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RICHARD ATTENBOROUGH - GANDHI (1982)

Peace & love ...
« Gandhi » c’est le film d’une vie. Celle du petit Indien moustachu qui a conduit à travers un parcours humain et politique hors norme son peuple et son pays à l’Indépendance. Mais aussi celle de Richard Attenborough qui a tourné un des meilleurs biopics de tous les temps …
Au début des années 30, Attenborough a une dizaine d’années. Son père l’emmène au cinéma. Dans les courts-métrages d’actualité, un reportage sur un voyage en Angleterre de Gandhi. Ce petit mec en pagne dans les frimas britanniques provoque l’hilarité de la salle. Attenborough n’en croit pas ses yeux et encore moins ses oreilles quand son père lui souffle que cet homme dont le bon peuple se moque est des plus grands de l’humanité. Le petit garçon est fasciné à vie par cet étrange personnage. Trente ans plus tard, Attenborough est devenu un bon acteur de second plan, se rend compte qu’il ne sera jamais David Niven ou Peter Sellers, passe de l’autre côté de la caméra et décide de faire un film sur Gandhi.
Ben Kingsley & Richard Attenborough
Il mettra vingt ans pour mener son idée un peu folle à terme. Le projet est un peu barge, parce qu’Attenborough n’envisage pas exactement la chose comme un téléfilm fauché. Il lorgnerait plutôt du côté de David Lean et de ses gigantesques épopées filmées (« Lawrence d’Arabie », « Docteur Jivago »). La société de production qu’a montée Attenborough fera plusieurs fois faillite, il sera lui-même au bord de la banqueroute. Cependant, dès que son projet a été connu, un anglo-indien du nom de Motilal Kothari s’y est intéressé. C’est lui qui organisera les premiers voyages de Attenborough en Inde, où il finira par rencontrer Indira Gandhi qui lui fera obtenir un rendez-vous avec son père (non, pas Gandhi) Nehru, compagnon politique de Gandhi et premier ministre de l’Inde. Lequel est enthousiaste mais a d’autres chats politiques et financiers à fouetter. L’obstination d’Attenborough et d’Indira Gandhi, devenue ministre de l’Information puis Premier Ministre, finiront par décider des producteurs anglais de sortir les livres sterlings. Attenborough aura l’argent des British et toutes les facilités de tournage, l’accès à tous les lieux et documents concernant Gandhi en Inde …
Commence alors le plus difficile, faire le film … La seule chose que Attenborough a en tête, c’est de coller à la réalité, de Gandhi et de l’Inde. Cela passera par des reconstitutions minutieuses (des lieux, des trains qui rythment la vie et les déplacements dans le sous-continent, des costumes, …). Le challenge aussi sera de mettre en scène des personnages physiquement crédibles (Gandhi notamment, petit, courbé, moustachu, chauve, et son inamovible pagne) parce que les acteurs de ce pan d’Histoire sont quasi contemporains, on été à maintes reprises décrits, photographiés, filmés … La clé de voûte du casting (le personnage de Gandhi) est fournie à Attenborough par John Hurt qui vient d’auditionner pour le rôle principal (Hurt est grand et blond, y’aurait eu du boulot pour les maquilleurs …) et croise dans le couloir un acteur quasi inconnu surtout adepte du théâtre venu lui aussi auditionner. Hurt fait demi-tour, retourne voir son pote Attenborough et lui dit en substance qu’il vient de croiser le Gandhi qu’il cherche… Cet acteur, qui plus est anglo-indien, c’est Ben Kingsley qui trouvera là le rôle de sa vie. Kingsley est un Gandhi plus vrai que nature, complètement « possédé » par son personnage (il passera les mois de tournage quasiment toujours vêtu d’un pagne), qui en plus d’une ressemblance physique naturellement perceptible, s’appropriera tous les « tics » de Gandhi, de sa démarche à son anglais à l’accent « exotique ». Une statuette aux Oscars viendra récompenser sa performance.
Ben Kingsley vs Gandhi
Un acteur, aussi impliqué soit-il, ne fait pas un film à lui seul. La distribution, vaste patchwork (Anglais, Indiens, Allemands, Américains, …) cumule choix risqués et heureux pour le résultat. Attenborough est parti d’un postulat d’une logique implacable : des Indiens pour jouer des Indiens, des Anglo-saxons pour les Anglais. Avec toujours le même soin du détail historique, les acteurs, sans en être les parfaits sosies, seront des « copies » très acceptables de leur personnage (Rohini Attangadi qui joue la femme de Gandhi, Roshan Seth dans le rôle de Nehru, Saeed Jaffrey dans celui de Patel, et beaucoup d’acteurs de théâtre anglais très proches physiquement des personnages historiques qu’ils interprètent). Deux « valeurs sûres » sont aussi au générique. Candice Bergen qui depuis des années tannait Attenborough pour avoir un  rôle, et qui la gloire venue se contentera malgré tout de courtes apparitions dans le rôle d’une journaliste-photographe de « Life Magazine ». Et puis le cas Martin Sheen qui après les premiers rôles dans « Badlands » de Malick et « Apocalypse now » de Coppola n’a qu’un second rôle, celui également d’un journaliste américain, qui a rencontré Gandhi en Afrique du Sud et suivra le parcours et le périple de celui qui l’a d’entrée impressionné. Impressionné, Sheen le sera aussi par la beauté et surtout la misère fière de l’Inde. Il reversera l’intégralité de son cachet à des associations luttant contre la famine en Inde. Anecdote : « Gandhi » voit pour la première dans un générique le nom de Daniel Day Lewis (la petite frappe qui veut barrer la route de Gandhi et de son ami prêtre dans une ruelle d’Afrique du Sud). Et puis, parce que Gandhi s’adressait à une multitude (300 millions d’habitants aux derniers jours de l’occupation britannique) d’Indiens, en ces temps où le trucage numérique n’était même pas du domaine du rêve ou de l’utopie, il faudra à Attenborough des foules de figurants Indiens. La seconde scène du film (la première est celle de l’assassinat de Gandhi), les obsèques reconstituées de Gandhi, 34 ans jour pour jour après les « vraies » et au même endroit, réunira à peu près 400 000 figurants venus quasi spontanément. Trois minutes dans le film pour une scène légendaire par sa démesure. Dix neuf caméras, forcément une seule prise (on ne positionne pas plusieurs fois une telle foule), et les trois quarts des images bonnes pour la poubelle, notamment à cause d’enfants qui gesticulaient, dansaient et sautaient dans tous les sens, ne comprenant pas vraiment de quoi il retournait …
Les obsèques reconstituées de Gandhi
Une entrée en matière qui relègue les filmos de Griffith, Cecil B. DeMille, Lean et autres adeptes de foules en mouvement au rang de metteurs en scène intimistes. Cette scène initiale tranche avec la suivante et la solitude d’un Gandhi venu exercer ses talents de tout jeune avocat au sein de la communauté immigrée (et brimée) indienne en Afrique du Sud. Le reste du film sera dès lors strictement chronologique. Attenborough, même si on sent toute sa révérence et son admiration à celui qui deviendra Mahatma (littéralement Grande Âme) Gandhi, évite l’hagiographie béate. Gandhi n’est pas l’Elu, le Prophète, la divinité à la science infuse. Gandhi s’est construit face à l’adversité, opposant volonté et abnégation à toutes formes de force et d’injustice. De façon quasi intuitive, il créera les concepts qui ont fait florès chez tous les soixante-huitards-alternos-pacifistes all around the world, ceux de résistance passive, non-violence et de non collaboration … Sur la seule foi malgré son aspect chétif d’une force de caractère et d’un charisme hors normes (il en prendra souvent physiquement plein la gueule, et passera en tout six ans en prison), trouvant les mots ou l’attitude justes et déstabilisants pour ses interlocuteurs (cette scène où le juge anglais et toute l’assistance (anglaise) du tribunal se lèvent à son entrée alors qu’il comparaît (en pagne comme d’hab) pour rébellion à l’autorité).
Martin Sheen & Ben Kingsley
« Gandhi » est plein de scènes chocs. Celle où sous les coups de matraque répétés il se relève pour brûler les papiers de séjour infâmants de la communauté hindoue d’Afrique du Sud. Celle où des Indiens avancent par groupe de cinq vers une usine de sel gardée par l’armée et ne cherchent jamais à esquiver les bastonnades qui tombent sur eux, évacués et soignés par leurs femmes. Celle où un colonel anglais ordonne froidement et sans aucun état d’âme par la suite devant le tribunal militaire l’exécution d’une foule réunie pacifiquement (1200 morts et l’élément déclencheur, notamment par la couverture médiatique organisée par le journaliste joué par Martin Sheen du processus d’indépendance de l’Inde).
« Gandhi » est aussi plein de scènes de foule grandioses. Celle de ses obsèques bien sûr. Mais aussi celle de la première apparition de Gandhi à une assemblée du Parti du Congrès (5000 figurants sous une tente qui a bien failli leur tomber dessus). L’arrivée de Gandhi accueilli en héros en Inde après ses « aventures » sud-africaines. La Marche du Sel (Gandhi part à pied de son ashram pour aller récolter sur le littoral le sel surtaxé par l’administration anglaise, traversant le pays au milieu de foules de plus en plus colossales).
« Gandhi » le film est logiquement centré sur Gandhi l’homme. En évitant les pièges souvent inhérents à ce genre d’exercice, le portrait psychologique plombant et pénible, et l’escamotage du contexte souvent rendu de façon incompréhensible. Bon, le film dure plus de trois heures, on peut montrer plein de choses. Mais le talent, ou le coup de génie (sans lendemain) d’Attenborough, c’est d’avoir parfaitement rendu la situation complexe de l’Inde. Régie par une administration coloniale d’un autre temps (tous le faste désuet et ringard perpétué depuis l’époque victorienne), qui ne doit sa survie qu’à de solides inerties locales (cette société locale de castes, avec quelques nantis-collabos tenant le bien peu révolutionnaire Parti du Congrès entre leurs pattes pour s’enrichir encore plus auprès et avec la bénédiction de la puissance coloniale). Mis à part Nehru et dans une moindre mesure Patel, Gandhi se heurtera aussi à la force d’inertie de ces notables. Un pays immense partagé entre deux communautés religieuses (hindoue et musulmane) qui dès l’Indépendance obtenue, vont s’entretuer, aboutissant très vite à la partition pakistanaise. Le plus dur combat de Gandhi, et le seul qu’il ne gagnera pas, sera de faire de l’Inde un pays uni, et même ses habituelles grèves de la faim pour faire cesser les violences ethnico-religieuses ne seront plus couronnées de succès. Il finira d’ailleurs sous les balles d’un intégriste religieux (quoi d’autre) de son propre « camp ».
La marche du sel
Gandhi fut un personnage à l’incroyable aura (témoin son premier cercle de disciples fidèles venus d’autres races ou religions et bien mis en valeur dans le film), totalement détaché des honneurs (il refusera toujours le rôle de leader politique que tous lui laissaient) et de la réussite matérielle (il passera l’essentiel de sa vie en pleine cambrousse dans son ashram, vivant à moitié à poil, tissant lui-même ses vêtements). Seul reproche « historique » à faire au film, le balayage sous le tapis de certains points « curieux » du personnage, ses théories mystiques plus ou moins fumeuses énoncées dans ses bouquins, et sa lourde erreur d’appréciation sur Hitler et le nazisme (il est toujours resté opposé à une guerre contre l’Allemagne, malgré sa connaissance des atrocités commises).
Le succès de « Gandhi » dépassera toutes les espérances. Attenborough deviendra Sir Attenborough, le film obtiendra l’année de sa sortie huit Oscars. Attenborough avoue d’ailleurs qu’il en attendait beaucoup moins, il savait qu’il n’avait réalisé qu’un film conventionnel, certes aux moyens démesurés, mais un film conventionnel quand même, et reconnaissait que le « E.T. » de Spielberg, concurrent (laminé, quatre misérables statuettes de second plan) aux Oscars était beaucoup plus novateur.

Réédition BluRay de 2008 somptueuse, tant du point de vue technique (remaster d’une limpidité absolue), que par ses heures de bonus, souvent (très) intéressants.


ROMAN POLANSKI - LE PIANISTE (2002)

Survival ...
« Le Pianiste », c’est malgré les réalisations qui ont suivi et suivent encore, l’épitaphe cinématographique de Polanski. Le film qui résume sa vie, et pas forcément (pas du tout ?) son œuvre. C’est un film-thérapie, un film-exutoire, un film de divan d’analyste. Polanski, l’enfant grandi dans les années 40 et miraculeusement réchappé du grand massacre des Juifs polonais ne pouvait pas ne pas s’attaquer à ce thème.
Adrian Brody & Roman Polanski
Alors, formellement ou esthétiquement, « Le pianiste » n’est pas son meilleur film. C’est malgré tout son plus personnel, et pour peu qu’on ait un cœur en état d’insuffler des émotions, son plus touchant. Bon, évidemment, la leçon d’Histoire, les bons sentiments et cette atmosphère de mélo perpétuel, ont eu deux conséquences : la méfiance de certains, jugeant le film « too much ». Corollaire, des récompenses par la « profession » innombrables, dont trois Oscars (et 47698 Césars, qui comme chacun sait, sont au cinéma ce qu’Annie Cordy est à Bessie Smith).
Moi, « Le Pianiste », j’suis preneur. A mille pour cent. Et d’autant plus ces jours-ci, où l’on voit à longueur de 20 Heures, des journaleux nous faire le « devoir de mémoire » sur l’anniversaire de la libération d’Auschwitz. Pendant que d’autres de leurs congénères (plutôt cons tout court d’ailleurs) remettent un colifichet honorifique au maire FN de Hénin-Beaumont, au crâne bien dégagé derrière les oreilles et bien plein de remugles idéologiques pourris. Comme si on avait pas assez donné cette année en matière d’exposition faite aux cinglés intolérants. Et voir l’épouvantail Arlette Chabot (groupie insatisfaite du piteux Chirac, mais qui au moins, lui, n’a jamais transigé avec ces fachos-là), présidente de ce jury honteux avaler une colonie de couleuvres pour nous expliquer que politiquement parlant, c’est une distinction que ce pantin mérite … ‘tain, y’a des coups de pied au cul qui se perdent. Eh, Arlette, regarde ce qu’a déjà fait ce mec dans son bled, tu comprendras peut-être que vous êtes quelques-uns à avoir touché le fond …

Bon, « Le Pianiste ». Qui est en gros un biopic. Qui aurait pu être celui de Polanski lui-même. Il a préféré tourner la vie, la survie plutôt entre 1939 et 1945 de Wladislaw Szpilman, pianiste officiel et surdoué de la radio polonaise au moment où les troupes nazies envahissent la Pologne. Szpilman n’est apparemment pas un bonimenteur, le livre racontant sa traversée de la guerre publié en 1946, lui a valu bien des ennuis et une quasi-censure de la part des autorités communistes polonaises (un Juif sauvé par un haut officier SS et pas par l’Armée Rouge, les camarades rigolaient pas avec ça). « Le Pianiste » est un survival, avec des nazis à la place des zombies. C’est la grande Histoire vue par la « petite » de Szpilman. Et là, il n’est plus question d’idéologie. Szpilman est pris dans un engrenage où les salauds ne sont pas tous Allemands, et les types bien pas tous Polaks ou Juifs, où beaucoup cherchent à sauver ce qui peut encore l’être (leur vie, tout simplement) et louvoient dangereusement entre grandeur et bassesse. Il y a les bons et les méchants, et toutes les nuances entre les deux. La guerre déshumanise, et fabrique plus souvent des lâches que des héros.
Szpilman n’échappe pas à la règle. C’est le type qui vit à travers la musique et son piano, le reste lui étant souvent accessoire. Mais pas toujours. Il vend son piano une misère pour que sa famille puisse s’acheter à manger, il est lucide et fataliste devant les premières pancartes interdisant l’entrée de certains établissements à des Juifs, envoie bouler les juifs collabos. Et puis, lentement, insidieusement, quand le cauchemar meurtrier s’amplifie et qu’il faut à chaque instant assurer sa pitance puis sauver sa peau, Szpilman « lâche » les valeurs et les idéaux, jouant dans des bars pour juifs chelous gagnant de l’argent quand d’autres crèvent de faim, suppliant les miliciens juifs pour améliorer son ordinaire et celui de ses proches, devenant peu à peu un pantin sans valeurs ou morale, uniquement préoccupé de sa survie. Juste un type qui veut sauver sa peau au milieu de cette barbarie, rythmée par des intertitres qui indiquent les dates de cette période qui va de la blitzkrieg polonaise à la libération des camps de déportés par l’armée russe.

Polanski nous montre ce type aux prises avec la folie de ses congénères et de leur attitude de plus en plus incompréhensible, anormale, à mesure que la guerre et son convoi de misères avancent. Et parce que Polanski sait de quoi il parle mais aussi comment on filme, il évite les clichés. Celui de l’allégorie qui ferait passer des symboles au-dessus de l’histoire, celui du « tout est bien qui finit bien » (y’ des pourris qui s’en sortent, et des mecs bien qui crèvent). Il y a des plans d’une beauté à couper le souffle, comme celui où l’on voit Szpilman escalader le mur du ghetto de Varsovie pour revenir dans cet espace dont il s’est évadé quelques mois plus tôt, et qui d’endroit pas vraiment folichon est devenu un paysage de ruines lunaires après l’insurrection. Il y a des scènes d’une dureté glaçante, quand un officier nazi flingue d’une balle dans la nuque des juifs choisis au hasard dans une procession de travailleurs contraints, quand deux vieux affamés se battent pour une boîte de conserve qui se renverse et que l’un finit par bouffer à même le sol. D’autres sont d’une poésie irréelle notamment lorsque Szpilman, pour ne pas faire du bruit qui trahirait sa présence joue du piano sans même effleurer les touches et vit littéralement cette musique qu’il n’entend que dans sa tête.

Szpilman, c’est Adrien Brody, qui à même pas trente ans trouve là ce qui sera certainement le rôle de sa vie, composant entre sobriété du jeu et techniques de l’Actor’s Studio (il a perdu quinze kilos pendant le tournage et a appris à jouer du piano, même si ce n’est pas lui qu’on entend tout le temps). Dans ce casting de seconds couteaux, il ne cherche pas à écraser le film, est crédible de bout en bout dans un jeu tout en retenue.
Polanski est lui, comme souvent, parfait derrière la caméra. Il réussit en mettre en parallèle la survie de son personnage principal dans cette boucherie organisée et les grands faits marquants de l’histoire de Varsovie et de la Pologne au début des années 40. Une grande partie du « Pianiste » a été tournée sur les lieux mêmes où se passe l’action, dans ce qui fut le ghetto juif de Varsovie. Perso, je trouve quand même assez mesquine l’attitude de quelques-uns qui a la sortie du film n’y ont vu qu’un mélo larmoyant et émotionnel, limite une machine à Oscars.

Prévert a écrit dans un poème fameux que la guerre était une connerie. Polanski a dit la même chose. Avec une caméra …


Du même sur ce blog :


ABEL GANCE - NAPOLEON (1927)

Impérial ...
Le « Napoléon » d’Abel Gance, c’est un film comme on n’en fait plus depuis longtemps et comme on n’en fera plus jamais. Comparé à ce film, n’importe quel James Cameron fait figure de court métrage à petit budget. D’ailleurs, on peut raisonnablement se demander si « Napoléon » peut être qualifié de film. C’est une épopée en images, une œuvre et une fresque épiques qui dépassent largement le cadre du cinéma. Un projet un peu (beaucoup) fou inachevé…
Les spécialistes de cette œuvre gargantuesque (au nombre desquels Claude Lelouch et Francis Ford Coppola) dénombrent une vingtaine de versions, d’une durée variable, entre quasiment quatre heures et plus de neuf heures. La plupart des versions ayant été pendant plus de quarante ans supervisées ou effectuées par Gance lui-même, qui poursuivait là l’œuvre de sa vie. Perso j’en ai vu une, diffusée en deux fois à pas d’heure sur Arte, celle de 1971 produite par Lelouch avec des bouts de versions différentes de plusieurs époques et dialogues reconstitués en post synchro (la version originale du film dont le tournage a eu lieu en 1925-26 est bien évidemment muette). Une des versions les plus critiquées, équivalente d’un remix pour la musique, avec des acteurs parfois différents qui jouent le même personnage.
Dieudonné / Napoléon
La version que j’ai en Dvd et dont je vais causer est celle dite de Coppola (en fait des studios Zeotrope dont il est propriétaire) sortie dans de très rares salles en 1981. Au crédit, une image restaurée et pour un film de ces âges reculés, c’est appréciable. Au débit … plein de choses. Des images colorisées grâce à des filtres de couleur selon un code ( ? ) totalement incompréhensible, une musique gavante de Carmine Coppola (le frangin « musicien » de Francis Ford) à base d’ininterrompues variations de « La Marseillaise ». Et puis, et surtout, bicorne sur la perruque poudrée, cette version n’existe pas en français, on n’a le choix pour l’affichage des intertitres et des dialogues qu’à la traduction … en anglais ou en allemand. Quand on connaît l’histoire de l’époque et quelles furent les nations les plus acharnées à l’échec de la Révolution ou de l’Empire en France, ce symbolisme linguistique est soit une provoc, soit de l’humour à un degré qui m’échappe. Le film retraçant la vie d’une des figures les plus célèbres de notre histoire n’est disponible que dans la langue de ses ennemis … il y en aurait des paragraphes à noircir sur la situation de notre patrimoine culturel …
A la base, le projet de Gance était un biopic depuis l’école militaire de Brienne jusqu’à l’exil et la mort à Sainte-Hélène. A une époque où l’on faisait du cinéma de façon empirique, intuitive, tout semblait possible à Gance. Deux ans de tournage, une perpétuelle recherche de financeurs qui faisaient à tour de rôle faillite face aux moyens pharaoniques engagés en technique et en figurants, et seulement un tiers des neuf parties prévues furent plus ou moins terminées. « Napoléon » s’arrête en 1796 alors que Bonaparte, nommé Général en chef de l’Armée d’Italie, entre avec ses troupes dans la péninsule pour la conquérir.
Abel Gance / Saint-Just
Pour moi, « Napoléon », c’est un des plus grands films jamais tournés. Pas à cause de son côté cocorico-cocardier quelquefois embarrassant, mais parce que c’est un film totalement fou, une œuvre de maniaque, de cinglé total qui a repoussé toutes les limites connues de l’art cinématographique naissant. Gance s’est inspiré de Griffith pour le côté fresque plus ou moins historique (« Naissance d’une Nation » et « Intolérance » notamment) pour se livrer à un panégyrique napoléonien. Il y a dans « Napoléon » une admiration évidente de Gance pour son personnage qui donne lieu à quelques scènes allégoriques qui tiennent beaucoup plus de la béatification que de la vérité historique (les quasi-miracles qui jalonnent ses aventures, les « signes du destin », l’aigle qui le survole dans les moments cruciaux et les instants où tout bascule en sa faveur …). Clairement pour Gance, Bonaparte est « L’Elu ». Tout son génie scénaristique est de ne pas tomber dans l’hagiographie, ou pire dans le révisionnisme. Les éléments historiques, qui constituent l’essentiel du film sont conformes à ce que nous en savons, et n’ont à ma connaissance pas fait l’objet de débats et de controverses majeures au sein de la communauté des rats de bibliothèque spécialistes de l’époque. En même temps que le destin hors du commun d’un homme, c’est aussi une page d’histoire que l’on feuillette, en compagnie de Danton, Robespierre, Marat, Saint-Just, ... Ce qui donne lieu à des scènes sidérantes, immersives, qu’elles aient lieu dans l’appartement de Robespierre ou dans les travées de l’Assemblée.
Antonin Artaud / Marat
Gance est un maniaque, qui ose, prend tous les risques. Des décennies avant la Louma, il suspend sa caméra à un câble et la fait se balancer au-dessus des personnages dans un effet de vague (pour montrer des débats forcément houleux à l’Assemblée), filme un nombre incalculable de fois des scènes de poursuite à cheval depuis une voiture (on voit les innombrables traces de roues dans la poussière), met en place des trucages certes naïfs aujourd’hui (la coque de noix de Bonaparte dans la tempête au large de la Corse) mais plutôt plus élaborés que ceux de ses contemporains, superpose des images différentes (jusqu’à une vingtaine, prétend-on, alors que passé trois ou quatre, les autres deviennent indiscernables à l’œil humain), se livre à du split-screen (neuf ( !! ) images juxtaposées)... Mais tout ça, c’est du bricolage, des choses plus ou moins vues ailleurs. Le grand projet de Gance, c’est des lustres avant le cinémascope, l’invention d’un procédé technique totalement délirant, la Polyvision. A savoir trois caméras qui filment la même scène depuis des endroits différents, les image qu’elles ont tourné étant ensuite projetées sur trois écrans côte à côte. On a un aperçu du résultat sur les dernières scènes du film, visuellement c’est totalement fou, mais ça doit filer un putain de mal de crâne si ça dure longtemps. Petit problème, auquel Gance, perdu dans son œuvre, n’avait pas songé : il faudrait construire de nouveaux cinémas pour projeter en polyvision, ceux en service ne pouvant accueillir une telle largeur d’écrans … Autant dire que financièrement l’aventure « Napoléon » a été un fiasco assez colossal …
La bataille de Toulon
« Napoléon » est également différent de la plupart des films de l’époque. Dans lesquels les acteurs, compte tenu du format muet, surjouaient toutes les scènes, exagérant mimiques, mouvements et attitudes (voir les chefs-d’œuvre allemands de l’époque dite expressionniste, c’est pas par hasard qu’on l’appelle comme ça …). Il y a certes dans la mise en scène un aspect théâtral épique (cependant d’après les écrits historiques et les textes et discours qui nous sont parvenus, cet aspect était réellement dans l’air du temps), mais les acteurs ne cabotinent pas, récitent leurs textes que personne n’entendra … Ils sont leur personnage. Difficile de ne pas être secoué par les apparitions glaçantes de Robespierre, par la dureté du regard de Napoléon (Dieudonné, non, rien à voir avec l’abruti à quenelle), par le charme maléfique de Saint-Just (joué par le stakhanoviste Gance lui-même), « l’Ange de la Terreur » comme l’Histoire le surnomma, le terrible tribun le plus acharné à faire couper des têtes lors de la Terreur, par l’étrange délabrement mental que l’on sent dans l’attitude de Marat (l’assez incroyable acteur Antonin Artaud), cet homme de lettres devenu théoricien de la Révolution dans sa version sanglante.
Et puis, malgré une distribution pléthorique de personnages de premier plan, Gance n’a pas lésiné sur les personnages secondaires et les figurants. Il y en a des centaines dans l’Assemblée pour plusieurs scènes, notamment celle, lyrique dans le bon sens du terme, où les délégués du peuple entonnent la Marseillaise que vient d’écrire et chanter devant eux Rouget de Lisle. Il y en a aussi des centaines lors des scènes de bataille (et pas des cascadeurs pro, il y eut de vrais morts et blessés sur le tournage, dans des conditions à faire passer – notamment la reconstitution de la bataille de Toulon sous un déluge ininterrompu – celles des plateaux de Kechiche pour un thé à Buckingham Palace), toutes les recréations des lieux, vêtements et accessoires sont minutieuses.
Napoléon face aux morts ...
Et puis, au milieu de cette mise en images maniaque de l’Histoire, il y a vers la fin une des scènes les plus extraordinaires de tout le cinéma, lorsque Napoléon sentant que son destin va s’accomplir avec la Campagne d’Italie, se rend seul avant de rejoindre ses troupes dans le Sud à l’Assemblée Nationale s’imprégner de l’esprit de la Révolution et de ses morts. Apparaissent alors en surimpression sur l’image toutes les victimes justes ou injustes, les Danton, Marat, Saint-Just, Robespierre, les célèbres et les anonymes. Une scène d’une force et d’une émotion inouïe. Et nul doute que Malraux, au moment d’écrire son « Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège … » devait avoir cette scène en tête, toute en tension héroïque …

« Napoléon », même en version colorisée, charcutée, même avec son affreuse bande-son, même sous-titré en anglais (putain, j’y reviens, faut pas déconner, en anglais !!…), c’est juste géant …

Une bande-annonce ... en anglais ...

MARTIN SCORSESE - KUNDUN (1997)


Zen, restons zen ...

« Kundun » n’est pas le genre de film qu’on attend forcément de Scorsese. Venant de lui, on compte sur des scénarios sanguins et violents, avec des personnages qui le sont tout autant. Surtout que « Kundun » arrive après « Casino » et « Les affranchis », classiques de son réalisateur. Sauf qu’entre-temps il y a eu le calme et quasi contemplatif « Le temps de l’innocence ».
« Kundun » serait plutôt à rattacher (plus sur le fond que la forme) à « La dernière tentation du Christ », résurgence des jeunes années passées par Scorsese au séminaire, et dont il a gardé un attrait, voire une fascination pour tout ce qui est religieux et mystique. « Kundun » (du nom du premier dalaï-lama de l’Histoire) raconte la jeunesse de l’actuel dalaï-lama. Et comme le type qui s’habille avec les chutes de tissu des tenues des employés de l’Equipement est une de ces vaches sacrées de notre époque qu’il est interdit de critiquer, ce mélange de biopic et de film historique est lisse comme une peau de bébé, respectueux, limite obséquieux. Certes, s’il fallait absolument choisir, mieux vaut une bande de zozos orange pacifistes, que les inventeurs de l’Inquisition ou de la charia. Mais les bouddhistes, ça reste quand même juste une fuckin’ secte (officielle), parole d’athée farouche et féroce dès qu’il s’agit de religion…

« Kundun » s’inscrit dans une mode, très prisée de la pseudo « intelligentsia » du mitan des années 90 visant à une mobilisation favorable à la cause tibétaine. Cause qui en vaut bien une autre, et le film arrive conjointement à une série de concerts des gens de la chose « rock » donnés aux Etats-Unis sous le slogan « Free Tibet » (de l’occupation chinoise), avec en figure de proue le dalaï-lama. Et si l’idée du film remonte au tout début des années 90, elle procède bien de la même démarche, et il n’est pas surprenant que Scorsese, par ailleurs grand fan de rock devant l’éternel ait apporté sa pierre à l’édifice. Ceci étant, on ne trouvera pas dans la BO de « Kundun » trace du « Sympathy for the Devil » des Rolling Stones, c’est un film « sérieux » qui ne mélange pas les genres.
« Kundun » est une prouesse cinématographique, parce que Scorsese derrière une caméra, c’est quand même pas rien. Le Tibet a été « reconstruit » aux studios de Ouarzazate au Maroc grâce à des décors pharaoniques et à quelques retouches numériques. Le casting est uniquement composé de comédiens non professionnels, recrutés partout dans le monde et appartenant tous à la communauté tibétaine exilée. Il était évidemment hors de question de tourner au Tibet, toujours sous tutelle chinoise, et la mise en route du film a entraîné quelques tensions diplomatiques entre la Chine et les USA, quelques mesures de rétorsion économiques de la part de Pékin, une médiation de Kissinger, … la routine de l’étrange ballet diplomatique quasi-permanent entre ces deux états hégémoniques.
Visuellement, « Kundun » est un superbe spectacle, avec des paysages qui n’ont rien à envier à ceux des grands westerns, tout un tas de costumes étranges qui ne surprendront pas les lecteurs de « Tintin au Tibet », et des reconstitutions minutieuses des endroits, des cérémonies et des grands moments qui ont marqué la jeunesse du dalaï-lama. L’histoire montrée commence en 1937 alors qu’il n’a que deux ans et se termine lors de la « fuite » en Inde en 1959, après les premières années d’occupation chinoise et les exactions de son armée … « Kundun » est un film partisan, une hagiographie, limite un film publicitaire pour la « bonne cause ». On devine bien que cette religion étrange, qui fait d’un homme vivant une divinité, une sorte de monarque spirituel à qui tous les égards et toutes les soumissions sont dus (il y a bien à ses côtés un aréopage de conseillers-précepteurs-ministres, mais ils doivent s’effacer devant ses desiderata, les intrigues de ces « courtisans » sont évoquées mais vite éludées). Il convient de préciser que le dalaï-lama en personne a participé à plusieurs reprises au processus de création du scénario, et que tout au long de la préparation et du tournage, sa garde rapprochée de conseillers divers et variés suivait l’équipe du film.
On se retrouve donc avec une sorte de conte de fées religieux, dans lequel les « bons » sont très bons et les « méchants » très méchants. Pas très nuancé, tout ceci. Etrangement, le personnage le plus marquant du film est pour moi Mao, lors des quelques rencontres qu’il a eues avec le dalaï–lama, présenté malgré la dureté des ses propos et de sa stratégie, comme un personnage courtois, séducteur et charmeur … étrange que les consultants bouddhistes n’aient pas cherché à « noircir » davantage le personnage …
Il est clair que c’est le talent de Scorsese qui sauve le film, tirant le maximum des paysages sauvages, des palais tibétains et des costumes, jouant avec les angles de prise de vue, promenant sa caméra au milieu des protagonistes, … S’il ne peut pas glisser quelque vieux rock ou antique blues dans la B.O (confiée à Philip Glass), Scorsese ne peut s’empêcher de glisser un hommage à Méliès (prémonitoire de « Hugo Cabret » ?), à travers quelques films d’époque que regarde un dalaï-lama adolescent. « Kundun » sans quelqu’un du calibre de Scorsese, aurait ressemblé à un documentaire de Stéphane Bern sur une quelconque tête couronnée de la planète.
Reste que cet iconoclaste, ce transgresseur de genre qui a commencé sa carrière comme cameraman à Woodstock et traversé comme ses idoles les 70’s dans un grand nuage de poudres blanches, a livré là une œuvre qu’on pourrait qualifier « de commande », ripolinée et sans aspérités, à la gloire d’une personne dont le but est quand même de retourner exercer sa monarchie théocratique dans son pays … entre ça ou alors les Chinois, ils sont quand même putain de mal barrés, les Tibétains …

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