DRIVE LIKE JEHU - YANK CRIME (1994)


Cryptique ...

Ils n’ont duré que le temps que le raz-de-marée grunge monopolise l’attention, quelques années au début des 90’s. Autant dire qu’ils ont pas fait les unes des JT. D’autant plus qu’ils ne faisaient pas du grunge, mais un bouillon sonore pas simple à définir, assez original en tout cas …
A l’origine de Drive Like Jehu, deux guitaristes, John Reis venu de Rocket From The Crypt dont je connais juste le nom, et Rick Froberg qui après moultes péripéties finira bien des lustres plus tard leader du très intéressant garage band Obits. Ce sont ces derniers que j’avais repérés, et je suis arrivé à Drive Like Jehu en remontant l’écheveau … et ma foi, je regrette pas.
C’est de la musique pour hommes, et le genre de groupe qui fonce droit dans le mur et réfléchit après. Non pas que ce soit un truc speed et bourrin, ce serait même plutôt le contraire. Mais c’est le genre de musique qui se veut « crédible », et qui fuit donc comme la peste tout ce qui pourrait être joli, sympathique, radiophonique (ça y est , le gros mot est lâché).
Les Drive Like Jehu font leur truc, sans se soucier du résultat. Evidemment, les majors n’ont pas voulu de pareille chose, ils sont sur un (très gros) label indépendant, Interscope. Plein d’étiquettes sont accolées à la musique de Drive Like Jehu ( post-hardcore ( ? ), alternative pop ( ? ), emo ( ? ), …), autant dire que c’est pas quelque chose de simple, qu’on entend à tout bout de zapping …
Ça commence en tout cas très fort, avec un tir de barrage hardcore impressionnant (« Here comes the Rome plows ») de presque six minutes, où surnagent des éléments que l’on retrouvera tout au long du disque, une rythmique implacable (avec mention particulière au batteur Mark Trombino), des guitares qui tronçonnent (Reis), et le chant hurlé de Froberg. Et curieusement, alors que beaucoup de choses tirent vers le côté hardcore, (genre musical habituellement servi par des brûlots pied au plancher de deux minutes), les titres les plus marquants de Drive Like Jehu sont les plus longs (on parle là de morceaux taquinant les dix minutes). Les plus retors vont alors insinuer que c’est du fuckin’ prog planqué sous une carapace métallique. Et pour une fois les tenants de la funeste musique n’auront pas tout à fait tort, on pense quelquefois aux dérives noirâtres et tendues de King Crimson époque « Red » (l’épopée bruyante et torturée de « Luau »), voire aux Metallica circa « … and justice for all » à l’écoute de « Super Inison ».
Les titres d’une durée plus « raisonnable » allient pression rythmique oppressante à la Black Flag ou Big Black. Quand le rythme se ralentit, mélangeant climat oppressant et tempos lourds et torturés, on n’est pas très loin d’Alice In Chains (« Do you compute »). Le dernier titre (« Sinews »), le plus construit et alambiqué du disque passe d’une intro « atmosphérique » avant que des riffs lents et lourds, malsains et dérangés, prennent le dessus, et se dirigent vers un final sauvage.
Trois bonus ont été rajoutés, la « version originale » de Sinews (maquette ?) qui montre la transformation du titre par le boulot accompli en studio, et les deux titres d’un 45T paraît-il légendaire mais sans grand intérêt (« Bullet train to Vegas » / « Hand over fist »), « Bullet … » étant une sorte de hard incantatoire à la Iron Maiden, c’est dire si on s’en fout …

NOIR DESIR - TOSTAKY (1992)


Soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien ...

Faisons comme si … comme si ce disque était le meilleur de Noir Désir, et un des meilleurs disques de rock (le meilleur ?) jamais sorti en France … en oubliant tout le reste … comme si plus rien n’avait d’importance …
Des années que je l’avais pas écouté, comme tous les autres de Noir Dèz. De toutes façons, depuis qu’il était sorti, je l’avais mis sur la platine tant de fois que je le connais par cœur …
J’ai jamais été fan (trop vieux, tout çà, y’a bien longtemps que je suis plus fan de personne…), mais force est de reconnaître que Noir Désir fut le groupe d’une génération, comme dix ans plus tôt Téléphone. L’oasis dans le désert qu’a toujours plus ou moins été le paysage rock français, en état de tchernobylisation quasi permanent. Apprécié, Noir Désir le fut, avec un succès qui ira même s’amplifiant, alors que la qualité de leurs disques déclinera dans les années 90. Et surtout Noir Désir fut un groupe respecté. Tatillon sur la communication, sur l’art et la façon de dire les choses. S’impliquant sans trop de tapage médiatique (à l’opposé des Enfoirés qui portent  bien leur nom, tout pour l’auto-pub et pas grand-chose pour la cause) pour des causes plutôt éloignés des sunlights des médias mais qui n’en valaient pas moins les autres …
Un groupe très soucieux, pointilleux même, sur son image et sa communication. Fonctionnant à la soviétique, avec un porte-parole officiel le batteur Denis Barthe, et s’entêtant à véhiculer une image communautaire, alors que tous les regards se focalisaient sur la belle gueule du chanteur Bertrand Cantat. Un groupe qui faisait tout pour rester honnête et intègre dans la jungle du show-biz qui a vu tant de croisés des bonnes causes céder aux sirènes du vedettariat et du bling-bling facile. Un groupe qui voulait être un exemple et un modèle, défenseur d’idéaux quelque peu romantiques et de causes chevaleresques, où l’on retrouvait souvent les mêmes noms accolés au sien (Zebda, Manu Chao, Rodolphe Burger, … qui a dit Cali ? tu sors …).
Jusqu’à cet hôtel de Vilnius par une nuit de juillet 2003, où Cantat, héros concerné certifié, chargé comme une mule, a ressemelé sa meuf … on connaît la suite, coma, mort clinique, opérations désespérées et RIP Marie Trintignant … dream is over … ce type cité en exemple s’était conduit comme le gros con de beauf qui bu trop de rouge et balance quelques bourre-pif à sa bourgeoise. Le procès, la taule, le repentir, rien à secouer. Pour tout un tas de gens, les masques étaient tombés. Cantat, le Jim Morrison français, n’était qu’un putain d’assassin … Et que fit-il et que dit-il du fond de ses taules concernant Noir Désir ? Rien … et que firent et dirent les autres ? quelques déclarations elliptiques ou sibyllines, certifiées pure langue de bois … choquant, en tout cas pour moi …
Il faudra attendre des années (Novembre 2010), bien après la libération de Cantat et moult atermoiements, pour que Sergio Teyssot-Gay (par ses collaborations annexes le moins noirdésir-dépendant du lot) quitte le groupe, entraînant la dissolution officielle de celui-ci dans la foulée … Il était temps de mettre un terme à cette  tragique mascarade. Pour n’avoir pas été capable de prendre cette décision, la seule qui vaille eu égard à ce que ce groupe représentait en termes de valeurs humaines, immédiatement après la tragédie de Vilnius, j’ai trouvé ces gens détestables … à faire passer Ted Nugent pour un type bien ou Nadine Morano pour une femme intelligente et de bon goût … Et j’ai zappé leurs disques, ce qui n’est pas forcément plus intelligent …
Là, j’ai failli l’écouter « Tostaky » … puis finalement je me le suis passé en accéléré dans la tête, et l’ai reposé sur l’étagère …
Je sais qu’il y a tout Noir Désir dans ce disque, le seul qui s’approche du cataclysme que ces types déclenchaient sur scène. Les obsessions hardcore, les tentations noisy, les envolées lyriques, l’ombre tutélaire du Gun Club de Jeffrey Lee Pierce, la poésie baudelairienne à deux balles de Cantat mais déclamée avec tant de tripes qu’on peut la croire géniale, ce bruit blanc porté par la guitare de Sergio qui fout par son jeu dans la même poubelle une litanie de guitar-heroes bluesy, ces titres rêches à prendre ou à laisser balancés dans ta face, ce sentiment de vie bouillonnante qui se dégage de chaque note, cette impression que ces gars ne calculaient pas, ne trichaient pas (ou beaucoup moins que d’autres) … Les Noir Désir avaient fait avec « Tostaky » un disque qui n’a rien à envier à ceux de leur héros, de leurs références à eux …
Un jour je le réécouterai …

BOB MARLEY & THE WAILERS - NATTY DREAD (1974)


Mieux qu'un Best of ...

Tout simplement le meilleur disque de Marley. Euh, en fait, non, tout n’est pas aussi simple que ça. Parce que ses meilleurs titres, Marley les a sortis sur de petits labels jamaïcains fin des années 60, début des années 70. La plupart ont ensuite été réenregistrés sur ses disques Island (à partir de « Catch a Fire » en 1973), certains devenant alors des hits mondiaux … En perdant au passage toute la magie de leur spontanéité originale.
Quand paraît « Natty Dread », le plan marketing de Chris Blackwell qui l’a signé sur Island commence à porter ses fruits, Clapton vient de sortir sa reprise de « I shot the Sheriff », le reggae s’installe sur les ondes du monde dit libre, et Marley est en route pour devenir le héros et le héraut de tous les déshérités de la Terre.
Même si dans le « clan » Marley tout ne baigne pas. Ses deux potes d’enfance Peter Tosh et Bunny « Wailer » Livingstone (les Wailers originaux) sont évincés (ou sont partis d’eux-mêmes selon les versions des différents protagonistes). Sa femme Rita entend surveiller au plus près son coureur de mari et le groupe de choristes les I Threes (elle, Judy Mowatt, Marcia Griffith) prend une place de plus en plus importante sur le plan vocal. Marley lui-même, qui vient de découvrir à ses dépens le monde des hommes d’affaires de la Babylone du disque, choisit de ne guère se créditer dans les différentes chansons de l’album alors qu’il en est le pourvoyeur quasi unique, ce qui est tout sauf une bonne idée, l’immense succès du disque donnera ensuite lieu à des batailles juridiques sans fin (une constante dans la saga Marley, et plus encore depuis qu’il est mort) avec les « auteurs », notamment Vincent Ford pour la paternité de « No woman no cry ».
La partie enregistrement, promotion et concerts est aussi dès lors qu’il s’agit de Marley une « aventure ». Encore que Chris Blackwell réussit à sortir Marley et sa raya de la Jamaïque pour les faire enregistrer aux studios Island de Londres, les Wailers dans leur antre mal famée de Trenchtown étant particulièrement imprévisibles et ingérables. C’est donc au milieu du brouillard londonien et dans celui de leur ganja que Marley et sa troupe enregistrent leur inégalé chef-d’œuvre. Les usual suspects habituels sont là, notamment l’inamovible rythmique des frères Barrett, Carlton à la batterie et Aston « Family Man » (ainsi nommé à cause de ses dizaines d’enfants naturels, cinquante sept seront finalement officiellement recensés ) à la basse, des cuivres sous la férule de Tommy McCook l’âme des Skatalites, deux claviers, le guitariste américain Al Anderson et les I Threes aux chœurs.
C’est logiquement lorsque l’on commence à parler musique chez Marley qu’intervient la plus grosse méprise, lui et ses Wailers n’étant perçus que comme une bande de paysans (les textes dans un anglais de contrebande approximatif étant sans doute pour beaucoup dans ce cliché) moulinant leurs contre-temps rythmiques ad lib. Ce serait oublier qu’ils ont tous usé leurs oreilles à écouter radios et disques américains, qu’ils connaissent sur le bout des doigts soul, blues et jazz, et que malgré l’imposant nuage de ganja qui flotte en permanence au-dessus d’eux, ces types sont des grands musiciens, et surtout pas des rustiques à la technique hésitante.
Sous l’impulsion surtout de McCook et des claviers, intros et arrangements tirant sur le jazz sont de la revue (« Lively up yourself », « Them belly full », « So Jah seh »), les mélodies imparables de sortie (« Natty dread », « Bend down low »), le tout sans renier les sonorités typiquement jamaïcaines (le rocksteady de « No woman no cry », le lover’s rock de « Talking blues »).
Les textes abordent tous les aspects de ce que l’on a englobé par extension sous le terme de culture rasta. L’aspect mystique brinquebalant (le rastafarisme est une « religion » codifiée par des paysans incultes  au début du XXème siècle, et ne s’énonce pas sans quelques incohérences et bizarreries toutes locales, celle ayant le plus marqué les Occidentaux étant sans conteste la place essentielle dans le culte accordée à la ganja, le cannabis des collines jamaïcaines) est bien sûr représenté (« So Jah seh », …), la  peinture sociale de toutes les petites gens des ghettos (« No woman no cry », …), et surtout l’importance toute politique que prendra le reggae, musique d’opposition dans tous les pays où la liberté est bafouée (« Rebel music », …). Pour Marley la musique est beaucoup plus qu’un divertissement, même s’il ne néglige pas cet aspect (« … forget your trouble, forget your sorrow, and dance … » sur « Them belly full »). Elle se doit aussi de décrire le monde (« No woman no cry » sur la misère à Trenchtown, ce quartier-ghetto de Kingston, où s’entassent misère et laissés-pour-compte ). Elle se doit aussi de participer à l’émancipation sociale, témoin le titre central du disque et le plus long « Rebel music », véritable profession de foi au sens politique du terme, dans la lignée des folks engagés de Leadbelly, Guthrie, Dylan, des blues des parias noirs, du « Say it loud, I’m black and I’m proud » de James Brown, Marley entendant « rattrapper » par son engagement le fait qu’il ne soit qu’un métis, ce qui constituera un traumatisme durable chez lui (cf son album-exutoire « africain »  « Survival »).
Dans ce « Natty dread » où tous les titres sont des classiques de Marley, les profanes auront droit à la version originale de « No woman no cry » façon rocksteady, alors que la version la plus connue du titre est celle (tronquée) du 45T issu du « Live at the Lyceum ». Et la perle la moins louée du disque est bel et bien le sublime et lent « Talkin’ blues ». A noter que dans les rééditions Cd figure maintenant un dixième titre « Am-A-Do » totalement sans intérêt et qui vient rompre la magie de ce chef-d’œuvre.
Pour ceux qui se seraient bêtement arrêtés à la mauvaise compilation « Legend » (tous ceux qui n’ont qu’un disque de Marley ont ce machin mal foutu axé sur ses titres les plus neuneus et commerciaux), la véritable bonne porte d’entrée pour Marley et son reggae, c’est bel et bien « Natty dread ».
A noter que la pochette est l’œuvre de Dennis Morris, photographe anglais « officiel » de Marley, puis des Sex Pistols et de PIL, avant de devenir le chanteur ( ? )  des expérimentaux dub-rockers de Basement 5.

Du même dans ce blog :
The Upsetter Record Shop Part II
Catch A Fire


SPIRITUALIZED - LADIES AND GENTLEMEN WE ARE FLOATING IN SPACE (1997)


Il rêvait d'un autre monde ...

Où la Terre serait ronde, et la Lune blonde … Ou un truc de ce genre, car il carburait pas au Vichy-fraise Jason Pierce. Parce que malgré un casting pléthorique (les Spiritualized se sont adjoints cordes, cuivres, grands orchestres et quelques guests de renom, comme Dr. John qui n’a pas l’habitude de se déplacer pour des baltringues), il ne fait aucun doute que ce disque est d’abord le sien.
D’ailleurs, pour bien montrer qu’on est là dans le vécu, et que cette musique, avant de l’enregistrer en studio, Jason Pierce l’a bien des fois entendue dans sa tête, il s’est rebaptisé, bêtement et pas très modestement « Spaceman ». Et plutôt qu’un hommage aux Byrds ou à Babylon Zoo ( ? ), il faut voir dans ce nouveau choix patronymique peu finaud un règlement de comptes avec son ancien complice Pete « Sonic Boom » Kember, son alter ego dans les Spacemen 3. Pierce semble peu modestement s’arroger l’héritage entier de son ancien groupe, ce qui me semble quelque peu présomptueux et démesuré … Et tout cela fait finalement querelle de cour de récréation …
Il n’empêche que ce « Ladies & gentlemen … » est pour moi le meilleur des Spiritualized. Déjà le packaging est une merveille de trouvaille. La  pochette pastiche le design d’une boîte de médicaments, et le livret en devient la notice (formule active, posologie, recommandations d’administration, effets secondaires, persistance des symptômes, …). Gimmick génial d’amateurs éclairés de pilules de toutes les couleurs …
Spiritualized live Black Sessions 1997
La tonalité globale du disque repose sur des mélodies planantes « spatialisées », noyées dans l’écho et la reverb, modèle déposé et breveté par Barrett aux débuts du Floyd … on reste dans la « famille » (des amateurs de substances). Les ronchons diront que tout ça n’est que shoegazing au ralenti (« I think I’m in love » est à peu près le seul titre qui corresponde à cette définition), ce serait faire fi de tout un travail pour jouer dans toutes les nuances du rock à guitares, qu’elles soient furieuses ou accompagnent de lentes ballades. « Ladies and gentlemen … » est un disque beaucoup plus varié que l’on pourrait croire.
On passe du « Come together » qui n’a rien à voir avec les Beatles, mais plutôt avec les Stones, et en tout cas reprend les choses là où les à peu-près cousins de Primal Scream les avaient laissées avec « Screamadelica » ou de « Electricity » (évidemment pas une reprise d’Orchestral Manœuvres), tout en guitares saturées qui me fait penser à Clapton quand il était le soliste des Bluesbreakers circa 1965, à des titres beaucoup plus apaisés (la traîtresse « Stay with me » lente ballade qui finit par s’engloutir dans un maelström de guitares, « Broken heart » qui pourrait passer pour le meilleur titre du Floyd post « Wall ».
Et entre rage et accalmie, on a droit à toute la panoplie des émotions musicales, du trou noir « Home of the brave » dans lequel tous les instruments semblent aspirés, titre enchaîné avec « The individual » très marqué lui par le krautrock bruyant (Can, Faust, Amon Düül, ce genre …). Evidemment un disque de Jason Pierce aurait un goût d’inachevé s’il n’y avait pas quelque envolée mystique genre gospel ou prière. Ici, c’est « Cool waves » qui s’y colle, et même si on s’y attend, ça le fait, ce titre est un des plus beaux du disque. En fait, il n’y a à mon avis qu’une balourdise qui cache derrière un bon titre (« No God only religion »), une sorte de vilain free jazz manouche …
La conclusion de ce « Ladies and gentlemen … » est une longue pièce (17 minutes tout de même), débutée par un piano jazzy (Dr John ?), zébrée par des chorus de guitares zeppeliniennes, qui s’abîme dans une purée de pois électrique, avant de revenir au thème initial. Bel exercice de style tout de même un peu vain mais qui ravira les fans de prog (si tant est qu’il en reste).
Le chef-d’œuvre de Jason Pierce et de ses Spiritualized, et comme c’est écrit dans le livret :
For aural administration only
Protect from light
Keep out of reach of children … 

THE HIVES - LEX HIVES (2012)


Fin de l'hibernation ?

Finalement, ils ont choisi le bon moment pour réapparaître après cinq ans de silence discographique. Faut dire que de cette vague de groupes en « The » apparus conjointement au début du siècle, et par un raccourci aussi facile qu’approximatif englobés sous la même bannière de « renouveau du rock », la situation s’est singulièrement décantée. La plupart n’existent plus (White Stripes, Libertines), s’accrochent malgré des dissensions internes (Strokes), sont devenus mainstream (Kills, Black Keys), n’ont jamais percé (des nouvelles des Vines, quelqu’un ?).
Et plus par défaut que par génie, les Hives sont encore là, parcimonieux de leurs enregistrements. Bon, sur scène, les Hives ça décoiffe. Sur disque aussi … au moins à leurs débuts. Ils ont (depuis « Tyrannosaurus Hives ») joué la carte du gros son radiophonique, et en choisissant de se mettre en scène sous des accoutrements saugrenus (ce coup-ci genre banquier en haut-de-forme du XIXème siècle). Tout ça pour dire que ce disque, il m’étonnerait que ce soit celui que l’on retiendra d’eux. Pas un mauvais disque, juste un disque intéressant sans plus. Et qui semble se déliter à mesure que défilent les pistes. Comme il ne dure qu’une demi-heure, reste juste à peu près un quart d’heure à la hauteur de la réputation de ses auteurs.
Ce « Lex Hives » commence très fort, genre version ultra-punk des Ramones, ce qui n’est pas rien. Un titre d’une minute et quelques secondes (« Come on ») qui tourne sur un riff simplet mais efficace, et des paroles qui tiennent en deux mots, ceux du titre … Le single (« Go right ahead ») suit; là non plus rien à dire, c’est du pop-punk’n’roll, ça dépote, du gros son, c’est frais, énergique, bien foutu … et c’est honnête, y’a un machin piqué à l’Electric Light Orchestra de Jeff Lynne, et les Suédois, fair-play, ont crédité ce titre à l’Anglais. Le frénétique « 1000 answers » assure la transition correcte avec « I want more » et là on cherche le nom de Joan Jett dans les crédits … qui n’y est pas, pourtant s’il n’y a pas dans ce titre des pans entiers piqués à « I love rock’n’roll », je veux bien consentir à me faire greffer les oreilles du Capitaine Spock … Et pour moi, le dernier bon titre du Cd, c’est le suivant, piste 5, « Wait a minute », joviale crétinerie punk qui rappelle les bons moments (si, si, il y en a eu) de Offspring.
Le reste, soit la bagatelle de sept titres sur douze, c’est pas que ce soit mauvais, mais on s’en cogne un peu, ça sent la redite (« Take back the toys », très punk 90’s américain), la mauvaise copie du Clash circa 77 (« These spectacles … »), l’auto-citation « If I had a cent » tellement Hives que ça en devient gênant, un essai peu concluant de rhythm’n’blues speedé avec cuivres et tout et tout à la fin (« Midnight shifter ») … en gros toute une litanie de titres nettement en retrait par rapport à ceux du début.
Les fans seront ravis, mais enfin cinq ans pour sortir ce truc, c’est un peu too much …
Conclusion, les Hives sont un excellent groupe de scène qui perd son temps en studio …

Des mêmes sur ce blog :
Your New Favourite Band 


CHARLES MINGUS - THE BLACK SAINT AND THE SINNER LADY (1963)


Very Bad Trip (3712)

On dira que cela avait été une soirée arrosée (par plein de boissons d’hommes, des vraies, rustiques, pas des machins coupés avec des jus de fruits exotiques pour cocktails lounge). Et le lendemain matin, un chantier dans la baraque à rebuter les plus motivés de chez Loulou Nicollin. Et donc séance de ménage avec combats de preux chevaliers en armure au milieu du crâne. On commence d’abord le rangement par l’essentiel, le vital, les disques. Et on trouve ce machin « The black saint … » sous des piles de Cds de rock. J’ai beau être inculte, je connais le nom de Mingus et je sais que c’est pas à moi, jamais je m’abaisserai à acheter pareille chose. Quelqu’un a dû l’oublier hier soir ou un autre jour. J’ai gobé quelques Aspro, et posé la rondelle dans le lecteur, du jazz, ça ne pouvait être que relaxant, et accompagner en douceur le remplissage de sacs poubelles.
Erreur, funeste erreur. Ça fait des trous dans les tympans, ce truc. Et comme je ne connais rien au jazz et encore moins à Charlie Mingus, je n’ai donc aucune référence de ce disque dans son œuvre. C’est un foutoir sonore savamment organisé ou désorganisé (free jazz ?), et tout un tas de plans et de sons agressifs que j’avais entendu « ailleurs » (les envolées crissantes de sax sur le « Fun house » des Stooges, les instrumentations dissonantes chez le Velvet Underground, Sonic Youth et tous leurs disciples, …).
Et donc, ce que j’en pense ? Ben rien, autant demander à une oie de Guinée ce qu’elle pense du confit de canard.
Je sais seulement que quand le disque a été fini, j’ai repris de l’aspirine.
Que je l’ai plus écouté.
Et que personne me l’a jamais réclamé …

PASCAL COMELADE - L'ARGOT DU BRUIT (1998)


L'Enfance de l'Art ...

Pascal Comelade, il jouerait sur des Marshall à onze, peut-être qu'en tendant l’oreille depuis chez moi, je l’entendrais. Même s’il vit à quelques dizaines de kilomètres, et quasiment dans un autre pays (la Catalogne, c’est pas vraiment la France, et encore moins l’Espagne). En tout cas Comelade vit dans un autre monde, inaccessible pour qui n’a pas gardé quelque part une âme d’enfant. Avec ses instruments-jouets, accompagné ou pas de son Bel Canto Orchestra, il compose de petites comptines surréalistes dont il remplit ses disques.
Il a débuté dans la galaxie des Vierges, groupe punk radical de Montpellier à la fin des années 70, avant de progressivement se concentrer sur son propre univers baroque et poétique. Ce fan ultime (entre autres) du Captain Beefheart, mais aussi des Cramps et du krautrock, produit une musique à mille lieues de ses idoles. Quelques fois en collaborant avec elles comme ici Jean-Hervé Peron ou PJ Harvey. Mais en s’entourant aussi de musiciens beaucoup plus anonymes (ceux du Bel Canto), d’amis, de gens rencontrés par hasard, …
La musique de Comelade, ce sont ces symphonies de poche désuètes, d’apparence simples et légères, le plus souvent sans paroles. Mais qui en disent quand même beaucoup, comme du Nino Rotta qui arrive à se suffire sans les images de Fellini.
Il y a dans « L’argot du bruit », des effluves de choses entendues mille fois (tiens, le morceau-titre, il me semble bien que c’est la même mélodie que la honteuse scie pré-disco « El Bimbo » des années 70), des sons qui viennent du fond des âges et des traditions locales. Il y a des titres avec des voix en catalan (du moins il me semble), des sons qui remontent en droite ligne des folklores andalous ou catalans, de la tristesse des incantations gitanes (ceux du quartier Saint-Jacques à Perpignan, mais aussi ceux des Balkans), il y a du rock basique à guitares, des embardées pataphysiques que ne renieraient pas Soft Machine ou Gong, il y a … tout un monde en fait, celui de Pascal Comelade.
Dont la musique est une des plus imagées qui soient. Défilent dans la tête les scènes absurdes d’un Fellini, le jazz manouche de voleurs de poules d’un Kusturica, la solennité funèbre d’un Tim Burton … mais c’est pas réalisé en cinémascope et Dolby surround, juste avec des morceaux de plastique ou de ferraille achetés pour une misère dans des brocantes, des objets détournés (quoi de plus logique qu’une batterie - de cuisine – pour donner le rythme).
« L’argot du bruit » fait alterner petites saynètes sonores (« Via-Crucis del Rocanrol » mélange riffs garage et accordéon de bal des pompiers, « Domisiladoré » comme du Calexico repris par Charlie Oleg, « Si » aurait pu figurer tel quel sur un disque de Tom Waits), détournement de sonorités locales (« Toti al Soler », (allusion au petit patelin de la banlieue perpignanaise ?), est un boléro minimaliste renforcé par un orgue à deux euros, « Sardana del desemparats » fait un sort à la guillerette danse folklorique du cru, la sardane, qui devient ici une marche quasi funèbre), …
Et puis il y a les collaborations avec les « stars », Peron (le Français de la légende kraut Faust), pour une reprise du « Sad skinhead » (à l’origine sur « Faust IV »), et PJ Harvey qui chante sur deux titres (« Love too soon », lente ballade crépusculaire et le meilleur des deux titres, mais aussi sur « Green eyes » qui évoque les univers glauques d’un autre inclassable, Scott Walker).
Et une fois achevé le dernier titre « Maruxina », pourtant un tango minimaliste d’une infini tristesse, on se retrouve les yeux brillants, comme un gosse qui croit que ses illusions vont se réaliser. Plus que de la musique, Comelade fabrique une machine à rêver …

SUBA - SAO POLO CONFESSIONS (1999)


Techno Bossa

Un parcours musical peu commun. Musicien plutôt catalogué world music et issu de l’ex Yougoslavie, Suba de son surnom, s’exile en France où il se reconvertit à l’electro, puis au Brésil où il tente de dépoussiérer un genre ronronnant depuis des années, la bossa nova.
Et contre toute attente, ce choc de deux cultures musicales très éloignées et dissemblables (la brésilienne traditionnelle et la techno et ses variantes) donne un résultat le plus souvent superbe. Quand les rythmes chauds sud-américains se mêlent avec bonheur à l’ambient, au trip-hop, aux boucles techno, il en résulte une nouvelle donne musicale qui propulse tous les genres abordés vers un futur musical jusque là inexploré.
La participation au chant d’artistes du cru crée de superbes morceaux où la chaleur des vocaux atténue la froideur mécanique des rythmes électroniques.
A noter un titre essentiellement basé sur des percussions ethniques (« Antropofagos »), qui fait penser à la démarche des hardeux de Sepultura (sur leur Cd « Roots ») lorsqu’ils avaient associé des tribus indigènes à leur métal bourrin.
Il me semble que ce « Sao Paulo Confessions » est le dernier album de Suba, artiste quelque peu « confidentiel », qui a péri peu après dans l’incendie de sa maison.

STEVIE WONDER - HOTTER THAN JULY (1980)


Un coup de froid ...

Les années 70 ont été la décennie prodigieuse de Stevie Wonder, culminant en 1976 avec le double 33T « Songs in the key of life », qui devrait être dans le Top 10 de quiconque ayant des oreilles et un cœur en état de marche … On ne sort pas indemne de la production de tels monuments, et Wonder attendit trois ans avant de lui donner une suite, plus ou moins un album de commande pour une bonne cause ou prétendue telle (une fondation écolo), le pas terrible (également double vinyle) « Journey throught the secret life of plants ». On l’excusa pour ce faux pas et on attendit la suite. Qui s’appelle « Hotter than July ».
Et rien qu’à voir le livret, liste interminable de musiciens de séances, on se dit que pas mal de choses ont changé. Révolu le temps de l’ermite génial révolutionnant la soul musique tout seul dans son studio avec ses machines, place au notable de la variété qui vient livrer son nouveau blockbuster. Car c’est bien de courbes de ventes qu’il s’agit avec « Hotter than July », qui sera le disque de Wonder qui se vendra le mieux (on parle de millions d’exemplaires, là, pas de succès d’estime).
Pour moi, « Hotter than July » marque le début de la fin, de cette inexplicable dérive qui verra un des artistes les plus doués et les plus originaux de sa génération, sombrer dans la mélasse artistique. Bon, il n’y a encore rien d’aussi honteux que « I just call to say I love you », mais enfin on s’en approche à grand pas. Le plus frappant est l’évolution de la voix de Stevie Wonder. Auparavant gorgée d’émotion et de feeling, ce qui l’entraînait parfois à la limite de la justesse, elle est sur ce disque très en place, trop en place, techniquement irréprochable, mais beaucoup moins chaude que par le passé récent. En cause aussi, ce revirement artistique, qui le voit passer de la création solitaire de disques à une liste de participants interminables sur tous les titres. Des musiciens compétents de studio, certes, mais sûrement pas des pointures qui auraient tiré les morceaux vers le haut. Oui, je sais, il y a Michael Jackson sur un titre (« All I do »), mais il n’était pas encore le « King of Pop », il n’est que dans les chœurs, et on ne  le distingue même pas …
Certains de ses biographes ont souligné, peut-être à juste titre, l’instabilité de sa vie privée à cette époque-là, une relation pas au beau fixe avec sa compagne Yolanda Simmons, conjuguée à la présence de son ancienne femme Syreeta Wright dans les chœurs du disque. Mais bon, Stevie Wonder a toujours eu un cœur d’artichaut, c’est pas ça qui l’avait empêché de faire de bons disques auparavant. Peut-être simplement est-il comme à peu près tous les autres, après avoir atteint les sommets, il ne pouvait qu’en redescendre.
La cassure est pour moi nette, sans que pour autant ce « Hotter than July » soit infâme. Il est bien moins bon que les précédents, c’est tout. Même s’il subsiste de belles choses comme « I ain’t gonna stand for it » disco-funk dans l’air du temps mais tout entier imprégné de la « patte » Wonder, la ballade lacrymale « Lately », encore digne, mais qui annonce toutes celles pleurnichardes à venir. Egalement au crédit de ce disque, les trois hommages, avec des résultats différents.
La meilleure vente en 45T de Stevie Wonder
Un à Tammi Terrell, la chanteuse de la Motown morte sur scène dans les bras de Marvin Gaye, et pour laquelle l’alors tout jeune Little Stevie avait écrit un titre resté par la force des choses dans les tiroirs, ce « All I do » réarrangé pour l’occasion ici, et morceau sinon crucial, du moins intéressant.
Second hommage à Bob Marley qui par son charisme avait fortement impressionné Wonder. En pleine reggaemania et Marleymania, Wonder écrit ce qui deviendra le plus gros hit du disque « Master Blaster (Jammin’) » en partie inspiré par le « Jammin’ » de Marley. La mort de Marley six mois après la sortie de « Hotter than July » affectera profondément et durablement Stevie Wonder.
Dernier hommage (et dernier titre du disque) « Happy birthday » à la mémoire de Martin Luther King et pour que soit instauré un jour férié correspondant à l’anniversaire de sa mort, ou plutôt de son assassinat. Intention hautement louable, sauf que ce morceau est une horrible scie interminable …
La poignée de titres restant sont soit mauvais (« Rocket love », « As if you read my mind », l’atroce « Catch in your face ») soit insignifiants (« Did I hear … », « Do like you »).
« Hotter than July » est le disque charnière de Stevie Wonder. Avant tout est bon, par la suite tout sera à peu près à jeter …

Du même sur ce blog : 
Talking Book
Innervisions

DEAD CAN DANCE - THE SERPENT'S EGG (1988)


Religieux, médiéval, ...

Signés sur un label réputé pour son originalité (4AD), Dead Can Dance est un duo original (un Irlandais Brendan Perry et l’Australienne à la voix d’or Lisa Gerrard, tous deux chanteurs et multi-instrumentistes), produisant une musique originale et inclassable.
Leurs disques sont généralement chroniqués dans la presse musicale rock, mais inutile de leur chercher des similitudes avec leurs voisins de magazines.
Dans « Serpent’s egg », on trouve des cantiques (« Orbis de ignis » apparemment en latin), du chant grégorien ici ou là, et un grand nombre de sonorités qui évoquent l’atmosphère moyenâgeuse de chants religieux, liturgiques ou baroques. Un parfum mystique, vaporeux, médiéval enrobe l’ensemble (« Severance » est le morceau après lequel les Simple Minds ont couru en vain durant toute leur carrière). D’autres fois (« Echolalia ») on a l’impression d’écouter Magma période « Mekanik Destruktïv Kommandöh ».
Ce Cd est étrange, dépaysant, déroutant souvent mais beau. Le genre de musique qui aurait trouvé sa place et relevé par exemple le niveau du navet sanguinolent de Mel Gibson sur la Passion du Christ, tant « The serpent’s egg » semble inspiré par la religion et le mysticisme.

INXS - X (1990)


Le soufflé retombe ...

Curieuse trajectoire que celle d’INXS … groupe de quelconques qui se vit soudain, sur la seule vertu d’un disque (« Kick »), par ailleurs pas leur plus réussi, propulsé au rang de groupe majeur de la décennie. Même si cette décennie était celle des années 80, assez justement perçue comme un trou d’air artistique, en comparaison des trois qui l’avaient précédée …
Double coup de bol, INXS surfe sur la vague d’un rock australien alors à la mode en compagnie des métalleux écolo Midnight Oil, et le chanteur d’INXS Michael Hutchence se voit par une presse teenage en manque de belles gueules rebelles (et surtout d’imagination) proclamé Jim Morrison de sa génération. Il finira d’ailleurs comme Jimbo, suicidé ( ? ) aux antidépresseurs …
Pourtant au départ INXS c’est le groupe des frères Farriss, leaders et auteurs des titres. Groupe d’abord rodé dans le très dur circuit du pub-rock australien, ayant effectué un virage funky dansant à la Duran Duran (leur premier succès américain « Original sin »), avant de revenir vers du rock dur à l’australienne (« Listen like thieves », leur d’assez loin disque le plus cohérent).
Le succès heureux de « Kick » et de la kyrielle de hits que ce disque plaisant, mais pas plus, a obtenu va les laisser face à une page blanche. Comment eux, qui errent sans direction précise dans le music business depuis une décennie vont-ils pouvoir faire pour concrétiser leur tout frais succès ? En fait, le seul lien qui relie l’essentiel de leur discographie est le producteur Chris Thomas, qui a commencé en studio avec les Beatles et Pink Floyd, avant de devenir l’homme de l’ombre des Pretenders, en tout cas leur metteur en sons. S’il y a quelque chose de réussi dans ce « X », c’est bien le travail de Thomas, qui arrive par moments à donner le change, tout du long de ce follow-up raté.
Parce que les INXS se montrent totalement incapables d’écrire la suite de « Kick ». Ne reste plus que le son de leurs succès, sans les chansons qui vont avec. Certes, sur la lancée de « Need you tonight » et des autres, le premier single extrait ce « X », le très quelconque « Suicide blonde » (allusion paraît-il à la bombinette disco Kylie Minogue, un temps petite amie perverse de Hutchence), avec son harmonica bluesy et ses cocottes de guitare funky fera son bonhomme de chemin dans les charts. Ensuite, c’est la soupe à la misère. INXS singe misérablement ce qui vend. Le U2 « héroïque » dans « Disappear », la pop pompière des Simple Minds dans « The stairs » (qui commence par une intro décalquée sur celle d’ « Always the sun » des Stranglers), les ballades pour troisième âge de l’Elton John sur « By my side ». On ne tend l’oreille que sur « Lately », pas trop mauvaise, et on s’aperçoit qu’elle est co-écrite par Stevie Wonder, ceci expliquant sans doute cela, même si l’aveugle dreadlocké n’est pas lui non plus dans sa meilleure période. Et tout le reste de ce disque, plus par manque de temps et d’envie que par charité, on n’en dira rien …
INXS allait par la suite confirmer (enfin, façon de parler), sortant une paire disques que tout le monde a oublié d’écouter, soi-disant à juste titre, que leur succès et leur réputation tenaient beaucoup plus du hasard que du talent …

BIJOU - DANSE AVEC MOI (1977)


Souvenirs, souvenirs ...

Sur la stèle des Grands Oubliés du rock d’ici, leur nom doit être écrit tout en haut et en lettres capitales …
Eh ! Oh ! Philips ! Quand vous voulez, vous vous souvenez que Bijou ils sont sur votre catalogue et vous rééditez !
Comme les Mousquetaires, les trois Bijou étaient quatre : Vincent Palmer (guitare et chant), Philippe Dauga (basse et chant), Dynamite (batterie), ceux-là pour la scène et les photos, auxquels il faut rajouter Jean-William Thoury pour les textes et la production. Les textes, c’est pas vraiment d’une haute portée philosophique, mais on s’en tape, ça résume le quotidien de banlieusards parisiens (Juvisy il me semble) qui veulent croquer dans la vie et dont les préoccupations principales sont les copines, les filles, les nanas, et let’s the good times roll …
Au niveau musical, par contre, c’est nettement plus sophistiqué. Rattachés paresseusement au mouvement punk pour être apparus à la fin des 70’s et avoir été du légendaire festival de Mont-de-Marsan, les Bijou n’ont pourtant que peu à voir avec les disciples français des Pistols et autres Clash. Ils oeuvrent plutôt dans une power-pop énergique, avec références « vintage » à la pelle. Certainement dues à Vincent Palmer, un des plus brillants et subtils guitaristes de ce pays, fan de rock’n’roll des origines, des girls-groups, d’instrumentaux surf et de quelques maîtres de la six-cordes oubliés comme Link Wray, Duane Eddy, Hank Marvin, … Ce qui donne quelques titres-hommages comme les instrumentaux « Pow Wow » et « Dynarock ».
Les grands moments de ce disque sont pour moi « C’est un animal » qui recycle intelligemment le riff de « All day and all of the night » des Kinks, « Marie-France », chanson sur le célèbre transsexuel, vedette des nuits parisiennes de l’époque, l’entraînant « La vie c’est comme ça ». Et puis Bijou ont le bon goût de reprendre le meilleur morceau de Dutronc, l’irrésistible « La fille du Père Noël ».
« Danse avec moi » fut le premier 33 T de Bijou, et les installera pour quelques temps (jusqu’à leur séparation au début des 80’s), dans les valeurs sûres du rock français.

LOS LOBOS - HOW WILL THE WOLF SURVIVE ? (1984)


Danse avec les Loups ...

Logiquement, personne aurait jamais du entendre parler d’eux … Quand ils sortent ce premier disque sur un label indépendant (Slash), mais avec tout de même une major pour la distribution (Warner), les Lobos sont une aberration. Ce qui marche dans leur Los Angeles, c’est le hair metal. Poison, Motley Crue et Billy Idol sont les rois de Sunset Boulevard. Et les Lobos eux, vivent dans un quartier chicano pourri de East LA. Et ils ont rien de glamour. Trentenaires, basanés, gros, et la plupart chargés de famille …
Au mieux, ils auraient dû finir avec une réputation de Gypsy Kings locaux. Seulement voilà, quelconque qui lit un peu les notes de pochettes des disques depuis trente ans, et pour peu que ces disques soient peu ou prou du classic rock, a bien vu à moment donné les noms de Steve Berlin, Cesar Rosas, ou David Hidalgo, les trois leaders des Lobos. Que ce soit chez REM, Faith No More, Sheryl Crow, John Lee Hooker, Suzanne Vega, Tom Waits, Roy Orbison, Bob Dylan, … liste à peu près infinie. Tout en continuant Los Lobos, ou leur super groupe hispanique Los Seven Seven …
En plus d’être des sessionmen plus que recherchés, ils arrivent à marquer une empreinte instantanément reconnaissable aux titres auxquels ils sont associés. Des cadors, beaucoup plus que de simples faire-valoir. Bon, évidemment entre ce « How the wolf will survive ? » et leur florissante carrière, il y a eu le phénomène « La Bamba », et leur version écoulée à des millions d’exemplaires de la reprise du hit de l’étoile filante Ritchie Valens. Et si Hollywood est allé les chercher pour la B.O. du biopic, c’est que le buzz s’était répandu comme une traînée de poudre.
Oui, il y avait dans East LA, cette bande de métèques, qui en plus d’animer les banquets de mariage et de communion pour faire bouillir la marmite, était capable de sortir d’entrée un putain de disque qui mettait tout le monde d’accord. Des fans de rock’n’roll roots y trouveraient leur compte, avec « Don’t worry baby » ou « I got loaded » (la seule reprise du disque, ode aux boissons d’homme), le classic rock très Tom Petty (« Will the wolf survive ? » ), la ballade « A matter of time », le up-tempo rhythm’n’blues de « Evangelina » … Et puis, il y avait cette touche hispanisante qui allait en faire les stars et quelques fois les porte-parole de tous ces parias laissés un peu de côté par l’Oncle Sam.
Et en attendant donc Valens, des hommages plus ou moins évidents sont rendus à ceux qui ont trouvé leur inspiration des deux côtés du Rio Grande, et à ce titre « Our last night » est un clin d’œil appuyé à Doug Sahm et son Sir Douglas Quintet ou au bondissant Joe King Carrasco. Mink DeVille n’est pas très loin (normal, il a intégré beaucoup de sons hispaniques, à travers non pas la musiquee des Mexicains, mais celle des Portoricains new-yorkais) quand arrivent les espagnolades de « The breakdown ».
Et puis, comme Los Lobos n’oublient pas d’où ils viennent (les salles de banquet), il y a toutes ces choses entraînantes, venues du fin fond de la lointaine Espagne des colonisateurs, qui font danser tout le monde au dessert. Par exemple « Corrido #1 », que les Pogues ont dû un peu écouter avant de sortir leur « Fiesta ».
Il y a aussi dans ce « How the wolf will survive » toutes ces sonorités d’accordéon, ces chants parfois en espagnol, cet entrain festif, qui en font un de ces premiers disques oubliés de ce que l’on appellera bientôt « fusion » ou « world music » …

SHARMA, KABRA & CHAURASIA - CALL OF THE VALLEY (1967)


Invitation au voyage

En 1967, trois musiciens Indiens (de l’Inde, pas des Peaux-Rouges) munis de blazes à coucher dehors (je vous fais grâce de leurs prénoms) et à faire froncer les sourcils à Manuel Valls, munis aussi de leurs instruments traditionnels (une flûte, une sorte de guitare et un machin percussif) sortent ce « Call of the Valley » instrumental, censé décrire la journée d’un berger.
Sharma et ses potes ont réalisé un OVNI sonore, lent, calme, contemplatif, majestueux. De l’ambient et du new age bien avant l’heure. Mais pas de cette daube pour ascenseurs que l’on nous sert sous ces vocables. De l’inouï au sens premier du terme.
Il paraît que quand ce disque est sorti, il a eu un grand succès en Inde, ces trois types sont des stars dans leur pays, il y a eu une suite plusieurs années plus tard (« The Valley recalls »). Mais ce disque a sûrement aussi traversé les frontières. On peut être certain que George Harrison (et le reste des Beatles dans la foulée), David Crosby, Donovan et quelques hippies de San Francisco l’ont entendu. Et dès lors, les vols pour Bombay accueilleront bientôt (à partir de février 1968) rock-stars et peoples venant se ressourcer et rechercher auprès des Yogi la Vérité et le Sens de la Vie (moyennant de copieux chéques, hein, Messieurs Lennon et Santana, mais c’est leur problème)…
Cerise sur le gâteau : trois titres bonus du même tonneau que le reste du Cd doublent la durée du 33T original.
Dépaysement sonore garanti.