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RAY LAWRENCE - LANTANA (2001)

Dites-le avec des fleurs ...
Parce que le lantana (ou lantanier) est une sorte d’arbuste rampant et envahissant à fleurs multicolores typique de l’Australie. Et que c’est en Australie (Sydney, même si la ville n’a aucune importance) que « Lantana » a été filmé et que c’est dans un massif de lantanas qu’on voit après un long travelling « rampant » un cadavre dès le premier plan. Et que c’est dans un autre massif de lantanas qu’une chaussure va être trouvée, et orienter l’enquête policière vers son dénouement.
Parce que je vous ai pas dit, « Lantana » est un film policier. Primé au Festival du film policier de Cognac lors de sa sortie. Ouais, sauf que tous les gens impliqués dans son tournage, en parlent comme d’un film sur la vie, sur la crise de la quarantaine, voire un film sur des histoires d’amour contemporaines. Et que le film divise. Ceux qui le trouvent génial, sommet du polar psychologique. Les autres parlant d’un thriller soporifique où il ne se passe rien. Ces autres ont tort (tel est mon point de vue, ferme, définitif et incontestable).
Ray Lawrence en pleine crise d'hystérie
« Lantana » est réalisé par Ray Lawrence, australien d’origine anglaise un peu moins connu que George Miller, si vous voyez ce que je veux dire … Il a fait que trois films, dont un premier qui paraît-il a fait date en son temps (« Bliss », jamais vu). D’ailleurs ça marchait tellement fort pour lui au pays des kangourous qu’il s’est cassé à L.A. tourner des téléfilms. Lawrence, c’est un laborieux pas très doué. Visuellement, « Lantana » est même plutôt pénible. Par contre, l’histoire est prenante. Très. Merci donc à l’inconnu au bataillon Andrew Bovell dont la pièce de théâtre « Speaking in tongues » sert de base au scénario.
« Lantana » n’est cependant pas une pièce de théâtre filmée, malgré une immense majorité de scènes en intérieur. Avec gros plans sur la tronche des acteurs. Un casting hétéroclite (des australiens, des américains) composé d’illustres inconnus ou de tombés aux oubliettes pour l’amateur de cinéma lambda. Le « héros », le flic Leon Zat, c’est Anthony LaPaglia (Anthony qui ?). Mou, bedonnant, parfois colérique voire impulsif (l’acharnement à coups de pompes sur un petit dealer), queutard désabusé à la sauvette. Pas du tout Dirty Harry, quoi. Pas non plus Columbo, aucun coup de génie dans la résolution de l’enquête. A ses côtés une multitude de protagonistes dont la principale qualité est de se présenter par couples. Même si tous auront leur rôle à jouer dans le drame, ce sont surtout les relations internes (ou extraconjugales) de ces couples qui sont aussi le cœur du film. On remarque dans cette galerie de portraits la star ( ? ) australienne Geoffrey Rush (trogne de serial killer), employé dans quelques nanars sanguinolents et même dans un épisode de « Pirate des Caraïbes », ou la disparue des radars après quelques apparitions remarquées (chez Kaufman, Levinson, Allen ou Scorsese) Barbara Hershey (la psychiatre femme de Rush).
Le flic (Anthony LaPaglia)
L’histoire dans « Lantana » ? Irracontable, tant les destins de ces couples qui vont finir par se croiser et s’enchevêtrer sont compliqués. L’histoire, au sens polar du terme, elle commence pile poil au milieu du film avec la disparition de la psychiatre Valerie Somers (Hershey). Et aussi sa mort, qui ne fait guère de doute. Avec immédiatement trois suspects idéaux. Le mari (ils n’ont pas de vie commune, détruits et traumatisés à jamais par l’assassinat de leur petite fille deux ans plus tôt). Le client de la psy homo et menaçant dont tout laisse à penser qu’il a une liaison avec le mari de la psy. Le chômeur père de famille qui commence à être nombreuse et voisin de la maîtresse du flic qui passe son temps à l’espionner sans qu’on sache si c’est parce qu’elle envie de se le faire ou si c’est juste une maniaque insomniaque.
La psy (Hershey) et son mari (Rush)
Galerie de portraits auxquels il faut rajouter la femme du flic (cliente de la psy, mais son mari ne le sait pas, c’est à peu près la seule trouvaille qu’il fera lors de son enquête), qui se change les idées en prenant des cours de salsa (où traînent aussi son mari et sa maîtresse), en se faisant draguer par des minots de vingt ans tout en essayant de gérer tant bien que mal ses deux ados de fils. Ou la collègue de bureau du flic, qu’on sent prête à se taper le bedonnant, mais également amoureuse transie d’un mec qu’elle croise au resto qu’elle passe longtemps sans revoir (normal, il s’est fait démonter la tête par le flic d’un coup de boule accidentel lors d’un jogging, ce qui vaudra au « héros » de se balader pendant une bonne partie du film avec un sparadrap sur le pif, comme Nicholson dans « Chinatown »). Ou encore le mari de la maîtresse du flic (celle qui espionne son voisin, voir plus haut) qui a rencontré le flic dans un bar où il était allé se requinquer après avoir croisé dans la rue la psy en plein pétage de plombs. Ou encore … Vous suivez ? Non, c’est normal. Il y a dans « Lantana » cette mise en scène de tous ces destins qui se croisent en s’entrechoquent, marque de fabrique de réalisateurs comme Altman (parfois) et Iñarritu (toujours).
« Lantana » est un film assez atypique, perpétuellement à cheval entre drame psychologique (mais on n’est pas chez Cassavetes ou Bergman) et polar mou (pas un coup de flingue, pas une poursuite en bagnole, pas de suspense …). Logiquement, ça devrait donner quelque chose d’immensément chiant. Et finalement, on ne sait pas pourquoi, c’est captivant. On passe presque deux heures à observer toutes ces tribulations quelconques en se prenant à tous ces jeux schizophrènes, tous ces gens qui s’attachent à cacher une part d’ombre de leur personnalité qu’on se surprend à découvrir au fil des plans.

Un film totalement improbable. Un très grand film pourtant …


GUS VAN SANT - LAST DAYS (2005)

Pas le Nirvana ...
Gus Van Sant, c’est un type dont les films ne laissent pas indifférent, et ça, c’est un sacré bon point. Il arrive à faire de personnages quelconques des héros, et de faits divers des épopées. Sans tomber dans la grandiloquence. Il a sorti plus souvent qu’à son tour des trucs marquants, appréciés par la critique et le public (« Drugstore cowboy », « My own private Idaho », « Will Hunting », « Elephant », « Harvey Milk »), d’autres choses moins réussies (le reste de sa filmo). Et entre les deux, ce « Last days » très clivant. 
Chef-d’œuvre noir pour les uns, navet soporifique pour les autres … Pour moi, « Last days » n’est pas un ratage total, c’est juste un film très chiant.
Par la forme. Informe. Couleurs pisseuses, lenteur, caméra parfois sur l’épaule, scénario improvisé. Le type qui a les moyens et qui s’essaye au film d’auteur débutant. Un film terminé en quatre semaines montage compris, avec des scènes et des dialogues souvent improvisés.  Désolé, mais toute cette approximation technique et d’écriture, ça sonne vite faux, fait exprès.
Van Sant & Pitt
Par le fond. Qui est touché. Ou comment faire un biopic imaginaire qui se veut réel. « Last days », c’est la fin en sucette de la vie de Kurt Cobain vue par Van Sant. Mais comme Van Sant n’est pas con et que de toute façons il doit avoir de bons avocats, il a fait gaffe, a biaisé, fait rentrer les petites histoires sans intérêt dans une dont il l’a avoué plus tard, il ignorait (comme tout le monde d’ailleurs) presque tout. Il est assez pathétique de voir s’inscrire au générique cette phrase : « Bien que ce film soit inspiré des derniers jours de Kurt Cobain, il s’agit d’une œuvre de fiction ». Oh mec, t’as eu peur des procédures de Courtney ? Plutôt que de donner ta version des « faits », tu pratiques l’ellipse, le démarquage onirique. Mais en multipliant les allusions crève-l’œil.
Ton acteur principal (Michael Pitt, à temps perdu indie-rocker de quatrième zone, et qui en profite pour caser ses compositions blettes dans la BO), il est coiffé comme Cobain, pas rasé depuis trois semaines, porte des fringues informes, des lunettes de soleil en plastoc, raide def la plupart du temps, s’habille parfois en femme, joue avec des flingues, écrit dans des carnets d’écolier, et traîne comme un boulet son incompréhension du monde dans lequel il vit. Ce qui fait quand même beaucoup de points communs avec le Seatlle boy. Manque juste le fauteuil d’infirme dans lequel il s’est pointé au festival de Reading pour réunir tous les clichés sur lui.
On dirait quand même ... Non ?
Mais les clichés, Van Sant les multiplie comme un footeux les erreurs de syntaxe et de grammaire dans une interview. Mettant en scène des amateurs complets (le publicitaire des Pages Jaunes, c’est vraiment son boulot dans la vraie vie, les deux frangins cathos pentecôtistes ou un truc du genre avaient seulement quelques prestations de théâtre amateur auparavant), battant le rappel de gens censés à plus ou moins juste titre être « rock’n’roll ». Comme Lukas Haas, qui comme Pitt fait à temps perdu de l’indie-rock bancal, Asia Argento qui en bonne fille destroy de son destroy de père fait admirer ses ma foi fort jolies fesses. Ou encore Kim Gordon, la bassiste de Sonic Youth (son mec Thurston Moore « supervise » la musique), le groupe qui a repéré Nirvana quand Cobain et ses potes faisaient du bruit blanc chez Sub Pop et leur a obtenu la signature chez Geffen, la major qui publiera « Nevermind »…
« Last days », c’est le film des borborygmes, des gémissements parce que le manque de dope se profile, du repli sur soi névrotique, des gens qui se côtoient (la plupart des protagonistes vivent en tas un manoir délabré en pleine cambrousse) sans se voir ou se parler, engoncés dans leurs mutismes opiacés… Même les personnages « extérieurs » ont l’air d’avoir les neurones baisés, leur monde à eux est rendu par Van Sant « comique » avec des sortes de saynètes plutôt incongrues (les Pages jaunes, les frangins prêcheurs, le détective et ses histoires tordues de magiciens, les parasites qui veulent se faire refiler une chanson par Kurt – pardon Blake, puisque c’est comme ça qu’il s’appelle dans le film –, ou les dealers chelous). Enfin, cerise sur le fix d’héro, il y a dans « Last days » une paire de scènes comment dire, allégoriques, qui perso me font gratter l’occiput. Le clip MTV des Boyz II Men (boys-band de soupe r’n’b) que mate sans le voir Blake, et cette enveloppe charnelle (lui à poil) qui se détache de son cadavre dans l’abri de jardin. De la symbolique de collégien, comme si Van Sant avait des flashbacks du tournage de « Elephant » sur le carnage du lycée de Columbine.
Non, non, c'est pas Courtney Love ...
Qu’est-ce qui reste de positif là-dedans selon moi ? Ben, malgré son aspect totalement bancal, ce film est homogène. Chiant mais homogène. Il met le doigt sur l’envers du décor du monde merveilleux des stars du rock, pressés comme des citrons, sollicités de toutes parts par toutes les formes d’hypocrites parasites qui ne sont là que pour la thune (le final, édifiant, qui voit les « potes » de Blake se casser au plus vite du manoir pour éviter les questions des flics, surtout ceux des Stups). Et Van Sant préfère les images sans chichis de ses personnages rétamés plutôt que les sempiternels et pénibles effets de kaléidoscope ou d’objectif fish-eye que tout le monde emploie dès qu’il s’agit de montrer l’univers des camés. Et pour qui s’intéresse un peu au rock, outre les brailleries dispensables de Pitt qui s’imagine nous faire croire que ses compos pénibles sont des inédits de « In Utero », on a droit, mixé très en avant dans la bande-son, à deux passages de « Venus in furs », du Velvet Underground, premier groupe à avoir mis en paroles et musique toute la face sombre, noire, glauque et perverse du rock. Comme quoi Van Sant (ou le couple de Sonic Youth) connaissent leur sujet, savent de quoi il est question quand le présent et l’avenir ne sont qu’un trou noir sans fond…
En fait, si on ne voyait pas Cobain partout dans ce film où il n’est pas censé être, « Last days » serait un exercice de style assez réussi, un petit frère fauché de « The Wall » d’Alan Parker sur la déchéance de ces stars adulées et solitaires du rock


Un film à réserver … à qui en fait ? je me demande… En tout cas pas selon moi la meilleure façon d’aborder l’œuvre de Van Sant…



ROMAN POLANSKI - LE PIANISTE (2002)

Survival ...
« Le Pianiste », c’est malgré les réalisations qui ont suivi et suivent encore, l’épitaphe cinématographique de Polanski. Le film qui résume sa vie, et pas forcément (pas du tout ?) son œuvre. C’est un film-thérapie, un film-exutoire, un film de divan d’analyste. Polanski, l’enfant grandi dans les années 40 et miraculeusement réchappé du grand massacre des Juifs polonais ne pouvait pas ne pas s’attaquer à ce thème.
Adrian Brody & Roman Polanski
Alors, formellement ou esthétiquement, « Le pianiste » n’est pas son meilleur film. C’est malgré tout son plus personnel, et pour peu qu’on ait un cœur en état d’insuffler des émotions, son plus touchant. Bon, évidemment, la leçon d’Histoire, les bons sentiments et cette atmosphère de mélo perpétuel, ont eu deux conséquences : la méfiance de certains, jugeant le film « too much ». Corollaire, des récompenses par la « profession » innombrables, dont trois Oscars (et 47698 Césars, qui comme chacun sait, sont au cinéma ce qu’Annie Cordy est à Bessie Smith).
Moi, « Le Pianiste », j’suis preneur. A mille pour cent. Et d’autant plus ces jours-ci, où l’on voit à longueur de 20 Heures, des journaleux nous faire le « devoir de mémoire » sur l’anniversaire de la libération d’Auschwitz. Pendant que d’autres de leurs congénères (plutôt cons tout court d’ailleurs) remettent un colifichet honorifique au maire FN de Hénin-Beaumont, au crâne bien dégagé derrière les oreilles et bien plein de remugles idéologiques pourris. Comme si on avait pas assez donné cette année en matière d’exposition faite aux cinglés intolérants. Et voir l’épouvantail Arlette Chabot (groupie insatisfaite du piteux Chirac, mais qui au moins, lui, n’a jamais transigé avec ces fachos-là), présidente de ce jury honteux avaler une colonie de couleuvres pour nous expliquer que politiquement parlant, c’est une distinction que ce pantin mérite … ‘tain, y’a des coups de pied au cul qui se perdent. Eh, Arlette, regarde ce qu’a déjà fait ce mec dans son bled, tu comprendras peut-être que vous êtes quelques-uns à avoir touché le fond …

Bon, « Le Pianiste ». Qui est en gros un biopic. Qui aurait pu être celui de Polanski lui-même. Il a préféré tourner la vie, la survie plutôt entre 1939 et 1945 de Wladislaw Szpilman, pianiste officiel et surdoué de la radio polonaise au moment où les troupes nazies envahissent la Pologne. Szpilman n’est apparemment pas un bonimenteur, le livre racontant sa traversée de la guerre publié en 1946, lui a valu bien des ennuis et une quasi-censure de la part des autorités communistes polonaises (un Juif sauvé par un haut officier SS et pas par l’Armée Rouge, les camarades rigolaient pas avec ça). « Le Pianiste » est un survival, avec des nazis à la place des zombies. C’est la grande Histoire vue par la « petite » de Szpilman. Et là, il n’est plus question d’idéologie. Szpilman est pris dans un engrenage où les salauds ne sont pas tous Allemands, et les types bien pas tous Polaks ou Juifs, où beaucoup cherchent à sauver ce qui peut encore l’être (leur vie, tout simplement) et louvoient dangereusement entre grandeur et bassesse. Il y a les bons et les méchants, et toutes les nuances entre les deux. La guerre déshumanise, et fabrique plus souvent des lâches que des héros.
Szpilman n’échappe pas à la règle. C’est le type qui vit à travers la musique et son piano, le reste lui étant souvent accessoire. Mais pas toujours. Il vend son piano une misère pour que sa famille puisse s’acheter à manger, il est lucide et fataliste devant les premières pancartes interdisant l’entrée de certains établissements à des Juifs, envoie bouler les juifs collabos. Et puis, lentement, insidieusement, quand le cauchemar meurtrier s’amplifie et qu’il faut à chaque instant assurer sa pitance puis sauver sa peau, Szpilman « lâche » les valeurs et les idéaux, jouant dans des bars pour juifs chelous gagnant de l’argent quand d’autres crèvent de faim, suppliant les miliciens juifs pour améliorer son ordinaire et celui de ses proches, devenant peu à peu un pantin sans valeurs ou morale, uniquement préoccupé de sa survie. Juste un type qui veut sauver sa peau au milieu de cette barbarie, rythmée par des intertitres qui indiquent les dates de cette période qui va de la blitzkrieg polonaise à la libération des camps de déportés par l’armée russe.

Polanski nous montre ce type aux prises avec la folie de ses congénères et de leur attitude de plus en plus incompréhensible, anormale, à mesure que la guerre et son convoi de misères avancent. Et parce que Polanski sait de quoi il parle mais aussi comment on filme, il évite les clichés. Celui de l’allégorie qui ferait passer des symboles au-dessus de l’histoire, celui du « tout est bien qui finit bien » (y’ des pourris qui s’en sortent, et des mecs bien qui crèvent). Il y a des plans d’une beauté à couper le souffle, comme celui où l’on voit Szpilman escalader le mur du ghetto de Varsovie pour revenir dans cet espace dont il s’est évadé quelques mois plus tôt, et qui d’endroit pas vraiment folichon est devenu un paysage de ruines lunaires après l’insurrection. Il y a des scènes d’une dureté glaçante, quand un officier nazi flingue d’une balle dans la nuque des juifs choisis au hasard dans une procession de travailleurs contraints, quand deux vieux affamés se battent pour une boîte de conserve qui se renverse et que l’un finit par bouffer à même le sol. D’autres sont d’une poésie irréelle notamment lorsque Szpilman, pour ne pas faire du bruit qui trahirait sa présence joue du piano sans même effleurer les touches et vit littéralement cette musique qu’il n’entend que dans sa tête.

Szpilman, c’est Adrien Brody, qui à même pas trente ans trouve là ce qui sera certainement le rôle de sa vie, composant entre sobriété du jeu et techniques de l’Actor’s Studio (il a perdu quinze kilos pendant le tournage et a appris à jouer du piano, même si ce n’est pas lui qu’on entend tout le temps). Dans ce casting de seconds couteaux, il ne cherche pas à écraser le film, est crédible de bout en bout dans un jeu tout en retenue.
Polanski est lui, comme souvent, parfait derrière la caméra. Il réussit en mettre en parallèle la survie de son personnage principal dans cette boucherie organisée et les grands faits marquants de l’histoire de Varsovie et de la Pologne au début des années 40. Une grande partie du « Pianiste » a été tournée sur les lieux mêmes où se passe l’action, dans ce qui fut le ghetto juif de Varsovie. Perso, je trouve quand même assez mesquine l’attitude de quelques-uns qui a la sortie du film n’y ont vu qu’un mélo larmoyant et émotionnel, limite une machine à Oscars.

Prévert a écrit dans un poème fameux que la guerre était une connerie. Polanski a dit la même chose. Avec une caméra …


Du même sur ce blog :


SYSTEM OF A DOWN - MEZMERIZE (2005)

Arménie more times ...
Quand j’étais petit, bien avant la fin du siècle dernier, j’aimais bien tout ce qui venait de la galaxie des hardeux. Puis je suis passé à autre chose, un peu beaucoup dubitatif devant la NWOBHM, ne consentant à dresser l’oreille que devant les trucs qui sonnaient très seventies (le premier Guns, le Metallica des 90’s), au milieu de la bouillasse des crétins en pantacourt, tous ces gros beaufs satanistes pour de rire, qui cachaient derrière leurs Gibson Explorer et leurs Marshall à onze, des rebelles de pacotille rêvant de confort bourgeois (Megadeth, Slayer, Entombed, Burzum and so on, quelqu’un ?)
Dans toute cette horde de neuneus, certains m’amusaient vaguement, faisaient des efforts pour avoir l’air moins cons que la norme. Sans que je me laisse aller à écouter leurs skeuds … Et là, maintenant, comme ces vieux animaux sauvages gagnés par la curiosité qui s’approchent de trop près des chasseurs et finissent par se ramasser une bastos, j’ai écouté ce machin des System Of A Down (SOAD pour les spécialistes).
Des rebelles qui gagent des MTV Awards ...
Mauvaise pioche, il paraît que c'est pas leur meilleur, mais bon, je vais pas me les fader tous pour vérifier. Bien que moi, je le trouve pas mal (enfin, pas si mal que çà), ce « Mezmerize ». Souvent même assez loin du défonce-tympans auquel je m’attendais.
SOAD, c’est le communautarisme qui se met à faire du bruit. Amerlos descendants d’Arméniens, ils sont. Des sortes d’Aznavour version heavy metal, si vous voyez (et si vous voyez, alors là, hats off …). Des hardeux politisés (on ne rit pas) qui ont dit maintes fois qu’ils aimaient pas Bush (comme à peu près tout le monde dans le music business, hormis les vieillards Nugent, ZZ Top et Lynyrd Skynyrd, ce qui n’a pas empêché le va-t-en-guerre texan d’être réélu). Ce qui nous donne quelques textes rageagainstthemachinesques, avec peut-être moins de slogans mais plus d’honnêteté.
Et le bru … pardon la musique, me direz-vous ? Assez atypique, pas du rentre-dedans systématique, mais avec plein de trucs atmosphériques, mélodiques, étranges et surprenants quelquefois. Je comprends que les chevelus aient tiqué à l’écoute …

Y’a d’abord une courte intro toute en arpèges très cool, avant le fameux ( ? ) « B.Y.O.B. » (Bring your own bombs, ou Buy / Obey comme le suggère la vidéo ?), glapissements sur riffs speedés, titre bizarrement perclus d’éclaircies sonores faisant la part belle aux mélodies et aux harmonies vocales. Même si on est assez loin de l’axe Beatles-Beach Boys, on l’est aussi des chœurs virils façon hooligans davantage de mise dans le secteur du gros bruit qui tâche … Quoique les titre suivant (« Revenga » et « Cigaro ») fassent  pas dans la dentelle et accumulent tous les clichés et poncifs du genre. C’est ensuite que ça commence à partir dans tous les sens. « Radio / Video » c’est entre tango, folklore arménien et ska, avec de temps en temps des accélérations de dragster, un type qui chante comme Sting dans Police, et ça pourrait plaire aux fans de Rancid (c’est qui Rancid ? pfff, laissez tomber …).
La seconde partie du disque (heureusement assez court, mais si j’ai bien compris y’a une suite siamoise qui s’appelle « Hypnotyze »), incite encore plus à se gratter l’occiput, on passe d’une une ramonade speed (« This cocaine … »), à un énigmatique « Violent pornography » (tant musicalement que par les lyrics), à un truc épique ironmaidenesque (« Question ! » pas trop mal hormis quelques volutes prog du plus mauvais goût, mais bon, quand tu t’inspire de Maiden, ça te pend au nez), un autre où le chanteur se prend pour John Lydon dans PIL (« Sad statue »), avant de passer sa voix au vocoder (« Old school Hollywood ») avant un final que les métalleux doivent détester, une plaisant ballade folky ma foi bien troussée (« Lost in Hollywood »), avec plus de feeling que de pathos dégoulinant. Forcément pour moi le meilleur titre du skeud …

Je me demande ce qu’en pense Aznavour …



QUENTIN TARANTINO - KILL BILL VOL. 2 (2004)

Bill m'a tuer ?
La première impression était la bonne. Plus je vois ce « Kill Bill Vol. 2 », plus je me demande ce que c’est que cette suite-épilogue à la con ?
Œil pour œil, dent pour dent ? 
Pas que ce soit mauvais, non, Tarantino me semble incapable de se planter … juste là il se loupe en beauté. Terminer une aventure commencée l’année précédente, festival déjanté de bastons autant improbables que jouissives et hystériques par carrément un mélo … Inattendu … même si tout était ultra-prévisible. On savait comment ça allait finir, fallait que Black Mamba / Beatrix / La Mariée / Thurman achève de dézinguer ses anciens collègues tueurs à gages et puis fasse la peau de Bill. C’est le ton du film qui est en total décalage avec la 1ère partie. Ça se traîne, ça cabotine un max, ça expose des états d’âme … Et ça finit de reconstituer tout le puzzle de l’histoire.
« Kill Bill Vol. 2 » n’en demeure pas moins du pur Tarantino. Par son soin apporté aux dialogues, ses hommages-références (y’a que lui pour tout comprendre tant ils sont multiples), ses scènes de tension interminables (les deux discussions avec Bill au début et à la fin, la rencontre Hannah-Mardsen, …), ses cadrages bizarres et savants (le travelling arrière insensé dans l’église, quelques contre-plongées saisissantes).
Carradine & Tarantino
Ce film qui clôt l’histoire laisse finalement en suspens plus de questions que de réponses. Pas au niveau du scénario, mais plutôt au niveau de ce que Tarantino voulait faire. Donner un des premiers rôles à David Carradine, l’oublié héros de la série télé du sous Bruce Lee « Kung Fu » était-ce une bonne idée ? Pas sûr, même si le vieux s’en sort pas trop mal dans un registre de psychopathe philosophe qu’on a pas dû lui proposer souvent. Fallait-il faire chialer  la vengeresse inflexible Thurman à la fin sous prétexte de crise de maternité ? Pas sûr non plus, c’est totalement irréel par rapport aux quatre heures (putain, quatre heures quand même) de film qui ont précédé. Et c’est quoi cette caricature de maître d’armes, tant qu’à faire il avait qu’à tourner les séquences façon cartoon comme dans la première partie, ça aurait été moins dérangeant, moins grotesque (et qu’on ne vienne pas me dire que c’est une parenthèse comique, on l’a connu beaucoup plus drôle Tarantino …).
Bon, j’ai pas envie de l’accabler, je suis client de son cinéma. Mais là, à trop vouloir multiplier les références (aux films italiens des 60’s en général et à Sergio Leone en particulier, à des films de série B  orientaux qu’il est seul à avoir vu, au cinéma ricain des années 40 dans la façon de filmer les gens qui conduisent les bagnoles, …), Tarantino a oublié de faire un vrai film.

« Kill Bill Vol. 1 », est peut-être ce que Tarantino a fait de mieux. « Kill Bill Vol. 2 » est peut être ce qu’il a fait de pire (bon, commencez pas à pousser de grands cris, j’ai écrit peut-être).

Du même dans ce blog :
Inglourious Basterds


GET WELL SOON - REST NOW, WEARY HEAD ! YOU WILL GET WELL SOON (2008)

Panzer Musik (ça ira mieux demain) ...
Y’a des fois, faudrait jamais savoir … faudrait pas écouter des skeuds qui multiplient tous les signes maléfiques. Celui-là, dans son genre, il bat des records …
1 - Get Well Soon, c’est pas un groupe, c’est un type seul, un prussien répondant au doux patronyme de Konstantin Gropper. Remarquez, je le comprends, on peut pas dire qu’il ait un blaze commercialement porteur, il a bien fait de prendre un nom de scène ... Un Allemand qui fait de la musique ? Oh fache de con, ils ont rien sorti d’audible les Teutons depuis bien trente cinq ans (« Tokyo tapes » par les encore écoutables Scorpions, ... ou « 99 luftballons » de Nena) … par contre niveau détritus sonores en tous genres, ils font souvent assez fort, avec nette prédisposition pour les bourrins terminaux (Accept, Rammstein, Tokio Hotel, série en cours …).
Marylin Manson sans maquillage ? Nein, Get Well Soon au complet ...
2 – La pochette est particulièrement moche, propre à rappeler la tapisserie du couloir de chez la grand-tante Berthe à Quimper (parce quand t’es breton, c’est bien connu, tu claques toute ta monnaie en bibine, il te reste rien pour la déco, et après tu vas chialer en bonnet rouge que la vie est dure dans ta presqu’île pluvieuse, où il pousse que des cailloux et des usines à engraisser les gorets …)
3 – Les titres du disque et des morceaux ils sont tellement longs que tu croirais que c’est Sufjan Stevens qui l’a fait ce skeud, et là, si t’as pas été taxé à 75% sur le bon sens, il te faut t’attendre au pire …
4 – Un disque dont le premier titre est « Prelude » et le dernier « Coda », ça empeste le truc immensément sérieux, genre oyez, oyez, tas de corniauds, moi l’Artiste, je lègue au Monde une Œuvre considérable. Et ça rappelle aussi le fuckin’ funeste prog …
Ce qui nous fait un skeud qui part dans la vie avec de sérieux handicaps. J’ai poussé le vice jusqu’à l’écouter, sérieusement, objectivement (non, je déconne …), comme si j’allais en faire une chronique dans un blog … C’est pire que ce que ça laissait supposer. Le premier « vrai » morceau, ça rappelle furieusement Beirut ou Kusturica, on dirait un Cd Rom … Les trucs manouches, c’est comme les bandas, quand t’es bien bourré, c’est génial trois minutes, pénible le quart d’heure suivant, et insupportable le restant de la soirée. Mais le Konstantin, manière de montrer qu’il va pas se limiter à un truc gonflant, il massacre une valse (« Christmas … ») qui passait par là, avec encore moins de tact et de finesse que les Moody Blues, ce qui n’est pas rien.
Konstantin Gropper est fan d'Arnaud Montebourg ...
Tout ceci n’étant que mise en bouche, apéritif frugal, feinte de corps et double passement de jambes avant le tir prévu dans la lucarne ... mais qui dézingue le poteau de corner … Le Konstantin (ne le répétez pas, ça serait la honte dans sa famille, même les Germains doivent avoir leur dignité …), son truc, l’aboutissement de sa démarche, c’est de se prendre à lui tout seul pour Arcade Fire, et tant qu’à faire pas celui des débuts, celui qui est devenu tout pompier, qu’à côté Muse c’est Woody Guthrie … Tout en n’omettant pas (sans doute de l’humour de Poméranie) d’imiter sur un titre (« Your endless dream ») le Leonard Cohen hyper pénible des années 80, tous synthés et voix féminines en avant, et de reprendre « Born slippy » … Bon, je vais quand même pas défendre la techno culture (oxymore), mais voir cet hymne symbole de défonce speedée, devenir un machin informe sous Lexomil (ouais, je sais, ici c’est la version « Nuxx » qui est reprise, mais quand même …)

La musique de la génération Merkel … elle est pas belle la vie, de l’autre côté du Rhin ?


THE JOHN BUTLER TRIO - SUNRISE OVER SEA (2004)

Tenter l'Experience ?
« Sunrise over sea », c’est le genre de disques qu’on a l’impression d’avoir entendu mille fois avant de l’écouter. Rien qu’en regardant la pochette. Oh, bonne mère, tous les clichetons des trucs pénibles … design des rondelles  ancestrales Vanguard ou Chess, teintes sépia, retouche Photoshop pour donner l’illusion d’un 33T aux coins cornés et à l’usure de l’empreinte du vinyle, et un type, acoustique en bandoulière et banjo à côté … Si ça c’est pas du clin d’œil adressé aux amateurs de bruit rustique … Et la formule trio, le mètre-étalon de la culture blues-rock, passage obligé de tous ces tocards / ringards qui s’imaginent marcher sur les traces de Cream ou du Jimi Hendrix Experience …
Sauf que … si le dénommé John Butler et ses deux acolytes (formule de scène, là en studio, il y a parfois des apports « extérieurs » dont même sur un titre une section de cordes) n’évitent pas sur la durée le pataugeage et l’embourbage dans les stéréotypes de la formule, ils se passe un truc … Ceux dont la kulture musicale se limite au visionnage de Taratata ressortent systématiquement le nom de Ben Harper, preuve qu’ils n’ont rien compris (ni au centriste Harper, ni à Butler).
John Butler
John Butler est australien. Un pays dont l’histoire internationale se limite à une paire de siècles et dont le seul apport culturel à notre humanité est l’opéra biscornu de Sydney. En gros des Etats-Unis qui n’auraient pas inventé le jazz, la country, le folk, le blues et la soul … Ce qui n’empêche pas les Australiens de faire du rock. Et l’île continent a légué au monde quelques furieux gueulards dont AC/DC, Rose Tattoo ou Angel City ne constituent que la partie visible du brûlant iceberg. Butler (pas pour rien que le trio porte son nom, les deux autres n’y font pas de vieux os, les changements de line-up sont innombrables), comme la plupart de ses congénères, s’est abreuvé de musiques venues d’ailleurs. Fait notable qui le différencie, il ne s’est pas contenté des sempiternels anglo-saxons (ou américains, ce qui revient au même). Rien qu’à voir ses dreadlocks, on imagine que le reggae ne l’a pas laissé indifférent. Les machins celtiques non plus.
Le résultat est surprenant. Mais surtout intéressant, voire par moments captivant. Pour deux raisons : le spectre musical de Butler est beaucoup plus étendu que ce à quoi l’on pourrait s’attendre. Et le type à un putain de charisme qui manquera toujours à … (complétez vous-mêmes, la liste est trop longue). Et s’il fallait se lancer dans des comparaisons, je citerai en vrac Tracy Chapman et Counting Crows (pour le folk « concerné »), Manu Chao (le côté bohème alter-mondialiste), Jon Spencer et Wraygunn (les accélérations électriques mystiques), Midnight Oil (l’aspect aussie politico-écolo), les Chieftains et Led Zep (les relents celtiques) … et on pourrait en rajouter bien d’autres, tant le patchwork concocté tire son essence de genres variés, parfois antinomiques …
On l’aura compris (enfin j’espère), on n’a pas avec « Sunrise … » le même morceau décalqué sur toute la durée du disque. Tiens, à propos de durée, c’est là que le bât blesse un peu, on en prend pour une heure dix, ce qui fait quand même un peu beaucoup, certains titres auraient pu rester dans les armoires, quelques autres n’auraient rien perdu à être raccourcis …
Le John Butler Trio
Il y a des trucs bluffants, assemblages étonnants de choses entendues pourtant des millions de fois séparément, mais qui passées dans la moulinette John Butler en ressortent immaculées. Ces étranges mixtures où peuvent cohabiter folk, blues, rock, reggae, sonorités celtiques, traversées de montées d’adrénaline violente ou au contraire d’une intimité doucereuse, sont littéralement transcendées par la voix de Butler, une des plus expressives, au feeling et à l’arrache, qu’on puisse trouver dans ces genres pourtant très fréquentés. Butler joue toutes sortes de guitares acoustiques amplifiées (surtout une onze-cordes, et ne me demandez pourquoi onze au lieu de douze), ne tombe jamais dans le piège du solo démonstratif (thanks). Ces chansons sonnent comme des voyages émotionnels (peu importe si on entrave pas les paroles), vous prennent par la main et ne vous lâchent pas.
Tout n’est pas parfait, et logiquement les titres convenus, prévisibles (archétype le morceau final « Sometimes » de plus de dix minutes, on « sent » tout ce qui va arriver dès l’intro) font retomber l’intérêt. Mais c’est au détour de l’adrénalisant « Treat your Mama », du chaloupé « Company sin » avec sa bas(s)e reggae, du court instrumental au banjo (« Damned to hell » qui renvoie instantanément au « Duelling banjos » du début du film « Délivrance »), du celtisant « Mist » (le « Gallow’s Pole » des années 2000 ? et putain me dites pas que vous connaissez pas « Gallow’s Pole »), ou du (petit) hit « Zebra », le titre qui a fait connaître Butler sur les autres continents, que les trois sont à leur zénith …
Ce « Sunrise over sea » est à peu près le seul disque du John Butler Trio disponible par ici. Fidèle à une certaine éthique passant évidemment par les labels indépendants, Butler était un secret bien gardé hors de l’Australie. Il semblerait que le garçon, voulant assurer ses arrières en Australie, ait cédé là-bas aux sirènes commerciales, et que ses parutions suivantes seraient (pas faciles non plus à dénicher) apparemment un ou plusieurs tons en dessous…

« Sunrise over sea » est un disque de vieux fait pour tout le monde par un jeunot. Respect… 


MY MORNING JACKET - Z (2005)

Habillés pour l'hiver ?
My Morning Jacket (me dites pas que vous avez l’intégrale et écoutez ça tous les jours, faut faire les présentations) est un groupe démarré dans le Kentucky. Et non, ils donnent pas dans la country. D’ailleurs, ils donnent l’impression avec ce « Z » (m’étonnerait qu’il s’agisse d’une référence à Costa-Gavras) d’être plus anglais qu’américains. Faut dire qu’ils exploitent un sillon assez peu labouré outre-Atlantique, celui de la pop « à grand spectacle » lyrique (ou pompière, ça marche aussi). Pour situer, on dira qu’ils sont voisins de palier avec les productions de Fridman (Flaming Lips un peu, Mercury Rev davantage), et que la voix particulière de leur leader Jim James, genre Castafiore geignarde, leur a valu des comparaisons discutables avec Thom Yorke et sa bande de tristos… Et s’il fallait faire encore plus simple, je dirais que le groupe dont ils me paraissent le plus proche, c’est Arcade Fire (celui des débuts, de « Funeral », pas leur « Suburbs », gros loukhoum surchargé).

Ce genre de mélodies sophistiquées, ces titres très « écrits », ils étaient pas nombreux à faire ça au milieu des années 2000, et c’est pas le genre d’indie-rock le plus vendeur. Mais quelque part c’est le plus casse-gueule, il faut flirter avec toutes les limites au risque de basculer du mauvais côté de la farce. Et pour une poignée de disques réussis en quatre décennies, on compte plus les prétendants à la succession de Brian Wilson qui se sont perdus dans des titres et des skeuds surchargés. Les mélodies à tiroirs qui s’enchevêtrent, l’instrumentation lyrique, l’empilement des chœurs, faut beaucoup de chance et encore plus de talent pour que ça vire pas grotesque.
Les My Morning Jacket n’évitent pas les sorties de route. Il y a des choses (« Gideon », « Anytime ») qui sonnent comme les Simple Minds du milieu des années 80 (les grosses batteries réverbérées, les non moins grosses guitares, les chœurs virils), et c’est pas exactement une bonne idée. Idem, lorsque les MMJ sortent du cadre strictement pop, pour aller vers des choses plus « rock-rackabilly » (« Off the record »), on dirait notre Lio nationale quand elle était brune et qu’elle comptait pas pour des prunes, c’est quand même assez simplet même si ça se veut sophistiqué avec son final de titre jazzy-floydien. Pareil quand le groupe s’attaque à des choses du moment, les rythmiques electro-dance-machin (« It beats 4 U »), ça reste quand même bien scolaire, de la récitation sans beaucoup d’imagination.
A l’inverse, d’autres titres sont plus réussis tel le « What a wonderful man » (comme du Sparks du milieu des 70’s, à condition de supporter la voix suraiguë à la Russel Mael). Les meilleures choses sont à aller chercher à la fin du Cd (pas très long, dix titres et trois-quarts d’heure), un « Lay low » qu’on jurerait extrait du « Band on the run » de Sir Paul McCartney, un « Knot comes loose », une ballade toute en retenue (par rapport au reste, c’est pas vraiment dépouillé). Et bien sûr le titre sur lequel les fans ne tarissent pas d’éloges humides (et pour une fois les fans ont presque raison) ce « Dondante », épique tournerie de huit minutes, débutée comme une jam entre Jeff Buckley et Radiohead, et conclue par une accélération lyrique très floydienne (je me rends compte que ça fait deux fois que je cite le Floyd, alors que la référence des My Morning Jacket est le Velvet Underground, mais désolé, j’ai rien entendu qui ressemble à la bande à Cale et Reed, mais plutôt à son contraire sonore).

Bon, pour résumer, on dira que les My Morning Machin ont fait avec ce « Z » un disque assez bon malgré d’évidentes imperfections, dans un genre « difficile », quelques années avant que les Arcade Fire y songent. Pour être honnête (si, si, ça peut m’arriver en causant zique), il me semblait avant la réécoute bien mieux dans mes souvenirs et je crois bien avoir écrit un jour je sais plus où, que ce « Z » était un des meilleurs disques des années 2000… Mea culpa, mea culpa … Bon, remarquez, Neil Young soi-même a dit un jour que My Morning Jacket faisait partie de ses groupes préférés ...


ABDELLATIF KECHICHE - L'ESQUIVE (2004)

L'art de l'esquive ...
« L’esquive » est le second film d’Abdellatif Kechiche, après l’assez confidentiel « La faute à Voltaire ». « L’esquive » va projeter son réalisateur sur le devant de la scène nationale, avec l’étiquette officielle de « grand- espoir-du-cinéma-français-engagé-donc-de-gauche » (fin de la citation). Avec tous les colifichets qui vont avec, genre la litanie de statuettes à notre égotique et auto-congratulatoire cérémonie franco-française des Césars. Et donc tous les jugements à l’emporte-pièce sur le gars, son œuvre, son message, … proclamés par des gens qui ne le connaissent pas, n’ont pas vu (ou mal vu, ce qui revient au même) ses films, mais ont sur son œuvre un avis définitif. En gros, un type qui suscite le débat (voir ceux interminables et très stupides sur son dernier « palmerisé » à Cannes, avant qu’il sorte en salles).

« L’esquive » n’y a pas échappé, au débat. Ni aux critiques défavorables. Mais enfin ma chère, vous avez vu ce Tunisien qui fait un film sur la racaille de nos banlieues, c’est filmé caméra sur l’épaule à vous faire vomir votre quatre heures, on comprend rien à ce que disent ces incendieurs de voiture en puissance, c’est même pas des vrais comédiens, et le scénario tient sur un timbre-poste. Une horreur, je vous dis … A l’inverse, on a eu droit à des standing ovations pour cette tranche de cinéma vérité, à la subtile parabole scénaristique, jouée façon documentaire par de jeunes comédiens amateurs, et à prendre comme un message d’espoir dans tous ces endroits où la crise et la misère sociale se répandent, bla-bla-bla …
Bon, pour faire simple, je ne suis d’accord ni avec les fafs ronchons, ni avec la gauche artistique des petits-fours. « L’esquive » est conçu genre documenteur. Soit. C’est un peu le style de Kéchiche (amplifié sur le suivant, l’excellent « La graine et le mulet »). C’est aussi un choix esthétique et artistique délibéré. Il sait tenir une caméra de façon « traditionnelle » (voir « Venus Noire »). Cette caméra sur l’épaule, ces plans très serrés sur les visages, confèrent au film une dynamique, une urgence, qui ne sont pas dans le scénario. Il ne se « passe rien » dans ce film, sauf qu’il se passe quoi, en vrai, dans le quotidien des gosses des cités ? Les jeunes de « L’esquive » sont vivants, se passionnent pour ces petits riens de l’existence, leurs premiers émois sentimentaux, les faux bons plans pour solutionner les problèmes, ... Peu importe que le film soit vraisemblable ou véridique, que les « personnages » de ces encore quasi-enfants soient dessinés à la hache. Moi je verrais plutôt ça comme une bonne nouvelle, ça nous évite l’interminable pensum sur le déterminisme social, le mal-être et le mal-vivre des banlieues. Pour ça, il y a le rap ou « Envoyé spécial ».

Tandis que là, dans ces chassé-croisés amoureux avec en filigrane la répétition du « Jeu de l’amour et du hasard » de Marivaux, il y a cette forme de poésie surannée des « auteurs classiques » qui se confronte à une langue parlée, riche, vivante, imagée, celle qui s’invente au jour le jour dans les banlieues. Mais on comprend rien à leur vocabulaire, et ils parlent tous en même temps ? Euh, vous avez déjà vu un débat à la télé sur un sujet très « sérieux » avec plein de gens en cravate sur-diplômés ? Vous y comprenez quelque chose ? Ils parlent pas tous en même temps ? Ces dialogues si critiqués de « L’esquive » (certains « penseurs » du Net auraient aimé des sous-titres, n’importe quoi …), et la façon de les rendre à l’écran, c’est pour moi la meilleure réussite du film.
Parce que, perso, il faut bien le reconnaître, l’initiatique parade amoureuse entre Krimo et Lydia, dans la « vraie vie » ou par Marivaux interposé, ça m’a pas trop captivé. Pourtant les enfants sont bons, « surjouent » juste ce qu’il faut, et leurs copains et copines se hissent à leur niveau, offrant une galerie de portraits intéressante, mais bon, ça se traîne un peu …

Et le message dans « L’esquive » ? Intéressant. En tout cas autre chose que les sempiternels clichés rabattus dont « l’information officielle » nous gave. Oui, c’est un lieu commun que de dire que les cités et les banlieues sont laissées à l’abandon, et qu’il est très facile de basculer du « mauvais côté ». Kechiche n’élude pas le problème, mais ne s’y appesantit pas. On apprend que son père est en cabane, que Krimo « achète » son rôle d’Arlequin avec des objets vraisemblablement « tombés du camion », qu’occasionnellement il tire sur un joint. Pas des infos exclusives ou originales, Kechiche a raison de glisser rapidement. Tout aussi d’accord quand il défend son pré carré, l’art. Oui, mille fois oui, pour s’évader (et pas pour en sortir, c’est pas la même chose) de l’horizon des barres HLM, la passion même momentanée (le prétexte de la soirée de fin d’année) pour la littérature, le théâtre, c’est une bouffée d’oxygène qu’il faut maintenir. Et ça passe par le dernier « service public » encore présent dans ces endroits-là, l’Education Nationale. Pas un hasard si quasiment la seule comédienne professionnelle de la distribution (Carole Franck) est celle qui joue la prof de français. Ce qui nous change du discours officiel sur les vrais faux emplois sponsorisés, les stages d’apprentissage et toutes ces balivernes à vocation statistique (rendre moins mauvais des chiffres de l’emploi catastrophiques dans ces endroits-là).

Il y a quand même un gros couac dans « L’esquive », c’est ce contrôle de flics caricatural, fait par quatre Rambo épileptiques. Non pas que ça ne puisse pas se passer comme ça, mais cette longue scène qui n’a strictement rien à voir avec le restant du scénario, est juste d’une démagogie crasse. Et cette seule scène pour moi annihile pas mal l’excellente impression que pourrait laisser ce film. Qui vaut mieux que le mépris voire plus que lui portent certains, mais qui n’est pas non plus le chef-d’œuvre qu’il faut encenser décrit par d’autres …

Du même sur ce blog :
La Graine Et Le Mulet


SAM RAIMI - SPIDER-MAN (2002)

Spider-Man, appelé à régner (sur le box-office)
« Spider-Man » premier du nom est le genre de film dont on sait avant même sa sortie qu’il va avoir un succès considérable. En tout cas au moins aux Etats-Unis (mais le reste du monde a suivi, 500 millions de dollars de bénefs). Parce que derrière le film il y a une culture, une science du marketing bien rodée, et des sommes faramineuses investies par des majors du cinéma.
Maguire, Raimi & Dunst
La culture, c’est celle des Etats-Unis. Un peuple sans Histoire (moins de 250 ans), donc sans trop de héros réels, et qui en a inventé d’imaginaires. Et tant qu’à faire, comme l’immodeste pays ne fait pas dans la demi-mesure, tant qu’à avoir des héros, autant que ce soit de super-héros. Usine à fabriquer les super-héros, la maison d’édition de comics Marvel, avec à son catalogue tous ces Hulk, Captain America, Iron Man, Wolverine, les X-Men, le Surfeur d’Argent, et tant d’autres. Perle du catalogue, Spider-Man, dont les première planches sont parues en 1963. Personnage créé par le scénariste Stan Lee et le dessinateur Steve Ditko (Lee scénarisera pendant des années, de nombreux dessinateurs se relaieront pour des parutions mensuelles encore en cours me semble t-il). Les aventures de Spider-Man, entre science-fiction et heroic fantasy avec scénarii et rebondissements abracadabrants, c’est pas du tout ma cup of tee, d’autant plus que se révèlent en filigrane toute la déplaisante idéologie respectable et les « saines valeurs » d’une Amérique triomphante, forcément triomphante.  
Peter Parker / Spider-Man
Spider-Man fait partie de la culture américaine, et faire un film de ses aventures était dans l’air du temps depuis des décennies (deux essais guère convaincants qui tiennent plus du téléfilm que du cinéma dans les années 70). Par définition, Spider-Man se doit d’être un film spectaculaire, à grand renfort d’effets spéciaux. La Columbia, associée à Stan Lee, y travaille depuis le début des années 80. L’avancée technologique en matière d’images numériques rendra le film envisageable au début des années 2000. Les billets verts sont engloutis sans compter, pour le film lui même et tous ses à-côtés (promotion, contrats de sponsoring, campagnes de pub, objets dérivés, …). Le budget de l’opération « Spider-Man - The Movie » dépasse très largement les 100 millions de dollars. De quoi en foutre plein la vue …
« Spider-Man » la BD est une saga interminable, peuplée de personnages remplis de super-pouvoirs, qui évoluent au fil des ans, sont amis puis ennemis, meurent et renaissent dans un embrouillamini total, enfin tout le tremblement habituel de ce genre de sornettes dessinées. La première étape a consisté à isoler des personnages et une « histoire » cohérente (entendez compréhensible par un gosse de douze ans gavé de comics, de burgers et de pop-corn). On a donc les origines du super-héros (le puceau timide Peter Parker qui se fait piquer par une araignée radioactive et devient Spider-Man), sa « fiancée » Mary Jane Watson, et bien sûr son faire valoir maléfique le Bouffon Vert (Green Goblin en V.O.) … Plus quelques personnages récurrents de la série.
Rencontrer la belle Mary Jane, il en est tout retourné Spider-Man ...
La caméra est confiée à Sam Raimi, soi-disant fan de Spider-Man depuis tout enfant. Un Sam Raimi qui met avec ce film un terme à sa carrière de réalisateur de séries B horrifiques loufoco-gores (la série des « Evil dead ») pour intégrer le cercle restreint des gens à qui l’on ne confie plus que des projets colossaux en terme de budget (il réalisera également les deux épisodes suivants de la saga Spider-Man, avec des budgets exponentiels). Tobey Maguire est Peter Parker / Spider-Man, il est depuis longtemps dans le métier, mais c’est le premier grand rôle qu’on lui confie. Idem pour sa douce et parfois tendre Mary Jane Watson, jouée par Kirsten Dunst. Mais celui qui survole la distribution, seule vraie « star » du casting au départ, c’est Willem Dafoe pour son double rôle Norman Osborn / Bouffon Vert. Les acteurs, surtout Dafoe, ont assuré eux-mêmes la plupart des scènes d’action, bagarres et cascades, les doublages physiques ou numériques étant peu nombreux (par exemple, la scène où Parker rattrape tous les plats à la cantine n’est pas truquée, elle a nécessité des dizaines de prises). Par contre, les effets numériques sont omniprésents dans les décors (un New York retouché, Times Square numérisé lors de la première confrontation Spider-Man / Bouffon Vert, et évidemment, toutes les ballades aériennes de Spider-Man). D’où l’importance de la coopération entre Raimi et le responsable des effets spéciaux John Dysktra.
La « patte » de Raimi tel que le connaissaient les fans de « Evil dead » est quasi-invisible. Tout au plus faut-il noter un de ses plans typiques (le bras du Bouffon qui sort lentement des décombres façon zombie lors de la baston finale), et la présence au casting de quelques-uns de ses acteurs attitrés, le plus en vue étant logiquement Bruce Campbell en présentateur de combats de catch. On sent derrière ce « Spider-Man » toute la pression et la force de la Columbia-Sony et un cahier des charges extra-cinématographique tellement colossal qu’il éclipse toute velléité d’originalité. Raimi a le budget, certes, mais est entouré d’une pléiade de producteurs (tout court, exécutifs, …). On est prié de rester sérieux avec les millions de dollars.
Le résultat est visuellement remarquable, sans que le film, avec son scénario et ses rebondissements cousus de fil blanc, soit réellement intéressant et encore moins captivant. Ce qui n’empêche pas quelques jolis plans (le baiser « à l’envers » entre Spider-Man et Mary Jane), quelques scènes bien vues (notamment celle du dialogue devant le miroir entre Dafoe/Osborn et son double maléfique).
Miroir, dis-moi qui est le plus méchant ...
Plus gênants sont quelques postulats véhiculés par le film. Passe pour le côté positif, le Bien qui triomphe du Mal, c’est assez commun. Mais si Spider-Man est conçu comme une vitrine, c’est aussi une allégorie de la « bonne » Amérique qui triomphe des méchants, et à ce titre, un des derniers plans du film qui montre Spider-Man accroché à la hampe d’un gigantesque drapeau américain a de quoi laisser perplexe sur le côté cocardier et subliminal de cette affaire. La morale du film et le credo de Spider-Man, qui revient plusieurs fois genre mantra c’est la saine maxime : « avoir un grand pouvoir donne de grandes responsabilités ». Tu parles Charles, suffit de donner du pouvoir à un type pour qu’il se foute royalement de ceux qui le lui ont donné … Il est aussi assez édifiant d’entendre (fugacement, ils s’étendent pas trop sur le sujet) les responsables des effets spéciaux évoquer la retouche numérique de toutes les marques des objets anodins utilisés pour les besoins évidents du film (les boîtes de céréales, les canettes, les paquets de clopes, les affiches, les écrans publicitaires sur les immeubles) dans le but de remplacer la marque d’origine par celle des sponsors ayant amené leurs dollars au projet. Rien n’est neutre, laissé au hasard, tous ont payé pour être visibles à l’écran. Business is business …
Les produits dérivés du film ont évidemment été déclinés à l’infini, même si la plupart existaient de longue date. Il en va de même pour les supports physiques du film, les Dvd, Blu-ray sont cesse réédités sous de nouvelles formes vendues à chaque fois comme « définitives » (même s’il manque encore la director’s cut et la version 3D). Je me suis enquillé (d’occase, 1,5 euro plus frais de port, tout se brade, crise quand tu nous tiens …) une édition « collector » double Dvd avec des heures de bonus plus ou moins intéressants (et plutôt moins que plus d’ailleurs). J’y ai appris deux choses. La première, c’est qu’il n’y a rien de plus pénible qu’un film commenté par les types qui ont fait les effets spéciaux, jamais ils parlent de la scène en cours, ils anticipent celle d’après ou reviennent interminablement sur celle d’avant. La seconde concerne Kirsten Dunst. Si elle est rousse dans le film, c’est en fait une vraie blonde. Elle le démontre avec ses commentaires audio du film (en direct live semble t-il) qui sont d’une banalité, voire d’une bêtise affligeantes. Par contre, dans les exercices imposés des interviews de service après-vente où là elle semble réciter de conventionnelles leçons bien apprises, elle est un peu plus à son avantage … Fuck Mary Jane … quoi, faut faire gaffe à Spider-Man ? Pff, même pas peur …



PRIMAL SCREAM - XTRMNTR (2000)

La synthèse ...
Comme celle qui permet de fabriquer des poudres blanches … ou comme la conclusion d’une réflexion, d’un travail. Toxicos, les Primal Scream le sont, et pas qu’un peu dans les nineties. Enfin, Bobby Gillepsie, tant on peut quasiment résumer Primal Scream à sa seule personne. Aventuriers sonores, Primal Scream le fut aussi durant cette décennie. Qu’ils avaient quasiment inaugurée avec « Screamadelica », leur disque qui est rentré dans les livres d’histoire, et auquel on les réduit souvent, tant son succès et son impact ont marqué l’époque.
Perso, je lui reconnais toutes les qualités qu’on lui prête, mais je trouve qu’il vieillit mal (ou vite, ce qui revient au même), comme tous ces disques à la pointe de la tendance lors de leur parution et donc forcément démodés plus tard. En tout cas, ce cocktail de classic rock et de dance music est resté le fil conducteur de Primal Scream durant toute la décennie (après j’en sais rien, j’ai un peu laissé tomber). En gros, des disques qui tentaient de refaire le coup de « Screamadelica », avec plus ou moins de bonheur.
Bobby Gillepsie
Jusqu’à ce « XTRMNTR » (pour Exterminator, au cas où un fan de Maé passerait par là). Autant jouer cartes sur table, « XTRMNTR », je le trouve meilleur que « Screamadelica ». Parce que là, on parle plus de voisinage, de juxtaposition, de cohabitation de genres, c’est vraiment du mélange, de la fusion. Et pas seulement d’obsessions pour les Rolling Stones et les premières rave-parties. Ici, toutes les idoles du classic rock de Gillepsie remontent à la surface, les derniers sons electro-techno-dance-machin aussi, mais aussi des sonorités jusque là peu rencontrées chez Primal Scream.
Alors oui, on croise sur « XTRMNTR » le punk à tendance stoogienne, le Velvet, du free jazz, du krautrock, et plus encore, tout ça passé à la moulinette big beat, le son « électronique » du moment. Et là, Primal Scream déborde et enfonce les Prodigy et autres Chemical Brothers. Pour une raison toute simple, c’est que Gillepsie, du rock il en a fait pendant dix ans au début de sa carrière, et pas en version fleur bleue (il fut rappelons-le, le mauvais batteur des débuts des Jesus & Mary Chain, pas vraiment des tendres, à quelque niveau qu’on envisage le groupe des frangins Reid). Les bigbeateux, ils ont fait que sampler des grosses guitares hardos et déliré là-dessus.
Et « XTRMNTR », ça déchire sa race. Rien que les titres placent la barre très haut, « Kill all hippies » ou « Swastika eyes », ça a de la gueule, au moins autant qu’un douteux « Smack my bitch up ». Gillepsie et son inamovible lieutenant Innes ont réuni du beau monde, les Chemical Bros sont venus faire un remix, Kevin Shields a participé à un hommage à son groupe My Bloody Valentine, Sumner de New Order traîne sur un titre, et des remerciements sont adressés à Jaki Liebezeit, le fantastique batteur de Can et Liam Howlett, figure de proue de Prodigy.
Primal Scream live 2000
Ça démarre par un extrait de film, ensuite arrivent une guitare filtrée, une batterie très Liebezeit-style, se met en place un gros groove robotique, s’installent les gimmicks de synthé, et c’est parti pour « Kill all hippies ». « Accelerator » qui suit porte bien son nom, on monte dans les tours, « Exterminator » est une tuerie, rouleau compresseur sonore bâti sur une rythmique grondante et des guitares dissonantes. « Swastika eyes », petit succès en single, c’est à la base de l’electro-pop des 80’s, mais comme remixée par un savant fou genre Trent Reznor, ça tourbillonne de partout à en donner le vertige.
Le cœur du disque est plus calme, plus apaisé. D’une façon toute relative. Des chants grégoriens introduisent « Pills », puis il y a des scratches de vinyles sur lesquels Gillepsie ( ? ) vient rapper, au milieu d’arrangements tournoyants. Etrange mais pas forcément captivant. Un énorme grondement de basse à la Entwistle (des Who, pour le fan de Maé s’il est toujours là) lance l’instrumental « Blood money » dans lequel s’entrechoquent synthés cristallins, ambiance jazz, solo de batterie, pour un résultat qui sonne comme du jazz-rock sous acide. « Insect royalty » est un peu son pendant en version psyché barrée, comme si Zappa (quand c’est étrange, on cite toujours Zappa) avait gobé de l’ecstasy. Entre les deux, une magnifique ballade perverse « Keep your dreams », très Velvet Underground (les clochettes de « Sunday morning », les intonations à la Nico).
Retour au boucan pour le final. Un hommage à My Bloody Valentine, « MBV Arkestra (If they move, kill ‘em) », dans lequel le fan de « Loveless » risque fort de ne pas retrouver ses repères, il y a juste ces sonorités « liquides » typiques de la bande à Kevin Shields mais noyées si l’on peut dire dans des vapeurs de krautrock et de free-jazz, avant que tout ça s’encastre dans un mur dissonant. Le remix de « Swastika eyes » par les Chemical Brothers est peut-être le seul morceau sans réelle originalité, ça bastonne comme sur les morceaux énervés de « Surrender ». « XTRMNTR » s’achève par une tuerie (le bien nommé « Shoot speed / Kill light », c’est mixé à un volume beaucoup plus fort que tout le reste, ça envoie la purée, c’est répétitif, bête et méchant, donc excellent.
« XTRMNTR » marque à sa façon la fin d’une décennie, d’un siècle, d’un monde. Désormais, tout pouvait changer, être comme avant mais en pire …Pour moi le disque qui est en même temps le plus original et le plus abouti de Primal Scream …

NORAH JONES - COME AWAY WITH ME (2002)

Non merci, je reste là ...
D’entrée la question essentielle, fondamentale, cruciale, la Mère des questions : qu’en serait-il advenu de ce disque si Norah Jones avait été le sosie d’Arlette Chabot ? Et venez pas me dire que c’est un argument déloyal, qu’elle l’a pas joué string en avant comme la première Lady Fada venue … parce que moi, des trucs aussi BCBG que Norah, je trouve ça suspect. Ça pue l’arnaque, tout ce bazar, le plan marketing genre Alanus Mauricette ou Lana de La Raie, la beauté centriste qui se pointe avec ses rengaines molles de l’entrecuisse et qui vend des camions de disques à tous ceux qui n’en achètent qu’un par an …
Va falloir agrandir la cheminée, Norah ...
Y’a tout pour donner envie aux lectrices du Figaro Madame d’investir dans le Cd. Une fille de (en l’occurrence Ravi Shankar, curiosité exotique et dispensable du festival de Woodstock), délaissée par papa, signée par un prestigieux label de jazz (Blue Note), pour un disque produit par une grabataire légende (Arif Mardin) de la musique soul des sixties … Pour un résultat donnant lieu à des comparaisons aussi déplacées que malhonnêtes avec les figures tutélaires du jazz vocal féminin (les bios de Billie Holiday ou Nina Simone, c’est du Zola trash à côté des petits bobos de l’existence de la Norah) …
Tiens, et à propos de bobos, ce doit être la musique qu’ils aiment passer. Mais pas écouter. On ne peut pas écouter, y’a rien à écouter. Un murmure jazzy de vernissage dans un bar branchouille, des chansons infiniment lisses, sans aspérités. Je veux dire, faut quand même forcer pour arriver à faire de « Cold cold heart », l’assez sombre classique country de Hank Williams, cette purge murmurée que la Jones nous livre sur « Come away with me ». Elle chante bien, la Jones ? Oui, certes, elle chante juste. D’une façon encore plus glaciale que Sade dans les 80’s, la Nigériane s’appuyant elle sur des chansons quand même plus sexy. Il n’y a qu’un seul titre (« Turn me on ») sur lequel Norah Jones donne l’impression d’exister, de vibrer pour ce qu’elle chante. Le reste n’est qu’un mignon exercice de style.
Ça assure musicalement ? Même pas, et malgré la présence au générique de colifichets attrape-nigauds (le déjà cité Mardin, ou le virtuose de la guitare jazz Bill Frisell), ça mouline un soft jazz de piano-bar totalement calibré, formaté, batterie balayée, contrebasse feignasse, inoffensif et insipide au possible… Quatorze titres sur le même invariable tempo traînard dans lequel le seul « Feelin’ the same way » fait figure de sarabande endiablée tellement les autres sont soporifiques…
Vingt millions de copies vendues, dont deux millions en France … no comment …