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DOGS - THREE IS A CROWD (1993)

Emportés par la foule ...
Ouais, j’suis mal barré là … alors qu’il y a des milliards de disques que je pourrais dégommer sans avoir à me forcer, à la jouer désabusé, cynique, tout ça … Voilà que je me retrouve avec un Cd dont j’ai pas envie de dire du mal. Ni du bien, c’est là tout le problème.
Parce que les Dogs, même si ça compte triple, comme au Scrabble, quand on arrive à glisser leur nom en société, j’essaie d’en dire du bien autant que faire se peut. Sur la foi d’un de ces croisés-crucifiés du rock Dominique Laboubée, qui était leur âme et qui est parti pas vieux la faute à une saloperie qui l’a bouffé à vitesse grand V. Les Dogs, c’était lui et ses disciples, recrutés au fil des rencontres parmi les plus fines lames rockant et rollant de Rouen d’abord et puis de tout ce pays. Les Dogs, c’étaient des puristes du binaire, les types au goût sûr et à la culture musicale millésimée. Ils ont réussi à se faire une place et à survivre au milieu des punks (ce qui était loin d’être gagné, surtout en Giscardie) et à même attirer l’attention d’une major (Epic, avec toute l’artillerie de la CBS derrière). Les Dogs ont même sorti deux disques parfaits (« Too much class for the neighbhoorood » et « Legendary lovers ») au début des mornes 80’s. Qui parce qu’ils étaient remplies à la gueule de rocks classieux et sans concessions, qui plus est en anglais, n’ont pas du tout marché dans le pays dévoué à Téléphone et Trust, en attendant Rita Mitsouko. Le rock, ici, c’est en français ou aux oubliettes. Grosse connerie et vaste débat, on va pas épiloguer là-dessus.
« Three is a crowd », c’est les Dogs des nineties. Toujours aussi anachroniques (on les a jamais vus en pantacourt balancer des riffs grungy et fuzzy). Toujours obsédés par une musique qu’à juste titre ils trouvaient meilleure que d’autres. Celle des Beatles, des Stones (qu’ils citent dans « Today sounds like yesterday »). Aussi la soul, le rhythm’n’blues, le rock garage, en gros tout ce que les sixties avaient de meilleur. Revivalistes un jour, revivalistes toujours … Sauf que là, exit les majors, faut faire avec les moyens du bord. Et se raccrocher à l’ami Zermati et à son label Skydog, ambulance de tant de rockers français en mal de reconnaissance. Zermati, c’est pas la CBS. Finis les « objectifs », retour au « do it yourself ». Les parutions discographiques des Dogs se sont espacées et quand on peut sortir une galette, faut pas passer trois mois en studio pour régler la caisse claire.
Malgré tout, « Three is a crowd » n’est pas un disque au rabais, un vague cataplasme sonore anémique. C’est là tout le problème pour moi. Les Dogs se sont fait produire par Colin Fairley (pas n’importe qui, longtemps aux côtés de Costello, Nick Lowe, les Dexys Midnight Runners et quantité d’autres). Et volontairement ou pas, l’Anglais leur a collé ce qu’on appelle un « gros son ». Une armure sur de la dentelle, parce que les compos, elles sont loin d’être mauvaises.
Laboubée entouré par Rosset & Lefaivre : Dogs 1993
Mais dès le début du premier titre (« The price of my sins »), on est quelque peu dérouté par une intro hard-indus, un mid tempo lourd de chez lourd, un écho démesuré (et malvenu) dans la voix de Laboubée. C’est cette fragilité naïve qui faisait tout le charme des Dogs (ou dans un autre registre, des Modern Lovers par exemple). Ils nous sortent pas la Panzer Division sonore, mais bon, ces gros artifices clinquants, pour moi, ils leur vont pas. Little Bob aussi (« Ringolevio ») avait quelques années plus tôt malencontreusement durci le ton. Foutue recherche du tape à l’oreille qui a fait tant de ravages dans les discos de types qui n’en demandaient pas autant (hein, Springsteen et Petty, vous voyez de quoi je parle ?).
Dominique et les Dogs savent écrire des chansons, c’est un truc qui s’oublie pas une fois qu’on est tombé dedans. Et celles de « Three is a crowd » sont loin d’être mauvaises (« Back from nowhere » énergique et mémorisable, « Super friend » frais et mélodique même si ça parle de rupture sentimentale, « Today sounds yesterday » on dirait par moments les Who des débuts, « Never been in love » mid tempo avec harmonica bluesy). L’ambiance est à la nostalgie, souvent (« Back from nowhere », « Super friend », « 19 again »), développant la thématique du « c’était mieux avant ». Les hommages sont bien là (« Skydogs » court instrumental pour l’ami Zermati, « Noise therapy » très Ramones (rien que le titre !). On a droit à deux reprises, l’obscure « Three is a crowd » qui donne son titre à l’album et dont j’ai pas réussi à trouver la version originale (non, c’est pas le morceau éponyme d’Otis Clay), et la beaucoup moins obscure « I wanna be your dog » des Stooges, plutôt convenue (le « Johnny Be Good » de la génération garage sixties énervée) et qui n’apporte rien à l’originale ni aux Dogs d’ailleurs.
A signaler aussi pour achever de faire à peu près le tour du proprio une ballade mid tempo (« The end of the gang »). Musicalement et dans les paroles (niveau quinze jours d’anglais au lycée) on est dans la nostalgie (des genres musicaux, des gonzesses, ces vilaines, qui se cassent). La voix de Dominique est souvent bidouillée et un peu trop chargée d’écho à mon goût, mais faut l’extirper des multiples parties de guitare bon, c’est pas Otis Redding au micro, on savait depuis longtemps. Zermati met la main à la pâte (piano martelé au fond du mix sur « I wanna be your dog »), et Philippe Almosnino (Wampas et Johnny Hallyday band entre multitude d’autres) vient placer quelques parties de guitare sur deux titres.

« Three is a crowd » n’est pas le disque par lequel il faut débuter les Dogs. Pas leur meilleur, c’est sûr. Mais s’il sortait dans ce pays que des disques de ce niveau, le rock made in France serait moins comparé au vin anglais … 


Des mêmes sur ce blog :

RED HOT CHILI PEPPERS - BLOOD SUGAR SEX MAGIK (1991)

Magik, vraiment ?
Autant être clair d’entrée. Ce disque, plus je l’écoute, plus il me gave. Pour plein de raisons, forcément bonnes, puisque ce sont les miennes. Attention, je touche quasiment au bon Dieu là, tant ce groupe est devenu une institution. A cause de sa musique ? Un peu, mais putain ça craint …
J’ai rien contre le fait que des types tatoués en tongs et en bermudas aient du succès. Non non, vraiment, mais faut juste qu’ils passent dans les émissions de Patrick Sébastien, quoi … A t’on déjà vu Keith Richards, Bowie, Lou Reed, Dylan, Lemmy Motörhead accoutrés de la sorte hein ? Et qu’on vienne pas me rétorquer que c’est mesquin, juger les gens sur leur apparence, que c’est un argument de facho en puissance… Non, le look des types qui font de la musique, c’est un peu comme les notes de pochette des 33T à l’époque, ça compte autant que ce qu’il y a à l’intérieur. Et quand tu ressembles au jeune beauf en vacances au camping, ben pour moi c’est rédhibitoire. Et c’est pas par hasard qu’on retrouve pareille hérésie vestimentaire chez des rappeurs, des DJs ou des nu-métalleux. Cette décontraction de bon aloi c’est niet pour moi …
On va au bal masqué, ohé, ohé ...
Et la zique, dans tout ça ? Ben elle aussi elle est tatouée, en tongs et bermudas, à l’image des types qui la font …
Une bouillasse (qui a fait fureur en son temps, on en recausera plus bas) qui a placé les Red Hot sur le toit du monde, faisant de ces nigauds une « valeur sûre », en gros des types capables de vendre des tickets pour remplir un stade en deux temps trois mouvements. On appelé ça de la « fusion » et ça n’a rien à voir avec les choses fabuleuses que pouvait sortir un Sly Stone en son temps. En gros un type qui rappe sur un raffut à base de basse slappée, de plans de batterie lourdingues, avec de la guitare hardos qui tronçonne des riffs …
N’importe quel groupe peut faire ça au bout de trois heures de répét. Rendons justice aux Red Hot, ce sont eux qui y ont pensé les premiers dans les nineties. En s’appuyant sur ce qui vendait : du rap et de grosses guitares. Et les gros cigares de la Warner qui venait de les signer alors qu’ils étaient jusque-là réservés à un public « avant-garde branchée et décontractée » leur ont filé un gros budget et surtout Rick Rubin. Faut dire que le gros barbu était a priori l’homme de la situation : c’était lui qui avait mis en sons les faux potaches Beastie Boys et les vrais connards de Slayer.
Sur « Blood … », ils s’en donnent tous à cœur-joie pendant une heure et quart. Putain, une heure et quart … Même à l’époque, malgré tout le tapage médiatique qui entourait le groupe et son skeud, je trouvais çà un peu longuet. Vingt cinq ans après, c’est juste insupportable. Kiedis est tout sauf un bon chanteur, ces rythmes et ces cocottes funky groovent à peu près autant qu’un séminaire de centenaires. C’est juste du putain de gavage, de la répétition ad nauseam de gimmicks aussi éculés qu’insupportables. Et pour que le supplice soit complet, tous les titres sont enchaînés, certains ayant la mauvaise idée d’être des copier-coller de ceux qui précèdent.
Comme la musique est d’une banalité assez affligeante, on a fait de ces zozos des sorte de super-héros, et on peut trouver partout des histoires qui se veulent édifiantes sur leurs problèmes de cul, de dope, de dépressions … on n’oublie pas de citer leurs concerts bites à l’air à leurs débuts, de faire verser une larme sur le sort de Hillel Slovak, leur premier guitariste overdosé, de décrypter la bisexualité de l’héroïnomane Kiedis, de s’interroger sur les départs et retours de son successeur, « l’enfant terrible » John Frusciante (c’est quand il s’est barré et quand Dave Navarro l’a remplacé qu’ils ont sorti pour moi leur meilleur disque, mais chut, ne le dites pas fort, les fans et le groupe bavent depuis des siècles sur Navarro et « One hot minute »).
Payer pour voir un mec en slip kangourou ?
Moi je sauve deux morceaux (et demi). Ouais, sur dix-sept, ça fait pas bézef, je sais. Et surtout pas leur putain de premier numéro un, l’insupportable « Give it away ». Non, le talent que je veux bien reconnaître aux Red Hot, il est dans les ballades tristes. Comme « Breaking the girl » ou le très excellent « Under the bridge ». Voire un peu dans « I could have lied ». Tout le reste, c’est poubelle et surtout le carnage qu’ils font subir (traitement hardcore-punk en une minute chrono) au « They’re red hot » de Robert Johnson. Dommage qu’on l’ait pas foutu dans un cercueil capitonné de soie le Robert, ça lui ferait moins mal quand il se retournerait dans sa tombe à l’écoute de cette chose grotesque.
La plaisanterie aurait pu vite finir. Trois mois après « Blood Sugar … », sortait « Nevermind » de Nirvana qui du coup offrit quelque chose de bien plus consistant à se mettre entre les oreilles. On sait ce qu’il advint rapidement de Cobain et de Nirvana. Une fois le blondinet sous terre, tous les couillons se tournèrent vers les Red Hot, Pearl Jam, Smashing Pumpkins ou je ne sais quels autres tocards. La messe des nineties était définitivement dite. La décennie serait tous tattoos et pantacourts en avant …

Tiens, une info dont vous ferez ce que vous voudrez : toutes les photos des tatouages du groupe qui fourmillent dans le livret ont été shootées par Gus Van Zant …



EDDIE COCHRAN - SOMETHIN' ELSE THE FINE LOOKIN' HITS OF EDDIE COCHRAN (1998)

Cette compilation-là, elle est terrible ...
Et c’est pas Jojo H. ou Eddy M. qui me contrediront. Eux qui ont repris (et adapté) « Somethin’ Else » de Cochran.
Eddie Cochran … Un des mythiques crucifiés du rock. Mort à vingt deux ans en Angleterre, la faute à un chauffeur de taxi qui se prenait pour Lewis Hamilton. Gene Vincent, autre passager de ce corbillard improvisé, s’en sortira vivant, mais c’est pas ce carton qui rétablira sa patte folle, ni relancera sa carrière … Comme je vois les fans de Calogero perplexes, et qui se demandent ce que Cochran foutait en Angleterre, je vous explique le truc.
Aujourd’hui, Cochran fait partie des noms qui reviennent systématiquement dès qu’on se met à causer pionniers du rock’n’roll. Pas forcément le premier cité, plutôt après les Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Little Richard, et autres Chuck Berry. Et ce bien qu’en termes strictement mercantiles, sa carrière n’ait rien à voir… seulement huit titres classés dans les charts US (et guère mieux chez les British), et dans le lot, un seul Top 10 (« Summertime Blues »). En clair, Cochran ramait dans son pays. Et son management l’avait envoyé en Europe malgré sa frousse de l’avion explorer de nouveaux territoires et se chercher un nouveau public. Cochran était beaucoup moins connu de son vivant qu’une fois refroidi … Injustice ? Faut voir …
Ecce Homo ...

Bon, attention, je vais pas refaire l’Histoire ou une contorsion révisionniste. Cochran était différent de la plupart de ses contemporains-concurrents. Il chantait (certes comme tous les autres), jouait de la guitare (plutôt bien et généralement sur une Gretsch), composait lui-même nombre de ses titres. Tiens, déjà à ce stade, ne reste plus en course que Chuck Berry. Et Cochran se mêlait du travail sur le son en studio. Et là, y’a plus personne en face …
Cochran fut un précurseur, un des premiers, sinon le premier à vouloir tout gérer de sa production musicale.
Et là on en revient à cette compile. Vingt titres dans un ordre chronologique, quarante minutes, tous les incontournables, avec son très correct. Un début de carrière à dix neuf ans dans le duo des Cochran Brothers (avec un homonyme, Hank Cochran, qui n’avait aucun lien de parenté avec lui). Un premier single (chez Ekko, le reste de ses productions sortiront en très grosse majorité chez Liberty), « Tired & sleepy », proto-rockabilly assez mal foutu, sans aucun succès. La suite en solo, avec l’aide de son manager et co-auteur (pour de vrai, pas seulement pour empocher sans rien faire des royalties) Jerry Capehart, débute par le titre « Skinny Jim », batterie très en avant pour l’époque, et nouveau flop. Bifurcation dès lors vers les reprises. « Long tall Sally » de Petit Richard. Mauvaise idée, on ne se frotte pas impunément à son répertoire si l’on n’a pas un gosier en acier et Cochran, bien que bon chanteur, n’est pas au niveau (de toutes façons, il n’y a que trois personnes au monde capables de reprendre Little Richard sans se couvrir de ridicule, Wanda Jackson, John Fogerty et Paul McCartney). La reprise suivante « Sittin’ in the balcony » (J.D. Loudermilk) tourne le dos au rock’n’roll pour s’engager en territoire doo-wop. Bingo, les charts frémissent comme on dit. Rebelote doo-wop avec « Drive-in show », pourtant meilleure mais qui se vautre …
Période section de cuivres ...
Et puis, alors que Cochran semble se diriger vers les poubelles de l’Histoire, un de ses titres (« Twenty flight rock ») est choisi pour figurer dans la B.O. de « La blonde et moi » (« The girl can’t help it » en V.O. »), nanar désolant mettant en scène ou en musique toute la faune du rock’n’roll de l’époque, et gros succès cinématographique. Et là, plein de gens qui vont devenir le futur du rock flashent sur ce titre. Dont McCartney et les Stones qui le reprendront des lustres plus tard en public … « Twenty flight rock » est l’arcfhétype du rock rageur, brutal et syncopé. Pas plus con qu’un autre, Cochran surfe sur ce petit buzz et va exploiter le filon, engendrant une suite de classiques.
« Jeanie Jeanie Jeanie » rockab énervé figurera en bonne place vingt ans plus tard sur le premier Stray Cats. Le duo de singles successifs « Summertime blues » et « C’mon everybody » font aujourd’hui partie du patrimoine mondial du binaire. Le premier est l’antithèse de ce qui fera le fonds de commerce des Beach Boys, l’histoire de ce mec qui malgré le soleil, les plages et les filles qui rodent, finira la journée seul. Son thème et sa violence rythmique ne laisseront pas les Who live at Leeds indifférents, et Pete Townsend se souviendra pour « Who’s next » qu’à l’instar de « C’mon everybody », on peut sortir des riffs qui déchirent leur race à la guitare acoustique …
Avec ces deux titres, Eddie Cochran se fait un (petit) nom. Il ne résistera pas à la tentation d’exploiter le filon. « Nervous breakdown » est un pâle ersatz de « Summertime blues », mais Cochran voit plus loin, plus ambitieux, plus élaboré. Il rêve en studio d’orchestrations plus fouillées, plus travaillées. Les cuivres arrivent dès « My way » (rien à voir avec the Cloclo song), sont encore plus présents avec un solo de sax sur le doo-wop énervé mais dispensable « Teenage heaven ». Les choristes féminines sont réquisitionnées pour « Weekend » (bof …), avant le « recentrage » et retour au rock de ce qui sera le dernier classique de Cochran de son vivant, l’imputrescible « Somethin’ else ». Un titre qui végète dans les charts et qui signe le début de la fin pour Cochran. Suivront une reprise façon big band du « Hallelujah I love her so » de Ray Charles, un instrumental surf tout aussi quelconque (« Guybo ») malgré un travail sur le son peu commun à l’époque, une sorte de marche militaire ( ?! ) (« Cherished memories ») d’un mauvais goût étonnant. Avant l’équipée anglaise et la D.A.O. qui suivra.
Rock star, un métier de tout repos ...
Le posthume « Three steps to heaven » assez subtil mélange de doo-wop et de Fats Domino style et sa belle mélodie viendront rappeler à ses fans éplorés que Cochran pouvait à l’occasion rivaliser avec les plus grands. Et il semble qu’il ne comptait pas s’arrêter là en matière « d’innovation », témoin l’autre titre posthume qui clôture la compilation (« Cut across Shorty »), mélange détonnant de country (les couplets) et de rockabilly (le refrain), assez proche du « I gotta know » de Wanda Jackson.
Cette notoriété qui lui avait à peu près échappé de son vivant, Cochran allait l’atteindre une fois refroidi. Aujourd’hui, Cochran symbolise le jeune rebelle (les fans de rockab, les plus exigeants des rockies le vénèrent à l’égal du Johnny Burnette Trio, tous les plus grands noms des 60’s l’ont repris), celui qui a « durci » le ton et le  son du rock’n’roll originel. Le traitement sonore de ces chansons (la mise en place de la batterie, l’utilisation jamais répétitive de la guitare) avait bien cinq ans d’avance, ce qui était énorme en ces temps-là très « codifiés ». Et puis, même si cet aspect-là était pudiquement passé sous silence, Cochran était un furieux allumé. La tournée anglaise avec Gene Vincent (autre déglingo notoire) voyait les deux hommes gavés d’amphétamines faire une bringue totale, le visage tartiné de fond de teint, parce qu’ils ne trouvaient pas le temps de se laver, et encore moins de dormir.

Rock’n’roll Eddie Cochran ? Ah que oui …



MARIA McKEE - YOU GOTTA SIN TO GET SAVED (1993)

Chante avec les stars ...
Maria McKee est une star en Suède. Ou quasiment, paraît-il … Maria Qui ? Non, McKee, d’abord. Et c’est pas en faisant un tour sur Wikimachin qu’on en sait plus. Là ou ailleurs, on vous vend Maria McKee comme la demi-sœur de Bryan McLean ou l’ancienne chanteuse de Lone Justice. Et pourtant Maria McKee n’est pas morte que je sache. Mais pour son malheur, elle s’est toujours conjuguée au passé…

Et ça doit lui faire une belle jambe de voir toujours cité Bryan McLean. A l’attention des fans de Zaz, Bryan McLean fut un temps le George Harrison (c’est lui qui a composé « Alone Again Or », merveille absolue de « Forever changes ») de Love, avant qu’Arthur Lee, qui en était le Lennon-McCartney, juge qu’il n’avait pas besoin de s’encombrer d’autres talents que le sien et l’éjecte du groupe phare de la scène psyché de L.A. Et pour le fan de Renaud assis à côté du radiateur, je précise que Lone Justice eut son quart d’heure de gloire au début des années 80 où, en compagnie de Rank & File et quelques autres enstetsonnés dont le nom me revient pas, il fut le chef de file d’un éphémère courant dénommé soit alternative country soit cow-punk, au gré des humeurs éditoriales de la presse musicale qui leur consacra quelques entrefilets enthousiastes avant de passer à autre chose … Bâillements … En fait, les seuls à connaître Maria McKee sont les fans de Tarantino (enfin de ses B.O.), elle a un titre dans le soundtrack de « Pulp fiction » …
Bon, Maria McKee donc. Qui se retrouve has been à la dissolution de Lone Justice et qui n’a même pas alors 25 ans. Qui sort un premier disque solo sur Geffen (une major ou quasi) avec Mitchell Froom (pas le premier producteur venu). Ce disque éponyme sera quasi un bide. Il faudra attendre quatre ans pour que Geffen redonne à Maria McKee les moyens de faire un disque. Parce que quelqu’un là-dedans à dû se dire qu’une voix pareille, ça méritait une autre chance. Ah, je vous ai pas dit, Maria McKee est une putain de grande chanteuse. Qui ne se contente pas de poser ses octaves là où on lui dit, mais qui est capable d’écrire des chansons et de choisir des reprises qui déchirent leur race …

Et quand on lit les crédits ce « You gotta sin … », on se dit de suite que pareilles mouches au casting ne s’attrapent pas avec le premier vinaigre venu. Aux manettes en studio George Drakoulias, celui qui façonne le son des Black Crowes (remember, le meilleur croisement jamais entendu entre Stones et Zeppelin). Anecdote : pour l’assister, un ingé du son qui fera plus tard beaucoup parler de lui, le dénommé Brendan O’Brien (celui que tu vas chercher quand tu veux faire un mauvais disque, et c’est pas N. Young, Pearl Jam, Springsteen, AC/DC et une multitude d’autres qui me contrediront). De la partie également Don Was, Jim Keltner, Olson et Louris des Jayhawks, Auer et Stringfellow des Posies, Benmont Tench des Heartbreakers de Petty, les Memphis Horns (les souffleurs de chez Stax derrière Hayes, Redding, etc …). Comme qui dirait du beau monde. Sans compter Dennis Hopper (oui, le vrai, celui de « Easy rider ») pour la photo de pochette. Tout ce beau monde n’est pas venu que pour cachetonner, on trouve écrit en gras dans les notes de pochette « This is not a solo album. The Band is : »). Et quand McKee ne chante pas ses compos, elle reprend des choses des Jayhawks, de Gerry Goffin & Carole King, ou de Van Morrison (deux titres). Tiens, vous en connaissez beaucoup, qui se hasardent à reprendre du Van The Man, tellement il a l’habitude de placer vocalement la barre haut le bougon barde irlandais ? Ben Maria McKee elle le fait et plutôt bien.
« You gotta sin … » (dix titres, quarante minutes), c’est de l’americana de haut niveau. Un savant mélange de folk, soul, rock, rhythm’n’blues, gospel, … Chantés par une voix qui marque son territoire sans être démonstrative.  Le premier nom qui me vient à l’esprit s’il faut une comparaison c’est Tammy Wynette (et si vous savez pas qui est Tammy Wynette, allez écouter « Stand by your man », et vous gourez pas, pas la version de Lemmy Motorhead et de la plasmatique siliconée Wendy O. Williams, non, la vraie, l’originale). « You gotta sin … » monte en puissance, débute par une sorte d’échauffement, de mise en bouche (« I gonna soothe you », mid tempo rock soul funky). Avant un première reprise relax de Van Morrison (l’antique « My lonely sad eyes », pas une des plus connues des Them, son premier groupe).

Dès le troisième titre (« My girlhood … »), McKee commence à lâcher les watts vocaux sur cette ballade nerveuse. Juste avant le premier sommet du disque, « Only once ». Une merveille de country rock, la voix de cristal du début qui évoque tellement Emmylou Harris, qu’on s’attend à voir apparaître celle de Gram Parsons au détour d’un couplet. Ce titre retrouve par moments (pompage ?) la magie mélodique du « Christian life » des Byrds période Gram Parsons (comme quoi tout est dans tout, et inversement …). Et tant qu’on est à évoquer des similitudes vous risquez de trouver par moments des choses qui rappellent « Only love can break your heart » de Neil Young dans « I forgive you », grosse perf vocale de la Maria sur cette soulerie de facture classique.
Deux reprises suivent. « I can’t make it alone » de Goffin-King, c’est le titre le plus rock de l’album, avec Drakoulias à la batterie qui n’oublie pas de se mettre inconsidérément en avant au mixage. Antithèse, la reprise des Jayhawks (« Precious ») est servie unplugged, avec guitares acoustiques, harmonica et tout le tremblement pour servir d’écrin à la voix de cristal de la Maria.
Mine de rien, sans rien à jeter, on arrive au dernier tiers du skeud. Et là, acrochez-vous, surgit une extraordinaire version de « The way young lovers do », un des vrais grands titres du surestimé chef-d’œuvre de Van Morrison « Astral weeks ». McKee se lâche complètement sur cette relecture sauvage, s’offrant même un passage de scat vers la fin. Le spectre d’Aretha Franklin accompagne la powerful soul ballad « Why wasn’t I more grateful », le genre de titre où on ne peut pas être quelconque faute de se vautrer dans le ridicule. Le morceau-titre (« You gotta sin to get saved » donc) est l’apothéose finale, c’est une tornade rhythm’n’blues gospelisante, tout le monde est à fond et semble t-il captured live.
Aujourd’hui, la cinquantaine entamée, Maria McKee est une sorte de bibelot chantant encombrant. Pas besoin d’être devin pour affirmer que la confidentialité sera son avenir.

Reste ce « You gotta sin … » intemporel à la beauté qui n’est pas près de s’estomper …


R.E.M. - OUT OF TIME (1991)

Intemporel ...
« Out of time » est paru en 1991. Pour cette chose qu’on appelait albums (avant que le concept se perde au profit des morceaux qu’on piocherait en streaming, sur You Tube, qu’on téléchargerait à l’unité, …), certainement la dernière des grandes années du rock. Sont parues cette année-là des galettes entrées depuis dans toutes les listes récapitulatives, idéales, à écouter avant de mourir, etc … « Nevermind » de Nirvana, « Ten » de Pearl Jam (le grunge), le dyptique « Use our illusion » des Guns (alors le groupe de rock sur le toit du monde), « Black Album » de Metallica (les prochains Guns), le dernier excellent U2 (« Achtung baby »), les références en matière de trip-hop (« Blue lines » de Massive Attack), de shoegazing (« Loveless » de My Bloody Valentine), de fusion (« Blood Sugar Sex Magik » des Red Hot, « Screamadelica » des Primal Scream). Tous écoulés par millions d’unités. Comme le « Out of time » de R.E.M.
Buck, Mills, Stipe, Berry : R.EM.
Et évidemment, à l’époque comme rétrospectivement, ça a fait hurler les puristes ou prétendus tels. Quoi, comment, le porte-drapeau du rock indie, le groupe roi des campus américains, qui signe sur une major et décuple ses ventes. Trahison, je vous dis. Qu’on les pende !!
Perso, du R.E.M. des années 80, j’ai vraiment usé qu’une galette. « Reckoning » leur second, et leur hommage le plus évident à ce Velvet Underground qu’ils citaient toujours. Les autres ? Ouais, bof … Sans plus. Cette musique cafardeuse et sautillante empêtrée dans un bourdon sonore et chanté à la longue assez pénible, ça me faisait guère plus d’effet que la plupart des disques des Talking Heads. De la musique typée intello (d’où le succès sur les campus, avant que les campus deviennent le fief des Kanye West de tout poil), en gros …
En fait qu’est-ce qu’on leur reproche aux R.E.M. ? D’avoir fait un bon disque qui s’est vendu par camions. Tu parles d’un crime. Comme si c’était pas le but de tous les types qui rentrent en studio, qu’ils l’avouent ou pas. Et qu’on vienne pas me parler de visées mercantiles. Il y a dans « Out of time » des suicides commerciaux. Aller chercher une mandoline pour la base sonore de « Losing my religion », c’est pas gagné d’avance. Vous en connaissez beaucoup de hits avec une mandoline en avant ? Ouais, « Mandolin wind » de Rod Stewart (en 1971, quand même). Vous voulez faire de la thune en 1991, vous allez chercher un rappeur. Oui, mais pas KRS-1 (sur « Radio song »), c’est un type catalogué « dangereux activiste », pas vraiment gage de heavy rotation sur MTV … Vous voulez faire du duo aguicheur pour les hit-parades? OK, mais pensez vous que Kate Pierson des totalement has been B-52’s soit le bon choix (même si Iggy Pop était allé la chercher l’année d’avant pour un de ses rares très bons disques solo « Brick by brick ») ? Kate Pierson elle est là, à cause de la Athens connection (R.E.M. et les B-52’s sont issus de la même ville de Géorgie et les seconds ont servi de modèle « spirituel » aux premiers). Vous voulez de la guitare saturée (ça marche à fond en 1991) ? C’est raté (et pourtant Peter Buck sait faire s’il veut), pire, les R.E.M. s’adjoignent sur la plupart des titres une section de cordes drivée par Mark Bingham …

Alors, Warner ou pas, « Out of time » est d’abord un disque où les types sont à leur zénith. Créatif, d’abord. Une décennie à créer une osmose entre quatre types (euh, six en fait, il faut rajouter sur ce disque l’omniprésent Peter Holsapple des excellents mais feu dB’s, et celui qui est de fait le cinquième R.E.M., leur producteur attitré Scott Litt), à mettre en place un son immédiatement reconnaissable (« Belong » aurait pu figurer tel quel sur n’importe quel disque de R.E.M. des 80’s) mais qui tend à se « démocratiser » (le chant de Stipe devient à peu près compréhensible, l’instrumentation tend vers la « ligne claire », s’éloignant quasi imperceptiblement à chaque disque du magma sonore de leurs disques précédents). Aussi un zénith populaire. Parce que c’est pas la Warner fraîchement apparue dans leur carrière qui les fait jouer depuis des années devant un public de plus en plus nombreux dans des salles de plus en plus grandes. Avant « Out of time », R.E.M. est considéré comme le plus grand groupe indie américain, une dénomination totalement stupide mais qui traduit un certain potentiel de séduction et une ascension populaire régulière.
R.E.M. sur le toit (du monde)
Les R.E.M. franchissent avec « Out of time» un palier, placent la barre à une hauteur que personne (peut-être même pas eux) n’envisageait. Un hit intergalactique (« Losing my religion »), deux autre pas loin (« Radio song » et « Shiny happy people »). Des démarquages intelligents de « Losing … » (« Near wild heaven » et surtout « Half a word away »), l’incontournable hommage au Velvet (« Me in honey » l’intro, la guitare inexpressive, la structure lancinante, tout ramène à la band à Lou Reed et John Cale), un clin d’œil – pompage de Dylan (« Country feedback », me semble t-il bien inspiré par « Knockin’ on heaven’s door »), un titre pour les ploucs country du Midwest (le rustique « Texakarna » avec pedal steel guitar et tout le tremblement). Et pour finir le tour du propriétaire, deux titres que tout oppose, le tout en fréquences basses et bien nommé « Low », et à l’autre extrémité du spectre sonore le totally baroque (arrangements de cordes omniprésents) « Endgame » (qui me fait penser à « Lady Jane » (et si vous connaissez pas « Lady Jane », misère, je vous plains…).
En fait, il n’y a pas grand-chose à reprocher à « Out of time » (tiens, un autre titre des Stones « chansons » de « Aftermath »). Si, en cherchant un peu, sa pochette aussi moche que celle de la plupart de leurs précédents skeuds, mais qui par son aspect flashy et coruscant (« Shiny happy people » ?), donne le ton plutôt enjoué du disque. A mettre en parallèle avec la toute grise (parce que d’une tonalité plus grave, plus triste) de l’autre chef-d’œuvre qui allait suivre « Automatic for the people ».

« Out of time » est un disque non pas centriste, mais totalement fédérateur. Incontournable et indispensable …


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Monster


OLIVER STONE - TUEURS-NES (1994)

Born to be wild ...
« Tueurs-nés », c’est presque le « Orange mécanique » de son époque. Pourquoi presque ? Oh hé, commencez pas à me les briser, on y viendra plus tard … si j’y pense.
En tout cas, « Natural born killers » (en VO), c’est un film clivant. Par un réalisateur clivant. Oliver Stone est une grande gueule et derrière son look bcbg conformiste, un type qui aime bien foutre les pieds dans le plat. Un peu à la façon de Michael Moore, la casquette et le cholestérol en moins, le talent caméra au poing en plus. Point commun entre les deux pour ce qui concerne « Tueurs-nés » : le documentaire. Ouais, je sais, « Tueurs-nés » n’est pas un doc, mais les trucs de Moore non plus, tellement la réalité est détournée et distordue au profit de ce qu’il veut (dé)montrer.
Oliver Stone & Quentin Tarantino
« Tueurs-nés », c’est un film gore rabelaisien, où tout est exagéré jusqu’à la caricature. C’est aussi une histoire d’amour à la « Bonnie & Clyde » (Penn le film, Gainsbourg la chanson). C’est quelque part entre Peckinpah pour l’ultraviolence, Romero pour l’esthétique de la mort et de l’au-delà, à cheval entre « La valse des pantins » de Scorsese et « Le prix du danger » de Boisset … et on pourrait multiplier les références à l’infini. D’ailleurs, on voit dans des télés ou en surimpression des extraits de vieux films dans « Tueurs-nés ». Parce que « Tueurs-nés » est aussi un film hommage au cinéma. Normal, me direz-vous, parce que c’est un fada de cinéma qui a écrit le scénario, rien de moins que Quentin Tarantino, plus que remarqué à l’époque avec coup sur coup « Reservoir dogs » et « Pulp fiction ». Bon, il y aura comme qui dirait de l’eau dans le gaz entre Tarantino et Stone, le second remaniera profondément ce qu’a écrit le premier, qui du coup ne veut plus être crédité au scénar.
Mickey & Mallory Knox
Même si la patte Tarantino est visible (si la « confession » de Mickey en direct à la TV depuis la prison, si certaines bouffées d’ultraviolence sorties de nulle part, si l’hystérie communicative et contagieuse des personnages, c’est pas du Tarantino, je veux bien me taper l’intégrale de Gad Elmachin). Quoi que Stone s’y entend aussi en pétage des plombs et démesure à tous les étages. Et vous savez pourquoi c’est beaucoup plus un film de Stone que de Tarantino ? Ben parce que Tarantino aurait plutôt mis Dick Dale ou les Ventures sur la B.O. plutôt que du Leonard Cohen ou le « Sweet Jane » des Cowboy Junkies.
« Tueurs-nés » est un film à la marge de tout. Du cinéma « traditionnel » et même de la carrière d’Oliver Stone. Film sous coke ? Ouais, peut-être. Car les anecdotes d’un Stone borderline, mettant tout en boîte en moins de deux mois, louant des sonos gigantesques pour passer de la musique tous potards sur onze sur les lieux de tournage, tirant ou faisant tirer en l’air des rafales de vrais coups de feu pour « immerger » ses acteurs dans leur rôle et l’action foisonnent. Imagine t-on pareil dérèglement du bon sens sur un tournage de Rivette, Dreyer ou Bergmann ? Faut-il être dans son état normal, pour choisir parmi une pléthore de postulants (et certains très bankables, comme Bernie Madsen) au rôle principal un à peu près inconnu, Woody Harrelson. Qui se voit confier le rôle d’un serial killer qui enfant a vu mourir son père sous ses yeux, alors que le paternel de Harrelson est depuis des lustres en zonzon pour meurtre, et que Woody est lui-même dans la vraie vie assez euh … instable ?
Tommy Lee Jones & Tom Sizemore
Harrelson est Mickey Knox. Garçon boucher qui va livrer sa barbaque chez Mallory (Juliette Lewis, révélée dans « Les nerfs à vif » de Scorsese), fille déjantée d’une famille de tarés, dont un père qui abuse d’elle. Coup de foudre instantané et début du bain de sang. Mickey va revenir chercher Mallory pour l’épouser, en fracassant au passage le crâne du paternel avant de le noyer dans un aquarium, et immolant la mère dans son lit. Dès lors commencera la cavale sanglante des deux, qui flingueront sans raison, sinon pour le plaisir de tuer tous ceux qui passeront à portée de flingue ou de tout autre mortel accessoire contondant.
Un road movie sanglant entrecoupé d’une scène fleur bleue, le « mariage » sous forme d’un serment de sang sur un pont vertigineux, et d’une autre totalement hallucinatoire, où le couple est guéri de morsures de crotale par un chaman Indien qu’ils finiront par buter. Avant d’échouer dans une pharmacie à la porte de laquelle ils se feront serrer par les keufs.
Robert Downey Jr
On est là à la moitié du film. Vont dès lors entrer en scène trois nouveaux personnages essentiels. Robert Downey Jr en journaliste TV sensationnaliste, spécialisé dans les reportages sur le vif de serial killers. Tom Sizemore en superflic complètement taré (et accessoirement assassin de prostituées) qui veut flinguer le couple (après avoir baisé Mallory) en prison. Et une composition déjantée, un de ces numéros d’acteurs qui font date, de Tommy Lee Jones en directeur de prison totalement pervers et borderline, avec un look digne d’un personnage de John Waters. Dès lors, « Tueurs-nés » prend une autre dimension, celle d’une critique au vitriol du système carcéral (qui ne sert qu’à rendre les loups en cage encore plus sauvages) et surtout d’un système médiatique qui ne cherche que l’insensé pour faire de l’audience. Cette seconde partie du film, tournée par une équipe sur les dents (et les nerfs) dans une vraie prison avec beaucoup de vrais détenus, révèle la vraie nature des protagonistes, les plus cohérents se révélant être Mickey et Mallory, bêtes sauvages en cage, qui vont évidemment finir par s’évader dans un bain de sang et une émeute-révolte de détenus. Avec comme cœur et clé d’entrée de l’univers sanguinaire et violent de Mickey l’interview évoquée plus haut, avec réponses-slogans à des questions stupides de Downey.
Mais le plus remarquable dans le film, c’est même pas l’histoire racontée et les dénonciations latentes d’une société américaine fascinée par la violence qu’elle génère, et vouant un culte idiot à des crétins assassins (les comparaisons des « exploits » de Mickey et Mallory Knox avec ceux de vrais serial killers), genre beatlemania (les pancartes « Mickey I love you, kill me » brandies lors de la cohue qui accompagne le procès du couple). Non, ce qui surprend le plus au visionnage du film, c’est son rythme et sa technique. Un truc fou (18 types de caméra utilisés, des gros bahuts sur rails aux caméras digitales portables de la taille d’un paquet de clopes), des formats d’images qui se chevauchent (les surimpressions d’image, en plus sans trucage, les acteurs jouant vraiment devant les images projetées au montage derrière eux), du noir et blanc très granuleux caméra bougée à l’épaule au milieu de cadrages millimétrés aux filtres de couleur très travaillés. Même des animations (assez proches de celle de Gerald Scarfe dans un autre film psychologique barré « The Wall » d’Alan Parker d’après le disque de Pink Floyd), ou des pastiches de sitcom (les scènes avec les parents de Mallory), viennent s’interférer dans ce foutoir en 24 images seconde. Mais c’est pas tout. Ce qui fait le plus perdre pied, immerge totalement dans ce maelstrom furieux, c’est le montage. Plus de 3000 plans dans le film, soit un changement de plan à peu prés toutes les deux secondes. Même les clippers fous des groupes de metal skatecore n’osaient pas pareil déferlement d’images.
Woody Harrelson & Juliette Lewis
Le résultat est esthétiquement troublant (on n’a jamais vu ça avant, et je sais pas si on l’a revu depuis), et finalement fait passer la forme avant le fond (à l’exact inverse de « Orange mécanique », yesss, j’ai pas oublié). Alors quoi qu’il faut en penser de « Tueurs-nés » ? Au pire, c’est un grand film, sauvage, féroce et jubilatoire, une gigantesque œuvre de destruction massive d’une société américaine gangrénée et fascinée par la violence qu’elle génère, mais qui se refuse à l’accepter. Le seul regret, c’est à mon sens que Stone en ait fait trop. Ou pas assez. Trop sanglant et pas assez sérieux. « Tueurs-nés », bien sûr, n’est pas un film violent (enfin, si, au premier degré, et ses détracteurs à la vue très basse ne voient évidemment que ce premier degré). C’est une farce, gouailleuse et pantagruélique dans ses excès, voulus et recherchés. Mais à mon sens trop exagérés, dilués dans la démesure et les effets de style. Un peu comme si Oliver Stone avait filmé un sketch comique. Et en aurait choisi un de Bigard plutôt qu’un de Desproges.

Bon, je chipote un peu là. Film à voir et revoir …



LUC & JEAN-PIERRE DARDENNE - ROSETTA (1999)

I will survive ...
Cette vieille scie de Gloria Gaynor, mise à la sauce beauf-franchouillarde par des footeux crétins (pléonasme), Emilie Dequenne l’a chantée dans « Pas son genre » de Lucas Belvaux. Elle aurait pu aussi la chanter dans « Rosetta », sauf que l’ambiance dans le film des Dardenne Bros, n’est pas exactement hédoniste et disco.
« Rosetta », c’est un peu du Dickens ou du Zola. Ou du Ken Loach, ce qui revient à peu près au même. Autrement dit, fans de Dubosc et des Elmaleh, merci d’avoir lu jusque-là, mais maintenant, c’est bon, cassez-vous …
Les frères Dardenne & E Dequenne
Derrière le projet « Rosetta », les deux frangins Dardenne, dont j’ai jamais compris lequel des deux faisait quoi, depuis quelques lustres dans des projets cinématographiques résolument indépendants (entendez-par là que tu te démerdes pour tourner des images, faire des docus, des courts ou des longs-métrages, mais t’as pas un rond pour ça, tu te débrouilles comme tu peux …). « Rosetta » est leur quatrième film, en fait le second dont les lecteurs de Télérama entendent parler, les deux premiers étant passés totalement inaperçus. « Rosetta » va sortir les Dardenne de l’anonymat, et pas qu’un peu. Palme d’Or et prix d’interprétation féminine à Cannes, pour un truc tourné avec quinze millions d’euros (le budget apéro-petits fours d’un Depardieu) avec dans le premier rôle une actrice amateur de dix-huit ans. Deux récompenses cannoises qui furent perçues par certains spectateurs de salles obscures comme un putsch communiste sur la Croisette … Et en plus c’étaient tous des  Belges …
« Rosetta » n’a pas de début, et encore moins de fin. C’est une tranche de vie, filmée avec une caméra à l’épaule qui colle au cul de ses personnages, en particulier celui d’Emilie Duquenne, qui doit être de toutes les scènes. Ça commence par une course-poursuite (non, pas exactement à la « Fast & furious ») dans les réserves d’un magasin quelconque, où bosse Rosetta, qui vient d’apprendre qu’elle vient de se faire virer. Rageuse, elle pleure, supplie, pour garder son boulot, ne quitte l’usine que manu militari … Citation de Jean-Pierre Dardenne dans les bonus (minables, normal c’est chez TF1 Vidéo) du Dvd : « Rosetta est une fille obsédée, assiégée par une idée : avoir un travail pour être comme les autres et avoir une vie normale ».
Emilie Dequenne / Rosetta
Parce que Rosetta, elle a pas une existence vraiment glamour : elle vit dans un mobil home avec sa mère (il n’y aura aucune allusion au père dans le film, pas besoin) poivrote dépressive, réduite à sucer le gardien pouilleux du camping pouilleux pour continuer à avoir de l’eau potable, ou une bouteille de gnole. Rosetta est prête à tout pour trouver du boulot (sauf ce à quoi vous pensez, bande d’obsédés), demandant partout, dans les friperies où elle vend ses fringues pour pouvoir bouffer, dans les agences pour l’emploi … Rosetta n’a aucune vie sociale, encore moins sexuelle. Elle finit par se faire embaucher dans l’atelier d’un boulanger-marchand de gaufres, type réglo mais dur, propriétaire de baraques à gaufres sur les trottoirs de la ville (Seraing, en Wallonie, mais on s’en fout, ça n’a aucune espèce d’importance).
Lorsque son patron la renvoie au prétexte qu’il la remplace par son fils à qui il veut apprendre le métier, Rosetta va de nouveau basculer dans la quête maladive de boulot. Ce qui va accentuer chez elle ces terribles crises de mal au ventre qui la plient en deux et lui font souffrir le martyre dans son lit (psychosomatisme, colite, ou autre, on en sait rien et on s’en tape). Dès lors son acharnement va prendre une tournure machiavélique (c’est la tranche de vie au cœur du film). Car chez les Dardenne, les héros ne sont jamais totalement positifs (voir ceux de « L’enfant » ou le gosse tête à claques du « Gamin au vélo »). Et Rosetta va être abjecte pour trouver du boulot. Elle va balancer à son patron pour qu’il le vire et qu’elle prenne sa place (et il faut voir avec quelle fierté elle ouvre le matin « sa » baraque à gaufres) un grand dadais limité qui la dragouille après avoir essayé de le faire se noyer. Rosetta foire tout dans sa vie, thème éminemment zolien du déterminisme social. Elle n’arrivera même pas à se suicider au gaz (la bonbonne est vide), et le film s’arrête alors qu’elle se retrouve face à son existence minable (une énième prise de bec – baston avec sa mère) et face au grand niais dont elle a voulu détruire la vie sociale minable pour satisfaire ses ambitions, tout aussi minables et mesquines.
I wanna be your boyfriend ...
Et malgré tout, Rosetta demeure un personnage empathique. Parce qu’elle est gauche, obstinée, combative, et qu’elle lutte pour la « bonne cause », trouver son putain de job.
« Rosetta » est un modèle de cinéma-vérité. Parce que le film, même s’il a tous les aspects techniques d’un documentaire, s’en éloigne par la forme. Il y a les scènes qui reviennent come un mantra. La traversée de la quatre voies (plan récurrent chez les Dardenne, ils passent beaucoup de temps à filmer des gens qui courent à travers des rues ou des routes) rythme les fins de journées de Rosetta. Tout comme le rituel du changement de chaussures (ces bottes en caoutchouc planquées dans une buse d’écoulement qui servent à rentrer au camping à travers les bois), ou la prise de bec systématique avec sa déglinguée de mère.
Les acteurs sont « vrais », crus et sans fard, avec mention particulière à Olivier Gourmet, qui à force de multiplier les seconds rôles marquants, mériterait qu’on fasse reposer un jour un grand film sur ses épaules, il a la carrure pour l’assumer. Emilie Dequenne crève évidemment l’écran, et pourtant elle n’a rien de glamour avec sa silhouette rondelette, ses hauts de survêt informes et ses collants caca d’oie.
« Rosetta », c’est quand même un genre de film qu’il faut être prédisposé à s’enquiller, comme on dit par chez moi. Parce que y’a rien de spectaculaire, et que ça respire pas vraiment la joie de vivre et la bonne humeur. Un film plus pour le cœur et la tête que pour les yeux et les oreilles …

« Rosetta », c’est quatre vingt dix minutes de la vie d’une gamine belge d’en bas. Et ça atteint parfois des sommets …


DANIEL MYRICK & EDUARDO SANCHEZ - LE PROJET BLAIR WITCH (1999)

Avec trois bouts de ficelle ...
Des bouts de ficelle qui relient des petites branches pour former des signes inquiétants. C’est à peu près le seul truc qui ne soit pas naturel dans le film…
« Le projet Blair Witch », où comment deux même pas trentenaires américains, Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, engendrèrent un des plus colossaux ratios lucratifs (recettes du film par rapport à son coût) de tous les temps. Cinquante mille dollars investis et des centaines de millions de recettes. Tout ça pour un film qui n’en est pas un. Et par deux types inconnus qui ne feront, soit ensemble, soit séparément, plus rien de notable.
Daniel Myrick & Eduardo Sanchez
« Le projet Blair Witch », c’est fait avec les moyens d’un documentaire fauché, genre reportage animalier à la télé est-allemande dans les années 80. Et encore, les boches rouges avaient beaucoup plus de brouzouf… Ici, on a en tout et pour tout une mini-caméra vidéo portable et une en super 16. Les deux tenues à l’épaule, c’est filmé en marchant ou en courant, et souvent la nuit, donc il y a des scènes où on ne voit que le noir intégral. Un truc totalement insensé, à l’encontre de ce que l’on peut voir dans les salles.
Le scénario tient sur un timbre-poste. Trois ados filment un docu dans une forêt où auraient eu lieu à différentes époques des crimes abominables et inexpliqués, que la légende locale attribue à la sorcière de Blair (à moins qu’il y ait plusieurs créatures, on sait pas trop). Les trois bambins se paument dans les bois et vont y passer quasiment une semaine. Un disparaîtra sans laisser de traces (mais des cris de souffrance, on y reviendra), les deux autres termineront leur périple dans une maison délabrée et peu avenante. Toujours en filmant leurs faits et gestes, y compris les plus anodins. En intro, on nous précise que ce sont les images qu’ils ont tournées que l’on retrouvera un an plus tard et qui donneront le film.
Promenons-nous dans les bois ...
« Le projet Blair Witch » inaugurera à peu près (même si certains exégètes citent des œuvres inconnues par des types qui le sont tout autant, comme influences potentielles), un genre particulier de film d’épouvante, celui filmé par les gens qui le vivent (voir la série des « REC »). Avec une technique calamiteuse (les trois savent tout juste tenir une caméra), un peu à la « Massacre à la tronçonneuse », et aucun effet spécial à l’horizon. Tout repose sur une longue montée oppressante de la tension. Sans rien montrer, pas la moindre goutte de sang (on voit tout juste fugitivement enveloppé dans un chiffon au milieu d’un fagot de branches, un truc sanguinolent qui ressemble à une dent), et pas la moindre créature infernale qui dézingue tout ce qui est à l’image (ce qui rend par exemple ridicule le final du quasi clone de « Blair Witch » sorti dix ans plus tard, « Paranormal activity »). Je sais plus qui c’est qui avait dit (Polanski, à propos du bébé maléfique de « Rosemary’s baby » que plein de spectateurs ont décrit alors qu’il n’apparaît jamais à l’image ?) que la peur tu l’as en toi, et que le reste n’est que projection intérieure de fantasmes…
Putain mais c'est quoi ces trucs ?
« Le projet Blair Witch » est une merveille de réussite anxiogène, depuis les ploucs de chez plouc qui interviennent sous forme de micro-trottoir au début pour raconter la ou les légendes de leur bled perdu du Maryland, jusqu’à cette tension qui monte inexorablement au cours des nuits en forêt. Coup de génie, les journées (qui constituent l’essentiel des images), il ne se passe rien (sinon on verrait, et le film perdrait tout son intérêt). Juste de temps à autre la découverte par les randonneurs paumés de quelques tas bizarres de cailloux ou de guirlandes cabalistiques étranges pendues aux arbres. Les jours servent juste à faire monter la pression chez le spectateur comme chez les trois, qui alternent nonchalance potache et pétages de plombs quand ils se rendent compte qu’ils sont complètement paumés, avant à la longue de flipper leur race.
« Le projet Blair Witch » n’a pas de fin (dans le sens d’une fin de film qui donne un épilogue à l’histoire). Au milieu de la panique galopante qui saisit le garçon et la fille « rescapés » dans la vielle baraque en ruines, on les imagine étripés (par quoi ou qui ?), alors que très fugacement, on en aperçoit un collé à un mur et la fille semble se cogner avant de tomber et de laisser sa caméra filmer un plafond décrépi. Tout ça parce cette histoire de sorcière(s) est omniprésente et qu’un des garçons a disparu une nuit sans laisser de traces. Seuls des gémissements au début sourds et la dernière nuit se transformant en hurlements, que les autres reconnaissent comme étant siens, indiquent sa « présence » et guident les deux autres vers l’épouvantable ( ? ) final nocturne.
Image devenue culte ...
Ce qui prouve qu’il y a des choses travaillées, notamment la bande son qui est fabuleuse, ultra flippante avec ses bruissements, ses bruits de pas ou de cavalcade, ses plaintes étouffées ou ses cris de souffrance, quand l’écran est noir. Ou les discussions échangées par les trois ados, leur farouche volonté malgré tout de s’en sortir qui laisserait présager une plus ou moins happy end (la dernière scène a été tournée de plusieurs façons, sans que l’on sache ce qu’étaient celles qui n’ont pas été retenues), et le leitmotiv qui voudrait que l’on ne disparaisse pas dans les Etas-Unis des années 90, que l’on finit toujours par vous retrouver, et qui revient plusieurs fois dans les dialogues façon méthode Coué.
Tout le casting est composé d’acteurs amateurs, et c’est pour les trois personnages principaux leur premier film (d’ailleurs aucun des trois ne fera beaucoup parler de lui par la suite). Ils ont été lâchés pendant deux semaines dans les bois avec leur barda, passant leurs journées à crapahuter et à se filmer, n’ayant aucune idée du scénario (les réalisateurs leur donnaient les instructions le matin pour la journée, tout a été tourné chronologiquement).
Le succès du film sera colossal, appuyé par un marketing (sans aucun moyen, mais avec beaucoup d’imagination au départ) qui fera par la suite école et que l’on a l’habitude de qualifier de « viral ». Les réalisateurs notamment ont profité de l’internet naissant pour multiplier les sites (tous des fakes) où l’on trouvait la « vraie » histoire à l’origine du film, et les prétendues calamités arrivées aux participants (l’un des deux réalisateurs était même soi-disant mort, victime de la terrible vengeance des forces maléfiques). Et même encore aujourd’hui, on trouve sur des forums de pauvres gogos angoissés par cette histoire qu’ils croient vraie.
Ne reculant devant rien, certaines jaquettes de Dvd assurent qu’« on a pas eu autant les jetons au cinéma depuis « Shining » ». Bon, faut pas pousser, faudrait voir à rester dans le domaine des choses comparables.
Il n’empêche que « Le projet Blair Witch » est quand même une belle réussite et qu’il sera difficile de faire aussi anxiogène avec aussi peu de fric.
Une leçon à méditer pour tous ceux qui claquent des millions de dollars dans des effets gore piteux …



THE MAGNETIC FIELDS - 69 LOVE SONGS (1999)

1999, année érotique ?
Magnetic Fields, c’est la chose d’un type, Stephin Merritt. Qui aidé de quelques comparses sort des albums qui, pour ceux que je connais, sont hautement recommandables. Même s’il semble acquis que « 69 love songs » restera sa référence.
Parce que c’est pas une pub mensongère. Il y a dans ces trois Cds 69 chansons pour quasi trois heures de musique, peut-être bien un record. Logiquement, pareille idée a de quoi faire frémir, pendant que clignotent des warnings auriculaires et que défilent dans l’iPod interne les souvenirs des pensums idoines de Santana, Clash, Yes, Springsteen, Jojo Harrison et quelques heureusement rares autres, on s’attend au pire.
Stephin Merritt période 69 Love Songs. Pas très glamour ...
Ben non, « 69 love songs » c’est bien. Evidemment, y’a du déchet, mais pas tant que ça … et pas au niveau des compositions, qui tiennent étrangement bien la route, le type Merritt gambadant avec aisance dans une foultitude de genres. C’est plutôt au niveau du son que ça finit par devenir répétitif, le parti-pris (délibéré, certes, mais avait-il vraiment le choix et les moyens d’être plus « ambitieux » ?) lo-fi à tous les étages montre ses limites. Et puis, Merritt, avec sa voix grave de baryton à la Johnny Cash sur quasiment que des tempos mediums, c’est pas le chanteur du siècle. Heureusement, des potes se relaient parfois au micro et une douzaine de titres sont chantées par des femmes. Dont la voix de cristal de Shirley Simms, ayant un temps gravité dans la galaxie Violent Femmes.
Parce qu’il y a chez les Magnetic Fields l’influence (non, pas de Jean-Michou Jarre, quoi que, Merritt est fan éperdu de ABBA), mais de tous ces types et groupes américains cultivant un côté roots, austère et feignasse. Toute la frange country-rock à la JJ Cale, la nonchalance enfumée du Tom Waits période piano-bar, les déclamations poétiques rêches de Leonard Cohen, la proximité de l’os chère au Velvet (et donc par extension des Violent Femmes suscités), la modernité rustique de Wilco, les mélodies campagnardes des paysans du Band … et par moments, et en tout cas bien plus souvent que la plupart des copistes « americana roots », Merritt se hisse au niveau de ses maîtres.
Magnetic Fields maintenant. Merritt, c'est le gros barbu à casquette...
Et puis, comme il doit quand même être un peu barge, il se lance dans des choses … heu, curieuses, voire inattendues et en tout cas qui détonnent dans l’atmosphère générale et ravivent du coup l’attention. On sent que le type connaît par cœur la disco de Kraftwerk, doit avoir une palanquée conséquente de disques de Lee Perry, car les Magnetic Fields ne dédaignent pas de s’aventurer dans quelques plages (réussies d’ailleurs) de pop électronique très 70’s-80’s ou quelques dubs mélodiques à rendre jaloux tous les imitateurs du genre (qui a dit UB40 ?). De toute façon, suffit de voir la litanie imposante de tous les instruments joués par Merritt pour savoir que « 69 love songs » n’est pas une œuvre monolithique. Ce qui laisse parfois la place à quelques incongruités (fatigue, private jokes ?) sonores pastichant du punk-rock, un truc afro-cubain-salsa-bidule, des imitations (hommages ?) à Tom Petty, aux Stranglers de « Feline », au Clash de « Sandinista ! », … pour conclure le troisième Cd par une valse triste à l’accordéon. Sans oublier la ballade plaintive piano-voix (la superbe « Busby Berkeley dreams ») … et plein d’autres choses encore, le tout restant quand même cohérent.
Parce qu’il y a un fil rouge dans « 69 love songs ». Chansons d’amour, certes, mais chansons d’amour tristes, désabusées, voire cyniques. En tout cas jamais de « Oh baby, I’m so in love with you » ou autres roucoulades blettes. L’impression que Merritt qui signe seul 68 titres ( ! ) et cosigne l’autre, si un jour il va voir un psy, il va se ruiner en séances.

Ben ouais, pour autant réussi que soit ce pavé, il en a quand même pas vendu des camions …


MIKE NEWELL - QUATRE MARIAGES ET UN ENTERREMENT (1994)

La comédie des années 90?
C’est du moins ce que tous les intervenants (réalisateur, scénariste, acteurs, …) s’échinent à répéter dans les bonus du BluRay. Comme s’ils avaient pas gagné assez de pognon avec ce film, qu’ils aient besoin de s’auto-congratuler pendant deux heures …
Même si moi, globalement, je suis preneur, les superlatifs dithyrambiques en moins.
Richard Curtis & Mike Newell
« Quatre mariages … » est une gentille comédie. Anglaise jusqu’au bout des traînes de mariée, faut-il préciser… Ce qui veut dire que c’est un peu plus subtil qu’un film avec Clavier. Ou Dany Boon. Un peu plus recherché niveau humour, si vous voyez ce que je veux dire. Maintenant, de là à mettre ce film au Panthéon du septième art …
Le scénario est aux abonnés absents, le film étant une succession de sketches, de « tableaux », rythmés à l’écran par des cartons d’invitation, avec des personnages et des gags récurrents. Derrière la caméra, le tâcheron Mike Newell, qui hormis ce coup d’éclat accumulera une quantité impressionnante de navets (il finira même, alors que « Quatre mariages … » l’a mis à l’abri du besoin pour des siècles, par tourner un « Harry Potter » et un « Prince of Persia », c’est tout dire …). Le scénariste Richard Curtis lui par contre enquillera les (très gros) succès par la suite (les « Bridget Jones », « Love actually », « Good morning England », et plein d’autres). Même si les gags sont la plupart du temps efficaces dans « Quatre mariages … », c’est pas non plus un chef-d’œuvre d’écriture, tout y est prévisible et cousu de fil blanc.
Le casting
« Quatre mariages … » est une comédie romantique, pleine de bons sentiments. Qui essaie quelque peu minablement de faire chialer le spectateur lors de l’enterrement, en ne rechignant devant aucune grosse ficelle du pathos bon marché. A mon sens, ce film ne tient que par les acteurs. Et ils ont du mérite, parce que tout a été mis en boîte en trente cinq jours, avec un petit budget. Et une grosse partie des pépettes a servi au cachet d’Andie McDowell, seule « star » au départ du générique, quasiment oscarisable après avoir enchaîné une poignée de films au succès critique et public (« Sexe, mensonge & vidéo », « Green card », « Hudson Hawk », « The player », « Un jour sans fin »). Et pour autant, elle n’éclabousse pas le casting de sa classe, assurant le minimum dans le rôle de la fausse ingénue romantique souriante.
Le reste de la distribution fait par contre feu de tout bois. Sans doute parce qu’ils ont davantage à prouver. Hugh Grant en tête. Excellent, il va avec ce film devenir le gendre idéal de cette fin de siècle (enfin, jusqu’à ce qu’il se fasse serrer par les keufs de L.A. pour relation sexuelle orale avec une prostituée). Il n’était pourtant au départ qu’un choix par défaut, considéré par beaucoup comme un acteur « perdu » (dix ans de carrière et à peu près autant de bides) et surtout, pas un acteur comique. La star de « Quatre mariages … », c’est Hugh Grant. Bien mis en valeur par une ribambelle de seconds rôles pétillants, Kristin Scott Thomas en vieille fille amoureuse transie, Simon Callow en homo débonnaire et excentrique, son « ami » John Hannah, et toute une galerie de personnages fugitifs à l’écran mais parfaitement au service de la simili-intrigue … Plus une pige (dispensable à mon sens, même si sa scène est réellement comique) du pote à Curtis ou Newell (je sais plus) Rowan Atkinson alias Mr Bean à la télévision britannique, ici en curé bafouilleur. Plus Tatie Elton John qui fut réquisitionné pour pousser une paire de roucoulades dans la BO, le film pouvant être perçu (avec beaucoup d’imagination) comme servant positivement la cause homosexuelle, sérieusement malmenée jusque là par la décennie AIDS. Curtis ne reculant devant rien, affirme même que le film est porteur d’espoir ( ? ) pour la communauté gay à l’opposé de « Philadelphia » ( ? )…
Ils faillirent se marier et avoir beaucoup d'enfants ...
Le montage de « Quatre mariages … » une fois terminé, Newell a dû en raboter une demi-heure, le film étant jugé bien trop long par les distributeurs (certaines scènes coupées visibles dans les bonus étaient quand même pas mal). Il fut choisi de sortir le film d’abord aux USA (Andie McDowell, la plus connue au casting devant servir de locomotive). Les premiers visionnages, par les critiques et un public test, furent plutôt mauvais. A tel point que Newell réunit à nouveau tout son casting à Londres pour une séance photo, dont les clichés seront le final du film (parce que toute cette fine équipe avait oublié de montrer tout ce que devenaient les protagonistes secondaires).
Le succès populaire fut phénoménal aux States (il a fait tomber quelques records de recettes au box-office), avant par effet boule de neige de récolter un triomphe en Angleterre et en Europe…

Aujourd’hui, reste un film plaisant, qui supporte bien l’épreuve du temps, pour sourire en famille.