THE RACONTEURS - BROKEN BOY SOLDIERS (2006)


Souvenirs, souvenirs
L’été 2006 avait mal commencé : Syd Barrett toujours aussi mort, Lennon et Hendrix toujours pas ressucistés, Coldplay continuait de faire des disques, ZZ top énervé destroyait du Rital à coups de boule en finale de Coupe du Monde, et les nu-metalleux en pantacourt étaient persuadés de faire du rock.
Y'en a qui peuvent pas les encadrer ...
Du rock, justement, beaucoup avaient oublié que ça existait. Pas Jack White. On ne dira jamais assez tout ce que type a apporté au rock des années 2000, dont il reste de très loin la figure de proue. (Pré)dominante moitié des White Stripes, en plus d’en remplir ses disques à la gueule, il en avait aussi saisi l’esprit et l’essence, du rock. Avec ses potes Brendan Benson et la rythmique des Greenhornes, il sortait un disque comme on n’en faisait plus, ou comme plus personne ne savait en faire (ce qui revient au même).
On peut imaginer ces quatre olibrius ressortant des étagères les vieux vinyles de tous les groupes anglais fin 60’s début 70’s, en tirant encore une fois la quintessencielle moelle, tout ça donnant The Raconteurs. Car passé l’irrésistible « Steady as she goes » qui ouvre le bal et a du empêcher de dormir Weezer et autres Foo Fighters, tout dans ce Cd renvoie au London 67-71.
Les Who de « Tommy » pour « Hands », le 3éme Led Zep pour « Broken boy soldier » (avec même une imitation correcte du chant de Robert Plant ), Lennon – Jagger – Richards pour le slow début 70’s « Together », une tuerie dont seuls les Guns’n’Roses par moments (« Don’t cry ») semblaient avoir retrouvé la recette, mais c’était bien des lustres plus tôt, au siècle dernier.
Ensuite, on passe sans problème des riffs dévastateurs de « Level » à un « Yellow sun » qui rappelle les Kinks de « Lola » ou « Autumn Almanac ». Quant au dernier morceau, « Veins », ce doit être celui que Lenny Kravitz essaye désespérément d’écrire depuis vingt ans.
Voilà. Le premier disque des Raconteurs. 33 minutes et 44 secondes sans rien à jeter… On n’en dira pas autant du suivant …

MARIANNE FAITHFULL - A CHILD'S ADVENTURE (1983)


Dieu que Marianne était jolie ...
C’était l’aristocratique, et pas seulement par sa naissance, reine du Swingin’ London des 60’s. Plutôt Stones que Beatles, Marianne … Brian, Mick, Keith (le meilleur coup des trois d’après sa biographie à elle, ce qui on s’en doute avait fait vachement plaisir à Jagger). Les Stones, le genre de fréquentations qui vous laisse en petits morceaux tant émotionnellement que physiquement quand ça s’arrête. Disparue, oubliée (jusque dans les crédits de ce « Sister Morphine » qu’elle avait ô combien inspiré mais aussi co-écrit), survivant on ne sait trop comment à ses dépressions suicidaires …
Revenue miraculeusement sur le devant de la scène avec le fantastique et déchirant « Broken English » en 79, en pleine tornade punk. Dont le succès lui permettait, malgré la trentaine passée, de démarrer une « carrière ». Il y eut donc une suite à « Broken English », (« Dangerous acquaintances »), moins inspirée et l’effet de bonne surprise en moins. Et encore ce « A child’s adventure » en 1983.
Avec encore quelques bonnes choses. Le « Times Square » d’ouverture est une belle ballade dévastée, mais quelque peu gâtée par des claviers, synthés, percussions électroniques qui en atténuent l’impact émotionnel. « Ashes to my hand » est un bon titre, qui n’aurait pas dépareillé dans « Broken English ». Et « Morning come » est la merveille de ce disque, tout en mélancolie crépusculaire et dépouillée.
Mais le reste … « Blues millionnaire » est, horreur, malheur, un reggae (le disque a été enregistré en Jamaïque), dans un style très Grace Jones, ce qui est loin d’être un compliment… Il y a aussi des airs celtiques, « Falling from grace », desservi par la voix de pélican enroué de Marianne peu à son avantage sur cette ballade électronique, et « Ireland » ou Lady Marianne déblatère sur la « question irlandaise » (autrichienne de naissance, qu’est-ce qu’elle en a à cirer ?) sur un fond sonore qui multiplie tous les clichés celtico-gaéliques … « Running for our lives » a le double désavantage de cumuler un titre à la Iron Maiden et des arrangements à la « In the air tonight » de Phil Collins. « She’s got a problem » (nous aussi, nous aussi …) met un point final à l’aventure avec ses arrangements très moches (Wally Badarou, producteur du disque).
Ce « Child’s adventure » sera le dernier de ce qui sera considéré comme une trilogie entamée avec « Broken English ». Marianne Faithfull retournera un temps à ses seringues et aiguilles, ses dépressions et ses cures de désintox, … la suite, pour ceux que ça intéresse, doit être dans Wikipedia, et malheureusement aussi, dans les rayons des disquaires …
Mais Dieu que Marianne était jolie …

De la même sur ce blog : 



JAMES BROWN - IN THE JUNGLE GROOVE (1986)


Du groove (et des souris ?)

Au milieu des années 80, tout le monde s’en tamponne de James Brown, il n’est plus dans le coup, tout juste bon à sortir des stupidités comme le grossier « Living in America ». Plus personne ne l’écoute. Plus personne, … sauf les rappeurs qui pillent à qui mieux mieux son catalogue pour poser les structures rythmiques de leurs titres. Certes, les avocats du vieux coq d’Atlanta multiplient les procédures et l’argent rentre dans les caisses du Parrain de la soul, mais artistiquement, James Brown est submergé par tous ces nouveaux sons (bientôt la house, et les joueurs de disquettes qui achèvent juste de lire la notice de leur Atari ne se priveront pas non plus de sampler dans sa discographie).
Son historique maison de disques Polydor réagit, et plutôt qu’une énième compilation survolant ses hits 50’s et 60’s, lâche un pavé dans la mare, manière de remettre les pendules à l’heure. Et ce pavé (70 minutes tout de même) s’appelle « In the jungle groove » et met l’accent sur la période la plus samplée de James Brown : son évolution musicale à la fin des années 60.

A cette époque-là, le disque du « tournant », c’est « Sex Machine », faux live mais gigantesque leçon de soul. Le nouveau backing-band de Brown recruté pour l’occasion, articulé autour des frangins Collins (guitare et basse) et de rescapés des antiques JB’s (Wesley, Stubblefield, et le toujours fidèle Bobby Bird), change radicalement l’enrobage sonore du Godfather. Fini le classic soul sound, et place à des structures rythmiques répétitives et lancinantes, le chant devient cri et hurlement, les cuivres répètent ad lib juste quelques notes … la recherche de la transe par l’épure se substitue à celle de la danse. Des albums, souvent inégaux, seront produits en nombre, et la machine à funker James Brown, un temps menacée par la comète Sly & the Family Stone, sera définitivement supplantée par George Clinton et ses tribus bariolées (Parliament, Funkadelic). Mais malgré tout, il y aura dans ces années 70 de grands titres signés Brown.
When he was king, James Brown à Kinshasa, 1974
Cette compilation en sert quelques-uns uns, et des fameux. Et pour faire « in », certains se voient même affublés du qualificatif de « remix » ou « extended », la bonne blague, on voit pas vraiment la différence. Le must de la blague étant le remix mono ( ! ) de « Get up … », brut de décoffrage, direct dans le plexus pour montrer que le groove, tu l’as ou tu l’as pas. On trouve bien sûr « Funky drummer », une des rythmiques les plus samplées du monde avec ses ambiances jazzy, « Give it up or turnit a loose », l’implacable groove mathématique de « Talkin’ loud … », l’épure squelettique mais infernale de « Soul power ».
Musicalement, c’est une tuerie sous hypnose, les types ne lâchent et ne relâchent rien (les titres durent entre sept et dix minutes), et là c’est pas Cubase en position « repeat », c’est du jus de coude (la colossale ligne de basse de Bootsy Collins sur « Hot pants », c’est quand même quelque chose, ma bonne dame …). Le James est peinard derrière une assise pareille, il n’a plus qu’à pousser quelques hurlements de temps et temps sur l’imperturbable rengaine que lui servent les autres. A tel point que le « Blind mind can see it » qui clôt cette compile est quasi instrumental.
Bon, évidemment, les grincheux pourront toujours dire que c’est toujours le même bouzin, et ils auront pas tout à fait tort. C’est quand même un choix délibéré de Brown, qui s’en est exliqué à maintes reprises, il voulait sortir de l’aspect chanson de la soul et du funk, et revenir à l’essence même de la musique noire, la trame percussive tribale. Et contrairement à d’autres stars des 60’s ou 70’s totalement larguées par ce qui se tramait dans les ghettos new-yorkais ou les entrepôts de Detroit, James Brown est allé se frotter à l’electro (Afrika Bambaata), ou au rap (son excellent et très sous-estimé « I’m real » avec Full Force) …
L’innovation et l’ouverture d’esprit, ça sert aussi à reconnaître les plus grands, et James Brown fait partie des quatre ou cinq types les plus importants de la musique populaire du siècle passé. Et même s’il a très mal fini, le crack et le PCP lui ayant calciné le cerveau, ce « In the jungle groove » est un témoignage captivant de son talent …
 

JAY-Z - THE BLUEPRINT (2001)


Série Z
Pierre Corneille (slammeur français, XVIIème siécle) in « Le Cid » : « Le combat cessa, faute de combattants. »
Michel Denisot (Michel Drucker du futur), à Nulle Part Ailleurs : « Nous accueillons Jay-Z, le roi du rap. »



PREFAB SPROUT - STEVE McQUEEN (1985)


Grande Evasion pop ...
Prefab Sprout 1985
D’entrée le superbe « Faron Young » (un hommage au très mélodique countryman des années 50-60) donne le ton : une magnifique chanson pop aux arrangements fins et subtils vous saisit dès l’intro et ne vous lâche plus. Et pendant les trois quarts d’heure que dure ce Cd tout est du même niveau. Paddy McAloon et son groupe ont produit là un des plus beaux, des plus élégants disques de pop des années 80.
Autour du (petit) hit « When love breaks down », s’entassent les joyaux dont ressortent le « Faron Young » déjà cité et le merveilleux « Goodbye Lucille # 1 » aux époustouflantes harmonies vocales. C’est toute une certaine école anglaise de la construction des chansons qui est mise à l’honneur (copyright le McCartney des Beatles, le Ray Davies de la seconde moitié des sixties, …), avec un sens qu’on pourrait qualifier d’artisanal du travail bien fait, du titre bien écrit, sans le bling-bling sonore dont s’entouraient ceux qui dominaient les charts, éphémères faiseurs de ritournelles d’un jour. Hors du temps et des modes, Paddy McAloon est un grand auteur, disparu depuis de longues années de la circulation (maladie, il me semble) …
Ce « Steve McQueen » (avec sa pochette hommage à la fameuse scène de moto de « La grande évasion »)  commence avec des morceaux relativement sobres et dépouillés, et on assiste au fil des plages à une montée progressive vers des atmosphères plus élaborées, plus baroques, qui seront l’essentiel de l’un des autres chefs-d’œuvre du groupe « Jordan : The Comeback ».



BARRY LEVINSON - GOOD MORNING VIETNAM (1987)


Tchao pantin ?

Tant qu’à causer films, autant commencer par un de mauvais, ça ne pourra aller qu’en s’améliorant. Même s’il n’est pas franchement atroce, « Good morning Vietnam », est loin d’être un chef-d’œuvre du 7ème art.
Le sujet était soi-disant sulfureux, basé sur l’histoire réelle (mais très fortement retouchée dans le scénario) d’Adrian Cronauer, DJ de la station de radio de l’armée américaine au Vietnam au milieu des années 60. Précédé avant sa sortie en salles d’une réputation surfaite de 1ère comédie iconoclaste sur le conflit vietnamien, ce n’est qu’une gentille pelloche avec en filigrane une romance à l’eau de rose entre l’animateur radio et une jeune beauté locale.
On est loin de la destruction par le rire de la guerre de Corée signée Altman avec « M.A.S.H. », et comme « Good morning Vietnam » n’est pas un film « de guerre » sur le Vietnam, on évitera les comparaisons forcément très désavantageuses avec quelques classiques signés Cimino, Coppola ou Kubrick …
Faut dire qu’à la réalisation on a un centriste de la caméra, Barry Levinson, yesman des studios hollywoodiens, qui ne réussira même pas à faire un chef-d’œuvre avec Cruise et Hoffman au casting (« Rain man »). Le rôle principal dans « Good morning Vietnam » est tenu par le peu connu à l’époque Robin Williams, venu du comique télévisuel, et qui ensuite sera tête d'affiche dans de mauvais films et au second plan dans de bons films …
L’intrigue est aussi mince que le string d’une bimbo dans une production Marc Dorcel. Adrian Cronauer, DJ et animateur réputé des bases militaires US, est affecté à Saïgon en 1965 pour remonter le moral des troupes américaines dans un conflit qui commence à s’enliser. Il va s’amouracher platoniquement de la sœur d’un « terroriste » vietcong, sur fond de démêlés avec sa hiérarchie militaire, à cause de son sens de l’humour diversement perçu…
Le film est entièrement centré sur la performance de Williams, ses fameux « Good Mooooorning Vietnam » et quelques monologues comiques débités sur le mode supersonique. Ce qui pose d’entrée une des grosses limites du film, les vannes peut-être bien vues en anglais, ne sont pas forcément traduisibles en français, flagrant quand on visionne le film en V.O. sous-titrée … quand à le voir sans sous-titres, why not, mais ça va beaucoup trop vite pour moi. D’ailleurs, c’est dit dans les bonus du DVD, le film a été tourné en Thaïlande avec une équipe cosmopolite, et à la fin des prises, quelquefois totalement improvisées de Williams, seuls les Américains avaient le fou rire, et toutes les autres nationalités se demandaient ce qui se passait … Vanner la laideur de la femme et des filles de Lyndon Johnson, c’est peut-être très marrant, mais encore faut-il savoir qui il est (à la limite, çà, on devrait savoir, c’est celui qui a succédé à Kennedy) et à quoi ressemble sa famille …



Tous les personnages sont stéréotypés outrancièrement comme ceux d’une sitcom (les supérieurs militaires, Denzel Washington en  niais balourd dans un de ses premiers rôles, le patron de bar homo, …). Plus grave et plus politiquement tendancieux est l’image donnée des Vietnamiens, doux crétins toujours prêts à rire des vannes de Williams-Cronauer, et qui alors que leur pays est occupé par une armée étrangère, se bousculent pour prendre des cours d’argot du Queens, ou jouer au base-ball avec des melons locaux… Il y a fort à parier que les vraies préoccupations des autochtones étaient ailleurs…Et ceux qui ne rigolent pas sont, forcément, des terroristes, voir le dialogue vers la fin entre Williams et le jeune militant vietcong, à peu près la seule séquence plausible du film, qui montre bien l’incompréhension totale entre les deux mondes qui s’affrontent…
Levinson nous sert une mise en scène d’une platitude terminale (multipliant les plans fixes sur Robin Williams), gâchant le budget de la production par d’inutiles séquences de bombardements d’un village et la vision d’une base américaine dans la jungle n’ayant aucun rapport avec l’intrigue du film, le tout sous la musique de « Wonderful world » de Louis Armstrong …
Tiens, la musique, justement, puisque Cronauer était DJ … là, c’est du bon, soul et rock du début des années 60. C’est d’ailleurs à peu près tout ce qu’il y a de bon dans ce film …

JERRY LEE LEWIS - 25 ALL-TIME GREATEST SUN RECORDINGS (2000)


S'il n'en reste qu'un ...

Il y a de fortes chances que ce soit lui, Jerry Lee, le Highlander du rock. De toutes façons, ils ne sont plus que trois, de ces années cinquante rock’n’roll … Chuck Berry est aux fraises, s’entêtant en vieux grigou qu’il a toujours été, à donner des concerts pathétiques (il a 85 ans, ceci explique peut-être cela, mais faut savoir raccrocher la Gibson, papy …), la fofolle Little Richard a mis sa carrière en pointillés depuis plus de 50 ans. Et tous les autres sont morts …

Jerry Lee Lewis et sa femme : sa cousine Myra, 13 ans ...
Jerry Lee Lewis, lui, ce serait plutôt le Trompe-la-Mort  du binaire. Donné refroidi un nombre incalculable de fois, tant on l’a hospitalisé dans des états critiques dus à une hygiène de vie outrancière sur bien des plans, ayant réussi on ne sait trop comment à ne pas crever en prison … car il a été dans le désordre accusé et jugé pour, en vrac, pédophilie (il avait épousé une fille de treize ans, sa cousine en plus …), bigamie (il avait « oublié » de divorcer de la précédente), multiples fraudes fiscales, voies de faits avec arme innombrables, … Il a aussi été entendu par les attorneys pour la mort suspecte (y gagnant son défintif surnom de Killer) de deux de ses sept ou huit femmes successives (l’une étrangement noyée dans la piscine familiale, l’autre ayant pris une bastos en pleine tête quand Jerry Lee nettoyait son flingue, ces deux-là, comme par hasard, voulant divorcer et ramasser quelques dollars au passage). Or, plus près de ses sous que Jerry Lee, malgré les efforts louables de quelques-uns, y’a pas …

Et malgré tout ça, musicalement, Jerry Lee Lewis reste encore crédible, publiant, certes de plus en plus épisodiquement, des disques qui tiennent étonnamment bien la route (« Last man standing » en 2006 par exemple). Certes assez loin de ce qu’il a fait à ses débuts sur le label Sun de Sam Philips. Parce que chez Sun, en cette seconde moitié des années cinquante, y’avait des clients … Pas tous en même temps, mais se sont tout de même succédés dans le petit studio de Nashville, Presley, Perkins, Cash, Orbison, pour ne parler que des plus connus … et Jerry Lee Lewis donc.

Pas très académique, mais efficace ...
Un Jerry Lee qui a passé ses années glorieuses chez Sun en équilibre entre le rock’n’roll le plus sauvage et la country « habitée » et énergique. S’appuyant sur son « pumping piano », dans un style ultra-destroy pour l’époque, venu des honky-tonk louisianais où il a grandi, et une voix toute en syncopes, changements de tons et de rythmes. Une marque de fabrique inégalable et inimitable. Même si ses pièces d’anthologie (Whole lotta shakin’ going on », « Great balls of fire », « High school confidential » et « Breathless ») viennent de l’aspect rock’n’roll de sa carrière, Jerry Lee, qui a commencé par enregistrer de la country, ne délaissera jamais la plouc music, et à partir des années 60, en fera le genre dominant de ses productions studio. Chez Sun, il alternera les enregistrements dans les deux styles, à l’image de son voisin d’écurie Carl Perkins. Et puis, Lewis sera un de ceux qui reprendront le plus les standards contemporains confirmés, pas toujours avec bonheur cependant (on ne se frotte pas impunément, et quelque peu en dilettante semble t-il, à des choses comme « What I’d say » de Ray Charles ou « Good Golly Miss Molly » de Little Richard), mais le dynamisme de jeune chien fou de Lewis et quelques descentes du revers de la main des touches d’ivoire arrivent dans la plupart des cas à faire passer la sauce.

Cette compilation parue sur le label Varese, et consacré aux rééditions d’oldies, (un peu comme Rhino, le prestige en moins), fait défiler dans un ordre à peu près chronologique les standards, évidemment, mais se distingue de la multitude de celles sur le marché par la sélection de quelques pièces country ou de reprises peu connues du répertoire de Lewis.

Du même sur ce blog :





JACUZZI BOYS - GLAZIN' (2011)


So you want to be a rock'n'roll star ...
Et même si pour le peu que je sais d’eux, les Jacuzzi Boys n’ont rien à voir avec le cynisme et l’arrivisme décrit dans la chanson des Byrds. Un trio basique de Floride, étiqueté rock garage, et qui a assagi et assoupli son boucan de base. Joli son, chansons énergiques, mélodies bien en avant, arrangements intéressants, hommages subtils ou évidents, …
Il semblerait que ce genre de choix artistique soit à la mode. Les Black Lips et les Black Keys ont eux aussi l’an dernier mis pas mal de flotte dans leur bourbon de base. J’ai pas dit qu’ils avaient délayé leur propos, mais ils ont fait des efforts pour le rendre plus « accessible ». Parce que là, faut faire quelque chose, maintenant… Ça va mal, très mal, même. La musique en général, et le rock en particulier, ne nourrissent plus leur homme. Pas la peine de chercher les prochains Beatles, Rolling Stones, Led Zep, U2 ou Nirvana, y’en aura pas … Une offre tellement éclatée dans une multitude de genres et sous-genres rendent impossible l’arrivée de « fédérateurs », de gens qui deviendront les porte-parole sonores d’une génération. Vous voyez un fan des Black Eyes Peas, de trip-hop ou de doom metal acheter ce disque des Jacuzzi Boys ? Moi non …
En plus j’ai dit un gros mot, là, un de ceux qui figurent plus dans le lexique … Acheter un disque … Putain, ça veut dire quoi çà, s’interroge le jeune con prêt à pétitionner sur Facebook pour qu’on rouvre Megaupload, rejoignant la litanie de tous les pantins qui s’imaginent un Internet libre proposant de la culture gratuite (moyennant un abonnement premium à vie). C’est pas moi qui vais pleurer sur le sort du gros teuton qui s’est fait serrer par les keufs du FBI, et sur tous les ploucs qui peuvent plus se connecter et qui avaient casqué pour des trucs que le mec avait fauché … bien fait pour vous, bande de minables, qui téléchargez en deux clics l’intégrale des Sonic Youth en fichiers ultra-compressés, et parce que le premier titre vous plaît pas, en deux clics de plus, balancez vingt albums à la corbeille… c’est pas de la culture, votre attitude, c’est du gavage de neurones, et comme vous en avez pas trop en état de marche des neurones, le prochain coup vous téléchargerez (sur les serveurs de la mafia russe déjà prête à prendre le relais de Megamachin, et que le FBI ou Poutine viendront pas emmerder) Adèle et Lady Gaga, les valeurs sûres… Et les autres geeks d’Anonymous, utopistes Robin des Bois informatiques, mais au QI de lombric trisomique, qui vont pirater les sites de Sony et Universal, tout ça en représailles et pour défendre les petits cyber-truands de Megaupload … z’ont tout faux, les Belphégor du Net … Je défends encore moins les enfoirées de majors qui nous vendent du disque à un prix exorbitant depuis des décennies, des vinyles à 80 grammes dans les années 80, des éditions Cd au son abominable, et qui pour l’anniversaire de la mort du poisson rouge de Lennon, nous ressortent des coffrets Beatles remastérisés, des digipacks collectors, des outtakes et des alternate takes sans aucun intérêt à la pelle, tout ça pour nous refourguer au prix fort plusieurs fois la même chose. Et ces épiciers se plaignent que des mecs de toutes façons sans le sou achètent plus les disques … Il reste quand même à Pascal Nègre et ses semblables assez de thune pour faire du lobbying et faire voter des stupides lois HADOPI ou faire fermer les sites P2P… Il leur en restera aussi pour sponsoriser les énièmes tournées d’adieu de Johnny, des Stones, ou d’un de leurs cacochymes semblables, parquer à 150 mètres de la scène par 40° à l’ombre des troupeaux de types qui auront raqué 150 euros leur tickson… la musique dans les stades, le Rock’n’Roll Circus revu façon Pinochet, servi par de vieux croûtons qui tiennent tout juste droit, et qui ont pas sorti une rondelle écoutable depuis 40 ans, non merci … Et la solution à tout ce foutoir, je l’ai pas, et je m’en tape un peu d’ailleurs…

Tout ça pour en revenir aux Jacuzzi Boys. Qui passeront jamais dans un stade, même pas sur NRJ, qui sont sur un minuscule label indé, et vendront juste quelques copies de ce « Glazin’ » … A moins que … à moins que quelque chef de produit marketing chez Nike, MacDo, Peugeot ou Ikea, prenne un de leurs morceaux pour faire un spot de pub. Il leur reste plus que ça pour espérer gagner leur vie, aux Boys. On en est là, maintenant … le rock, cette culture rebelle, sponsorisé par le sauciflard des beaufs Justin Bridou, garanti pur porc d’usine aux farines animales…
Parce qu’il ne suffit pas de faire un bon disque, derrière une pochette fortement inspirée par celle de « Radio City » de Big Star. Excellente inspiration, mais les Big Star, prototype du groupe culte, ont vendu que dalle … c’est pas ce visuel  qui va attirer le chaland. Qui ne passera pas à côté d’un chef-d’œuvre de l’art sonore du XXIème siècle, faut pas exagérer non plus… Mais ce « Glazin’ » est bien foutu, sympathique, ne s’éternise pas dans le lecteur (onze titres pour une grosse demi-heure). Un disque rempli de power-pop, qui rappelle le Dwight Twilley Band, les Ramones de « Pleasant dreams », dans son versant le plus rock (surtout les premiers titres « Vizcaya », « Automatic jail », « Glazin »). Le son (certainement faute de moyens) est à l’ancienne, loin du boucan surmixé et ultra-compressé maintenant de rigueur, avec peu d’overdubs. Des choses (« Libras and zebras ») évoquent la galaxie Plimsouls-Nerves-Paul Collins Beat, « Zeppelin » n’a rien à voir avec le groupe du même nom, c’est plutôt un country-rock énergique et rustaud, « Los Angeles » tire du côté de « Pretty vacant » des Pistols et « Koo Koo with you » et « Born dancer » (rien que le titre !), ressuscitent le glam anglais en général et T.Rex en particulier. Une paire de titres plus bourrins avec grosses guitares fuzz marquent moins les esprits, mais la balance est largement favorable. Un disque intéressant, qu'on ne trouvera pas en tête de gondole dans le Leclerc du coin … et qu’on ne trouvera pas non plus sur Megaupload…
 


U2 - WAR (1983)


 Sur le sentier de la gloire ...

En 1983, après « Boy » et « October », U2 est encore un groupe relativement confidentiel. « War » va le propulser définitivement dans la cour des grands. Et ils étaient pourtant nombreux, ceux en qui la critique et le public voyaient le prochain géant du rock. Pas la peine de remuer le couteau dans la plaie de tous les autres, mais force est de constater que pratiquement trente ans après ce disque, les U2 sont les seuls de cette génération à avoir atteint les sommets et à remplir encore des stades quand ils font des tournées. Curieusement, avec Depeche Mode, dont les débuts avaient suscité rejets et moqueries.

Photo intérieure du 33 T, signée d'un débutant, Anton Corbijn
Les U2, on se moquait pas d’eux, mais ils n’étaient qu’un espoir parmi tant d’autres. « War » va commencer à sérieusement affoler tous les compteurs de la planète. Et pourtant, intrinsèquement, c’est un disque assez décousu et irrégulier, avec un bon paquet de titres soit assez faibles, soit de remplissage. Et dans sa version vinyle, la seconde face n’a pas du être trop usée.

Par contre la première contient deux des hymnes incontournables de leur répertoire « Sunday bloody Sunday », « New Year’s Day », et l'épique « Like a song ». Le plus marquant à l’époque de sa sortie était ce son dû à Steve Lillywhite qui en fera sa marque de fabrique en tant que producteur incontournable des 80’s … « Sunday … »  va définir ce qu’on appellera le rock « héroïque », ces  morceaux qui sonnent comme des épopées portées par des guitares ressemblant à des cornemuses, des batteries très en avant, et une voix emphatique, théâtrale, au cœur du mix … « Like a song », le titre le plus classic rock du disque va donner pour des décennies une crédibilité incontestée aux Irlandais, et « New Year’s day » sera un énorme succès sur les radios et les hit-parades, malgré une peu commerciale durée de plus de cinq minutes …

U2 a musicalement certes fait bien mieux depuis, mais en ce triste début des années 80, « War » offrait des raisons d’espérer en un son chaleureux et « humain » (bientôt c’est l’humanitaire qui allait se pointer), à l’opposé des rengaines électroniques glaciales qui encombraient les charts.

Des mêmes sur ce blog :
Achtung Baby
All That You Can't Leave Behind

PET SHOP BOYS - VERY (1993)


Too much ?

En fait, c’est surtout ça qui me plaît chez ces Boys-là … ce côté absolument ringard et kitsch, cette apparente nullité assumée … cette (fausse, bien entendu) impression que ces deux types n’ont pas bougé d’un iota depuis leurs débuts, qu’ils refont le même disque depuis la nuit des temps… le genre de choses qu’on ne pourrait pas reprocher (éclats de rire) … aux Cramps ou à Canned Heat …

Les deux types, absolument indéfendables selon l’Evangile de Saint Johnny Thunders, savent cependant trouver des mélodies simples, simplettes et simplistes, qui devraient retenir l’attention de tout fan des Beatles et de Paul McCartney normalement constitué, enjolivées de textes au énième degré qui sont loin d’être aussi niais que ce que l’on pourrait croire de prime abord.

Pet Shop Boys live : les cubistes du disco ?
Les Pet Shop Boys ont trouvé une formule et s’y tiennent. Leurs disques, de loin, sonnent rigoureusement tous de la même façon, électro-pop synthétique et dansante copyright début des années 80. Même si avec leurs dizaines de millions de disques vendus, ils pourraient se payer les meilleurs sessionmen et les orchestres symphoniques, Tennant et Lowe continuent de donner dans le tout synthétique cheap. Cheap seulement en apparence, les dernières bécanes numériques qu’ils s’efforcent de faire sonner comme de vieux synthés analogiques sont là et bien là, les couches sonores sont innombrables, et les emprunts ou clins d’œil aux dernières « tendances » électroniques sont présentes (« Theatre », « Yesterday when I was mad »).

Leur truc de base, aux Pet Shop Boys, c’est donc la danse-disco des années 80 qui les a vu naître artistiquement, et enchaîner, mais pas à des fréquences de bagnards, des disques invariablement parsemés de singles qui se vendent par camions. Ces deux zigotos ont, mine de rien, toujours plusieurs mélodies imparables en réserve, et en inondent leurs galettes. Qu’est-ce que vous pouvez trouver à redire à des choses comme « Can you forgive her ? », « Liberation » ou « Yesterday, when I was mad » ? Rien, y’a rien à dire. Ce sont des choses qui se retiennent à la première écoute, même si les arrangements et les mélodies à tiroir de « Yesterday … » ont du laisser songeurs tous ceux qui s’escriment à l’écriture, leur montrant la différence entre une  chansonnette sympa et un morceau bien écrit…

Et puis, parce que les Pet Shop Boys savent flirter avec toutes les limites, même celles du ridicule, mais sans y sombrer toutefois, ils font un sort au « Go West », hymne disco-pedzouille des funestes Village People, rendant ce titre écoutable et encore plus dansant que l’original. Et comme rien n’est neutre chez les Pet Shop Boys, c’est évidemment un moyen pour eux de mettre, comme souvent dans leurs disques, la cause homosexuelle en avant, comme ils l’avaient fait quelques années auparavant, lorsqu’ils avaient fait chanter une Dusty Springfield en plein coming-out sur leur « What have I done to deserve this ? ».

De plus, contrairement à leurs collègues only synthés (tous ceux qui ont eu à endurer live les sinistres Portishead, Massive Attack et consorts comprendront), les Pet Shop Boys donnent des concerts absolument déments par le kitsch déployé, à faire passer Elvis à Las Vegas (tiens, et « Always on my mind », c’est pas géant comme reprise ?) pour un concile de franciscains, et inscrivant le duo anglais dans la droite lignée de gens comme les Sparks ou Queen…


LES NEGRESSES VERTES - MLAH (1988)


Tout va bien ...

… Puisque paraît-il c’est la traduction du titre en arabe de leur premier disque. Et ma foi, ça ne correspond pas trop mal à cette forme d’optimisme et de légèreté qui semble parcourir la musique des Négresses Vertes. Cette … famille nombreuse de bateleurs venue du milieu « alternatif » comme on disait à l’époque, va remettre au goût du jour toute une tranche du patrimoine culturel français, mais pas seulement,  tombée quelque peu en désuétude.

On retrouve chez les Négresses un peu du swing du jazz ringard de Ray Ventura, un peu de la poésie simple et décalée de Trenet, un peu de la chanson réaliste française (Damia, Fréhel), de la gouaille des titis parisiens, de la morgue des Apaches, et tous ces flonflons des bals des pompiers du 14 Juillet. Le tout mêlé à des sonorités empruntant aux folklores des deux côtés de la Méditerranée, Balkans, péninsule ibérique, Afrique du Nord … Un vaste fourre-tout, déjà esquissé à des degrés divers par les contemporains Rita Mitsouko, Bérurier Noir, Pigalle, Mano Negra…

Marchands de tapis ? De soupe ?
Les Négresses, c’est au départ la crédibilité en béton armé, notamment grâce à leur chanteur et figure de proue Helno, un ex de la raya Béru, la signature sur un label indépendant (Off The Track). Tout pour faire un succès d’estime. Seulement, et contre à peu près toute attente, c’est le succès grand public sera au rendez-vous, dans le sillage du drolatique « Zobi la Mouche » et du guilleret « Voilà l’été ».

Alors, à ce stade, il y a deux façons de voir les choses. Soit on applaudit, ouais, les losers, les sans-grade, sans le soutien de l’artillerie lourde du music-business, qui vendent du disque, font les prime time à la télé, et qui viennent faire la nique au système, toute cette sorte de choses…

Ou alors, on se dit que les Négresses Vertes ont ouvert avec leurs accordéons et leurs bouzoukis toute la putain de Boîte de Pandore et on pense à toute leur descendance, tous ces groupes de java-punk minables, en bermudas et Doc Martens, qui me les brisent menu dans des raouts champêtres sentant la merguez et la bière tiède, tous ces pseudo chanteurs réalistes, qui ne chantent pas bien et sont déconnectés de toute réalité … 

Le choix, à cette époque-là, il était là, soit continuer raide dans ses boots et crever la dalle avec dignité comme l’ont fait par exemple les Bérus, Parabellum, les Ludwig et tant d’autres, avant de crever tout court, soit la jouer prétendu second degré et courir les émissions de Drucker, Foucault et Sabatier comme l’a fait la tribu Mellino …

Tout va bien … tu parles … allez, cassez-vous avec vos accordéons, laissez ça à Giscard et Yvette Horner, et envoyez plutôt un gros riff distordu à la Chuck Berry sur une gratte pourrie. Vous passerez peut-être pas à la télé ou à la radio, … mais vous aurez mon estime.


THE DAMNED - THE BEST OF (1981)


Les survivants ...

Le propre d’un groupe punk, c’est de venir faire quelques tours de piste dans le grand rollercoaster du monde musical, et puis de disparaître. Et pour que la légende soit parfaite, plus les gars sont mauvais, crétins, défoncés, et moins ils durent, plus leur nom s’écrira en lettres d’or au frontispice du binaire, avec l’indiscutable « crédibilité ». Les exemples ne manquent pas.
Les Damned doivent être l’exception qui confirme la règle. Premiers punks anglais à avoir publié un 33T, ils sont encore actifs aujourd’hui, tournant et publiant des disques régulièrement. Mauvais, mais pas tant que çà ou pas plus que d’autres à leurs débuts, ils l’étaient et en étaient logiquement fiers. Crétins, ils ont tout fait pour, multipliant les blagues ( ? ) à base de crachats, urine et autres matières fécales. Défoncés, cela va de soi. Et bizarrement, leurs premiers disques, sont parmi ceux de l’époque, ceux qui ont le mieux supporté l’épreuve du temps.
Certes, sur la durée, les bifurcations, voire les revirements artistiques ont été nombreux, et il n’est pas rare de trouver sur leurs disques récents des morceaux d’un quart d’heure, ayant plus à voir avec le prog qu’avec le fracas sexpistolien. Cette compilation, la première parue après quatre albums, est concentrée sur la période punk stricto senso du groupe, laissant juste apparaître les prémisses de leur épisode gothique du début des années 80.
La formation originale: Sensible, Vanian, James, Scabies
Cet assemblage humain bizarre et hétéroclite, un guitariste (Brian James, parti après deux disques) fan de Johnny Thunders et donc quelque part un peu de Keith Richards, un batteur efficace (Rat Scabies) qui finira chercheur de trésors cathares, un bassiste (Captain Sensible) adepte du port du tutu et ne reculant devant rien pour amplifier son aspect potache alors qu’il s’est révélé être le ciment et le point d’articulation du groupe, un très bon chanteur (Dave Vanian), au visage tartiné de fond de teint livide et tout de noir vêtu, réussira cependant à publier des premiers disques d’une rare homogénéité, et fait assez rare pour l’époque et le genre, assez aboutis musicalement.
Cette compile débute fort logiquement par les deux titres les plus emblématiques des débuts du groupe, leurs deux premiers 45T, « New Rose » et « Neat neat neat », piliers de toutes les compilations thématiques consacrées au punk anglais made in 77. Anecdote plus que connue mais qu’il est bon de rappeler, le titre « New Rose » servira de nom de baptême à un label français du même nom, très en vue dans les années 80, et sorte de Radeau de la Méduse des punks ou assimilés à la recherche d’un second souffle …
Après les deux titres « historiques », cette compilation enchaîne les autres titres marquants du groupe, permettant de découvrir ou redécouvrir un répertoire qui surprend par sa qualité, avec un son pas si daté que çà, et des compositions qui ont plutôt bien vieilli et qui témoignent d’un talent mélodique indiscutable. Car oui, très vite, les Damned ont appris à jouer et à composer, capables d’oser les longues intro avant l’explosion power-pop (« Smash it up »), rajoutant toujours une mélodie dans le tempo supersonique envoyé dans ta face (« Love song », « Disco man »), effectuant une embardée vers le rock qu’on appellera « héroïque » (« I just can’t be happy today », « Dozen girls ») qui vaut bien ce qu’on trouvait sur les premiers U2 ou Killing Joke, titillant les ambiances gothiques vers lesquelles les Damned s’aventureront résolument dans les 80’s (le rigide « Lively acts », « The history of the world », très mauvais avec ses relents ska). D’autres fois, les Damned poussent la potacherie un peu trop loin, en livrant par exemple une mauvaise version de « White rabbit » (des punks qui reprennent l’hymne hippy du Jefferson Airplane, et même pas de façon drolatique, au contraire, y’a quelque chose qui m’échappe là…).
Au final, même si le groupe connaîtra également dans les années suivantes les honneurs des hit-parades, cette compilation de leurs premières et selon moi meilleures années, est une bonne porte d’entée et un bon résumé du groupe punk le plus vieux du monde …




FAUST - FAUST IV (1973)


Krautrock

Ils devaient commencer à avoir les boules, les Faust, de voir qualifier leur musique de « krautrock » (« rock de Boches ») par la presse anglaise, grande colleuse d’étiquettes. Et surtout de l’opposition entre leur musique et les bouses sonores du prog anglais auquel on les comparait.

D’un côté, les pénibles british fans de classique, et leurs purges racontant des histoires d’elfes, de donjons et de dragons, en gros toutes ces billevesées et calembredaines inspirées par l’univers médiéval de Tolkien. Tandis que les Faust, dans leur communauté bavaroise, le soir à la veillée, ils se racontaient pas les histoires de Bilbo le Hobbit, ils discutaient avec les gars et les filles qui faisaient ou allaient faire partie des Brigades Rouges, Bande à Baader, Fraction Armée Rouge, qu’ils hébergeaient (ou planquaient, c’est selon).

Prêts à partir dans tous les sens : Faust 1973
Les Faust étaient dans leur tête des révolutionnaires, à des lieues de l’image d’Epinal du hippy allemand avachi, s’apprêtant à envahir le Larzac ou l’Ardèche. Niveau musical, ils venaient de l’avant-garde, Stockhausen est souvent cité, en compagnie des Stooges, du Velvet Underground, des Mothers de Zappa. Alors forcément ça part un peu dans tous les sens, et quelquefois droit dans le mur. Les Faust sont capables de crétineries sonores absolues, comme de fulgurances électriques inouïes.

Ce « Faust IV », c’est le disque de « Krautrock », le titre. Un déluge de guitares et de claviers, sept minutes de stridences, à faire passer le Velvet de « Sister Ray » pour la Bande à Basile. Et puis, comme si ça ne suffisait pas avec ce mur de larsens et de feedback, y’a le batteur qui arrive et commence à enclumer cinq minutes de plus. Le genre de titre qui laisse vidé, lessivé, essoré par tant de jusqu’auboutisme…

Alors le reste de la rondelle, à côté de cette orgie de sons bouillonnants, elle fait triste figure. D’autant plus que se glissent quelques bêtises comme « Läuft … », qui malgré son titre en teuton est chanté dans un français incompréhensible (y’a un Français dans Faust), et nous sert un folk acoustique et psychédélique interminable juste bon à ravir quelque malentendant fan de Devendra Banhart. Rayon atroce, une sorte de reggae mutant (« The sad skinhead »), à faire passer Jahnick Noah pour Burning Spear. L’enchaînement « Just a second …» donne l’impression que dans leurs antiques synthés ce sont les circuits imprimés qui ont pris le pouvoir, et ça me paraît totalement inaudible.

Le reste, faut voir, car les types de Faust prennent un malin plaisir à déconstruire, à brouiller les pistes. « Giggy smile » est un rock psychédélique qui part dans tous les sens genre Zappa, c’est à dire en perpétuel équilibre entre génie et fumisterie ; « It’s a bit of a pain » serait une ballade captivante si elle n’était pas perturbée par des couinements (y’a pas d’autre mot) synthétiques genre kazoo échantillonné.

On a l’impression que les Faust ont quelque peu saboté le boulot (mais avaient-ils vraiment envie de le réussir ?). Ce disque assez incohérent, suivant l’encore plus ardu « Faust tapes », va faire voir rouge (enfin, façon de parler) à Richard Branson qui vient de les signer sur Virgin. Groupe totalement ingérable et imprévisible, Faust va cesser d’émettre pendant plus de vingt ans avant un retour au milieu des années 90, qui aura beaucoup moins de retentissement que la période conclue par ce « Faust IV ».


BUDDY HOLLY - BUDDY HOLLY (1958)


Disque "solo"

C’est allé tellement vite le concernant (Holly est mort un an et demi après ses premiers succès), et l’essentiel des galettes sur le marché étant des compilations, que par facilité (surtout commerciale ?), on a oublié maintenant que Buddy Holly faisait paraître des disques sous deux noms différents, en solo et avec les Crickets. Subtilité des contrats de l’époque, et qui ne change rien, c’étaient les mêmes personnes (les Crickets et l’auteur-producteur Norman Petty) que l’on retrouvait derrière lui sur tous les disques.

Ce « Buddy Holly » est le troisième et dernier disque publié par Buddy Holly. On pourrait même dire le second, tant celui d’avant « That’ll be the day » n’est déjà qu’une compilation de ses premières séances d’enregistrement, séances qui ne comprennent pas, hormis le morceau-titre, aucun de ses titres d’anthologie. Ici, par contre, ça se bouscule (« Peggy Sue », « Everyday », « Valley of tears », « Words of love », « Rave on », il faudrait à peu près tous les citer).

Buddy Holly & The Crickets
Buddy Holly est un des rares de cette époque-là à ne pas faire du rock’n’roll. Ou plus exactement pas que du rock’n’roll. C’est LE mélodiste des années 50.  Et ce n’est pas un hasard si le Lennon des débuts s’efforcera de lui ressembler, physiquement (la photo de la pochette, non, non, ce n’est pas Lennon au tout début des années 60) et baptisera son groupe d’abord les Silver Beetles en hommage aux Crickets. L’influence de Holly sur cette musique que l’on appellera pop est considérable. Celle se son producteur, auteur ou co-auteur Norman Petty reste plus ambiguë. On a longtemps cru qu’il était l’homme de l’ombre, celui sans qui Buddy Holly n’aurait pas été grand-chose. La tendance maintenant, au vu d’archives et de témoignages des rares rescapés de l’époque, serait plutôt d’en faire une sorte de Colonel Parker, plus intriguant que talentueux, uniquement crédité sur les morceaux de Holly grâce à des conditions « toutes particulières »  du contrat qui les liait. La vérité doit se situer entre les deux, Petty ayant quand même prouvé avant ou après sa collaboration avec Buddy Holly que c’était un musicien doué, et pas un simple escroc …

Ce « Buddy Holly » démontre deux choses que tout le monde devrait savoir, mais une petite piqûre de rappel ne fait jamais de mal … La première, c’est qu’on ne touche pas à un titre chanté par Little Richard sans prendre le risque de se couvrir de ridicule (« Ready Teddy » ici). La seconde, c’est que Holly alignait en 1958 des chansons époustouflantes à une cadence infernale, les cinq titres bonus ajoutés aux douze originaux sont rien moins que « That’s my desire », « Think it over », « Fools paradise », « Well all right » et « Take your time ».

Bon, évidemment, aujourd’hui que sont disponibles des légions de compilations bien foutues et même une intégrale de 6 Cds contenant à peu près tout le matériel enregistré par le natif de Lubbock, ce Cd pas  souvent et pas toujours réédité dans des conditions optimales, fait un peu figure de parent pauvre dans la discographie de Buddy Holly. Il n’en est pas moins excellent …

Du même sur ce blog :
The Very Best Of Buddy Holly & The Crickets


HARRY NILSSON - NILSSON SCHMILSSON (1971)


L'héritier ?

En ces temps préhistoriques des années 60 ou 70, les Américains, peuplade binaire jalouse et se croyant supérieure au reste de la planète, se cherchaient leurs Beatles. Ont été cités à plus ou moins juste titre Byrds, Simon & Garfunkel, Left Banke, Crosby, Stills, Nash & Young … les jolies mélodies, les harmonies vocales, tout ça …
Et si au lieu de retenir la forme, on cherchait aussi l’esprit des quatre de Liverpool ? Et là, y’a un nom qui clignote, celui de Harry Nilsson. Et il n’a pas fallu attendre qu’il devienne le copain de biture de Lennon lors du fameux Lost Weekend pour s’en rendre compte. Nilsson, en plus d’être capable de chanter comme Lennon, savait composer des ritournelles comme McCartney.
Les deux premiers titres de ce « Nilsson Schmilsson » sont à bien des égard troublants. « Gotta get up » semble échappé des sessions du Double Blanc, et « Driving along » chanté avec une voix qui oscille entre celle de John et de Paul, avec derrière une guitare à la Harrison, c’est bien plus qu’un pastiche. Parce que Nilsson, c’est un auteur et un très grand chanteur, un type qui assume ses influences et ses goûts. Il est fan des Beatles (comme tout le monde à cette époque-là et comme n’importe qui avec des oreilles en état de marche depuis), mais en plus sait écrire des chansons qui n’ont rien à envier à celles du répertoire des Anglais. Là, logiquement, le lecteur attentif doit se dire qu’il y a quand même un petit problème, car comment se fait-ce que de ce prétendu génie-là, on n’ait point trop entendu causer, même à l’époque, et ne parlons pas de maintenant ?
Nilsson avec deux amis anglais ...
Simplement parce que Nilsson, comme tous ceux que l’on baptise un peu trop vite de génies, comme si la pop ou le rock en produisaient chaque semaine, avait son côté obscur. Nilsson regardait la vie à travers le cul des bouteilles, ce qui n’est pas la meilleure façon d’y voir clair. Tout ceci pour réfréner une timidité maladive, qui lui faisait faire des marches arrière au sprint quand on lui demandait d’avancer dans la lumière. Nilsson est un timide dépressif, répugnant à se mettre en valeur et à s’exhiber …
N’importe qui aurait surfé sur le succès d’un « Without you », ballade héroïque, et il faut l’avouer un peu pompière, mais numéro un aux States, ce qui peut sacrément ouvrir des perspectives de carrière. « Without you », un des rares titres de l’album n’étant pas de lui, mais qui lui va comme un gant, puisqu’il est emprunté à Badfinger, qui comme chacun sait ( ? ), est le groupe anglais signé par les Beatles sur leur label Apple, on reste dans la « famille ».
Toujours au rayon Beatles, et plus précisément Lennon (le préféré de Nilsson)  sur ce « Nilsson Schmilsson », on trouve « Down », cuivré mais très Plastic Ono Band, et le rock’n’roll furieux, achevé par des solos de batterie et de guitare rageuses de « Jump into the fire », qui rappellera bien quelque chose à ceux qui connaissent « I found out » du POB.
Mais Nilsson n’est pas qu’un copiste doué, on ne compte plus ceux qui, quelquefois avec succès, ont pastiché les quatre des Beatles. Il est aussi capable de pondre des choses comme « Early in the morning », titre sautillant et dépouillé soutenu par un orgue de foire, un « The Moonbean song » sur lequel de prime abord on ne miserait pas un kopeck avant d’être séduit par son lent crescendo vers une pop baroque grand cru.
Bon, il y a aussi une paire de trucs qui m’accrochent pas trop, la feignasse reprise de « Let the good times roll », et l’espèce de calypso « Coconut » qui oscille entre pénible et ridicule, ces deux titres faisant on ne sait trop pourquoi, partie de ceux qui ont eu également en leur temps une petite audience radio …
Ce disque à la pochette très « DSK sort de la douche dans sa chambre du Sofitel », sera à peu près sans équivalent en termes de succès et public et critique dans la carrière de Nilsson, qui disparaîtra à peu près de la circulation quand Lennon se fera dessouder, et qui finira par payer à moins de cinquante ans ses penchants pour la dive bouteille…
Les rééditions de ce disque sont livrées avec quelques bonus sans le moindre intérêt.


JOHNNY CASH - AMERICAN IV : THE MAN COMES AROUND (2002)


The Last Waltz ...

Dernier volet (par la force des choses, Johnny Cash est mort l’année suivante) de la collaboration de l’Homme en Noir avec le producteur Rick Rubin (aux manettes sur la majorité des disques de Slayer ou Red Hot Chili Peppers). Un disque pas tout à fait « normal » qu’il faut quand même replacer dans son contexte.

Pas toujours de bonnes fréquentations, Johnny Cash ...
« The man comes around » marque le point final de quasiment un demi-siècle d’enregistrements de Cash. Qui a tout connu dans sa vie. Après avoir fait partie du « Million Dollar Quartet » chez Sun Records, label où il côtoyait à la fin des années 50 Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Roy Orbison ou Carl Perkins, être revenu très vite à la stricte country, gagné son surnom de « Man in Black » dans les années 60 grâce à la sempiternelle couleur de ses tenues vestimentaires, s’être construit une réputation (plus légendaire que réelle d’ailleurs) de « bad boy » par quelques titres provocants et une série de concerts dans des établissements pénitentiaires, il va entamer ensuite pendant vingt ans une longue traversée du désert. Sans toutefois risquer de mourir de soif, ses penchants pour la bouteille et toutes sortes de drogues lui faisant à plusieurs reprises frôler la mort. Son silence assez assourdissant lors de la mutation de la country des 70’s par ceux que l’on a appelé les « Outlaws » (Nelson, Jennings, Kristofferson, …), alors que beaucoup l’auraient imaginé prendre fait et cause pour ces « jeunes », son implication assez inconsistante dans la vie politique américaine (il a roulé autant pour les Démocrates que pour les Républicains), quelques déclarations imbéciles à l’emporte-pièce pour flatter son public de rednecks, avaient fini par faire de Johnny Cash une institution poussiéreuse, un ringard dont il n’y a ni humainement ni artistiquement plus rien à attendre. Débarqué dans les années 80 par ses maisons de disques successives, il finira par échouer au début de la décennie suivante sur Def American, le label de Rick Rubin.

Rubin qui fera avec les disques de Cash l’antithèse de ce pourquoi il était célèbre. Le deal artistique est simple : il faut que les disques de Cash sonnent le plus brut, le plus basique, le plus acoustique possible, à l’opposé de la foire à la ferraille sonore dont Rubin était le porte-drapeau. Le résultat d’ensemble sera globalement très bon, mais de là à qualifier ces enregistrements de cruciaux tant pour l’époque que pour leurs auteurs, il y a un pas que je ne franchirais pas, même s’il faut reconnaître qu’ils représentent une qualité que bien peu maintiennent après des décennies de carrière. Ils auront en tout cas contribué à restaurer et rénover la légende de Johnny Cash, à tel point que le biopic qui lui a été consacré (« Walk the line ») aura un immense succès (normal, il a tout pour participer au « rêve américain », la réalité étant bien souvent plus sombre que ce que laisse entendre le film …).

Johnny Cash 2003 : le vieil homme est amer ...
A l’époque de ce « American IV », Cash est physiquement au bout du rouleau. Son hygiène de vie apocalyptique laisse maintenant son corps aux prises avec maladies nerveuses dégénératives, graves affections pulmonaires et diabète. Ses jours sont comptés et il le sait. Du coup, cet album, peut être intrinsèquement le moins bon de la série par ses choix artistiques, va acquérir une résonance particulière. Le principe est le même que pour les précédents, essentiellement des reprises en version dépouillée. Et autant précédemment, voir Cash se frotter aux répertoires de Nick Cave ou Bonnie « Prince » Billy était dans la logique des choses, voir ici apparaître des auteurs comme Sting, Trent Reznor, les Beatles, Depeche Mode, Simon et Garfunkel ou encore les Eagles, mêlés à quelques standards de la country la plus traditionnelle peut surprendre. En fait, la plupart des titres ont été choisis pour leurs textes, en rapport avec la maladie, la souffrance ou la mort.

Cash est trop éprouvé lui-même pour sublimer quoi que ce soit, et on sait que malgré un état de santé plus que précaire, il s’est acharné à vouloir mener ce projet à terme. Un bon paquet de titres sont ratés ou sans intérêt (la plupart des vieilles scies country, les titres de Sting, Eagles ou Beatles …), à peu près autant sont corrects sans être transcendants. Et puis, il y a quatre morceaux, hors-normes et exceptionnels. « The man comes around », dernier titre écrit par Johnny Cash et qui ouvre le disque, est une sorte d’épitaphe, un bilan désabusé. Un morceau à mettre en parallèle avec celui qui clôt le disque ce « We’ll meet again » prémonitoire et poignant. Rien cependant à côté de la version du « Personal Jesus » de Depeche Mode, où l’on voit Cash se dresser avec tout ce qui lui reste de force face à Dieu mais aussi face à tous ses démons à lui. Le titre de Martin Gore était déjà exceptionnel dans sa version originale sur le Cd « Violator », Johnny Cash le transcende.

Et puis, il y a « Hurt », repris à Nine Inch Nails (ou Trent Reznor, c’est selon). Le morceau le plus émouvant que je connaisse, dans lequel un  Johnny Cash, miné par la maladie, à bout de souffle, nous donne une version agonisante dans tous les sens du terme. Et là, y’a rien qui parasite, pas un malin travail de producteur, c’est pas joué ou surjoué, on entend juste un vieil homme mourant chanter sa souffrance physique. Que quiconque n’est pas ému par ce titre s’en aille écouter les Black Eyes Peas, il ne mérite pas mieux …


Du même sur ce blog :
At His Mighty Best Vol 3



BEYOND THE FRONT LINE - INTRODUCING THE FRONT LINE ALL-TIME REGGAE CLASSICS (1990)


Pour dépasser les têtes d'affiche ...

Il y en a pour qui le reggae s’arrête à « Could you be loved » de Marley, « Reggae night » de Jimmy Cliff, ou pire, « Stand the ghetto » de Lavilliers. Ceux là sont bien à plaindre, les pôvres … Dans un élan de générosité et de mansuétude peu habituels, Lester Gangbangs va initier ses milliers de lecteurs à quelques éclats sonores jamaïcains, qui bien que peu connus du profane, ont apporté leur pierre à l’édification de la musique la plus cool du monde civilisé …
Un petit rappel des faits … aux débuts étaient le ska et le rock steady, musiques jamaïcaines, déformations locales des standards soul ou pop anglo-saxons. La musique jamaïcaine était une affaire de chanteurs ou de formations vocales. Les débuts du business musical (les premiers studios et sound systems, les premiers dubs sur lesquels s’escrimaient les toasters, respectivement ancêtres des remixes et des rappeurs), le « durcissement » idéologique et religieux (les premiers « rastas » des campagnes, les « rude boys » des quartiers les plus mal famés de Kingston, Trenchtown en particulier), et l’arrivée des multinationales du disque (premier à rafler la mise, Chris Blackwell, Jamaïcain exilé en Angleterre, patron de Island Records, et qui signera Bob Marley, ou plus exactement son trio vocal les Wailers, pas forcément à ce moment le plus connu de l’île), vont installer au milieu des années 70 le reggae comme une musique diffusée mondialement, et qui générera avec Marley la première ( et la dernière ?) star globale venue du « Tiers-Monde ».
Comme beaucoup d’autres genres ou sous-genres musicaux (on peut établir beaucoup de parallèles avec le rap ou les musiques électroniques), le reggae sera une affaire de labels. A Island les stars, à Trojan tout le « patrimoine » historique des années 60, à Virgin (comme Island un label basé en Angleterre, la communauté jamaïcaine y étant nombreuse) les seconds couteaux qui selon la formule consacrée, auraient mérité meilleur sort.
Cette compilation, « Beyond the front line », est un florilège de quelques artistes signés par Front Line, sous-division de Virgin. Les titres sont issus des années 70, et correspondent à l’âge d’or (du moins commercial, artistiquement, ce serait plutôt la fin des années 60) du reggae. Sur les quatorze titres, alternent formations vocales (Gladiators, Mighty Diamonds, Twinkle Brothers), figures de proue du dub (Prince Far I, Big Youth, U-Roy qui se taille la part du lion avec trois titres), un morceau de Culture, seul « très grand » groupe de cette compilation, deux de la star du lover’s rock (où croyez-vous que les Clash allaient pêcher leurs titres de morceaux) Gregory Isaacs, plus la présence des rude boys (les rudies en argot, cf « Rudie can’t fail » des … Clash) Johnny Clarke, Keith Hudson, Delroy Washington.


Il y a du hit certifié, « Civilization » de Keith Hudson, « Behold » de Culture (même si on aurait préféré le plus connu « Two seven clash »), « Wear you to the ball » de U-Roy (dont UB40 feront un encore plus gros hit en le reprenant sur « Labour of love II »), … Mais pas seulement, cette compilation intelligente s’attachant surtout à mettre bien en évidence les grands courants du reggae seventies, et pas seulement le « classic reggae » copyright Marley.
Il y aurait des anecdotes à raconter sur chaque titre, chaque interprète … le reggae est une musique où le « vécu » tient une part prépondérante, le tout saupoudré quelquefois d’un étrange mysticisme pour les rastafariens purs et durs. La plupart des gens présents sur ce disque viennent du lumpenprolétariat de l’île, et sous des airs faussement cool, cachent un monde de danger et de violence. Peu de reggaemen meurent dans leur lit, et leur vie pourrait fournir bien de la matière à des scénaristes en panne d’inspiration.
Allez pour la route, quelques mots sur Gregory Isaacs, mort en 2010 d’un cancer. Il s’est autoproclamé séducteur number one de la Jamaïque, a revendiqué des milliers de conquêtes féminines, a consommé des tonnes de cocaïne. Il aurait participé à l’enregistrement de plus de 500 disques (sous son nom ou comme choriste), et la plupart des séances avec juste comme objectif de se fournir sa dose quotidienne de poudres blanches… Et malgré cette hygiène de vie apocalyptique, il a gardé pratiquement jusqu’à la fin de ses jours cette voix de miel qui faisait littéralement fondre les filles.


TANGERINE DREAM - ATEM (1973)


 Ahem ...

Tangerine Dream est un groupe respectable et généralement respecté. Reconnu pour ses talents d’innovation expérimentale, et un des incontournables de cette vague de groupes allemands du début des années 70 qui a tant influencé la musique électronique des décennies suivantes.
Tangerine Dream a fait de beaux disques réussis. D’autres beaucoup moins. « Atem » fait pour moi partie de la seconde catégorie.
Pas vraiment rebutant (Tangerine Dream sait créer des « ambiances ») mais bâillements tout de même assurés. Pour un peu plus de « matière », allez plutôt voir du côté de « Rubycon » ou « Phaedra » …
Qui a dit Led Zeppelin ?
Il a bien raison …


ROY ORBISON - GOLDEN DECADE (1986)


Ce qu'on peut appeler un chanteur...

Techniquement parlant, Roy Orbison possède certainement une des voix les plus impressionnantes qui aient jamais chanté du rock’n’roll, dans un registre proche de celui d’un chanteur d’opéra (à tel point qu’il a été surnommé « le Caruso  du rock »).

Il a excellé dans un domaine bien particulier, le chanteur des peines de cœur, du pathos, des bleus à l’âme. Cette compilation regroupe les dix premières années de sa carrière à partir de son premier hit « Only the lonely » (1960), même si depuis quelques années déjà il s’escrimait dans le métier sans trop de reconnaissance. Grâce à ses succès, Roy Orbison est devenu un des piliers de l’écurie Sun Records de Sam Philips, la maison de disque des débuts d’Elvis, à une époque où les autres stars du label se nommaient Jerry Lee lewis, Johnny Cash ou Carl Perkins …

Ca rapporte la chansonnette, on dirait ...
Les morceaux de Roy Orbison sont généralement pourvus d’arrangements grandioses, avec orchestre symphonique, violons, chœurs féminins et d’une certaine façon préfigurent le « Mur du son » d’un Phil Spector, ou l’easy listening des années 60.

Avec sa voix magique, Roy Orbison pouvait chanter n’importe quoi (ce qu’il fait quelquefois : « Gigolette » est un … paso doble et « Penny Arcade » un morceau de variété ringarde), et sa carrière a quand même tourné en rond quelques années avant que le magique « Pretty woman » la relance. Ce morceau est par la suite devenu la chanson du film du même nom (1987) avec la belle Julia Roberts et le bellâtre Richard Gere (même si pour les cinéphiles, c’est « In dreams » sur le « Blue Velvet » de David Lynch qu’il faut retenir). A noter que  jusqu’à la fin de ses jours en 1988 (il avait à peine plus de cinquante ans), il a gardé intacte cette voix fabuleuse (voir sa participation dans le « supergroupe » des Travelling Wilburys, où il enterre toutes les gloires déjà vieillissantes, Petty, Dylan, Harrison, venues pousser la chansonnette à ses côtés).

60 morceaux composent cette compilation assez rare (une autre plus récente et encore plus copieuse de quatre Cds l’a maintenant remplacée), qui aurait malgré tout gagné en homogénéité  si elle avait été réduite d’un tiers, mais on peut beaucoup pardonner à un chanteur doté d’une telle voix, même les longueurs et les redites.