KATERINE - ROBOTS APRES TOUT (2005)



Louxor j'adore ... le reste beaucoup moins
Katerine s’est créé une image. Le type décalé, lunaire, bizarre, intriguant. Incontournable des talk-shows télé à l’époque de la sortie de « Robots … ». Comme Gainsbourg qui venait faire son Gainsbarre dans les années 80, ou Lucchini son numéro d’hystérique dans les années 90. Après tout, si ça a aidé Katerine à vendre des disques, tant mieux pour lui.
Mais sur un Cd justement, adieu l’image, ne reste que la musique. Et là ça coince. Car passé « Louxor j’adore », absolue tuerie pour dance-floors et un des meilleurs morceaux français de la dernière décennie, le reste est plutôt triste. Fond electro minimaliste et simpliste pour ne pas dire simplet, et quand par hasard il y a une mélodie (« Numéros »), ce n’est qu’un pompage de celle de « 69 Année Erotique » de Gainsbourg.
Les textes ne valent pas mieux. Quelques délires dadaïstes (comme Higelin ou Brigitte Fontaine) mais ici vite bâclés, deux-trois obscénités pour faire rosir les joues des petites filles … Comme si tout ce qui lui passait par la tête devait absolument devenir prétexte à une chanson. Mais faire un morceau sur Marine du FN, est-ce une bonne idée ? A moins que ce ne soit au hommage au énième degré au « Nazi Rock » … de Gainsbourg.
Alors justement, Katerine le nouveau Gainsbourg ? Y a encore du boulot. Pour le moment, ce serait plutôt le prochain Gotainer.






PAUL WELLER - WAKE UP THE NATION (2010)


 That's great entertainment

Paul Weller, pour l’éternité, restera le leader des Jam, colossal groupe de la vague 1977. Après une demi-douzaine de disques cruciaux, il va saborder son band au succès énorme chez lui en Angleterre, et poursuivre sa carrière entre groupes douteux  (le piètre Style Council) et disques solo hétérogènes, tout en restant à chacune de ses livraisons discographiques un habitué du Top Ten anglais. Toujours prêt au geste militant et politique (il a été dans les 80’s l’un des fondateurs du Red Wedge regroupant les artistes anti-Thatcher), c’est pas vraiment une surprise de voir son dernier-né s’intituler « Wake up the Nation ». Plus surprenant est la présence au générique de ce Cd de Bruce Foxton, bassiste des Jam (dont des cohortes de fans attendent la reformation qui n’aura certainement jamais lieu, Weller est « untouchable » sur ce sujet), et plus surprenant encore, celle de Kevin Shields guitariste expérimental des fanstabuleux My Bloody Valentine de « Loveless ».
Ce « Wake up the Nation » sonne mod …erne, Weller ne ressasse pas les plans qui ont fait sa fortune. Il prend des risques, innove, surprend, et à partir des toujours mêmes bases (des chansons, c’est quand même bien là l’essentiel, la soul des 60’s, les Who et les Kinks, …) livre une collection de très courts titres (16 en 40 minutes) résolument ancrés dans les années 2010. Weller a toujours su composer, et avec le temps est devenu un grand chanteur, à la technique éprouvée et rodée par des milliers de concerts …
Alors il y a du rock (le morceau-titre qui fait penser aux Who des débuts, « Find the torch … » toujours l’axe Who-Kinks, « Fast car / Slow traffic » très Elvis Costello 70’s avec des cascades de piano à la Mike Garson période « Alladin Sane », « 7 & 3 … » comme une version punk de « Back in the saddle » d’Aerosmith, « Up the damage » qui semble reprendre les choses là où les Jam les avaient laissées avec « The gift », …). Il y a aussi des titres influencés par la musique noire américaine des 60’s (« No tears to cry » northern-soul Tamla, le rhythm’n’blues de « Grasp & still connect », « Aim high » soul aux relents funky, …). Aussi quelques bizarreries (des courts titres instrumentaux, « Peace of a dream » comme du Peter Gabriel 80’s, ou le dernier titre « Two fat ladies » avec ses gros riffs de guitare qui raviront les amateurs de Green Day ou Offspring, si admirateurs de ceux-là il reste et surtout s’ils ont l’idée d’écouter ce disque, ce dont je doute …). Et puis, tant qu’à faire, Weller a glissé au milieu de ce Cd un morceau renversant, « Trees », qui est son « Good vibrations » avec ses changements de rythmes et de mélodies incessants et qui contient matière à faire dix excellentes chansons avec toutes les trouvailles qu’il contient.
Logiquement, ce disque, d’après les connaisseurs un de ses meilleurs en solo, va se ramasser en France et cartonner en Angleterre. La routine, quoi …







THE RASCALS - RASCALIZE (2008)


 Jeunes Rascals

Rien à voir avec les Rascals New-Yorkais de la fin des années 60. Ceux de 2008 sont Anglais de Liverpool et récoltent avec ce 1er Cd un gros paquet de louanges.

Méritées. Et pourtant, ça sentait le coup foireux à plein nez. L’adoubement d’Alex Turner, Arctic Monkey Suprême, la collaboration du même Turner avec Miles Kane, Rascal en chef et auteur de tous les titres pour l’éphémère ( ? ) Last Shadow Puppets, avait tout du plan marketing foireux d’une industrie musicale aux abois.

Les Rascals n’ont besoin d’aucun parrain pour montrer qu’ils ont du talent, qu’ils savent écrire et jouer de bons morceaux dans la tradition d’un rock anglais énervé des années 60. Une mise en son et une production impeccable permettent à tous les titres d’accrocher l’oreille de l’auditeur, sans aucun racolage sonore, sans effets de manche tendance pour faire jeune. Juste la qualité de 12 morceaux de pop vitaminée et des types qui les jouent.

Evidemment, aujourd’hui la suite de l’aventure est connue, ce brillant Cd n’aura pas de suite, les Rascals en tant que groupe resteront sur le carreau, et Miles Kane volera de ses propres ailes pour publier en ce début 2011 un des meilleurs disques anglais de la décennie, le fantastique « Colour of the trap ».







THE SUPREMES - MORE HITS (1965) SING HOLLAND / DOZIER / HOLLAND (1967)




Piège Supreme
Il y a quelque chose d’involontairement drôle dans cette réédition de deux 33 T des Supremes : l’un des albums s’appelle « Sing Holland – Dozier – Holland », mais les 24 morceaux du Cd sont tous signés du brelan d’auteurs magique de la Motown ; l’autre album est intitulé « More hits », mais seuls trois incontournables du girl-group (« Stop ! In the name of love », « Back in my arms again » et « You keep me hangin’ on ») se retrouvent sur l’ensemble du Cd.

Autant dire que la déception est de mise, la moindre compilation bâclée des trois filles contiendra beaucoup plus de ritournelles imparables que ce triste Cd, tant l’essentiel des morceaux présents ici est constitué des fonds de tiroir du répertoire du groupe et la stratégie commerciale de l’époque (on inonde le public de 45 T et de 33 T, à raison d’un 45 tous les deux mois et d’un 33 tous les quatre) montre ses limites aujourd’hui.

Et ce non pas que la stratégie commerciale d’aujourd’hui soit meilleure : le son de ce Cd est mauvais (à peine meilleur que le saccage sonore de « Where did our love go ? » / « I hear a symphony » paru dans la même collection). Or chacun sait que la compilation de hits est la seule bonne méthode pour aborder le répertoire des Supremes, et donc que le maigre public attiré par le seul intérêt de ce Cd (rendre disponibles des vieux 33 T disparus du catalogue) sera forcément déçu par la qualité sonore proposée.

Dommage car pour l’ensemble de leur oeuvre Diana Ross et ses complices méritaient mieux que ce Cd bâclé.

Bon, profitez de deux merveilles de titres, "Stop ! In the name of love" et de la vidéo (certes pas officielle), de "You keep me hanging on", le grand hit psychédélique des Supremes et de la Motown, où l'on découvre les talents (?) de pongiste de Diana Ross ...










THE TROGGS - HIT SINGLE ANTHOLOGY (1991)



Garagistes anglais

Pour l’éternité , les Troggs resteront comme le groupe de « Wild Thing », le « Louie Louie » européen. Les gens qui l’ont repris sont légion, mais parmi tous, ce doit être Jimi Hendrix qui en a livré les plus incandescentes versions.

Les Troggs, donc. Menés par un grand modeste, qui pour passer inaperçu, prit le pseudonyme de Presley (du nom d’un obscur chanteur  de Nashville, excusez du peu …) le groupe a fait son apparition dans les mid-sixties dans la mouvance garage (Creation, Action, Birds, Move,… ).

« Wild Thing » en a d’emblée fait des vedettes et les bons morceaux se sont rapidement succédés (« With a girl like you », « I can’t control myself »), mais avec à chaque fois un peu moins de succès. Ils sont tous présents sur ce Cd, reprenant chronologiquement les faces A et B des 45 tours de l’époque. Ainsi les hits du groupe sont donc les plages 1,3,5,7, etc.., ce qui a tendance à entraîner une écoute en pointillé, les faces B n’étant pas toujours captivantes. De plus, les derniers simples du groupe n’étant pas terribles et s’orientant plutôt vers une pop mièvre ou pire, des mélopées néo-babas (« When will the rain come »), l’attention se relâche facilement plus les plages du Cd défilent.

Mais bon « Wild thing » à lui tout seul sauve (presque) l’affaire.










JAD WIO - CONTACT (1989)


 Décadanse

Il y a le titre du disque qui renvoie à un morceau de Gainsbourg. Il y a aussi le texte de « L’amour à la hâte », qui cultive les tournures de phrases du buveur de Pastaga. Une influence évidente, mais pas la seule de Jad Wio, et pas la plus visible de prime abord.

Car en cette fin des années 80, K-Bye, Bortek, leurs potes et leurs machines, remettaient au goût du jour le glam-rock des seventies. Maquillés comme le Bowie de « Pin Ups » et d’ « Aladin Sane », fringués comme au temps des premiers Roxy Music, les Jad Wio s’offraient une virée sur la machine à remonter le temps, faisant au passage un petit coucou à toute cette frange du rock que l’on appelait « décadent » par ici. Cultivant androgynie et ambiguïté, enrobant leurs saynètes salaces de riffs que n’auraient pas renié Ronson, Hunter ou Wagner …

« Pricilla », sorte de chute de « Ziggy Stardust » ouvre les hostilités, et a même fait une petite carrière sur les ondes. Méritée, c’est le titre le plus évident du disque. « 3615 Mad Sex » aurait eu plus de mal, son texte aurait fait grincer quelques dents, et pourtant il s’agit de pop’n’roll d’excellente facture.

Le sommet du Cd, c’est « Ophélie », une ballade à la mélodie belle à pleurer reposant sur une douze-cordes acoustique. Un titre qui explose toutes les frontières littéraires de la chanson française, description crue de pratiques zoophiles revisitant une page mémorable de « L’Ane d’Or » d’Apulée. Mais il ne faut surtout pas réduire Jad Wio à quelques textes sulfureux ou dérangeants. « Contact » est un disque bien euh … léché, gros travail de mise en place sonore, instrumentation précise et soignée, à l’opposé d’une provoc vulgaire.

Ici, tout est classieux, guitares omniprésentes, et grosse performance de Bortek au chant. Pas non plus un disque de glam monolithique comme en produisaient les rustauds de Slade, on a droit à la fin du Cd à un rythm’n’blues lent et vicieux (« Gimme Ur night »), du pop-rock dansant (« Ride on » avec un riff de guitare qui évoque celui de « Need you tonight » d’INXS), ou encore « C’est çà » qu’on aurait pu retrouver tel quel chez les Rita Mitsouko.

Jad Wio, excellent en studio, est aussi un groupe bénéficiant d’une grosse réputation live, mettant en scène de véritables spectacles théâtralisés. L’activité du groupe s’écrit cependant en pointillés, parutions de disques et concerts étant assez aléatoires. Aux dernières nouvelles, Jad Wio existe toujours.

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UFO - LIGHTS OUT (1977)



Soucoupes Violentes
Ce disque est miraculeux. Car il est miraculeux qu’un groupe comme UFO (OVNI en français) ait pu sortir des disques de cette qualité.
Psychologiquement perturbés, défoncés jusqu’aux yeux, se détestant et passant leur temps à s’envoyer des bourre-pifs, les membres du groupe ont pourtant réussi à élaborer quelques disques remarquables dont « Lights out » est un des tout meilleurs.
Les talents de mélodistes de Mogg et Way sont peu (re)connus  dans le monde du hard-rock de cette fin des 70’s, et sans l’instabilité chronique des musiciens, ce talent leur aurait sans doute permis d’accomplir une carrière à la Van Halen ou Foreigner en terme de succès populaire.
Car aux superbes mélodies quasi pop, s’ajoute la pression hard de la guitare zigzagante de Michael Schenker (tellement inconsistant mentalement, que son frère Rudolph n’en voulait plus dans ses Scorpions, encore à la recherche de la consécration). Ecoutez « Try me » et vous verrez à quel guitariste subtil vous avez affaire.
Les bons morceaux sont nombreux (« Lights out », « Too hot to handle », « Love to love »).
A noter une reprise de “Alone again or” des Love qui même si elle n’est pas très réussie, prouve que les UFO connaissaient leurs classiques américains psychédéliques et avaient bon goût. Autre preuve de bon goût, la pochette est signée Hipgnosis, designers dont UFO furent avec Pink Floyd les meilleurs clients dans les années 70.





THE BYRDS - ORIGINAL SINGLES VOLUME I 1964 - 1967 (1967)



Un peu léger ...

16 titres de 64 à 67 constituant un parfait best-of  des débuts de carrière des Byrds.

Mais bon le Cd ne dure que 41 minutes, et même s’il s’agit de la réédition d’un vinyle, des morceaux supplémentaires auraient pu être rajoutés pour profiter de la capacité du support.

Ensuite, les titres ne sont pas remastérisés, alors que la plupart (tous ?) des albums studio du groupe ont été superbement réédités par leur label Columbia dans les années 90.

Tout ceci ne fait pas de ce Cd la meilleure compilation des Byrds sur le marché, même si elle offre une excellente approche de la période « Beatles » du groupe.

Tous les premiers hits, les plus connus et les plus universels sont là, de « Mr Tambourine Man » (reprise de Dylan sortie avant l’original du Zim), à la scie catho (« Turn turn turn), des merveilles (« I’ll feel a whole lot better ») écrites par Gene Clark, viré parce qu’il faisait de l’ombre aux deux stars auto-proclamées McGuinn et Crosby, à la grinçante « So you want to be a rock’n’roll star » (tout le Tom Petty sound en deux minutes) …

A conseiller juste pour une première découverte …







The Byrds - Turn Turn Turn par moriganne



GERARD MANSET - LUMIERES (1984)



Lumineux

Gérard Manset est un cas unique : il fait des disques quand il veut, ne tolère aucune forme de promotion, ne se produit  jamais en concert. Autant dire que l’aspect commercial de son œuvre lui importe peu. La preuve, ce Cd commence par un morceau de pratiquement douze minutes. Et comme on a affaire à un des quatre ou cinq plus grands auteurs-compositeurs de langue française, ces douze minutes de « Lumières » sont captivantes, dotées de  superbes arrangements sur une rythmique de plomb.
Manset est le chanteur du spleen et de la mélancolie, ses textes sont certes désabusés mais profondément humanistes. Il n’a jamais produit de mauvais disques et celui-là ne faillit pas à la règle, on y trouve une merveille comme « Finir pêcheur », et le piano de « Vies Monotones » rappelle (forcément) celui de « Il voyage en solitaire ». On peut trouver pire comme comparaison …
Laissez vous tenter et entrez dans la lumière …





BLOOMFIELD, KOOPER, STILLS - SUPER SESSION (1968)


Session ...
Un disque bien de son temps, la seconde moitié des 60’s aux USA …

1968 pour être précis, et des « pointures » qui se réunissent, jamment … Sur des trames bluesy inspirées par l’air du temps (psychédélisme et démonstration instrumentale). On n’a pas affaire à n’importe qui dans cette « Super Session ». Celui qui a monté l’affaire, c’est Michael Bloomfield, guitariste remarqué dans le Paul Butterfield Blues Band, leader de son Electric Flag, et sessionman chez Dylan sur « Highway 61 Revisited », en compagnie d’Al Kooper, ex Blues Project, fondateur de Blood Sweat & Tears et manieur de Hammond …
Une rythmique et une section de cuivres sont embauchées, l’armoire à pharmacie visitée, et rendez-vous au studio où on laisse tourner les magnétos … De cette séance sortiront les cinq premiers titres, « Albert’s shuffle », bluesy et cuivré, « Stop », « Man’s temptation », morceau le plus pop du lot avec Bloomfield au chant, « Really », jam bluesy classique, et « His holy modal Majesty », autre instrumental daté et pénible comme un mauvais morceau du Grateful Dead …
Et puis Bloomfield tombe malade, abandonne momentanément le projet, et Kooper fait appel à Stephen Stills (en rupture de Buffalo Springfield et en passe de se pacser avec les deux boulets Crosby et Nash). « It takes a lot … » reprise au Dylan de « Highway 61 » est portée ainsi par la voix et la guitare reconnaissables de Stills. Stills également dans le coup pour la pièce centrale du disque, le morceau de bravoure « Season of the Witch », jam plus ou moins improvisée pendant plus de dix minutes  … Un bon titre certes, mais qui ne fait pas oublier la version originale beaucoup plus épurée et mélodique de Donovan … « You don’t love me », ses effets stéréo « spatiaux » qui filent la migraine et le « Harvey’s tune » jazzy écrit par le bassiste Harvey Brooks sont quelque peu anecdotiques.
Cette « Super Session » est caractéristique de ces rencontres au sommet entre virtuoses … On peut trouver des similitudes avec des choses comme le Blind Faith de Clapton et Winwood en Angleterre, ou les réunions de pointures du blues comme le Super Super Blues Band regroupant Howlin’ Wolf, Muddy Waters et Bo Diddley …
Jams plus ou moins informelles, longues démonstrations instrumentales. Le tout en laissant de côté les fondamentaux du blues, la concision et la simplicité. Certes Bloomfield, Kooper, Stills et leurs complices sont de grands instrumentistes (mais à cette époque-là on en trouvait d’aussi bons sur chaque coin de 33 Tours) qui s’écoutent jouer sans trop se soucier du résultat final. Un disque réussi et intéressant, mais très daté et qui selon moi vieillit assez mal…





WOODSTOCK 40 - 3 DAYS OF PEACE & MUSIC (2009)


Définitif ... en attendant ...

6 Cds pleins à la gueule (7 h 50 au total) sur LE festival de rock.
Dont on commence à connaître pas mal de choses … La BO du film de Wadleigh, les 2 Cds rajoutés (« Woodstock Vol 2 »), l’édition « 25th Anniversary », plus tous les titres sortis sur des compilations, coffrets, … des participants. Plus en 2009 (40ème anniversaire, bonjour le prétexte) l’intégrale des concerts des artistes Sony (Sly & The Family Stone, Santana, Joplin, Airplane, J. Winter).
En fait, ce qui m’a poussé à l’achat, c’est le label. Ces Cds sortent sous l’étiquette Rhino, les maîtres de la réédition et du traitement du son. Car ce qui posait problème dans le cas Woodstock, c’était cette sono au souffle effrayant qui bouffait la moitié de la musique. Les rééditions Sony avaient « nettoyé » et compacté le son sans discernement pour un résultat peu convaincant. Ici, et les gens de Rhino s’en expliquent sur le somptueux livret, tout a été conservé (les « pains » des musiciens, le bruit des ballets d’hélicoptère, et surtout la moindre bribe musicale). Mais le son a été « spatialisé », ce qui donne un rendu superbe, notamment sur les concerts acoustiques. Comme d’habitude un travail d’orfèvre des gens de Rhino.
Il y a quand même quelques trucs qui agacent. Rien que le titre du coffret déjà : « 3 Days of Peace & Music ». Alors que le slogan d’époque de Woodstock c’était « 3 jours de paix, d’amour et de musique ». 40 ans après, l’amour a disparu (plus bankable ?). Pourtant, il s’est pas mal pratiqué si l’on en juge par le film de Wadleigh … Et puis, il y a les absents de cette réédition : le Band comme souvent (ils n’étaient que sur une compilation « 25th Anniversary »), mais aussi Ten Years After dont le « I’m Going home » fut un des moments forts du festival. Etrange, même si ce titre est bien connu (il est sur la BO du film). Manquent aussi à l’appel quelques seconds couteaux (les oubliés Keef Hartley Band).
Malgré tout, ce coffret constitue la vision d’ensemble la plus complète à ce jour et montre une chose : c’est que si le festival est pour plein de bonnes raisons mythique, toute la musique produite dans ces trois jours n’a pas été au top.
Certains cas sont connus. Janis Joplin, desservie par un Kozmic Blues Band minable s’était de son vivant opposée à la parution des bandes la concernant, Daltrey a publiquement qualifié la prestation des Who comme étant le pire concert de leur carrière, le Band a joué dans l’indifférence générale car tout le public attendait l’apparition de Dylan qui n’est pas venu …
Un certain nombre d’autres n’occupant pas le haut de l’affiche démontrent pourquoi : prestations anecdotiques de Sweewater (mauvaise copie de l’Airplane), ou des oubliés Bert Sommer, Quill, John B. Sebastian, Butterfield Blues Band …
Quelques uns plus connus sont pénibles (Ravi Shankar, le Dead en petite forme, ou les 28 ( !! ) minutes d’une statusquonnerie boogie improvisée par Canned Heat, …).
Surnagent évidemment ceux que l’on savait excellents pour l’occasion (Santana, Sly Stone, Hendrix, …). Auxquels il faut ajouter les superbes extraits peu connus des concerts de Creedence et Mountain (avec un magnifique Leslie West). Mais pour moi, la révélation de ce coffret, c’est Joan Baez. Pratiquement la doyenne du festival, enceinte jusqu’aux yeux, les quatre morceaux présents filent le frisson tant sa présence vocale est fabuleuse. On a trop souvent oublié à quel point c’est une immense chanteuse, au profit de son image de pasionaria combattante de toutes les causes perdues.
Le copieux livret, en plus d’une iconographie first class fourmille d’anecdotes souvent peu connues.
Ainsi le rôle joué par l’armée américaine. Alors que Woodstock  se voulait une manifestation « alternative » contre l’engagement militaire US au Vietnam, ce sont les hélicoptères de l’armée qui ont permis l’acheminement des musiciens perdus dans les gigantesques embouteillages autour du site, qui ont permis le transport d’une structure médicale, d’eau, de nourriture, … autant de choses que l’organisation du festival avait laissées de côté. Faute de quoi Woodstock aurait été une catastrophe humanitaire totale.
Ou l’attitude ultra-mégalo des lourds Iron Butterfly, prévus à l’affiche, mais que leurs caprices de divas ont condamné à rester sur le tarmac de l’aéroport de La Guardia à New-York.
Ou comment les atermoiements d’Arlo Guthrie renâclant à jouer alors que la pluie n’était pas arrêtée, ont permis à Melanie, inconnue totale qui n’avait rien enregistré mais traînait backstage avec sa guitare, d’aller sur scène faire un triomphe et lancer sa carrière …
Ceci posé, il n’en reste pas moins que cet objet est typique du mercantilisme à tout crin d’une industrie musicale moribonde, qui préfère recycler ses archives ad nauseam qu’investir sur de jeunes créateurs. Et dont les arguments « vendeurs » sont souvent faux. Certains encarts publicitaires affirment que ce coffret présente l’intégralité des concerts. Une trentaine de Cds seraient nécessaires pour cela (c’est écrit dans le livret). Pour les 50 ans ? Contrairement à ce qui est annoncé au verso du coffret, il n’y a pas la moitié des titres inédits (ils ne sont inédits que dans les compilations génériques estampillées Woodstock). Je n’ai pas fait un pointage, mais la plupart des titres prétendus inédits sont sortis officiellement sur des compilations ou coffrets d’artistes participant au festival. Des vrais inédits, il y en a au maximum une poignée.
Donc en conclusion, arrive la question qui fâche : faut-il lâcher un peu plus d’un billet orange pour cet objet ?
Oui, si l’on n’a rien (film, compilations précédentes) concernant Woodstock.
Eventuellement, si l’on veut quelques morceaux rares ou inédits de ses artistes et groupes favoris.
Non dans tous les autres cas.







YES - YESSONGS (1973)



Pour un usage unique

Triple 33 Tours (!) sorti en 1973 et retraçant la tournée mondiale effectuée en 1972, « Yessongs » prouve au moins une chose : les Yes sont capables de jouer sur scène les indigestes pièces montées de leur « répertoire ».
Insupportable en version studio, l’ « œuvre » de Yes, sommet de prétention vaniteuse, passe à peine mieux l’épreuve de la scène. Morceaux à rallonges et solos (inter)minables, il n’y a rien à sauver de ce kougloff sonore.
« Yessongs », c’est un peu comme le « Metal Machine Music » de Lou Reed, un truc à écouter une fois dans sa vie, et à oublier ensuite pour le restant de ses jours.


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RICKIE LEE JONES - PIRATES (1981)


En quête d'identité ?

Rickie Lee Jones est souvent affublée du surnom de « Tom Waits au féminin ». Et même si elle a partagé beaucoup de choses avec lui, et pas seulement son univers musical, cette comparaison est essentiellement due à son 1er album, celui de « Chuck E’s in Love ».
Et malgré elle, Rickie Lee Jones est souvent réduite à ce premier superbe disque. Et à tous les clichés qui lui sont rattachés : Los Angeles, le Tropicana Motel, l’alcool, les drogues, Tom Waits et ses amis …
« Pirates » affirme une certaine forme de rupture avec tout cela. Ambiances et morceaux plus sophistiqués, voire quelques fois ambitieux (« Traces of the Western Slopes »). Avec derrière la crème des requins de studio (Lukather de Toto, Fagen de Steely Dan, …). Moins bluesy et plus jazzy que le précédent, ce « Pirates » évoque parfois Steely Dan ou Joni Mitchell. Mélancolie et tristesse sont au cœur de ces huit titres.
Malheureusement pour Rickie Lee Jones les dés étaient déjà jetés (et pipés). Elle était la clocharde céleste de son premier disque, et avec ce changement de cap de « Pirates », ne trouvera plus qu’un succès critique et public confidentiel. Mais il a généré malgré tout quelques poignées de fans inconditionnels. Et c’est très bien ainsi.










SMASHING PUMPKINS - ZEITGEIST (2007)



We're only in it for the money

Ainsi les Smashing Pumpkins se sont reformés. Après les gamelles retentissantes de sa carrière solo et de Zwan, Corgan a donc recultivé ses Potirons. Coup d’œil étonné sur le casting : il en manque la moitié (Iha, D’Arcy) de la formation « royale » du milieu des 90’s. Un peu comme si McCartney et Ringo reformaient les Beatles  …
Coup d’œil consterné sur le visuel, lourd d’un symbolisme à deux dollars, confirmé par des textes dans l’air de son temps (feu à volonté sur George W. et son administration ultra-libérale). Corgan se serait-il reconverti en Michael Moore heavy-metal ?
Reste la musique. Du rock indie post-grunge  à (grosses) guitares, avec tout de même quelques titres plus lents et plus intéressants vers la fin du Cd. Mais rien de bien renversant. Le genre de truc à la mode il y a quinze-vingt ans, quand les Pumpkins sortaient « Siamese dreams » ou « Mellon Collie ».
La nostalgie, camarades. Ça fait toujours vendre.
La caisse est au fond, à droite.
Malheureusement (ou heureusement), pas grand-monde est passé à la caisse... Tout le monde s'en fout aujourd'hui des Pumpkins, et c'est pas plus mal...

ALICE COOPER - SCHOOL'S OUT (1972)




Mais oui mais oui l'école est finie ...
Et bien finie. Les Alice Cooper y ont foutu le feu. Car il ne faut pas oublier qu’Alice Cooper est à la sortie de « School’s out » en 1972, encore un groupe. Qui commence à avoir un gros succès aux USA. Et dont le chanteur, Vincent Furnier qui a pris le pseudonyme d’Alice Cooper, focalise tous les regards. Et ce qui fait la réputation d’Alice Cooper, ce sont les concerts. Les shows, devrait-on dire. Tenues et maquillages outranciers, serpent, accessoires sado-maso (des fouets à la … guillotine), pyrotechnie, effets visuels … La totale. Les vieux bourgeois et leurs rombières appellent ça du rock décadent.

Et la musique, dans tout ça ? Une base de hard-rock mélodique, de celui capable d’engendrer hymnes et tubes (« School’s out » le morceau, « My Stars »). Mais surtout l’influence de leur producteur Bob Ezrin. Qui trouve toujours le moyen de glisser ça et là des arrangements classiques ou jazzy (« Blue Turk », « Grande Finale »), arrangements qui constitueront sa marque de fabrique par la suite (« Berlin » de Lou Reed, « The Wall » du Floyd, c’est Ezrin aux manettes).
Même si perso je préfère « Killer », « School’s out » est un des grands disques d’Alice Cooper. Qui va les aligner, les grands disques, dans cette première moitié des années 70.








WOMACK & WOMACK - CONSCIENCE (1988)



Sweet Soul Music

Ne pas juger ce disque à sa pochette, où l’on voit un couple et leur fifille poser béatement comme si c’était pour la couv’ d’une version funky de Paris-Match, tels de vulgaires Hallyday présentant le dernier gosse qu’ils viennent d’achet … pardon d’adopter à toutes les mémères à chien-chien des beaux quartiers.
Bien que des couvertures de magazine, à l’époque de ce « Conscience », Womack & Womack en ont fait, ce disque ayant obtenu un bon succès. Il faut dire que leurs auteurs ont un sacré pedigree. Lui, c’est Cecil Womack, d’une fratrie de musiciens noirs dont son aîné Bobby est le plus connu. Elle, c’est sa femme, Linda, fille de Sam Cooke, un des plus grands soulman que l’Amérique ait produits. Ce qui crée quelques liens familiaux compliqués, Linda Womack se retrouvant en même temps belle-sœur et belle-fille de Bobby Womack, qui avait épousé sa mère après l’assassinat de Sam Cooke.

Mais foin de ces considérations généalogiques … « Conscience », au vu de ses auteurs, ne peut être un disque quelconque. Les deux époux ont concocté une pâtisserie sonore comme la musique noire oubliait d’en faire en cette fin des années 80. A base de choses aussi désuètes en ces temps-là que soul, funk, rythm’n’blues. Joué dans les règles antédiluviennes de l’art, des gens (dont la moitié s’appellent Womack) et des vrais instruments. Mais comme les deux tourtereaux sont de leur temps, ils ont intégré avec un sens de la mesure infini et un bon goût jamais démenti des sonorités modernes, synthétiques, qui font de ce « Conscience » un disque bien ancré dans son époque, et non un exercice de style en forme de madeleine proustienne renvoyant à des temps immémoriaux. Un disque qui plus de vingt après n’a toujours pas pris une ride …
« Conscience » est un disque où tout n’est que retenue, luxe, calme et volupté. Des arrangements soyeux (c’est Chris Blackwell, le patron d’Island qui produit), au service de mid-tempos swingants, funky, de langoureuses ballades soul, avec une justesse de ton toujours présente. Et puis, quand on s’appelle Womack ou Cooke, on sait ce que chanter veut dire. Le plus généralement, les deux se partagent les parties vocales de tous les titres, sauf sur « I am love », bluette pop miraculeuse au délicat groove funky couché sur un tapis de percussions électroniques et qui revient à la seule Linda.
Et ce disque tout en caresses sonores rencontrera (au moment où explose à la face de la planète le rap militant et revendicatif des Public Enemy) un bon succès a priori improbable tant il semblait éloigné de tout effet de mode. Deux titres iront même squatter les premières places des charts un peu partout dans le monde, les fantastiques « Celebrate the world » et surtout « Teardrops » et son groove imparable qui renvoie Earth, Wind & Fire, Kool & The Gang et autres bruyantes sornettes à leurs chères études.
Bizarrement un succès sans trop de suites, le couple ayant plutôt préféré se consacrer à la vie de famille qu’à la musique …


LITTLE RICHARD - HERE'S LITTLE RICHARD (1957)



Abopbopaloobopalopbamboom

1er « vrai » disque de Little Richard (après quelques enregistrements anecdotiques auparavant) pour le label Specialty. Paru en 1957, ce Cd studio s’ouvre par un des plus grands (sinon le plus grand) morceaux de rock’n’roll de tous les temps, « Tutti Frutti », avec sa voix hystérique, son rythme irrésistible, et ses onomatopées à la place des paroles. Quelques décalques de l’hymne absolu sont aussi présents (« Ready Teddy », « Jenny, Jenny », et l’autre classique du Cd, « Long Tall Sally »), au milieu de morceaux plus apaisés mais tout aussi magnifiques (« Rip it up »).


La plus fabuleuse voix ayant jamais chanté du rock’n’roll est ici présente à son état brut, originel. Rigoureusement indispensable.




HIGELIN - BBH 75 (1974)


Nouveau départ

Avant de devenir le poète lunaire, décalé et éthylique à gros succès des années 80 et suivantes, Higelin avait traversé beaucoup de déserts…
Depuis le début des années 60, il a été acteur de théâtre, a enregistré avec la cinoque Brigitte Fontaine et Areski , (l’excellent « Cet enfant que je t’avais fait » seul titre à sauver de cette époque), sorti une paire de disques avec Pierre Barouh chez Saravah Records à oublier, joué les jeunes premiers au cinéma avec Marthe Keller (le dispensable « Elle court, elle court la banlieue »). En gros, rien qui lui ait amené une quelconque reconnaissance auprès du grand public.
« BBH 75 » va voir Higelin effectuer un virage radical vers le rock, et du rock  dans une version assez radicale, chose peu courante dans la France du milieu des 70’s… « Paris New-York … », le mini-hit « Mona Lisa Klaxon », « Est-ce que ma guitare… » (hommage ou pas à Woody Guthrie ?), « Œsophage … », « Boxon » sont des titres qui « déménagent ». Ce « BBH 75 » n’omet pas les ballades plus ou moins dadaïstes qui feront plus tard sa fortune et son fonds de commerce, ici « Cigarette », élucubration vaguement sexuelle, ou la somnolente « Une mouche sur la bouche ».
Le gros problème de ce Cd réside au niveau du son. Même si l’accompagnement musical est assez intéressant (avec de bonnes parties de guitare de Simon Boissezon), c’est quand même loin des standards anglo-saxons du genre. Essentiellement à cause d’un mixage variété qui met la voix d’Higelin très en avant et relègue tout le reste au second plan… Et comme le grand Jacques n’est pas Otis Redding …
Et comme souvent par la suite, c’est sur scène, où Higelin s’est révélé comme un des grands showmen de par ici, que se révèleront vraiment des titres souvent quelconques dans une discographie relativement inégale.











TANGERINE DREAM - RICOCHET (1975)



Pas seulement des ronds dans l'eau

En principe et par principe (il faut des principes dans la vie), je n’apprécie pas les longs morceaux ou les instrumentaux planants. Alors là, du coup, avec deux instrus planants de 20 minutes chacun, c’était plutôt mal parti pour le « Ricochet » de Tangerine Dream.
Et pourtant, il faudra bien un jour réhabiliter le rock allemand des années 70. Ce ne sont pas les étiquettes qui lui manquent (progressif, planant, krautrock), mais plutôt la reconnaissance par un public un peu plus large.
Car il y a plus d’inventivité, de recherches (et de trouvailles) rythmiques et sonores dans « Ricochet » que dans les discographies entières de Yes, Genesis, ELP et autres navrants anglais progressifs.
Avec leurs cousins forcément germains Can, Neu, Amon Düül, voire Kraftwerk, Tangerine Dream a ouvert une brèche dans la musique où continuent de s’engouffrer encore aujourd’hui nombre de groupes généralement électroniques.
« Ricochet » est un bon exemple de réussite de ces précurseurs novateurs.

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THE WHO - A QUICK ONE (1965)


Vite fait ...

Les Who (enfin surtout Townsend) ont écrit, au moins autant que d’autres de la même époque, beaucoup de titres d’anthologie. Et comme beaucoup d’autres, leurs meilleurs titres sortaient en 45T, et ne se retrouvaient pas forcément sur les LPs. Donc sur ce « A quick one », pas de « Substitute » ou de « The kids are alright », et c’est bien dommage. Même pas « Happy Jack », réservé au pressage américain, et juste représenté dans des versions bonus de rééditions Cd sous forme de maquette acoustique, intéressante mais pas cruciale …
L’affaire est encore plus compliquée par une condition léonine de leur contrat qui obligeait tous les membres du groupe à composer des morceaux pour ce disque … Passe encore pour Entwistle, mais Daltrey et Moon, la composition n’est pas leur point fort…
« A quick one » est un disque daté, à la seule vision de sa pochette qui évoque au premier coup d’œil humour quelque peu potache, Angleterre des mid-sixties, et un zeste de psychédélisme naissant par son lettrage. Dans le tracklisting, peu de fulgurances. Surnagent sans peine « Boris the Spider », demi-classique du groupe porté par une colossale ligne de basse d’Entwistle, et surtout, la merveille du disque, le très pop « So sad about us », pour moi dans le Top 10 des compositions du Pete au grand nez…
Le reste est à bien des égards problématique, la faiblesse intrinsèque de nombre de titres étant à peine masquée par une grosse performance de Moon sur ses fûts (« I need you ») en particulier, ou bien par Entwistle et Daltrey faisant du Townsend (respectivement « Whiskey man » et « See my way », à se demander si ce sont vraiment eux qui les ont écrits). Lequel Townsend s’en sort quand même mieux sur l’inaugural « Run run run », ou la très mélodique, quasi beatlesienne « Don’t look away ».
Il faut rajouter une bêtise à la « Yellow submarine » de Moon (« Cobwebs and strange »), un massacre de « Heatwave » le classique de Martha & the Vandellas. Et aussi évoquer le « curieux » morceau-titre, longue pièce de neuf minutes, où plusieurs séquences (une grosse demi-douzaine) s’enchaînent, jetant les bases des futurs et funestes opéras-rock du groupe (« Tommy », « Quadrophenia »).
Conclusion que tout le monde connaît : les Who sont un fantastique (le plus grand ?) groupe de scène, un immense groupe à singles, et qui hormis le colossal « Who’s next » s’est à peu près vautré sur chacun de ses 33T.
Sur la réédition Cd de « A quick one » qui semble faire référence, celle de 2006, une dizaine de bonus, la plupart bien connus depuis notamment le coffret « Thirty years of Maximum Rythm’n’blues ». Peu de choses cruciales (« Doctor, Doctor » à la limite), une grosse majorité des titres présentés dans le « ventre mou » du répertoire des Who, quelques foirades (les reprises du thème de Batman, ou de « Barbara Ann » des Beach Boys) …
Disque quelque peu anecdotique for fans only …

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CYPRESS HILL - CYPRESS HILL (1991)



Le Peuple de l'Herbe

Grands amateurs de cigarettes qui font rire, les Cypress Hill ne sont pas que cela. Ils ont proposé avec ce 1er Cd de 1991 une des visions sonores les plus originales du rap. Avec notamment un final de disque qui renoue avec leurs racines cubaines et portoricaines.
DJ Muggs (que l'on retrouvera avec Tricky pour le superbe« Juxtapose ») met en scène un habillage musical innovant, rythmes sautillants et grosses basses. Et si les Cypress Hill ont l’air de types cool  (« Light another », « Something for the blunted », …), faut pas les chercher non plus (« How I could just kill a man »).
Même si aux USA le grand succès viendra avec le suivant (« Black Sunday »), c’est bel et bien ce premier Cd qui me semble leur plus convaincant.



MILES DAVIS - KIND OF BLUE (1959)



Beginning to see the light ?
J’ai lu quelque part que si on n’aime pas ce disque, c’est qu’on n’aime pas le jazz …
Le jazz, j’aime pas, et j’assume … Miles Davis, mégalo, hautain, prétentieux, et j’en passe, c’est pas le genre de personne avec qui j’aurais aimé boire un coup … Sauf que s’il faut causer musique, je sais qu’il se pose là, et pas qu’un peu … Respecté, voire admiré, par tous ceux qui taquinent (ou maltraitent) la gamme …
Donc, « Kind of blue », qu’il soit ou pas le meilleur disque de Miles Davis, le meilleur disque de jazz ou de ce qu’on voudra, toutes ces considérations de musicologues cacochymes, on s’en fout … Reste le résultat, cette rondelle qui tourne dans le lecteur … Et là, c’est parfait … plus que ça, même … un disque qui laisse loin derrière tout le reste … ou pratiquement…
Un des plus grands trucs qu’il m’ait été donné d’écouter …
Exceptionnel et indispensable …













ALICE COOPER - KILLER (1971)


Dark side ...

Ce disque d’Alice Cooper est celui qui l’a définitivement consacré. Mais rien n’est simple avec Alice Cooper. Qui est le nom du groupe, mais aussi le pseudo schizophrénique de son chanteur Vincent Furnier. Originaire de Detroit comme d’autres cinglés notoires du binaire (Ryder, MC5, Stooges, Nugent, …), passé par l’Arizona avant de s’échouer à Los Angeles … Où Frank Zappa, qui s’y connaît en cinoques, l’a repéré et a permis la signature du groupe sur un label, pour une paire de disques dispensables.
Alice Cooper se retrouve en 1970 chez Warner, et fait paraître « Love it to death », qui génèrera son premier hit « I’m eighteen » et lui vaudra surtout sa rencontre avec le tout jeune producteur Bob Ezrin, qui accompagnera le groupe jusqu’au milieu des années 70 et sera indissociable du son et du succès qu’il rencontrera…
« Killer » avec en photo le boa fétiche de Furnier, n’est pas un Cd facile d’accès, mais c’est pourtant un des deux ou trois incontournables de sa discographie. Seuls les deux premiers titres, qui sortiront avec succès en simple sont relativement basiques. « Under my wheels » est un boogie nucléaire, qui aurait du pousser Canned Heat vers la retraite et faire réfléchir Status Quo avant de s’engager dans la voie du binaire simpliste… « Be my lover » est lui un hard-rock très mélodique, qui jette les bases du glam-rock… le reste du disque est beaucoup plus sophistiqué, multipliant à l’intérieur du même titre changements de rythmes, de mélodies, d’ambiances … La liaison est assurée par la voix du Coop, qui transpire le vice et la méchanceté.
Car ce qui singularise Alice Cooper et qui deviendra la marque de fabrique du groupe, c’est cette recherche obsessionnelle d’ambiances macabres, sordides, fantasmatiquement malsaines, explorant la face sombre et inavouable de l’inconscient… une sorte de version rock’n’roll des films de David Lynch… Chez Alice Cooper, tout n’est que mort violente avec grosses giclées d’hémoglobine.
Ce qui permettra la mise en place du « cirque » Alice Cooper lors de shows mémorables, qui tendront au fil des ans et du succès vers une sorte de Barnum gore et grand-guignol, avec mise en scène de décapitations, pendaisons, et autres joyeusetés morbides. Que ceux qui croient que les comiques de Marylin Manson ont inventé quelque chose se plongent dans les DVD d’Alice Cooper…
Le plus remarquable dans ce « Killer » reste quand même la production d’Ezrin, trouvant pour quasiment chaque titre une audace sonore, un arrangement à priori improbable dans le contexte, mais qui font tout le « charme » particulier du disque… Voir pour cela la longue intro sinueuese de « Halo of  flies » avec sur le titre l’omniprésence de la basse de Dennis Dunaway, puis un gros riff qui annonce ceux du Blue Oyster Cult … ou « Desperado » alternant arpèges de guitare puis gros riffs heavy, « Dead babies » guitares Black Sabbath, puis arrangements discrets de cordes et de cuivres, ou encore l’ultime « Killer », avec grattes lancinantes et menaçantes qui instaurent une ambiance de soundtrack de film de la Hammer et intermède renvoyant à la musique baroque … Du travail d’orfèvre d’Ezrin, que l’atrabilaire Lou Reed recrutera dans la foulée pour son « Berlin » …
Alice Cooper continuera avec le même personnel (tous participent à l’écriture) pour une poignée d’excellents disques dans la même veine, avant que Furnier s’accapare le nom pour une carrière solo (à partir du très bon  « Welcome to my nightmare » en 1975) beaucoup plus inégale basée sur les acquits et le crédit obtenus au début des 70’s…










NICK DRAKE - FIVE LEAVES LEFT (1969)


En chute libre ...

Nick Drake n’est jamais cité parmi les morts « flamboyants » de la fin des 60’s début des 70’s (Hendrix, Morrison, Joplin, B Jones,  …). Il n’a laissé que trois disques officiels, dont ce « Five laves left » de 1969 est le premier, qui ont été totalement méconnus et ignorés par ses contemporains.
Nick Drake, c’est le sens du dénuement appliqué au folk, avec des textes d’un pessimisme absolu. Une voix techniquement quelconque et limitée, des mélodies austères et glaciales, qui ne sont que l’aspect visible du désordre intérieur de son auteur. Qui après quelques séjours en hôpital psychiatrique, finira par trouver la mort à la suite de l’absorption (accidentelle ? suicide ?) d’une surdose médicamenteuse.
Ce disque est fait de petits riens. Produit par Joe Boyd (aux manettes sur le 1er Pink Floyd), mais surtout enluminé par des arrangements somptueux de cordes de John Kirby, venues en droite ligne de la musique baroque. « Way to blue », la bien nommée « Cello song », « Thoughts of  Mary Jane », « Fruit tree » offrent un écrin magique, évanescent et vaporeux sur lesquels Drake expose les tourments de son âme… Comme l’impression de voir quelqu’un en équilibre au bord d’un précipice dans lequel il finit toujours par basculer…
Ce disque, ignoré par tous lors de sa sortie, deviendra au fil du temps une œuvre culte, et Nick Drake sera cité comme une référence majeure par des gens aussi divers que ses amis Richard et Linda Thompson, John Martyn, puis plus tard par Kate Bush, REM, Paul Weller, … Et bien sûr par tous les groupes cultivant une certaine idée de la tristesse et du spleen dans l’Angleterre de la fin des 90’s (Belle & Sebastien, Tindersticks, …)
« Five leaves left » est un Cd magique à ranger pas très loin de ceux de Syd Barrett.





BLACK LIPS - ARABIA MOUNTAIN (2011)


Sortie de garage ?

Dans le monde merveilleux ( ? ) du rock garage, les Black Lips passaient déjà pour des gars pas très sérieux. Parce que dans cette chapelle aux codes sonores immuables, aux compteurs spatio-temporels bloqués sur la seconde moitié des années 60, certains gardiens du Temple fronçaient les sourcils, quand ils entendaient le groupe d’Atlanta se décrire comme « flower-punk », le voyaient se laisser aller à des extravagances vestimentaires  saugrenues (pensez donc, ils ne s’habillent pas comme des motards en 1967), et au lieu des mines graves et sérieuses de mise à la ville comme à la scène, livrer des disques et des concerts plus drôles que ceux des Standells ou du Chocolate Watch Band en leur temps. L’excommunication méprisante semblait proche …
Alors, là pour le coup, les mêmes jésuites intégristes du binaire, ont failli en avaler leurs buvards d’acide et leurs Ray-Ban Aviator, et le net bruisse de leur indignation. Pensez, le nouveau Black Lips est produit par Mark Ronson, metteur en sons de la junkie chouchroutée Amy Winehouse qui vient de rejoindre Janis Joplin et les autres du club des auto-crucifiés à 27 ans, mais aussi de gens comme Lily Allen, Robbie Williams, Cristina Aguilera, Maroon 5 … on imagine la tête du fan de base du Brian Jonestown Massacre … L’objet incriminé s’appelle « Arabia Mountain », et parce qu’il faut choisir son camp, on va dire qu’il est très bien …
Certes, pas grand-monde va l’acheter et tout le monde l’aura sûrement oublié dans six mois, mais chaque fois qu’on le glissera dans le lecteur Cd, on a la certitude de passer un peu de bon temps. Qu’on ne voit pas filer, 16 titres pour les 40 syndicales minutes, ça va à toute berzingue, comme aurait dit Dutronc dont ils ont d’ailleurs repris le « Hippie Hippie Hourrah » sur disque et sur scène …
Le principe de base est simple, y’en a pas … On sent que ces gars-là ont mis des morceaux sur le disque parce qu’ils leurs plaisaient, qu’ils en étaient contents, et au diable les codes et le qu’en dira t-on … Des fois, c’est raté, le plus souvent c’est réussi. On navigue entre garage « classique » (« Mad dog », la tournerie très stoogienne « You keep on running »), power pop de haut niveau (« New direction », « Time », « Bicentenerial man »), influences 60’s évidentes (« Don’t mess my baby », « Go out and get it », cette dernière très Kinks, on jurerait une reprise, avec ses faux-airs de « David Watts »)… Il y a des moments qui ressemblent aux Ramones de « Pleasant dreams » (« Raw meat »), à d’autres ce sont les guitares qui carillonnent comme chez les Byrds ou Tom Petty (« Spidey’s curse »), il y a même un pastiche très réussi des Stones d’« Exile … », ça s’appelle « Dumpster dive » et ça ressemble à « Sweet Virginia », il y a de la pétillance radiophonique des Hives (« Family tree »), « Noc-a-Homa » pourrait être un petit hit sympa …
Et Ronson, là-dedans ? Il est paraît-il fan du groupe, et n’a pas trop forcé sur son côté producteur branché – tendance… A part une paire de titres un peu trop « voyants », son boulot est très intéressant, et propulse un genre que l’on croyait immuable vers des contrées plus « légères », respectant l’idiome de base, mettant bien en évidence des allusions aux Sonics par quelques beuglements de sax, rendant un hommage ( ? ) au quinzième degré à Roky Erickson en intégrant dans un titre non pas une cruche, mais un crâne ( ! ) électrique, prenant visiblement plaisir à décorer et enjoliver des titres qui à la base se devaient d’être coincés dans des carcans très stricts …
Ce « Arabia Mountain » est une bonne récré pour Les Blacks Lips, Ronson, et pour ceux qui l’écouteront. Que demande le peuple ?

Des mêmes sur ce blog :
Underneath The Rainbow





















BRUCE SPRINGSTEEN - NEBRASKA (1982)



Unplugged

Et si ce machin, à la pochette austère et blafarde, était le meilleur disque de Springsteen ?
Entre deux déferlantes électriques pas toujours exemptes de reproches (« The River » et « Born in the USA »), Springsteen, seul avec sa guitare et son harmonica, se prend en même temps pour Dylan et Neil Young, et nous livre un disque de folk-rock plein d’histoires tristes et désabusées de l’Amérique profonde, celles des petites gens.
Ceux qui ne voyaient en Springsteen que le Boss, maître des cérémonies électriques de son E Street Band, oublient qu’à la base, c’est un conteur d’histoires et qu’il est autant influencé par les folk-singers que par les pionniers rock’n’roll.
Il nous livre là des merveilles : la ballade « Mansion on the hill », le rock’n’roll minimaliste de « Johnny 99 », « State Trooper » (son électricité discrète et menaçante, son phrasé proche de l’Alan Vega de Suicide), la rythmée « Open all night » que Mark Knopfler de Dire Straits a dû écouter avant d’écrire « Walk of life », …
Avant la mode lancée par MTV, Springsteen faisait de l’ « Unplugged », et rien n’est à jeter de ces quarante minutes magiques.

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Born To Run
Darkness On The Edge Of Town
Live / 1975-1985