PRINCE - SIGN THE TIMES (1987)



Royal

« Produced, arranged, composed and performed by Prince ». Ils sont combien, ceux qui peuvent mettre ce genre de précision au dos d’un disque ? Une petite poignée, McCartney, Rundgren, Wonder, chez les célèbres (quoique Rundgren célèbre, hum …) … peut-être aussi quelques geeks technoïdes scotchés à leur Mac et à Cubase…
Prince lui l’a fait en 1987 avec ce « Sign the times », il l’avait déjà fait à ses débuts avec ses premiers disques de disco-funk pour homos. Et plus ou moins tout le reste de sa carrière, tant le mutique nabot n’apprécie guère de discuter son de caisse claire avec qui que ce soit, dans les studios où il a passé la majeure partie de sa vie … Pourtant, en ce mitan des années 80, Prince pouvait compter sur le meilleur backing band qu’il ait jamais eu, The Revolution (et qu’on ne vienne pas me parler des jazzeux genre Maceo Parker qui l’accompagnent sur ses ineptes disques depuis plus de vingt ans, disques qui swinguent à peu près autant qu’une compile de Danny Brillant). Une poussée de mégalomanie de trop, et exit donc The Revolution …
Ce qui artistiquement ne gêne pas Prince outre mesure, à cette époque-là d’une créativité compulsive et maladive, et qui a dans les étagères de Paisley Park de quoi remplir une multitude de Cds. Mais il va commencer à se heurter pour la première et pas la dernière fois aux gros cigares de la Warner. Qui apprécient très modérément ses tournées et leur décorum scénique pharaoniques, ses nanars filmés qui sont des bides retentissants, le tout engloutissant de gros paquets de billets verts, et regrettent la liberté qu’ils lui ont accordé en le signant à la fin des 70’s. D’un autre côté, et les sommes colossales personnelles englouties par Prince dans la construction de ses studios de Paisley Park, et son entourage de managers aux patronymes qui fleurent bon la Calabre et les embrouilles qui vont avec (Cavallo, Ruffalo et Fargnoli), le mettent dans une situation financière délicate. Prince doit sortir du vinyle pour se remettre à flot. La Warner refuse plusieurs projets (« Crystal ball », « Dream factory », « Camille ») qui feront la joie des bootleggers, et finit par donner son aval à ce « Sign the times ».
Qui tient plus de la collection de maquettes que du produit high-tech. Ces titres faits à la va-vite, avec juste la participation très épisodique de quelques fidèles (le sax Eric Leeds, sa petite amie du moment Susannah Melvoin, jumelle de son ancienne guitariste Wendy, …) dans une période de boulimie créatrice rarement (jamais ?) égalée dans les annales de la musique populaire, montrent ce qu’il faut bien appeler la quintessence du génie créatif de Prince. Qui à l’instar de quelques rares autres (Dylan, Elvis Costello, Peter Buck, …) a une connaissance encyclopédique d’une multitude de genres et sous-genres musicaux.
« Sign the times » se retrouve être une somme, un glossaire de tout ce que la musique noire qui swingue (donc pas de fucking jazz ni de old blues) a produit depuis plus de vingt ans. Vous voulez des ritournelles girl-group comme le Brill Building en écrivait pour Martha & the Vandellas ou les Supremes ? Essayez alors « Play in the sunshine », et son final en tournerie funk à la Parliament – Funkadelic. Le rap commence à marcher ? Prince jette une pierre dans la mare des Eric B. & Rakim, Run DMC et autres LL Cool J, ça s’appelle « Housequake » et c’est tellement en avance sur son temps que ça sonne comme du r’n’b des années 2000. De la soul lente, moite et sexy ? « Slow love », très Curtis Mayfield fera l’affaire. Du funk-rock à machines parce que Prince admire Herbie Hancock ? « Hot thing », « It », « You got the look », …, les réussites ne manquent pas.
Prince a eu sa période pop sophistiquée avec « Around the world in a day », seront certainement sorties des tiroirs de cette époque-là des merveilles comme « Strange relationship » ou l’ahurissante de perfection « I could never take the place of your man » et ses folles parties de guitare, montrant que Prince peut se permettre, entre autres, de jouer les guitar-heroes … Les Anglais faisaient de la pop avec des machines ? Prince aussi, c’est « Forever in my life », et c’est autrement plus sexy que OMD ou Human League.
Quelques titres s’en vont explorer un univers froid, robotique et dansant, le single inaugural « Sign the times », un autre (« The ballad of Dorothy Parker ») fait référence au monde littéraire (Prince aurait donc encore le temps de lire, il ne passerait pas sa vie à écouter de la musique ou à en faire ??), un exercice de style (« Starfish and coffee » sur le sujet : mélangez rag et gospel, vous avez trois minutes …)
Difficile aussi de parler de Prince sans évoquer ce que l’on appellera pudiquement ses « problèmes de braguette » (aujourd’hui plus connus sous le nom de « syndrome DSK »). Si des titres comme « It », « Slow love », … ne laissent guère d’ambiguïté sur ce dont il est question, Prince va encore plus loin dans le fantasme avec « If I was your girlfriend », ode amoureuse narcissique puisque créditée au chant à une certaine Camille, en fait un double féminin de Prince (la voix de Camille, c’est celle de Prince légèrement accélérée et forcée dans les aigus). Il est certain que quand Prince ira consulter un analyste, la fortune de celui-ci est faite, tant les séances s’annoncent nombreuses …
Tout ça pour les trois premières faces du double vinyle original. Prince a gardé le meilleur pour la fin, trois titres d’anthologie, un « Adore », encore une reconnaissance de dette à Curtis Mayfield, l’ahurissant « The cross », vaste gloubi-goulba mystique, mais un titre qui rend fou avec son crescendo mathématique et qui s’achève dans un maelström de guitares métalliques. Et puis, et surtout, « It’s gonna be a beautiful night », le premier titre officiel live jamais publié par Prince. Car Prince est aussi un performer, un des meilleurs sur scène, et cette captation d’un titre joué en 86 au Zénith de Paris au cours de la tournée « Under the cherry moon » (sa meilleure selon les spécialistes ès sciences Roger Nelsoniennes) le démontre, avec un big band réglé au millimètre qui distille une tuerie funky et intermède rap de la très hot Sheila E. De quoi rendre fous les « 6.000 wonderful Parisians » remerciés dans les notes de pochette …
« Sign the times » est pour moi le meilleur disque de Prince et est dans mon Top Ten depuis maintenant presque vingt cinq ans. That’s all …
























NICK CAVE & THE BAD SEEDS - TENDER PREY (1988)



La proie des ombres

Nick Cave est le genre de type qui a un but dans la musique. Et pas celui de vendre des disques. Nick Cave n’est pas un marchand, c’est un artiste qui veut laisser une œuvre. Une œuvre qui lui ressemble, qui vit avec lui. Bon, il finira pas en bermudas à fleurs et pataugas, en moulinant du ska à la viole de gambe, mais c’est un gars qui a évolué dans le bon sens du terme, qui n’a pas ressassé le même disque toute son existence, du moins à ses débuts…
Il y a chez Nick Cave une obsession, une fascination pour tout ce qui est noirâtre et crépusculaire, pour la dérive des gens et de leurs âmes. Cave n’est pas un joyeux, et quand il s’agit de musique, il va là aussi chercher le côté maléfique, malsain. Il sera toujours plus proche de Johnny Cash ou Townes Van Zant que de Carl Perkins et Gene Autry, il préfèrera Link Wray à Ricky Nelson … Les sombres, les maudits d’abord …
On verra à ses débuts son nom souvent accolé à ceux des Cramps et du Gun Club. Ce qui n’est pas faux, il y a chez lui, comme chez Ivy et Lux, ou Jeffrey Lee Pierce, cette fouille de toutes les poubelles culturelles, cette admiration des oubliés maudits. Mais alors que les Américains se cantonnent dans leur quête aux frontières de leur pays, lui, l’Australien émigré d’abord à Londres puis à Berlin, va en plus s’imprégner de toute la culture décadente des parias européens.
Ce « Tender prey » de 1988 est en grande partie enregistré aux studios Hansa de Berlin, où traînent encore les fantômes de Bowie et Iggy Pop (« Low », « Heroes », « Lodger », « The Idiot », « Lust for life »), et donc aussi un peu l’influence de leur inspirateur Scott Walker, lui aussi un autre émigré (des States vers l’Angleterre). C’est là, avec derrière lui la formation « royale » des Bad Seeds (Bargeld, Kid Congo, Wilder, Wolf et le vieux complice Mick Harvey), que Cave va vraiment entamer sa transmutation en crooner décadent, gothique, fortement influencé également par la scène Batcave londonienne (il y a du Bauhaus dans ce disque), ou le cinéma à tendance expressionniste et claustrophobe de son pote Wim Wenders …
L’ouverture, « The mercy seat », sublime plainte lancinante de couloir de la mort, toute en crescendo magnifique. Peut-être bien le plus grand titre de Cave. Dans la même veine incantatoire, le gospel désespéré de « Mercy », dans lequel Cave fait un grand numéro de Scott Walker héroïnomane. Parce que Cave est un junkie, ce qui a son importance dans cette fascination qui commence à s’exercer chez lui des latitudes tropicales, là où la chaleur du soleil aide à supporter les frissons du manque. Une nouvelle migration pour le Brésil s’annonce, non pas encore musicalement comme dans le suivant « The good son », mais les signes sont là, notamment la dédicace du disque au récemment décédé Fernando Ramos, le jeune acteur du « Pixote » d’Hector Babenco, un des premiers cinéastes à avoir retranscrit la cruauté misérable des favelas, bien avant Mereilles et sa « Cité de Dieu ».
Donc « Tender prey » est aussi un disque de défoncé, ces choses se ressentent dans le rockabilly décharné et flippant de « City of refugee » hommage au vieux bluesman oublié Blind Willie Johnson, avec son harmonica traité façon corne de brume qui vient hululer à la mort sur la fin du titre. Dans la chanson de fin de banquet triste de St Patrick neurasthénique « New morning », dans les rockabillies squelettiques et grinçants (Deanna » et son jungle beat ralenti), dans les lentissimes boogies caverneux à la John Lee Hooker (autre influence sombre assumée dans « Up jumped the devil », voire « Sugar, sugar, sugar »).
Et puis, Berlin oblige, tous les relents de la culture décadente de la République de Weimar, dans ces ballades gothiques de crooner crépusculaire, les « Watching Alice », « Slowly goes the night », « Sunday’s slave », …
« Tender prey » est un disque hanté par tous les fantômes et les frissons qu’on retrouve dans les plus grands disques de rock. « Tender prey » est un grand disque de rock intemporel. Pour moi le meilleur de Nick Cave …

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The Mercy Seat (version courte)


VAN HALEN - 1984 (1984)






Avec le sourire …
Van Halen, au début des années 80 c’était une des grosses affaires du hard. Du hard ? Ouais, si on veut, pour le côté tignasse dans le manche de la gratte d’Eddie Van Halen, sa technique folle et originale, le tapping, cette sorte de choses … Mais bon, de ce côté-là, des chevelus techniques avec les amplis Marshall à onze, y’avait de la concurrence. Ce qui faisait ressortir Van Halen du lot, c’était son côté festif, coloré, chatoyant… Un groupe plus proche pour moi des Beach Boys que du black metal …
Et cette insouciance légère était en grande partie due à son chanteur-showman David Lee Roth, brûleur de planches explosif et rigolard en fute lycra à poutre apparente, qui préférait de loin la fréquentation de California girls en bikini à celle d’un quelconque gourou sataniste. Pas un cérébral, le David, mais un type bien, très bien même… D’ailleurs, quand il s’est cassé du groupe après ce disque, les Van Halen sont devenus un groupe de hard comme les autres … Sans trop d’intérêt donc … Mais du temps de ce « 1984 », paru, par un génial coup de marketing, le 1er Janvier, obligeant les grands magasins américains de disques à rester ouverts la nuit du réveillon, pour servir de conséquentes files de fans, les disques de Van Halen étaient attendus.
« 1984 », avant d’être le disque de la rupture avec David Lee Roth, sera d’abord celui de la rupture avec la ligne musicale habituelle du groupe. Instigateur en chef, Eddie Van Halen, qui va se démultiplier, assurant parties de guitares et lignes de synthés. Des synthés ? Oh que oui, et un peu beaucoup (trop ?) même … et pas d’antiques bahuts genre Farfisa ou Hammond, non, non, des bidules japonais high-tech, les mêmes qu’on retrouvait chez Depeche Mode, Human League, Culture Club, toute cette vague electro-pop anglaise généralement abhorrée des fans de hard…
Une pompeuse intro nullissime laisse présager le pire. Heureusement derrière, les Van Halen vont aligner trois titres tellement bons qu’on en oubliera ces fucking synthés, pourtant bien présents. « Jump », qui avant de faire le tour du Stade Vélodrome a fait le tour du Monde en haut des charts, et que même les sourds ont du l’entendre un jour, c’est dire s’il est connu … L’excellent « Panama », glam’n’roll, festif, ludique et ensoleillé, et « Top Jimmy », dans le même style avec un solo « impossible » d’Eddie, complètent cette trilogie oh combien gagnante …
La suite ? Hum … pas du même niveau. « I’ll wait » et « Girl gone bad » sont des titres assez vilains, le boogie speedé de « Hot for teacher » doit beaucoup aux ZZ Top, « Drop dead legs » malgré un bon riff très AC/DC souffre d’un son de batterie aujourd’hui ridicule. Seul « House of pain », très hard et sans trop de fioritures superflues, relève le niveau d’un final de disque assez inconsistant …
David Lee Roth fait bien son job, on sent pas vraiment que le ressort est en train de casser entre lui et le groupe, Eddie Van Halen laisse heureusement tomber quelquefois ses bécanes électroniques, pour balancer quelques parties de guitares zigzagantes, le vieux complice producteur Ted Templemen leur concocte un son très de son temps, quelques vidéos ensoleillées vont ravir les premiers MTV addicts, le groupe se lancera dans une razzia des festivals, incendiant des scènes européennes où il ne se risquait que rarement jusque là, et finalement ce « 1984 » qui est loin d’être le meilleur du Van Halen 1ère mouture, deviendra le plus connu et le plus vendu du groupe …

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Van Halen















BILLY JOEL - 52nd STREET (1978)




Il aurait pu être …

… Bob Seger, Bruce Springsteen, Randy Newman ou Elton John … la place de ces quatre là étant déjà prise, il se contentera d’être Billy Joel. Ce qui n’est si mal, il s’en est bien sorti, merci pour lui …
Surtout vers la fin des années 70, où ses disques, celui-ci, son prédécesseur « The Stranger », dégoulinaient de hits dont étaient friandes les FM américaines. Sur ce « 52nd Street », la locomotive mondiale s’appelle « Honesty », magnifique mélodie et ballade classieuse, même si elle a tendance à parfois frôler les rivages pompiers et grandiloquents propres à ce genre d’exercice. Tous les amateurs de musique centriste américaine de l’époque ont également plébiscité le rock’n’roll enlevé de « Big shot », et le superbe « My life », un titre à rendre McCartney jaloux, et qui reprend les choses là où Tatie Elton John les avait laissées avec « Goddbye yellow brick road ».
Ces trois titres s’enchaînant au début du disque, le restant peine à soutenir la comparaison. Avec quelques machins assez anodins, la ballade héroïque « Until the night », l’espagnolade FM « Rosalinda’s eyes » (comme une rencontre impromptue et improbable entre Mink DeVille et Toto), et même une paire de morceaux franchement ratés, « 52nd Street » heureusement bien court, et « Half a mile away » où Billy Joel n’est guère crédible dans le registre rythm’n’blues. Parce que Billy Joel n’est guère un rustique. Un temps présenté comme un rival du garagiste du New Jersey à chemise à carreaux Springsteen (d’ailleurs surtout par leur maison de disques commune, Columbia, qui profitait de cette émulation de pacotille pour booster la carrière des deux), Billy Joel incarnera l’image du musicien (il est pianiste, assez doué même paraît-il), coqueluche du bobo urbain amateur de rock mainstream. Témoin le précieux et travaillé « Zanzibar », paraît-il hommage à Steely Dan plutôt qu’à Freddy Mercury, mais qui finalement hésite entre plusieurs genres, n’est pas vraiment rock, pas vraiment jazz, pas jazz-rock, et surtout pas terrible …
La production du disque est chiadée, cherche à séduire le plus grand nombre, c’est évident. Billy Joel est un pur produit du music business américain, à destination du public américain. Ses disques sont sinon cruciaux, du moins intéressants, et on a du mal à imaginer en France où il n’est guère connu et a très peu tourné, que ce gars est une institution qui a vendu des dizaines de millions de disques chez lui aux States …

















BLACK KIDS - PARTIE TRAUMATIC (2008)





The Black Kids are alright

Par Sainte Donna Summer, mais d’où sortent-ils ceux-là ? De Jacksonville, de l’ensoleillée Floride, la Californie des retraités … Certes … Mais comment ces jeunots qui doivent avoir vingt ans, ont-ils eu l’idée de faire un disque pareil ? On les voit sur la pochette, juste le haut du crâne qui dépasse, certainement mater la bobine éberluée des gens qui ont écouté leur premier Cd, en gamins facétieux heureux de la bonne blague qu’ils viennent de commettre …
Parce que là, en 2008, les Black Kids nous ont sorti un truc de disco, y’a pas d’autre mot. Bon, c’est pas les premiers depuis 1975 à faire le coup du revival boule à facettes. Quelques anglais coincés du croupion s’y étaient essayé dans les années 80, on avait appelé ça de l’electro-pop et puis on a oublié. Dalida aussi, elle on l’a pas  oubliée, mais c’était pas terrible non plus. Sinon, plus récemment, quelques titres des Wombats ou des Scissor Sisters, de MGMT, ou des plus antiques Pet Shop Boys, mais ils mettaient pas que ça dans leurs disques. Qui a dit Mika ? Bon, ça suffit, tu sors …
Les Black Kids eux y vont à fond, avec un entrain, un sens de la bonne humeur, et un mépris du ridicule qui forcent l’admiration. Ce disque est un truc de fou, une bouffée d’oxygène et de bonne humeur … En clair, on n’est pas chez Radiohead ou Leonard Cohen, ou chez un autre de leurs semblables adepte de la ritournelle neurasthénique …
On est dans l’esprit beaucoup plus proche des B52’s des débuts, avec la même façon désinvolte et espiègle d’appréhender la musique, avec ici comme chez les Atheniens, deux filles qui font des chœurs totalement out of control par-dessus les rythmiques speedées du groupe, et des arrangements que même Queen n’aurait pas osés. Le mauvais goût de grande classe, le hachis menu de tous les codes de respectabilité musicale… Fun fun fun et fuck off tout le reste …
Des titres comme « Listen to your body tonight » font passer toutes les bimbos r'n'b siliconées et leurs rengaines pour de vilaines fées Carabosse préparant quelque philtre maléfique … « I wanna be your limousine » est aussi génialement crétin que le « I’m in love with my car » de …. Queen (vous voyez, on y revient) avec un type qui se lance dans un solo de gratte à faire tomber la perruque de Brian May. Les deux titres du début (« Hit the heartbreaker » et « Partie traumatic ») dévastent le dancefloor, comme une version punk de ABBA, « Look at me » conclut ce Cd par un disco-rap, ayant de faux airs du « Wot »  de Captain Sensible, le simplet bassiste des Damned. Entre, pas grand-chose à jeter, à la limite le morceau le moins efficace c’est celui que les Black Kids avaient chois comme single, « Hurricane Jane ».
Cette joyeuse troupe bariolée (des blancs, des blacks, des filles) est un vrai rayon de soleil musical, du tabasco rythmé qui vous saute à la figure, et ce « Partie traumatic » se doit d’être le disque de chevet de tous ceux qui un jour ou l’autre se sont pris pour Tony Manero … 


Black Kids - I'm Not Gonna Teach Your Boyfriend How To Dance With You















FELA - ORIGINAL SUFFERHEAD / ITT (1981)




 

Fela, si on aime la musique africaine …


Il est incontournable. La première et pour le moment encore la seule star musicale africaine de reconnaissance mondiale. Peut-être, parce que un peu à l’instar d’un Marley, il a dépassé le stade de la curiosité exotique, en se faisant le chantre et le porte-parole d’idéaux politiques et sociaux.

La musique de Fela est indissociable de l’homme public Fela, chez qui se mêlent traditions locales, études en Angleterre, influences de toutes les musiques noires, particulièrement le blues, le funk et le jazz, et engagement politique total dans son pays, le Nigéria, tout juste émancipé de la tutelle anglaise et dans lequel se succèdent au pouvoir des dictatures militaires.

Fela est un militant, un politique, dont la musique ne constitue qu’un moyen pour faire passer des messages. Mais la démesure qui poursuivra Fela toute sa vie lui fait faire les choses en grand. Il y a sur disque comme sur scène une véritable armée de musiciens, choristes et danseurs. Tout d’abord c’est Africa 70, qui mené par le fabuleux batteur Tony Allen jette les bases de ce que l’on appellera afro-beat, ensuite Egypt 80, à l’ouvrage dans les deux disques « Original Sufferhead » et « ITT » réunis ici. L’équivalent de deux 33 T, pour un total de … trois titres.

Autant dire qu’on n’est pas dans un format radiophonique. Le temps n’a aucune importance, la musique ne sert qu’à aboutir à une transe, après un long cheminement où les séquences rythmiques se succèdent et se chevauchent, entrecoupées de parties chantées répétitives et de quelques solos de sax de Fela …

Les deux premiers titres « Original Sufferhead » et « Power show » sont plutôt jazzy, avec une place prépondérante accordée aux cuivres. « ITT » un des morceaux les plus connus de Fela (son tube ?) est beaucoup plus funk-rock, assez proche parfois de James Brown ou de Herbie Hancock selon les séquences musicales. C’est un des titres les plus engagés de Fela, dans lequel la firme américaine ITT devient International Thief Thief, allusion guère dissimulée aux multinationales qui pillent sans vergogne toutes les richesses africaines, avec la complicité bienveillante de gouvernements fantoches copieusement arrosés de pots-de-vin …

La discographie de Fela étant assez pléthorique, ces deux disques parus à une période charnière pour lui (la prise d’assaut de Kalakuta, sa « république » libertaire, et ses nombreux emprisonnements au début des années 80), font partie de ceux qui reviennent le plus souvent lorsque l’on évoque les sommets de sa carrière.

Une expérience culturelle dans tous les sens du terme …















AFGHAN WHIGS - GENTLEMEN (1993)



Sorry ...
 
Mais j’accroche pas à ce disque … Il faut dire que les Afghan Whigs n’ont guère fait parler d’eux par ici. J’avais remarqué leur chanteur (excellent au demeurant) Greg Dulli sur la BO de « Backbeat » un biopic consacré aux débuts des Beatles, où, en compagnie de cadors de la scène indie américaine (Grohl, Mills, Moore, Pirner) il donnait des versions torrides de standards du rock’n’roll …
J’avais naturellement « essayé » un des disques du groupe, ce « Gentlemen » le premier sur la major Elektra après leurs débuts chez Sub Pop. Disque qui avait eu un assez bon succès aux States au niveau des amateurs de rock indie et de musique pour campus.
Musicalement du rock post grunge, surtout dans le mid tempo et la tension retenue, avec une pointe de lyrisme … toutes choses qui devraient intéresser les fans de Pearl Jam. Des textes qui évoquent souvent des traumas sexuels venus de l’enfance, comme chez Korn …
Je retiens « Gentlemen » le titre, très sympa avec ses guitares et sa batterie originales et inventives, la jolie ballade « I keep coming back » et c’est à peu près tout, le reste me semblant bien uniforme, bien monolithique…











MEAT PUPPETS - MEAT PUPPETS II (1984)








Master of Puppets

Je vais pas la jouer le type qui connaît tout (qui a dit pour une fois ?). La première fois que j’ai entendu parler des Meat Puppets, c’était comme pas mal de monde à l’occasion de la sortie du fantastique « MTV Unplugged in New York » de Nirvana. Dans lequel Cobain et ses séides reprenaient, entre autres (avec mention particulière à un excellent titre oublié de Bowie), rien de moins que trois morceaux des Meat Puppets (« Plateau », « Oh me », « Lake of fire »). Tous trois issus de ce « Meat Puppets II ».
Qui était un disque plus tout jeune (1984). Et connaissant le goût de Nirvana pour l’électricité violente et les paroles hurlées, je m’attendais à tomber sur quelque primitive déflagration sonore à la Black Flag, Dead Kennedys, Hüsker Dü, …
Que nenni. « Meat Puppets II », est un disque plutôt tranquille, peinard. Même s’il y a quelques trucs qui lorgnent vers le rock hardcore (« New Gods », l’intro de « Teenager »), ce qui domine dans ce Cd c’est au contraire la country. Souvent sous forme instrumentale (un tiers des titres), avec des mélodies up tempo dans la mouvance country-punk du début des 80’s (Rank & File, Jason & The Scorchers, ce genre). Même si parfois l’approche reste très roots (« Lost »), ou vire à la cavalcade western (« I’m not here »).
Il n’y a pas que ça. On trouve plein d’autres bonnes choses généralement, toutes écrites par le chanteur-guitariste du trio, Curt Kirkwood, de l’indie rock (le titre plus sifflé que chanté, le bien nommé « The whistling song », cependant pas un des plus marquants du disque), du punky rock’n’roll (« Split myself in two »), un super morceau que les Kings of Leon des débuts ont dû écouter (« We’re here »). Très bonne reprise également du « What to do » des Stones d’ « Aftermath » …
Quant aux titres repris par Nirvana, ils sont assez proches de ce qu’en fera Cobain, la ballade écorchée vive de « Oh me », la mélodie à grosses guitares de « Plateau », et « Lake of fire » aurait pu figurer tel quel sur « In utero »…
Bonne surprise et bon disque d’un groupe qui existe encore, mais semble retombé dans l’anonymat …









ANTOINE - ANTOINE RENCONTRE LES PROBLEMES (1966)

ANTOINE RENCONTRE LES PROBLEMES (1966)







Problématique

Antoine avec ses « Elucubrations » a eu au début 1966 un énorme succès au goût de scandales en tous genres. Durant ses galas (en France, on ne dit pas concerts, on a du vocabulaire) comme sur ses premiers enregistrements, ils est accompagné par un groupe, les Problèmes. C’est là qu’intervient leur manager commun, Christian Fechner, qui par la suite fera fortune en produisant de mauvais films (ceux des Charlots, les derniers De Funès, ce genre de choses, …).
Fechner veut capitaliser sur le succès d’Antoine et lancer les Problèmes. La carambouille est simple, faire un disque avec les deux. Ainsi naît le concept foireux de ce « Antoine rencontre Les Problèmes ». Une arnaque, Antoine n’est présent que sur deux titres. Les Problèmes se voient pour tout le reste adjoindre un chanteur (Gérard Rinaldi) à voix de ténor (le genre de voix qui fera le succès et la fortune de Lama ou Sardou), et que vogue la galère.
La « ligne » musicale est inconsistante. Les Problèmes singent ce qui marche Outre-Manche, peu importe qu’il s’agisse de soul, de rythm’n’blues, de rock garage, de pop. Le tout produit « à la française », les musiciens au fond du mix, le chanteur très en avant, avec des textes assez souvent navrants …
Même s’il y a dans le lot des titres intéressants, dont quelques-uns renvoient à la sauvagerie des Pretty Things (« Dodécaphonie »), reposent sur de gros riffs fuzzy (« Pop jerk », « Je ne vois rien »), ou mettent en avant de jolies mélodies au service de textes forts (« Ballade à Luis Rego, prisonnier politique », meilleur titre du disque et dénonciation de l’incarcération de leur guitariste rythmique dans les geôles de son Portugal d’origine). Le reste se perd entre titres anodins, pseudo-révolte dans l’air du temps (« On s’en fou »), ou reprise-pastiche du « I feel good » de James Brown (« S’il boude »).
Les deux titres d’Antoine ne relèvent guère le niveau. Un duo avec Rinaldi (« Contre-élucubrations problématiques ») reprend sans saveur les recettes des « Elucubrations ». Seul le titre de clôture du 33 T original (« Je dis ce que je pense ») voit Antoine se lâcher dans un pamphlet assez incendiaire conclu par un « Et merde ! » parfaitement audible. Very shocking dans la France de De Gaulle …
Si la réédition s’arrêtait aux 14 titres originaux, ce Cd serait musicalement passable. Six titres bonus montrent l’évolution des protagonistes, enfin, surtout les Problèmes, Antoine s’en allant enregistrer quelques rengaines à succès (« Pietre » notamment) en Italie. Ce « Antoine rencontre les Problèmes » va faire un four. Très rapidement sous l’impulsion de Fechner, les Problèmes vont devenir les Charlots, se lançant dans des pastiches de succès internationaux (« Hey Max », parodie de « Hey Joe » avec l’accent paysan berrichon), ou du comique ( ? ) franchouillard de la pire espèce (l’inénarrable « Paulette tu es la reine des paupiettes »).
De groupe de rock, les Problèmes étaient devenus en quelques semaines groupe à beaufs. Ne faisant par là que suivre une tradition entamée par tous les jazzeux Rive Gauche des années 50, faux anars mais vrais réacs (Vian, Yanne, le pathétique Henri Salvador), fans des soupes à l’oignon jazzy de Sydney Bechet, et se croyant cultivés, malins et comiques avec leurs « Blues du dentiste » et autres « J’aime pas le rock ». Comme eux, les Charlots allaient confirmer que décidément, le rock est une chose bien trop drôle pour être confiée à des clowns …


ANTOINE - ANTOINE (1966)





Oh Yeah ?


Antoine, c’est une météorite. Qui a traversé le paysage musical en l’an de grâce 1966, avant de se perdre en Italie (le pays de ses origines) et de prendre l’eau dans tous les sens du terme, ne réapparaissant par chez nous avec des bluettes sans intérêt que dans les prime time de Drucker, Sabatier et consorts (« On l’appelle Cannelle », cette sorte d’horreurs), ou dans les spots de pub pour vanter les prétendus mérites de binocles (sur ce point, exactement comme son « ennemi » Johnny, mais il en sera question forcément de l’Hallyday dans ce commentaire), quand il fallait rafistoler son rafiot ou en changer …
Antoine s’est retrouvé affublé du titre de beatnik. Déjà à peu près un contresens, comme tout ce qui touche la culture de la jeunesse en France. La culture beat est à l’origine littéraire et américaine (Kerouac leur père à tous, ses disciples Ginsberg, Burroughs, …). Antoine s’est arrêté à la partie musicale de l’affaire, les Woody Guthrie, Ramblin’ Jack Elliott, Bob Dylan. Et encore par l’intermédiaire de leur admirateur principal, son copain le folkeux anglais Donovan (ils sont en photo ensemble sur le livret). Le folk est un genre inexistant en France au milieu des années 60, où seul Hugues Aufray s’escrime à adapter sans trop de succès les premières rengaines de Dylan.
Ce « Antoine », à l’origine un 33 T compilant des Eps, est composés de folks qui doivent beaucoup au petit frisé de Duluth, qu’ils soient acoustiques (« Petite fille ») ou électriques (« Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ? », « Ne t’en fais pas ils rêvent », cette dernière faisant, et pas seulement par sa durée de plus de cinq minutes, irrésistiblement penser à « Like a rolling stone »). La jolie ballade à arpèges est aussi présente (« Bruit de roses », « J’ai oublié la nuit »), il y a même une incursion (ratée) vers le rythm’n’blues (« Métamorphoses exceptionnelles »). Voire vers la soul, avec « Une autre autoroute », titre à la mélodie voisine du « Stand by me » de Ben E. King, et saupoudré d’arrangements de sirtaki et de solos d’harmonica, pour moi « musicalement » le meilleur titre du Cd …
Mais ce n’est pas vraiment la musique qui a fait le succès d’Antoine, son backing-band, les Problèmes (futurs Charlots) ne se montrant guère irrésistible instrumentalement. Avec Antoine, c’est au niveau des textes que se situe l’essentiel. Non pas que des chanteurs à texte, il n’y en ait pas, à la limite il n’y a jamais eu que ça en France. Mais tous ces types qui semblent n’avoir jamais été jeunes (la sainte trinité Brel, Brassens, Ferré) sont des vieux qui font des disques pour des vieux. Antoine a 20 ans, et joue pour les gens de son âge, avec les mots et les thèmes que des jeunes comprennent. Le succès colossal des « Elucubrations » (tout est dit dans le titre, c’est du n’importe quoi qui rime) sera un rayon de soleil iconoclaste dans la France rance et grise de De Gaulle. Antoine ne respecte rien ni personne et le chante. Il n’est qu’à voir la réaction du pauvre Hallyday, brocardé dans une strophe, qui répondra par un « Cheveux longs, idées courtes » avant de se prendre lui-même quelques mois plus tard, en inconséquent pantin manipulé qu’il a toujours été, pour  un hippie.
Antoine ne se contente pas du délire informel des « Elucubrations ». D’autres titres mettent le doigt avec une longueur d’avance sur des problèmes dont va s’emparer la jeunesse et qui vont devenir récurrents dans la fin de la décennie. « La loi de 1920 », sur cette antique loi anti-avortement, montre toutes les batailles qu’avaient encore à mener les femmes dans la France gaullienne. Les pamphlets anti-militaristes (« La guerre », la comptine au vitriol « Pourquoi ces canons ») préfigurent les grandes vagues d’insoumission soixante-huitardes.
En tout cas, ce disque vaut bien mieux que l’image de skipper vaguement anar souriant et sympa que se coltine Antoine depuis des décennies. En 1966 , Antoine jetait les fondations de premières barricades qui allaient finir par pousser partout.
Même si avec cette réédition (d’excellente qualité sonore, soit dit en passant) la légende en prend un coup. On apprend ainsi dans les notes que tous ces titres que l’on croyait écrits par Antoine, ont en fait été pour la plupart déposés à la SACEM cosignés par un certain François Renoult. La légende de l’Antoine, rebelle auteur-compositeur-interprète seul contre tous se retrouve quelque peu écornée.
Le succès des « Elucubrations » ouvrait une voie pavée d’or pour la suite de sa carrière. Il n’en sera rien …
La suite au prochain épisode …




MILES KANE - COLOUR OF THE TRAP (2011)

 

 Payin' The Dues


Miles Kane est dans l’air du temps et semble avoir le vent en poupe. Il est présenté comme une sorte de sauveur. Sauveur de quoi, on ne sait plus trop, tant l’industrie musicale (les gros labels) et ses sous-traitants (la presse musicale) prennent l’eau de toutes parts. Alors pensez, un gars qui sort un disque nettement moins mauvais que, au hasard, le dernier Radiohead, et il se trouve du monde pour crier au génie, au sauveur du rock.
On avait déjà remarqué Miles Kane sur deux disques intéressants, mais pas forcément cruciaux, celui des Last Shadow Puppets, avec son pote Alex Turner de la grosse affaire Arctic Monkeys, et celui des Rascals, son propre groupe qui a semble t-il déjà passé l’arme à gauche …
Beaucoup est dit sur le visuel du Cd, comme à l’époque, il y a longtemps dans le siècle dernier, où il suffisait de regarder une pochette de disque pour savoir ce qu’il y avait à l’intérieur. Le look, les fringues, la coupe de cheveux, Miles Kane est anglais et aurait pu figurer tel quel sur une photo de 1965 des Who ou des Small Faces, ou sur un polaroid de 1978 des Jam.
Miles Kane est fan d’une culture, d’une époque, cela s’entend dans chaque mesure de ce disque. Et alors que ce genre d’exercice nostalgique souffre à chaque fois de la comparaison avec les glorieux anciens, ce coup-ci ça fonctionne, c’est aussi bien « qu’avant ». Miles Kane a vingt cinq ans et a fait le disque de vieux parfait, et qui espérons-le pour lui, plaira aussi aux plus jeunes qui n’ont jamais écouté « Aftermath » ou « Electric warrior ». Miles Kane est un copiste doué, mais qui recycle intelligemment et finement, c’est là toute la différence avec la concurrence (qui a dit Arcade Fire ?). Les chœurs genre stade de foot sont de nouveau à la mode ? Et bien, comme les Kills qui en ont mis un peu partout dans leur dernier « Blood Pressures », il va s’en servir comme gimmick sur un titre, l’inaugural « Come closer ». Vous préférez de la pop vraiment estampillée 60’s ?  Pas de problème, prenez « Quicksand » et son ambiance légère et yé-yé, ou la millimétrée « Rearrange ». Du 60’s aussi, mais version garage ? « Inhaler » et sa grosse guitare fuzz sont pour vous … Toujours les années 60, version acide et Swingin’ London avec « Better left invisible », et c’est le Floyd de Syd Barrett qui apparaît. Et « Kingcrawler » pourrait devenir le « White rabbit » des années 2010 (oui, je sais, les Jefferson Airplane n’étaient pas anglais, mais juste totalement obnubilés à leurs débuts par les Beatles).
Dans la machine à remonter le temps de Kane, on a aussi « Telepathy », titre auquel il ne manque que les jappements de Shirley Basset pour croire qu’il s’agit du thème d’un James Bond période Sean Connery. On a aussi une fixette de Kane pour le glam-rock du début des 70’s (« My fantasy », c’est du pur T-Rex, et « Take the night from me » pique pas mal de choses au « Soul love » de Bowie-Ziggy Stardust). Bowie ? Oui, Bowie est encore là avec « Counting down the days » et ses faux airs de « Ashes to ashes ». On croise même avec le titre « Colour of the trap » le garçon jaloux qui imagine Lennon au détour de la mélodie.
Ce Cd est assez étonnant, sans rien à jeter, faisant preuve d’une maturité et d’un sens de la composition que l’on croyait à jamais perdus dans cette époque de prêt à mâcher et de copistes falots. Ce Miles Kane peut poursuivre sur la lancée, j’espère en tout cas qu’il le fera, que ce ne sera pas là un brillant exercice de style sans lendemain. La réponse et l’avenir se trouvent déjà dans un titre comme « Happenstance », qui réussit à sonner moderne et rétro à la fois. Disque anglais de l’année ? Pour le moment, disque de l’année tout court…



THE DOORS - L.A. WOMAN (1971)





Heaven's Doors

Ce disque est le dernier des Doors. Enfin, le dernier des Doors avec Morrison plus exactement… C’est surtout un mystère et un miracle.
Parce que quand ils rentrent en studio, les Doors sont plus ou moins finis, lessivés … Leurs disques précédents sont de plus en plus douteux, des choses comme « Roadhouse Blues » ou « Touch me » ne suffisant pas à cacher la misère créatrice de leurs dernières productions. Et surtout les Doors n’existent que pour et par Jim Morrison. Qui ne va pas très fort… Exit l’éphèbe dionysiaque des débuts, et place à un poussah alcoolo, défoncé et barbu, entraînant souvent le reste du groupe dans des concerts tournant vite à la cacophonie pathétique. Les Doors ont manqué le rendez-vous de Woodstock dont les héros ont le vent en poupe, Led Zeppelin et tout un tas de formations très électriques tournent sans relâche aux States et font rugir amplis et guitares, les autres groupes historiques psychédéliques californiens implosent (l’Airplane), virent country (le Dead), Hendrix et Joplin sont morts. Quand commencent les séances de « L.A. Woman », les Doors font quasiment figure d’antiquités, de rescapés vestiges d’un autre temps …
Le plus gros changement intervient au niveau du son, et envoie aux oubliettes la formule sonore jusque là immuable du groupe. Le producteur attitré depuis les débuts Paul Rothchild refuse le projet, et son assistant Bruce Botnick se retrouve à officier derrière la console. Les Doors font appel à un second guitariste, (Marc Benno) durcissant ainsi leur approche et « libérant » Krieger, et surtout à un bassiste (Jerry Scheff, sessionman chez Presley). Du coup, on entend moins Manzarek, ce qui est une bonne nouvelle, les lignes moelleuses de basse de Scheff ayant un rendu beaucoup plus roboratif que celles produites jusque là.
Le changement le plus marquant vient de la voix de Morrison. Servi pour le coup avantageusement par son embonpoint et ses abus multiples, il va tirer des tréfonds de son être une énorme voix grave, rauque, que l’on jurerait patinée par des décennies derrière le micro, alors qu’il n’a que vingt-sept ans.
Morrison, dans ses rares moments de lucidité, n’est tout de même pas au mieux de sa forme. Et quoi de mieux que le blues pour retranscrire ses états d’âme. « L.A. Woman » sera donc un disque noir, un disque de blues. Qui commence par un titre étonnant, inattendu de leur part, « The Changeling », allègre rythm’n’blues, suivi par un « Love her madly », sorte de country-rock avec l’orgue qui donne vers la fin une coloration tex-mex et sautillante. Tout ce qui va suivre sera beaucoup plus sombre, beaucoup plus lent, lourd, inquiétant, menaçant … loin, très loin, des exercices blues auxquels le groupe s’était déjà livrés (remember le traitement épileptique de « Backdoor man » sur leur premier disque). L’influence claire de ce disque, c’est John Lee Hooker, et pas seulement à cause de la reprise de « Crawling king snake », tant les caractéristiques de la musique du vieux maître se retrouvent dans chaque plage.
« Car hiss by my window », ralenti à l’extrême, tire toute sa démesure de son tempo limite hébété et est pour moi le meilleur titre strictly blues du disque. « L.A. Woman » le morceau, est un boogie comme quarante générations de Canned Heat ne sauront pas en produire. Un titre hanté, vivant, toujours en perpétuel mouvement comme la vie urbaine qu’il décrit. Sur son final en forme de transe, Jim Morrison joue sur son anagramme hurlée (« Mr Mojo Risin’ »). « L’America » est un autre blues hanté avec son intro reptilienne, et il faut attendre presque la fin du disque pour trouver une respiration, la douce ballade « Hyacinth House », qui passerait dans un tout autre contexte pour une inoffensive bluette. Enfin, last but not least, « Riders on the storm », peut-être bien le meilleur titre des Doors, met un terme au disque et un point final au rock psychédélique que les Doors avaient contribué à mettre en place.
Morrison, exilé à Paris pour fuir des poursuites judiciaires, est mort semble t-il sans jamais avoir entendu le mixage définitif de ce disque. Qui reste pour moi de très loin leur meilleur, le plus grand disque de blues fait par des Blancs, et accessoirement un des dix plus grands de cette chose donnée pour morte mais dont la dépouille bouge encore quelquefois, le rock …

Des mêmes sur ce blog :
The Doors



OH LA LA ! - OH LA LA ! (2011)




Oh Yeah !


Oh La La ! (hommage à Jacno ?), c’est Natacha. Lejeune. Ex frontwoman des fabuleux AS Dragon, qui avaient déjà « rencontré » Bertrand Burgalat, accompagné Houellebecq pour son OVNI sonore « Présence humaine », avant qu’elle les rejoigne pour deux disques « Spanked » et « Va chercher la police », où sa présence, son jeu et ses « tenues » de scène lui avaient fait obtenir une réputation d’Iggy Pop féminin, ce qui n’est pas rien … Las, trop de talents, trop d’egos au mètre carré, trop de succès (sourires), et exit AS Dragon …
Oh La La ! n’est pas un paravent pour un disque solo, même si ça en a tout l’air. Natacha partage l’écriture avec Benjamin Lebeau, ancien de The Film, duo electro-rock rémois, dont un titre « Can you touch me », servit il y a quelque temps à vanter les mérites ( ? ) d’une bagnole de chez Peugeot.
« Oh La La ! » est un disque court (35 minutes), nerveux, mariant urgence des guitares, métronomie de quelques machines, saturation électrique parfois nineinchnailienne … Et par-dessus tout ça, la voix de Natacha … A l’aise dans tous les registres, qu’il faille susurrer, murmurer, suggérer, feuler, gémir, crier, hurler … Grosse perf, mais qui ne se résume à un numéro technique. Natacha Lejeune n’est pas une potiche chantante (elle s’apelle pas Atlas ou pire, St Pier), on sent immédiatement qu’il faut pas trop lui marcher sur les Converse … Une présence à la Catherine Ringer. Analogie d’autant plus troublante lorsqu’un morceau (l’excellent single « Relax »), sonne comme du Rita Mitsouko de la grande époque « No comprendo » - « Marc & Robert » … On trouve tout du long de ce Cd des shots de rock’n’roll avec de gros riffs qui tronçonnent (« Carmen », « Really nothing »), de l’electro-rock (l’inaugural « Paris ne t’aime pas » assez proche des Kills), beaucoup de belles mélodies pop (« Rendez-vous avec un salaud », plongée en apnée dans les sixties yé-yé), la power pop de « Goodbye Superman », « Nu dans ton jean », le merveilleux « Oser », lui réminiscent des voix et mélodies très années 80 des Go-Go’s, Bangles, ou par ici Lio, Elli Medeiros (avec ou sans Jacno) …
En fait, ce disque est parfait jusqu’aux trois-quarts, jusqu’à ce qu’arrive pour un duo (voix et aussi malheureusement écriture ) le piteux Katerine pour l’affreux « Un poing c’est tout », que les auditeurs de Ruquier, ou pire les lecteurs des Inrocks pourraient malgré tout trouver génial. Les deux derniers morceaux sont eux aussi un peu faiblards, « I’m in the mood » et « Tomorrow » malgré quelques roulements de batterie très Keith Moon …
Mais bon, à l’heure où l’on nous vante le talent, voire le génie de quelques chantants ectoplasmes transparents (pas de noms, c’est pas le genre de la maison), on ne peut que recommander ce « Oh La La ! » aux hautes vertus calorifères qui aidera à attendre l’arrivée des jours meilleurs …


IRON MAIDEN - LIVE AFTER DEATH (1985)



Je me souviens, je me rappelle …
J’étais monté à la ville ce soir-là. Je n’étais pas au courant, mais je me suis vite rendu compte qu’il y avait un concert d’Iron Maiden, en passant non loin du Palais des Sports …
Toutes ce files de jeunes gars (16-18 ans de moyenne, pas une nana, pas un black ou un reubeu) en baskets, Rica-Lewis moule-burnes, tee-shirt noir floqué « AC/DC Back in black », bulldozer de Trust ou bien sûr Iron Maiden, veste en jean patchée et badgée avec souvent la trogne d’Eddie cousue dans le dos, cheveux longs, poignets de force cloutés … Ils se précipitaient au concert de leurs héros Iron Maiden.
Sans moi, merci … Toute cette New Wave of British Heavy Metal, les Saxon, Judas Priest, Tygers of Machin, … dont les Maiden étaient devenus en quelques années les incontestables leaders, eh bien je n’aurais pas échangé leur intégrale discographique contre un seul Led Zeppelin, même pas « In through the outdoor » …non, non, n’insistez pas … déjà trop vieux, déjà blasé, tout çà …
Tandis que tous ces minots, là, ils étaient à deux pas du bonheur. Une fois subies à l’entrée les brutalités des paramilitaires KCP qui fliquaient et contrôlaient les billets de manière euh …musclée de ce genre de gros concerts, ne restait plus à attendre que les loupiotes s’éteignent, que résonnent les bribes d’un discours de Churchill, les riffs de « Aces high », et c’était parti pour une avalanche d’une heure et demie de milliers de watts de lights et de sono …
Sans aucun temps mort, juste quelques arpèges de gratte à la « Jeux interdits » sur un titre, un autre qui commençait comme une ballade, mais ça ne durait pas, Iron Maiden envoyait le bois sans interruption. En laissant au vestiaire toutes les fanfreluches progressives et les guipures classico-pompières qui me faisaient détester leurs disques studio. Là, en concert au milieu des 80’s, juste du bruit et de la fureur, les Maiden sont excellents … Et finalement, si ces gars ont vendu des zillions de disques et sont aujourd’hui une institution très respectée du music-business, c’est parce que on stage, ils ne trichaient pas … ils donnaient à ceux qui venaient les voir exactement ce qu’ils attendaient. Avec les Maiden, pas d’annulation capricieuse, pas de risque de voir d’improbables junkies arriver avec quatre plombes de retard, piquer du nez au second titre, et finir le concert dans une ambulance du SAMU…
Rien que du sérieux et de la rigueur germanique chez Maiden, copyright Scorpions …
Ce « Live after death » est une sorte de Greatest hits en public,  tous les meilleurs titres en version radicale, un concert commencé pied au plancher, continué au sprint et fini en trombe, y’a même un Cd de rabiot avec cinq titres bonus par rapport au double vinyle d’origine … une affaire pour les fans, et même les autres …


JOHN LEE HOOKER - THE ULTIMATE COLLECTION 1948 - 1990 (1991)


 



Black blues

Johnson, Waters, Hooker … Ceux-là sont pour moi la sainte Trinité du blues. Robert Johnson a creusé les fondations du blues moderne, Muddy Waters a construit la maison bleue, et John Lee Hooker l’a repeinte en noir.
Hooker dans toute son œuvre est là pour nous rappeler que le blues, c’est aussi la musique du diable … sombre, comme l’éternelle mine renfrognée du bonhomme, remplie de sourdes menaces … Transmises par le groove lent qu’il donne aux douze mesures, avec le meilleur de ses titres à ses débuts (en gros, jusqu’à la fin des 50’s), quand seul avec sa guitare électrique toute en méchante saturation, le pied droit martelant la mesure (on l’entend parfois), John Lee Hooker nous livre une série de classiques immortels.
Et même si on trouve pas le message dans ses chansons, c’est bien Hooker, qui bien avant James Brown, mettra le mieux en exergue la formule « I’m Black and I’m proud ». Hooker n’est pas un simple amuseur pour rades minables enfumés de Chicago, il y a dans son interprétation quelque chose de fier, quasi hautain, dans sa voix grave tellement aisément reconnaissable, dans la façon lente et menaçante d’égrener notes et mots. John Lee Hooker est dans tous les sens du terme, le plus noir des bluesmen …
Cette compilation en deux Cds assez courts (une cinquantaine de minutes chacun), malgré les quatre décennies musicales en principe abordées, a la bonne idée de zapper à peu près totalement les années 70, 80 et 90, qui pour Hooker comme pour tous ses collègues, ne les virent pas à leur meilleur niveau.
Le premier Cd est fabuleux, les premiers enregistrements des 50’s pour l’essentiel, Hooker seul avec sa guitare, pour une litanie de pépites inusables. Les titres d’anthologie de sa carrière. Rien à jeter …
Le second Cd est logiquement un petit ton en dessous, axé sur les années 60. Même si l’on y trouve quelques classiques (« Boom Boom», « One bourbon, one scotch, one beer », « Shake it baby », …), le son se fait plus étoffé (choristes, claviers, cuivres, autres guitares, …) noyant quelque peu dans la masse de productions qui se veulent clinquantes, la six-cordes et la voix du Maître. En final de Cd, les collaborations, avec Cannet Heat, adeptes du boogie lent et monolithique qui ont eu la bonne idée de faire profiter Hooker de leur popularité et de le sortir de l’oubli, et plus tard dans les 80’s, les titres avec les incontournables de ce genre de duos mais beaucoup plus anecdotiques Roy Rogers ou Bonnie Raitt.
Cette compilation étant signée Rhino et connaissant le sérieux du label spécialisé dans les rééditions, on peut supposer que la plupart des titres les plus anciens sont les « vraies » versions originales, Hooker, comme nombre de ses collègues, était en plus de Chess, signé sur plusieurs autres micro-labels, et n’avait eu de cesse de réenregistrer pendant des années la plupart de ses titres, laissant une discographie pléthorique et labyrinthique…


THE KILLS - BLOOD PRESSURES (2011)




Du sang frais …

Almost famous, les Kills ? Il y a un peu de ça, aussi inattendu que cela puisse paraître. Parce que quand ils ont débuté, pas grand-monde aurait misé sur ce duo famélique, et son rock(’n’roll) sauvage et minimaliste. Qu’ils ont fait évoluer, tout d’abord légèrement avec leur précédent « Midnight Boom », et plus franchement avec celui-ci … Avec entre les deux Alison Mosshart (W) chantant pour les célébrés Dead Weather de Jack White, et Jamie Hince (Hotel) sous les feux des paparazzi en tant que futur Mr. Kate Moss … De quoi faire de ce « Blood pressures » un disque attendu. Dont il aurait été de bon ton de parler, même s’il avait été mauvais …
Or il est plutôt bon, bien qu’il risque de déboussoler des fans de la première heure. Et même s’il faut attendre le milieu du disque pour atteindre les meilleurs titres. Au début, c’est pas vraiment l’imagination au pouvoir, ça rappelle ce qu’ils faisaient (généralement mieux) avant … Avec quelques effets sonores, arrangements et bidouillages de machines quelques fois envahissants, démontrant que les Kills ont maintenant les moyens de leurs ambitions. Que « Future starts now » résume bien, on trouve derrière le rythme tribal toute une profusion de synthés au second plan, on s’aperçoit que si W  a perdu en sensualité et en animalité (dommage), elle a gagné en technique vocale …
Les choses sérieuses et le changement arrivent avec le court « Wild charms » chanté par Hotel. Qu’il vaut mieux qu’ils aient fait écouter à Yoko Ono avant, faute de voir débouler les avocats mandatés par la Veuve Noire, tant ce titre ressemble à du Lennon de la grande époque (période « Imagine »). « DNA » est superbe, grosse perf de W, qui fait ressortir la beauté malsaine de la mélodie. « Baby says », très pop, classique instantané, on dirait du Blondie. Tout cela quand même assez loin de l’époustouflant « The last goodbye », une langoureuse ballade radiophonique, reposant tout entière sur un classieux tapis de synthés dont un antique Mellotron, et sur lequel W pousse la roucoulade avec une justesse et une retenue qu’on ne lui connaissait pas. A ma connaissance, jamais les Kills n’avaient produit quelque chose de semblable, un morceau en lice pour être un des tous meilleurs de l’année.
Alors, pour le contraste, ils balancent une paire de titres sans artifices, basiques, simples et efficaces, reposant sur leur trinité bien rodée guitare - rythmique - voix. On pourrait dès lors croire que les Kills ont refermé la parenthèse et reviennent à des choses « connues » … Que nenni, le dernier titre (« Pots and Pans »), ultime clin d’œil goguenard à ceux qui attendaient d’eux le même disque durant toute leur carrière, est une sorte d’escapade celtique, comme le Zeppelin en glissait parfois entre deux orages électriques … 
Je n’ai aucune idée (et même pas l’envie d’en avoir une) sur ce que l’avenir et le public réserveront comme sort à ce « Blood pressures ». Chez moi, il tourne assez souvent dans le lecteur …

   Egalement ici : 

KILLS : Midnight Boom


ARCADE FIRE - THE SUBURBS (2010)






Les nouveaux Coldplay ?

« Funeral » qui les avait révélés est un des plus beaux disques des dix dernières années, plein de finesse et de feeling …  Mais ce « Suburbs » …
Ce gros son, cette avalanche de décibels, ces grosses guitares, ces énormes batteries, ce foisonnement d’arrangements, ces basses qui attaquent le plexus … Oyez, oyez, braves gens, voici le nouvel Arcade Fire … Un Cd de plus d’une heure (aujourd’hui, à part les gangsta-rappeurs et les siliconées r’n’b plus personne ne fait des disques aussi longs), cette irrépressible envie d’aborder une multitude de genres musicaux pour montrer qu’on peut faire, qu’on sait faire …
On trouve de tout sur « The Suburbs » … des grands morceaux épiques (« Suburban war »), du hard FM des années 80 pompé sur Pat Benatar (« Month of May ») des mélodies très Beatles (« The Suburbs »), du baroque surchargé (le malheureusement bien nommé « Rococo »), des hymnes pour stade à grosses guitares (« Empty room »), un pompage éhonté du « Heart of glass » de Blondie (« Sprawl II »), un mix entre R.E.M. et Coldplay (« Modern man »), de l’électro-pop anglaise des 80’s à la New Order (« Half light II »), un « emprunt » du riff de « Street fighting man » des Stones (« City with no children ») … tout pour ratisser large dans toutes les tranches d’âge au niveau du public …
Régine Chassagne (un peu reléguée au second plan, on entend beaucoup plus Win Butler et c’est bien dommage), dont chaque intervention filait auparavant le frisson, a sa voix qu’elle est obligée de forcer noyée dans des arrangements grandiloquents, limite pompiers … A vouloir trop donner, trop bien faire, Arcade Fire en ont juste fait trop, et on se retrouve avec un disque d’indie rock tout ce qu’il y a de plus mainstream, des choses mille fois entendues ailleurs … Un groupe qui a perdu toute sa spontanéité, un groupe pour stades … Pas sûr que ce soit ce qu’ils cherchaient, mais le résultat est là …
« The Suburbs » a été en tête du Billboard américain la semaine de sa sortie (156 000 copies vendues, chiffre colossal par les temps qui courent pour un groupe « indie », mais tout de même signé chez Universal), un buzz savamment entretenu a accompagné sa parution, les encarts publicitaires deviennent omniprésents … un bon travail promotionnel cet hiver, et Arcade Fire passeront en tête d’affiche de tous les festivals l’été prochain …
On prend les paris ?