Affichage des articles dont le libellé est Country. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Country. Afficher tous les articles

JOHNNY CASH - AT FOLSOM PRISON (1968)

Folsom Prison Blues ...
Il était l’un des protagonistes du Million Dollar Quartet, session plus ou moins avinée et inconsistante des stars de l’écurie Sun fin 1956. Autrement dit, Johnny Cash était quelqu’un qui « comptait ». D’ailleurs quand le label de Sam Phillips deviendra trop « petit » pour lui, il signera chez Columbia, Rolls Royce des majors du disque à la fin des 50’s.
La multinationale gérera tant bien que mal la décadence humaine (picole et remontants divers) et artistique de Cash, dinosaure d’un autre temps à même pas trente ans. Cash finit par symboliser le redneck, beauf lourdingue et réac, enquillant les disques de country pur jus pour fans only (et de country et de lui). Mais Johnny Cash est plus complexe que l’image qu’il donne (et que tout le monde entretient, tant que ça fait vendre du vinyle). Réac, oui, mais un avec un gros fonds de rédemption et d’humanisme (qui sera mis en valeur des décennies plus tard, mais c’est une autre histoire). Ainsi, une de ses tocades, c’est d’aller chanter dans les prisons où il prétend avoir séjourné (ce qui semble pure invention). Régulièrement, depuis la fin des années cinquante, il y donne des concerts.
Johnny Cash & June Carter arrivent à Folsom
Il envisage un concert début 68 dans la prison californienne de Folsom. Sentant une occasion de le remettre sur le devant de la scène, la Columbia décide d’enregistrer la performance (deux concerts, un le matin, l’autre l’après-midi) pour en sortir un disque live et dépêche son producteur number one Bob Johnston. Trois jours avant, Cash, sa June de femme, sa belle-famille et son band (parmi lequel figure Carl Perkins, oui, celui de « Blue Suede shoes », alcoolique au dernier degré qui a bousillé sa propre carrière) commencent à répéter les deux sets. Ils seront quasi identiques, le disque proviendra presque exclusivement de celui du matin, bien meilleur. Ils recevront même une visite d’encouragement du Gouverneur de Californie, un certain Ronald Reagan.
Quelques opening acts pour commencer (dont Carl Perkins pour une paire de titres), et l’Homme en Noir entre en scène sur un lapidaire « Hello, I’m Johnny Cash ». On sent dans la voix une certaine crispation, le public est nombreux (plusieurs centaines de détenus au vu des photos de la réédition Cd de 1999), Cash sait que les magnétos tournent et qu’il joue gros. « Folsom Prison blues » pour commencer, son vieux hit de 1955. Avec son fameux vers « I shot a man in Reno, just to watch him die ». Brouhaha de satisfaction dans la salle. En fait, certaines sources proches du dossier comme on dit, affirment que le « public » a en grande partie été rajouté au mixage, les prisonniers entourés par une troupe fournie de gardiens ayant été « invités » à se montrer calmes. Très vite, Cash enchaîne par la courte ballade country (« Busted »), avant la superbe rengaine crépusculaire « Dark as the dungeon ». Signe de la tension qui règne, il se mélange les pinceaux dans les paroles. Les quatre premiers morceaux sont enchaînés sans un mot, avant que Cash se mette à (un peu) parler entre les titres. Pourtant c’est pas un timide, faut être assez couillu pour commencer par « Folsom … » et balancer assez vite un « Cocaine blues », country très rock salué par des grognements de joie des taulards. « Orange blossom special », une sorte de « Johnny Be Good » du country, que Cash a reprise sur un de ses disques à succès précédents, n’est pas l’interprétation du siècle de ce standard, et met fin à la première partie électrique du show.
Le Johhny Cash Band à Folsom
Dès lors, Cash va faire face seul avec sa voix de baryton et sa guitare sèche au public pour une poignée de titres acoustiques, dont surnage la belle ballade « Send a picture of Mother ». Retour du band et présentation de June Carter, qui duote avec son mari sur le standard « Jackson ». L’occasion de se rendre compte que la June, souvent citée mais peu écoutée est une de la « vieille école » country. Voix puissante quasi hurlée, issue d’une époque où dans le pays des rednecks, fallait se faire remarquer au chant, et encore plus quand on était une femme. On est assez loin de la voix de cristal d’Emmylou Harris, si vous voyez ce que je veux dire …
« Give my love to Rose » est pour moi la plus belle de cet album, la ballade définitive pour chialer dans sa bière. Mine de rien, on approche de l’heure allouée à Cash. Qui n’oublie pas de mettre en avant des titres évoquant le milieu carcéral (« I got stripes », ou la jolie country song nostalgique des temps de liberté quand on est au trou « Green green grass of home »).
Johnny Cash & Glen Sherley
Il vaut mieux zapper la longue et quelconque « The legend of John Henry’s hammer » (d’ailleurs elle figurait pas sur le 33T original, comme quoi ils étaient pas sourds à l’époque), avant d’arriver à l’apothéose finale. Qui s’appelle « Greystone Chapel » et présente la particularité d’avoir été écrite par un détenu, Glen Sherley, que Cash présente et à qui il va serrer la main. Pas par démagogie (ou pas seulement), ce titre est superbe. Fin du morceau, et fin du concert sur un court instrumental à toute blinde du groupe, avec un Cash qui sort sous évidemment les vivats.
Comme escompté, ce live va relancer sa carrière et donnera lieu à une « suite » l’année suivante à San Quentin, qui elle sera plus axée « Greatest hits live ». Bon, sinon, il faut en penser quoi de ce « At Folsom Prison » ? Pierre angulaire, Alpha et Oméga pour certains Cash addicts. Ouais, même si perso la courte période Sun ou certains disques crépusculaires avec Rick Rubin me semblent supérieurs, les live carcéraux sont un des sommets du bonhomme. Exercice courant aux States pendant des décennies où les chanteurs « populaires » allaient se produire chez les taulards. Les longues notes du livret de Cash lui-même montrent que même avec les « précautions d’usage » de ce genre de prose formatée, l’Homme en Noir était très sensible à ces moments. Qu’il trouvait là matière à cultiver son image de dur, de bad boy, de tough guy, mais aussi à apporter un peu de bonheur de joie, de bonheur et de divertissement à des types pas forcément gâtés par la vie.
Deux choses à noter.
Dans le livret, quelques phrases enthousiastes de Steve Earle, qui n’est pas vraiment connu pour tourner autour du pot quand il a quelque chose à dire. Earle, qui fut un temps avec tout ce que cela signifie aux States membre du Parti Communiste, ne tarit pas d’éloges et sur ce disque et sur son auteur.

Un détail assez troublant tout de même. Dans les nombreuses photos du livret immortalisant l’événement, très peu de Blacks. Pourtant, autant à l’époque que maintenant, ils se retrouvaient au gnouf pour un oui ou un non. Les responsables de l’administration pénitentiaire devaient choisir le public. Même en taule, valait mieux être Blanc…


Du même sur ce blog : 

NEIL YOUNG - PEACE TRAIL (2016)

La dernière moisson ?
Bon, attention, je veux pas l’enterrer avant l’heure, le vieux Neil. Bien content qu’il soit encore là, rescapé de cette hécatombe (qui va pas s’arranger, les (ex)-fans des sixties ont l’âge de leurs artères, vont continuer à y passer …) de gloires plus ou moins décaties du wockanwoll …
Neil Young, c’est un peu le phénix du rock, capable de renaître de ses cendres quand on n’attend plus rien de lui. On l’a vu marquer son époque fin 60’s début 70’s, sombrer au début des années 80 (des histoires de maison de disques, l’inspiration en panne, tout ça …), se réinventer à la fin de cette même décennie en Parrain du grunge avec quelques albums toutes guitares stridentes en avant, et puis livrer de temps en temps, quand on le croyait fini, une galette qui le remettait sur le devant de la scène. Dernier coup d’éclat en date, l’année dernière, le pamphlet écolo-militant « The Monsanto Years », une de ses productions les plus abouties depuis … pff, au moins.
Un peu fatigué, genre le retour de Renaud ?
Et là, en cette fin 2016 qui a donné du boulot aux nécrologistes de tout poil, il fait s’emballer les rotatives de la presse musicale avec ce « Peace Trail ». Bon, si vous voulez mon avis, et même si vous le voulez pas je vous le donne quand même, « Peace Trail » est un bon disque du Canadien. Pas un de ceux qui restera, mais un de ses bons. Enregistré en trident, lui aux guitares et aux voix, deux pointures de studio (Paul Bushnell à la basse, Jim Keltner aux fûts), et juste quelques clampins additionnels de ci de là. Et forcément, dans cette configuration minimale, Young retrouve ce son boisé (le son du country-rock) qui a fait sa légende il y a près de cinquante ans.
On est dans l’esprit de « Everybody knows this is nowhere », « After the gold rush », « Harvest ». Sans toutefois atteindre le même niveau. Parce que … ben, plus tout Young, et que cette triplette-là avait placé la barre un poil trop haut pour les suivants.
« Peace trail » est un disque apaisé (plus de titres drivés par des empilages de larsens), bucolique, campagnard. Quasi un disque de plouc. Mais un plouc qui a du talent, et ça change bigrement la donne. Fil rouge, une vague thématique pro-indienne, parce que le Neil, baba un jour, baba toujours ne se refait pas et entend l’ouvrir sur des sujets qui le préoccupent (pour une fois, il a oublié de soutenir trop ouvertement le candidat Républicain, et de se couvrir de l’infâmant paletot artiste pro-Trump, même s’il lui trouve des idées « rafraîchissantes » ( ? ) et qu’il l’a autorisé à utiliser dans ses meetings « Rockin’ in the free world » ( ! ), le facho à moumoute étant paraît-il fan de longue date de Young).
Ben non, il a l'air en forme ...
« Peace trail » donc. Qui commence par le morceau éponyme. Totalement bluffant, le genre de merveilles comme on n’en écrit pas dix dans sa vie, et qui renvoie au Neil Young tutoyant les sommets. Tout y est, ce mid tempo country-rock, ces grilles d’accords immédiatement identifiables, même la si particulière voix fluette du Neil est de retour, d’une pureté et d’une clarté inattendues (à tel point qu’on peut se demander si elle a pas été bidouillée à la prod). Plus rien dans le disque n’atteindra de niveau, mais qu’importe. On en tient un de ces titres à se repasser en boucle le soir à la veillée. Attention, ce qui suit (format « ramassé », dix titres et moins de quarante minutes) est loin d’être indigne parce que Neil Young qui fait du Neil Young, moi je suis preneur. « Can’t stop workin’ » marche sur les traces de « Heart of gold », « Show me » est aussi feignasse qu’un bon JJ Cale, « Terrorist suicide … » et « Glass accident » auraient pu figurer sur n’importe lequel de ses disques des 70’s. Certaines choses sont plus quelconques, en pilotage automatique (on sent le skeud vite enregistré, genre « ouais, ça sonne pas mal, on touche plus rien »), comme « Texas rangers », « My pledge ».
Trois titres sortent des sentiers battus du Canadien, la mélopée linéaire « Indian givers » et sa batterie tribale, l’écolo-plouc « John Oaks » qui allez savoir pourquoi, me fait penser au « Bungalow Bill » des-qui-vous-savez, ou alors retournez réviser vos classiques. Et puis, comme Neil Young n’en fait qu’à sa tête et qu’il a pas que de bonnes idées, l’ultime « My new robot » commence bien, puis se voit parasitée par des bip-bip glou-glou et une voix synthétique du plus mauvais effet (n’est pas Kraftwerk qui veut), un titre tellement con qu’on dirait une chute de son funeste « Trans » des années 80.

En fait, Neil Young n’a pas grand-chose à dire et plus rien à prouver depuis des lustres. Il fait juste avec ce « Peace trail » du Neil Young d’un bon niveau. Que demander de plus ?


Du même sur ce blog :

JOHNNY CASH - AT HIS MIGHTY BEST Vol. 1 (1991)

MIB ...
Johnny Cash … Le Man In Black original… Une carrière longue comme un jour sans amphétamines, et pour celui qui aura passé l’essentiel de sa vie à se comporter comme un redneck pur jus, une reconnaissance sur le final comme un type sommet de coolitude … étrange perception d’un gars qui pourtant n’aura guère perdu de temps à essayer de brouiller les cartes. Cash, c’est (forcément) du direct, sans trop de fioritures.

Cette compile light, premier volet d’un triptyque consacré à ses années Sun Records (58 à 64), est loin d’être cruciale, même si elle recouvre une de ses périodes (avec la dernière sous l’égide de Rick Rubin) où pas grand-chose n’est à jeter. Les compilateurs se sont pas foulés, vingt titres pour un peu plus de quarante minutes, loin de toute considération chronologique, livret squelettique … Parue au début des années 90, quand L’Homme en Noir (et le reste de l’écurie Sun), étaient totalement out, ringards ultimes. On en était aux types en pantacourts qui faisaient du grunge (Nirvana et ses suiveurs), une bouillasse affublée du terme de fusion (les Red Hot Machin, les Rage Against Bidule), ou à l’opposé avec des zozos en survêt orange à capuche qui poussaient des disques accompagnés de montagnes d’ordinateurs … Sun Records était un label ayant cessé toute activité depuis plus de vingt ans, élément d’un puzzle qui à coups de rachats, de reventes, de fusions d’entreprises, allait contribuer à mettre en place le monde merveilleux de la World Company musicale que l’on connaît. La FNAC, qui en plus de vendre des Cds en fabriquait, distribuait sous licence des choses dont pas grand monde voulait, le fonds de catalogue Sun entre autres … A l’époque et hormis Presley (la grosse machine RCA sortait du disque du King à la pelle) quasiment le seul moyen d’avoir sur une rondelle argentée des titres des « pionniers ».
Johnny Cash aux débuts donc. Musicalement, le plus blanc de tous (même Carl Perkins se laissait parfois tenter par des arrangements jazzy ou bluesy). Aussi le moins « and roll » du lot. Cash venait de la country roots et ne perdait pas une occasion de revenir vers son idiome d’origine. Un peu à part au milieu des gloires de Sun. A côté des bigleux (Perkins, Orbison), du grassouillet (Presley), du cinglé (Jerry Lee Lewis), Cash, lui, c’était le Dur. Austère (très vite tout fringué de noir), toujours la mine renfrognée, sa voix traînante de baryton, et son immuable rythme country ralenti et feignasse …

Il a suffi d’un seul titre (« I walk the line ») pour faire de Cash un type qui comptait, et d’un seul autre (« Folsom prison blues ») pour asseoir sa légende. Les deux sont présents ici (ce premier volet de la compile est d’assez loin le meilleur des trois). « I walk … » tout le monde connaît, le morceau qui a défini pour l’éternité le Johnny Cash style. « Folsom prison blues » a fait de Cash le gourou chantant de tous les rednecks qui jouent au dur. A cause d’une phrase : « I shot a man in Reno just for watch him die » (écoutez les acclamations qui la ponctuent sur ses live carcéraux des 60’s). Une phrase prise pour argent comptant, alors que même si Cash n’a jamais eu la réputation d’un type qui se laissait marcher sur les pieds, il semble à peu prés acquis que c’est de la pure fiction.
Cette réputation de type à la redresse, Cash saura l’entretenir et elle ne le quittera plus (son public le plus fidèle, ses « frères », ce sont les taulards Blancs).
Même s’il saura plus tard en jouer, ses débuts ne peuvent pas vraiment être affublés du sticker « explicit lyrics ». Cash fait comme tous les autres, essaye de trouver sa voie originale, son style. Il se cherche. Avant de tourner la page du rock’n’roll lorsqu’il signera chez Columbia, il s’y laisse parfois aller dans ses débuts (« Rock Island line » est un pur et strict rockabilly, « Get rhythm » un bon petit rock’n’roll. Mais on le sent plus naturellement à son aise dans la country. Et là que ce soit ses propres compos (assez rares, Cash n’est pas vraiment un auteur prolixe) ou sur ses nombreuses reprises, sa touche personnelle se remarque assez vite. Tiens, un exemple, allez écouter la scie « I forgot to remember to forget » et comparez sa version à celle du King, Cash tient la route … Il revisite même assez bien les « classiques » du répertoire, notamment ceux de Hank Williams, le premier chanteur de country « moderne » si tant est que les deux mots puissent être accolés. « You win again » ou « Cold cold heart » par Cash valent le détour …

Une compile quand même un peu beaucoup surannée, assez loin d’un vrai Best of, jamais rééditée. On trouve facilement beaucoup plus exhaustif, mieux documenté, avec un meilleur son dans la multitude qui sont dédiées à cette période-là du bonhomme …


Du même sur ce blog :


THE JOHN BUTLER TRIO - SUNRISE OVER SEA (2004)

Tenter l'Experience ?
« Sunrise over sea », c’est le genre de disques qu’on a l’impression d’avoir entendu mille fois avant de l’écouter. Rien qu’en regardant la pochette. Oh, bonne mère, tous les clichetons des trucs pénibles … design des rondelles  ancestrales Vanguard ou Chess, teintes sépia, retouche Photoshop pour donner l’illusion d’un 33T aux coins cornés et à l’usure de l’empreinte du vinyle, et un type, acoustique en bandoulière et banjo à côté … Si ça c’est pas du clin d’œil adressé aux amateurs de bruit rustique … Et la formule trio, le mètre-étalon de la culture blues-rock, passage obligé de tous ces tocards / ringards qui s’imaginent marcher sur les traces de Cream ou du Jimi Hendrix Experience …
Sauf que … si le dénommé John Butler et ses deux acolytes (formule de scène, là en studio, il y a parfois des apports « extérieurs » dont même sur un titre une section de cordes) n’évitent pas sur la durée le pataugeage et l’embourbage dans les stéréotypes de la formule, ils se passe un truc … Ceux dont la kulture musicale se limite au visionnage de Taratata ressortent systématiquement le nom de Ben Harper, preuve qu’ils n’ont rien compris (ni au centriste Harper, ni à Butler).
John Butler
John Butler est australien. Un pays dont l’histoire internationale se limite à une paire de siècles et dont le seul apport culturel à notre humanité est l’opéra biscornu de Sydney. En gros des Etats-Unis qui n’auraient pas inventé le jazz, la country, le folk, le blues et la soul … Ce qui n’empêche pas les Australiens de faire du rock. Et l’île continent a légué au monde quelques furieux gueulards dont AC/DC, Rose Tattoo ou Angel City ne constituent que la partie visible du brûlant iceberg. Butler (pas pour rien que le trio porte son nom, les deux autres n’y font pas de vieux os, les changements de line-up sont innombrables), comme la plupart de ses congénères, s’est abreuvé de musiques venues d’ailleurs. Fait notable qui le différencie, il ne s’est pas contenté des sempiternels anglo-saxons (ou américains, ce qui revient au même). Rien qu’à voir ses dreadlocks, on imagine que le reggae ne l’a pas laissé indifférent. Les machins celtiques non plus.
Le résultat est surprenant. Mais surtout intéressant, voire par moments captivant. Pour deux raisons : le spectre musical de Butler est beaucoup plus étendu que ce à quoi l’on pourrait s’attendre. Et le type à un putain de charisme qui manquera toujours à … (complétez vous-mêmes, la liste est trop longue). Et s’il fallait se lancer dans des comparaisons, je citerai en vrac Tracy Chapman et Counting Crows (pour le folk « concerné »), Manu Chao (le côté bohème alter-mondialiste), Jon Spencer et Wraygunn (les accélérations électriques mystiques), Midnight Oil (l’aspect aussie politico-écolo), les Chieftains et Led Zep (les relents celtiques) … et on pourrait en rajouter bien d’autres, tant le patchwork concocté tire son essence de genres variés, parfois antinomiques …
On l’aura compris (enfin j’espère), on n’a pas avec « Sunrise … » le même morceau décalqué sur toute la durée du disque. Tiens, à propos de durée, c’est là que le bât blesse un peu, on en prend pour une heure dix, ce qui fait quand même un peu beaucoup, certains titres auraient pu rester dans les armoires, quelques autres n’auraient rien perdu à être raccourcis …
Le John Butler Trio
Il y a des trucs bluffants, assemblages étonnants de choses entendues pourtant des millions de fois séparément, mais qui passées dans la moulinette John Butler en ressortent immaculées. Ces étranges mixtures où peuvent cohabiter folk, blues, rock, reggae, sonorités celtiques, traversées de montées d’adrénaline violente ou au contraire d’une intimité doucereuse, sont littéralement transcendées par la voix de Butler, une des plus expressives, au feeling et à l’arrache, qu’on puisse trouver dans ces genres pourtant très fréquentés. Butler joue toutes sortes de guitares acoustiques amplifiées (surtout une onze-cordes, et ne me demandez pourquoi onze au lieu de douze), ne tombe jamais dans le piège du solo démonstratif (thanks). Ces chansons sonnent comme des voyages émotionnels (peu importe si on entrave pas les paroles), vous prennent par la main et ne vous lâchent pas.
Tout n’est pas parfait, et logiquement les titres convenus, prévisibles (archétype le morceau final « Sometimes » de plus de dix minutes, on « sent » tout ce qui va arriver dès l’intro) font retomber l’intérêt. Mais c’est au détour de l’adrénalisant « Treat your Mama », du chaloupé « Company sin » avec sa bas(s)e reggae, du court instrumental au banjo (« Damned to hell » qui renvoie instantanément au « Duelling banjos » du début du film « Délivrance »), du celtisant « Mist » (le « Gallow’s Pole » des années 2000 ? et putain me dites pas que vous connaissez pas « Gallow’s Pole »), ou du (petit) hit « Zebra », le titre qui a fait connaître Butler sur les autres continents, que les trois sont à leur zénith …
Ce « Sunrise over sea » est à peu près le seul disque du John Butler Trio disponible par ici. Fidèle à une certaine éthique passant évidemment par les labels indépendants, Butler était un secret bien gardé hors de l’Australie. Il semblerait que le garçon, voulant assurer ses arrières en Australie, ait cédé là-bas aux sirènes commerciales, et que ses parutions suivantes seraient (pas faciles non plus à dénicher) apparemment un ou plusieurs tons en dessous…

« Sunrise over sea » est un disque de vieux fait pour tout le monde par un jeunot. Respect… 


NEIL YOUNG - EVERYBODY KNOWS THIS IS NOWHERE (1969)

Les fondations de la maison Young ...
Et des fondations solides, trois des titres de cet album de 1969 (« Cinnamon girl », « Down by the river » et « Cowgirl in the sand ») feront toujours partie des chevaux de bataille de Neil Young sur scène. Et à propos de chevaux, ce disque est le premier qui voit apparaître son backing band « historique » Crazy Horse, embauché par le Loner après qu’il l’ait vu sur une scène minable d’un pub de New-York.
Il y a dans ce « Everybody … » tout ce que Neil Young développe depuis et qui constitue sa marque de fabrique : par dessus-tout la mélodie d’une grande pureté, mise au service de ballades dénudées, de country-rocks ou de rocks énervés à grosses guitares.

Le Cd commence avec le court « Cinnamon girl » et son riff qui désosse. Le country-rock, on le trouve dans le   morceau-titre, et aussi dans « The losing end » plein de swing et de simplicité. Les ballades (« Round & round », et « Running dry » frissonnante avec son violon au second plan, en hommage aux Rockets avant qu’ils ne soient rebaptisés Crazy Horse) précèdent chaque fois les longs morceaux d’une dizaine de minutes « à guitares » qui clôturaient chaque face du vinyle.
« Down by the river » a une structure de ballade, soutenue par les grattes de Young et de Danny Whitten, plutôt dans un registre de recherche expérimentale sonore, même si elles commencent à tendre vers la saturation. « Cowgirl in the sand » est beaucoup plus rentre-dedans, avec son final en forme de joute épique Young-Whitten. Deux titres très dans la tradition des « jam bands » très en vogue à l’époque, mais plus dans l’ambiance « duel de guitares » que dans celle de la démonstration technique (voir les versions live chez CSN & Y avec Stills à la place de Danny Whitten).
Même s’ils ne font pas tâche et contiennent en filigrane des tics et des idées qui seront développées dans les disques à venir de Young, les quatre titres « restants » sont quand même bien éclipsés par les classiques.
La production est assurée par David Briggs qui deviendra le collaborateur attitré du Canadien pendant toute sa carrière.

Ce disque est paru quelques semaines après le premier sans titre, et juste avant que Neil Young ne s’acoquine avec l’intéressant Stills et les deux boulets Crosby et Nash. Le second concert de CSNY aura lieu dans le cadre intime (entre 300 et 500 000 personnes) du festival de Woodstock et Neil Young mènera pendant quelques mois une double carrière, en solo et au sein du super-groupe baba cool…

Du même sur ce blog :


TOWNES VAN ZANDT - TOWNES VAN ZANDT (1969)

50 nuances de noir ?
Curieux cas, que celui de Townes Van Zandt (rien à voir avec le grassouillet court sur pattes qui chantait dans Lynyrd Skynyrd, ni avec le Soprano à bandana guitariste du député du New Jersey). Un type ignoré royalement de son vivant et maintenant célébré comme la huitième merveille du Monde (ou des 60’s –70’s, ce qui revient à peu près au même). Bon, faut relativiser tout çà. Même s’ils oeuvrent dans des genres quasiment  similaires, Townes Van Zandt n’est pas Bob Dylan. Mais ce n’est pas non plus un baltringue folk à la Richie Havens, dont la mort a été annoncée avec figure de circonstance par Pernaut à son JT, alors qu’absolument tout le monde avait oublié son existence depuis son passage braillard et improvisé à Woodstock.
Townes Van Zandt a du talent, c’est sûr. Un talent qui n’a pas besoin du sempiternel couplet sur l’ivrogne introverti qu’on ressert systématiquement dès qu’on l’évoque. En a t-il plus que d’autres oubliés de cette décade folk prodigieuse (en gros 63-73), tous ces Fred Neil, Tim Hardin, Bill Fay, Pete Seeger, Gene Clark (pour les Amerlos), Bert Jansch, John Renbourne, Nick Drake, John Martyn, Richard Thompson (pour les Angliches) ? Débat ardu dans lequel je ne m’aventurerais pas. En tout cas, quelles que soient ses qualités, il me semble à un niveau inférieur à toutes les têtes d’affiche de l’époque, les Dylan, Cohen, Donovan, Stevens.

Van Zandt est un folkeux dépressif (pas forcément un pléonasme), et beaucoup s’accordent pour dire que ses textes sont parmi les plus sombres jamais mis en musique. Le bonhomme vit le plus souvent reclus, quasi dans le dénuement, alors qu’il vient d’une famille très aisée, et ses compagnes les plus fiables seront sur la durée bouteilles (beaucoup) et poudres blanches (un peu). C’est aussi un compositeur de talent, ses musiques sont d’une pureté et d’un classicisme que beaucoup ont cherché à atteindre sans y réussir.
Ce « Townes Van Zandt » est son troisième disque. 33 T et conçu comme tel. Avec ses deux faces bien distinctes. La première est une épure folk. La guitare acoustique jouée en finger picking de Van Zandt est omniprésente, on sent (même sans comprendre forcément les paroles) dans la voix triste toutes les fêlures et brisures de l’homme. Et même quand l’instrumentation s’étoffe, ça reste austère, linéaire. Mais évident de talent. Curiosité et signe du perfectionnisme de Van Zandt, trois titres de ce « Townes Van Zandt » étaient déjà parus sur son premier disque, dont « The sake of the song », le plus « fini », le plus élaboré qui ouvre les hostilités. Une face de vinyle qui débutée de façon quasi guillerette (quoi que) et s’achève par le morceau le plus noir, le plus austère, « Colorado girl ».
La seconde face se teinte de country (une des références « antiques » de Van Zandt est Hank Williams, avec lequel il a bien des points communs, l’anxiété noyée dans l’alccol étant le plus évident), sonne «  contemporain ». Elle débute par « Lungs », country-rock décharné, avant coup sur coup d’aligner deux titres très dylaniens (le petit frisé est la référence « moderne » de Van Zandt). « I’ll be here in the morning » (un autre des trois titres réenregistrés) utilise par moments la même grille d’accords que « I want you » de « Blonde on blonde », et fait figure dans le contexte de titre enjoué, bien qu’étant nettement moins sautillant que son modèle évident. Autre dylanerie « Fare thee well … », tellement bien faite qu’on croirait que c’est le Band qui mouline derrière. Dernière auto-reprise « (Quicksilver daydream of) Maria » est pour moi la masterpiece, classique instantané, et le titre le plus enlevé (ou plutôt le moins sombre) du disque. Qui se conclut sèchement (on ne se refait pas) par la tristesse austère et dépouillée de « None but the rain ».
On l’aura compris , « Townes Van Zandt » n’est pas franchement un disque pour faire tourner les serviettes. Mais c’est ce style sombre qui est indissociable de l’aura d’artiste « maudit » qui entoure la carrière de Van Zandt. Auteur-compositeur pour auteurs-compositeurs, il n’obtiendra (la cherchait-elle d’ailleurs, rien n’est moins sûr) jamais de son vivant (il est mort en 97) une reconnaissance populaire significative. Mais son œuvre sombre et pessimiste continue de traumatiser des générations de gens sombres et pessimistes (ceux qui l’ont le plus cité doivent être les Ecossais de Tindersticks, qui n’ont rien de comiques troupiers).

Un disque à ranger pas très loin de ceux d’Harry Nilsson, les deux hommes, même si leur musique n’a rien de commun, ayant eu une approche artistique très similaire, et une façon d’appréhender l’existence quasi identique … 

ELVIS PRESLEY - FROM ELVIS IN MEMPHIS (1969)

Retour aux sources ...

1968. Elvis est cuit, fini … Tourne trois films par an qui n’intéressent plus personne. Faut dire que si Elvis est pour toujours le King, c’est certainement plus du rock’n’roll. Le rock’n’roll n’a pas attendu son fondateur pour évoluer, et Elvis a dans les sixties raté … tout en fait, tous les courants et les modes qui se sont succédés.
Un miracle a cependant lieu. Elvis retrouve ses premiers accompagnateurs (Scotty Moore et D.J. Fontana) lors d’un show télé, l’énergie et le répertoire de ses débuts, et le disque en partie issu de ces retrouvailles (« NBC TV Special ») va réconcilier et reconquérir et critique et public. Et là, peut-être pour la première et dernière fois de sa vie, Elvis va ruer dans les brancards de l’escroc qui lui sert de manager, l’inamovible Colonel Parker. En gros, Elvis en a marre de chanter des niaiseries qu’il déteste, et il compte bien reprendre les choses en main et chanter des choses qu’il aime. Une seule solution : retourner là où pour lui tout a commencé, à Nashville, Tennessee. Et Elvis, contre tous les avis de son entourage, part enregistrer à Memphis.
Presley & Chips Moman
Petit problème : Sam Philips n’est plus là, et Nashville depuis le milieu des années 60 est devenu un haut lieu de la soul, siège d’un des plus importants labels du genre, Stax (Otis Redding, Booker T. & The MG's, Eddie Floyd, Sam & Dave, Isaac Hayes, ...) et d'un autre  dont la réputation commence à grandir (Hi Records , avec à son catalogue notamment Al Green et Ann Peebles). La country et le blues des années 50 ont quasiment disparu, balayés par le rock au sens le plus large. Mais bon, quand Elvis est en ville, tout ce que celle-ci compte de musiciens de studio répond présent. Le producteur Chips Moman, plutôt spécialisé dans la soul réunit une équipe pléthorique comprenant force cuivres et choristes. Dans ce même genre de configuration orchestrale, Elvis sombrera quelques années plus tard sur les scènes de Las Vegas. Là, à Memphis, grâce au travail remarquable de Moman et un choix judicieux de morceaux, ça fonctionne. Bien. Très bien même.
Parce que le King a envie d’en découdre, est concerné. Et chante des choses qu’il aime, parfois de vieux standards qu’il rêvait d’interpréter depuis des années. Et puis aussi, parce qu’à la base, Presley est un grand chanteur, et là, il se concentre quasi exclusivement sur des ballades, des tempos lents ou médians, et c’est là qu’il est le meilleur. De toute sa carrière, il me semble qu’il n’a jamais aussi bien chanté. Et fait des merveilles avec un répertoire sur lequel on ne l’attendait pas forcément. Il y a dans ce « From Elvis in Memphis » (à rapprocher, évidemment d’un disque très similaire dans l’esprit, le fabuleux « Dusty in Memphis » de l’anglaise Dusty Springfield), de la soul (« Only the strong survive », géant), du rhythm’n’blues (« Wearin’ that loved on look »), une grosse part de country (« It keeps right … », « I’ll hold you in my heart » enregistrée en une seule prise, ça s’entend, y’a du flottement instrumental, compensé par du feeling à la tonne), des ballades terminales (« Long black limousine »), même du blues (« Power of my love ») et de la pop très orchestrée mais très digeste (« Gentle of my mind », la fauleuse « Any day now » signée Burt Bacharach).
Elvis Presley 1969
Certains titres me convainquent moins, la roucoulade un peu trop lyrique de « After loving you », et le traitement quasi pompier de « True love travels … », mais sur cette dernière, j’aimerais bien entendre la seule piste vocale de l’Elvis qui doit valoir son pesant de beurre de cacahuète. Une relative faiblesse sur ces deux titres largement compensée par le final, le magique « In the ghetto ». Un des titres les plus atypiques du King, qui par définition, n’a jamais vraiment fait dans le social. Là, il chante la misère des quartiers pauvres, ce morceau fait de l’ombre à tous les autres, et tant sur le fond que la forme, n’est pas très éloigné du « Inner City blues » de Marvin Gaye.
La réédition Cd de 2000 a la bonne idée d’ajouter aux douze titres originaux six bonus-tracks issus des mêmes sessions dont deux singles faramineux, « Kentucky rain » et « Suspicious minds », un des derniers numéro un de Presley …
Cette reprise en main de sa carrière et de son destin sera sans suite. Qui sera une longue descente dans les enfers de la guimauve, des amphétamines, et des strass de Vegas. Ne restera plus qu’une voix, à peu près intacte jusqu’à la fin, qui aura du mal à retrouver un répertoire digne de ses possiblités …

Du même sur ce blog :
Loving You 


EAGLES - HOTEL CALIFORNIA (1976)


Nouvelle frontière ...

Curieux comme l’année 1977 aura engendré autant de disques cités comme référence et dans des genres totalement opposés, antinomiques et contradictoires. Et pas seulement une version binaire de la querelles des Anciens et des Modernes … Damned vs Doobie Brothers, Clash vs Fleetwood Mac, Pink Floyd vs Marley, Pistols vs Eagles…
Les Eagles justement. Le groupe typiquement américain, typiquement West Coast. Déjà presque une caricature, lorsqu’ils sont en train de fourbir cet « Hotel California ». En Europe et à plus forte raison en France, le groupe bénéficie au mieux d’un petit capital sympathie, entretenu par des hits comme « Take it easy », « Desperado », « Take it to the limit », « One of these nights », … Mais rien qui mobilise vraiment les foules comme peuvent le faire des Led Zep ou les funestes Yes, Genesis et consorts …
Les Eagles se « contentent » d’être déraisonnablement énormes chez eux. Leur dernier disque, la compilation « Their greatest hits 71-75 » est à la lutte avec le « Dark side of the moon » du Floyd pour le titre de plus grosse vente de disques de tous les temps. Des chiffres qui jonglent avec les dizaines de millions de copies écoulées. Et tout ce qui entoure les Eagles participe aux « dérives » du rock pointées du doigt par tous ceux qui veulent revenir à la simplicité originelle de cette musique (les pub-rockeux, les punks). Les Eagles, ce sont les liasses de billets verts cramés en coke, putes de luxe, bling-bling attitude, … Les Eagles sont des milliardaires dépravés, totalement coupés de la « vraie vie ».
Les Eagles, waiting for the sun
Conglomérat de déjà vieux de la vieille de la scène californienne (ils ont commencé à faire leurs armes dans le  country-rock de Poco ou des Flying Burrito Brothers, le backing band de Linda Ronstadt, dans un vague groupe de hard pour le nouveau venu, le guitariste Joe Walsh), les Eagles sont la descendance dégénérée de Crosby, Stills, Nash & Young, la recherche de la mélodie qui tue, le travail sur les harmonies vocales, la quête de la perfection sonore. « Hotel California » sera par ces types perpétuellement sous coke conçu comme un challenge insensé.
Cohabiter d’abord. Et ce n’est pas simple, car tous composent. Des milliardaires défoncés à qui tout est permis ont tendance à laisser l’ego prendre le dessus sur toute autre considération, et ça ils y arriveront (la fameuse baston entre les membres du groupe lors d’un concert de la tournée « The long run »), mais là, en 1976, lors des sessions de « Hotel California », les Eagles, sans vraiment être soudés, sont focalisés sur cet album qu’ils veulent parfait et oublient tout le reste.
Se dépasser ensuite. Pas facile quand on est tout en haut de placer encore la barre un cran au-dessus. Les Eagles avaient deux-trois hits sur chaque disque, leur Best of se vend par millions, et bien « Hotel California » est à lui tout seul mieux qu’un Best of. Les moyens sont colossaux. David Geffen, patron d’Asylum Records sur lequel sont signés les Eagles, ne mégote pas. Le groupe et leur producteur attitré Bill Szymczyk auront un budget illimité, les séances dureront plusieurs mois. Fin 1976, un single est envoyé en éclaireur. « New kid in town », ballade country-rock parfaite, et qui se positionne directement en haut des charts américains. Logique et classique, mais rien à côté de la déferlante qui va accompagner la sortie du 33T et celle du single éponyme. Une durée folle (6’30) pour les standards de passage radio, et un titre chanté par le batteur (autre particularité du groupe, ils peuvent tous chanter lead, et donc question harmonies vocales, y’a ce qu’il faut) qui va devenir un des titres de rock les plus célèbres du siècle. Parce que, manière de couper court à tous les ricanements sournois que j’entends, les Eagles de « Hotel California », c’est toujours du rock (plus pour très longtemps peut-être, mais c’est pas encore le sujet). Poussé dans ses derniers retranchements, à la limite de toutes les compromissions. Du rock calibré pour les radios, les stéréos, le disque idéal pour le cruising sur les freeways californiennes ensoleillées. Le disque qu’écoutent, et ça c’est une première, les parents et leurs enfants.
Forcément pareil œcuménisme et pareil succès feront grincer des dents, s’agiter les jaloux de tous bords. « Hotel California » est un hold-up à l’échelon planétaire. Le point de non-retour que cherchaient également des Steely Dan, Fleetwood Mac, Doobie Brothers, … le disque américain parfait selon les standards de l’époque. Parce qu’il n’y a pas que deux hits, et pas que des ballades. « Life in the fast lane » se retrouvera aussi au sommet des hit-parades, avec son riff aplatissant, sa voix hurlée et son court solo de guitare d’anthologie, portant à jamais la signature du dernier arrivé Joe Walsh. Car ce qu’on a souvent oublié, c’est que les Eagles ne produisent pas que de la zique pour slowter et emballer de la meuf. « Victims of love », c’est aussi du hard FM avant l’heure, avec ses riffs saturés en intro, et c’est aussi bien que les intégrales de Toto et Foreigner réunis.
Même si c’est la ballade fin de race qui domine. Le « concept » de l’album c’est un peu le désenchantement de la prétendue vie facile à Los Angeles, les retours de manivelle de la décadence friquée et désœuvrée, les petits matins cabossés genre « Very bad trip », l’Hotel California est en fait un centre de rehab. Alors le disque fait la part belle au country-rock pépère (« Try and love again »), aux ballades déprimées pianotées et garnies de cordes, cette « Wasted time » qui trouve son contrepoint dans le dépouillement qui sent la gueule du bois de l’ultime « The last resort ». Seul maillon faible selon moi, « Pretty maids all in a row », où là le groupe et la production ont eu la main quelque peu lourde sur les arrangements de cordes et le côté grandiloquent.
« Hotel California », c’est le disque qu’on aimerait détester parce que c’est juste un rêve, un fantasme, celui d’une way of life inaccessible. Un disque de winners, écœurant de facilité. Alors que, par antithèse, on aura toujours un faible pour les losers qui se ramassent avec des galettes foirées. « Hotel California », il fait un peu partie de l’inconscient collectif d’une génération, c’est le témoin sonore d’une époque. Curieusement, les Eagles qui sont parmi les groupes les plus vendeurs de l’Histoire, sont un conglomérat quasi anonyme hors des Etas-Unis, et bien peu de gens sont capables de citer les musiciens qui le composent.
« Hotel California », on l’a trop entendu, c’est sûr … mais on s’est régalé à chaque fois …

JOHNNY CASH - AT HIS MIGHTY BEST VOL. 3 (1992)


De bric et de broc ...

Une compilation française, oui Monsieur … et comme tout ce qui touche au rock au sens large dans ce pays, un truc étrange et assez mal foutu … Sorti à une époque, où des épiciers du disque, auto-proclamés « agitateurs culturels » avaient monté un label, originalement nommé FNAC Music, sortant des compilations de vieux trucs dont plus personne voulait, distribuant  également quelques labels indés français, tout ça pour surfer sur la vague d’un support Cd en pleine croissance.
Et parmi tous ces machins antiques un peu ringardisés à l’époque, Johnny Cash. Totalement out, l’Homme en Noir, au début des années 90. Pas encore pacsé avec Rick Rubin, Cash enregistrait au jour le jour des disques chez qui voulait bien le signer. C’est sans doute sans trop de difficultés et à bon prix que la FNAC a récupéré les autorisations sur son fonds de catalogue. Et sorti trois compilations « At his mighty best » de vingt titres chacune.
Mighty best si on veut. Des titres piochés certes dans sa bonne période des débuts chez Sun de 58 à 64 (mais Cash sortait aussi en même temps des disques chez Columbia à partir de 1960), jetés sur des rondelles brillantes en dépit de tout ordre chronologique ou de toute thématique, avec un livret qui assure tout juste l’essentiel des informations légales. Alors on se retrouve avec quelques morceaux connus et puis d’autres titres beaucoup plus anecdotiques, même si les ingrédients de base sont là : la structure rythmique quasi inamovible, la voix de baryton à tendance sépulcrale, l’atmosphère austère et dépouillée typique de l’époque Sun. Au fil des ans, l’accompagnement s’étoffe un peu, des chœurs sont présents (Les Tennessee Riders ou la Carter Family).
Le matériau essentiel de cette compilation est de la good old country, sous forte influence Hank Williams (de toutes façons, de tous ceux de l’écurie Sun, Cash est celui qui a le moins donné dans le rock’n’roll). L’ensemble des vingt titres est correct, rien de rare ou d’inédit tant les compilations ou rééditions avec bonus des disques de l’Homme en Noir sont innombrables. Meilleurs titres du lot : les plus ou moins « classiques » « Rock island line », « I love you because », « I could never be ashamed of you », « Next in line », « It’s just about time ».
Le label Fnac Music n’ayant duré que quelques années, ces Cds n’ont jamais été réédités, mais se trouvent encore d’occase pour quelques euros (ça vaut pas plus) sur les sites spécialisés.

Du même sur ce blog :
American IV The Man Comes Around


WILLIE NELSON - SHOTGUN WILLIE (1973)


Rebel Rebel

Depuis des décennies, Willie Nelson est une institution au pays de Mitt Romney. Le genre de figure tutélaire incontournable qui surgit lorsque l’on parle musique populaire blanche, le voisin de palier d’Elvis ou de Springsteen. Et si pour ces deux-là les choses se sont emmanchées rapidement pour l’accès au mega stardom, Nelson fut pendant plus d'une décennie un de ces galériens plus ou moins obscurs du music business, ne devenant vraiment une star, avec la popularité qui va avec, qu’à la fin des 70’s avec le succès de son très mainstream « Stardust ».
Végétant chez l’antique label RCA, dans lequel il était en gros confiné au rôle du cow-boy chantant de service, Willie Nelson va effectuer un bond artistique prodigieux en signant chez Atlantic en 1973. Surtout parce que conjointement il devient la figure de proue du mouvement Outlaw, tous ces artistes country (lui, Tompall Glaser, Kristofferson, Jennings, …), ruant dans les brancards conventionnels qui sclérosaient le genre, le réduisant à une musique de ploucs faite par des ploucs pour des ploucs, et chapeauté par des requins nashvilliens verrouillant toute la partie économique de l’affaire …
Et d’entrée chez son nouveau label, Nelson va frapper fort avec ce « Shotgun Willie ». Atlantic lui donne les moyens, rien de moins que Jerry Wewler, Arif Mardin (les deux stars maison de la production), et David Briggs (l’indéfectible homme de studio de Neil Young) sont aux manettes, tout le gotha des musiciens de séance étiquetés country réquisitionnés, plus quelques apparitions de guests amis (Doug Sahm, Waylon Jennings). Le répertoire alterne compostions de Nelson, et reprises de son idole l’antique countryman Bob Wills, ou, plus surprenant, titres écrits par le hippy déjanté Leon Russell.
Le résultat, c’est le disque parfait pour chialer dans sa bière, rempli de country songs tristes et traînardes. Nelson ne renie pas son idiome originel, mais met de côté les pénibles yodels, et relègue au fond du mix violons aigus sautillants et pedal steel joviales. Le son est résolument celui d’un rock band, et on peut déceler un peu partout l’influence assimilée de gens comme Gram Parsons, John Fogerty, The Band. La country music sort de son ghetto doré et s’ouvre au monde. Tout ça servi par la voix de Willie Nelson, la plus belle a avoir œuvré dans ce registre.
Les ventes de ce « Shotgun Willie » seront conséquentes, les hits au rendez-vous (l’éponyme « Shotgun Willie » et ses cuivres rhythm’n’blues, « Stay all night », peut-être le morceau le moins risqué, le plus « classique » de l’album). Mais ce sont les ballades tout en nuances de gris qui marquent les esprits, de « Whiskey River » à la magnifiquement épurée (juste guitare sèche et voix) « A song for you », en passant par des perles comme « Sad songs & waltzes », « Bubbles in my bear », ou la très « Exile on Main St » « Devil in a sleepin’ bag ».
L’influence de ce disque sera considérable dans le développement d’une forme modernisée de country qui débordera dès lors très largement l’audience exclusive des péquenots blancs et réacs du Sud des Etats-Unis. Même les Sudistes graisseux de Point Blank plagieront quasiment la pochette de « Shotgun Willie » pour leur premier disque en 1976…

NEIL YOUNG - ON THE BEACH (1974)


Le long des golfes pas très clairs ...

Ce disque longtemps oublié par les détenteurs des droits du catalogue Neil Young, paru en 1974 et seulement réédité en Cd pour la première fois en 2003, a longtemps été zappé, les ceusses qui savaient ou prétendaient tout savoir du canadien s’en tenant à ses œuvres « disponibles » des 70’s.
Autrement dit, entre « Harvest » et la période « rouille électrique » (« Rust never sleeps » / « Live rust »), on citait bien le « Tonight’s the night » présent dans les rayons mais en avertissant le chaland que c’était un disque noir, déprimé et déprimant, difficile…
« On the beach » a été composé par Neil Young après « Tonight’s … » mais est paru un an plus tôt, les gens de chez Reprise (la maison de disques de Neil Young depuis toujours) ayant ajourné la parution de « Tonight’s » durant deux ans.
Les deux disques sont siamois, également joyeux. Peut-être la pochette et le titre de « On the beach » ont-ils été jugés plus « engageants ». Mais franchement, qui aurait envie de prendre un bain de soleil sur cette plage déserte et blafarde, encombrée d’épaves industrielles ? Elle a l’air aussi accueillante qu’une plage bretonne (avant ou après dégazage ou échouage d’un super-tanker, c’est pas le problème, sache ami(e) lecteur breton que j’ai rien contre toi ou tes plages, mais que t’habites une région toute moche et pourrie, et que ça j’y peux rien et que j’espère que l’on t’a obligé à vivre là, et que je comprends pourquoi vous êtes tous alcoolos dans votre coin … et non, y’a pas de comptes à régler avec qui que ce soit, c’est juste de la méchanceté totalement gratuite …)
Bon, reprenons, Neil Young « On the beach » donc. Qui est disque introspectif. A replacer dans son contexte.
Neil Young est fondamentalement un naïf, une sorte de Jean-Jacques Rousseau version hippie de Laurel Canyon égaré avec ses valeurs dans les States de la fin des 60’s – début des 70’s. Un type qui a vu ses rêves et ses proches s’écrouler dans tous les sens du terme autour de lui. Charles Manson, qu’il avait un peu fréquenté vers 1968, avant que ce dernier fasse mettre à l’air les tripes de Sharon Tate et de quelques autres par les membres de sa secte The Family. L’engagement et l’acharnement des USA dans la guerre du Vietnam, l’ont marqué et traumatisé comme tous les hippies (Neil Young s’est toujours beaucoup plus senti américain que canadien, et ses prises de position, parfois assez « bizarres », lui ont valu de solides inimitiés). Le mouvement hippie (Neil Young avait tenu à jouer à Woodstock, dans des conditions techniques difficiles et précaires) est parti à fond dans les drogues de toutes sortes (Neil Young est clean), avant de partir définitivement en sucette à Altamont. Le roadie (Bruce Berry) et le guitariste (Danny Whitten) de Neil Young sont morts d’overdose. Sa femme (l’actrice Carrie Snodgress, celle à qui est dédiée « A man needs a maid » sur « Harvest ») est en train de le quitter.
« On the beach » est forcément imprégné de tout ceci, et les textes font clairement allusion à ces gens ou ces événements. La musique n’est guère plus joviale, Young et ses musiciens (une partie du Crazy Horse, des anciens de The Band), se complaisent dans des tempos traînards, tout en électricité sournoise et saturée (la marque de fabrique de ses meilleurs disques), martelant des atmosphères sombres, sépulcrales, oppressantes. La voix nue de Young file le frisson par sa fragilité (« See the sky »), il y a une paire d’éclaircies sonores (l’introductif  country-rock « Walk on », la country d’avant que la country existe « For the turnstyles »), et puis en gros tout le reste, d’une noirceur compacte, tous ces morceaux avec blues dans le titre (« Vampire  blues », « Ambulance blues », « Revolution blues ») qui tiennent bien sûr beaucoup plus d’un état d’esprit que du strict respect des douze mesures chères à Muddy Waters. La seconde face du 33T original constituant à elle seule un océan de déprime rarement égalé dans le rock avec son lancinant tryptique « On the beach » - « Motion picture » - « Ambulance blues ».
Neil Young a sorti une bonne dizaine de disques rigoureusement indispensables. « On the beach » en fait partie…

Du même sur ce blog : 
Everybody Knows This Is Nowhere
Harvest 

KRIS KRISTOFFERSON - ME AND BOBBY McGEE (1974)


Le touche-à-tout

Kristofferson n’a pas choisi au bon moment, en fait il n’a jamais choisi. Alors qu’il se faisait un nom en tant qu’auteur-compositeur-interprète, il menait de front une carrière d’acteur. Et finalement, plutôt que d’être une star dans un domaine, il se contentera d’une excellente réputation plus ou moins confidentielle dans les deux genres.
Déjà, toute personne non abonnée aux Inrocks ou qui a un minimum de culture musicale, ce qui revient au même, doit réagir au seul titre de l’album. Oui, ami amateur de vieilleries sonores, « Me and Bobby McGee », tu as raison, c’est bien un des morceaux les plus connus de Janis Joplin, sur son ultime et posthume « Pearl ». Et ce titre est signé Kris Kristofferson, qui fut un temps à la fin des sixties son amant, ceci explique cela.
Kristofferson début 70's
Evidemment, le principal reproche que l’on pourra faire à Kristofferson, c’est d’avoir gagné davantage d’argent avec ses droits d’auteur qu’avec ses propres ventes de disques. Sur ce « Me and Bobby McGee », considéré par beaucoup comme son œuvre de référence, on trouve quelques titres repris et portés au sommet des charts par des gens qui sont pas vraiment des inconnus, en plus de Joplin, il y a Presley et bien d’autres pour « Help me make it through the night », Sinatra et une foultitude de crooners pour « For the good times », et Johnny Cash pour « Sunday morning comin’ down ».
Johny Cash, justement. Même si artistiquement il n’était pas au mieux dans les années 60, c’est lui qui avait repéré Kristofferson et l’avait poussé à écrire des morceaux, et ensuite à les enregistrer. Ce qui veut dire qu’on se situe quand même avec Kristofferson dans la galaxie country music. Un genre à cette époque sérieusement malmené par d’autres (le rock à guitares, qu’il soit stonien ou zeppelinien), et qui se trouve à la croisée des chemins : soit se replier rigidement et ridiculement sur son passé (la mafia nashvilienne et tous ses traditionnalistes musicaux), soit « fusionner » (Flying Burrito Brthers, Gram Parsons, Poco, et toute cette litanie de groupe qui mènera au « Hotel California » des Eagles), soit ruer dans les brancards ( le mouvement « Outlaw »). Kristofferson sera avec d’autres (Glaser, Jennings, Nelson, …) une des figures des outlaws, mouvement dont un Johnny Cash qui a été un des instigateurs se tiendra prudemment ( ? ) éloigné, l’Homme en Noir tenant à ménager son public de rednecks …
Alors, oui, Kristofferson ne renie pas les Saintes Ecritures country, il les modernise, travaillant ses textes, instillant ici ou là quelque rythmique « rock » (« Casey’s last ride »), s’ouvrant au folk (l’inaugural « Blame it on the stones »), ne négligeant pas la ballade pour chialer dans sa Bud (l’ultime « Sunday morning coming down »). Les titres sont « écrits », on sent l’influence autant des Stones que de Dylan ou Cohen, et on ne crache pas sur Hank Williams. La voix de feignasse qui s’énerve de Kristofferson fait merveille, la musique sait rester sobre tout en s’éloignant des poncifs du genre (pas de crin-crins couinants et de pedal-steel en avant), cet album assez atypique pour son temps est finalement devenu un classique …
Ce disque aura un beau succès aux States, où il sortira avec un visuel différent en 1971. Il faudra attendre trois ans pour qu’il bénéficie d’une distribution mondiale.

KENNY PRICE - THE SHERIFF OF BOONE COUNTY (1971)


Un tour à la campagne ?

J’ai quelques disques étranges, dont je me demande encore pourquoi et comment je les ai un jour achetés. Tiens, celui-là par exemple.
Même Audrey Pulvar, rédactrice en chef des Inrocks (c’est dire si elle doit-être balèze en rock), elle doit pas le connaître, Kenny Price. Moi non plus, d’ailleurs. Et là où j’en ai retrouvé le plus sur lui, c’est sur un site américain consacré aux chanteurs (généralement morts) oubliés (non, ils parlaient pas de Renaud ou d’Hugues Aufray, voyez comme vous êtes). C’est dire si Kenny Price tout le monde s’en tamponne.
Mais qu'en penserait Karl Lagerfeld de ces fringues ?
Et comme c’est lui le gros plein de soupe sur la pochette et qu’il s’habillait toujours euh … étrangement, il m’étonnerait fort que quelque groupe de jeunes de Brooklyn lance un de ces quatre un Kenny Price revival. Kenny Price empeste le Sudiste réac (pléonasme) fini à la Bud. C’est un gars qui n’a strictement rien inventé, moulinant avec opiniâtreté sa country pur jus …
Bon, j’ai écrit country … il reste quelqu’un encore ? En fait, c’est pas que de la country, le type se ballade à l’occasion sur quelques genres connexes. Et il se ballade assez facilement, il a une super voix le gros plein de soupe. A peu près la même sur les chansons larmoyantes que celle d’Elvis 1er le Gros dans sa période Vegas, comme quoi pour les belles voix graves et profondes, l’embonpoint ça aide … Particulièrement frappant sur « Something to believe in » ou « Tell her to love her ». Sinon, l’essentiel du reste, c’est pour faire guincher dans les rades du Tennessee, et là il met le paquet , le Kenny, les pedal-steel, les crincrins, comme si on était toujours en 1953 … c’est pas l’imagination au pouvoir, ceci étant mais c’est de la bonne country old school. Tiens, en parlant de old school, y’a même un titre zarbi « Him Jim Bill and me », c’est une sorte de ballade ou il chante pas, il cause juste le Kenny Price. Si ça se trouve, il a inventé le rap sans s’en rendre compte et personne s’en est aperçu. Il s’essaye même au country-rock sur un titre (« Alice in Wonderland », mais n’allez pas croire qu’il a gobé des acides, c’est pas le genre de la maison), un peu ringard il est vrai, et qui fera pas se relever la nuit tout fan de Gram Parsons normalement constitué …
Un disque globalement amusant (puis de toute façon il dure même pas demi-heure, on a pas le temps de s’endormir), même si comment dire, quelque peu suranné.
Kenny Price est mort oublié dans les années 80, trouver ses disques aujourd’hui relève du prodige. Il semblerait que ce « Sheriff of Boone County » ait été réédité en Cd en des temps immémoriaux…