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PRESTON STURGES - UN COEUR PRIS AU PIEGE (1941)

Ophiologiste ? Toi-même ...
« Un cœur pris au piège », comme souvent quand c’est distribué en France, très mauvaise traduction du titre original « The Lady Eve », est un des films qui ont marqué leur temps. Et ces temps n’étaient pas très folichons.
Officiellement, les Etats-Unis ne sont pas en guerre (il faudra attendre la fin de l’année suivante), mais toute la population qui a encore en mémoire la terrible crise de 1929 et les années de misère populaire qui ont suivi, regarde avec de mauvais pressentiments la boucherie géante qui ensanglante l’Europe.
Alors, évidemment, le cinéma offre un exutoire, une tranche de divertissement dans un quotidien plutôt morose.
Fonda, Stanwick & Preston Sturges
Et quoi de mieux qu’une comédie pour se changer les idées ? Et à ce jeu-là le dénommé Preston Sturges est toujours au rendez-vous. Il ne fait certes pas partie de ces manieurs surdoués de caméra que l’histoire retient. Non, lui son truc, c’est faire rire les gens pendant une heure et demie. Et ça il sait faire, en tant que scénariste ou réalisateur (et bientôt, fortune faite, en tant que producteur). Sturges fait des films populaires au sens premier, c’est-à-dire destinés à être vus par le plus de monde possible.
Les ficelles sont énormes, la happy end prévisible au bout de deux plans, mais qu’importe, c’est ce que le public attend et Sturges lui en donne pour son argent. Tout en respectant les fondamentaux. « The Lady Eve », c’est pas un nanar filmé avec les pieds sur un scénario de quatre lignes.

L’histoire est évidemment totalement invraisemblable dans ses rebondissements, mais les rebondissements sont justement nombreux, chaque fois prétexte à rajouter une « gueule » à un casting haut de gamme. En haut de l’affiche, deux noms. Un jeune premier devenu star grâce à son rôle de Tom Joad (ben oui, vous croyiez que Springsteen inventait des noms ?) dans l’extraordinaire « Les raisins de la colère » de John Ford. Son nom : Henry Fonda, père de tous les autres acteurs du même nom. Trente cinq ans au moment du tournage. A ses côtés, une star stakhanoviste des plateaux de tournage des années 30, Barbara Stanwick, trente quatre ans, un des symboles de femme fatale de cette époque, mettant dans les films tous les hommes à ses pieds (alors qu’elle est lesbienne dans la vraie vie).
Lui est un grand dadais niais et très riche, passionné d’ophiologie (et non, je vais pas vous dire ce que c’est l’ophiologie, na ! mais sachez qu’en anglais il y a une joke plus ou moins subtile avec le titre du film). Elle, la fille d’un joueur de cartes (et tricheur) professionnel, dont elle est une élève douée et appliquée. Sur une croisière, le père veut arnaquer le benêt au poker, la fille est encore plus ambitieuse, elle veut le vamper pour l’épouser et avoir tout son pognon. Voilà pour le point de départ, plus prétexte à sketches qu’à une histoire suivie, mais peu importe. Toutes les scènes classiques du vaudeville amoureux sont de la partie, en laissant la part belle à des seconds rôles truculents : le garde du corps imbécile de Fonda (William Demarest), le père de Stanwick (Charles Coburn), le père de Fonda (Eugene Palette), le faux oncle de Stanwick (Eric Blore).

Les running gags s’enchaînent (notamment avec le garde du corps, ou avec un cheval qui vient s’interposer lors d’une discussion amoureuse), le rythme est rapide, on ne s’ennuie pas. Deux scènes peuvent marquer les cinéphiles. Dans l’une Barbara Stanwick se fait passer pour une autre dans un dîner chez la famille friquée (copier-coller d’une scène identique avec Irene Dunne dans « Cette sacrée vérité » gros succès comique quelques années plus tôt). L’autre risque de traumatiser à jamais les fans de Cameron. Tout le monde a en tête le premier baiser échangé par Winslet et Di Caprio à la proue battue par les vents du Titanic. Et bien elle est entièrement pompée (même baiser, même cadrage, les effets numériques et l’infâme rengaine de la Dion en moins) sur une scène de « The Lady Eve ». Comme quoi, dans le cinéma comme ailleurs, rien ne se perd et rien ne se crée … Et même si le personnage interprété par un remarquable Fonda, très à l’aise dans le registre comique, est un stéréotype du genre, il est frappant de voir comment des décennies plus tard, un Hugh Grant lui ressemblera dans les rôles qui ont fait son succès …
Il faut quand même bien l’avouer, malgré d’indéniables qualités comiques, « Un cœur pris au piège » a du mal à traverser les décennies. Il fait son âge, quoi …
A noter sur la version remastérisée, une bande son assez … euh, bizarre c’est le moins qu’on puisse dire en version française, qui offre plusieurs fois des passages entiers en VO sous-titrée d’une qualité sonore très limite. Même s’il y a quelque part dans les bonus (faméliques, très) du Dvd, une explication technique à laquelle je n’ai rien compris, c’est assez pénible pour être souligné …



OLIVER STONE - TUEURS-NES (1994)

Born to be wild ...
« Tueurs-nés », c’est presque le « Orange mécanique » de son époque. Pourquoi presque ? Oh hé, commencez pas à me les briser, on y viendra plus tard … si j’y pense.
En tout cas, « Natural born killers » (en VO), c’est un film clivant. Par un réalisateur clivant. Oliver Stone est une grande gueule et derrière son look bcbg conformiste, un type qui aime bien foutre les pieds dans le plat. Un peu à la façon de Michael Moore, la casquette et le cholestérol en moins, le talent caméra au poing en plus. Point commun entre les deux pour ce qui concerne « Tueurs-nés » : le documentaire. Ouais, je sais, « Tueurs-nés » n’est pas un doc, mais les trucs de Moore non plus, tellement la réalité est détournée et distordue au profit de ce qu’il veut (dé)montrer.
Oliver Stone & Quentin Tarantino
« Tueurs-nés », c’est un film gore rabelaisien, où tout est exagéré jusqu’à la caricature. C’est aussi une histoire d’amour à la « Bonnie & Clyde » (Penn le film, Gainsbourg la chanson). C’est quelque part entre Peckinpah pour l’ultraviolence, Romero pour l’esthétique de la mort et de l’au-delà, à cheval entre « La valse des pantins » de Scorsese et « Le prix du danger » de Boisset … et on pourrait multiplier les références à l’infini. D’ailleurs, on voit dans des télés ou en surimpression des extraits de vieux films dans « Tueurs-nés ». Parce que « Tueurs-nés » est aussi un film hommage au cinéma. Normal, me direz-vous, parce que c’est un fada de cinéma qui a écrit le scénario, rien de moins que Quentin Tarantino, plus que remarqué à l’époque avec coup sur coup « Reservoir dogs » et « Pulp fiction ». Bon, il y aura comme qui dirait de l’eau dans le gaz entre Tarantino et Stone, le second remaniera profondément ce qu’a écrit le premier, qui du coup ne veut plus être crédité au scénar.
Mickey & Mallory Knox
Même si la patte Tarantino est visible (si la « confession » de Mickey en direct à la TV depuis la prison, si certaines bouffées d’ultraviolence sorties de nulle part, si l’hystérie communicative et contagieuse des personnages, c’est pas du Tarantino, je veux bien me taper l’intégrale de Gad Elmachin). Quoi que Stone s’y entend aussi en pétage des plombs et démesure à tous les étages. Et vous savez pourquoi c’est beaucoup plus un film de Stone que de Tarantino ? Ben parce que Tarantino aurait plutôt mis Dick Dale ou les Ventures sur la B.O. plutôt que du Leonard Cohen ou le « Sweet Jane » des Cowboy Junkies.
« Tueurs-nés » est un film à la marge de tout. Du cinéma « traditionnel » et même de la carrière d’Oliver Stone. Film sous coke ? Ouais, peut-être. Car les anecdotes d’un Stone borderline, mettant tout en boîte en moins de deux mois, louant des sonos gigantesques pour passer de la musique tous potards sur onze sur les lieux de tournage, tirant ou faisant tirer en l’air des rafales de vrais coups de feu pour « immerger » ses acteurs dans leur rôle et l’action foisonnent. Imagine t-on pareil dérèglement du bon sens sur un tournage de Rivette, Dreyer ou Bergmann ? Faut-il être dans son état normal, pour choisir parmi une pléthore de postulants (et certains très bankables, comme Bernie Madsen) au rôle principal un à peu près inconnu, Woody Harrelson. Qui se voit confier le rôle d’un serial killer qui enfant a vu mourir son père sous ses yeux, alors que le paternel de Harrelson est depuis des lustres en zonzon pour meurtre, et que Woody est lui-même dans la vraie vie assez euh … instable ?
Tommy Lee Jones & Tom Sizemore
Harrelson est Mickey Knox. Garçon boucher qui va livrer sa barbaque chez Mallory (Juliette Lewis, révélée dans « Les nerfs à vif » de Scorsese), fille déjantée d’une famille de tarés, dont un père qui abuse d’elle. Coup de foudre instantané et début du bain de sang. Mickey va revenir chercher Mallory pour l’épouser, en fracassant au passage le crâne du paternel avant de le noyer dans un aquarium, et immolant la mère dans son lit. Dès lors commencera la cavale sanglante des deux, qui flingueront sans raison, sinon pour le plaisir de tuer tous ceux qui passeront à portée de flingue ou de tout autre mortel accessoire contondant.
Un road movie sanglant entrecoupé d’une scène fleur bleue, le « mariage » sous forme d’un serment de sang sur un pont vertigineux, et d’une autre totalement hallucinatoire, où le couple est guéri de morsures de crotale par un chaman Indien qu’ils finiront par buter. Avant d’échouer dans une pharmacie à la porte de laquelle ils se feront serrer par les keufs.
Robert Downey Jr
On est là à la moitié du film. Vont dès lors entrer en scène trois nouveaux personnages essentiels. Robert Downey Jr en journaliste TV sensationnaliste, spécialisé dans les reportages sur le vif de serial killers. Tom Sizemore en superflic complètement taré (et accessoirement assassin de prostituées) qui veut flinguer le couple (après avoir baisé Mallory) en prison. Et une composition déjantée, un de ces numéros d’acteurs qui font date, de Tommy Lee Jones en directeur de prison totalement pervers et borderline, avec un look digne d’un personnage de John Waters. Dès lors, « Tueurs-nés » prend une autre dimension, celle d’une critique au vitriol du système carcéral (qui ne sert qu’à rendre les loups en cage encore plus sauvages) et surtout d’un système médiatique qui ne cherche que l’insensé pour faire de l’audience. Cette seconde partie du film, tournée par une équipe sur les dents (et les nerfs) dans une vraie prison avec beaucoup de vrais détenus, révèle la vraie nature des protagonistes, les plus cohérents se révélant être Mickey et Mallory, bêtes sauvages en cage, qui vont évidemment finir par s’évader dans un bain de sang et une émeute-révolte de détenus. Avec comme cœur et clé d’entrée de l’univers sanguinaire et violent de Mickey l’interview évoquée plus haut, avec réponses-slogans à des questions stupides de Downey.
Mais le plus remarquable dans le film, c’est même pas l’histoire racontée et les dénonciations latentes d’une société américaine fascinée par la violence qu’elle génère, et vouant un culte idiot à des crétins assassins (les comparaisons des « exploits » de Mickey et Mallory Knox avec ceux de vrais serial killers), genre beatlemania (les pancartes « Mickey I love you, kill me » brandies lors de la cohue qui accompagne le procès du couple). Non, ce qui surprend le plus au visionnage du film, c’est son rythme et sa technique. Un truc fou (18 types de caméra utilisés, des gros bahuts sur rails aux caméras digitales portables de la taille d’un paquet de clopes), des formats d’images qui se chevauchent (les surimpressions d’image, en plus sans trucage, les acteurs jouant vraiment devant les images projetées au montage derrière eux), du noir et blanc très granuleux caméra bougée à l’épaule au milieu de cadrages millimétrés aux filtres de couleur très travaillés. Même des animations (assez proches de celle de Gerald Scarfe dans un autre film psychologique barré « The Wall » d’Alan Parker d’après le disque de Pink Floyd), ou des pastiches de sitcom (les scènes avec les parents de Mallory), viennent s’interférer dans ce foutoir en 24 images seconde. Mais c’est pas tout. Ce qui fait le plus perdre pied, immerge totalement dans ce maelstrom furieux, c’est le montage. Plus de 3000 plans dans le film, soit un changement de plan à peu prés toutes les deux secondes. Même les clippers fous des groupes de metal skatecore n’osaient pas pareil déferlement d’images.
Woody Harrelson & Juliette Lewis
Le résultat est esthétiquement troublant (on n’a jamais vu ça avant, et je sais pas si on l’a revu depuis), et finalement fait passer la forme avant le fond (à l’exact inverse de « Orange mécanique », yesss, j’ai pas oublié). Alors quoi qu’il faut en penser de « Tueurs-nés » ? Au pire, c’est un grand film, sauvage, féroce et jubilatoire, une gigantesque œuvre de destruction massive d’une société américaine gangrénée et fascinée par la violence qu’elle génère, mais qui se refuse à l’accepter. Le seul regret, c’est à mon sens que Stone en ait fait trop. Ou pas assez. Trop sanglant et pas assez sérieux. « Tueurs-nés », bien sûr, n’est pas un film violent (enfin, si, au premier degré, et ses détracteurs à la vue très basse ne voient évidemment que ce premier degré). C’est une farce, gouailleuse et pantagruélique dans ses excès, voulus et recherchés. Mais à mon sens trop exagérés, dilués dans la démesure et les effets de style. Un peu comme si Oliver Stone avait filmé un sketch comique. Et en aurait choisi un de Bigard plutôt qu’un de Desproges.

Bon, je chipote un peu là. Film à voir et revoir …



DELBERT MANN - MARTY (1955)

La beauté cachée des laids, des laids, ...
… se voit sans délai, délai, dixit Gainsbourg. Qui n’avait pas exactement un physique de playboy, mais s’est révélé excellent séducteur. Les deux personnages principaux de « Marty », le film de Delbert Mann, sont plutôt moches et n’ont rien de séduisant. Bourrés de complexes, de gaucherie, s’entêtant à mettre des bâtons dans les roues de leur chétive amourette …
Delbert Mann (chemise blanche), l'équipe technique, Blair & Borgnine
Le résultat est pourtant superbe. Pas vraiment à cause de la romance à deux balles qui est au cœur du film, mais surtout grâce au contexte de cette histoire (le quartier italien de New York dans les années 50), et plus encore grâce aux acteurs. Betsy Blair (pas si moche que ça, en fait, mais pas non plus une bombe sexuelle sortie des studios américains, certes …), parfaite en  prof fille à papa, trop timide et coincée pour oser prendre sa vie en mains. Et surtout l’inattendu (dans ce rôle-là) Ernest Borgnine, garçon boucher au cœur d’or, empêtré dans les traditions du petit peuple rital et embrouillé par ses potes niais et grandes gueules.
Ouais, Borgnine. Trapu et court sur pattes, regard bovin de petite frappe. Jusque là remarqué pour des seconds rôles de méchant, de salaud, dans des grands films comme « Et tant qu’il y aura des hommes » (au passage, c’est Burt Lancaster, qui co-produit le film et présente la bande-annonce américaine de « Marty »), « Johnny Guitare », « Vera Cruz », « Un homme est passé ». Dans « Marty », il est à total contre-emploi (mais y gagnera la statuette de meilleur acteur). Il est Marty Piletti, apprenti boucher, vivant la trentaine bien sonnée chez sa vieille mère quand tous ses frères et sœurs cadets sont mariés. Affable, travailleur, complexé par son physique, traînant sa timidité et son mal de vivre dans les bistrots et les « dancings » le samedi soir … Pote avec d’autres traine-savates à l’existence aussi morne que la sienne, mais dont il redoute le regard et les quolibets quand il démarre son idylle avec Clara (Betsy Blair).
Marty & Clara
Qu’il a osé aller consoler alors que sous prétexte de mocheté, elle venait de se faire abandonner dans un dancing par un bellâtre coureur.
« Marty », du peu connu Delbert Mann (bien que ce film, phénomène assez rare dans les annales cinématographiques, lui ait valu la même année Palme d’Or et Oscar), est un film court (moins d’une heure et demie), au rythme nonchalant et indolent, comme ses personnages principaux. Il est pourtant d’une grande richesse, grâce à une merveille de scénario qui nous immerge dasn la communauté (voire le communautarisme) italien de New York, et une galerie de personnages secondaires fouillée, faisant ressortir des caractères mémorables, comme la mère de Marty (excellente Esther Minciotti), la tante fouteuse de merde, le couple à problèmes et disputes de son cousin comptable, le pote bien relou Angie, …
Il n’y a pas d’action (au sens Chuck Norris du terme) dans « Marty ». Pas non plus une galerie de portraits plombante comme un casting de Dreyer (grand réalisateur qui a fait de grands films, mais qui te foutent le moral dans les chaussettes encore plus sûrement qu’un discours de Fillon sur les soins palliatifs en fin de vie). « Marty » est un film vivant, qui trouve le rythme parfait entre les personnages et leur histoire (le temps que va passer Marty à essayer de rouler une pelle à sa chérie, qui évidemment va au dernier moment détourner la tête et le regard…). « Marty » est un film qui rend crédibles et réalistes des personnages et des situations sur lesquels on a quelque peu forcé les traits (les merveilleuses scènes entre la mère et la tante de Marty, entre Marty et Angie).
Marty & Angie
Aujourd’hui, « Marty » est un film quelque peu oublié (on ne le trouve par ici que dans une version DVD assez bâclée sans bonus), certainement plus à cause de la carrière en demi-teinte qu’ont effectué Mann, Borgnine et plus encore Blair, que de ses qualités intrinsèques.

Plus qu’un vague mélo 50’s, « Marty » est une belle tranche de vie sur une génération et une époque prétendues « dorées », mais où derrière le vernis de l’insouciance, se trouvaient déjà les fêlures et le mal-vivre de ceux qui n’entraient pas dans le moule idéal du « rêve américain » …


LEO McCAREY - CETTE SACRÉE VÉRITÉ (1937)

Gai, gai, divorçons-les ...
« Cette sacrée vérité » (« The awful truth » en VO), c’est une comédie. Une vraie, c’est-à-dire pas un de ces machins poussifs où les gags éculés (de ta mère), tu les vois arriver cinq minutes avant avec leurs gros sabots, dopés aux effets numériques et aux motion captures.
« Cette sacrée vérité » date de l’avant-guerre (putain, laquelle, il s’en déclenche une tous les trois jours, s’interroge le type cultivé aux programmes de LCI ?), à une époque où tu plantais une caméra devant des acteurs, tu leur filais un texte, et ils faisaient le taf … Après, le reste, à savoir si c’était plus ou moins marrant, ça dépendait du type derrière la caméra, de celui ou ceux qui avaient écrit le scénar, et des types ou des meufs qu’étaient filmés. Les choses étaient simples…
Dunne, McCarey & Grant
Derrière la caméra, Leo McCarey. Un de ces antiques touche-à-tout, réalisateur et producteur ici, parfois même également scénariste, un des hommes de base de la Columbia. Pas le type le plus doué du monde, plutôt laborieux, pas d’images virevoltantes, non, le genre à souder une caméra au sol et à faire passer les acteurs devant, si vous voyez ce que je veux dire. Mais le Leo, avec sa filmo de stakhanoviste, assure l’essentiel. Sans plus … Même si sur celui-là, il s’y est pas mal investi, soi-disant parce que l’histoire à l’écran ressemblait en bien des points à la sienne … Le film ayant été un gros succès au box-office, McCarey a même gagné la statuette du meilleur réalisateur en 1938. Ma foi …
Le scénario est issu d’une pièce de théâtre, ce qui est assez flagrant au vu du film. Œuvre de l’à-peu-près inconnu Arthur Richman, retravaillée par les scribes de la Columbia, en l’occurrence Vina Delmar et Sydney Buchman, elle a déjà été tournée deux fois sans que ça déplace les foules au temps du muet, et le succès de la version de McCarey la verra à nouveau adaptée à moultes reprises, y compris en version comédie musicale … L’histoire de « Cette sacrée vérité » n’est pas vraiment un sommet d’étude psychologique, dans ce couple Warriner qui bat de l’aile, à tel point que le divorce est demandé et sera juridiquement effectif  trois mois plus tard. Le film nous montre alors les étranges pas de deux à la « Je t’aime moi non plus » des futurs divorcés le temps de la période probatoire. Un amusant jeu de séduction sur le tard alors que tout semble dit, au prix de situations rocambolesques, de quiproquos et subterfuges divers, entrecoupés de gens plaqués derrière des portes. Du théâtre de boulevard tout ce qu’il y de classique, avec un final évident (c’est aussi la partie la plus bâclée, en roue libre au niveau écriture) que tout le monde devine au bout de dix minutes … Mais pendant plus d’une heure, les bonnes répliques fusent et s’enchaînent sans aucun temps mort, toutes empreintes de cet humour et de cette finesse so british, bien que le film soit totalement américain …
Mr & Mrs Warriner ... & Mr Smith (le chien)
Bon, y’en a bien un de British dans le lot … Et pas le moindre. Cary Grant, star en devenir (il a déjà cartonné au box office) livre ici une de ces performances d’acteur qui font date. Absolument irrésistible tout en étant d’une économie de jeu remarquable (on n’est pas chez De Funès, if you know what I mean …), enchaînant répliques et postures loufoques sans se départir un instant de son flegme de grand bourgeois (le couple Warriner fait partie de la haute société new-yorkaise), sa présence est un ravissement de tous les instants et une leçon à méditer pour tous les acteurs prétendus comiques.
Ralph Bellamy, Cary Grant & Irene Dunne au restaurant
Une performance qui tire tout le casting vers le haut. Son ex (Irene Dunne), également coureuse et volage, partage avec lui les gros caractères en haut de l’affiche, est un peu en retrait dans les strictes scènes de comédie, mais se rattrape lors de courtes séances de danse ou de chant mémorables. Les seconds rôles, galerie de personnages pittoresques, reprennent toute la galerie de portraits classiques de la comédie de boulevard. Défilent tour à tour les maîtresses de Grant (de la nunuche chanteuse de restaurant, à la très coincée héritière de grande famille), les amoureux de Dunne (le mondain transparent, le riche plouc de l’Oklahoma chaperonné par sa désagréable mère) … Sans oublier la vieille tante bringueuse de Dunne ou le chien du couple, principal objet de querelle du divorce et dont ils obtiennent la garde alternée …
Il y a des scènes où pas une seconde n’est à jeter, les deux plus mémorables étant une rencontre au restaurant entre les deux « divorcés » accompagnés de leur prétendant du moment, l’autre quand Irene Dunne s’invite chez la future belle-famille de son futur ex-mari en se faisant passer pour sa sœur …

Un bon vieux film comme on aimerait en voir plus souvent …


MIKE NEWELL - QUATRE MARIAGES ET UN ENTERREMENT (1994)

La comédie des années 90?
C’est du moins ce que tous les intervenants (réalisateur, scénariste, acteurs, …) s’échinent à répéter dans les bonus du BluRay. Comme s’ils avaient pas gagné assez de pognon avec ce film, qu’ils aient besoin de s’auto-congratuler pendant deux heures …
Même si moi, globalement, je suis preneur, les superlatifs dithyrambiques en moins.
Richard Curtis & Mike Newell
« Quatre mariages … » est une gentille comédie. Anglaise jusqu’au bout des traînes de mariée, faut-il préciser… Ce qui veut dire que c’est un peu plus subtil qu’un film avec Clavier. Ou Dany Boon. Un peu plus recherché niveau humour, si vous voyez ce que je veux dire. Maintenant, de là à mettre ce film au Panthéon du septième art …
Le scénario est aux abonnés absents, le film étant une succession de sketches, de « tableaux », rythmés à l’écran par des cartons d’invitation, avec des personnages et des gags récurrents. Derrière la caméra, le tâcheron Mike Newell, qui hormis ce coup d’éclat accumulera une quantité impressionnante de navets (il finira même, alors que « Quatre mariages … » l’a mis à l’abri du besoin pour des siècles, par tourner un « Harry Potter » et un « Prince of Persia », c’est tout dire …). Le scénariste Richard Curtis lui par contre enquillera les (très gros) succès par la suite (les « Bridget Jones », « Love actually », « Good morning England », et plein d’autres). Même si les gags sont la plupart du temps efficaces dans « Quatre mariages … », c’est pas non plus un chef-d’œuvre d’écriture, tout y est prévisible et cousu de fil blanc.
Le casting
« Quatre mariages … » est une comédie romantique, pleine de bons sentiments. Qui essaie quelque peu minablement de faire chialer le spectateur lors de l’enterrement, en ne rechignant devant aucune grosse ficelle du pathos bon marché. A mon sens, ce film ne tient que par les acteurs. Et ils ont du mérite, parce que tout a été mis en boîte en trente cinq jours, avec un petit budget. Et une grosse partie des pépettes a servi au cachet d’Andie McDowell, seule « star » au départ du générique, quasiment oscarisable après avoir enchaîné une poignée de films au succès critique et public (« Sexe, mensonge & vidéo », « Green card », « Hudson Hawk », « The player », « Un jour sans fin »). Et pour autant, elle n’éclabousse pas le casting de sa classe, assurant le minimum dans le rôle de la fausse ingénue romantique souriante.
Le reste de la distribution fait par contre feu de tout bois. Sans doute parce qu’ils ont davantage à prouver. Hugh Grant en tête. Excellent, il va avec ce film devenir le gendre idéal de cette fin de siècle (enfin, jusqu’à ce qu’il se fasse serrer par les keufs de L.A. pour relation sexuelle orale avec une prostituée). Il n’était pourtant au départ qu’un choix par défaut, considéré par beaucoup comme un acteur « perdu » (dix ans de carrière et à peu près autant de bides) et surtout, pas un acteur comique. La star de « Quatre mariages … », c’est Hugh Grant. Bien mis en valeur par une ribambelle de seconds rôles pétillants, Kristin Scott Thomas en vieille fille amoureuse transie, Simon Callow en homo débonnaire et excentrique, son « ami » John Hannah, et toute une galerie de personnages fugitifs à l’écran mais parfaitement au service de la simili-intrigue … Plus une pige (dispensable à mon sens, même si sa scène est réellement comique) du pote à Curtis ou Newell (je sais plus) Rowan Atkinson alias Mr Bean à la télévision britannique, ici en curé bafouilleur. Plus Tatie Elton John qui fut réquisitionné pour pousser une paire de roucoulades dans la BO, le film pouvant être perçu (avec beaucoup d’imagination) comme servant positivement la cause homosexuelle, sérieusement malmenée jusque là par la décennie AIDS. Curtis ne reculant devant rien, affirme même que le film est porteur d’espoir ( ? ) pour la communauté gay à l’opposé de « Philadelphia » ( ? )…
Ils faillirent se marier et avoir beaucoup d'enfants ...
Le montage de « Quatre mariages … » une fois terminé, Newell a dû en raboter une demi-heure, le film étant jugé bien trop long par les distributeurs (certaines scènes coupées visibles dans les bonus étaient quand même pas mal). Il fut choisi de sortir le film d’abord aux USA (Andie McDowell, la plus connue au casting devant servir de locomotive). Les premiers visionnages, par les critiques et un public test, furent plutôt mauvais. A tel point que Newell réunit à nouveau tout son casting à Londres pour une séance photo, dont les clichés seront le final du film (parce que toute cette fine équipe avait oublié de montrer tout ce que devenaient les protagonistes secondaires).
Le succès populaire fut phénoménal aux States (il a fait tomber quelques records de recettes au box-office), avant par effet boule de neige de récolter un triomphe en Angleterre et en Europe…

Aujourd’hui, reste un film plaisant, qui supporte bien l’épreuve du temps, pour sourire en famille.


VOLKER SCHLÖNDORFF - LE TAMBOUR (1979)

Tambour majeur ...
C’est pas être trop mesquin pour lui que de rappeler  que c’est « Le tambour » qui vaudra à Volker Schöndorff d’avoir une rubrique dans toute encyclopédie du cinéma qui se respecte. Non pas que le reste de sa carrière ait été minable, y’a même quelques pelloches assez connues des amateurs de séances nocturnes des chaînes « culturelles », mais bon, « Le tambour » enterre quand même un peu tout le reste de sa filmographie…
Parce qu’on parle pas là d’un petit film sympa venu d’une Allemagne qui commençait à se relever cinématographiquement parlant, mais d’un truc qui a partagé une Palme d’Or à Cannes avec rien de moins que « Apocalypse now ». Certes les distinctions n’engagent que ceux qui les décernent, mais y’a des références qui trompent pas …
Volker Schlöndorff & David Bennent
Schöndorff, c’est classique du cinéma allemand des 70’s, avec le traumatisme à expier de la période nazie, comme dans un autre registre Fassbinder (y’avait aussi Werner Herzog, mais lui était à l’Ouest, pas par rapport aux deux Allemagne, mais à l’Ouest vraiment, quoi …), ces réalisateurs qui situent souvent leurs œuvres dans cette période noire de leur Histoire, et un peu aussi de celle de tout le Monde, d’ailleurs …
L’essentiel du « Tambour » se situe à Dantzig, en Pologne au début des faits, et couvre la période 1935-1945. Mais les évènements historiques, s’ils influent évidemment sur l’intrigue, ne servent que de marqueurs. « Le Tambour » n’est pas un film politique ou historique. C’est une somme de plus de deux heures vingt, axée autour d’un personnage principal et de ses pérégrinations dans cette période troublée. « Le tambour » est une fresque bizarre, picaresque et sans trop d’équivalents. A part « Barry Lyndon » avec lequel je perçois beaucoup de similitudes. Sauf que chez Kubrick le héros est un indolent qui traîne son apathie au milieu d’intrigues et de personnages hauts en couleurs. Le héros du « Tambour » est par contre celui qui agit sur l’histoire de ceux qui l’entourent. « Le Tambour », c’est Oskar. Qui d’entrée démarre dans la vie avec un petit problème, il a bien une mère, qui est un peu volage, et se retrouve avec deux pères. Oskar n’est pas très à l’aise dans ce cocon familial assez particulier (c’est lui le narrateur du film), d’autant qu’à ses trois parents s’ajoutent des ancêtres pour le moins atypiques. Le jour de ses trois ans, Oskar décide de ne plus grandir, et « suicide » sa croissance en se jetant dans un escalier. Il en réchappe et son vœu sera exaucé. Dorénavant, Oskar gardera la taille d’un gamin de trois ans.
Scène de ménage à trois ...
Il convient à cet effet de saluer la performance du jeune suisse David Bennent, un enfant de la balle (père acteur et mère danseuse), qui bien qu’âgé de treize ans au moment du tournage, a lui eu réellement des problèmes de croissance et paraît beaucoup plus jeune. Et Bennent porte le film sur ses épaules, est quasiment à l’image tout le temps et sert une prestation d’acteur de haut niveau, ne se contentant pas des quelques mimiques qui sont souvent le lot commun des tout jeunes acteurs. D’autant qu’Oskar aura une enfance pour le moins singulière, faut vraiment jouer, être acteur, pour rendre tout cela correctement. Bien aidé d’ailleurs par le reste de la distribution, avec mention particulière pour un épatant Mario Adorf (un des deux pères) et un Aznavour qui dans un second rôle livre ce qui doit être sa meilleure prestation devant une caméra …
Charles Aznavour & Angela Winkler, excellents
On suit Oskar, tout de même un peu caractériel dans sa découverte du monde des adultes, des nazis, des phénomènes de cirque, de la guerre, de l’amour, de la mort dans une sarabande très tongue-in-cheek. Même si parfois on frôle des délires montypythonesques quand Oskar et son tambour font perdre le rythme aux musiciens nazis et le discours-parade de propagande se transforme en bal populaire au son d’une valse de Strauss. Ah, parce que je vous pas dit, Oskar en pince pour les tambours d’enfants, et ne se sépare jamais du sien quelles que soient les circonstances, comme un fil rouge un peu crétin de sa vie. Le regard naïf d’Oskar sur le monde des adultes et leurs vicissitudes n’empêche pas à l’occasion des réflexions d’une justesse cruelle et terrifiante, ainsi à propos de la montée du nazisme et du soutien populaire dont il bénéficiait dans les années 30 : « Un peuple crédule qui croyait au Père Noel. En réalité le Père Noel était le préposé au gaz. »
La monstrueuse parade ?
« Le tambour » est adapté d’un bouquin à succès de l’écrivain allemand Gunther Grass. Un livre réputé inadaptable, mais le challenge a été relevé avec brio par Schöndorff et Jean-Claude Carrière, et le film, un des plus gros budgets du cinéma allemand est in fine une œuvre cosmopolite dans lequel financement, personnel technique et acteurs, sont issus de multiples nationalités. Le tout produisant une œuvre d’une justesse et d’une précision souvent bluffantes. On sent en Schöndorff l’amoureux et le connaisseur de ses classiques, louvoyant avec talent entre sérieux, ironie et hommages référencés (les séquences avec les nains de cirque renvoient immanquablement au « Freaks » de Todd Browning), évitant les effets faciles ou racoleurs (l’histoire d’amour entre Oskar et Maria, la servante de son père).

Le postulat de départ du film, cette histoire d’enfant qui « refuse » de grandir, est bien légère, mais « Le Tambour » soutenu par un scénario en béton qui nous emporte dans les méandres d’une époque pour le moins difficile sans temps mort ni répit, est captivant de bout en bout. L’exemple du film tout-public, et qui permet une lecture à tous niveaux …


ROB REINER - THIS IS SPINAL TAP (1984)

Top ...
2014. Le rock a pile poil soixante ans. Et putain il fait son âge …
1984. Le rock a pile poil trente ans. Et putain ça commence à merder sévère… On ne brûle plus depuis longtemps les skeuds d’Elvis (tout juste si quelque prêcheur baptiste fait des feux de joie avec ceux d’AC/DC sous les sarcasmes généraux), le rock est devenu mainstream et surtout un vaste bizness. Les comptables et les directeurs de marketing ont pris le pouvoir dans les maisons de disques, toute une industrie lourde se met en place pour vendre de la « musique du Diable » formatée, ne lésinant sur l’emploi d’aucune grosse ficelle pour attirer le chaland.
Smalls, Tufnel, Saint Hubbins & DeBergi
C’est dans ce contexte que paraît « Spinal Tap », le film définitif sur le monde du rock. Pourquoi « Spinal Tap » est définitif ? Parce qu’il appuie là où ça fait mal, et là où ça fait rire. L’idée de génie de son réalisateur, l’inconnu Rob Reiner est de présenter son film comme un documentaire (documenteur ?, rockumentaire ?), sur une tournée américaine d’un groupe de hard anglais au creux de la vague, Spinal Tap.
« Spinal Tap » est un film qui se mérite, faut avoir auparavant lu, écouté, vu, des interviews de musiciens, leurs disques, leurs VHS. Faut une « culture » de base de la chose rock et du rock’n’roll circus qui gravite autour. Evidemment, le but du jeu, à travers les situations loufoques et les scènes devenues cultes, est de rechercher « qui sont » vraiment Spinal Tap. Ben, Spinal Tap, c’est Spinal Tap … Autre coup génie de Reiner et sa clique, c’est de faire des décennies après comme si Spinal Tap existait. D’ailleurs Spinal Tap existe, ils sortent des disques, ont joué (et pas en playback) au Live Aid, ou au Royal Albert Hall, comme on peut le voir dans les bonus du BluRay. Un peu le principe des poupées gigognes appliqué au groupe Spinal Tap, il y a toujours un gag dans le gag, et ça semble sans fin.
Un effet scénique avorté dans l’œuf
Rien ne fonctionnerait dans ce film si les acteurs n’étaient pas des musiciens, ce sont eux qui ont composé et jouent leurs titres. Définitivement, Spinal Tap existe réellement, quel que soit le niveau de la caricature offerte. Et le monde du hard-rock (qui domine les charts et les ventes au début des années 80) fournit un cortège d’attitudes, de codes, de lieux communs qui deviennent jubilatoires. On retient bien sûr de « Spinal Tap » les vannes majeures (l’ampli qui va jusqu’à onze, les « Hello Cleveland » braillés alors que le groupe se perd dans les coulisses, la courgette enveloppée dans du papier alu dans le slip, et quantité d’autres …). Mais dans « Spinal Tap », tout est détourné, chaque situation, chaque plan, chaque image, touchent au subliminal.
Spinal Tap, le groupe, est anglais. Ça évite de froisser quelques susceptibilités chez les Américains, a priori peu portés sur l’auto-dérision. Et pourtant, Nigel Tufnel, le guitariste brun, tire la langue comme Gene Simmons de Kiss, accroche une ribambelle de médiators au pied de micro comme Hendrix ou Joe Perry, a le contour des yeux maquillés comme Alice Cooper, … Nick Saint-Hubbins, le chanteur-guitariste blond, évoque immanquablement Robin Zander de Cheap Trick, David Lee Roth des Van Halen mais aussi Peter Frampton (anglais certes, mais qui a écoulé les millions de son « Comes alive » quasi uniquement aux States) … Le nom du groupe avec le tréma sur le « N » (putain comment on fait pour l’écrire avec Word ?) renvoie certes à Motörhead (et le basssite à Lemmy), mais aussi à Mötley Crue et Blue Öyster Cult. Certes les analogies avec de vrais groupes anglais dominent, mais il est amusant de constater que parmi les intervenants dans les bonus, tous sont Américains et se focalisent sur les Anglais. Certains « spécialistes » affirmant que le modèle de Spinal Tap serait Saxon, ce qui est quelque peu réducteur. Certes personne dans Saxon n’était candidat au prix Nobel, mais ils étaient pas plus cons que … les autres en fait, et depuis on en a vu des crétins terminaux se lancer dans le gros riff qui déchire sa race (non, pas de noms, on en finirait jamais de citer des abrutis en pantacourts). Autrement dit, si les Spinal Tap sont présentés comme des zozos un peu limités, peu dans les générations suivantes ont retenu la leçon et s’embourbent à qui mieux-mieux dans le ridicule. Suffit de voir dans les bonus les Kings Of Leon, encore bourrés et / ou défoncés de la veille, ne pas se rendre compte qu’ils livrent une interview plus spinaltapienne que les originaux …
Les grandioses décors de Stonehenge
L’histoire et le scénario de « Spinal Tap » tiennent sur l’ourlet d’un string de Nabila, mais chaque image, chaque mot, chaque regard des acteurs, renvoie à quelque chose de vu ou entendu chez d’autres. La caricature aurait pu se limiter à la mise en ridicule du hard-rock bas de gamme, genre quand même un peu neuneu. Même pas, les dieux vivants du rock en prennent aussi. Si Tufnel qui joue de la guitare avec un violon, c’est pas une allusion à l’archet de Jimmy Page sur « Dazed & confused », je veux bien prendre un abonnement pour le prochain Hellfest. Si le même Tufnel qui reste bloqué en se roulant par terre pendant son solo, c’est pas du foutage de gueule d’AC/DC et des Scorpions, si sa collection de guitares et son air perpétuellement maussade, c’est pas tout repiqué sur Jeff Beck, si la double basse de Derek Smalls c’est pas « inspiré » direct du crétin congénital Chris Squire de … Yes (c’est bien, vous suivez) qui lui en avait trois empilées (pour en faire quoi, on ne saura jamais), si la courgette ça vient pas de Jagger qui pendant la tournée « Some girls » avait l’habitude de glisser une bouteille de Coca sous sa braguette, si … etc, etc … Avec son aspect j’menfoutiste tourné avec les pieds, « Spinal Tap » révèle de nouveaux trésors à chaque visionnage, ou a contrario, on lit une anecdote, on voit un clip ou une interview, et bingo, on comprend les codes d’un plan de « Spinal Tap ».
Problème de courgette à l'aéroport
Les musiciens sont au centre de l’attention, évidemment, mais tous les personnages qui gravitent autour sont des caricatures, à commencer par Reiner lui-même qui se met en scène en tant que Marty DeBergi, pseudo-journaliste nonchalant auteur du « documentaire », la femme de Saint Hubbins qui s’improvise manageuse (just like Sharon Osbourne avec son Ozzy) en remplacement d’un blondinet manieur de battes de cricket (Peter Grant ? ouais, mais le manager de Led Zep avait des méthodes bien plus brutales et n’était pas blond), les attaché(e)s de presse vils et veules, le patron de la maison de disques Polymer (que ceux qui n’ont pas compris la double vanne se fassent connaître, ils gagnent l’intégrale de Venom), avec pour ce rôle-éclair Patrick McNee … même Anjelica Huston fait une apparition de quelques secondes.
Reiner et ses scénaristes (les vrais-faux membres de Spinal Tap) montrent qu’il maîtrisent parfaitement un genre qui tient l’essentiel du film, et qui nous montre le présent du groupe. Mais la pseudo-histoire de Spinal Tap qui sert de fil rouge vaut aussi le détour, avec sa kyrielle de batteurs maudits (dont celui écrasé par sa tondeuse, l’autre victime d’auto-combustion sur scène, un troisième étouffé par du vomi, mais pas le sien !!!) les faux clips garantis imitation vintage (la bubblegum pop à la Herman Hermit’s, et la pop psychédélique très Buffalo Springfield – Byrds – Floyd de Barrett). La bande-son (originale évidemment, toujours par le même trio) s’amuse à pasticher Queen (« Fat bottom », hymne aux pétasses à gros cul), les groupes de hair metal (« Hell hole »). Enfin comment passer sous silence le fabuleux concept de « Stonehenge » (encore plus fort que le fumeux jeu de mots de Ten Years After), son intro très « Nous sommes du Soleil » de … (remplacer les points par  des insultes, liste exhaustive souhaitée) Yes, ses délires celtico-tolkienens, ses grandioses décors de 60 centimètres (running gag, lors du vrai concert donné par le faux groupe au Royal Albert Hall, le menhir trop monumental cette fois ne peut pas rentrer dans la salle) …

En conclusion, parce que je pourrais y passer des heures, il y a dans la vie de tout mélomane à la con (le type qui écoute du rock, quoi, et qui croit que c’est de la musique géniale faite par des génies), un avant et un après « Spinal Tap ». La fin du temps de l’innocence, en quelque sorte …


Du même sur ce blog :


RON SHELTON - DUO A TROIS (1988)

Tout ça pour ça ?
Y’a pourtant du lourd au casting … Deux stars confirmées (Kevin Costner et Susan Sarandon), et une star en devenir (Tim Robbins). Le réalisateur, par contre, faut chercher, son nom est écrit en tout petit au verso du Dvd. Un certain Ron Shelton, dont c’est le premier film. Et dont la spécialité se révèlera être le film « sportif », et le sport de prédilection le base-ball.
Ron Shelton
Oh putain le base-ball … faut vraiment être américain profond pour s’intéresser et comprendre quelque chose à ce machin, aux règles aussi simples qu’une notice de montage d’un meuble en kit (pléonasme) Ikea. Autant dire que « Bull Durham » (le titre original, du nom des Bulls, l’équipe locale de Durham, Caroline du Nord) ne cherche pas à être apprécié ailleurs qu’aux States.
L’intrigue sportive est cousue de fil blanc. L’équipe de Durham prend branlée sur branlée, mais possède dans ses rangs un jeune surdoué simplet et chien fou (Calvin LaLoosh / Robbins). L’équipe recrute un ancien joueur de haut niveau (Crash Davis / Costner) pour l’associer à sa présumée future star, l’encadrer et la former. Les deux ne s’apprécient guère, vont finir par devenir potes, et la litanie de défaites se transformera en série de victoires. Parallèlement, les deux seront en concurrence pour se taper une enseignante groupie de l’équipe (Annie Savoy / Sarandon). En principe, le résultat se doit d’être une comédie romantique peu consommatrice de neurones pour public familial …
Dans les faits, c’est un peu moins pire que prévu. Derrière les grosses ficelles et grimaces de seconds rôles aussi prévisibles que des vacances pluvieuses en Bretagne, les trois têtes d’affiche se livrent à quelques numéros d’acteurs en roue libre (le dénommé Shelton n’est pas du genre à imprimer son style, si tant est qu’il en ait un). On voit donc Costner faire sa mine sérieuse de cocker triste, Sarandon écarquiller ses yeux de biche - daurade (rayer la mention inutile) dans quelques scènes (volontairement) assez drôles. Tim Robbins, dans son rôle de baraqué idiot s’en donne à cœur-joie, et c’est marrant de le voir avec son brushing (on est dans les années 80, ça se voit), ses tee-shirts Iron Maiden ou Motley Crue, massacrer à la guitare acoustique « Try a little tenderness », ou qualifier Edith Piaf de « putain de chanteuse mexicaine à la con ». Sans compter une apparition en slip et porte-jaretelles et son air ébahi quand Sarandon lui cite du William Blake (moi j’ai vu « Dead man » de Jarmusch et je sais qui est William Blake).
Sarandon, Robbins & Costner
Curieusement, alors que Shelton est un débutant et que même la MGM qui produit ne devait pas trop se faire d’illusions sur le rendu final, le scénario et les dialogues ont été travaillés (le film a reçu de nombreuses récompenses de seconde zone pour ces deux aspects), et on a droit notamment à des cours de communication pour les interviews de sportifs, avec réponses lénifiantes en triple langue de bois que ne renieraient pas nos sportifs de « haut niveau » … un ange passe, balafré et lunaire tel Frank Ribéry …
Signalons aussi que côté bruits de plumard, si dans le film Sarandon hésite entre Costner et Robbins, dans la vraie vie, Robbins et Sarandon se sont rencontrés sur ce film, se sont mariés et ont eu beaucoup d’enfants (enfin, deux, semble t-il)
Enfin, la B.O. est pas mal, normal on y entend (en plus de la crécelle Piaf) Creedence et Ike & Tina Turner …

P.S. Ce film n’a rien à voir avec « Duo à trois », autre comédie romantique sortie en 2011.


ETIENNE CHATILIEZ - LA VIE EST UN LONG FLEUVE TRANQUILLE (1988)

"Filmé avec les pieds ..."
C’est Chatiliez lui-même qui le dit. Réalisateur de publicités, « La vie … » est son premier long métrage. Pour lequel il a eu pas mal de problèmes pour trouver un financement (y’en a quelques-uns qui ont du s’en mordre les doigts jusqu’aux coudes, vu le carton commercial réalisé). Alors c’est fait avec les moyens du bord. Low budget, en décors naturels, et pas de mouvements sophistiqués de caméra.
Gélin & Hiegel
« La vie … » est une comédie tout public certes. Mais d’une férocité et d’une finesse jubilatoires. Tout le monde morfle, les prolos, les bourges, les jeunes, les vieux, les cathos, les notables, … Car avant d’être un film, « La vie … » est un scénario longtemps peaufiné par Chatiliez et Florence Quentin, et une minutieuse préparation du tournage. Débutant peut-être Chatiliez, mais pas dilettante, la moindre réplique, le moindre vêtement ou accessoire ne sont pas là par hasard. Et alors que dans la plupart des comédies grand public, tout le monde cabotine ou improvise, toute la gestuelle, toutes les répliques, étaient écrites.
Il y a dans « La vie … » une galerie de portraits exceptionnelle, tellement caricaturaux qu’ils ont l’air plus vrais que nature. Bien sûr, on peut trouver des similitudes avec le style Hara-Kiri (le côté foune-scato dans lequel se vautraient souvent complaisamment Choron et sa clique en moins), ou certaines BD « sociales » de Reiser, Wolinski (toujours la connexion Hara-Kiri), les Bidochon de Binet. En plus, dans « La vie … », il n’y a pas vraiment de héros ou de personnage principal. Trop difficile selon Chatiliez de tout faire reposer sur les épaules des enfants (en plus ils sont tous absolument débutants), même s’il sont le cœur de l’histoire. Il y a donc beaucoup de personnages secondaires, mais tous participent à la comédie globale.
Famille Groseille
C’est d’ailleurs  une relation extra-conjugale entre une infirmière (Catherine Hiegel) et un gynécologue (un énorme numéro de Daniel Gélin) qui est le point de départ de toute la mécanique du film, les deux ne sont présents que dans le premier quart du film (et dans la dernière scène, sur fond de « Paris en colère » par la très improbable Mireille Mathieu). Après une humiliation par son amant odieux, l’infirmière échange les berceaux de deux nouveaux-nés. L’un est de la famille Groseille (prolos, chômeurs, fainéants, alcoolos et vulgaires entre autres), l’autre de la famille Le Quesnoy (lui directeur régional EDF, aristo consanguin fin de race perclus de tics, elle grenouille de bénitier, les deux se vouvoient). Une dizaine d’années plus tard, et une énième humiliation plus tard, l’infirmière balance tout, à son amant, et aux deux familles. Les Le Quesnoy décident d’acheter aux Groseille leur véritable fils (Benoît Magimel), tout en gardant celle qui n’est pas leur vraie fille. L’occasion pour les Groseille (ils en sont pas à un gosse près, tout comme les Le Quesnoy, c’est une famille nombreuse) de flamber quelque temps avec ce pactole inespéré, qui les rend plus fainéants, plus alcoolos et plus vulgaires. Et chez les Le Quesnoy, la situation va vite se dégrader, sous l’impulsion du nouvel enfant arrivant, qui n’oublie pas d’où il vient …
Bouchitey, Vincent & Wilms
L’histoire, on s’en fout un peu, d’ailleurs dans le film, on ne peut pas dire qu’il y ait vraiment d’épilogue. C’est avant tout l’occasion de voir des tranches de vie des différents protagonistes, des dialogues fantastiques, lunaires, des mimiques désopilantes. Des répliques sont devenues cultes (l’enjoué « Le lundi, c’est raviolis », les fameux « La salope, la salope, … » de Daniel Gélin, l’inattendu « Vous me faites bander, Marielle » tout en haussements d’épaules incontrôlés de Le Quesnoy à sa femme totalement à l’ouest, ayant viré dépressive et poivrote, …). Les enfants sont plutôt bons (seul Magimel fera carrière par la suite, et dans une moindre mesure Tara Römer, son « frère » Groseille), leurs parents hilarants (André Wilms venu du théâtre subventionné et Hélène Vincent sont parfaits dans le couple Le Quesnoy, Christine Pignet – Mme Groseille truculente à souhait). Les seconds rôles ne sont pas en reste, avec mention particulière à Catherine Jacob (Marie-Thérèse, servante-Immaculée Conception des Le Quesnoy) et Patrick Bouchitey (le père Aubergé, curé obséquieux, et interprète de l’impérissable « Jésus reviens »).
Le film est fait avec des bouts de ficelle, la plupart des fringues vintage ayant été amenées par l’équipe, les figurants ou ceux qui n’ont qu’une brève réplique sont des techniciens du plateau ou des potes de Chatiliez. « La vie … » a été tourné dans le Nord (comme quoi, on peut y tourner des comédies autrement plus drôles que « Bienvenue chez les Ch’tis »), région d’où est originaire Chatiliez, pour ne pas ajouter au stress du premier film celui du dépaysement.
Et il est quand même réjouissant de constater, que même dans la fiction, des fils de bourges et de prolos peuvent se retrouver pour une séance de piscine (et de descente de bières) sauvage, ou dans un garage pour sniffer de la colle à rustines …
« Oh putain, Dédée elle en tient une bonne, elle va aller mettre la viande dans le torchon … ».
Film culte … et vraiment drôle …


CHRIS NOONAN - BABE, LE COCHON DEVENU BERGER (1995)

Film cochon ...
Y’a des soirées comme ça, où on hésite … Soit l’intégrale Bergman des années 70, soit un coffret Ozu au ralenti. Et puis, manière d’accorder un peu de RTT aux quelques neurones encore en état marche mais déjà bien fatigués qui restent, on revient vers des fondamentaux simples mais efficaces. Une comédie sans prétention, ou un film d’animation … Avec « Babe, … » premier de la série, on a les deux.

« Babe … » est un conte pour enfants. Au premier degré. Pas de message retors ou sournois, pas de message subliminal ou caché. Tout au plus peut-on y trouver quelques allusions à une vie campagnarde idyllique et allégorique (le retour aux fondamentaux de la nature, l’écologie bon enfant), et un militantisme végétarien qui ne mange pas de pain …
Vieux fermier et jeune premier
« Babe … » est une fable animale. Les animaux « humains » au milieu des vrais « humains ». Et comme toujours dans ce genre de films, c’est chez les animaux qu’on trouve le plus d’humanité, d’autant plus qu’ils « parlent » entre eux (par ici on connaissait, Patrick Bouchitey faisait ça depuis des années). L’intrigue est contenue dans le titre, un porcelet « au cœur pur » gagné à une tombola par un vieux fermier sympa, finit par devenir plus doué que les chiens de berger pour garder les troupeaux de brebis. En ayant failli passer à la casserole à plusieurs reprises, fait quelques bêtises, s’être conduit innocemment et héroïquement, avant l’apothéose et la consécration finales.
On passe une petite heure et demie sympa, au milieu de ces animaux qui parlent, d’un duo d’acteurs « typés » (le fermier, grand, sec et peu bavard, sa femme, petite, ronde et joviale, qui envisage les cochons uniquement du point de vue alimentaire), d’un trio de souris (de synthèse) qui commentent les intertitres annonçant les grands « chapitres » de l’intrigue (on les entend même chanter « Jingle bells » ou « Blue moon »), d’une silhouette nocturne de la ferme qu’on croirait dessinée par Tim Burton, de quelques mimiques caricaturales des humains …
Derrière tout çà, George Miller, le producteur et réalisateur de « Mad Max », film perçu lors de sa sortie comme un sommet de violence, le changement de style est ici radical. Le réalisateur de « Babe … » est un dénommé Chris Noonan, qui a oublié de faire parler de lui depuis. Mais le plus gros boulot concerne l’animation, qui fait cohabiter vrais animaux (18 porcelets « jouent » Babe) et animaux numériques dus à la société créée par le génial marionnettiste Jim Henson. Ce film a presque vingt ans, et bien difficile de faire la différence entre vrais et faux habitants de basse-cour. D’ailleurs cette adaptation d’un conte pour enfants australien à succès était envisagée depuis des années, et n’a été mise en chantier que lorsque les effets numériques ont été à la hauteur du résultat escompté.
Résultat sympa, même si on ne s’approche pas de la lecture à plusieurs niveaux de films comme la fabuleuse « Ferme des animaux », l’adaptation animée du féroce pamphlet anti-totalitaire d’Orwell.
Qualité du Dvd correcte, contenu plus que chiche, aucun bonus …
Bon c’est pas le tout je bavarde, je bavarde … serait temps de passer à table. Au menu, charcuterie et rôti de porc … Impeccable.



QUENTIN TARANTINO - INGLOURIOUS BASTERDS (2009)

Drôle de drame ...
Un des films les plus controversés, sinon le film le plus controversé de Tarantino…et un de ses meilleurs.
Le bon peuple cinéphile et érudit (les ceusses qui regardent le film du dimanche soir sur TF1 et Questions pour un champion) s’est offusqué devant pareille chose. Pour qui se prenait-il ce jeune gommeux américain de Tarantino, à bafouer l’Histoire majuscule, celle qui est dans les livres ? A nous montrer tonton Adolph criblé de balles en 44 dans un cinéma en feu parisien ? Et criblé de balles par, en plus, un commando de juifs américains plus sauvage que les hordes d’Attila et de Gengis Khan réunies, ayant auparavant dézingué et scalpé du soldat nazi à profusion dans des geysers d’hémoglobine ? 
Eli Roth & Brad Pitt
Bon, les constipés, ce que vous avez vu c’est un film. Pas les archives de l’INA des émissions d’André Castelot. Ça vous est pas venu à l’esprit que le cinéma c’était fait pour raconter des histoires, faire rêver, passer du bon temps ? Et que ça n’a pas à être vrai, véridique ou vraisemblable. Vous avez été troublés de voir les flots de la Mer Rouge s’ouvrir devant Moïse dans « Les Dix Commandements », et ensuite se refermer pour engloutir l’armée égyptienne ? Vous croyez que tout dans « Spartacus », « Ben Hur », ou le « Napoléon » d’Abel Gance est rigoureusement exact ? Et vous croyez que dans les années 40 en France, c’était comme dans « La grande vadrouille » ou « On a retrouvé la septième compagnie » ?
En plus, j’ai l’impression que vous tombez mal avec Tarantino. Parce qu’il a bossé comme un forcené sur son scénario, et qu’il prouve dans les bonus du BluRay que l’histoire – la vraie – de la Seconde Guerre Mondiale, il la connaît aussi, beaucoup plus que ce que vous croyez …
« Inglourious basterds », c’est une comédie. Noire, sordide, macabre, de mauvais goût, si vous voulez. Mais une fuckin’ géniale comédie, pleine de clin d’œils, d’allusions, … et de non-dits, même si ça jacasse encore plus vite que les rafales de mitraillette. Un film de fan (plus encore que tous ceux de la Nouvelle Vague, Tarantino est avant d’être un réalisateur un dingue de cinéma). Et puis, quand les répliques deviennent plus posées, on a de grands moments de cinéma. Avec trois scènes de bien vingt minutes, celle de la ferme qui débute le film, celle du restaurant, et celle de la taverne (et encore ces deux dernières ont été raccourcies au montage). Des sommets de suspense, avec une tension qui n’achève jamais de monter. On sent que ça va mal finir, c’est inéluctable, et dans la ferme ça finit effectivement très mal. On s’attend donc au pire au restaurant, et … surprise, ça se « passe » bien. Du coup, dans la taverne, on ne sait plus à quoi s’attendre, et là, on va en avoir pour notre argent … Clouzot ou Hitchcock, et encore plus Leone (tant les références à son cinéma sont nombreuses, de la lenteur des scènes-clés à la musique de Morricone, très présente dans la B.O.) auraient approuvé, Fincher devra se surpasser …
Christoph Waltz
« Inglourious basterds », au moins autant qu’un film d’action sur la guerre (le premier du genre de Tarantino) est un film sur le cinéma. Et là bizarrement, on a pas lu trop de grincheux surenchérir sur l’exposé du cinéma d’époque, surtout allemand, les liens que certains acteurs ou réalisateurs ont eu (ou pas) avec le régime nazi, le cinéma de propagande de l’époque. Le film c’est pas toujours de l’uchronie, là c’est la leçon du fan et du connaisseur. Et je suis prêt à parier que l’œuvre de Leni Riefenstahl n’a pas de secrets pour Tarantino. Le film dans le film (« La fierté de la Nation ») est un petit bijou (réalisé non par Tarantino, mais par Eli Roth, celui qui joue dans le film Donowitz, le « bâtard » à la batte de base-ball). Coupé aux deux-tiers au montage, il pastiche les films de Goebbels, ceux de la propagande stalinienne, et même avec un landau sur une place mitraillée le « Cuirassé Potemkine ») Et comme le film est un fake, on a droit dans les bonus à un génial fake de making-off. Clairement, « Inglourious basterds » est un film sur le cinéma. Une bonne part de l’histoire se passe dans un cinéma et y trouve en partie son épilogue. L’agent double allemand (un des meilleurs rôles de Diane Kruger) est une actrice allemande, le commando des Bâtards s’infiltre dans le cinéma en se faisant passer pour équipe technique et un réalisateur italien, …
Diane Kruger & Michael Fassbender
Et là, dans cette Tour de Babel des nationalités présentes à l’écran, réside une autre trouvaille assez formidable de Tarantino. On passe sans arrêt d’une langue à l’autre, et évidemment, les polyglottes finissent par paraître tenir les atouts maîtres de l’action. Et le personnage central du film, à peu près le seul lien entre des histoires dans l’histoire menées en parallèle, est le formidable acteur allemand Christoph Waltz. Qui incarne le colonel nazi Landa surnommé le « chasseur de Juifs », raffiné, sadique, machiavélique et cruel, qui jongle entre allemand, anglais, français et italien, tout en assurant un jeu plein d’acteur, tout en regards, poses, mimiques, et gestes d’une justesse absolue. Quasiment inconnu, c’est lui l’acteur de premier plan du film. Il éclipse à mon avis un Brad Pitt pourtant concerné et intéressant en leader du commando juif. C’est pourtant Pitt qui est en avant sur toute la promo du film (les affiches notamment), à la tête d’un casting international très fourni en second rôles. Et ce sont ces seconds rôles qui font toute la richesse du film, sans obscurcir l’intrigue. Dans les bonus, Pitt et Tarantino (interview plus souvent en roue libre que réellement intéressante) ne tarissent pas d’éloges sur un autre quasi inconnu qui ne va pas le rester (Michael Fassbender, dans le rôle d’un officier anglais qui rejoint les Bâtards). Mais on trouve également dans la distribution Myke Miers, pote de déjante de Tarantino, et toujours au rayon hommage (hommage et vengeance sont les deux moteurs du cinéma tarantinien), la participation de Bo Svenson et Enzo Castellari, respectivement acteur principal et réalisateur d’un nanar italien de série Z (y’a Michel Constantin qui y joue, c’est dire …) dont s’est inspiré Tarantino (en fait d’une seule scène) pour le scénario de « Inglourious … ». Anecdote : Castellari a fait cadeau de ses droits à Tarantino à la condition d’avoir une réplique dans le film, c’est lui l’officier nazi au premier rang du cinéma qui crie « Au feu ! » quand l’écran s’embrase …
En fait, la seule dans ce casting qui me semble un peu en dedans, c’est Mélanie Laurent (Soshana, jeune juive dont la famille a été massacrée par Landa et ses hommes). Même si elle incarne la vengeance implacable, quasi rituelle (la scène  du maquillage en forme de peinture de guerre indienne, avec en fond sonore le « Cat people (Putting out fire) » de Bowie et Moroder), on a l’impression qu’elle ne « s’amuse » pas sur ce film, alors que tous les autres semblent s’en donner à cœur-joie …
Mélanie Laurent
« Inglourious basterds » est un film qui fourmille de détails qui eux-mêmes peuvent renvoyer à d’autres thématiques. L’une d’entre elles, qui revient comme un fil rouge subliminal a trait aux Indiens d’Amérique  (Raine – Brad Pitt a un peu de sang indien, le rituel du scalp des Bâtards, le maquillage de Mélanie Laurent, une carte à deviner dans une scène coupée de la taverne porte le nom d’un chef Indien). D’autres détails des personnages restent sans réponse : pourquoi la cicatrice autour du cou de Raine ? Pourquoi à tout prix identifier par des flèches et des incrustations à l’écran les hauts dignitaires nazis dans le cinéma alors qu’à ce moment on est en totale fiction historique?
« Inglourious basterds » (l’orthographe bizarre du titre vient de l’accent en V.O. de Pitt, mais aussi pour éviter la confusion avec le film italien de Castellari, sorti aux States sous le nom de « Inglorious bastards ») fait pour moi partie du quarté majeur de Tarantino avec « Reservoir dogs », « Pulp fiction » et le Volume I de « Kill Bill ».
Un film à visionner obligatoirement en V.O. sous-titrée pour prendre la mesure de tout le jeu de langage des acteurs. Il existe un coffret métal à prix dérisoire contenant le film en BluRay et en Dvd, ainsi que le Dvd du film italien de Castellari. Qualité du BluRay excellente, mais bonus de l’ensemble un peu chiches …


Du même sur ce blog :
Kill Bill Vol. 2