ROD STEWART - GASOLINE ALLEY (1970)


Super ...

Aujourd’hui, Rod Stewart et (au hasard) Phil Collins en sont au même point. Deux ringards totaux. Mais si le baltringue de (mains jointes, yeux levés vers le ciel) Genesis a toujours sorti des galettes consternantes, Rod the Mod a pendant quelques années, publié sans le moindre faux pas des putains de bons disques.
Que ce soit avec les Faces ou en solo. Grâce à une particularité contractuelle inenvisageable de nos jours, Rod Stewart est signé par deux maisons de disques, WEA pour les Faces, et Mercury pour ses disques solo. Et pour ses disques solo, les musiciens qui l’accompagnent en studio sont … les Faces. Cette forme d’ubiquité permet d’avoir deux fois plus de bons disques par ces gugusses qui n’avaient pas grand-chose à envier aux Stones, pourtant au sommet de leur art, au début des seventies.
« Gasoline Alley » est le second disque solo de l’ex co-chanteur des oubliés Steampacket, puis du fabuleux Jeff Beck Group. Qui après un opus brouillon, sort là le premier chef-d’œuvre d’une trilogie (avec « Every picture tells a story » et « Never a dull moment ») indispensable. Avec l’omniprésence de son fidèle lieutenant, un autre chevelu au long nez, compagnon indéfectible des soirées bien remplies de bière, coke, et filles faciles, le sieur Ron Wood. Tiens, Ron Wood, un qu’il serait temps de réhabiliter. Parce que Ronnie, avant de devenir copain comme cochon avec Keith Richards, et sur l’unique prétexte de ce copinage, intégrer les Stones où, bien aidé par des excès en tout genre, il va massacrer pendant trente ans les solos du groupe, a été dans les 60’s (avec les Birds), et au début des années 70, un excellent guitariste, plein de feeling et d’imagination pour trouver des sons originaux avec des dobros, des pedal-steel, des acoustiques, … en gros tout ce qui ressemble à une guitare. Il suffit de visionner le film de Scorsese sur les Stones (« Shine a light ») pour se rendre compte que maintenant qu’il est désintoxiqué, Ron Wood est capable de tenir la baraque Stones à bout de bras, pendant que de son côté le pauvre Keith essaye de tenir debout …
Tout ça pour dire qu’avec « Gasoline Alley », on a un grand disque servi par un immense chanteur (cherchez pas, des blancs-becs qui braillent comme Rod Stewart, y’en a pas eu une poignée en 50 ans …), avec derrière un band qui assure sévère et un Ron Wood omniprésent. Toute cette fine équipe aurait bien une faiblesse, il y a peu de compositeurs prolixes, et les compos originales vont pour l’essentiel sur les disques des Faces. Mais qu’à cela ne tienne, ces gens ont bon goût et savent aller chercher dans le patrimoine rock, soul, blues, … quelques pépites oubliées ou a contrario moultes fois célébrées que l’on croyait intouchables et qu’ils arrivent encore à transcender. Un exemple ? « Only a hobo » de Dylan, un des types certainement les plus repris pendant des décennies. Chanter mieux que lui n’est pas difficile, mais bonifier un de ses titres se révèle un exercice souvent périlleux, tant l’alchimie du Zim lui permettait d’imposer une marque de fabrique inimitable. Et bien, « Only a hobo » par Stewart et ses soudards c’est magnifique, une superbe ballade folky bien meilleure que l’original.
Et ce n’est pas le sommet du disque, loin de là. Des neuf titres de ce « Gasoline Alley » se détache un tiercé majeur.
« It’s all over now », le classique de Bobby Womack d’abord. Il faut être sacrément couillu pour s’attaquer à ce titre repris par les Stones à leurs débuts, car la bande à Jagger a toujours placé la barre très haut en matière de reprises. Verdict : la version de Rod the Mod est infiniment supérieure.
Ron Wood, Rod Stewart, Ronnie Lane 1970
Et ce n’est rien à côté de la relecture de « Country Comfort », tout fraîchement signée Elton John – Bernie Taupin, du temps où ces deux-là ensemble constituaient une redoutable paire d’auteurs (tiens, l’occasion de signaler aussi que l’Elton n’a pas toujours sorti que des slows pour mémères, et qu’il a fait au début des années 70 quelques disques pas piqués des hannetons).
Le must de ce « Gasoline Alley », c’est quand même « Cut across Shorty », un des premiers classiques d’Eddie Cochran, voix noire du Rod qui s’égosille sur un rock blanc furieux, et des Faces qui derrière font un numéro grandiose de faux départs et de vrais breaks. Tout le monde joue ensemble, et ce titre, le plus long du disque, est celui sur lequel Rod Stewart chante le moins, s’effaçant devant ses potes…
Les autres titres du disque ne sont pas anodins pour autant. L’introductif « Gasoline Alley » est une excellente ballade à base d’un folk celtique classieux, « My way of giving », signée Marriott-Lane rappelle quel putain de bon groupe était les Small Faces et qu’il en aura fallu deux, et pas des quelconques (Rod Stewart et Ron Wood) pour remplacer Steve Marriott et que le groupe devienne les Faces. Ce titre synthétise tout ce que le rock du début des seventies était capable de proposer de mieux avec son B3 qui chiale, son fatras sonore, son rock stonien, ses roulements de batterie et un chanteur qui marque son territoire. « Lady Day » est une ballade en hommage, non pas à Billie Holyday, mais à une jeune beauté qui a fortement impressionné Rod Stewart, « Jo’s lament » est un titre country marqué par une superbe partie de dobro de Ron Wood et des arrangements celtiques pour un mix rarement osé mais parfaitement réussi … En fait, il n’y a que le dernier titre (« You’re my girl »), qui puisse apparaître comme le maillon faible du disque avec ses étranges et inattendues cocottes funky …
Et si depuis des décennies Rod Stewart n’est plus qu’un jetsetter amateur de foot, de Guiness, de coke et de blondes écervelées, ne pas oublier que pendant cinq-six ans dans les années 70, il a tutoyé les sommets …

PS La "vidéo" de "It's all over now", n'est pas des Faces mais de Rod Stewart



THE ALARM - THE ALARM (1983)


Les copieurs ...

Conséquence des premiers succès de U2, et notamment ceux issus de « War » (« New Year’s Day », « Sunday bloody Sunday »), on a vu pousser comme des champignons dans l’Angleterre du début des 80’s une série de groupes tentant vaille que vaille de reproduire la formule qui avait si bien réussi aux Irlandais. En s’en tenant à la partie la plus visible, ces hymnes rock « héroïques », véhiculant messages positifs et concernés.
Big Country et The Alarm ont eu ainsi leur quart d’heure de gloire. The Alarm, emmenés par le chanteur guitariste au fort tarin et à la mulet ébourriffée et peroxydée Mike Peters, végétait depuis quelques temps dans l’anonymat le plus complet. Usant et abusant de force guitares acoustiques amplifiées et carillonnantes, de rythmes plus ou moins martiaux voire militaires, de refrains à reprendre virilement en chœur, ces quelconques ont réussi, portés par la bonne vague, à glisser quelques titres tout juste corrects dans les charts.
Persuadés qu’ils devaient avoir quelque talent, ils se sont obstinés à persévérer quelques décennies, retombant, logiquement a t-on envie de dire, dans l’indifférence générale.
Ce Cd est la réédition de leur 1er mini-33 Tours de 1983, soit 5 titres seulement. Heureusement ( ? ), on trouve en bonus une partie CD-Rom avec interviews, clips, paroles des morceaux, ce qui a l’heure du Web 2.0 où tout est disponible partout, (et pour rien), constitue un parfait non-évènement…
Cependant de quoi ravir les fans. S’il en reste.

THE BISHOPS - THE BISHOPS (2007)


Prometteur

Rien à voir (quoique) avec les pub-rockers des 70’s Count Bishops. Ceux-ci (deux jumeaux qui ont donné leur nom de famille au groupe et un pote batteur) n’ont pas encore de titre de noblesse.
Ce trio avec ses costards-cravate et ce look petite frappe mod, fait irrémédiablement penser aux Jam. Mais si le trio de Paul Weller s’inspirait des Who et surtout des Kinks, les Bishops avec leur pop énervée et leurs harmonies vocales bien en place renvoient plutôt vers l’axe Beatles – Hollies. Pour un 1er Cd, on peut trouver pire comme références.
Les morceaux (quinze en à peine plus d’une demi-heure) sont excellents et témoignent d’une maîtrise déjà impressionnante (les Bishops ont tout juste vingt ans). Se détachent du lot : « Breakaway », « The only place … », « I can’t stand it anymore », « So high », « Higher now ».
Seul problème: le marché du disque étant ce qu’il est, les majors n’investissent plus dans les groupes de rock, préférant les nigauds formatés des radio-crochets télévisés. Les Bishops sont signés sur un minuscule label (1-2-3-4 Records) et « bénéficient » d’une distribution quasi-confidentielle. Pourtant ils n’ont pas moins de talent que (au hasard) les sur-médiatisés Arctic Monkeys. Pour un tas de bonnes et de mauvaises raisons liées au « marché du disque », ce disque qui a pourtant reçu un accueil favorable dans la plupart des médias spécialisés, n’a pas touché le « grand public ». Les Bishops n’ont pas capitulé pour autant, ils en ont publié un autre récemment, aussi bien acueilli par la critique et aussi bien ignoré par le public …
Question : les Bishops ne vont-ils pas finir par se lasser ?

TOM WAITS - NIGHTHAWKS AT THE DINER (1975)


A vous couper l'appétit ...

Tom Waits a laissé quelques grandes choses. Son inégalé triptyque des années 80, « Swordfishtrombones » - « Rain dogs » - « Frank’s wild years » qui le présente à son zénith, zénith qu’il n’approchera plus qu’épisodiquement par la suite (« Mule variations », son dernier « Bad as me »). Mais avant tout ceci, il s’était fait sa petite réputation de clochard céleste, le pochetron du Tropicana Motel, l’improbable couple qu’il forma un temps avec Rickie Lee Jones, et une longue litanie de disques de 1973 à 1983, donnant lieu à une bataille d’Hernani entre ses fans (« les prémices du génie ») et le reste de la planète (« bof »).
« Nighthawks at the diner » est son troisième disque. Un peu à part dans son œuvre. Hésitant entre happening, performance, piano-bar j’menfoutiste, ou tout ce qu’on voudra de décalé par rapport à un disque « ordinaire ». Enregistré live dans une petite salle, il ne comporte que des titres inédits. Dans une atmosphère intimiste, un quatuor mouline un imperturbable fond jazzy sur lequel Waits, en meneur de revue déglingo, se lance dans de longues présentations des titres, ou plutôt des histoires mises en musique, d’une durée parfois elle aussi déraisonnable.
Ce qui pose d’emblée les conditions requises avant de s’enquiller l’heure et quart de « Nighthawks … » : être parfaitement bilingue, voire plus, l’élocution tomwaitsienne n’ayant que peu à voir avec la méthode Assimil, et ne pas être allergique à un soft jazz aussi pauvre musicalement qu’un Français moyen après un mandat de Sarko …
Personnellement, je trouve ce disque d’un ennui sans fin, il n’y a qu’un titre à peu près bluesy que je supporte (« Warm beer & cold women). Et comme j’aime bien Tom Waits, j’ai pas envie d’en rajouter et de désosser cette chose inaudible. Qui, heureusement, est restée unique et sans équivalent dans le reste de sa discographie.

Du même sur ce blog :
Closing Time
Asylum Years
Rain Dogs
Bad As Me

KILLING JOKE - NIGHT TIME (1985)


L'épicentre  de la new wave anglaise

Au milieu des années 80, les cartes sont distribuées dans la new wave anglaise. La gloire et les succès pour U2, Simple Minds et Cure, les accessits pour les autres, dont Killing Joke. Emmenés par son grand fada de chanteur Jaz Coleman, Killing Joke est avec « Night time » au sommet de son art, et symbolise avec ce disque une certaine forme d’apogée de cette « new wave » du début des années 80.
Depuis ses débuts un lustre plus tôt, le groupe n’a guère varié musicalement. C’est humainement que les choses ont bougé, le bassiste Martin Glover, co-fondateur du groupe, s’en est allé et commence sous le nom de Youth une carrière de producteur multi-genres très demandé. Jaz Coleman, déjà bien abîmé dans sa tête ne s’est pas encore tout à fait projeté dans cet ailleurs où il s’imagine être un gourou new age et apocalyptique, et qui bientôt lui fera mettre la carrière du groupe en pointillés.
Sur ce « Night time », dés le premier morceau qui donne son titre à l’album, la machine est lancée. Les guitares sonnent comme celles de Robert Fripp sur le « Scary Monsters » de Bowie, et la musique de l’album en général est une habile synthèse du trio vainqueur de l’époque : Cure, U2 et Simple Minds. Même si c’est inspiré de …, ce n’est toutefois pas du plagiat, et ce Cd possède son originalité, bien mise en valeur par le producteur Chris Kimsey, collaborateur attitré des Stones durant les 80’s.
Ces rythmiques martiales et métronomiques bien dans l’air du temps ont engendré le plus grand succès du groupe, « Love like blood », et un des hymnes new-wave les plus connus.
Enfin, ultime vanne qui tue, l’intro du dernier morceau, « Eighties » est entièrement pompé sur celle de « Come as you are » de Nirvana. 

MOTT THE HOOPLE - ALL THE YOUNG DUDES (1972)


Fantasmatique ...
Quand les deux disques qu’on a le plus écouté dans sa vie doivent être « London calling » et « Ziggy Stardust », le nom de Mott The Hoople fait rêver. Mott … la chose de Guy Stevens, le producteur de « London calling », gourou de la scène mod anglaise, qui a pris une bande d’anonymes nommée Silence (quel blaze idiot !), et leur a adjoint un chanteur, le quasi-vétéran Ian Hunter, fan ultime de Dylan et des Stones à la tignasse bouclée et aux inamovibles lunettes noires. Mott The Hoople est né, sort sous l’égide de Stevens une poignée de disques recueillant au mieux une indifférence polie, et l’affaire en 72 commence à sentir le sapin …Parallèlement, le Bowie s’entiche du groupe, et en ambulancier de ses idoles en perdition (Lou Reed, bientôt Iggy Pop), entend les remettre à flot et en faire des stars. Il leur offre un titre, « Suffragette City ». Refus poli de Hunter. Le Ziggy revient à la charge avec « All the young dudes ». Affaire conclue.
Bowie – Stevens, la collaboration n’aura pas lieu. Bowie entend superviser totalement le disque, vient avec dans ses bagages son manager DeFries et son guitariste Mick Ronson, et Stevens s’éclipse. Le changement va être radical pour Mott. Fini le son à la Faces – Stones et place à quelque chose de beaucoup plus glam, le genre qui est en train de mettre la planète à ses pieds. Et puis finies aussi les vaches maigres, « All the young dudes » le titre sera un énorme succès. Rien à dire, c’est un classique de Bowie, qui figurera en bonne place dans répertoire live de son auteur.
« All the young dudes », avec le recul, n’est pas le meilleur disque de Mott The Hoople. On y sent l’omniprésence aux manettes du studio de Bowie et Ronson. Et comme le groupe, déjà tiraillé entre deux pôles créatifs Hunter et le guitariste Mick Ralphs, n’a pas l’aura et la personnalité d’un Reed ou d’un Iggy, on sent une sort de tension, d’hésitation entre ce que Mott aimerait faire et ce que Bowie veut enregistrer. « All the young dudes » est un disque le cul entre deux chaises, balançant sans cesse entre rock dur stonien, et paillettes glam.
Le premier titre, et ce n’est pas neutre, est une reprise du « Sweet Jane » de … Lou Reed, suggérée-imposée par Bowie. Une version qui ne m’a jamais emballé, assez éloignée de l’originale, ici plutôt heavy boogie, et assez proche toutefois de ce qu’en fera Lou Reed en public avec Hunter et Wagner aux guitares. Il y a de bons titres sur ce disque, « Momma’s little jewel » (piano en avant et guitares incisives de Ralphs), « One of the boys » (très stonien), « Sea driver » (ballade avec piano et cordes, réussie, mais très différente de la tonalité globale du disque), le bon riff de derrière les fagots de Ralphs sur « Ready for love … », … Et puis des choses qui m’accrochent moins. « Sucker », pourtant un des classiques live du groupe, quelque peu empêtré entre glam-rock et « Sticky fingers » et qui n’arrive pas à choisir son camp, « Jerkin’ crocus », dans lequel Ralphs se prend un peu présomptueusement pour Mick Taylor, le boogie pataud de « Soft ground », …
A noter une excellente réédition Cd de 2006, avec moult bonus, notamment deux autres versions de « One of the boys », (la dernière étant pour moi la meilleure des trois), et deux titres live (« Sucker » et « Sweet Jane »), qui montrent que sur scène, quand Mott se lâchait, ça envoyait le bois sévère …
La suite ? Hunter, sentant le piège de la Bowie-dépendance, refusera un autre titre du Zig (« Panic in Detroit » il me semble), le groupe sortira une paire de bons disques mésestimés, Mick Ralphs partira fonder Bad Company avec Paul Rodgers, Mick Ronson rejoindra le groupe pour un dernier tour de piste en 1974 après la dissolution des Spiders from Mars de Bowie, Mott The Hoople explosera, laissant Hunter partir dans une carrière solo qui hormis un grand hit (« Once bitten, twice shy ») dans les mid-seventies restera assez confidentielle. Depuis, tel le proverbial serpent de mer, la reformation de Mott The Hoople est régulièrement annoncée, et jamais concrétisée …

Des mêmes sur ce blog :
Rock'n'roll Queen


BLOOD SWEAT & TEARS - BLOOD SWEAT & TEARS (1969)


Classique en son temps

Le Blood, Sweat & Tears Rugby Club, saison 1969
Second album du groupe, qui se retrouve déjà privé de son fondateur Al Kooper (entre autres participations, le Hammond B3 sur « Like a rolling stone » de Dylan), ce « Blood, Sweat & Tears » a été le plus grand succès commercial du groupe. La locomotive du disque est le hit « Spinning Wheel », les autres titres alternant le bon, le moyen et le franchement pénible. En fait, un Cd ancré dans son époque (la fin des 60’s) où toutes les expérimentations étaient permises, dans l’insouciance de la portée finale du résultat.
Ainsi, reprendre du Erik Satie (le 1er et le dernier titre) en version psychédélique n’était pas forcément une bonne idée, de même que le « Blues Pt 2 », longue jam auto-complaisante de 12 minutes. A l’inverse, faire une superbe reprise du « Smiling Phases » de Traffic est nettement plus intéressant.
 La musique développée par Blood, Sweat & Tears, puisant dans le jazz, le blues, le classique, le rock au sens large, servie par un groupe pléthorique (neuf musiciens dont une copieuse section de cuivres) a eu son moment de gloire à la fin des sixties. Blood, Sweat & Tears ont lancé le mouvement mais n’ont sorti que trois albums (avant dissolutions, reformations, auto-tributes qui perdurent encore). Chicago, oeuvrant sensiblement dans le même registre (au moins à ses débuts) existe (?) lui aussi encore aujourd’hui et a récolté un succès colossal.
Preuve que l’idée de départ d’Al Kooper n’était pas mauvaise.

Des mêmes : Greatest Hits

METRONOMY - NIGHTS OUT (2008)


La nuit, l'ennui
Ce genre de choses devait finir par arriver … un revival dance – techno – electro – bidule … Le coupable, le susdit Metronomy, faux groupe drivé par un certain Joseph Mount, sujet de sa Gracieuse ( ? ) Majesté, qui s’est fait connaître comme remixeur tendance dans les années 2000. Un remixeur étant, il faut toujours l’avoir à l’esprit, quelqu’un incapable d’écrire une chanson, mais tout à fait capable de massacrer celles des autres …
Donc des chansons ou quelque chose qui y ressemble, point on n’en trouve dans ce « Nights out », malgré des titres d’une durée « classique », oscillant pour l’immense majorité entre trois et quatre minutes. Par contre des choses « à la manière de … », il y a de quoi régaler les amateurs de blind-tests.
A commencer par la pochette, dans un style pictural très proche de celui de « Autotbahn » de Kraftwerk. Las, Metronomy en est resté à l’image pour ce qui est des précurseurs allemands, se contentant tout juste d’effleurer leur palette sonore, notamment dans le titre choisi comme single « Radio Ladio », également sous influence Moroder. Et les années 70 disco sont souvent à l’honneur, avec « My heart rate rapid », « Heartbreaker » très Studio 54, « On the motorway » qui évoque les passages les plus dansants de Devo ou des B 52’s, trois titres assez réussis. Par contre des choses comme « A thing for me » donnent envie de militer pour une reformation ( ? ) de John Travolta et Olivia Newton-John, « Back on the motorway » réveille le souvenir des pénibles Buggles.
Il y a aussi des choses qui sonnent années quatre vingt, « On the dancefloor » piquant pas mal de plans à New Order, « Holyday » (rien à voir avec Madonna, mais très dance 80’s). Autres « emprunts » sonores, Daft Punk, quasiment plagiés sur « The end of you too » ou « Please me »…
Rien d’inaudible, même si quelques bêtises (« The chase » au rythme qui s’accélère jusqu’à la nausée, 2 remix inutiles) auraient gagné à rester dans les placards … Rien de bien renversant non plus d’ailleurs, et l’impression qu’en matière de musiques électroniques également, il semblerait que tout ait été dit …
Ceux qui cherchent l’originalité, l’innovation, laisseront de côté Metronomy, et ses quelque peu anecdotiques recyclages …Evidemment, ce qui devait arriver arrive, ces quelconques bénéficient d’une hype démesurée, quelques malentendants considérant même leur dernier méfait en date, une daube du nom de « The English Riviera », comme un disque qui compte, qui marque son époque …



TITO PUENTE - DANCE MANIA (1958)


Encaustique et parquets cirés ...
Pour arriver à Tito Puente, c’est facile, il suffit d’avoir les premiers disques de Santana et de lire les crédits. « Para los rumberos » sur « Santana III » et surtout « Oye como va » sur son chef-d’œuvre « Abraxas » sont signés Tito Puente.
Et un jour, dans un magasin de disques (vous savez, ce truc qui existait au siècle dernier et qui a pratiquement disparu de la surface de la planète aujourd’hui), j’ai acheté un Cd de Tito Puento, sur les conseils d’un vendeur qui n’y connaissait manifestement rien. Sans écouter le disque avant. J’aurais pas dû…
C’est pas que ce soit mauvais, ce « Dance Mania », c’est que c’est le genre de musique qui ne m’intéresse pas, dont je me contrefous royalement. Une sorte de big band de jazz latino, affreux-cubain ou un truc dans ce goût-là … Un bousin sophistiqué, perclus de percussions en tout genre (Tito Puente joue de tout un tas de trucs dont le fan de Motorhead ignore l'existence, du genre timbales, marimbas, vibraphone ou que sais-je encore). Plein de salsa, de rumba, de cha-cha-cha, cette sorte de choses. Beaucoup de trompettes aussi, c’est rythmé, même les instrumentaux sont entraînants à condition qu’on ait envie de se laisser entraîner. Le premier morceau du disque, « El Cayuco » fait illusion, ça ressemble vraiment à ce que fera Santana ; les suivants n’ont rien à voir.
C’est moins crétin que Gotan Project. Mais c’est totalement ringard, ambiance flonflons de bal des pompiers. Si ça se trouve, il y a peut-être des grabataires dans les unités de long séjour qui aiment encore ça …

AMON DÜÜL II - YETI (1970)


Pas abominable ...
C’est le genre de disques pour lequel le contexte est au moins aussi important que la musique. La toute fin des années 60 et le début des années 70 vont placer l’Allemagne au premier plan sur le planisphère du rock. L’engagement social et politique est au cœur de la musique d’Amon Düül II, dans une période charnière qui voit se radicaliser les propos. Barre (très à) gauche toute, sous l’influence du printemps 68 français mais aussi de celui de Prague, qui montre les premières fissures d’un socialisme est-européen. Avec également l’apparition idéalisée dans la pensée politique des prétendus modèles chinois ou yougoslaves. Si l’on ajoute la libéralisation (morale, sociale, …) colportée par les utopies hippies venues de Californie, il y a de quoi faire bouillir la marmite sous le crâne des jeunes allemands, toujours à la pointe de l’actualité musicale gràce aux soldats américains des troupes d’occupation …
Amon Düül est à la fin des années 60 un groupe, un collectif, une communauté (au choix) de hippies allemands, qui se scinde en deux entités (I et II), la première plus portée sur l’activisme politique, et la seconde sur la musique.
Hippy allemand : une expression qui fleure bon l’encens, le fromage de chèvre et les soirées macramé où l’on rêve d’Ardèche et de Larzac, sur fond de musique planante. Problème avec Amon Düül II : de musique planante il n’est ici pas question et ceux qui attendent une version teutonne des pénibles Yes et Genesis seront déçus.
Ce Cd est un putain de truc électrique qui ne ressemble à pas grand-chose de ce qui se faisait à l’époque. Seul un violon strident vient rappeler le Velvet Underground furieusement agressif, genre « Sister Ray ». Pour le reste, on pense quelquefois au King Crimson bruitiste de « Red », et bruitisme oblige, aux dérapages guitaristiques d’Hawkwind, Television ou Sonic Youth des débuts, tous postérieurs à ce disque.
Même trois longues impros (et pourtant cet exercice casse-gueule est souvent pénible) en fin de disque sont intéressantes. Comme le suggère la pochette, ce disque est mortel.

ROXY MUSIC - SIREN (1975)


Glamour centriste
J’en connais pour qui les rapports avec Roxy Music se limitent à la seule contemplation des pochettes … Aaah, Amanda Lear et sa panthère en laisse sur « For your pleasure », les deux campeuses allemandes sur « Country Life » … Donc, si on envisage ce « Siren » par l’image, on y voit une Jerry Hall (petite amie de Ferry à l’époque, il va se la faire piquer par Jagger qui va même l’épouser), allongée et alanguie sur un littoral dans une lumière très bleutée.
Certains, dont je fais partie, ont même écouté les disques à l’intérieur des pochettes. Et même si Roxy ne fait pas partie de mes groupes préférés, il y avait quelques trucs pas dégueus à se glisser dans les oreilles. « For your pleasure », notamment. Qui en plus d’Amanda Lear, présentait un Roxy dans sa formation de légende (Ferry, Manzanera, McKay, et un Brian Eno, certes sur le départ mais qui avait participé à l’enregistrement). Et même si Eno m’a plus souvent gonflé que passionné, il faut reconnaître que Roxy, c’était quand même mieux quand il y était, le grand échalas dégarni et ses bricolages sonores étant pour beaucoup dans la qualité des morceaux.
On a qualifié Roxy Music, d’après cette manie de tout classer et tout étiqueter de groupe glam (euh, vous avez déjà vu des photos des paysans à platform shoes de Slade ?), de groupe prog (sérieux ? vous vous êtes enquillé du Yes de la « grande époque » ?), de groupe aristocratique (Ferry, figure de proue de Roxy, vient du lumpenprolétariat anglais), de groupe arty (tout ça parce que les journalistes ne comprenaient rien à ce que racontait Eno en interview). En fait, même si Roxy n’a pas été totalement hermétique à l’environnement sonore de l’époque, il reste avant tout un groupe à peu près unique et original.
Qu’on n’est pas obligé d’aimer, sa quête perpétuelle du joli ou du beau en musique, cette sophistication parfois assez froide (comme dans un autre genre Steely Dan), ont fini par hérisser le simple amateur de binaire. Et lentement mais sûrement, Roxy s’est perdu, préférant la forme au fond, l’enrobage à la matière première, les heures passées en studio à lisser et à peaufiner un son très radiophonique, favorisant (on peut comprendre, mais pas excuser) une rente de situation à la recherche de l’originalité. Il faut dire que les rapports à l’intérieur du groupe ont changé, Roxy est passée d’une entité collective, à un backing-band au service de Bryan Ferry, qui parallèlement a entamé une carrière solo. La dissolution du groupe s’approche en filigrane, à l'époque de ce « Siren ».
Lequel Bryan Ferry est sur ce disque au sommet de son art, il n’a jamais aussi bien chanté, c’est sa voix de velours de crooner élégant qui est au centre des titres, même s’il a parfois tendance à exagérer dans les aigus. Quand les compositions et les arrangements sont bons, on a encore de grands morceaux de Roxy (l’inaugural « Love is the drug », un des classiques du groupe, le très pop et léger « Could it happen to me ? », le mid-tempo rock de « Both ends burning »). A l’opposé, des choses plus convenues (la ballade « End of the line », « Whirlwind », resucée de « Do the strand », la conclusion épique avec ses arrangements tarabiscotés limite pompiers « Just another high ») marquent moins les esprits. « Siren » est pour moi un disque moyen, en parfait équilibre entre grands titres et morceaux assez insignifiants.
Un disque pour tester les chaînes hi-fi de l’époque, avec tout le côté sophistiqué que sous-entendait la formulation, mais aussi un certain aspect péjoratif …

OZOMATLI - STREET SIGNS (2004)


Fiesta
Ozomatli, c’est le son du Los Angeles des années 2000. Cette bande de métèques d’origines diverses et variées (blacks, blancs, jaunes, beurs, chicanos) trouve sous le soleil de Californie et dans les rythmes générés par la mégalopole la principale inspiration pour sa musique. A base des sons de leur temps, electro-rock et rap. Une fois passés dans leur moulinette, tout ça donne quelque chose de résolument festif et dansant. Un mélange totalement original, à tel point qu’ils sont signés aux States sur un label de jazz, et reçoivent la caution recherchée de la pianiste Eddie Palmieri sur deux titres.
Ce Cd commence par le monumental « Believe », ni plus ni moins que le « Kashmir » du rap. Une rythmique très rock, avec de vrais instruments, les violons arabisants, un mélange de rap, rock et raï. Une bombe pour les dancefloors… Ce qui suit est pas mal non plus, dominé par des rythmes latinos, avec de nombreux titres en espagnol. Parfois on est proche des choses dance et trépidantes de Gloria Estefan période Miami Sound Machine ou des déhanchements de Shakira (« Love & hope »), mais le plus souvent, ce sont des sonorités plus « classiques » de salsa, calypso, merengue … mais chaque fois mixés à d’autres sons exotiques comme le raï, folklore tzigane, world music orientale, … Dans ce genre, les meilleures réussites sont le morceau-titre, « Saturday night », l’ode d’Ozomatli aux boîtes de nuit disco, la salsa de « Nadie te ira » avec Eddie Palmieri …
Comme les Ozomatli connaissent leurs classiques, ils savent que l’on ne peut pas faire de la musique hispanique crédible à L.A. sans avoir la caution de David Hidalgo. L’ancien chef de meute des Lobos est bien présent sur un titre, « Santiago », le plus « classique » du lot et son influence est décelable en maintes occasions. Quelques fois, le résultat est voisin de ce que faisaient par chez nous, des gens comme les Négresses Vertes ou Mano Negra (« Deja me en paz »), ou le Manu Chao solo (« Come me duele »).
Le tout en restant « positif », mais Ozomatli ne sont pas naïfs pour autant et n’oublient pas de poser les bonnes questions (« Who discovered America »), même si contrairement au rap, le « message » n’est pas au premier plan dans leurs textes …
Bon, même si ce disque est globalement excellent, à force de vouloir en faire beaucoup, le groupe en fait quelques fois un peu trop, tombant dans la ballade FM un peu niaiseuse (« Cuando canto »), le remix qui parasite le morceau (« Ya viene el sol »), et a la mauvaise idée de mettre une version live de « Believe » en bonus qui n’arrive pas à la cheville de celle en studio …

BAND OF SKULLS - SWEET SOUR (2012)


Band of the year
Un groupe comme il doit s’en former des milliards tous les jours, des minots potes depuis toujours … Coup de bol, un quart d’heure de gloire quand un de leurs premiers titres se retrouve sur la bande-son d’un jeu vidéo (Guitar-Hero). Logiquement, ils auraient dû en rester là, claquer les royalties en dope, essayer d’en faire un décalque, le foirer, et disparaître à jamais dans les poubelles de l’histoire du rock …
Et bien non, pas cette fois-ci. Et loin de là … Les Band of Skulls ne se sont pas contentés de faire un bon disque, ils ont aussi fait un disque ambitieux. Le genre de galettes qui marque son territoire, et ambitionne de marquer son époque, comme dans les lointaines années soixante et soixante-dix, quand les plus grands noms de la scène rock se livraient à une surenchère vinylique, chaque parution de disque devant rendre obsolète celui du voisin-concurrent. Aujourd’hui, les temps ont changé, il n’y a plus de grands groupes, de ceux capables de fédérer une génération… (qui a dit Radiohead ? tu dégages, et vite, avant que je me mette en colère …). L’effort des Band of Skulls n’en est que plus louable.
Les Band of Skulls sont un trio basique guitare - basse - batterie, dont le matériau de base est un blues-rock heavy et moderne, et on cite souvent à leur propos les noms des Kills, des White Stripes, des Black Keys, références récentes, mais à mon goût trop faciles et réductrices. Les Band of Skulls sont moins monolithiques, moins englués dans les références et un son photocopié à longueur de disques. Il y a chez ces trois jeunes anglais des choses qui relèvent des antiques tridents mythiques comme Cream ou l’Experience, la fuckin’ technique m’as-tu-vu en moins. Il y a dans ce « Sweet sour » une alternance de fulgurances électriques et d’apaisantes mélodies, parfois imbriquées dans le même titre qui empêche la redondance. Et puis, les Band of Skulls peuvent compter sur un atout maître, ils sont deux à chanter, le guitariste Russell Mardsen et la bassiste Emma Richardson. Et ils changent la donne à chaque titre, se relayant pour la voix lead quand l’autre harmonise, chantant tous les deux en chœur, multipliant les combinaisons entre la voix chaude de Mardsen et celle, plus brumeuse et ethérée de la bassiste. Un très gros boulot sur les parties vocales.
Quand le trio lâche les watts (« The Devil take care of his own », « You’re not pretty …»), on pense au Jon Spencer Blues Explosion, quand les accalmies précèdent l’orage électrique (la bien nommée « Sweet sour », « Lies », « Bruises », cette dernière étant un des sommets du disque), c’est Led Zep qui arrive … jusque là, ça va, on navigue en terrain sonore connu, des schémas mille fois entendus, même si pas souvent aussi bien réussis.
Mais les Band of Skulls vont encore plus loin, fouillant sans relâche dans le patrimoine musical de cinquante ans de rock à guitares pour faire resurgir une ballade acoustique genre 3ème Velvet (« Close to nowhere »), des sonorités folk anglo-celtiques à la Fairport Convention (« Navigate »), une ballade brumeuse toute en arpèges (« Hometowns »). Et comme si ça ne suffisait pas, Mardsen et Richardson ont composé un titre fabuleux (« Lay my head down »), avec une intro qui renvoie au spleen des Cure, à la mélodie rappelant du Pink Floyd (« Echoes », « Any colour you like », ce genre ), un duo vocal d’anthologie à la Simon & Garfunkel, un intermède bruitiste, un court solo bluesy, le genre de titres à tiroirs qu’on n’écrit pas par hasard. Les Band of Skulls ont l’étoffe des héros du binaire.
Bon, évidemment, c’est pas gagné, il se trouvera toujours plus de sourds pour s’extasier devant la dernière galette de Radiohead (pourquoi ça tombe toujours sur eux ? parce qu’ils font des disques chiants comme la pluie, tout simplement), que devant un disque dont (baiser de la mort par ici ?) Rock & Folk a dit du bien.
En tout cas, pour moi, ce « Sweet sour » est en lice pour faire partie des meilleurs disques de la décennie …

PAVEMENT - SLANTED & ENCHANTED (1992)


Les équilibristes
La filiation est connue, revendiquée, et saute immédiatement aux oreilles. Pavement descend en droite ligne du Velvet, de Sonic Youth et des Pixies, ce qui en fait de prime abord des gens éminemment sympathiques. Pavement se démarque en étant moins grinçant et abrasif que Velvet ou Sonic Youth, moins épileptique que les Pixies. Ce que le groupe drivé par le guitariste-chanteur-compositeur Stephen Malkmus place au-dessus de tout, c’est d’abord la mélodie. Malkmus écrit des chansons simples et évidentes, qui se retiennent …
C’est ensuite que ça se complique. Volontairement, mais aussi par manque de moyens, ces titres se retrouvent sur disque tout cabossés, esquintés, avec cet aspect bâclé et bancal qui sera la marque de fabrique du groupe. On sent à chaque seconde ces titres tout prêts à s’effriter, se disloquer dans du sonique bruyant, et miraculeusement, par la grâce de quelque prouesse d’équilibriste, réussir à rester tout du long cohérents.
Pavement semble réinventer à chaque titre l’art d’écrire une chanson simple. En moins de temps qu’il n’en faut à un junkie pour trouver une veine sans piqûre, Pavement torche ses petits hymnes post-grunge approximatifs, pour lesquels sera inventée l’expression « lo-fi ». 
« Slanted & enchanted » est leur premier disque, et pour moi leur meilleur, même si les deux suivants « Crooked rain, crooked rain » et « Wowee Zowee » valent aussi le détour. Pavement ne retrouvera qu’occasionnellement par la suite l’excellence de choses comme « Summer Babe », le très Pixies « In a mouth a desert », « Zurich is stained » (le « Afterhours » des années 90 ?), ou la vénéneuse ballade jesusansmarychainesque « Here ».
Le groupe perdurera à peu près une décennie, vendra peu, splittera avant les obligatoires reformations (comme tout le monde), les mésententes,  les carrières solo …

LES WAMPAS - ROCK'N'ROLL PART 9 (2006)



A Marine Guéant,
Ministre de la Sécurité Publique et de la Délation Intérieure,
Je vous écris cette lettre anonyme, pour vous avertir du danger que représente « Rock’n’roll part 9 », Cd des ci-devant Wampas. En effet, cet objet musical est toujours en vente libre dans nos échoppes musicales et ses auteurs sont toujours en liberté, ce qui est terriblement pernicieux pour notre jeunesse.

Non content de ne pas y trouver le moindre duo avec Gérard Depardieu ou Mireille Mathieu (Dieu lui prête longue vie et une nombreuse descendance, à notre chère pucelle avignonnaise), pas plus que la moindre chanson signée de notre G.P.S. (Grand Poète Surdoué) Barbelivien, un des titres propose, ô sacrilège, qu’un de nos anciens et vénérés Chef d’Etat (le grand, l’incomparable, l’incommensurable Jacques Chirac) s’en aille croupir dans quelque cul de basse fosse. A son âge ! Et dans son état ! Il ne fait pas de doute que les hordes de punks à chien buvant de la bière tiède et pas chère susceptibles d’écouter cette chose font partie des cohortes hirsutes et dépenaillées qui s’apprêtent à bouter notre bien-aimé monarque le grand Nicolas de son trône, profitant d’un droit de vote scandaleusement obtenu lors de quelque période insurrectionnelle dans les siècles passés. A ce titre, j’en connais quelques uns (liste jointe), qu’il serait bon de jeter dans quelque charter que vous n’auriez pas réussi à remplir de métèques roumains, maliens ou assimilés. Dehors les gauchos, la France aux Français, d’abord. Quand aux Wampas qui sont l’objet de ma courageuse missive anonyme, s’ils sont Français, ce dont je doute, il convient d’embastiller cette bande d’agitateurs braillards. Sinon, où allons-nous, hein, je vous le demande ?
J’ai mené ma petite enquête, et je suis en mesure d’affirmer que le chef de cette bande d’agitateurs mène une double vie. Pis, c’est un fonctionnaire qui travaille à la RATP, ce repaire de grévistes nourri par nos impôts, (enfin, pas les miens, je me suis domicilié fiscalement aux Bermudes), capable de se muer à la nuit tombée, tel un loup-garou musical, en un meneur de bande binaire avec ses autres complices. Il se prétend chanteur, mais il chante faux, voire très faux. Il se prétend auteur de chansons, tout ça juste pour pouvoir brailler des choses incompréhensibles, allant même jusqu’à faire l’apologie de cyclistes italiens dopés (double pléonasme). Et il ose se présenter, méprisant notre oriflamme national, ceint d’un drapeau américain (même si les Américains sont nos amis, enfin, ceux qui votaient pour la famille Bush). Certains de nos jeunes compatriotes, malheureusement de plus en plus nombreux, trouvent un certain intérêt à ces inepties sonores, qu’ils vont célébrer lors de messes noires, mensongèrement appelées concerts, que donnent les scélérats Wampas. Certains disent même que dans ce domaine-là, ils sont les meilleurs dans notre pays. Juste Ciel, mais où va t-on, mais que fait la police ? Il faut que cela cesse, il les faut tous embastiller.
Sachez, Monsieur Marine Guéant, Ministre de la Sécurité Publique et de la Délation Intérieure que vous pouvez compter sur moi à cet effet. Avec toutes mes respectueuses salutations…


JULIAN COPE - PEGGY SUICIDE (1991)


D'inspiration divine ?
Julian Cope était dans les années 80 le leader des Teardrop Explodes, sympathique groupe de seconde division à peu près oublié aujourd’hui. La carrière de Cope est à l’image du personnage : instable et erratique. Grand amateur de drogues psychédéliques et de la musique qui va avec (il a écrit une encyclopédie considérée par les spécialistes comme définitive sur le krautrock, le rock planant allemand du début des 70’s), Julian Cope alterne en solo le bon et l’anecdotique.
Coup de bol, ce « Peggy Suicide » de 1991 est un de ses meilleurs. Cd copieux (76 minutes), il offre des paysages musicaux variés. De la balade de crooner introductive (« Pristeen »), aux rocks à guitares saturées (« Double Vegetation », « Hanging out … »), en passant par l’intégration de boucles électroniques (« East Easy Rider »), le funky (« Soldier Blue »), la pop (« Beautiful Love »), … le spectre sonore visité est large.
Le côté halluciné de Cope se retrouve dans le concept même du Cd. Il a vu en rêve la divinité Mother Earth (celle représentée sur la pochette) que pour d’obscures raisons il rebaptise « Peggy Suicide ». Du coup, Cope s’est senti concerné par de « grands » problèmes de société (le Sida, la couche d’ozone, le nucléaire, l’écologie, la guerre, …) lui inspirant les morceaux du Cd.
Si l’on laisse de côté l’aspect prêcheur sous acide, les réussites musicales sont nombreuses, hormis le dernier quart du Cd quelque peu confus et pénible avec quelques titres de remplissage.
« Peggy Suicide » est un disque essentiel dans la carrière de Julian Cope, et pour l’auditeur un de ses plus accessibles et réussis.


THE SHADOWS - MORE HITS ! (1965)


Encore de beaux restes ...

Cette compilation concerne la période 1963 – 1966 et n’est en aucune façon un Best of du groupe.
1963. Quelques mois plus tôt, les Shadows étaient les maîtres incontestés des hit-parades anglais, proposant au public des instrumentaux devenus légendaires dont aucun n’est présent ici (« Apache », « FBI », « Kon Tiki », …) portés par le jeu de guitare immédiatement reconnaissable de Hank Marvin. Et puis, un groupe de jeunes de Liverpool a débarqué, trustant le haut des charts et révolutionnant totalement la musique populaire.
Les Shadows entamèrent dès lors un lent mais sûr déclin, que cette compilation saisit bien. Non pas que les titres qui la composent soient mauvais. On ne change pas une formule qui a fait ses preuves, et les dernières pépites du groupe (le sophistiqué « Atlantis », les plus classiques « Shazam » et « Shinding ») n’ont pas grand chose à envier à leurs illustres prédécesseurs. Mais les Shadows n’étaient plus à la « mode » tout simplement et ces titres de « More Hits » sont aujourd’hui à peu près ignorés par tous.
Les Shadows ont bien essayé de s’adapter, allant même jusqu’à chanter sur quelques titres, eux le prototype même du groupe instrumental. Du coup le résultat devient involontairement comique, car ils n’ont pas le talent vocal des Beatles, c’est le moins que l’on puisse dire.
Superbe réédition avec section bonus gargantuesque, puisque à tous les titres à l’origine en mono est rajouté ici la version stéréo. Stéréo qui n’était pas la préoccupation majeure de l’époque (au moins en 1963), car une écoute au casque met en valeur (?) une mise en place quelquefois surprenante des pistes stéréo. Beau témoignage cependant (son remastérisé) d’une période relativement peu connue du groupe.
Et de toutes façons resteront toujours de superbes parties de six cordes de Hank Marvin, de loin le meilleur guitariste anglais du tout début des 60’s.

BOB DYLAN - TOGETHER THROUGH LIFE (2009)


Encore un !

Ben oui, encore un bon disque de Dylan en 2009, à presque 70 ans … Ils sont où, artistiquement, ceux de sa génération ? Soit morts, soit claquemurés dans leurs luxueuses villas et comptant leurs dollars, soit sortant des galettes qu’on écoute poliment une fois en se souvenant du bon vieux temps et plus jamais ensuite (pourquoi vous toussez, Mick et Keith ?)…
Le vieux phénix, qu’on donnait pour mort après un soi-disant accident de moto dans les sixties, revenu de tout, et surtout de longues litanies de disques anodins durant des décennies, avec juste de temps à autre un « Blood on the tracks », un « Infidels », un « Oh mercy », pour sauver ce qui pouvait l’être d’une légende bien cabossée et engluée dans du rock en roue libre, FM, chrétien (ou les trois à la fois), un Neverending Tour, avec Petty (bof), le Dead (beurk), tout seul (re-bof) …
Même si ce coup-ci, Dylan semble en pilotage automatique, répétant à quelques variantes près la formule qui lui réussit si bien depuis une dizaine d’années. En gros, Dylan qui a tout d’un vieillard (l’âge, l’usure physique due à des années d’excès et son Neverending Tour, et cette inspiration qui en faisait le plus important auteur américain des sixties qui maintenant s’en est allée), fait de la musique de vieux pour les vieux. A base de blues, de folk, de country, et avec une voix sépulcrale, tout dans les graves et le rauque, supportable, voire adéquate en studio, ignoble en public …
Les variantes, donc. Une voix encore plus cabossée, quelque part entre Beefheart, Waits et Dr. John. Encore plus éraillée, encore plus attachante.
L’accordéon de David Hidalgo (Lobos). Même si c’est pas le style d’Yvette Horner, ce soufflet à bretelles omniprésent finit par gonfler grave au fil des plages.
Les « emprunts ». Déjà signalés par les érudits sur ses précédentes livraisons. Dylan « sample » de vieux trucs blues, country, folk, … Ici c’est (trop ?) flagrant sur « My wife’s home town » repiqué sur le « I just want to make love with you » de Willie Dixon popularisé par Muddy Waters.
Alors oui, pour moi « Together through life » est un peu en dessous des précédents de cette décennie. Dylan n’avance plus, il fait du sur-place. Mais il continue d’essayer de tutoyer ses sommets, dans une espèce de come-back crépusculaire, flamboyant et inespéré.

Du même sur ce blog :

CAROLE KING - TAPESTRY (1971)


Soul serenade

Carole King a commencé à sortir des disques sous son nom (ce « Tapestry » de 1971 est son second) au début des années 70. Ce n’était pas une inconnue pour autant. Avec son ancien mari Gerry Goffin, elle a écrit quelques titres marquants pour la soul des 60’s (« The Loco-motion » pour sa baby-sitter Little Eva, « Up on the roof » pour les Drifters, « You make me feel like a natural woman » pour Aretha Franklin, …).
Ce « Tapestry » est un disque de rupture … pas sentimentale (elle est remariée avec Charles Barkey, bassiste sur ce disque), mais plutôt musicale. Finies les orchestrations luxuriantes des studio Atlantic pour lesquels elle écrivait, et bienvenue à une atmosphère intimiste, rustique et campagnarde pourrait-on dire, économe en instruments mais riche en feeling et en émotion.
On navigue ainsi de la soul gentiment funky de l’introductif « I feel the Eath move », à la tristesse pop de « So far away », jusqu’au sommet du disque, ce « Way over yonder », le plus étoffé musicalement avec section de cuivres et backing vocals de Merry Clayton (la voix féminine du « Gimme shelter » des Stones). Un disque jamais répétitif ou monotone (on a droit à une excursion vers le country-rock, « Smackwater Jack ») avec comme dénominateur commun à tous les titres le piano de Carole King.  « Tapestry » atteint un niveau d’excellence que l’on ne retrouve que dans les disques similaires de gens comme Neil Young, Nick Drake, Joni Mitchell, … Avec ce disque, on a l’impression d’observer la chanteuse dans son intimité, elle nous montre un peu de son âme (et aussi sa chatte sur la photo de la pochette).
Elle donne aussi sa version de deux titres qu’elle avait écrits pour d’autres. Tout d’abord le « Will you love me tomorrow » popularisé par les Shirelles, dont elle ralentit le tempo pour en faire une belle ballade plaintive. Mais aussi le « You make me feel (like a natural woman ») d’Aretha Franklin, où elle évite parfaitement l’écueil de la comparaison avec la voix torride de la diva soul, en la jouant tout en retenue, seule au piano.
« Tapestry » a obtenu un succès colossal, s’est vendu à des millions d’exemplaires (toutes les filles des années 70 l’avaient dans leur discothèque), et revers de la médaille, a éclipsé le restant de la discographie pourtant conséquente (une vingtaine d’albums à ce jour) de Carole King.
Ah … dernière chose. Si quelqu’un me dit que c’est un disque pour midinettes, je lui balance mon sac à main en pleine poire et le griffe jusqu’au sang …


SANTANA - AMIGOS (1976)


J'avais un ami, ... mais il est parti ...
Piste 1 de « Amigos », « Dance Sister dance », rythme latino assez mou … Au bout d’une minute et vingt-deux secondes, Carlos Santana part en solo. Pause…
Flashback.
Woodstock, 16 Août 1969. Sous un soleil de plomb, Santana (le groupe) qui n’a pas encore publié le moindre album, livre une prestation torride, un des deux ou trois meilleurs concerts du festival. Avec un Carlos Santana, rétamé au mescal, machoire crispée, veines du cou prêtes à exploser, et sa Gibson SG rouge sang qui déchiquette tout … Soul sacrifice … Triomphe … Excellents disques dans la foulée … « Abraxas » … Le quasi new age « Caravanserai » … « Lotus », triple live au Japon … Et Carlos Santana, devenu leader irascible de son band, qui jette un à un tous ses premiers complices … Jusqu’à ce « Amigos » de 1976, un disque solo avec des accompagnateurs (ne reste que le bassiste David Brown du Santana band originel) …
« Amigos » … Play.
« Take me with you », « Let me », les deux titres que je sauve … ah, et puis « Europa » avec son sustain indossociable de la guitare de Santana, morceau tellement connu qu’il serait inconvenant d’en dire tout le mal qu’il conviendrait … Par contre, le reste … l’espagnolade molle de « Gitano », on dirait une face B d’un simple des Gypsy Kings, « Tell me … » et « Let it shine » sont des funkeries qui rappellent de mauvais souvenirs de cette époque (Earth, Wind & Fire pour le premier, Kool & The Gang pour le second …).
On l’a connu beaucoup plus inspiré, Santana …


Du même sur ce blog :

TURBONEGRO - APOCALYPSE DUDES (1998)


Pied au plancher ...
« Age of Pamparius », 1er titre du Cd, débute par une intro pianotée, une guitare zigzagante, des synthés à la « Baba O’Riley » des Who ; puis arrive un riff colossal et c’est parti pour un shot ininterrompu d’une quinzaine de morceaux de punk-glam-metal … Les Turbonegro sont Norvégiens, et comme une multitude de groupes farouchement électriques scandinaves, ne font pas vraiment dans la dentelle. Ils découlent d’une longue litanie de furieux venant abreuver leur rock très heavy aux sources du rock’n’roll originel, comme en leur temps Hanoi Rocks ou leurs quasi-contemporains Hellacopters et Hives, parmi tant d’autres.
Les Turbonegro sont aussi gays que Freddie Mercury et Elton John réunis et le clament haut et fort, surtout fort d’ailleurs. Il suffit de jeter un œil sur le tracklisting, qui avec des intitulés aussi délicats et poétiques que « Rendezvous with anus », « Don’t say motherfucker, motherfucker », « Rock against ass », « Monkey on your back », … pour voir que l’on se situe tout de même assez loin des Village People. Et manière de pousser le bouchon de la provocation assez loin, la pochette du disque représente paraît-il le logo d’un groupuscule armé d’extrême gauche américain. Sans doute les Turbonegro cherchaient-ils l’interdiction sur les terres de Lady Gaga, Justin Timberlake, Springsteen et Paris Hilton …
Ce qui est sûr et finalement le plus important, c’est que ça dépote grave … Des choses comme « Selfdestructo bust » feront peur par leur radicalité à tous les fans de Green Day et c’est tant mieux. D’autres raviront les fans de Motorhead (le single « Prince of the rodeo » avec son intro de batterie calquée sur celle du « Overkill » de la bande à Lemmy) et c’est encore mieux. « Humiliation Street » (ces titres !) est à peu près le seul mid-tempo du disque et fonctionne comme un hymne, « Get it on » (rien à voir avec T-Rex, quoique …) est colossal et laisse à supposer que Jack White a dû écouter ce disque avant de mettre en place son White Stripes sound …
Les Turbonegro se distinguent du commun des groupes de hard bourrin (tout à fond et la tête dans le guidon) qui encombrent le genre par leurs titres assez courts (pas de démonstration virtuose, night in the ruts comme diraient Aerosmith), le chant assez distancié, posé et quelque peu méprisant, et un guitariste lead (l’outrageusement maquillé et peroxydé Euroboy) qui semble incapable de jouer rythmique et est donc perpétuellement en train d’exécuter des solos … Ajouter à cela une recherche constante de la mélodie, du couplet qui accroche et du refrain qui tue, une finesse dans les arrangements (des pianos, des congas, de discrets synthés, … ) et on se retrouve avec super disque de vrai rock tout-terrain, ce qui était quand même assez peu courant à l’époque (1998).
On achève ce Cd avec une bonne pipe (« Good head »), rien de tel pour tailler la route et il est proposé dans certaines éditions deux bonus, une version live de « Prince of the rodeo », quelque peu monolithique, bruyante, braillarde et bâclée, et une reprise de « Suffragette City » quelconque (démo ? maquette ?), mais qui éclaire définitivement sur le « Apocalypse dudes » du titre du Cd, référence à une chanson de Mott the Hoople écrite par un certain David Bowie, et démontre de façon indiscutable que les Turbonegro sont un groupe talentueux et de bon goût …

JERRY LEE LEWIS - FRENCH EP COLLECTION (1992)


Rock'n'Country

Y’a des périodes comme ça, où certains reviennent plus souvent que de raison dans le lecteur du Cd. Ces temps-ci, c’est Jerry Lee Lewis. Un peu oublié, le Killer, et souvent réduit à une poignée de classiques des années 50. Des trucs très rock’n’roll (« Great balls of fire », « Whole lotta shakin’ goin’ on », … ce genre) de sa période Sun.
Bon, je vais pas refaire sa bio émaillée de quelques croquignolettes anecdotes, c’est déjà en ligne ailleurs sur ce blog, mais juste revenir sur un des aspects négligés de sa carrière, la phase country. Parce que ce grand cintré de Jerry Lee, il a toujours été partagé entre le rock’n’roll roots et la plouc music, et qu’il n’a jamais cessé d’enregistrer dans ce dernier genre. Et on en trouve toujours quelques titres dans la multitude de compilations qui lui sont consacrées. Compilations toujours articulées autour de la même quinzaine de scies.
Jerry Lee Lewis, usual suspect
Celle-ci se distingue du lot pour deux raisons. Elle est balèze (40 titres), et, cocorico, française Monsieur. Réalisée par une major (EMI), qui pour une fois a fait correctement son boulot, en partant des masters dépoussiérés (son costaud, mais respectueux de la stricte mono originale des premiers titres), d’une série de 45T quatre titres (on appelait ça des Ep, aux temps antédiluviens du vinyle), sortis quasi uniquement sur le marché français. Et la tradition voulait que derrière un titre qui serve de locomotive commerciale, on en rajoute d’autres plus obscurs.
Résultat, on se retrouve avec une bonne vingtaine de titres, certes pas inédits, tant tout a été compilé et recompilé un nombre industriel de fois, mais assez peu souvent mis en avant. Et là, on s’aperçoit qu’il y a majoritairement des titres de country. Un genre traité respectueusement selon l’Evangile de Saint Hank Williams, mais avec la Lewis touch, à savoir un piano bien en avant, et une certaine énergie, pour ne pas dire hystérie, peu coutumière dans la country. Evidemment, on ne peut pas ignorer que Johnny Cash faisait en même temps et sur le même label le même grand écart entre les deux genres. Les deux hommes ont peu en commun, Cash a eu les hits country, et quand il touchait au rock’n’roll, c’était d’une façon convenue et assez « sage », il n’a réellement survolé les débats que dans les années 60. Mais en cette fin des 50’s, net avantage pour Jerry Lee Lewis dans les deux genres.
Et puis, ce double Cd permet d’apercevoir un aspect encore plus ignoré de la carrière de Lewis, un virage soul-rhythm’n’blues au début des années 60, avec orchestre pléthorique, cuivres, choristes, et tout le tremblement. Même si ce n’est pas du niveau de Ray Charles, James Brown, ou ce que produiront plus tard des labels comme Stax ou Atlantic, il y a quand même quelques curiosités qui valent le détour, témoins une version énergique de « Ramblin’ Rose » (oui, ce titre qui ouvre le « Kick out the jams » du MC5), ou encore cette défenestration de « Sweet little sixteen » de Chuck Berry (Berry et Lewis se détestent, ce qui doit expliquer la rage du Killer dans cette version, alors que d’habitude ses reprises sont plutôt effectuées en roue libre en mode dilettante).
Des titres bonus ont été rajoutés, manière de faire de cette compilation un Greatest Hits. Deux regrets-reproches, ils ont oublié dans la section bonus « Breathless », qui fait quand même partie des incontournables du Killer, et ce Cd paru en 1993 n’a je crois jamais été réédité et ne se trouve plus que d’occase …

Du même sur ce blog :






Du même :
Rockin' Up A Storm