YES - THE YES ALBUM (1971)


Prometheus ...

C’est bien connu, quand une série a un grand succès, tout le monde veut remonter aux débuts, veut le prequel. Yes ne déroge pas à la règle. Vous avez adoré « Fragile », « Yessongs », « Tales from topographic oceans », « Relayer », « 90125 » et tous les autres épisodes de cette fantastique série, voici maintenant « The Yes album » justement sous-titré « The first thrills », car des frissons il va y en avoir.
Efrrayants, isn't it ?
Evidemment, les générations entières traumatisées à jamais par les best-sellers de la saga légendaire vont se précipiter, dans l’espoir de comprendre enfin pourquoi tant d’horreurs se sont abattues sur les innocentes peuplades terrestres au début des années 70. Et bien, sans rien dévoiler de la conclusion de cet épisode, on peut dire que le public en aura pour son argent. Les tueurs fous sont de retour, laissant comme d’habitude les instruments du crime traditionnels (flingues, couteaux, voitures, tronçonneuses, roulette de dentiste, coton-tige empoisonné, …) aux scénaristes sans imagination. Les Yes réussissent à faire des carnages totaux avec des instruments de musique, tout ce qu’il y a de plus conventionnels (une guitare, une basse, une batterie, des claviers, et un possédé qui chante, à faire passer la Linda Blair de « L’Exorciste » pour Chantal Goya). Dès le générique d’intro, le bien nommé « Yours is no disgrace », l’angoisse va vous étreindre, les gouttes de sueur froide commencer à perler sous les aisselles, les fesses se serrer. Ça fout vraiment les jetons, et on se rend compte que ce n’est pas un spectacle familial, mais très vivement conseillé à un public averti. Gros temps fort ensuite, quand le héros Steve Howe dépèce à grands coups de guitare acoustique (« The clap ») toutes les oreilles qui passent à sa portée. Mais pourquoi diable tant de démonstration technique gore se demande t-on ? Le scénario ne fournit aucune explication, c’est comme ça et pis c’est tout, les fans sont aux anges et en redemandent, on entend même des applaudissements dans la salle. Et les bobines, plus effrayantes les unes que les autres s’enchaînent. La séquence des « Starship troopers » renvoie aux oubliettes le Carpenter de « Ghosts of Mars », et le mantra sanglant « I’ve seen all good people » fait ressembler l’intégrale de Romero à un court-métrage des Marx Brothers. Quand à la conclusion de la pellicule, que les fans nomment « Perpetual change » (les fans de Yes ont parfois de l’humour), et bien y’a rien qui change, le vaisseau fantôme continue de voguer dans le vide intersidéral, c’est pareil qu’au début, mais en pire.
Devant le succès rencontré et les foules enthousiasmées par tant de mauvais goût, les studios Atlantic travaillent déjà sur un pre-prequel en deux volets (« Yes » et « Time in a word »). Nom de code du projet : « Les origines du Mal »…

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Fragile
Yessongs


NAPALM DEATH - SCUM (1987)


De bruit et de fureur ...

Radical est forcément le premier mot qui vient à l’esprit à l’écoute de ce Cd des Anglais de Napalm Death.
Radical par les propos. Incompréhensibles tant la voix est noyée dans le magma bruitiste. Mais au seul vu de la pochette hautement symbolique (un dessin en noir et blanc à l’encre baveuse sur lequel des logos de multinationales trônent au milieu des ossements de leurs victimes), on imagine que les Napalm Death doivent flirter avec les structures issues des squats politisés d’extrême gauche ou anarchistes.
La musique, ou plutôt le bruit blanc qui en tient lieu, ne fait pas dans le détail ou la dentelle. Des rythmes trépidants (les fameux blastbeats), des guitares tronçonneuses et 28 titres en une demi-heure. De quoi faire passer les Ramones pour du rock progressif..
Ce « Scum » revendique la paternité d’un sous-genre du métal, en l’occurrence le grindcore.
Un Cd toutefois plus proche du slogan de manif que de la musique au sens large. Oreilles délicates s’abstenir.

GREEN ON RED - THE KILLER INSIDE ME (1987)


Retour aux fondamentaux
Green On Red est dans les livres d’histoire (quand ils y sont mentionnés, ce qui loin d’être toujours le cas) rattaché au mouvement dit Paisley Underground. En gros, un tas de groupes essentiellement basés en Californie, redécouvrant au milieu des années 80, les bienfaits d’une musique puisant son inspiration dans les sixties psychédéliques américaines (le folk-rock et le rock garage assaisonnés au LSD, toute cette sorte de choses …). Un retour aux sources et les prémices de ce que l’on finira par appeler americana.
Et une forme de réaction au punk, au hair metal, au revival rockabilly qui monopolisaient l’attention du « grand public ». Le mouvement Paisley Underground est composé de rustiques qui s’assument (la plupart des membres de Green On Red sont d’ailleurs des « immigrants », venus de Tucson, Arizona).
Leur musique présente un rock de facture classique, old-school, serait-on tenté de dire. La lecture des crédits, et celle du nom du producteur Jim Dickinson (l’homme des studios Trident de Memphis, et le metteur en sons des derniers soubresauts du Big Star d’Alex Chilton), commence à baliser le terrain. Le premier titre annonce la couleur sonore, avec un chanteur (Dan Stuart) à la voix fleurant bon clopes et alcool forts consommés en quantités déraisonnables, et un guitariste (Chuck Prophet), économe de notes, mais au toucher et à l’inventivité assez uniques. Un des rares guitaristes qui sera célébré par la suite (et deviendra un sessionman très recherché), beaucoup plus pour son originalité que par sa vitesse sur le manche …
« The killer inside me » présente une collection de chansons (les Green On Red savent en écrire et les jouer plus que correctement) de facture classique, bien en ligne avec ce que produisaient les stars célébrées du classic-rock des mid-eighties (Springsteen, Seger, Mellencamp, …). Tout en évitant le ronronnement dans lequel ces gens-là commençaient à tomber. Les Green On Red ont tout à prouver et se « lâchent ». Dan Stuart ne s’économise pas et son timbre vocal n’est pas sans rappeler celui de Dan Zanes, des malheureusement également oubliés Del Fuegos qui sévissaient à la même époque. L’ombre des Stones du début des seventies plane souvent sur ces compositions, celles de Dylan ou Springsteen aussi. Quand le tempo s’énerve et l’ambiance s’obscurcit (« Ghosthand »), on pense aux Cramps ou au Gun Club, quand un titre (« Track you down ») est lancé par un riff  voisin de celui de « Rebel Rebel », s’ajoute une touche plus glam-rock et sautillante.
Chuck Prohet marque son territoire sur tout le disque, survole de façon évidente quelques titres (« Clarkesville », « No man’s land », « Born to fight » « Killer inside me »). Le seul gros point noir est pour moi un son de batterie très typé (en gros celui du « Born in the USA » de Springsteen) et forcément daté, qui parasite quelque peu l’ensemble et relègue au second plan l’orgue et les claviers pourtant cruciaux dans ce genre de musique.
Il faut être clair, on n’a pas avec Green On Red et ce « Killer inside me » affaire au groupe génial honteusement ignoré, pas plus qu’à un disque « maudit » oublié qui mériterait toutes les louanges. C’est juste du bon boulot de fans, qui allaient à contre-courant des tendances de l’époque, et jetaient avec d’autres (Dream Syndicate, Rain Parade, Long Ryders, …) les bases d’une americana qui allait devenir un des genres majeurs des années 90 et suivantes aux USA.

ALICE IN CHAINS - DIRT (1992)


Dark side  ...

Allman Brothers at Fillmore ? 

Vingt ans après, il en reste quoi, du grunge et par extension-assimilation du Seattle sound ? A mon humble avis, pas grand-chose … Tout un tas de jeunes poseurs, fils de bonne famille au look savamment négligé qui moulinent pour des générations de nostalgiques ou des gamins qui n’étaient pas nés au début des 90’s, une pop noisy et vaguement énervée … La référence des milliards de fois citée Kurt Cobain et Nirvana, que tout le monde a essayé de copier de façon plus souvent risible que convaincante … Une génération de groupes plus ou moins voisins ou cousins apparus au début des années quatre-vingt dix dont il ne reste plus grand-monde et surtout plus grand-chose de bon. Qui se soucie que Mudhoney existe encore, des derniers disques de Pearl Jam, quelqu’un regrette t-il Soundgarden ?
Reste le cas Alice In Chains ... Le vrai Alice In Chains, s’entend, avec Cantrell et Staley, pas le machin « reformé » qui a sorti un disque y’a deux-trois ans avec une pochette tellement moche qu’il ne faut pas l’écouter, il y a des signes qui ne trompent pas. Déjà un peu à part dès leurs débuts, les Alice In Chains ont symbolisé et plus encore après le suicide de Cobain la face sombre, torturée du rock des années 90, avec leur sorte de heavy metal dépressif. Et plutôt qu’à leurs lointains cousins grunge, ils m’ont toujours fait penser à leurs frères de sang (glacé) gothiques Joy Division ou Bauhaus. Même électricité stridente, même chant incantatoire, même ambiance désespérée latente.
« Dirt », tout le monde vous le dira, c’est leur chef-d’œuvre. Parce que celui qui les a vraiment fait connaître, parce que leur plus vendu, parce que celui dont a extrait le plus de singles, de clips, parce que le ying de Cantrell et le yang du junkie Staley, bla-bla-bla, toute cette sorte de choses … Sauf que tout ça est très discutable, les ceusses qui ont un tant soi peu écouté leurs disques et ne font pas confiance aux bonnes consciences centristes du rock, savent depuis longtemps que le meilleur disque d’Alice In Chains sera le suivant et « vrai » dernier, celui dit « du chien à trois pattes ».
Ce qui n’enlève rien à la qualité de « Dirt », très recommandable, avec des choses comme « Would », « Them bones », « Rooster », « Down in a hole », …

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Alice In Chains


EVERYTHING BUT THE GIRL - IDLEWILD (1988)


La beauté cachée ...
... des laids, des laids, se voit sans délai, délai … Faut dire que Everything But The Girl, c’était le couple le plus moche des eighties (aïe, ça commence mal, cette chronique). Encore plus moches que George Michael et sa copine dans Wham ! (putain, je m’enfonce, là …). Bon, pour faire simple et éviter la noyade, on dira qu’ils étaient moins glamour que Eurythmics. Mais comme la Lennox et le Stewart, Tracey Thorn et Ben Watt étaient capables de livrer de grandes chansons, et plus souvent qu’à leur tour.
Parce que là, sérieux, il n’y avait pas grand monde qui puisse rivaliser avec la voix voilée et puissante à la fois de Thorn (Liz Frazier des Cocteau Twins étant le seul nom qui me vienne à l’esprit), et ce sens de la composition, de la mélodie et de l’arrangement de Watt. Et tout ça sans tapage, sans bling-bling. EBTG étaient des artisans discrets qui faisaient plus que bien leur boulot. Et leurs titres étaient dans la tradition des grands « chansonniers » de l’Angleterre, entamée deux décennies et demi plus tôt avec Lennon et Macca, et dont le dernier représentant était au milieu des 80’s Elvis Costello, avant qu’il se mette en tête de se prendre pour un Américain, de faire des disques avec des chanteuses d’opéra et d’épouser des chanteuses centristes de jazz …
Tiens, puisqu’on parle du fuckin’ jazz, il y en a un paquet en filigrane dans ce « Idlewild ». Qui sert de trame à pas mal de titres, qui a inspiré des arrangements classieux (notamment ceux de sax, parfois très présents sans jamais être envahissants). Mais ce jazz-là est supportable (comment ça, je recommence ?), et il ne plaira évidemment pas aux accros de la chose. Et puis, Thorn et Watt ont les oreilles grandes ouvertes sur toutes ces machines qui arrivent dans les studios et surtout sur les trouvailles rythmiques qu’elles peuvent générer. Et ils s’en inspirent pour leurs chansons, même s’ils préfèrent les recréer avec des sessionmen.
On ne trouve pas dans ce « Idlewild » la moindre faute de goût au niveau sonore, tout est parfaitement pesé, soigné, avec un sens de la mesure et du discernement jamais démentis. On ne trouve pas non plus cette froideur qui rendait Sade vite insupportable avec son soft jazz murmuré. Watt et Thorn oeuvrent dans un spectre sonore beaucoup plus riche, beaucoup plus large, que la glaciale Nigériane.
Il y a sur ce « Idlewild » des merveilles pop comme « Oxford Street » que ne renierait pas un Paddy McAloon, autre orfèvre mésestimé de l’écriture avec ses Prefab Sprout, « Blue moon Rose » et son enlevé mid-tempo, l’ultime « Apron strings », lente ballade dépouillée. Il y a aussi du folk boisé (« Shadow on a harvest moon ») qui réussit à être moderne et passéiste à la fois. Et puis une grosse ribambelle de morceaux de smooth-jazz qui donnent la coloration d’ensemble de ce disque, un peu comme la bossa nova qui était la base de leur premier chef-d’œuvre « Eden » quatre ans plus tôt. Une bizarrerie aussi , « The night I heard Caruso sing » chantée (il aurait pas dû) par Ben Watt, qui s’est gardé la plus belle mélodie du disque, un peu pompée tout de même on dirait sur le « Fernando » de ABBA.
Et par-dessus tout, ce « Idlewild » est habité par la superbe voix de Tracey Thorn. Qu’elle soit sans aucun artifice (la plupart du temps), teintée d’écho (« I always was your girl »), voire carrément doublée (« Goodbye Sunday »). Quelques malins joueurs de disquettes de Bristol (Massive Attack) remarqueront cette voix unique, et s’en serviront sur leur second album, « Protection » …

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Eden


STAN RIDGWAY - PARTYBALL (1991)


Partie difficile ...

Les oreilles les plus fines avaient remarqué Stan Ridgway dans Wall Of Voodoo. Certains avaient même crié au chef-d’œuvre dès « Call of the the West », sympathique foutoir avec de bonnes choses, mais quelque peu surestimé.
Tout le monde s’était accordé sur son premier disque solo, « The big heat » pour dire qu’on tenait une masterpiece. Gros buzz critique, succès populaire d’estime. Et l’on s’est mis à attendre beaucoup (trop ?) du Californien au fort tarin. Qui n’a jamais retrouvé pareil niveau d’excellence.
Ce « Partyball » n’est pas très convaincant, mais Ridgway avait déjà placé la barre tellement haut qu’il n’était pas évident de faire aussi bien à chaque fois. L’homme à la voix nasale à faire passer Bob Dylan pour Pavarotti a avec « Partyball » nettement durci son propos musical, et les mélodies sont noyées sous des guitares et des batteries qui cognent … trop. De plus, la moitié des morceaux sont précédés  de longs bruitages instrumentaux, ce qui n’arrange rien.
Pourtant, de temps en temps (« I wanna be a boss » et ses chœurs soul féminins, « Snaketrain »), les réussites sont au rendez-vous, malheureusement éclipsées par un inepte slow FM gluant (« Right through you »), ou par une tentative ratée d’imiter le son Ministry – Nine Inch Nails (« Uba’s house … »). Quand au final, le long « Beyond tomorrow », il souffre de la comparaison avec l’épique « Camouflage » de « The big heat ».
Trop inconsistant tout de même pour rallier les suffrages.
Depuis, Ridgway se partage entre une lucrative carrière dans les musiques de film ou de pub, et des disques « normaux » quelquefois réussis mais au succès confidentiels.

BIG BROTHER & THE HOLDING COMPANY feat. JANIS JOPLIN - LIVE AT THE CAROUSEL BALLROOM 1968 (2012)


D'autres Cheap Thrills
A priori, il n’y a strictement aucun intérêt à écouter un disque de Big Brother & The Holding Company. Bande d’hallucinés moulinant heavy et fuzzy tout ce qui leur passait entre les pattes, Big Brother était un groupe de quatrième zone des 60’s psychédéliques de San Francisco. Mais voilà, après avoir été nuls avant et aussi nuls après, ces lourdauds ont compté dans leur rang une certaine Janis Joplin, d’abord choriste puis, forcément de plus en plus chanteuse lead.
Et Big Brother a vu son nom en grosses lettres sur un des trois seuls disques parus du vivant de la hurleuse d’Austin, son premier, le live « Cheap Thrills ». Un de ces disques culte intouchables qui vaut surtout par une prestation grandiose de la Janis, le band étant, fidèle à son habitude, soit quelconque, soit mauvais …
Alors quand plus de quarante ans après les faits paraît un autre disque de Big Brother & The Holding Company featuring Janis Joplin, on se dit que voilà encore un coup foireux d’une industrie du disque agonisante qui tente de sauver ce qui peut encore l’être en refourguant à quelques grabataires aisés de la « valeur sûre ». Car bon, « Cheap Thrills », il est dans tous les palmarès, et souvent en haut, des disques qui ont compté, et encore plus haut dans ces mêmes palmarès dès lors qu’on parle de disques live. Et quand on connaît un peu l’histoire de « Cheap Thrills », disque payé par une major et compilant plusieurs extraits de concerts, à quoi bon écouter un live issu d’un seul concert de ces baltringues, les gars souvent chargés au LSD et la Janis au LSD et en plus au Southern Comfort ?
D’autant plus quand on voit que les bandes de ce disque ont été enregistrées en Octobre 1968 (après la parution de « Cheap Thrills ») et mixées des décennies plus tard par Owsley « Bear » Stanley (récemment clamsé, ce sont ses héritiers qui sortent les bandes, distribuées par Sony). Rappelons pour les fans de Justin Bieber et quelques autres que Owsley était le chimiste (entendre également son principal dealer) du LSD californien, et accessoirement le sonorisateur du Carousel Ballroom (futur Fillmore West quand le malin promoteur Bill Graham en prendra la direction), salle de concert hippie où se produisaient régulièrement les stars du San Francisco d’alors, le Grateful Dead (dont Owsley faisait à temps perdu office de gourou) et l’Airplane, et dont Big Brother assurait quelques fois les premières parties. D’autant que d’entrée, y’a un truc qui cloche au niveau sonore … Ce « Live at the Carousel » est inécoutable au casque sous peine de mal de tête carabiné. Mixé comme au temps préhistoriques de la stéréo, voix et batterie à droite, guitares à gauche. On se retrouve donc avec d’un côté les aigus de la Janis qui pulvérisent le tympan et de l’autre la basse et le fuzz des guitares qui bourdonnent salement dans la trompe d’Eustache. Faut bien régler les potards du matos, déplacer les enceintes (les rapprocher en fait) et alors là … putain, les enfants, the big claque, un son de mammouths en rut …
Il se passe un truc. Big Brother est l’espace de cette soirée une machine de guerre. Même si c’est pas l’imagination au pouvoir. Tous les potards sur onze, un parpaing sur la pédale fuzz, et en voiture Simone pour un peu plus d’une heure de heavy soul-rock. Le groupe est nettement plus convaincant que sur « Cheap Thrills » (il n’est vraiment à la ramasse qu’au début de « Piece of my heart »), et le reste du temps fait simple mais fuckin’ efficace. Et puis il y a la Joplin. En transe comme d’hab, passant du murmure au feulement puis au rugissement, à la hauteur de sa légende. Grosse différence avec « Cheap Thrills », on entend beaucoup plus la voix de Sam Andrew, guitariste-chanteur attitré de Big Brother avant  et après la période Joplin. Et il y va à fond, étant obligé de littéralement gueuler pour se faire entendre, la plupart des titres sont de vrais duos entre ces deux gosiers en feu.
Alors ce « Live at the Carousel Ballroom » est vraiment le petit frère de « Cheap Thrills ». Le grand frère, même, parce que pour moi il est mieux. Le répertoire de base est peu ou prou le même (ne manquent que « Turtle blues » et « Oh sweet Mary »), mais avec une poignée de titres supplémentaires sur cette dernière livraison. Si « Piece of my heart » et l’indépassable version de « Summertime » sur « Cheap Thrills » ne sont pas égalées, « Combination of the two », « I need a man to love », et surtout une version dantesque de « Ball and chain » (comme « Dazed & confused » ou « Since I’ve been loving you » du Zeppelin à la puissance mille), sont meilleures sur ce « Carousel Ballroom ». En ce qui concerne les titres « nouveaux », y’a à boire et à manger. Le concert est repris dans son intégralité, et on a donc droit à une paire de jams bluesy (« I’m mad (mad man blues) » et « Coo Coo »), le genre de machins entendus des milliards de fois sur les galettes de blues-rock de l’époque, et comme James Gurley n'est pas aussi technique que Clapton, Hendrix ou Bloomfield, bof … Mais aussi à un bon rhythm’n’blues sauvage de la seule Janis (« Flower in the sun »), la tartine de psyché-soul un peu longuette de « Light is faster than sound », un étonnant « It’s a deal » qui sort en un peu plus de deux minutes tous les plans live de la bande à Jerry Garcia, (joke or not joke, Big Brother et le Grateful Dead partageaient l’affiche au Carousel) … « Call on me » est plutôt raté, mais pour se faire pardonner une version excellente du titre provenant du concert du lendemain a été rajoutée en bonus. Grosse très bonne surprise, un rockabilly plein de breaks (« Catch me daddy »), qui rappellera bien quelque chose à ceux qui connaissent la version de « Jailhouse rock » par les barbus de ZZ Top sur leur live « Fandango ! ».
Même si ce « Live at the Carousel » ne détrônera pas « Cheap Thrills » dans les livres d’Histoire (combien il va s’en vendre, combien de vieux croûtons s’intéressent encore en 2012 à Janis Joplin), il n’en reste pas moins qu’il n’a pas à rougir de la comparaison avec son prédécesseur. Le meilleur live de Janis Joplin à ce jour vient de sortir dans les bacs … Elle est pas belle la vie ?

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GENE VINCENT - BLUEJEAN BOP ! (1956)


Be-Bop-A-Lula ...

Le premier disque en 1956 de Gene Vincent… La plus belle voix blanche du rock’n’roll des pionniers. Capable de l’hystérie rockabilly (« Jump back, honey, jump back »), de la douceur d’un swing jazzy (« Ain’t she sweat »), d’une emphase jamais ridicule (« Lazy rain »), et surtout une voix qui trouve sa plénitude dans les tempos médium, ralentis, alanguis …
Gene Vincent & The Blue Caps
Mais Gene Vincent est aussi une des plus belles têtes de lard de l’histoire du rock, éthylique au dernier degré, capable de sautes d’humeur exaspérantes pour son entourage, ce qui lui vaudra de saborder à grande vitesse une carrière qui s’annonçait prodigieuse… Une des figures les plus mythiques du rock, qui a « inventé » la tenue vestimentaire tout de cuir noir (vite imité par Vince Taylor et … Dick Rivers), et un jeu de scène violent et apocalyptique, basé sur des déhanchements dus aux séquelles d’un accident de moto qui lui avait broyé une jambe.
Il ne compte qu’un seul impérissable « classique » à son répertoire, « Be bop a lula » tout de même, à l’origine seulement  face B de son 1er 45T « Woman love ». Et pourtant, il a eu toutes les cartes en main (aux débuts du moins) pour faire des disques d’anthologie. Son plus gros atout musical se tenait à côté de lui sur scène, souvent flanqué d’une Gretsch noire, et s’appelait Cliff Gallup, LE guitariste du milieu des années 50. Un jeu unique, très économe de notes, d’une inventivité prodigieuse, créant un accompagnement différent pour chaque titre …
Un guitariste qui a traumatisé Jeff  Beck, au point que l’irascible guitar-hero anglais lui a consacré un album entier de reprises (l’indispensable « Crazy legs » en 1993, avec un groupe monté pour l’occasion, les Big Town Playboys).
Sur ce « Bluejean Bop », Vincent et Gallup forment une paire indépassable. Peu après l’enregistrement, Gallup partira, ne revenant avec son leader que pour une série de séances studio qui donneront l’année suivante l’excellent « Gene Vincent & The Blue Caps » (les Blue Caps étant le nom du backing-band à géométrie variable qui accompagna Vincent dans les 50’s). « Bluejean Bop » se suffirait en lui-même, mais cette réédition accole aux douze titres originaux les trois 45 T sortis auparavant (dont évidemment « Be bop a lula » avec « Woman love », mais aussi « Crazy legs » et « Race with de devil »).
Ce « Bluejean bop » devient ainsi aussi indispensable que les Sun Sessions d’Elvis … 

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DEEP PURPLE - THE HOUSE OF BLUE LIGHT (1987)


Un disque de Bon Jovi ?

Ils ont du se gourrer quelque part … Y’a pourtant écrit Deep Purple sur la pochette… Deep Purple, ceux qui en 1970 ont rédigé le manifeste définitif du hard-rock, le toujours pas égalé « In Rock », et dans la foulée quelques hymnes-brûlots genre « Highway Star », « Smoke on the water », « Burn », « Mistreated », qui bien qu’englués dans des disques studio prétextes à de grosses batailles d’égos ou des live plein de farineuses jams interminables, ont marqué leur temps et à jamais l’esprit de toute une génération de collégiens… Deep Purple, géniteurs d’une innombrable descendance d’avatars plus ou moins dispensables (tous ces Rainbow, Whitesnake, Ian Gillan Band, n’en jetez plus …).
Deep Purple, comme les autres dinosaures 70’s (Stones, Who, Led Zep, …), balayés par le punk et la new wave, qui se reformera (à moins qu’ils n’aient jamais arrêté) dans les 80’s. « House of blue light » est le second disque de cette réapparition…
« Bad attitude » pour commencer, avec intro par les grandes orgues de Lord, un bon riff de Blackmore, et puis … Oh ! C’est qui qui chante ? Coup d’œil sur le livret … Ian Gillan ?? Le gosier en feu de « Child in time » et « Highway star » ? Ben , il a morflé sévère Gillan, perdu en route la moitié de ses octaves … Et pourtant, c’est bien le Purple de la légendaire Mark II, comme disent les spécialistes, avec Paice et Glover en plus à la rythmique …
Mais à mesure que les titres défilent, on va de déception en déception. Le son général est celui d’un disque de hard FM comme il en sortait à l’époque tous les jours. Lord a oublié sur la plupart des morceaux son Hammond et s’escrime sur des claviers high tech à la (Depeche) mode, Glover n’a pas pu s’empêcher de poser ses pattes sur la console pour ce son limite middle of the road, Gillan, paix à ses cordes vocales élimées, n’en parlons plus, Blackmore ne distille que parcimonieusement son talent (1er solo un semblant concerné sur « Mad dog », et seulement à son vrai niveau sur la cavalcade à la Iron Maiden de « Spanish archer », c’est quand même peu …). Seul Paice semble ne rien avoir perdu de sa capacité à malmener les fûts.
Pour ne rien arranger, les compos ne sont pas fameuses, pour un Deep Purple s’entend … « Call of the wild » semble sortir d’un disque de Toto, « Hard lovin’ woman » pourrait passer pour du rythm’n’blues s’il ne sonnait pas comme du Genesis des années 80, « Unwritten law », c’est du hard FM débité à la tonne … « Strangeways », ouh les copieurs, avec ses motifs arabisants recycle des plans de « Kashmir », et « Mitzi Dupree » ballade vaguement bluesy rappelle au détour de sa mélodie le « You can’t live your hat on » de Randy Newman repris par Joe Cocker à peu près au même moment …
« The house of blue light » est un ratage total, juste un disque indigne d’un des plus grands noms du rock des seventies. Le dernier titre s’appelle  … « Dead or alive », vous voulez vraiment mon avis sur cette question ?

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DAVID LYNCH - BLUE VELVET (1986)


Sortie de l'Underground

Quand il entame le tournage de « Blue Velvet », David Lynch joue gros … Sa carrière à peu près. Après l’auteurisant et difficile (pour être gentil) « Eraserhead » et le bon succès de « Elephant Man », il s’est planté grave avec l’énorme budget de « Dune », adaptation d’un bouquin culte de science-fiction que même le bien allumé Jodorowsky avait abandonnée.
Le projet de « Blue Velvet » lui vient à l’écoute de la chanson homonyme de Bobby Vinton, qui lui fait imaginer l’essentiel du scénario. Il demande un budget au producteur De Laurentis, qui lui en accorde le quart, moyennant pour Lynch le final cut  … à condition que le film ne dépasse pas deux heures (le premier montage durait le double, et les scènes coupées sont semble t-il perdues à jamais).
Kyle MacLachlan sortira t-il du placard ?
Cette coupe budgétaire fait revoir à Lynch son casting à la baisse. Adieu les grands noms dont il rêvait (notamment Helen Mirren pour le rôle de Dorothy Vallens), il doit se rabattre sur des quasi-débutants, Kyle MacLachlan, Laura Dern, une Isabella Rossellini au lourd pedigree (fille de Roberto et d’Ingrid Bergman), et le junkie fraîchement désintoxiqué Dennis Hopper, plus ou moins blacklisté par les studios hollywoodiens.
Le film est perçu à sa sortie comme un OVNI total, assez froidement par les médias spécialisés, et démarre assez mal en salle. C’est l’acharnement de quelques critiques à le défendre qui en fera à la longue un bon succès populaire.
« Blue Velvet » jette les bases de l’univers lynchien, toute son esthétique des couleurs qui poursuivent les personnages (l’appartement de Dorothy est d’un rouge « infernal », tout comme le rideau de la scène dans le cabaret où elle chante, et elle est toujours habillée de bleu marine ou de noir), et l’histoire portée à l’écran qui oscille entre réel et imaginaire obligeant le spectateur à se demander si les personnages « vivent » les scènes, ou bien s’ils les rêvent (dans « Blue Velvet » ça va, tout est « réel », on arrive à suivre, mais que ceux qui ont tout compris à « Mulholland Drive » lèvent la main … doucement, pas tous en même temps …).
La trame de « Blue Velvet » est relativement simple. Un jeune puceau timide et complexé, un brin pervers et voyeur (Kyle MacLachlan) va découvrir une oreille humaine dans un champ, l’amener à la police, et parallèlement mener sa propre enquête, aidé par la fille (Laura Dern) coincée de l’inspecteur chargé du dossier. Au cœur de l’affaire, une chanteuse ratée de cabaret et mentalement borderline (Isabella Rossellini), dont l’enfant et le mari semblent détenus par un truand psychopathe, Frank Booth (Dennis Hopper). Les relations entre les trois personnages centraux (Hooper et Dern n’ont aucune scène en commun) sont pour le moins assez étranges, reposant sur leurs déséquilibres psychiques. A la sortie du film c’est surtout le personnage de Dorothy Vallens qui avait choqué, et Isabella Rossellini et par ricochet Lynch étaient accusés de donner une image dégradante et avilissante de la femme. Moi, c’est Dennis Hopper que je trouve fascinant dans ce film où il livre une performance grandiose de fou furieux dangereux. Chaque fois qu’il est à l’écran, la tension et l’adrénaline montent, à l’image de la première scène où il apparaît, conclue par une sorte de viol rituel sur Rossellini (d’ailleurs également la première de leurs scènes communes tournée par Lynch, et Rossellini a avoué que comme entrée en matière, cela avait très difficile pour elle). Hopper avec ses cris, ses injures, ses yeux exorbités, son masque aérosol (il a remplacé, en bon chimiste des sixties psychédéliques, l’hélium suggéré par Lynch par un gaz psychotrope, laissant son metteur en scène médusé par cette « improvisation »), renvoie le Norman Bates de « Psychose » au rang d’enfant de chœur, et préfigure la composition d’un Javier Bardem en tueur cinglé intégral dans le fabuleux « No country for old men » des frères Coen.
Dennis Hopper & Isabella Rossellini
La patte de Lynch est sur tout le film, le réalisateur arrive à dépasser une histoire glauque et suffocante par quelques courtes séquences comiques (le drolatique infarctus du père, les scènes avec la mère et la tante de MacLachlan, le magasinier aveugle, …), quelques scènes à l’eau de rose dignes d’une sitcom entre Dern et MacLachlan, une symétrie des plans bucoliques et idylliques du début et de la fin du film avec les clôtures fleuries, les rues tranquilles traversées par le camion des pompiers. La noirceur de l’ensemble du film n’en apparaît dès lors que plus évidente.
Et puis, les films de Lynch se passent aussi au niveau sonore. Des bruits menaçants, industriels, œuvre d’Alan Splet, sonorisateur de tous les films de Lynch, rajoutent à la tension des scènes. Et côté musique, c’est la première collaboration de Lynch et du compositeur new-yorkais Angelo Badalamenti , qui deviendra son musicien attitré tout le long de sa filmographie. C’est Badalamenti qui coache Rossellini pour qu’elle puisse chanter au cabaret (pas de doublage ou de post-synchro), c’est lui qui a l’idée du « Mysteries of love » de Julee Cruise pour le slow de MacLachlan et Dern dans la boum étudiante. Mais la plus belle réussite sera d’aller chercher un vieux classique de Roy Orbison, « In dreams », et de faire mimer le chant par l’ex enfant-star Dean Stockell, pour l’occasion  un travelo complice de Frank, maquillé comme une voiture volée, et éclairé par une lampe de chantier dont il se sert comme d’un micro. Scène d’anthologie …
« Blue Velvet » est un chef-d’œuvre, qui récoltera l’Oscar du meilleur film en 1987. Un chef-d’œuvre parfois dérangeant, mais un chef-d’œuvre quand même. La base et la matrice de tout le cinéma de Lynch, et de son autre masterpiece « Mulholland Drive » en particulier …

PRINCE CHARLES & THE CITY BEAT BAND - STONE KILLERS (1982)


De haute lignée ...

Prince Charles (de Boston, à ne pas confondre avec le mari cocu de feue Lady Di), était à peu près totalement inconnu quand il a sorti ce disque en 1983, et malheureusement pour lui le restera relativement par la suite. Et pourtant, il livre avec ce « Stone killers » une œuvre de funk lourd et monumental, une tuerie pleine de groove …
Imaginez une sorte de big band funk du niveau de Funkadelic, mixant tout au long de ses morceaux (généralement durant tous entre 6 et 8 minutes), funk bien sûr, mais aussi rap et rythmiques électroniques. Les grooves sont éléphantesques, les basses pachydermiques et le ton est donné dès le premier morceau, le superbe « Don’t fake the funk », bien meilleur que son successeur « Cash money » pourtant choisi comme single à l’époque. Seul problème, ces deux morceaux sont amochés par deux ignobles solos de flûte (de Prince Charles himself), qui ont plus à voir avec le sinistre Ian Anderson de Jethro Tull qu’avec James Brown. Mais la fête n’est cependant pas gâchée car on voit débouler le très « princier » (de l’autre Prince qui venait de sortir « 1999 », vous suivez ?) « I’m a fool for love », avant l’instrumental hénaurme « Jungle beat » qui à lui seul résume tout Rita Mitsouko (à tel point que Prince Charles travaillera par la suite avec le duo parigot). Le Cd se conclut par un « Video freak » aux rythmes computerisés chers aux teutons de Kraftwerk.
Depuis sa sortie, ce disque a été peu souvent réédité et n’est pas toujours facile à trouver. Si vous réussissez à mettre la main dessus, vous ne le regretterez pas.

THE WHO - WHO ARE YOU (1978)


Perte d'identité ...

Petit rappel, les Who sont : un, le plus grand groupe de scène ayant jamais existé ; deux, responsables d’une discographie insupportable ; trois, à l’exception de « Who’s next », l’un des dix plus grands disques de tous les temps, de (forcément) « Live at Leeds » (même s’il a été bidouillé en studio), et d’une bonne compile comme le coffret « Thirty years of maximum rhythm’n’blues (même si après cinq ans – putain, cinq ans ! – de sarkozysme nombreux seront ceux qui devront se contenter d’une plus simple).
Ceci posé, on en vient à cette daube très bêtement nommée « Who are you » et millésimée 1978.
« New song » d’entrée ressemble à un (mauvais) morceau de Van Halen. Et souvent la suite ne ressemble à rien (de bon).
Townsend a semble-t-il oublié ses guitares, Daltrey sa voix, les bras de Moon sont trop endormis par la poudre pour qu’il prodigue ses terribles roulements sur les peaux, et la basse d’Entwistle fait comme l’auditeur, elle ronronne doucement.
L’histoire retiendra que ce disque est le dernier de Moon (mais malheureusement pas le dernier des Who), que le groupe venait jouer le play-back du titre « Who are you » dans le Ring-Parade de Guy Lux ( si, si, je m’en rappelle ) …
Le fan des Who se contentera de « Guitar and pen » qui sonne comme un inédit de « Tommy » (ce qui n’est pas forcément une bonne référence).
Tous les autres passeront judicieusement leur chemin.

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Sings My Generation
Tommy

THE 13th FLOOR ELEVATORS - THE PSYCHEDELIC SOUNDS OF THE 13th FLOOR ELEVATORS (1966)


Vous reprendrez bien un peu d'acide ?

Les 13th Floor Elevators étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Trop en avance et trop ingérables.
Les 13th Floor Elevators se sont formés à Austin, Texas, le Lone Star State des rednecks. Ils ont commencé par du rock’n’roll garage, et ils n’étaient pas les seuls, que ce soit au Texas ou dans l’Amérique des mid-sixties. Ils ont pris du LSD (alors en vente libre). Beaucoup. Beaucoup trop. Et alors que tous ceux qui en prenaient, et notamment à San Francisco, viraient pop, clochettes, encens, et country mollassonne, et n’avaient pas encore sorti de disques (le Dead, l’Airplane), les 13th Floor Elevators sortaient dès 1966 ce « Psychedelic sounds ». Pour la 1ère fois dans l’histoire de la musique plus ou moins populaire était mentionné le terme psychédélique, pour un disque qui se démarque totalement de tous ceux que l’on rangera ensuite sous cette dénomination.
Les 13th Floor Elevators sont un groupe de rock, de rock violent, même, chez lequel la ballade et la rengaine mièvre n’ont pas leur place. Le groupe joue fort, vite, méchant, les guitares sont saturées à l’extrême (fuzz), flirtant dangereusement avec une sorte de bourdon perce-tympans. Le groupe est une entité unie, soudée, tous sont totalement rétamés à l’acide.
Roky Erickson 1966
Très vite, dès qu’une petite notoriété se dessinera, deux choses capteront plus particulièrement l’attention. La cruche électrique de Tommy Hall, supposé leader et gourou. What, cruche électrique ? Ben oui, une cruche en terre cuite contre laquelle est collée un micro, une cruche qui peut contenir de l’eau dans laquelle Tommy Hall souffle, siffle, crache, chantonne, ou alors qu’il tapote au gré de l’ « inspiration ». Et qui produit ce lancinant bruit bizarre glougloutant de fond que l’on entend sur la plupart des titres. Mais très vite, celui qui deviendra le point de convergence de tous les regards, c’est le chanteur (et aussi guitariste) Roky Erickson. A la base un bon et grand chanteur, braillard quand il faut, technique quand ça s’impose, et qui « habite » tous les titres … Il se murmure qu’il aurait fortement impressionné Jim Morrison. C’est lui le frontman, c’est lui qui deviendra l’image qui symbolisera les 13th Floor Elevators. Mais comme Syd Barrett ou Brian Wilson, le LSD qu’il consomme en quantités industrielles causera vite chez lui des dégâts irréversibles, et il partira dans un trip très spatial et spécial, encombré de visions de Martiens chelous, de vrais séjours en hôpital psychiatrique avec séances d’électrochocs, et de disques solos (le groupe ne fera pas de vieux os, Tommy Hall partira le premier, les rescapés sortiront un insignifiant « Easter everywhere » en 1968 avant la débandade finale) erratiques. C’est Roky Erickson qui inaugurera à partir de 1967 le célèbre look de gourou psychopathe (barbe et cheveux en bataille et à la longueur démesurée, regard de fou), repris par Sky Saxon des Seeds et tristement rendu célèbre par Charles Manson.
Roky Erickson plus tard ...
Coup de bol pour les 13th Floor Elevators, leur premier 45T « You’re gonna miss me » sera un petit succès sur tout le territoire américain, avant de devenir ensuite un classique du rock garage US, et un des piliers de la fameuse compilation « Nuggets » de Lenny Kaye qui a réhabilité dès le début des 70’s tous ces groupes américains quelque peu délaissés par l’histoire officielle durant la seconde moitié des années soixante.
Mais « Psychedelic sounds » ne se résume pas à ce seul titre, loin de là. On est là avec un disque de rock dur, qui plus est sans la faute de goût datée ou le titre neuneu qui encombreront la plupart des disques psychédéliques de l’époque, y compris ceux des stars célébrées. Ici pas de mantras, de comptine stupide, de titres planants interminables … Onze titres en un peu plus de demi-heure.
Derrière une pochette devenue emblématique du genre (le troisième œil, la fascination pour les pyramides, les taches huileuses mouvantes, les couleurs flashy, …), ça bastonne plus souvent que ça s’écroule. Des titres sans ambiguïté, « Roller coaster », voix planante et riff fuzzy mouliné sans fin, « Reverberation », mur de guitares crasseuses sur lequel on devine l’ombre à venir de la fraction dure du krautrock (Amon Düül II, Faust), ou du space rock d’Hawkwind … « Fire engine », intro de twang guitar comme si les Shadows avaient gobé des acides, un morceau qui très vite devient moite, caverneux, et qui réveillera le fan des Cramps qui devrait sommeiller en chacun. Rayon lourd, également « Thru the rhythm » et l’ultime « Tried to hide ». Psychédélisme oblige, la ritournelle pop affleure (« Splash 1 »), l’animalerie hallucinée se pointe (ici « Monkey island », à mettre en parallèle avec le « White rabbit » du Jefferson Airplane, les analogies sonores à venir avec les Californiens sont évidentes), « You don’t know » annonce l’univers barré de Barrett dans le Floyd …
Le rayonnement du disque ira beaucoup plus loin que ce que perdurera la vague psyché, et de temps à autre, des gens bien esquintés par la dope citeront les 13th Floor Elevators, le plus représentatif des dernières décennies étant sans doute Jason Pierce (Spacemen 3, Spiritualized), dont l’œuvre se trouve déjà en filigrane dans le gospel violent de « Don’t fall down », ou le titre écroulé, tête lourde dans le buvard de « Kingdom of heaven » …
La dernière ( ? ) réédition du disque propose en bonus des titres live (ils ont bien fait de le préciser, c’est totalement inaudible, niveau qualité sonore, une des pires choses que j’ai jamais entendues) du groupe reprenant sauvagement des classiques (« You really got me », « Roll over Beethoven », « Everybody needs somebody to love », « Gloria », …), plus le 45T des Spades (1er groupe de Roky Erickson) avec la version originale cuivrée de « You’re gonna miss me », complètement dispensable …

CHICAGO - CHICAGO VIII (1975)


Sauvé (de peu) par le livret ...

Avec « Chicago VIII » retour aux années Giscard. Chicago, cette fanfare émigrée à L.A., commence à passer de mode, mais paradoxalement à vendre de plus en plus de disques. Et à s’éloigner de plus en plus des influences musicales de ses débuts.
Et ce « VIII » est au premier abord un machin hétéroclite, fait à la va-vite entre deux tournées (il y a des morceaux sans la section de cuivres, chose inimaginable jusque là, de quoi hérisser le (forcément) vieux fan de base du groupe).
Et souvent, ce disque sonne comme du déjà entendu ailleurs. Il faut lire le livret de cette superbe (comme toujours avec eux) réédition Rhino pour comprendre un peu mieux où Lam , Cetera, Katz et consorts ont voulu en venir.
En fait, dans l’esprit du groupe cet album est une sorte de disque « tribute ». Fourmillant de références à leurs références à eux.
Si la dédicace de Katz à Hendrix (« Oh, thank you Great Spirit ») est connue et évidente, les morceaux-hommage à Randy Newman (« Harry Truman »), aux Beach Boys (« Never been in love before »), à Mountain (« Hideway » reprend le riff de « Mississippi Queen »  de la bande à Leslie West, autre guitariste admiré par Katz), à Ray Charles (« Brand new love affair ») montrent une ouverture d’esprit étonnante et en ce qui me concerne insoupçonnée.
Et du coup ce « VIII » qui pour les aficionados marque vraiment le début de la fin, se retrouve un peu comme le disque « à part » dans la carrière de Chicago.

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ROBERT JOHNSON - KING OF THE DELTA BLUES SINGERS (1961)


Genesis

Sans lui, il n’y aurait pas eu … tous les autres en fait. Et pas seulement les bluesmen. Les gens qui l’ont cité ou ont revendiqué son influence ne se comptent plus, tous ceux qui ont fait du rock à guitares sont ses plus ou moins lointains descendants.
Robert Johnson est une légende, dans tous les sens du terme. Pratiquement inconnu de son vivant, et révélé par des enregistrements qui ne seront compilés que plus de vingt ans après sa mort. Ce « King of the Delta blues singers » est son « premier » 33T sorti en 1961 et sera un choc immédiat, notamment pour tous les Britishs blues boomers, Keith Richards et Eric Clapton en tête…
De Robert Johnson, on sait plein de choses, tant la littérature qui lui a été consacrée est abondante … sauf que en fait, on n’est sûr de pratiquement rien. Juste des bribes d’anecdotes transmises de bouche à oreille par des gens qui l’ont connu, ou qui prétendent l’avoir connu, dans la tradition des chansons de geste médiévales, et comme elles sujettes à moultes enjolivures. Et depuis des décennies, de nouvelles « révélations » voient le jour. De Johnson, il ne resterait que trois photos (peut-être quatre) et quarante-deux enregistrements provenant de quatre sessions et vingt-neuf titres joués. Sauf que tout ceci est battu en brèche et sujet à controverses. Certains remettent même en cause son existence, d’autres affirment que (comme pour un de ses contemporains Sonny Boy Williamson), il y a eu un ou plusieurs usurpateurs-imitateurs se faisant passer pour lui, que les enregistrements qui nous sont parvenus ont été « pitchés » (c’est-à-dire légèrement accélérés, rendant la voix beaucoup plus aiguë, et le jeu de guitare plus rapide). Les causes de sa mort (à vingt-sept ans, Johnson a inauguré le fameux « Club des 27 ») sont à peu près inconnues, l’empoisonnement par un mari jaloux faisant office de thèse officielle.
Mais malgré tout, l’œuvre attribuée à Robert Johnson a révolutionné les blues et par effet de domino, toute la musique populaire du siècle. L’approche instrumentale est inédite par la place accordée à la guitare, dont Robert Johnson est devenue un des premiers et plus célébrés « heroes ». Les thèmes des chansons marquent une rupture et un démarquage total d’avec les origines du blues par le rejet ou au moins l’ambiguïté du rapport avec la religion. Johnson est le premier musicien « diabolique », celui qui a conclu le pacte faustien avec le Malin au fameux Crossroad (son âme en échange du jeu de guitare révolutionnaire qui sera le sien).
Ce « King of the Delta blues singers » (Johnson est originaire du Mississippi et sera un musicien nomade, perpétuant une tradition déjà établie, et poursuivie par la suite, Chicago devenant au fil des décennies le terminus du périple, l’Eldorado mythique des bluesmen du Sud) réunit un peu plus de la moitié des titres de Johnson, avec le seul « Travelling riverside blues » sous ses deux versions. Compilation non respectueuse de ce que l’on pense savoir de la chronologie des enregistrements, mais qui présente à peu près tous les titres liés à son pacte « diabolique » (« Cross road blues », « Walking blues », « Preaching blues », « Me and the Devil blues », …).
Un « Volume 2 » suivra à la fin des années 60, avant que soit réunis sur un double Cd (« Complete recordings ») en 1990 l’ensemble des titres de Robert Johnson.
Des titres tellement connus et repris que si Johnson avait eu une descendance ou des héritiers, ils seraient à l’abri du besoin pour plusieurs siècles.
La pierre angulaire obligatoire de toute discothèque …

WEATHER REPORT - HEAVY WEATHER (1977)


Loin des poncifs du genre ?

Ils sont velus, ils sont tous là ... Weather Report 1977

J’aime pas le jazz et encore moins le jazz-rock, tous ces moustachus bedonnants à chemise hawaïenne se complaisant dans la vaine démonstration de leur virtuosité. Alors, a priori, c’était forcément mal parti. Avis de tempête sur les Weather Report. Les yeux bandés, contre un mur, et feu à volonté.
Ce « Heavy Weather » me donne l’occasion de réviser (momentanément, manquerait plus que je me convertisse) mon opinion. Ce Cd est bon, varié, pas ennuyeux. Le funky « Birdland » d’entrée, la soul jazzy de « A remark you made », l’intéressant patchwork sonore « Harlequin », l’entêtant thème de « The Juggler » surnagent pour moi du lot.
Bon, évidemment, il y a de la « technique » (Zawinul, Shorter, Pastorius et les autres ne sont pas des instrumentistes débutants et ça s’entend), mais leur technique est utilisée pour tirer les compositions vers le haut, et non pas pour être jetée en pâture à un auditoire conquis d’avance. Et puis, pas de morceaux de trois-quarts d’heure, on reste dans un format « chanson ».
Allez, une dernière pour la route et agacer les puristes du genre : s’il y en avait un dans Weather Report qui avait pensé à chanter, ce « Heavy Weather » pourrait passer pour un bon disque de Steely Dan.

BJÖRK - POST (1995)


Rain Woman

C’était au temps béni ( ? ) où elle était l’égérie des bobos branchouilles et de toute l’intelligentsia fashion, en gros tous ceux prompts à adôôôrer le dernier cataplasme sonore avant de s’extasier de son contraire. Et elle ne perdait pas une occasion de faire sentir sa « différence », l’Islande, ses fringues flashy de mauvais goût, ses braillements aigus, son côté autiste lunaire. Tout cela faisant sourire, quand on avait connu l’indie-rock et la babacoolerie de ses précédents Sugarcubes. Troupe de hippies partouzards et alcoolos, s’il faut en croire ce qu’ils racontaient à la presse.
Björk en tenue camouflage ...
Et puis, Björk s’est muée en elfe new age, créature asexuée aux propos de modernité abscons, défricheuse téméraire de la chose pop. Foutaises et savant plan marketing, jolie mécanique de com enrayée par des grains de sable en forme d’hystériques pétages de plombs de diva capricieuse. Humainement, Björk est détestable. Musicalement, faut voir … Elle n’a pas toujours été cette harpie au look d’Yvette Horner électrocutée qui sort ces temps-ci des concertos d’iPad. Elle a fait une merveille de disque (« Homogenic »), un excellent « Debut », et coincé entre les deux, ce « Post » que l’on s’est empressé d’englober dans une trilogie merveilleuse.
Pour moi, « Post » est loin de valoir les deux autres, même s’il est bien meilleur que tous ceux qu’elle a sortis depuis quinze ans. « Post » n’est pas un disque, c’est un assemblage de bric et de broc, où se côtoient en dépit du bon sens titres d’exception et crétineries sonores absolues.
Rayon foireux, tout d’abord l’infect « It’s oh so quiet », reprise d’un classique ringard de comédie musicale américaine (« Blow a fuse ») popularisé des décennies plus tôt par l’oubliée Betty Hutton. Björk en Stanley Donen polaire (jusque dans le clip de ce titre), désolé mais pour moi ça le fait pas du tout … « Enjoy » ne réjouira que ceux qui ont envie de l’être à tout prix, « I miss you » nous ressert les horribles rythmes affreux-cubains à la sauce electro, c’est pour moi le pire titre du disque …D’autres choses sans me rebuter me laissent assez circonspect (« Cover me », « Possibly maybe », « The modern things », « You’ve been flirting again ») mais comme je suis de bonne humeur aujourd’hui, je vais pas en dire de mal…
Restent quand même selon moi quatre grands morceaux, ceux qui sont le mieux foutus et en même temps symbolisent le mieux l’aspect exploratrice sonore forcenée que l’on a attribuée à la Castafjord boréale. Des titres comme « Isobel » et « Army of me » (géniaux), le braillard mais très bien construit « Hyper ballad », ou l’OVNI sonore « Headphones » (où l’on sent vraiment la patte noirâtre se son compagnon d’alors, le pas très joyeux Tricky).
Conclusion bassement matérielle : il faut l’avoir ou pas ce « Post » ? Ben oui, j’ai dit que j’étais de bonne humeur …

De la même sur ce blog :
 Medulla 


BRIAN SETZER - THE KNIFE FEELS LIKE JUSTICE (1986)


Le cas Setzer ...

Il a eu l’immense mérite de faire perdurer avec ses Stray Cats toute l’innocence originelle du rock’n’roll, s’escrimant à recréer toute la magie perdue de choses aussi simples et évidentes que le Johnny Burnette Trio et d’une façon générale l’ensemble des pionniers de l’écurie Sun. Oui, mais voilà, pour éviter que ça tourne à la formule convenue, il fallait qu’il aille voir ailleurs, en tout cas plus loin que le revival rockabilly dont il était la jolie frimousse de proue. Et pour cela, crève-cœur obligatoire, se séparer de ses copains d’enfance, Phantom et Rocker, gentils garçons mais tout de même techniquement limités pour mener à destination tous les voyages musicaux dont rêvait Setzer.
Ce « Knife feels like justice » sera son premier album solo. En rupture par rapport à ceux des Stray Cats. Mais sans grosse surprise, il ne fallait pas non plus s’attendre à voir Setzer se muer en sorcier des synthés ou faire un disque avec des bonzes tibétains. Non, Setzer est profondément américain (pire, new-yorkais) et viscéralement attaché à la culture US, d’autant plus qu’elle aura une couleur 50’s vintage.
« Knife feels like justice » est donc un disque tout ce qu’il peut y avoir d’américain dans ce mitan des 80’s. Setzer commence à bénéficier, Stray Cats oblige, d’une bonne renommée de guitariste et chanteur, il vend du disque, a le soutien d’une major et une bonne bouille … Il se retrouve dès lors avec quelques moyens en studio, quelques requins, (la doublette Aronson – Aronoff à la rythmique, c’est du sérieux), quelques choristes réputés, et quelques « people » venus faire un tour pendant les séances… Campbell et Tench, Briseurs de Cœurs chez Tom Petty, Miami « Steve Bandana Futur Soprano » Van Zant, du backing-band du Jean-Patrick Capdevielle américain Springsteen. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Setzer a écouté les disque du Boss, notamment « Darkness » et « The River », tant une grosse moitié des titres sonne comme des chutes de studio de ces rondelles-là. On se retrouve donc avec pas mal de rock lyriques, classiques, centristes, bien chantés, bien joués, avec quelques bonnes parties de guitare (la Gretsch, c’est pas seulement pour faire joli sur les photos, Setzer en joue plus que bien), mais qu’on a comme l’impression d’avoir déjà entendus bien souvent (tous ces « Bobby’s back », « Chains around your heart », « The knife feels like justice », « Maria » co-écrit avec Van Zant forcément…).
Quelques morceaux donnent eux dans le son FM, limite variété (« Boulevard of broken dreams »), celui avec Campbell ressemble étrangement à du Tom Petty, tout ceci finissant par traduire une légère incapacité de Setzer à se démarquer, à innover par des compositions vraiment originales. Finalement, il n’y a que quand il se lâche, sous l’influence de ses premières amours rockab, que l’on a droit à trois titres furieux et échevelés (« Radiation ranch », « Three guys », « Barbwire fence ») d’assez loin les trois meilleurs du disque.
En résumé, parce qu’on va pas y passer la nuit sur ce disque en plus à peu près introuvable aujourd’hui (grosse gamelle commerciale lors de sa sortie), ceux qui aimaient le rockabilly des Stray Cats n’y trouveront pas leur compte, ceux qui n’en démordent pas du fantastique jumpbilly du Brian Setzer Orchestra encore moins. Juste un disque ni vraiment mauvais mais pas non plus franchement captivant de rock US 80’s … Pour amateurs exclusifs du genre, tendance complétistes …

DONNA SUMMER - THE BEST OF DONNA SUMMER (2001)


Voilà l'été, it's Summer time ...

Finalement, de toutes ces divas disco américaines de la fin des 70’s, il n’en reste pas beaucoup dont le souvenir a résisté à l’outrage des ans. Il n’y a même que le nom de Donna Summer qui éveille encore quelques souvenirs chez les amateurs de boules à facettes. Parce que déjà à l’époque, tout le monde n’avait d’yeux (surtout) et d’oreilles (un peu) que pour elle.
Elle avait de bien beaux ... chapeaux, Donna Summer
Déjà, et c’est pas rien de le dire, elle était mieux balancée que Thelma « Don’t leave me this way » Houston ou Gloria « I will survive » Gaynor. Y’avait guère qu’Amii Stewart qui pouvait par sa silhouette rivaliser, mais elle sortait des trucs vraiment pourris. Tandis que la Summer, elle a aligné une série de hits qui ont marqué l’âge d’or du disco. Elle avait en plus une bonne voix, et derrière elle le malin moustachu italo-allemand Giorgio Moroder qui écrivait et produisait tous ses titres. Un Moroder que certains ont pris pour un génie (les mêmes qui croient que Cerrone a du talent), alors qu’il n’est qu’un laborieux rat de studio, ayant eu la chance d’être au bon endroit au bon moment.
Le bon endroit, c’était le New York de la seconde moitié des seventies, dans lequel une jeunesse toute urbaine commençait à être gavée sévère par tous les ploucs à chemise à carreaux sévissant dans la country, le folk, ou le futur du rock comme disait l’autre. C’est par et dans la réaction que naissent d’autres courants musicaux. Deux endroits devenus mythiques ont canalisé cette réaction musicale. Le CBGB d’où sortira le mouvement punk de la côte Est et le Studio 54, temple du disco… Et le côté destroy de l’affaire n’était pas forcément où on l’imagine. D’un côté les prolos, la colle à rustine, la bière tiède et les putes décaties, de l’autre les friqués, les saladiers de coke, les cocktails aphrodisiaques et les partouzes avec les top models. Sodome et Gomorrhe sur fond de « tchac-poum » …
Donna Summer fut la reine sonore des nuits du Studio 54, avant que les premiers séropos et l’hécatombe qui a suivi ne sifflent la fin de la récréation au milieu des années 80. Et pendant une poignée d’années autour de 1980, elle a accumulé les hits. Dont la plupart sont présents sur ce « Best of ». La plupart car il manque quand même le tardif  et bien-pensant « She works hard for the money », mais plus ennuyeux, « Love to love you baby », un de ses plus connus. Et comme il faut préciser que son morceau emblématique « I feel love » n’y est pas en version originale, mais en version « expended » et plus ou moins remixée, ce « Best of » n’en est pas tout à fait un  …
Restent quelques monuments disco des années 77-78-79 comme « McArthur Park », « Hot stuff » (pour moi son meilleur titre, LE titre disco de l’époque, avec l’énorme « tchac-poum » rythmique, la basse slappée, les chœurs de jeunes ( ? ) vierges ( ?? ) et tout le tremblement), « The Wanderer » … Assez vite, Donna Summer se démarquera du disco pur et dur pour s’orienter vers la variété dansante (« Love’s unkind », plus ou moins plagiat d’ABBA, le génie de l’arrangement des Suédois en moins), voire la variété « de qualité » ( ? ), avec tous ces titres centristes, radiophoniques et souvent pathétiques comme « On the radio », « Breakaway », « Love is on control », et à partir des années 80 des machins qu’il vaut mieux oublier …
Conclusion évidente, un « Best of » de Donna Summer, ça vaut pas un disque moyen de Chic …