DOGS - LEGENDARY LOVERS (1983)


Maîtres Chiens

Trop de classe pour le voisinage ?
Ce qui frappe à l’écoute de ce disque, plus de vingt ans après sa sortie, c’est ce son toujours d’actualité, mettant magnifiquement en valeur les superbes morceaux présents ici. Rien  ne sonne daté ou nostalgique.

Les Dogs ont commencé à aboyer avec les punks. De ceux-ci, ils ont retenu l’urgence et l’attitude sans compromission. De tout ce que le rock’n’roll avait produit de meilleur, Dominique Laboubée et ses hommes ont su faire la synthèse. L’année d’avant avec les quelques moyens alloués par Epic leur nouvelle maison de disque, les chiens rouennais s’étaient fendus d’un remarquable « Too much class for the neighbourhood ». « Legendary lovers » est encore meilleur, parfait de bout en bout. Dans un monde idéal, tous les morceaux auraient pu être des hits. Las, même la version française de « Secrets » une de leurs très rares concessions à la langue de Molière est passée inaperçue.

Ce Cd est un des tout meilleur jamais enregistré par des Français, et malgré la disparition de Dominique, il n’est pas trop tard pour s’en apercevoir. Tombez sous le charme ….


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THE SABRES OF PARADISE - HAUNTED DANCEHALL (1994)


Techno fantomatique

Envie de vous faire enfumer par Andrew Weatherall ?
Sabres of Paradise, c’est Andrew Weatherall (« célèbre » DJ, producteur et remixeur) et deux comparses. Second disque du « groupe », « Haunted Dancehall » est sorti en 1994 sur le label WARP.

Musique noire comme la pochette, et titre du Cd évocateur : atmosphère sombre, menaçante, lourde. Boîte à rythmes métalliques, obsédantes, répétitives. L’ambiance générale est celle d’un trip-hop glaçant et glacial (les boute-en-train Portishead sont d’ailleurs crédités sur un titre).

Assez ressemblant à ce que font  dans des genres guère éloignés les Liars ou John Carpenter pour ses musiques de films (« The Thing », « Halloween », …).

Austère mais très intéressant pour qui n’est pas réfractaire au son des disquettes de Mac le soir au fond des bois ...

NEW YORK DOLLS - NEW YORK DOLLS (1973)


Punks à paillettes

Le meilleur disque (de toute façon ils n’en ont fait que deux, et oubliez la reformation actuelle des deux survivants just for the money) d’un des groupes les plus essentiels des années 70.
Lady Gaga et ses amies ? Non, les Dolls en 73 ...
Souvent assimilés et réduits à leurs excès (le look ahurissant pour l’époque, les défonces à tous les étages), l’importance des Dolls se situe au niveau strictement musical.
La doublette introductive de ce Cd (« Personality crisis », « Looking for a kiss ») est stupéfiante de perfection  plus de trente ans après. Johansen (plus encore que l’autre lippu américain Steven Tyler d’Aerosmith) est par son magnétisme le clone parfait de Mick Jagger, les guitares rageuses de Thunders et du trop souvent sous-estimé Syl Sylvain incrustent le danger dans tous les morceaux, et la rythmique enclume sévère. Le tout superbement produit par Todd Rundgren qui a du se souvenir de ses années garage avec Nazz pour leur concocter ce son de déglingue rock’n’roll.
Une hystérique tournée anglaise (avec mort du batteur par OD) allait donner plein d’idées de groupes à tous les morveux british. Le punk était en route.
Que vous ayez 20 Cds ou 20 000, celui-là doit être dans le lot.




DINOSAUR Jr - BUG (1988)


Prehistoric sounds

Dinosaur Jr. ont toujours fait peu ou prou le même disque. Comme à peu près tout le monde … Le rock étant toujours affaire de guitaristes et de chanteurs, et Jay Mascis cumulant les deux postes, écrivant même tous les titres, Dinosaur Jr. est son groupe.

Dinosaur Jr. : hommes des tavernes ?
Et que ce « Bug » soit le dernier avec son ami le bassiste Lou Barlow qui suite à une fâcherie s’en ira former Sebadoh, ne change pas fondamentalement la donne. C’est un disque à guitares saturées, sales, distordues, avec force effets de feedback et de larsen, et comme point de référence les pionniers bruyants de Sonic Youth. Ebauche de ce que sera quelques années plus tard le grunge des Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden et consorts … Et contemporain de Hüsker Dü, Pixies et du retour à l’électricité rageuse (« Freedom », « Ragged glory ») de celui qui est leur grand-père à tous, Neil Young …

Doté d’une pochette assez repoussante (là aussi une constante dans la carrière de Dinosaur Jr.), ce « Bug » est néanmoins un de leurs plus abordables. Peut-être bien leur plus « joli », celui qui ne se contente pas de seulement mettre en place le raffût électrique du groupe, mais l’organise autour de titres bien construits, avec des mélodies bien fichues, qui se retiennent …

Les titres les plus aboutis, « Freak scene », « Pond song », « Budge » accrochent immédiatement l’attention. Au contraire de la conclusion « Don’t », remplie de cris, dissonances et borborygmes métalliques, qui rappelle les premiers disques « difficiles » de Sonic Youth …

Dinosaur Jr. n’a jamais été un groupe « branché », et Mascis continue encore aujourd’hui, contre vents et marées, de martyriser les cordes de sa guitare, indifférent au temps et aux modes. Un type bien …

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Where You Been




COLDPLAY - PARACHUTES (2000)


 Ils avaient bien commencé ...

Coldplay n’a pas toujours fait de cette soupe lyophilisée pour centres commerciaux qu’il nous sert ces temps-ci.

Coldpaly : fatigués avant d'être fatigants ...
A ses débuts en 2000, avec ce « Parachutes », c’était même un groupe pop intéressant… Oh certes pas révolutionnaire, mais qui dans les meilleurs moments de ce disque, soutient sans problème la comparaison avec les plus doués de la génération précédente (XTC, Pale Fountains, Prefab Sprout, …)

Des mid-tempo mélodiques, des ambiances tristes et mélancoliques, un Chris Martin qui semble concerné par ce qu’il écrit et chante, un disque vivant et intéressant, en somme. Avec sa production précise, discrète et efficace, de jolies parties de piano omniprésentes, il n’y a rien de honteux à ce que ce disque et ses auteurs aient rencontré le (grand) succès populaire. "Parachutes" est un disque centriste parfait ...

A l’écoute de ceux qui ont suivi, il est et restera certainement pour bien longtemps le meilleur disque de Coldplay.


PERE UBU - DUB HOUSING (1978)


 Mondo Bizarro

Ce « Dub housing » est le second volet de la doublette de référence de Pere Ubu, paru quelques mois après leur célébrissime (sourires narquois dans l’assistance) « Modern dance ». Avec lequel il partage une réalisation a minima (quelques jours en studio avec un budget famélique) et cette apparence surréaliste et novatrice, la surprise en moins. On pourrait aussi le qualifier de plus accessible, avec des titres mieux construits (entendre par là qu’on peut déceler des structures couplets-refrains à peu près mémorisables). Rien cependant qui puisse attirer le « grand public », Pere Ubu restant synonyme d’avant-garde, « compliqué », « branché », quelquefois qualifié de post-punk (alors que quand ce disque est paru le punk battait son plein), ou de post-rock (ce qui ne veut rien dire) …

Même leurs photos filent mal au casque ...
Des morceaux étranges, plutôt bruitistes et expérimentaux, il en reste encore : le morceau-titre « Dub housing », « Thriller » (rien avoir avec Michou Jackson évidemment, plutôt un collage genre « Revolution n° 9 » de Lennon, c’est dire s’il n’est pas le meilleur du Cd), « Blow Daddy-O » …

Malgré l’étrangeté sonore souvent déconcertante, ce qui fait la liaison chez Pere Ubu, c’est la voix de David Thomas, poussée par son quintal et quelque vers les aigus les plus affolants. Immédiatement reconnaissable, et beaucoup plus « placée », beaucoup moins hystérique et saccadée que sur « Modern dance ». Dès lors, entre efforts d’écriture et modulation vocale, les titres sont beaucoup plus abordables … « Navvy », c’est un rock basique en pointillés, « On the surface », un titre pop et sautillant, tout en brisures de rythme … « Caligari’s mirror », référence au film baroque allemand, (les références cinématographiques « antiques » sont nombreuses sur ce disque), alterne ambiances planantes et refrain très power-pop, « Ubu dance party » est un reggae autiste, « I will wait » du free-jazz psychiatrique … Le dernier titre, « Codex » ressemble à une B.O. de film, dont le thème aurait été composé par un Nino Rota sous acide …

Pere Ubu, comme ses « cousins » Residents, ont été des groupes ayant influencé pas mal de gens se réclamant post-quelque-chose … Pas assez glamour, très peu vendeurs, et seulement cités du bout des lèvres par des groupes leur ayant emprunté pas mal de choses, ils continuent depuis plus de trente ans leur bonhomme de chemin loin des sentiers de la gloire.


LEIBER & STOLLER - ONLY IN AMERICA (1980)


Excellent, mais il en manque ...

Stoller, Presley et Leiber pendant les séances de Jailhouse Rock
En une dizaine d’années à cheval sur les 50’s et les 60’s, ces deux new-yorkais ont laissé à la postérité ce que l’on appelle une « œuvre ». Auteurs de plus de bonnes chansons chaque mois que Barbelivien en 40 ans, on retrouve leurs merveilles généralement dispatchées sur les disques des figures majeures de cette époque-là. Même si actuellement   quelques compilations leur sont dédiées.

Celle-ci est une de leurs première, sortie à l’origine en double 33 T en 1980, et qui présente une partie de leurs hits. Une partie car il manque quelques interprètes prestigieux

Et surtout Elvis Presley (mais question de droits ?) pour lequel ils ont composé des choses comme « Hound dog » ou « Jailhouse rock » (excusez du peu …)

Cette compile commence avec Big Mama Thornton et LaVern Baker jusqu’aux succès solo de Ben E. King. La moitié des titres est consacrée aux seuls Coasters et Drifters. Au générique quelques titres qui ont été de gros succès adaptés en français : les Cheers de « Black denim trousers … » (« L’homme à la moto »), les Coasters de « Along came James (« Zorro est arrivé ») ou « Three cool cats » (« Nouvelle vague »), …

Et tiens, messieurs-dames d’Atlantic, vous pourriez profiter (comme d’habitude dans ces cas-là) de la mort cet été de Mike Leiber pour rééditer ce « Only in America » (du titre éponyme et gros succès de Jay & the Americans) en Cd… En n’oubliant pas Elvis …




BIG AUDIO DYNAMITE - TIGHTEN UP, VOL. 88 (1988)


 Pas très détonants 

La suite, mais pas encore la fin, des aventures de Mick Jones et de son « collectif » B.A.D.. Après la réconciliation avec Joe Strummer qui avait donné le bon « N° 10, Upping Street », l’ex-Clash se retrouve pour ce Cd à nouveau orphelin de son ancien complice et cela s’entend.

Réunion d'anciens combattants : Big Audio Dynamite en 2011 ...Putain, ils ont morflé ...
Le « gros son » du Cd est vite lassant, et assez paradoxalement, ce sont les morceaux qui remémorent le plus les Clash (« Other 99 », « Mr. Walker said »), qui sont les moins bons. En effet, la voix et la construction des morceaux rappellent le prestigieux groupe, mais les arrangements électroniques souvent lourdingues ne passent pas. Au rayon des échecs, signalons aussi un « Applecart », qui sonne comme du Pet Shop Boys endormi, un « 2000 shoes », funky balloche à 2 euros, un pitoyable « Battle of all the saints », …

Seuls des morceaux comme « Esquerita », hommage au pionnier noir du rock’n’roll inspirateur le Little Richard réussissent la difficile synthèse entre rock’n’roll et électronique qui semblait être le but recherché du disque.

Après les deux premiers disques prometteurs, celui-ci raté et une longue maladie de Mick Jones, le chapitre B.A.D. allait être clos. Une nouvelle mouture du groupe toujours avec Jones mais d’autres musiciens allait tenter de relancer sans guère plus de succès la machine.

Un seul être vous manque …


LYNYRD SKYNYRD - PRONOUNCED LEH-NERD SKIN-NERD (1973)


Confédérés

Plus doués pour les solos de guitare que pour s'habiller ...
Groupe symbole du rock « sudiste » qui tire son nom de la déformation phonétique du nom d’un prof de gym qui les persécutait au lycée à cause de leurs cheveux longs, Lynyrd Skynyrd avec ce premier album de 1973 a d’entrée joué dans la cour des grands. Les musiciens, buveurs, baiseurs, bagarreurs et cultivant à l’excès (drapeaux sudistes aux concerts, …) une imagerie redneck qui sera leur fonds de commerce, ont joué un hard-boogie traînard et ensoleillé, égayé par un piano, mais surtout porté par trois guitares. Deux fameux solistes, Allen Rossington et Gary Collins et le braillard Ronnie Van Zant au chant, sont les leaders naturels du groupe.

La musique est excellente, un peu comme si l’Allman Brothers Band s’était pris pour les Rolling Stones, et ce Cd contient des incontournables du groupe (« Tuesday gone », « Gimme three steps »). Mais surtout il se termine par l’épique (plus de 9 minutes) « Freebird », le « Stairway to Heaven » américain, désigné il y a quelques années comme le morceau de rock le plus diffusé de tous les temps (devant « Yesterday » des Beatles, c’est dire si c’est une scie …) sur les radios US.

Même si on peut lui préférer le suivant (« Second coming »), ce Cd est indispensable pour avoir un aperçu de la carrière du groupe.

JOHN PRINE - JOHN PRINE (1971)


 (Trop) classique

Faire en 1971 du Bob Dylan 1965 (période électro-acoustique « Subterranean homesick blues ») n’est pas une mauvaise idée. Mais ce n’est pas non plus très original.

John Prine récemment : Brassens revival ?
Il me semble que ce Cd de l’américain John Prine, souvent considéré comme son meilleur, est le premier qu’il a publié. Ce folk teinté de country est le parfait reflet d’une culture américaine de l’époque, engagée et militante, avec ses morceaux sur la guerre du Vietnam et la drogue (ici le classique « Sam Stone » sur un ancien soldat héroïnomane).

En plus de Dylan, les Byrds ne sont pas loin (avec sa photo de pochette style grange campagnarde, on pense à celle de « Notorious Byrd Brothers »), tout comme Crosby, Stills & Nash ou les Eagles des débuts. On navigue donc avec « John Prine » en terrain connu.

Trop peut-être, car ce Cd ne satisfera pleinement que les amateurs d’un genre musical souvent ignoré en France, les autres seront vite lassés par une certaine monotonie des instrumentations et des arrangements.


THAT PETROL EMOTION - CHEMICRAZY (1990)


Les Rois (du pétrole) Maudits

That Petrol Emotion, bâti par les frères O’Neill sur les cendres encore chaudes des Undertones partagera avec son prédécesseur l’indifférence du public. Et c’est bien dommage, car leur mélange de pop et de rock’n’roll vitaminés font passer de bons moments à leurs (trop rares) auditeurs.

That Petrol Emotion 1990 : 3D Ready ?
Ce Cd est un de leurs plus appréciés, car il représente leur aboutissement « commercial ». Un peu le disque de la dernière chance (ils seront bientôt virés par leur maison de disques pour cause d’insuccès chronique). Sur « Chemicrazy », ils ont au moins essayé de mettre tous les atouts de leur côté sans pour autant se renier. Ce disque constitue leur ouverture vers les sons qui « marchent » à l’époque : cette « dance » qui va bientôt devenir « techno » quand ses rythmes vont s’accélérer.
Le gros problème de ce Cd ne vient pas du groupe , mais plutôt du producteur Scott Litt. Connu et célébré à juste titre pour son travail avec REM (le dernier morceau « Sweet shiver burn » semble sorti du « Automatic for the people » des Athéniens), il n’est pas évident qu’il soit pour That Petrol Emotion l’homme de la situation, et on entend beaucoup plus les arrangements que les morceaux eux-mêmes. Le résultat final, cette sorte de  mix entre rock et dance-techno, se trouve artistiquement entre Stone Roses et Prodigy période « Gilted Generation » et n’aura le succès ni des uns ni des autres. Seuls des morceaux comme « Sensitize » ou « Tingle » sortis sous forme de maxis avec une orientation résolument « club » connaîtront un succès d’estime dans les discothèques




THE WHO - SINGS MY GENERATION (1965)


Le premier

C'est Qui ?
Avec «The Who sings my generation » on a affaire au 1er disque studio du plus grand groupe de tous les temps … sur scène. Car les Who ont toujours peiné à retranscrire sur disque la folie furieuse de leurs prestations live. Qui plus est, leurs meilleurs morceaux sortaient souvent en 45 Tours et n’étaient généralement pas repris sur les albums. Malgré tout, ce « The Who sings my generation » est un de leurs tout meilleurs disques. Pour leur hymne définitif de la jeunesse frustrée « My generation » et la plus géniale phrase de toute l’Histoire du rock, ce « Hope I die before I get old » écrite par Townsend et suivie à la lettre par Keith Moon. Figurent aussi deux autres classiques du groupe, « The kids are alright » et « The Ox », le morceau de bravoure d’Entwistle. D’autres compos du groupe, quelques reprises qui manquent de « consistance » par rapport aux brûlots à venir, complètent le tracklisting.
Un Cd à acquérir de préférence dans sa version DeLuxe, remastérisée et avec moult bonus, plutôt que dans sa version Cd "classique" (les douze titres originaux), présentée avec son rachitique et livret athmastique ...

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A Quick One 
Tommy



AIRBOURNE - RUNNIN' WILD (2008)


 C'est dans les vieux pots ...

Premier réflexe : Tiens, des inédits d’AC/DC période « Let there be rock » - « Highway to hell ». Euh, non c’est le 1er Cd d’un jeune groupe, Airbourne.

Balèzes, les Australopithèques ...
Groupe australien bien sûr. Et dès lors, la référence à la bande à Bon Scott et Angus Young à leur apogée s’explique mieux.

Mais après quelques écoutes, on peut affirmer que ce n’est pas de la vulgaire copie. Certes, quelques tics vocaux rappellent furieusement Bon Scott, mais ce qui fait la classe de cet album, c’est le son. Ce son du hard des années 70, AC/DC, Aerosmith, Johnny Winter, Free, Scorpions, …

Cette recette sonore simple, basique, que plus personne ne semblait aujourd’hui capable de pouvoir recréer. Les quatre minots d’Airbourne y sont arrivés. Et même si ce disque ne soutient pas vraiment la comparaison avec les meilleurs des glorieux anciens (il manque dans ce Cd un riff d’anthologie, un refrain imparable, et il y a des progrès à faire au niveau solo de guitare), on tient avec ce « Runnin’ wild » un des meilleurs disques de hard-rock 70’s de la décennie.

Ce qui n’est quand même pas si mal.





ELVIS PRESLEY - LOVING YOU (1957)


 Grande époque, disque moyen ...

La période artistique la plus cruciale d’Elvis se termine en mars 1958, avec son départ sous les drapeaux.

Ce « Loving you », à l’origine B.O. du film du même nom, est donc un disque de la « bonne époque », puisque datant de 1957.

Mais il ne contient pas un seul de ces immenses morceaux dont le King parsème sa discographie pléthorique des années 50. Et même si des trucs comme « Teddy Bear », « Party », « Blueberry Hill », « Have I told you …», « When it rains … » (cette dernière datant de ses premiers enregistrements Sun) valent leur pesant de beurre de cacahuète, on sent qu’Elvis a déjà nettement évolué depuis les mythiques Sun Sessions.

Le colonel Parker est passé par là, qui commence à tirer fort sur la corde de sa poule aux œufs d’or. Tournées, shows télé, films, séances studio … Ce « Loving you » sent la cadence infernale à laquelle est soumise Presley.

Alors, même si tout ce qu’il touche se transforme en or, les vraies pépites sont tout de même assez rares dans ce Cd.

P.S. Même s’il s’agit d’une B.O., c’est bien le band légendaire (Scotty Moore, Bill Black, D.J. Fontana , les Jordanaires) qui accompagne Presley.

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From Elvis In Memphis

BIG BLACK - THE RICH MAN’S EIGHT TRACK TAPE (1987)


Les débuts de Steve Albini
Avant d’être crédité à la production de quelques disques au son abrasif (Pixies, Nirvana, PJ Harvey, plus tard les Stooges reformés de « The Weirdness », …) qui ont traumatisé leur époque, Steve Albini était le leader et guitariste des extrémistes sonores de Big Black. Groupe radical tant par le propos que par la musique. Boîte à rythmes tachycardiques programmés par Albini, guitares tronçonneuses déchiquetant de gros riffs saturés, voix et sons trafiqués.
Ils ont pas l'air méchants ... ne pas se fier aux apparences.
Les electro-punks de Metal Urbain (Cocorico) étaient souvent cités comme influence, on pense aussi à la techno martiale du début des 80’s des Belges de Front 242, et le son de Big Black influencera notablement des gens comme Ministry ou Trent Reznor.
On ne peut pas dire que la discographie de Big Black soit pléthorique, deux 33T plus un live posthume. Ce « Rich man’s … » est une compilation, reprenant neuf des dix titres de leur premier, meilleur et à peu près introuvable « Atomizer » à la pochette nihiliste qui avait marqué quelques esprits, et lui rajoutant quelques morceaux sortis sur des singles ou des Eps.
Musiques radicales, textes coup-de-poing hurlés, deux « hits » underground, « Jordan, Minnesota » sur les viols pédophiles, « Kerosene » sur l’ennui mortifère des cités américaines, Big Black, comme son nom l’indique est un groupe sombre et torturé, martelant implacablement ses propos rageurs. Les tempos hardcore ne sont jamais loin, témoin le fabuleux « Ready men ».
Big Black existera officiellement six ans, Albini formera par la suite l’également radical Rapeman, avant Shellac qu’il mènera conjointement à sa carrière de producteur demandé et successful …




CURTIS MAYFIELD - THERE'S NO PLACE LIKE AMERICA TODAY (1975)


Rage Against The Machine ?

Un disque atypique de son temps et de la discographie de Curtis Mayfied … Mayfield qui est déjà un peu à part dans la musique noire avec sa soul soyeuse s’aventurant dans les contrées jazzy. Quand paraît ce « There’s no place like America today » en 1975, l’heure est au funk discoïde, et Mayfield quelque peu au creux de la vague. Les succès de ses premiers disques solos, avec mention particulière à « Curtis » et le très successful « Superfly », commencent à s’estomper, et forcément plus encore ses hits des 60’s avec les Impressions …

Et alors que les Blacks cultivent l’hédonisme dansant et insouciant, Mayfield va donner dans le revendicatif et le social. La pochette est sans équivoque. On y voit des Noirs dans une file menant à quelque soupe populaire sous une affiche représentant une famille blanche dodue et souriante en voiture. Contraste des clivages sociaux accentué par l’ironie quelque peu amère du titre de l’album. Même si Curtis Mayfield ne se prend pas pour Luther King, et encore moins pour Malcolm X ou les Black Panthers. Pas de revendications, pas de militantisme guerrier dans les textes, juste quelques-uns ont une portée « sociale » marquée (« Billy Jack », « Hard times », « Blue Monday people »), mais l’espoir reste présent à travers l’amour (« So in love », « Love to the people »), ou la foi (« Jesus ») …

Musicalement, c’est épuré à l’extrême, basé sur des tempos lents, la voix de fausset immédiatement reconnaissable et la Telecaster aigrelette de Mayfield. Il y a pourtant pléthore d’instruments présents, des plus classiques (rythmiques, claviers, cordes, cuivres) aux plus inattendus (quelques accords de harpe)… Mais chacune de leurs interventions est dosée avec parcimonie, quelques notes des uns ou des autres suffisant à emplir l’espace sonore. Un travail d’orfèvre au niveau de la production et des arrangements, particulièrement en évidence sur le gospel futuriste « Jesus », la classique roucoulade soul « So in love », le « Billy Jack » inaugural et son ambiance soft jazz. Seul « Hard times » est plus allegro, avec sa guitare folle qui égrène des notes aiguës …

Le seul reproche que l’on peut faire à ce disque, c’est son côté monolithique, on aurait aimé trouver quelque mélodie up tempo, quelque rengaine un peu plus « facile » au milieu de toutes ces suites d’accords tarabiscotés …

Ne pas faire le difficile pour autant. Si un Prince (qui s’est énormément inspiré de Mayfield) venait à sortir un disque de cette qualité, tout le monde s’esbaudirait sur le talent et le génie retrouvés du nabot de Minneapolis… Avec « There’s no place like America today », on est juste en présence d’un des derniers (le dernier ?) grands éclats de la discographie de Curtis Mayfield …

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Superfly






SLY & THE FAMILY STONE - THE WOODSTOCK EXPERIENCE (2009)


L'arnaque indispensable

N’eût été le décès de l’ancien beau-fils de Presley, le gros coup de l’été 2009 aurait été la commémoration des 40 ans de Woodstock. Le genre de projet minutieusement préparé par Sony pour rajouter un peu de toile aux parachutes dorés de ses actionnaires. « Take the money and run » comme disait Steve Miller …

5 doubles Cds comprenant les rééditions d’un disque studio de l’époque, plus l’intégralité de la performance de l’artiste à Woodstock. Sont concernés les signatures maison Joplin, Airplane, Johnny Winter, Santana, Sly & The Family Stone. Et si ce genre de machins vous plaît, le coffret avec l’ensemble des 10 Cds.

Woodstock, ce barbecue géant de hippies… Dont on connaît le son (les triple 33 T, les doubles Cds, et tous les titres qui traînent sur des compilations, coffrets, bootlegs, …) et l’image (le film de Wadleigh). Avec quand même quelques moments qui ont marqué leur époque et les générations futures.

Hendrix à l’aube du quatrième jour, devant trente mille rescapés hébétés, qui lacère l’hymne américain à grands coups de Stratocaster. Santana qui se fend d’un « Soul Sacrifice » aussi chaud que le soleil exceptionnellement présent cet après-midi là. Le plombier Joe Cocker, les yeux exorbités, qui invente la air guitar sur « With a little help from my friends ». Alvin Lee qui se fend d’un hallucinant solo sur « I’m going home ».

Comment vouliez-vous qu'ils passent inaperçus ?
Et Sly et sa Famille qui propulsent à grands coups de « I want to take you higher » leur soul-funk psychédélique dans un ailleurs cosmique.

Sly & The Family Stone, justement. Essentiellement un groupe de Noirs. Et des Noirs, à Woodstock, il n’y en avait pas beaucoup, sur scène, et encore moins dans le public, d’après le film. Et j’étais curieux de voir si le show de la Family était du niveau de ce que tout le monde connaissait.

Et bien oui. En cinquante minutes de folie furieuse, Sly et son groupe envoient une grande leçon de musique totale, une scansion rythmée hallucinante et hallucinée. Il me semble que les témoignages live de Sly & The Family Stone ne sont pas très nombreux, et donc cette prestation est indispensable.

Ce soir-là, le sieur Sylvester Stewart et sa famille ont tutoyé les étoiles. Le buzz sera tel que Miles Davis  lui-même poursuivra Sly de ses avances, le suppliant de travailler avec lui. Lequel Sly, trop souvent (toujours ?) « high », n’en aura rien à foutre et jettera même Davis des studios quand il sera lassé de le voir dans ses pattes. Le jazzman, de dépit, se lancera à corps perdu avec McLaughlin et consorts dans ce que l’on appelera jazz-rock, et que quelques malentendants persistent à trouver génial. L’autre Maître de la black music, James Brown, ruminera dans son coin avant de trouver la réponse à Sly qui aligne en ce début des 70’s 45 T et 33 T majestueux. James Brown se sentira tout à coup terriblement vieux et dépassé, il jouera son va-tout dans un sublime coup de poker, virant ses antiques JB’s pour embaucher une troupe funky d’ou émergeront les tignasses afro de Bootsy et Catfish Collins. Une des premières séances de ce groupe donnera la moitié du faux live mais vrai chef-d’oeuvre « Sex Machine ».

Mais il y a quand même quelques détails que le chaland potentiel doit savoir.

Le disque studio du package Sly & The Family Stone, c’est « Stand ! », au demeurant excellent. Mais pas de bol,  je l’avais en 33 T et racheté en Cd. Je me retrouve donc avec un joli petit frisbee au logo Woodstock et à l’estampille Sony Music dont je n’ai que faire.

Autre détail, le son du concert est remastérisé. Ce qui veut dire que l’on entend beaucoup moins l’énorme souffle de mammouth de la sono qui faisait disparaître la moitié de la musique. Revers de la médaille, les bandes ont été « retravaillées ». Si Sly Stone ne s’en tire pas trop mal, le résultat pour d’autres est pour le moins curieux, avec notamment l’Airplane, le plus mélodique des groupes psychédéliques qui sonne comme … Steppenwolf. Au vu de la qualité du coffret Rhino « 3 Days of Peace & Music », on peut dire que les ingés de Sony ont sorti avec ces bandes un boulot de  gougnafiers.


Mais comme je suis de bonne humeur, je vous mets pour le même prix mon avis sur les quatre autres.

L’Airplane renforcé de Nicky Hopkins au piano, sonne comme un groupe de hard, avec Grace Slick et Balin qui hurlent, et balance une interminable version (plus de vingt minutes) de leur emblématique mais fort ennuyeux « Woodenships ». Disque studio : « Volunteers ». A réserver au conseil d’administration du fan-club.





Santana est grandiose, tout est du niveau de « Soul Sacrifice ». Disque studio « Santana » son 1er 33T avec la tête de lion sur la pochette. Mais tout le concert existait déjà officiellement (coffret « Legacy » il me semble).







 
Johnny Winter fait ce qu’il a toujours fait et refera ad vitam eternam, son numéro de juke-box avec longs solo de guitare un peu partout se terminant par (quoi d’autre) « Johnny B Goode ». Doit bien exister 300 live de l’albinos texan aussi bons ou meilleurs que celui-là. Disque studio « Johnny Winter » de 1969 avec la pochette noire (lui par contre excellent).





 
Reste le cas Janis Joplin. Elle s’était opposée à ce que sa prestation apparaisse sur le triple 33 T de 1970. Et là on comprend pourquoi. Ce n’est pas elle qui est en cause, elle est même très correcte au chant, même si d'après les témoignages des "rescapés", elle était pourtant "ailleurs". Mais le groupe (le Kozmic Blues Band) est pitoyable avec mention  spéciale à une section de cuivres imbécile passant du free-jazz à la soul et au rythm’n’blues à l’intérieur du même morceau et couvrant tout le reste de son affreux raffût. A fuir absolument. Disque studio « Kozmic Blues ».




Comment ça, j’ai pas trop causé du live de Sly & The Family Stone. Je vous ai dit quelque part qu’il était excellent et indispensable. Et je persiste et signe.

Du même sur ce blog :
There's A Riot Going On



MIOSSEC - BOIRE (1995)


 Rue de la Soif

Ce premier disque de Miossec au milieu des années 90 avait marqué le Landerneau de la chanson rock. On y découvrait un type plus tout jeune (30 balais), balançant contre vents, marées et sons ambiants ses folk songs avinées. Le fantôme de Gainsbourg fut réquisitionné pour un étiquetage facile. Certes, on trouve des choses « écrites » sur les disques de Miossec (il a été journaliste et nègre pour une maison d’édition), il se fait photographier clope au bec et regard éteint par l’alcool de la veille pour une pochette qu’on peut faire voisiner avec celle de Gainsbarre en trave sur « Love on the beat » … et c’est à peu près tout. Les univers esquissés par les deux n’ont rien à voir.

Il est des nooôôôtres ...
Miossec vient d’une culture folk. Pas le folk engagé et à message des Guthrie ou Dylan destiné à changer le monde ou la vie des gens, ici il est seulement question de raconter le quotidien du vulgaire pékin, de sa vie moche et de son existence morose, avec la picole comme fil rouge. Miossec ne charge pas non plus la mule sur le côté breton de l’affaire et ne s’empêtre pas dans la facilité d’un pénible revival celtique, avec en point de mire les bardes barbus comme Stivell ou Dan Ar Braz.

Le cadre musical qui entoure les courtes tranches de vie décrites s’articule autour d’une orchestration minimale, à base seulement de grattes acoustiques et d’une basse au service d’un talent mélodique indiscutable. Pas la moindre trace de batterie au long de ce Cd, et seuls quelques accords martelés de piano sur « Recouvrance » ou de très rares guitares électriques sursaturées et stridentes (sur « Crachons veux-tu bien », « Des moments de plaisir », « La fille à qui je pense », ou le dernier titre caché  plutôt expérimental) sont présents.

On pense quelquefois au minimalisme des Violent Femmes, à une version acoustique de Noir Désir et forcément à ce que feront plus tard par ici les Louise Attaque, le pénible crin-crin de la bande à Gaetan Roussel en moins…

Le talent mélodique, un Cd assez court (les 40 syndicales minutes), et les titres s’enchaînent sans donner l’impression de répétition … quelques uns surnagent du lot, les deux premiers, « Non, non, non, non, je ne suis pas saoul » qui définit le cadre acoustique et ce phrasé de Miossec entre voix parlée et chantée, et « Regarde un peu la France », le moins intimiste de tous, qui cabosse les portraits du Ministre de l’Intérieur de l’époque, homme de SAC et de corde et de l’entiaré du Vatican … La meilleure réussite du disque étant pour moi « La fille à qui je pense », reprise à Johnny Hallyday et transformée en  une sorte de folk-grunge avec ses couplets acoustiques et son irrésistible refrain hurlé et électrifié.

A noter que Miossec, souvent réduit à son chanteur et leader Christophe Miossec est un groupe (Miossec, Guillaume Jouan et Bruno Leroux).

Du même sur ce blog :
L'Etreinte







SAM COOKE - WONDERFUL WORLD (1987)


Pour un monde meilleur ...

Ben non, c'est pas Henri Salvador ...
Sam Cooke, référence ultime de Rod Stewart, a été révélé par la dure école du gospel, avant de devenir  l’idole de la jeunesse black américaine (surtout les filles) au début des années 60, grâce à un répertoire où se mélangent soul, pop et rock.
Tous les titres présents sur ce court Cd (30 minutes) sont des hits certifiés, mettant en valeur cette voix d’une facilité, d’une aisance et d’une souplesse stupéfiantes.
Abattu en pleine gloire par un mari jaloux, Sam Cooke ne profitera pas de son immense succès, et est honteusement oublié aujourd’hui.

Malgré l’âge de cette édition (1987), le son est correct et le Cd permet de découvrir ce fabuleux chanteur.

Cd à ranger à côté du live « Harlem Square Club », témoignage incandescent du magnétisme qu’exerçait Sam Cooke sur son public.



THE HIVES - YOUR NEW FAVOURITE BAND (2002)


 Allumés Suédois

Ce Cd est une compilation des deux premiers albums des Hives peu remarqués par le « grand public », et augmentée d’une poignée de titres assez rares venant de quelques Eps.

Descendants d’une longue tradition scandinave vouée à la célébration d’un rock sauvage et « garage », les Hives se feront remarquer par l’énergie démesurée qu’ils mettront dans l’interprétation de leurs titres, titillant même assez souvent le rock hardcore. Alors, évidemment, les titres défilent à toute vitesse (douze en moins de demi-heure). Sans pour autant négliger la recherche de la mélodie et d’arrangements subtils voire radiophoniques. Un gant de fer recouvert de lambeaux de dentelle …

Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir ... The Hives 2001
Les Hives sont emmenés par le chanteur Pelle Almqvist, compromis tant physique que scénique d’une longue lignée de lippus chantants (Mick Jagger, Steven Tyler, David Johansen), et le groupe entourera d’une aura mystérieuse tout ce qui touche à Randy Fitzsimmons, auteur de tous les titres, personnage énigmatique et invisible sur lesquelles les rumeurs les plus diverses circuleront (manipulateur de l’ombre, gourou, pseudo du guitariste, pseudo collectif du groupe, …).

« Your new favourite band » débute pied au plancher avec le titre qui deviendra emblématique du groupe « Hate to say I told you so », son gros riff qui désosse, ses arrangements de claviers et son refrain épileptique. Une épilepsie qui ne fera que s’aggraver à mesure que défilent les plages, le punk’n’roll efficace de « Main offender », le rockabilly supersonique « Die, all right ! », les glaviots tachycardiques « Untutored youth » et « Outsmarted », le très Pixies (époque « Surfer Rosa – Come on pilgrim ») « Mad man », les quasi-hardcore « A.K.A. I-D-I-O-T » et « Automatic Schmuck » … Le Cd se clôt par un instrumental très apaisé (par rapport à ce qui a précédé), « The Hives are the law … » assez ressemblant à « Space Invader » du 1er Pretenders.

Cette compilation élargira notablement l’audience du groupe, qui se retrouvera rattaché à la vague des groupes en « The » (Strokes, Libertines, White Stripes, …) et du énième « renouveau » du rock du début des années 2000. Par la suite, notamment avec leur plus connu « Tyrannausorus Hives », le groupe soignera encore plus son versant pop et mélodique, et mettra en place un côté « cartoon » au niveau de son look, de ses clips et de son jeu de scène. Bien discret discographiquement depuis pas mal de temps...

Des mêmes sur ce blog :
Lex Hives

PERE UBU - THE MODERN DANCE (1978)


Déconstructivisme et pataphysique

Pere Ubu ont souvent été rangés dans le même sac que les Residents, Devo, voire Suicide… Un sac bien lesté et jeté au fond d’un puits par le public qui n’a guère suivi les méandres musicaux de ces groupes atypiques.
Cubistes ? Pere Ubu 1978
Evidemment, Pere Ubu, avec un nom pareil, auraient été volontiers classés dans la catégorie rock pataphysique, si celle-ci n’avait pas déjà existé, regroupant la queue de la comète Soft Machine ainsi que les 1ères parutions du « frère ennemi » Robert Wyatt, en solo ou avec Matching Mole …
Quelques paresseux ont décidé de classer Pere Ubu dans le post-punk. Sauf que … quand ils ont commencé à enregistrer « Modern dance » en 1976, il n’y avait pas encore la moindre crête orange à l’horizon, et que quand il est sorti en 1978, rien ne ressemblait à ça …
Ça, justement, ce sont ces guitares aigrelettes qui balancent des riffs très Chuck Berry retravaillés par Robert Fripp (King Crimson) avant de disparaître on ne sait où, une section rythmique qui pousse très fort mais que les autres s’entêtent souvent à ne pas suivre, des synthés fantomatiques qui ont beaucoup plus à voir avec le free jazz qu’avec ELP ou Genesis… Et par-dessus ce vacarme minimaliste, un (très) gros type, David Thomas, qui s’acharne à poser une voix dans un registre très proche de David Byrne des Talking Heads sur ce qui finit par ressembler à des funks cryogénisés.
Tous ces titres en lambeaux, donnant toujours l’impression d’être prêts à se désintégrer, se dressent tout démantibulés comme des immeubles éventrés après un bombardement nucléaire (et cette ère nucléaire est un des thèmes développés dans ce disque) constituent l’œuvre majeure de Pere Ubu, et ne peuvent pas laisser indifférent. « Modern dance » est un Cd difficile, tortueux, que tous les gens qui font du post-quelque chose essayent de copier et d’égaler.
Souvent en vain …



NEW ORDER - LOW-LIFE (1985)


Sans surprises

Qu’il est loin le temps de Joy Division ! Les anciens comparses de Ian Curtis s’éloignent un peu plus à chaque disque du concept initial du groupe de leur chanteur suicidé, devenant peu à peu un groupe dansant coincé du popotin , des Pet Shop Boys sans humour et second degré.

Quand on partait de bon matin ...
Avec « Low-life », on s’approche encore un peu plus de la création résolument commerciale (ce n’est pas un reproche, juste un constat). Ces musiciens quelques années plus tôt novateurs sont juste dans l’air du temps, ainsi leur intro de « Love vigilantes » est très voisine de celle de « In between days » des Cure, les deux titres sont sortis à quelques semaines d’intervalle.

Ce disque passe du tout bon (« Sunrise » et son début très … Joy Division), au pas génial (l’instrumental liturgique « Elegia »), voire au ridicule (« Sub-culture », dont on aimerait être sûr qu’il est à prendre au second degré tant il accumule toutes les tares de la techno-pop des années 80).

New Order finira par enregistrer l’hymne officiel de l’équipe d’Angleterre de foot. « Low-life » nous les montre résistant encore au bruit des tiroirs-caisse. Profitons-en, bientôt ils seront cuits...

Des mêmes sur ce blog :




JOHN MARTYN - SOLID AIR (1973)


Son plus connu ...

John Martyn faisait du folk. Mais pas comme tout le monde. Ou pas seulement comme tous les autres. Lui mettait en plus une partie de son âme dans chaque morceau. Et s’investissait totalement dans sa musique, dans la Musique. Aucune barrière, aucun assemblage a priori disparate ne le rebutaient.

Son folk se teintait de jazz (« Solid Air » le morceau-titre, « Don’t want to know » que n’aurait pas renié son ami Nick Drake), de relectures toutes personnelles de standards du blues (« I’d rather be the Devil »). Les sonorités celtiques « zeppeliniennes » sont aussi là (« Over the hill »).

Ajoutez à cela un jeu de guitare inventif et une voix malléable capable de passer en quelques secondes du murmure au hurlement, et vous obtenez un des meilleurs artistes anglais du début des 70’s.

Malgré la qualité de ses disques (tous des échecs commerciaux), John Martyn est un des « oubliés » de l’Histoire du rock.

Mort début 2009 dans l’indifférence quasi-générale, y compris de la plupart des médias dits « spécialisés ».







FAUST - SO FAR (1973)



Pacte de velours

Ce n’est certes pas très original quand on se retrouve face à un disque bruitiste et bruyant à la pochette entièrement noire de le comparer au second du Velvet Underground. Et pour une fois, miracle, la comparaison tient à peu près la route. Pourtant un monde semble à priori séparer le groupe urbain new-yorkais de la communauté de babas allemands. Le point commun s’appelle Stockhausen, influence principale de John Cale et de la plupart des membres de Faust.

Enfer et damnation, Faust 1973
Et de fait, le premier titre de ce Cd, « It’s a rainy day … » démarré avec sa batterie simplissime martelée, sa guitare loureedienne, sa voix plus parlée que chantée, et qui évolue vite vers un magma sonore qui vrille les tympans, constitue une version acceptable de « Sister Ray ». La comparaison s’arrête à ce seul titre, mais ce genre de démarche musicale suicidaire était à l’époque (le début des 70’s) assez peu courant pour être signalé.

Même si du « bruit », les Faust aiment bien ça, témoin « Mamie is blue » (rien à voir avec Nicoletta), avec ses percussions industrielles, claviers stridents et sax free, le titre le plus barré du Cd. Toujours au rayon bricolage, « No harm » évoque (la voix, les nappes électroniques, le côté noisy) les compatriotes de Can époque « Tago Mago ». Le morceau-titre « So far », débuté par des fréquences aiguës de bandes magnétiques accélérées puis par une rythmique country-rock, se voit parasité par des bruitages sinistres genre films d’horreur et fait penser aux Italiens de Goblin, auteurs des bandes-son de Argento …

Le reste part dans tous les sens, les types de Faust étant, comme d’ailleurs la plupart de leurs contemporains  teutons (Can, Neu, Amon Düül, …) peu préoccupés par une quelconque homogénéité sonore ou une réussite commerciale. D’ailleurs quand on a commencé à parler d’eux après la parution d’une poignée d’albums, ils n’ont rien trouvé de mieux à faire que de dissoudre le groupe.

Ce « Faust so far » empeste aussi le buvard d’acide avec ses titres psychédéliques barrés, comme « I’ve got my car and my TV » qui lui semble surgi des comptines pop des Mothers de Zappa période « Freak out ! », une finale « In the picnic » genre fanfare jazz New-Orleans, un intermède dispensable à la guitare sèche (« On the way to Abamae »), entre « Jeux interdits » et un pensum démonstratif de Steve Howe (de mon groupe favori Yes).

« Faust so far » est un disque qui accumule les références pour les passer dans son shaker musical et livrer in fine quelque chose d’inédit, aussi loin des diktats sonores d’aujourd’hui qu’il l’était il y a presque quarante ans …