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KEVIN MORBY - CITY MUSIC (2017)

New York, New York ...
Il y a quelque temps que le nom de Kevin Morby circulait de façon plus ou moins underground. Avec force renfort de superlatifs. Sauf qu’on me la fait pas. Des soi-disant surdoués auteurs de disques extraordinaires et qui finissent six mois après à moins d’un euro sur Priceminister, j’ai cotisé. Et avec l’âge, je suis devenu un vieux con méfiant. Alors la presse elle peut raconter ce qu’elle veut. Je les crois plus sur parole. Faut que j’écoute le bestiau avant de donner un avis ferme, définitif et incontestable.

Et donc, incontestablement, ce « City Music » est un grand disque. Très grand disque. Et il m’étonnerait que des trucs aussi bons, il en sorte plus d’une poignée cette année. Parce que là on en tient un. Un quoi ? Un grand songwriter. C’est à-dire un type capable d’écrire de grandes chansons qui s’incrustent dans le cerveau, un type capable de les enregistrer intelligemment, et de les chanter correctement. Ce qui par les temps qui courent, est une denrée plutôt rare.
Le Morby, il vient du Midwest et est allé humer l’air du circuit folk new-yorkais. Ça vous rappelle pas quelqu’un ? Soyons clair, Morby n’est pas le nouveau Bob Dylan. Pas con, les dizaines qui se voyaient piquer la place au Zim, sont disparus corps et biens, laissant au passage quelques machins ridicules, pompeux, prétentieux mais finalement bien vains et oubliables. De toute façon, Morby (qui cite Dylan comme référence et influence) n’a pas encore de choses du calibre de … ben des classiques de Dylan. Morby cite aussi Lou Reed. Là, il aurait pas besoin, tellement ça s’entend. Ecoutez « Tin Can », tout, mélodie, arrangements, jusqu’à la voix traînante, fait surgir le mot magique de « Transformer ». Carrément.
Morby, c’est pas un perdreau de l’année. Il approche la trentaine, et a largement payé de sa personne dans les groupes à l’audience famélique (Babies, Woods). Les galères en tout genre habituelles, quoi … Et puis il a décidé de partir en solo. Et à Los Angeles. Même si tout dans ce disque est totalement new-yorkais, comme un être aimé qui vous manque et dont on ne peut se défaire de l’image. « City Music » est une déclaration d’amour (il pouvait pas l’appeler « New York », Lou Reed l’avait déjà fait). Et même quand Morby rend hommage aux Germs (de Los Angeles), la relecture qu’il fait d’un de leurs titres (« Caught in my eyes ») transpose le groupe punk extrémiste de l’autre côté du pays. Et tant qu’on est à causer punk ou assimilés Morby se fend d’un hommage aux Ramones totalement dans l’esprit des faux frangins. Le titre s’appelle « 1234 » (que ceux qui n’ont pas compris lèvent le doigt, il y a mes ricanements à gagner), ressemble à leurs titres par la durée (1’45), et la simplicité des paroles et se conclut par un triste et lapidaire « they were all my friends, and they died » …

Lou Reed , les Ramones, c’est évident. Television aussi, le temps du morceau-titre qui s’étire sur plus de six minutes, avec ses parties de guitare qui rappellent furieusement celles de Lloyd et Verlaine. Le reste, c’est plus subliminal, on peut devenir que le type connaît ses classiques (Leonard Cohen, Neil Young, Jonathan Richman, Joni Mitchell, …). Et dès lors il se pose en concurrent direct du Wilco de Jeff Tweedy. Parce que Morby n’a pas enregistré avec de vieux briscards requins de studio maîtres es-country-rock depuis des décennies. Tout est fait par son backing band scénique, avec mention particulière à son alter ego de l’ombre, Richard Swift, multi-instrumentiste et coproducteur de ce « City Music ».
Qui impressionne de la première plage, la lente ballade mélancolique sur fond de nappes synthétiques jamais envahissantes, qui mettent en valeur sa belle voix grave (« Come to me now »), jusqu’à la somptueuse doublette finale (« Pearly gates » avec son riff démarqué de celui de « Sweet Jane » et la ballade apaisée « Downtown’s lights »). Aux dires des connaisseurs, ses trois précédents disques solo sont aussi bons que ce « City Music ». Dès lors, on peut s’interroger sur l’avenir de Morby. Il peut devenir « quelqu’un », par les références aux antiques Commandeurs, la connexion subliminale avec Cobain (la reprise des Germs, dont le guitariste était Pat Smear, qui fut celui des dernières tournées de Nirvana). A son débit, on peut pas dire que Morby soit très charismatique, avec son non look dépenaillé. Pas sûr non plus que le minuscule label indé qui l’a signé (Dead Oceans) ait les épaules suffisamment solides pour le mener vers la gloire. Au pire, il finira avec la réputation d’artiste culte confidentiel, dans la même étagère que d’autres surdoués méconnus, comme Stephen Malkmus ou l’Anglais Richard Hawley…

On vous aura prévenus …  


MARIA McKEE - YOU GOTTA SIN TO GET SAVED (1993)

Chante avec les stars ...
Maria McKee est une star en Suède. Ou quasiment, paraît-il … Maria Qui ? Non, McKee, d’abord. Et c’est pas en faisant un tour sur Wikimachin qu’on en sait plus. Là ou ailleurs, on vous vend Maria McKee comme la demi-sœur de Bryan McLean ou l’ancienne chanteuse de Lone Justice. Et pourtant Maria McKee n’est pas morte que je sache. Mais pour son malheur, elle s’est toujours conjuguée au passé…

Et ça doit lui faire une belle jambe de voir toujours cité Bryan McLean. A l’attention des fans de Zaz, Bryan McLean fut un temps le George Harrison (c’est lui qui a composé « Alone Again Or », merveille absolue de « Forever changes ») de Love, avant qu’Arthur Lee, qui en était le Lennon-McCartney, juge qu’il n’avait pas besoin de s’encombrer d’autres talents que le sien et l’éjecte du groupe phare de la scène psyché de L.A. Et pour le fan de Renaud assis à côté du radiateur, je précise que Lone Justice eut son quart d’heure de gloire au début des années 80 où, en compagnie de Rank & File et quelques autres enstetsonnés dont le nom me revient pas, il fut le chef de file d’un éphémère courant dénommé soit alternative country soit cow-punk, au gré des humeurs éditoriales de la presse musicale qui leur consacra quelques entrefilets enthousiastes avant de passer à autre chose … Bâillements … En fait, les seuls à connaître Maria McKee sont les fans de Tarantino (enfin de ses B.O.), elle a un titre dans le soundtrack de « Pulp fiction » …
Bon, Maria McKee donc. Qui se retrouve has been à la dissolution de Lone Justice et qui n’a même pas alors 25 ans. Qui sort un premier disque solo sur Geffen (une major ou quasi) avec Mitchell Froom (pas le premier producteur venu). Ce disque éponyme sera quasi un bide. Il faudra attendre quatre ans pour que Geffen redonne à Maria McKee les moyens de faire un disque. Parce que quelqu’un là-dedans à dû se dire qu’une voix pareille, ça méritait une autre chance. Ah, je vous ai pas dit, Maria McKee est une putain de grande chanteuse. Qui ne se contente pas de poser ses octaves là où on lui dit, mais qui est capable d’écrire des chansons et de choisir des reprises qui déchirent leur race …

Et quand on lit les crédits ce « You gotta sin … », on se dit de suite que pareilles mouches au casting ne s’attrapent pas avec le premier vinaigre venu. Aux manettes en studio George Drakoulias, celui qui façonne le son des Black Crowes (remember, le meilleur croisement jamais entendu entre Stones et Zeppelin). Anecdote : pour l’assister, un ingé du son qui fera plus tard beaucoup parler de lui, le dénommé Brendan O’Brien (celui que tu vas chercher quand tu veux faire un mauvais disque, et c’est pas N. Young, Pearl Jam, Springsteen, AC/DC et une multitude d’autres qui me contrediront). De la partie également Don Was, Jim Keltner, Olson et Louris des Jayhawks, Auer et Stringfellow des Posies, Benmont Tench des Heartbreakers de Petty, les Memphis Horns (les souffleurs de chez Stax derrière Hayes, Redding, etc …). Comme qui dirait du beau monde. Sans compter Dennis Hopper (oui, le vrai, celui de « Easy rider ») pour la photo de pochette. Tout ce beau monde n’est pas venu que pour cachetonner, on trouve écrit en gras dans les notes de pochette « This is not a solo album. The Band is : »). Et quand McKee ne chante pas ses compos, elle reprend des choses des Jayhawks, de Gerry Goffin & Carole King, ou de Van Morrison (deux titres). Tiens, vous en connaissez beaucoup, qui se hasardent à reprendre du Van The Man, tellement il a l’habitude de placer vocalement la barre haut le bougon barde irlandais ? Ben Maria McKee elle le fait et plutôt bien.
« You gotta sin … » (dix titres, quarante minutes), c’est de l’americana de haut niveau. Un savant mélange de folk, soul, rock, rhythm’n’blues, gospel, … Chantés par une voix qui marque son territoire sans être démonstrative.  Le premier nom qui me vient à l’esprit s’il faut une comparaison c’est Tammy Wynette (et si vous savez pas qui est Tammy Wynette, allez écouter « Stand by your man », et vous gourez pas, pas la version de Lemmy Motorhead et de la plasmatique siliconée Wendy O. Williams, non, la vraie, l’originale). « You gotta sin … » monte en puissance, débute par une sorte d’échauffement, de mise en bouche (« I gonna soothe you », mid tempo rock soul funky). Avant un première reprise relax de Van Morrison (l’antique « My lonely sad eyes », pas une des plus connues des Them, son premier groupe).

Dès le troisième titre (« My girlhood … »), McKee commence à lâcher les watts vocaux sur cette ballade nerveuse. Juste avant le premier sommet du disque, « Only once ». Une merveille de country rock, la voix de cristal du début qui évoque tellement Emmylou Harris, qu’on s’attend à voir apparaître celle de Gram Parsons au détour d’un couplet. Ce titre retrouve par moments (pompage ?) la magie mélodique du « Christian life » des Byrds période Gram Parsons (comme quoi tout est dans tout, et inversement …). Et tant qu’on est à évoquer des similitudes vous risquez de trouver par moments des choses qui rappellent « Only love can break your heart » de Neil Young dans « I forgive you », grosse perf vocale de la Maria sur cette soulerie de facture classique.
Deux reprises suivent. « I can’t make it alone » de Goffin-King, c’est le titre le plus rock de l’album, avec Drakoulias à la batterie qui n’oublie pas de se mettre inconsidérément en avant au mixage. Antithèse, la reprise des Jayhawks (« Precious ») est servie unplugged, avec guitares acoustiques, harmonica et tout le tremblement pour servir d’écrin à la voix de cristal de la Maria.
Mine de rien, sans rien à jeter, on arrive au dernier tiers du skeud. Et là, acrochez-vous, surgit une extraordinaire version de « The way young lovers do », un des vrais grands titres du surestimé chef-d’œuvre de Van Morrison « Astral weeks ». McKee se lâche complètement sur cette relecture sauvage, s’offrant même un passage de scat vers la fin. Le spectre d’Aretha Franklin accompagne la powerful soul ballad « Why wasn’t I more grateful », le genre de titre où on ne peut pas être quelconque faute de se vautrer dans le ridicule. Le morceau-titre (« You gotta sin to get saved » donc) est l’apothéose finale, c’est une tornade rhythm’n’blues gospelisante, tout le monde est à fond et semble t-il captured live.
Aujourd’hui, la cinquantaine entamée, Maria McKee est une sorte de bibelot chantant encombrant. Pas besoin d’être devin pour affirmer que la confidentialité sera son avenir.

Reste ce « You gotta sin … » intemporel à la beauté qui n’est pas près de s’estomper …


BOB DYLAN & THE BAND - THE BASEMENT TAPES (1975)

Sacré Graal ?
Cette chose-là, double vinyle parue en 1975, était depuis quasi une décennie l’objet des élucubrations, frissons et fantasmes les plus fous chez tous les fans du petit Bob. Un truc aussi recherché et improbable que le monstre du Loch Ness. Pensez donc, une ribambelle de titres enregistrés tous potards de coolitude sur onze par Dylan et ses accompagnateurs de l’époque, The Band. Et à un moment crucial, à partir de juillet 1966, alors qu’au faîte de son art et de sa gloire, le ménestrel frisé s’était reclus en pleine cambrousse, à quelques pas de Woodstock. Soi-disant pour se requinquer après un accident de Triumph.
Ouais, la vie et l’œuvre de Dylan revisités façon chanson de geste, si ça fait un peu sourire aujourd’hui, à l’époque c’était une affaire autrement plus sérieuse. Parce que Dylan, déjà à l’époque, c’était Dylan. Le nom à balancer lorsqu’il fallait causer choses sérieuses. Sauf que le wokandwoll c’est toujours mieux quand c’est fait par des gens pas sérieux, et surtout à cette époque-là. Dans les sixties, Dylan était la chose des intellos binaires, de tous les ceusses coincés du popotin qui préféraient se prendre le chou à essayer de comprendre de quoi pouvait-il bien causer et quel était le sens caché de ses hermétiques sonnets folk. Y’en a même qui ont pondu des sommes farcies de renvois et d’annotations pour expliquer chacune de ses chansons. Ce qui doit bien faire marrer Dylan parce qu’à force de tirer sur le oinj, de renifler des buvards ou des poudres blanches, t’écris des trucs que tu sais même plus ce que ça veut dire quand par hasard tu te réveilles à jeun, et puis tu t’aperçois que des décennies plus tard, des rats de bibliothèque pondent des thèses sur un truc torché en cinq minutes les neurones en vrac …
Déjeuner sur l'herbe : Dylan & The Band
Où en viens-je avec ce départ cahoteux ? Que comme pour beaucoup, on a un peu trop exagéré avec Dylan. Oh, pas question de les minimiser, ni lui ni ses skeuds des sixties qui ont placé la barre à une hauteur vertigineuse pour la concurrence. Et c’est là le problème. Quand t’es monté trop haut, tu fais comme Icare, tu te crames les ailes et tu tombes de haut. Ou de moto. Ce fameux accident (ou pas, d’ailleurs, tant les dylanologues de tout poil continuent de s’écharper sur son existence même) lui a permis de se mettre en stanb-by. Parce qu’après avoir livré son triptyque ahurissant (« Subterranean … – Highway 61… – Blonde … »), ce genre de galettes indépassables et insurpassables, t’as du mal à enchaîner. Surtout que la concurrence elle sort pas des trucs dégueus. Beatles, Stones, Doors, Floyd, Hendrix, et même Presley revonnu on ne sait comment d’une décennie honteuse, j’en passe et pas des tocards ont relevé le défi et de quelle façon en cette fin des 60’s. Et quand Dylan reviendra avec deux disques inégaux (« John Wesley Harding » et « Nashville Skyline »), avant le naufrage du début des 70’s (« Self Portrait »), il ne sera plus dans le coup. Pire, ses admirateurs-copieurs (Donovan, Cohen, …) auront beaucoup plus de succès que lui. Humiliation artistique suprême, lorsqu’il sera beaucoup plus intronisé au Rock’n’roll Hall of Fame, tous ses amis fans (Petty, McGuinn, …) joueront avec lui « All along the watchtower », mais la version de Hendrix et pas la sienne d’un de ses rares classiques des late 60’s.

Dylan ne peut pas vivre sans musique, la preuve aujourd’hui où la septantaine largement entamée, il continue son Neverending Tour entamé depuis quarante ans, prenant un malin ( ? ) plaisir à massacrer plus de cent jours par an son répertoire sur scène. Or donc, et j’y arrive à ces « Basement tapes », le Dylan convalescent de 66 à 68 a continué d’écrire et d’enregistrer. Avec The Band, cet improbable conglomérat de Mormons du rock, bouseux rustiques et défoncés jusqu’aux yeux. Mais putains d’anthropologues et d’historiens de la musique américaine, auteurs sous leur bannière perso d’une paire de rondelles qui valent ô combien le coup d’oreille. Là, dans leur bicoque commune de Big Pink, les ploucs et leur gourou ont laissé tourner les magnétos, enregistrant des mois durant ce qui leur passait par la tête. Mais avec un leitmotiv, une figure imposée : du roots, toujours du roots. Certains voient dans ces enregistrements les Tables de la Loi de l’americana. Ouais, si on veut. En tout cas, tout ce que le monde musical comptait de fans du petit frisé vénérait ces enregistrements. Qui n’ont pas été publiés par la Columbia, mais qu’importe les bootlegs pullulaient, ces morceaux étaient disséqués, commentés et repris par une foultitude de gens. A tel point, que profitant d’un retour de flamme du Zim (la BO de « Pat Garrett », « Blood on the tracks »), sa maison de disques allait livrer en pâture à des foules consentantes le foutu double vinyle. Evidemment, réaction orgasmique des fans. Qui comme toujours ont tort.
Ces deux rondelles ne sont pas mauvaises, certes. Mais au lieu des deux douzaines de titres, la moitié auraient suffi (et dire que y’a pas très longtemps ils ont réédité ça en je ne sais combien de Cds pleins à la gueule, y’a des zozos qu’ont du pognon de reste pour se fader les éclats de rire de Robbie Robertson, les miaulements remastérisés du chat de Levon Helm ou toutes les scories sonores de cette époque-là).
The Band à Big Pink
« The basement tapes » en un truc en totale roue libre, passant du simplet dispensable (des copier-coller en moins bien du Dylan d’avant, le Band moulinant des rengaines poussives pécores, on sait pas si Dylan est seulement présent, en tout cas il chante pas sur tous les titres) au morceau qui te donne envie d’appuyer sur « Replay » à l’infini. Malheureusement, y’en a pas beaucoup dans ce cas.
Mais des choses comme « Million dollar bash » (un titre qui aurait pu figurer sur « Blonde … » ou « Blood … ») représentent la quintessence de Dylan (pas un hasard si ce titre est dans la compile bizarre « Biograph », assemblée par Dylan lui-même aux débuts de l’ère Cd). « Tears of rage » est monumental, c’est le « Whiter shade of pale » de Dylan, le pompiérisme de Procol Harum en moins. « You ain’t going nowhere » et « Nothing was delivered » sont deux autres grands titres, et la conclusion est un morceau fort connu, que la troupe baba Julie Driscoll, Brian Auger & Trinity avaient déjà repris en 1969 avec succès, l’énorme « This wheel’s on fire ».
Ce qui si on compte bien, fait cinq titres indispensables sur deux douzaines. Par pas mal de monde, ce serait un super score, quand il s’agit de Dylan, c’est un peu léger.
Question subsidiaire : comment expliquer que quand Dylan s’associe avec des groupes très connus (là le Band, plus tard le Grateful Dead ou les Heartbreakers de Tom Petty), ces gens-là sont toujours moins bons avec lui que quand ils volent de leurs propres ailes ?

Bon, vous cassez pas la tête, je m’en tape de la réponse …

Du même sur ce blog : 






NEIL YOUNG & PROMISE OF THE REAL - THE MONSANTO YEARS (2015)

Dorian Gray ...
Un petit tour au Rock’n’Roll Hall of Fame des has-been, ça vous dit ? Vous savez, là où on trouve les cadavres de tous ces types morts (pas forcément physiquement), toutes ces superstars qu’ont pas sorti un bon disque depuis au moins vingt ou trente ans, les Bowie, Stones, Springsteen, Prince, Wonder and so on … Pourquoi cette balade gothique me direz-vous ? Ben pour voir si Neil Young ne s’y trouve pas …
Un cas à part, lui. Nettement plus vieux que la plupart des croûtons suscités, et qui s’est entêté à sortir de bons disques dans les années 60, 70, 80 et 90. Qui dit mieux ? Personne, même pas Dylan. Ouais, mais voilà, le bon Neil depuis pile vingt ans (le fabuleux « Mirror Ball » avec les tocards du grunge Pearl Jam, fallait le faire, sortir pareil chef-d’œuvre avec pareille ribambelle de pas bons …), n’était plus que l’ombre chauve de lui-même, on le voyait traîner ses larsens et ses rouflaquettes tombantes sur tout un tas de galettes qui sentaient la redite, le pilotage automatique et l’inspiration aussi sèche qu’un vagin de centenaire. A tel point que le seul truc qui ait fait illusion, c’était le soundtrack de « Dead man », tout en saturation et grondements guitaristiques, enregistrés live pendant que défilaient les images de Jarmusch. Problème, sans les images justement, ce truc est inécoutable …
Neil (Plus Très) Young 2015
Par contre, Neil Young avait quelque peu accentué son côté Don Quichotte, soutenant de plus ou moins bonnes causes, de plus ou moins catastrophiques candidats à la Présidence US (alors qu’il est Canadien, de quoi il se mêle, ce con ?), se lançant dans des combats épiques perdus d’avance. Comme sa dernière tocade, le Pono, iPod version hi-fi, censé grâce à un encodage (de mouches ?) novateur, donner un son qui déchire sa mère … alors que le brave Neil, t’écoutes ses disques, on est quand même assez loin du Pharell Williams sound, t’as le choix entre de la saturation et du folk acoustique, pas besoin de stéréo de la mort pour ça, mais bon, c’est Neil Young et ses croisades …
Plus haut fait d’armes, l’ancien Roi des Hippies s’était reconverti dans l’humanitaire social concerné, était devenu la  pierre angulaire du Farm Aid, ce téléthon musical annuel pour les paysans américains, encore plus mal barrés que les bouseux d’Europe, ce qui n’est pas rien. Et on le voyait chaque année depuis trente ans arpenter les scènes du Midwest en compagnie de Willie Nelson (prenez des notes, y’a des trucs qui ont leur importance) et John (anciennement Cougar, on ne rit pas) Mellencamp, vous savez le Springsteen campagnard, celui qui fait des disques (pas mauvais au demeurant) sur des petites villes et des épouvantails…
Et pourquoi il fallait que Young les soutienne les culs-terreux yankees ? Ben en gros parce qu’ils se faisaient niquer grave par toute l’industrie agro-alimentaire,  peu soucieuse d’environnement, de commerce équitable, de partage et autres balivernes de gauchistes révolutionnaires et surtout prompte à ramasser tout le brouzouf qu’on pouvait tirer de l’agriculture. Principale cible : la multinationale Monsanto (on y arrive … quoi, qui a dit enfin ?) qui fournit graines et semences et pesticides divers pour que tes mouflets ils se gavent d’OGM et pèsent deux cent kilos à quatorze ans … En fait, Neil Young, c’est un peu le José Bové de son continent, la guitare en plus et la pipe en moins …
Promise Of The Real
Et aux concerts du Farm Aid, Young découvre les fils de Willie Nelson, Lukas, leader et guitariste, et Micah (comme papa est de toutes les éditions, ça aide pour se faire connaître, népotisme quand tu nous tiens …) et leur groupe Promise of the Real. Un groupe qui casse pas trois pattes à un canard transgénique, mais qui assure d’après quelques extraits écoutés, le minimum syndical en termes d’americana sans imagination. On sait pas trop pourquoi, Neil Young convoque ces minots pour enregistrer un disque. « The Monsanto Years » donc. Le truc à gros sabots, le gros pamphlet, la charge incendiaire qui mange pas de pain, mais qui fait bien dans un CV, ou, vu l’âge du Neil, dans une prochaine épitaphe : « Il est mort guitare au poing, dénonçant les complots des suppôts du capitalisme sans frontière qui exploitent les autres, les ruinent pour s’en foutre encore plus plein les fouilles etc, etc … », alors que les mecs maintenant ils ont la flemme de se brosser les dents, ils achètent un bidule électrique qui leur bousille les gencives, tu parles s’ils vont se bouger pour faire la révolution … Et bizarrement, la rumeur enfle, prétendant que vous allez voir ce que vous allez entendre. Sauf qu’on me la fait pas, des retours du diable vauvert orchestrés par le buzz de vieux schnocks qui seraient meilleurs à 70 balais qu’à 25, y’en a chaque semaine. Et quand t’écoutes leurs rondelles, oh putain la misère …
Et plus par réflexe boulimique que par conviction, tu mets le skeud dans le lecteur, t’appuies sur Play … une intro folky électro-acoustique dont voudrait même pas Hugues Aufray(ses), tu te dis que cinquante minutes ça va être long et que comme il fait un putain de cagnard, vaudrait mieux aller chercher une mousse pour aider à tuer le temps. Sauf qu’au bout d’exactement vingt et une secondes, il se passe un truc, y’a la foudre qui sort des haut-parleurs. Un riff de brontosaure, hyper cradingue, saturé, une batterie aplatissante jouée par un mammouth en rut, un tempo rampant comme un crotale ébouillanté, la voix du Neil certes vieillie, breathless mais toujours reconnaissable entre dix millions. Et les neurones en surchauffe font clignoter des titres qu’on croyait à jamais disparus, des « Down by the river », des « Cortez the Killer », des « Hey hey my-my », des disques comme « Live rust », « Ragged glory », « Weld », « Mirror ball », … Ouais, carrément … Le Neil Young que j’aime is back, alive and very well. « A new day for love », il s’appelle ce titre inaugural de « Monsanto years ».
Un peu fatigué, quand même, le Loner
Et ça va durer comme ça jusqu’au bout. Sauf sur « Wolf moon », la ballade acoustique éternelle, comme tout le monde en pond, et Young particulièrement sur « Harvest » ou sa fausse suite « Harvest moon ». Et ce « Wolf moon » n’aurait pas dépareillé dans ces deux classiques, c’est dire son niveau. « The Monsanto Years » est à peine un peu moins bon que « Ragged glory » (parce 70 balais le Neil, parce que Promise of the Real c’est pas Crazy Horse, que Lukas Nelson c’est pas Whitten ou Sampredo, et que moi aussi j’ai plus vingt ans …). Il y a des choses raisonnablement inenvisageables ou qu’on croyait maintenant inaccessibles à Young, cette colère électrifiée tous potards sur onze, ces coulis de distorsion, ces duels épiques de guitare, ces slogans braillés rage aux tripes. Des titres comme « People want to hear about love », « Workin’ man », « Monsanto years»,  sont proprement exceptionnels et « A rock star bucks a coffee shop », avec son refrain à limite de la rupture et son irrésistible gimmick sifflé est un des dix meilleurs morceaux que Neil Young ait jamais écrit. Et ne me dites pas que j’exagère, c’est brothers and sisters la putain de vérité vraie …

Disque de l’année, au moins …


Du même sur ce blog :

THE MAGNETIC FIELDS - 69 LOVE SONGS (1999)

1999, année érotique ?
Magnetic Fields, c’est la chose d’un type, Stephin Merritt. Qui aidé de quelques comparses sort des albums qui, pour ceux que je connais, sont hautement recommandables. Même s’il semble acquis que « 69 love songs » restera sa référence.
Parce que c’est pas une pub mensongère. Il y a dans ces trois Cds 69 chansons pour quasi trois heures de musique, peut-être bien un record. Logiquement, pareille idée a de quoi faire frémir, pendant que clignotent des warnings auriculaires et que défilent dans l’iPod interne les souvenirs des pensums idoines de Santana, Clash, Yes, Springsteen, Jojo Harrison et quelques heureusement rares autres, on s’attend au pire.
Stephin Merritt période 69 Love Songs. Pas très glamour ...
Ben non, « 69 love songs » c’est bien. Evidemment, y’a du déchet, mais pas tant que ça … et pas au niveau des compositions, qui tiennent étrangement bien la route, le type Merritt gambadant avec aisance dans une foultitude de genres. C’est plutôt au niveau du son que ça finit par devenir répétitif, le parti-pris (délibéré, certes, mais avait-il vraiment le choix et les moyens d’être plus « ambitieux » ?) lo-fi à tous les étages montre ses limites. Et puis, Merritt, avec sa voix grave de baryton à la Johnny Cash sur quasiment que des tempos mediums, c’est pas le chanteur du siècle. Heureusement, des potes se relaient parfois au micro et une douzaine de titres sont chantées par des femmes. Dont la voix de cristal de Shirley Simms, ayant un temps gravité dans la galaxie Violent Femmes.
Parce qu’il y a chez les Magnetic Fields l’influence (non, pas de Jean-Michou Jarre, quoi que, Merritt est fan éperdu de ABBA), mais de tous ces types et groupes américains cultivant un côté roots, austère et feignasse. Toute la frange country-rock à la JJ Cale, la nonchalance enfumée du Tom Waits période piano-bar, les déclamations poétiques rêches de Leonard Cohen, la proximité de l’os chère au Velvet (et donc par extension des Violent Femmes suscités), la modernité rustique de Wilco, les mélodies campagnardes des paysans du Band … et par moments, et en tout cas bien plus souvent que la plupart des copistes « americana roots », Merritt se hisse au niveau de ses maîtres.
Magnetic Fields maintenant. Merritt, c'est le gros barbu à casquette...
Et puis, comme il doit quand même être un peu barge, il se lance dans des choses … heu, curieuses, voire inattendues et en tout cas qui détonnent dans l’atmosphère générale et ravivent du coup l’attention. On sent que le type connaît par cœur la disco de Kraftwerk, doit avoir une palanquée conséquente de disques de Lee Perry, car les Magnetic Fields ne dédaignent pas de s’aventurer dans quelques plages (réussies d’ailleurs) de pop électronique très 70’s-80’s ou quelques dubs mélodiques à rendre jaloux tous les imitateurs du genre (qui a dit UB40 ?). De toute façon, suffit de voir la litanie imposante de tous les instruments joués par Merritt pour savoir que « 69 love songs » n’est pas une œuvre monolithique. Ce qui laisse parfois la place à quelques incongruités (fatigue, private jokes ?) sonores pastichant du punk-rock, un truc afro-cubain-salsa-bidule, des imitations (hommages ?) à Tom Petty, aux Stranglers de « Feline », au Clash de « Sandinista ! », … pour conclure le troisième Cd par une valse triste à l’accordéon. Sans oublier la ballade plaintive piano-voix (la superbe « Busby Berkeley dreams ») … et plein d’autres choses encore, le tout restant quand même cohérent.
Parce qu’il y a un fil rouge dans « 69 love songs ». Chansons d’amour, certes, mais chansons d’amour tristes, désabusées, voire cyniques. En tout cas jamais de « Oh baby, I’m so in love with you » ou autres roucoulades blettes. L’impression que Merritt qui signe seul 68 titres ( ! ) et cosigne l’autre, si un jour il va voir un psy, il va se ruiner en séances.

Ben ouais, pour autant réussi que soit ce pavé, il en a quand même pas vendu des camions …


ISRAEL NASH GRIPKA - ISRAEL NASH'S RAIN PLANS (2013)

Forever Young ?
Avec un blaze pareil, c’est pas gagné (et encore quelquefois on l’appelle Israel Nash Gripka, et ne me demandez pas pourquoi). Tu pars dans la vie avec un prénom qui te donne envie de buter tes parents tellement il est lourd à porter, et un nom qui peut faire croire que t’es le fils d’un Anglais, co-boulet avec Crosby de Stills et Young …
Ben non, Israel Nash, c’est pas le fils de Graham Nash, et c’est tant mieux pour lui, dans la musique comme ailleurs, l’ombre tutélaire des géniteurs se révèle souvent assez pesante … N’empêche, le Israel, il a sorti ces derniers temps un disque qui va faire croire que c’est le fils à Neil Young, pour rester dans la famille des Beatles américains.

Ce type est un rustique parmi les rustiques, et semble vomi du néant, ou plutôt des seventies (ou d’un « Spinal Tap » hillbilly) avec son look de baba barbu, qui s’entête à n’enregistrer dans son trou à rats du Missouri qu’avec du matos vintage tant au niveau des instruments que de la console (c’est lui qui produit, en plus, le gars sait ce qu’il veut et a vu le résultat, les capacités pour arriver à ses fins), il a fait un des meilleurs disques des années 70 qu’est pas sorti dans les années 70. On aurait envie d’écrire logiquement. Sauf que parmi les multitudes en manque d’imagination qui copient-collent les antiques générations, bien peu se hissent à ce niveau bluffant.
C’est bien simple, « Rain plans », il aurait pu sortir tel quel dans la disco de Neil Young, avant (ou après, peu importe) des choses comme « After the gold rush » ou « Harvest ». Et non, je déconne pas … Suffit d’écouter le skeud, c’est la pure vérité vraie. « Rain plans », c’est du folk qui s’ouvre au monde du rock, qui évite le pensum austère du type assis dans la pénombre avec sa guitare acoustique s’évertuant à tisser un répertoire que pourront reprendre des scouts à la veillée ou Cabrel en panne d’inspiration … D’ailleurs Israel Nash il a sorti un disque de folk plein de grattes électriques, et pas qu’un peu, mais qui jamais ne s’enlisent dans le gros son hardos.

Neil Young, c’est évident, plus souvent que de raison, mais sans pour autant qu’on puisse crier au plagiat. Totalement dans l’esprit et profondément différent, ne serait-ce que par la mise en avant de la pedal steel guitar, peu usitée dans la disco du Canadien. Si « Who in time », l’énormissime sommet du disque qu’est le titre « Rain plans », « Iron on the mountain », ou « Mansions » (on the hill ??), c’est pas du Young style pur sucre, je veux bien m’inscrire au fan-club de Stromae (les plus perspicaces l’auront noté, ça fait deux coms successifs dans lesquels je cite ce trisomique musical, mais j’y peux rien, je viens de le désigner comme héritier indiscutable des Mumuse, Coldplay et Radiomachin, catégorie Belge triste une fois …).
Bon, revenons-en à notre folkeux. Ouais, Neil Young, mais aussi le père Dylan. Dont « Woman at the well » qui ouvre le disque (country-rock pépère, mélodie « facile ») et « Rexanimarum » (qui le clôt en un parfait symétrisme et mériterait de devenir le « Knockin’ on heaven’s door » des années 2010) auraient pu telles quelles relever le niveau de nombre d’albums du Zim dans les seventies …
Curieusement, au mépris de tout sens mercantile (quelqu’un a-t-il dit à Israel Nash que des gens pourraient avoir envie d’acheter ses disques ?), c’est l’entrée de ce « Rain plans », en gros les trois premiers titres, qui est la plus faible. Enfin, faible, façon de parler, c’est le reste qui fait très fort.

Meilleur disque de l’année (dernière).


En écoute (et plus si affinités) ici



JAKE BUGG - SHANGRI LA (2013)

Un petit Bugg ?
Non, faut être sérieux, parce que lui, là, le Jake Bugg, c’est l’Espoir, celui qui va sauver le truc, remettre le machin dans le bon sens, faire revivre la chose … Il est jeune (19 ans), point trop laid (trollé ?), ça peut servir, et … Anglais. Bon, on fera avec, ça aurait été mieux si c’était un Ricain. Remarquez, il se rattrape en faisant une musique plus américaine qu’anglaise, à base de folk, rock ou pas, de country, etc, etc, …
Comme j’ai oublié ma boule de cristal, j’ai aucune d’idée du succès ou pas qu’il va réellement rencontré. Parce que tout le monde (enfin, ceux qui « savent », qui ont bon goût) enquille les superlatifs sur le présumé prodige. Mais en attendant, c’est Bieber et Gaga qui vendent …
Moi, j’émets quand même quelques réserves. On nous fait le coup du génie en devenir tous les dix mois. Après Miles Kane, Tame Impala, Ty Segall, Jacco Gardner, au tour de Bugg. Son disque, il est pour moi un ton en-dessous de ceux des autres sus-cités. Qui, soit dit en passant, ne sont pas des valeurs sûres pour autant. C’est pas eux, c’est Iggy Pop, Bowie ou les Stones qui passent à la caisse, qu’on voit ou entend dans les publicités …

« Shangri La » donc. Du nom du studio ayant appartenu à Dylan et The Band et où a été enregistré ce disque. Triple symbolique du titre pour ce qui concerne le rock, on peut y voir aussi la référence au girl group new-yorkais des 60’s, et à la chanson des Kinks. Faut faire gaffe, garçon, avec des appels du pied comme ça, faut être au niveau après. Bon, là, apparemment, il en manque … Pas faute de s’appuyer sur du solide, Pete Thomas, le « vieux » batteur des Attractions de Costello, Chad Smith celui des Red Hot, Brendan Benson (Raconteurs) à la co-écriture de plein de titres, et surtout le sorcier des manettes Rick Rubin. Lequel confirme avec ce disque qu’il est bon dans tous les genres, responsable ici d’une production « classique », sans esbroufe, mais qui réussit quand même à surpasser tout le reste, et surtout l’essentiel, les chansons …
Niveau écriture, c’est pas mauvais-mauvais, il y a même deux-trois trucs excellents, mais dans ces genres battus et archi-rebattus depuis presque cinquante ans, ce « Shangri La » n’a rien d’exceptionnel. Surtout que le Bugg est doté d’une voix qui rappelle assez souvent furieusement celle de Bob Dylan, c’est-à-dire assez « difficile » à l’oreille. C’est clairement le public ricain qui est visé dans ce disque, parce que sinon je vois pas trop l’intérêt d’entamer les hostilités par un morceau 100% country (« There’s a beast … »), et un suivant qui l’est quand même à moitié (« Slumville sunrise », doté d’une belle mélodie). Le reste navigue entre les mid-tempo d’une americana typique (« Messed up kids », « All your reasons »), accélérations franchement rock (« Kingpin »), relents de power pop comme c’était à la mode vers la fin des 70’s (« What doesn’t kill you »), assoupissement quasi laid back (« Kitchen table »), folks ou folk-rocks forcément dylaniens (« Me and you », « Pine trees »), torch song bien faite (« A song about love »), un truc pour finir qui me fait penser au vieux et oublié Country Joe McDonald, avec un emprunt mélodique au « Well all right » de Buddy Holly (« Storm passes away »)
Rien d’exceptionnel, du bon boulot un peu passéiste fait correctement. Peut-être un titre qui pour moi ressort du lot, « Simple pleasures », voix et instruments « concernés », atmosphère prenante, un truc qui pourrait passer à la radio, avec un bout de mélodie sur le refrain qui rappelle pas mal celle du « Zombie », gros succès en son temps des funestes Cranberries …

Je veux bien croire que Jake Bugg est un futur grand en devenir. Mais enfin, y’a encore du boulot, et il faudra sortir des disques autrement plus risqués et convaincants que ce « Shangri La », peut-être dans le haut du panier de la production actuelle, mais qui n’a rien de transcendant …


IAN HUNTER - SHRUNKEN HEADS (2007)

American Alien Boy ...
Un artiste culte, Ian Hunter. Un de ces types qui a failli être tout en haut, qui vent pas tripette, mais qui peut compter sur des fans acharnés qui achètent tous ses disques. Logé à la même enseigne que lui, et pour situer, on peut citer Elliott Murphy ou Graham Parker. Devraient monter un club, tous les trois. Futures très grosses stars en devenir des années 70 qui n’ont jamais vraiment concrétisé, et qui ont trouvé leur plus grand nombre de fans en s’expatriant (Murphy l’Américain en France, les deux British aux States).
Hunter, je le suis depuis Mott The Hoople … sans être un forcené de ses productions … de loin en loin, je vais voir ce qu’il fait. Là, franchement, j’aurais pas misé un kopeck sur lui pour ce nouveau siècle. Parce qu’à force trop vieux (le bonhomme est né avant que Adolf envahisse les Polaks, donc plus vieux que les Stones, Dylan, Macca et tous les autres), et parce qu’un jour il avait rejoint le club de tous les ringards du rock, le Ringo Starr All-Star Band. Et Hunter était de la promo comportant également la sublime mais oubliée batteuse de Prince Sheila E, mais aussi les affreux Hogdson (Supertramp) et Lake (Emerson, Lui-Même & Palmer). Et devant un parterre de cheveux gris ou blancs (pour ceux qui avaient encore des cheveux), entre un « Logical song », un « Yellow submarine » et une reprise de Little Richard ou Elvis qu’il accompagnait à la guitare, Hunter venait deux fois au micro dans la soirée. Une fois pour « All the young dudes », le coup d’après pour « Once bitten, twice shy »… Un peu triste, voire pathétique … Quarante ans de sang et de sueur au service du rock pour sept ou huit minutes devant les projos et une troupe en goguette de vieilles mémères à yorkshires …
Ian Hunter 2007
Ian Hunter, c’est pourtant un mec bien. Qui a pas bougé d’un iota depuis la fin des années 60. Tu vois une photo de lui aux débuts de Mott et une aujourd’hui, c’est la même. Les bouclettes rousses à la Dylan 66-67, et les éternelles dark shades (ça fait le look, mais dans son cas c’est une nécessité, il est très myope). Dès le départ, Hunter a su ce qu’il voulait faire, ou plutôt être : un clone de Bob Dylan. Malheureusement pour lui, il a toujours dû composer avec de fortes personnalités qui ont croisé sa carrière quand tout pouvait réussir (Guy Stevens, Mick Ralphs, David Bowie, Mick Ronson), s’est retrouvé pseudo-héros glam ou chanteur devant des guitaristes envahissants … Et surtout, dans tous les cas, prié de laisser toute tentative de dylanerie au vestiaire.
Il s’est rattrapé en solo, à partir du milieu des seventies, mais bon, n’est pas Dylan qui veut … et Hunter, qui avait ferraillé pendant des années pour se hisser tout en haut du London qui swingue, allait se consacrer à une musique beaucoup plus roots, beaucoup moins liée à la mode, ce genre de chose qu’on appelle maintenant americana.
Et ce « Shrunken heads » (ça y est, j’y arrive, mais bon, venez pas me raconter que vous saviez tout ce qui précède, je vous croirais pas … enfin, pas tous …), je vais vous dire un truc, il est excellent. Contre toute attente (enfin, la mienne …). Non seulement Hunter fait maintenant du Dylan 70’s avec la voix du Dylan des 90’s (c’est à dire bien mieux que ce que fait Dylan maintenant), mais en plus il rocke comme Springsteen et Seger savent plus, ou ballade comme … seuls les Anglais (genre Rod Stewart, Jagger, Burdon, …) ont toujours su faire quand ils se prenaient pour des chanteurs Américains.
Evidemment, personne l’a acheté « Shrunken … » … Petit label, genre musical pas à la mode (euphémisme), et puis, Hunter lui-même y croyait pas vraiment. C’est enregistré façon bœuf en studio (on les entend parfois se caler au début, parler, et rigoler à la fin), juste pour le fun, aucune pression, pas de comptes à rendre, plus rien à foutre du fuckin’ success… c’est peut-être d’ailleurs pour ça que ça fonctionne. Mais attention, le boulot est pas salopé pour autant, ça assure. Preuve que c’est pas une vaste blague, y’a le dénommé Jeff Tweedy qui vient duoter sur trois titres … oui, oui, le Jeff Tweedy de Wilco, celui-là même … Wilco étant je le rappelle le meilleur groupe américain de ce siècle qui aura ma peau …
Ian Hunter live 2013
Bon, « Shrunken … », on le comparera pas non plus à « Born to run » ou « Blonde on blonde ». Parce qui si tout est grosso modo honnête sur la onzaine de titres, y’en a trois-quatre qui s’oublient vite, hyper-prévisibles et convenus, sans la petite trouvaille, le petit gimmick, le break, la mélodie du refrain, le lick de guitare qui donnent à un morceau un goût de revenez-y.  Par contre, quand tout s’emmanche bien, on se régale d’écouter des « Words (big mouth) » avec un Hunter tellement Dylan des meilleurs jours que c’en est troublant, des rocks velus et couillus pour hommes comme « Fuss about notin’ » ou « Strecht », les ballades éternelles made in 70’s comme « Read ‘em ‘n’ weep » ou « Shrunken heads » (là, on jurerait les Faces qui accompagnent un Rod Stewart – en petite forme le Rod car Hunter n’a quand même pas le gosier d’acier de l’Ecossais au fort tarin). Et puis, il y a le titre qui aurait pu être celui de toute une génération (enfin, celle de Hunter, celle des vieux de la vieille encore en vie), l’excellemment bien nommé « I am what I hated when I was young ». Dommage que ce « My generation » pour cheveux blancs soit gâché par la plus grosse (la seule ?) faute de goût du disque, un ridicule accompagnement country avec banjos et tout le tremblement. Non, mon pauvre Ian, t’aurais pas dû te prendre sur ce coup pour Waylon Jennings, t’es pas crédible une seconde dans cet exercice …

Aux dernières nouvelles, sa septième décennie bien entamée, Hunter qui de toute façons est bien incapable de faire autre chose, continue de sortir des disques (encore un cette année). En accélérant même les cadences de parution …


MAZZY STAR - SEASONS OF YOUR DAY (2013)

Amazing ...
Quand on pense à ce que sont devenus les héros-triomphateurs des mornes années 90 (quelqu’un pour prendre la défense des derniers disques de Björk, Radiohead, Massive, Smashing Machins ou Oasis ?), on se dit que certains avaient bien fait de disparaître de la circulation, en laissant derrière eux des disques intéressants. Mazzy Star n’a jamais eu la notoriété et le poids commercial des mammouths suscités, mais ils avaient quitté la scène du grand rock’n’roll circus sur une triplette de bons disques.
Et voilà que près de vingt ans après leur dernier skeud (« Among my swan », bon cru du millésime 1996), ils remettent çà. Bon, le groupe n’est pas très difficile à réunir, ils ne sont vraiment que deux. David Roback, au long passé indie-rockeux (il avait commencé dans Rain Parade, ce qui ne rajeunit personne, et surtout pas lui) et Hope Sandoval, voix éthérée sortie d’on ne sait quels limbes, plus connue par ici grâce à une pub pour Air France (« Asleep from day », musique des Chemical Brothers), ou pour avoir été un temps la compagne du bougon boutonneux William ( ? ) Reid, des fabuleux Jesus & Mary Chain.

Forcément, un disque dont on n’attend rien et même pas la parution ne risque pas d’être décevant. Mais là, comme ça, sans avoir pris la peine de réécouter ceux d’avant (je sais c’est pas bien, mais je m’en fous), je dirais que c’est leur meilleur. D’abord, ceux qui caressaient l’espoir que Hope (joke, on rit) aurait conservé sa voix unique seront ravis, on la reconnaît dès la première mesure, et c’est toujours un enchantement.
« Seasons … » à première écoute a tout d’un disque monolithique. On savait le groupe peu enclin à développer des chants de fin de banquet, donnant plus volontiers dans le morose plutôt que dans le rose. La base de Mazzy Star, c’est du folk, qui se teinte parfois de (country)-rock tout en retenue. Résultat, on se retrouve avec un disque totalement hors du temps, qu’on pourrait croire sorti en 1973 et qui ne sonnera pas démodé dans quatre décennies. Passent à mesure que défilent les titres les ombres et souvenirs de Nick Drake (« California », « Sparrow »), Joni Mitchell ou Joan Baez (« Seasons of your day »), du Band quand ils moulinaient derrière les grands disques de Dylan (« In the kingdom »). Bien sûr, un peu partout, quand un fond noisy et bourdonnant vient parasiter la fragilité des mélodies, c’est le Velvet Underground chéri du groupe qui remonte à la surface (« Common burn » et « Spoon », réminiscents des ballades mortifères de la bande à Lou Reed).
Mais finalement, le nom qui revient le plus souvent à mesure que défilent les titres, c’est celui, pourtant assez inattendu, de Ry Cooder. « Seasons … » est une véritable ode à la slide guitar, Roback en met partout, prenant plaisir à étirer ces notes métalliques traînantes, et on pense alors très fort à Nastassia Kinski et son pull-over rouge dans « Paris, Texas ». Et puis, pour en rajouter encore une couche dans le côté rustique et intemporel, de l’harmonica vient parfois se mêler à cette fête sonore.
Sur dix titres, seuls deux sont un peu plus rythmés, le classique country-rock de « Lay myself down » et le très beau et surprenant final (« Flying low »), qui évoque très fortement « The Rover » de Led Zep, un « The Rover » joué un petit matin blême avec une gueule de bois carabinée…

L’automne et la grisaille arrivent. « Seasons of your day » en est la bande-son idéale. Et ce disque est tellement bon qu’il pourrait même passer l’hiver …


JACKSON BROWNE - FOR EVERYMAN (1973)


Au centre du centre ...

Jackson Browne, c’est le type dont on ne peut raisonnablement pas dire de mal. De toutes façons personne ne dit jamais de mal de Jackson Browne, c’est pas moi qui vais commencer.
Jackson Browne, c’est le songwriter doué, le bon chanteur, le type sympa, beau gosse et engagé dans plein de bonnes causes. Le gendre idéal des années 70. Musicalement, c’est clean, bien foutu, du classic rock américain (pléonasme) comme beaucoup l’aiment. Des influences et des copains irréprochables (le country-rock, Gram Parsons, Dylan, les Eagles, Springsteen, …). Des ventes de disques conséquentes également (chez lui aux States, parce qu’ailleurs, c’est confidentiel).
« For everyman » est son second disque, celui qui va l’installer pour des décennies au premier plan du paysage musical. Browne n’est pas un inconnu pour autant. Les curieux qui lisaient les notes de pochette de disques avaient déjà vu son nom dans le casting (pléthorique il faut dire) du Nitty Gritty Dirt Band, et dans les crédits de quelques compositions sur les disques des Eagles, des Byrds, ou Linda Ronstadt. Browne avait commencé très jeune, la légende veut qu’il ait été remarqué (et dépucelé, y’a pire pour débuter dans la vie sexuelle) par Nico dans le milieu des années 60. En tout cas, c’est sur le disque solo « Chelsea girl » de l’éphémère chanteuse du Velvet qu’on le retrouvera un peu partout dans les crédits.

Mais pour Browne, le premier jackpot viendra avec « Take it easy » co-écrit avec Glenn Frey, et premier gros succès de la carrière des Eagles en 1972. Et tout ce tissu d’amitiés occasionnera des retours d’ascenseur sur ses disques à lui. Ainsi on retrouve impliqués sur ce « For everyman » tout le gotha du rock West Coast (Frey et Henley des Eagles, Crosby, Joni Mitchell, Bonnie Raitt,…), celui qui restera son inamovible complice David Lindley (multi-instrumentiste avec prédisposition particulière pour le violon, électrique ou pas), et même cette grande folle d’Elton John au piano sur un titre et sous le pseudo (question de contrats) Rockaday Johnny.
« For everyman » débute par « Take it easy » qui va définir la couleur de l’album. Par rapport à la version des Eagles, celle de Browne est un peu plus clinquante, un peu plus « tape-à-l’oreille », avec un tempo un peu plus accéléré. Mais on reste en territoire connu, du country-rock bien dans la ligne du parti. Le reste est à l’avenant, musardant entre soft-rock, country rock, ballades pour chialer dans sa bière, mise en place sérieuse, bonnes compos, bien jouées, bien chantées, sans faute de goût. On bat plus vite la cadence quand arrive « Red neck friend » et son piano boogie-woogie, on pense à Dylan époque The Band (les inflexions de la voix, le souffle épique de ce titre le plus long du disque, le Hammond B3) avec la chanson-titre. Quand le tempo se ralentit au milieu d’arrangements de bon aloi, on se retrouve avec « These days », succès dans les charts et un des classiques de son auteur.
A ce stade, il faut bien placer le mot qui peut fâcher : centriste. Tout dans ce disque est bien joli, bien mignon, bien gentil. « For everyman » s’écoute facilement, passe comme une lettre à la poste. C’est bien fait, mais ça manque quand même de vie, de tripes … ça a tendance à s’oublier facilement …

STEPHEN STILLS - MANASSAS (1972)


Le super-groupe de Stills

Quelque peu oublié aujourd’hui, Stephen Stills était au début des années 70 un des grands noms du rock ayant tour à tour fait partie de Buffalo Springfield, Kooper – Bloomfield – Stills, Crosby Stills Nash (& Young). Peut-être un petit problème d’ego, ce n’était pas forcément lui la star dans tous ces groupes. Et donc à la première occase, en l’occurrence l’implosion d’un CSN & Y en pleine gloire, Stills monte un projet mahousse, un brin mégalo, un (what else) super-groupe.
Alors que la plupart de ces conglomérats de people se limitaient généralement à un trio hyper technique (prototype : Cream), Stills va mettre sur pied une équipe très étoffée, en s’adjoignant six compagnons d’armes. Evidemment, lire le casting de la formation de Stills aujourd’hui, à moins d’être un passionné de ces vieux sons pour grabataires, n’est pas très parlant. Mais à l’époque, des gens comme Chris Hillman (Byrds puis Flying Burrito Bros), Al Perkins (accompagnateur de Gram Parsons), Samuels et Taylor (la section rythmique de CSN & Y), Joe Lala ou Paul Harris (musiciens de sessions très cotés) avaient été de tous les bons coups californiens et bénéficiaient d’une notoriété certaine.
« Manassas » sera un double vinyle, et entend bien marquer son temps. Il y réussira, définissant les bases d’un rock américain « West Coast », qui culminera quelques années plus tard avec le succès (hold-up ?) des Eagles. On trouve dans cette musique un retour aux sources (touches de country, bluegrass, blues, rock’n’roll …), enrobé de guitares souvent furieuses (Stills est un excellent guitariste), porté par de superbes harmonies vocales. Stills montre qu’il est en outre un superbe compositeur tout-terrain (il signe seul pratiquement tous les titres), avec  les magnifiques mélodies pop de « Both of us » et « It doesn’t matter ». Et comme il a traîné suffisamment de temps avec Neil Young, ça laisse des traces, l’écriture  est parfois similaire (« Hide it so deep », « Colorado »).
Chaque face du vinyle original avait un titre (titre de la dernière : « Rock and roll is here to stay », quand je vous parlais de Neil Young …) et une couleur sonore plus ou moins homogène, et le disque se terminait par un hommage (« Blues man ») aux premiers héros du rock tombés guitare à la main : Jimi Hendrix (pote de jam de Stills), Al Wilson de Canned Heat et Duane Allman.
Et même si aujourd’hui, on peut trouver à la longue dans « Manassas » quelques redites et quelques longueurs datées, il n’en constitue pas moins la pièce maîtresse de l’œuvre de Stills et un des disques de référence du rock californien des années 70. Si le terme avait existé à l’époque, on dirait que c’est un grand disque d’americana.
Le « groupe » fera paraître un an plus tard une suite (« Manassas down the road ») sans trop de conviction, avant que trop d’egos au mètre carré conduisent à l’éclatement logique, chacun s’en retournant avec plus ou moins de bonheur vaquer à ses projets solo … 

WILCO - YANKEE HOTEL FOXTROT (2002)


Fallait pas ...

Oh non, fallait pas se pointer avec un disque aussi bon chez les gros cigares de chez Reprise (le label) et de Warner (la maison-mère). Parce que les comptables qui prétendent s’occuper de musique (et accessoirement y connaître quelque chose), ils ont toussé quand Jeff Tweedy est venu leur faire écouter les bandes de son nouveau disque « Yankee Hotel Foxtrot ». Et les hommes de l’art(gent) n’ont pas voulu de pareille chose.
Quoi, ce Wilco, considéré par beaucoup comme le meilleur groupe de classic rock étatsunien, auteur de choses comme « Being there » ou « Summerteeth », qui faisaient tripper tous les tenants d’une americana moderne, et promis s’il avait continué sur la lancée à un grand avenir dans le rock pour stades, voilà t-il pas qu’il se pointe avec un disque de … pop anglaise, et encore de la pop qui semble agencée par quelque savant fou. Un disque qui a l’outrecuidance de commencer par le plus mauvais titre (« I am trying to break … ») des onze, de quoi faire fuir le client (euh, pardon, l’amateur de musique), qui sera quelque peu rebuté par une intro désordonnée, une mélodie feignasse, la voix endormie de Jeff Tweedy, … du n’importe quoi maîtrisé, mais un peu du n’importe quoi quand même …  Le disque dans son ensemble se verra refusé par la maison de disques, le contrat sera rendu à Wilco, qui malgré sa bonne réputation, cherchera un label pendant des mois, avant d’être signé par l’indépendant Nonesuch (distribué par ... Warner, comprenne qui pourra). Les ventes conséquentes de « Yankee … » et des suivants fera que les deux parties auront tout lieu de se réjouir de cette coopération, jusqu’à ce que Wilco crée sa propre structure (dBpm) pour son dernier (et très excellent « The whole love »). Fin de la parenthèse gros sous …
Car pour la musique, y’a pas débat. « Yankee Hotel foxtrot » est un monument, pour moi le meilleur de Wilco et un des tout meilleurs disques des années 2000. Il y a dans ces onze titres des mélodies, des trouvailles que l’on croyait impossibles à entendre tant dans ce qu’on appellera faute de mieux le classic rock, tout semblait déjà avoir été fait et refait depuis des lustres. Le cœur du disque est monumental, de « War on war » à « I’m the man loves you », un enchaînement de cinq titres comme on n’en fait plus, je vous le dis ma bonne dame … Et on a beau les passer en boucle, on n’arrive pas à savoir si on préfère l’énorme nostalgia évoquée par l’autobiographique « Heavy metal drummer », la folie de « I’m the man … » (ses « whouhou » à la « Sympathy for the Devil », ses riffs rhythm’n’blues, ses sonorités hendrixiennes, le genre de fusion après laquelle les laborieux Red Hot Chili Peppers courent depuis vingt cinq ans), la merveilleuse ballade mid-tempo de « Jesus, etc … », les gargouillis de guitares et la mélodie sautillante de « War on war », ou le rock down tempo avec ses synthés apocalyptiques au final de « Ashes of american flag ».
Et le restant, autour, est pas mal également. Malgré l’assez ardu titre d’ouverture, (qui trouve son écho symétrique dans le final de la dernière piste avec ses synthés rappelant ceux des plages instrumentales de « Heroes » de Bowie), on en connaît beaucoup, en couverture de mags musicaux, qui aimeraient bien avoir été capables de glisser ne serait-ce qu’une des chansons « moyennes » de ce disque sur leurs rondelles à eux.
Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur ce disque. Notamment la surévaluation du rôle du frangin Bruitos, la mouche du coche noisy Jim O’Rourke (le cinquième Sonic Youth d’avant la débandade), sous prétexte que son nom figurait au générique de ce « Yankee Hotel Foxtrot ». Il n’est crédité que du mixage (les Wilco sont à l’époque quatre en studio et six sur scène, pas manchots, n’ont besoin de personne pour jouer sur leurs disques, et celui-ci ils l’ont produit), et cet aspect parfois noisy-bruitiste qu’on trouve dans les titres, le groupe l’a par la suite fait sans lui. Ce côté sonore un peu bourdonnant, parasité, plus rarement abscons et dissonant a valu à Wilco le qualificatif à cette époque de « Radiohead américain », le parallèle étant fait entre l’évolution des uns et des autres de « OK computer » à « Kid A » et de « Summerteeth » à « Yankee … ». Qu’on puisse comparer les endives blettes d’Oxford à Wilco relève d’une excellente performance à des tests de surdité ou de mauvaise foi, voire des deux …

Des mêmes sur ce blog :
The Whole Love 

THE GUN CLUB - MIAMI (1982)


Racines hantées ...

Le Gun Club, c’est tellement invraisemblable, toute l’histoire, et surtout les débuts du groupe, ça tient de la mythologie du binaire. Au départ c’est une histoire de fans, et même de fan-clubs. Le Gun Club fut fondé par le président du fan-club des Ramones, Kid Congo (Powers),  et par celui du fan-club de Blondie, Jeffrey Lee Pierce. Bizarrement, le Gun Club (nom choisi parce que lors de son arrivée à Los Angeles, Pierce avait été surpris du foisonnement de ces clubs d’entraînement au maniement des armes, vivier intarissable de sympathisants de la sinistre NRA, d’électeurs républicains, et d’apprentis serial-killers dans les centres commerciaux, les églises ou les écoles – fin de la parenthèse), n’a que peu à voir avec Blondie ou les Ramones.
The Gun Club 1982
C’est avant tout un groupe nostalgique, composé d’éboueurs sonores, passant leur vie à fouiller dans les poubelles du blues, de la country, du rock’n’roll, … afin d’y dénicher quelques pépites un peu bizarres, faites par des gens un peu cinglés, tout cela constituant les alluvions qui vont servir à sédimenter le son du Gun Club.
En se focalisant sur l’aspect sordide, noirâtre, de cette musique. Ceux qui suivent sont en train de hurler le nom des Cramps. Oui, mes petits chéris, mais les Cramps s’arrêtaient au côté rockab et ’n’roll et pour Lux et Ivy tout disque paru après 1960 était suspect de modernité trop mise en avant. Et dans leur genre, les Cramps étaient les meilleurs. Le Gun Club lui ratisse plus large au niveau palette sonore, les deux groupes étant à leurs débuts rigoureusement indispensables.
« Miami » est un des meilleurs disques des 30 derniers siècles. Et pour accoucher d’un Cd comme ça, il faut être « différent ». Or Jeffrey Lee Pierce, le leader du Gun Club est « différent ». Il est hanté, possédé, envoûté par sa musique et cela s’entend. Et désormais, même si « Miami » n’est que le second disque du Gun Club, seul maître à bord (Kid Congo a quitté le groupe avant la parution de « Fire of love », l’également incontournable premier disque, pour aller rejoindre les « rivaux » des Cramps). Pierce est un auteur assez étonnant, remplissant ses titres d’un minimalisme épique. Pour faire simple, c’est de l’ultra basique, mais la puissance conférée à ces titres leur donne des allures de super production. Une super production pas en Technicolor scintillant, ici la palette explorée serait dans un nuancier de gris sombre et de noir. Tiens, puisqu’on parle de production, elle est signée Chris Stein, guiatariste et co-leader de Blondie (Debbie Harry apparaît dans les chœurs sur un titre), et c’est le couple Stein-Harry qui a permis au Gun Club d’être distribué par Chrysalis, et qui a mis quelques dollars dans la marmite pour que ce disque puisse voir le jour.
Jeffrey Lee Pierce
Ce disque, plus encore que le précédent du Club, a fait l’effet d’une bombe. Avec un Jeffey Lee Pierce en Adonis peroxydé et déglinguo, encore beau et tout juste un peu enveloppé, multipliant attitudes chamaniques et poses langoureuses sur scène. Récoltant au passage des comparaisons avec Jim Morrison et le Brando d’« Un tramway nommé Désir ». Des comparaisons qui seront longtemps valables, avant que les quantités industrielles de boissons pour hommes et de poudres blanches consommées par Pierce le fassent également s’épaissir physiquement. Et puisqu’on parlait de Désir (elle est pas grosse, la ficelle ?), on rappellera aux plus jeunes que Noir Désir a à peu près tout pompé sur le Gun Club, ce qu’ils ont d’ailleurs toujours reconnu, allant même jusqu’à faire un « Song for JLP » qui se passe de commentaires …
Il est question avec « Miami » d’exploration des racines de la musique populaire américaine : blues, country et leur progéniture illégitime, le rock’n’roll. Et dans sa démarche, ce disque se rapproche du « L.A. Woman » des Doors (vous ai-je déjà dit le parallèle qui avait été fait entre Pierce et Jimbo ? … c’était pour voir si tout le monde suivait). Jeffrey Lee Pierce part des des transes épileptiques au moindre prétexte, atteignant en intensité certaines prestations bien allumées d’Iggy Pop.
La reprise de « Run through the jungle » de Creedence (peut-être le plus grand groupe de rock’n’roll américain) est à la hauteur de l’original et le transcende par sa noirceur tragique et désespérée. Le lancinant « Texas serenade » et le « crampsien » « The fire of love », se détachent à peine d’un disque dense et compact qui est à aborder dans son intégralité, c’est une œuvre homogène, épaisse, lourde, parfois tragique et désespérée, et pas un assortiment de bric et de broc de titres mis les uns à la suite des autres pour arriver à garnir 40 minutes de plastique noir …
Les fans (peu nombreux, de quelque côté de l’Atlantique qu’on se situe) s’entêteront à trouver des œuvres majeures dans les disques qui suivront (pas beaucoup du Gun Club, quelques-uns de Pierce en solo, le compte est pas facile à faire, beaucoup de matériel étant plus ou moins « non officiel »). Les fans (par définition) ne sont pas lucides. La quintessence du Gun Club, le seul incontournable du groupe, c’est « Miami » …