …
La première décennie du groupe ressemble à un fantasme de purisme alternatif. Les Parabellum ne transigent sur rien, du label bordélique indépendant, en passant par un propos musical sans aucune concession (en gros, punk un jour, punk toujours), un engagement pour des causes qui risquaient pas de faire l’actu des JT, des textes rentre-dedans,... Durant les premières années du groupe, beaucoup de titres sortis sur des compilations plus ou moins underground, quelques 45T permettront de diffuser leurs premiers morceaux mythiques, « Saturnin », « Anarchie en Chiraquie ». Ce « In vivo veritas » n’est que leur troisième Cd, après une décennie de galères diverses.
Un groupe punk qui dure est un groupe qui finit par savoir jouer, et les Parabellum sont au fil des ans devenus une machine de guerre redoutable sur scène, capable de murs de boucan, mais aussi d’éclaircies sonores toutes en tension. Celui qui focalise l’attention, c’est Schultz, massif guitariste-chanteur du genre que s’il dit quelque chose, t’as envie d’être d’accord, mais à côté Sven sculpte des riffs infernaux dans le mur du son que dresse une rythmique aguerrie. Pas d’esbroufe, puissant et velu, musique d’homme quoi …
Avec une influence rockab-rock’n’roll (« Zig zag rock », le « You can catch me » de Chuck Berry) qui vient s’ajouter à la puissance punky brute et sans fioritures de base. Les Parabellum sont aussi à l’aise sur le mid-tempo viril (« La belle », « La blonde et moa ») que sur l’accélération limite hardcore (« Hommes torpilles »), donnent dans la chanson à boire hooliganesque (« Le dernier trocson »), revisitent la vieille chanson engagée (« Cayenne », chant traditionnel de bagnards avec son refrain « Mort aux vaches, mort aux condés »), et font un sort à un classique de Jacques Brel (« Amsterdam ») grâce à une adaptation iconoclaste de leur parolier Géant Vert.
Et on peut regretter que les textes soient le plus souvent incompréhensibles à cause d’un chant guttural et speedé de  Schultz, mais aussi d’un son qui n’a pas grand-chose à voir avec du Dire Straits live, ce qui n’est pas plus mal … Le concert est enregistré dans une petite salle parisienne (l’Espace Ornano), la moitié des titres retenus concernent les rappels, et les deux « classiques» historiques » (« Saturnin » et « Anarchie … ») sont absents. Malgré tout, ce live brut et sauvage tient plutôt bien la route, les Parabellum ne s’économisent pas.
Un témoignage pas forcément crucial, mais que l’on déconseillera toutefois aux auto-proclamés mélomanes … Bienvenue aux autres … Un, deux, un-deux-trois-quatre …

MELODY'S ECHO CHAMBER - MELODY'S ECHO CHAMBER (2012)


Plein d'échos favorables ...

Et même un Top 20 dans les meilleurs disques 2012 du NME. Et quand on sait à quel point les mags musicaux anglais goûtent ce qui ne vient pas de chez eux (Melody’s Echo Chamber s’appelle Melody Prochet, elle est frenchie, cocorico !), on se dit que ce disque est vraiment excellent, ou que les Anglais sont vraiment putain de mal barrés …
Donc Melody est de l’ancien pays de Gérard Depardieu, pays qui également ne tarit pas d’éloge sur ce premier disque (en fait son second, son vrai premier sous un autre pseudo étant passé inaperçu). Elle donne, pour faire simple, dans la chanson sixties française, yéyé pour faire encore plus court. Et surtout elle a dans sa manche, ou plutôt en studio, l’atout maître du moment, Kevin Parker, alias le leader maximo de Tame Impala.
Melody Prochet. Dans l'attente de l'ami Ricoré ?
« Melody’s … » est un joli disque, c’est sûr. Qui a quand même tendance à tourner un peu en rond. Il y a un parti pris systématique de noyer la voix dans des tonnes d’effets (d’où le titre ?), la rendant quasi-incompréhensible. Egalement un parti pris de construire tous les morceaux sur à peu près les mêmes mid-tempo. Egalement un parti pris de les noyer sous des arrangements de synthés rétro tournoyants…
La voix de Melody Prochet évoque fortement celle de la disparue chanteuse de Broadcast, on lit ça partout. Soit, j’ai jamais écouté le moindre disque de ce foutu groupe. Moi, ce que cette galette m’évoque, c’est le shoegazing, cette impression d’écouter de la musique la tête sous l’eau, ces vagues de synthés analogiques « liquides » tournoyantes, comme les guitares « liquides » de la bande à Kevin Shields. Ça m’évoque aussi les tableaux impressionnistes, on voit de quoi il retourne, mais les contours restent flous, toutes les touches de couleur se mélangent …
« Melody’s … » n’est pas un disque d’électro, c’est à la base constitué de chansons « classiques » couplets-refrains. D’ailleurs les guitares peuvent rugir comme sur l’intro de « Some time alone », les parties de batterie sont au départ certainement bien réelles, mais sont recrachées et émulées par des machines. Ce qui amène à dire un mot sur le travail de production de Kevin Parker. Qui n’a pas le talent de David Fridman, le metteur en sons de Tame Impala. Même si les leçons ont bien été retenues, Parker a manifestement pris quelques notes durant les sessions de « Lonerism ».
Des choses se distinguent quand même, l’évident single « I follow you », le bon cescendo de « Quand tu vas rentrer » (un des deux seuls titres en français), la comptine-berceuse « Be proud of your kids » (tiens, par association d’idées, je pense à « Kids » ou « Kill your sons » de Lou Reed, le « rock » ou ce qu’il en reste est bien rentré dans la norme …).
Alors peut-être que Melody Prochet qui déjà se situe au cœur de la « tendance » et de l’actualité aura les moyens (elle a étudié des années la musique classique, joue il me semble du violon alto comme John Cale) d’écrire de grands titres (ici, c’est quand même un peu léger, dans tous les sens du terme). Et le résultat, finalement, n’est guère éloigné de ce que faisait un Daho dans les années 80-90, comme quoi rien ne se perd jamais vraiment.
Et ça reste à mon sens très en deçà de Vanessa & the O’s pour le côté sixties yéyé, ou des productions de Burgalat, vrai esthète de la chose pop française rétro avec son label Tricatel, et ses masterpieces comme le « Chrominance decoder » d’April March.
Là, maintenant, Melody Prochet, m’évoque furieusement, même si la musique n’a rien à voir, les débuts d’Emilie Simon. J’espère pour elle qu’elle s’en sortira mieux par la suite et ne finira pas à l’IRCAM …